Cahiers internationaux de sociologie
P.U.F.

I.S.B.N.9782130537342
200 pages

p. 93 à 108
doi: 10.3917/cis.114.0093

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n° 114 2003/1

2003 Cahiers internationaux de sociologie

La force des dispositifs faibles : la politique de réduction des risques en matière de drogues

Jean-Yves Trépos Équipe de Recherche en anthropologie et sociologie de l’expertise (ERASE), Université de Metz, Île du Saulcy, 57045 Metz Cedex 1 trepos@ zeus. lettres. univ-metz. fr
La conversion de la France à une politique de « réduction des risques » (correspondant à ce qu’ailleurs on appelle « harm reduction policies »), est généralement interprétée comme l’indice d’un changement de paradigme en matière de toxicomanie. Il est néanmoins possible de la voir comme une forme de réagencement politique du monde des consommations de drogues, visant à définir de nouveaux seuils, les plus bas possibles, pour l’entrée dans des dispositifs de soin et de service. L’examen des visions du monde sur lesquelles reposent ces équipements politiques, en France comme dans le reste de l’Union européenne, montre d’ailleurs que la vision du monde autonomiste y compose avec d’autres, compensatoires et additives, plus anciennement implantées. C’est sans doute pourquoi on retrouve, à divers niveaux, un véritable décalage entre les mesures volontaristes liées à ces politiques publiques et les contextes dans lesquels elles sont mises en œuvre : qu’il s’agisse des promoteurs, professionnels ou amateurs, ou qu’il s’agisse des destinataires, tout le monde semble s’accommoder d’un fonctionnement minimal de ces dispositifs, vérifiant ainsi une fois de plus la force des liens faibles. Mots-clés : Réduction des risques, Drogues, Politiques publiques, Visions du monde, Malentendu. The French turn to the so-called « risk reduction policy » (corresponding to the « harm reduction policies » in other countries), is generally interpreted as a shift of the paradigm of drug addiction policies. One can, nevertheless, see it as a kind of new political layout of the drug addiction field, intended to define new thresholds (the lowest as possible) for one’s entering in the treatment and care devices. When we examine the worldviews which sustain these political equipments (either in France or in the other countries of the European union), we can see that the autonomist worldview has to come to terms with others, namely : the compensatory and additive ones. That is probably why we can see, at various levels, a real discrepancy between the strong willings supporting the actions promoted by the risk reduction policies, and the contexts in which they take place : would it be the main actors (professionals or volunteers), or the beneficiaries, everyone seems to be satisfied with a minimal functioning of these devices, verifying once again the strength of the weak ties. Keywords : Harm reduction, Drugs, Public policies, Worldviews, Misunderstanding.
La notion de risque, considérée comme un lieu commun (Trépos, 1998, p. 98-100) ou comme un concept sociologique (Beck, 2001), ne présente guère d’intersections avec le monde des drogues avant la fin des années 1980. On peut raisonnablement penser que tous les efforts accomplis par les sociétés occidentales, au cours de la première moitié du XXe siècle, pour inscrire l’usage de drogues dans un entre-deux du crime et de la maladie (Macquet, 1994), ont eu pour effet de présenter les dérives, déviances et drames qu’il entraînait comme des destins individuels n’atteignant jamais des degrés suffisant de visibilité pour questionner l’avenir de ces sociétés. À la fin des années 1980, le monde européen des drogues semble stable, fermement cadré par des étiquetages professionnels, malgré des différences de labels (comme « toxicomanie », « toxico-dépendance », « addiction à la drogue ») et des différences de référents (en France, l’alcool en est exclu). Ce cadrage installe une relation orientée entre l’usager et le produit : « C’est le toxicomane qui fait la drogue » ; « Le toxicomane est avant tout une personne. » Certes, les Pays-Bas, la Suisse et le Royaume-Uni tendent à placer les problèmes sur un autre plan, nettement plus connecté à des risques pesant autant sur la société que sur les usagers. Mais on se représente alors volontiers ces trois pays comme contraints de gérer ainsi les effets de leur politique laxiste.
La définition explicite d’un risque lié à l’usage des drogues est clairement liée en France à l’identification de la propagation foudroyante du virus du sida au sein de la population des toxicomanes. On a déjà fait l’histoire de la construction de cette cause (Trépos, 1992) et de la mise en place des premiers dispositifs (Trépos, 1996). La construction du risque sanitaire paraît s’être opérée en deux périodes : au cours de la première (1987-1994), on considère que les comportements des toxicomanes constituent un risque pour la population générale (la contamination). Autrement dit, c’est parce qu’ils peuvent contaminer leurs partenaires sexuels (en ayant des relations sexuelles non protégées), voire des inconnus (prostitution, agressions, seringues abandonnées) qu’il faut s’en préoccuper. Ce n’est que plus récemment (depuis 1995), lorsque le stéréotype du « toxico » s’est un peu modifié, que les politiques publiques du risque ont mis l’accent sur l’urgence de santé publique au sein d’une population d’usagers de drogues qu’on découvrait beaucoup plus diversifiée qu’il n’y paraissait au premier abord. Il s’agit alors d’intervenir de façon systématique sur les prises de risques, au moyen d’une politique portant explicitement le nom de « réduction des risques ».
L’objectif de cet article n’est donc pas de montrer la « construction sociale du risque de santé pour les toxicomanes », ni de suivre, pas à pas, l’édification des politiques publiques de réduction des risques, mais plutôt de proposer un autre cadre d’interprétation de ces politiques, qui semblent bien reposer sur un jeu de mobilisations faibles autour de dispositifs pourtant peu exigeants.
 
I.CHANGEMENTS DANS LA CONFIGURATION SOCIéTALE DES DROGUES
 
 
Un changement de paradigme ?
À peu près tous ceux qui se sont occupés d’assistance aux toxicomanes au cours du dernier quart de siècle et à peu près tous les chercheurs semblent partager un constat : celui du tournant très fort que constituerait la mise en place en France, au milieu des années 1990, d’une politique dite « de réduction des risques ». C’est au fond Henri Bergeron qui en donne la formulation la plus nette et la plus réutilisable, tant par les professionnels de la prise en charge que par les scientifiques : il s’agit d’un « changement de paradigme » (Bergeron, 1999, p. 268 sq.). Il n’est évidemment pas certain que tous interprètent cette expression en référence à Kuhn, comme le fait Bergeron, mais c’est précisément comme lieu commun que l’expression est puissante. Elle fait sens pour tous ceux qui y voient une rupture avec les idées dominantes antérieures : on abandonne l’obsession de l’abstinence (tous les dispositifs, en conformité avec la loi de 1970, étaient orientés vers la perspective d’une sortie à court terme de la dépendance au produit), et on se préoccupe des dangers sanitaires et sociaux encourus par les utilisateurs de drogues injectables, sans avoir l’ambition de faire cesser leur consommation. L’expression « réduction des risques » est immédiatement parlante pour tous les intervenants spécialisés dans ce champ (tout le monde voit bien de quoi il s’agit), sans impliquer pour autant une parfaite homogénéité de pratiques (les accentuations sont inégales, de nombreuses expérimentations ont lieu) : c’est bien là ce qui justifie l’utilisation de l’expression. Par ailleurs, elle subsume toute une série d’évolutions largement constatables. Tout semble donc plaider pour une interprétation discontinuiste de l’action publique en matière de drogues.
Aperçu sur la politique de réduction des risques en France
À supposer donc que l’on s’en tienne aux conceptualisations et aux modalités de mise en œuvre les plus récentes et les plus stables, il est possible de présenter la réduction des risques d’une manière relativement simple, comme peut le faire un document quasi officiel. La notion de « risque », pour les usagers de drogues, recouvre, selon le Comité national d’éthique, trois dimensions (Frydman, Martineau, 1998, p. 300-301) : la dimension du risque sanitaire (les décès par overdose, les contaminations par le VIH et par le VHC et autres hépatites, les complications psychiatriques), la dimension du risque social (la désinsertion sociale et professionnelle) et la dimension des comportements à risques (partage des seringues, pratiques sexuelles extensives et non protégées).
S’agissant maintenant des modalités pratiques, la réduction des risques consiste, en France, en une série de « dispositifs » (le terme est très utilisé par les participants, le plus souvent en un sens neutralisé). Ces dispositifs permettent de mettre à la disposition des usagers de drogues injectables des objets de consommation courante dans ce milieu (du matériel d’injection stérilisé) et d’autres qui le sont nettement moins (des préservatifs), des produits de substitution (des opiacés moins dangereux), des lieux d’accueil et de traitement (des établissements dits « à bas seuil »), des conseils de prévention, notamment par le relais des groupes d’usagers (dits « groupes d’autosupport »).
Des transformations convergentes
Cette politique rend particulièrement visible [1] une série de transformations et de changements, ce qui ne veut pas dire que ceux-ci sont toujours synchrones, ni qu’il est toujours aisé d’y détecter les causalités.
L’évolution concerne, d’une part, les catégories d’acteurs. La métaphore touristique ne serait pas déplacée ici [2]. Les touristes et leurs habitudes, tout d’abord : les milieux populaires jeunes, marqués par le chômage, semblent constituer une nouvelle population pertinente de consommateurs de drogues, qui, sans exister ou très peu comme groupe constitué, présente cependant de fortes similitudes collectives. Ils se substituent aux consommateurs des classes moyennes, dont l’appartenance de classe se marquait, paradoxalement, par la diversité des histoires personnelles. On peut être d’accord avec Nathalie Gourmelon lorsqu’elle réunit les toxicomanes et les mineurs délinquants sous l’appellation de « nouvelles populations limites » (Gourmelon, 2001). La centration sur un produit (ou une gamme de produits) et un mode unique de consommation, a, par ailleurs, fait place à la multiplicité des prédilections, qu’on résume en général par polytoxicomanie. Les tour-operators, ensuite [3] : les acteurs professionnels spécialisés cessent d’avoir l’exclusivité et on assiste à l’émergence de nouveaux acteurs professionnels (médecins, juristes...) et amateurs (familles, associations d’usagers) qui occupent peu à peu les positions d’intervention directe (dites de « première ligne »), tandis que les professionnels spécialisés font mouvement vers des positions de coordination (en « deuxième ligne »).
L’évolution concerne, d’autre part, les catégorisations pratiquées par certains au moins de ces acteurs. La référence à la psychanalyse (pas nécessairement sa pratique effective) dominait les schémas de travail jusqu’au milieu des années 1990. Quelques modèles concurrents étaient pratiqués çà et là, mais les références se présentaient comme exclusives les unes des autres. On constate aujourd’hui que les références théoriques d’une même équipe sont multiples et combinées (non parce qu’elles réuniraient des individus attirés par des références différentes, mais parce qu’elles se donnent comme fin de s’adapter au sujet et à ses phases). Une idéologie professionnelle cimente ces choix : la notion de pragmatisme, là encore plutôt comme lieu commun que comme véritable référence à un courant philosophique.
Les catégorisations politiques ont également changé : les politiques publiques des drogues sont longtemps et tout simplement des politiques sociales, finançant des institutions spécialisées ; comme les autres politiques publiques, elles évoluent vers des financements interministériels de dispositifs participatifs de courte durée, qui sont assez brutalement placés sous appellation contrôlée (la réduction des risques).
L’ensemble de ces évolutions est observable dans les pays d’Europe occidentale, quoique à des rythmes différents au nord et au sud, à l’est et à l’ouest. L’accent mis principalement ici sur la France n’est pas dû à une forme d’ethnocentrisme, mais au fait que les transformations qui s’y produisent sont plus tardives et sans doute plus spectaculaires qu’ailleurs. La France donnait le ton au sud de l’Europe pour toutes les formes de traductions de la psychanalyse à l’usage de la cure du toxicomane. Elle est désormais tributaire des expérimentations néerlandaises, puis britanniques et suisses, pour la politique de réduction des risques. Elle offre donc un point de référence intéressant pour saisir la place de la construction sociale d’un risque dans un système bien ordonné de gestion des problèmes collectifs.
 
II.LE RÉAGENCEMENT POLITIQUEDES CONSOMMATIONS DE DROGUES
 
 
La politisation des pratiques sociales
Il y a pourtant quelques raisons d’avoir recours à une interprétation symétrique, que l’on pourrait appeler continuiste. On peut en effet comprendre ces dynamiques comme des recompositions, comme des réagencements d’équipements qui servent à fixer les consommateurs, qu’ils soient en liberté ou incarcérés, en leur donnant des possibilités de plus en plus diversifiées d’expression de certaines de leurs attentes. Il faut, pour cela, faire l’hypothèse d’un processus d’équipement [4] de la société civile en dispositifs d’expression réglée des pratiques sociales (besoins, aspirations, différends, interprétations de la vie collective, initiatives, etc.), qu’on propose d’appeler processus de politisation. Ce processus trouve place le plus souvent dans les institutions existantes, qui suffisent pour l’essentiel au traitement de la relation. Mais, dans la société civile, il faut aussi faire face à l’imprévu et à la nouveauté : pour cela il faut inventer des dispositifs de politisation plus fins, plus ajustés aux pratiques et, éventuellement, régler la question des représentations que s’en font les acteurs chargés de la mettre en œuvre. Ce réagencement peut obéir à des formats différents, qui pourraient être ordonnés de manière scalaire et se traduire en degrés de politisation [5], selon un mouvement top down.
Hauts et bas seuils de politisation
Les équipements sont d’éventuels points d’ancrage des individus dans les cadres politiques de l’action. Les professionnels (du terrain ou des ministères) ont longtemps été préoccupés par ces consommateurs insaisissables, qui ne se présentent jamais dans les centres d’accueil ou dans les centres de soins ou encore dont on ne sait pas bien comment ils sortent du processus de dépendance aux opiacés et toutes ces incertitudes ont alimenté leurs fantasmes. Dans certains cas, il s’agit d’une ambition de contrôle social strict, dans d’autres, d’un souci de protéger et de permettre aux personnes concernées de s’affranchir. La politique de réduction des risques a fourni l’occasion d’une généralisation de cette préoccupation : les nouveaux équipements (les « dispositifs ») ont complété les anciens (les « institutions »), permettant à des situations jusqu’alors muettes de trouver une formulation.
La définition de « seuils » dans le cadre de la politique de réduction des risques fournit la métaphore la plus forte pour cette politisation. La réduction des risques a incité les institutions de prise en charge des toxicomanes à réduire les conditions à remplir pour entrer dans les dispositifs mis en place. Il y a une dizaine d’années, l’expression « structure à bas seuil » (traduction de l’expression anglaise low threshold »), était, en France, une appellation péjorative pour des institutions de soin peu exigeantes à l’égard de leurs bénéficiaires potentiels et peu professionnalisées : des toxicomanes peu insérés y venaient, sans condition d’état ou de trajectoire personnelle, pour recevoir des seringues, des préservatifs, des soins, de la méthadone ; quelques bénévoles et des infirmières y tenaient lieu d’équipe spécialisée. Toute intervention auprès de toxicomanes dérogeant aux règles de la prise en charge normale était dite « à bas seuil ». Dix ans plus tard les significations se sont inversées : ce mode de travail fait l’objet de protocoles, de projets, d’inventions et donc de financements spécifiques. Non plus une intervention par défaut, mais un équipement fondamental de la réduction des risques.
Pourquoi s’agit-il d’une métaphore intéressante ? Son « analogie positive » (M. B. Hesse, 1961, p. 24-25) est concentrée dans la dimension domestique de la métaphore : on accomplit un effort matériel (abaisser un seuil) pour faciliter l’accès d’une institution (une maison). Le « bas seuil », c’est tout d’abord, par synecdoque, un lieu, où l’on peut aller sans renoncer à sa consommation de drogues et où l’on peut recevoir : hébergement, nourriture, douches, soins infirmiers, consultations sociales, médicales, psychologiques, mais aussi des seringues. La dimension domestique est patente dans les sleep-in et compose avec la dimension marchande dans les « boutiques » [6]. De quoi donc ce seuil est-il fait ? Deux éléments semblent le caractériser : pas de violence, pas de consommation de psychotropes dans l’établissement. Mais abaisser les seuils d’exigence pour les entrants signifie-t-il pour autant les abaisser pour ceux qui tiennent la maison ? C’est l’une des questions clés qui engage la différence entre des formes de politisation : « bas seuil pour les patients, haut seuil pour les professionnels » pourrait être une formule de politisation. Tout incite par exemple, malgré l’aspect paradoxal d’une telle affirmation, à interpréter l’expérience suisse de prescription d’héroïne comme une politique de haut seuil (Uchtenhagen, 2001) [7].
La banalisation de la réduction des risques
Une étape supplémentaire dans la politisation du risque, montrant que ce seuil n’est pas minimal, est accomplie en France en 1995, lorsque les médecins généralistes se voient habilités à délivrer un produit de substitution (le Subutex®). Ici encore, on peut s’en tenir à un premier niveau d’interprétation, discontinuiste (le Subutex bouleverse le rapport entre le monde médical et les toxicomanes ; il constitue une alternative à la méthadone qui permet d’abaisser encore le seuil) ou aller à un second niveau, continuiste (il s’agit simplement d’un nouveau dosage, plus concentré, d’une molécule déjà utilisée auparavant, la buprénorphine). Quoi qu’il en soit, la métaphore des seuils se justifie : le contact avec les usagers de drogues peut être extrêmement réduit (le temps d’écrire l’ordonnance), il ne nécessite aucune compétence particulière de la part du médecin (notamment en matière de profil psychodynamique), ni pour la prescription, ni pour le suivi. En principe, le médecin qui prescrit doit se tenir en contact avec un réseau départemental, qui le pourvoit en conseils et en liens avec des spécialistes. Dans les faits, il est difficile de vérifier que cette condition est systématiquement remplie, même s’il existe des indices qui encouragent les spécialistes (ici des psychiatres) à considérer que les généralistes sont de plus en plus sensibles aux problèmes de surconsommation de médicaments (George et al., 1998). Dans l’interprétation qu’on privilégie ici, cette ambiguïté est un indicateur précieux, celui d’un lien faible (Granovetter, 1978). Le Subutex banalise la substitution : on peut l’assimiler à n’importe quelle prescription médicamenteuse [8]. Il contribue donc à ranger les toxicomanes dans la population générale et à leur donner un point de contact avec le système de santé (on remarquera que l’expression « bas seuil » n’est pas employée ici : est-on en dessous ou au-dessus du « bas seuil » ?). Mais, symétriquement, il contribue aussi à socialiser les médecins par des pratiques de réseau : pour reprendre une célèbre distinction qui divise deux écoles de sociologie, les acteurs de la politisation en sont en même temps les agents. On peut donc considérer que « la banalisation du bien » (pour reprendre l’expression d’Ulrich Beck, parodiant récemment Hannah Arendt) sous la forme du lien faible, constitue l’un des degrés ultimes de l’échelle de politisation appelée « réduction des risques ».
 
III. LA COMPOSITION DES VISIONS DU MONDE
 
 
Lieux communs et visions du monde
Ces processus ne pourraient avoir d’emprise simplement de manière mécanique. Ils mobilisent individus et groupes autour de lieux communs qui leur permettent de se mesurer. Malgré leur caractère nécessairement sommaire, ces lieux communs sont assez complexes, faits du mixage de plusieurs visions du monde (c’est-à-dire de collections cohérentes de concepts et d’algorithmes permettant de construire une image globale aussi complète que possible de notre expérience, pour reprendre la théorie d’Apostel – selon Maier, 1999). Trois visions du monde sont prises en considération ici : les visions du monde additive, compensatoire et autonomiste. La vision du monde « autonomiste » repose sur l’affirmation de la nécessaire autonomie des acteurs : les bénéficiaires d’une institution ou d’un dispositif doivent en être aussi les acteurs, de sorte que tout fonctionne en accord avec les besoins qu’ils expriment (même si ceux-ci peuvent paraître, aux yeux des spécialistes, mal exprimés). La soumission à cet impératif suppose, corrélativement, que le dispositif soit transversal et que, par suite, l’intervention de divers spécialistes doive faire l’objet d’un important travail de coordination, défini au fur et à mesure. La vision du monde « compensatoire » est centrée sur l’invention de grands équipements destinés à résoudre les problèmes par une action sur leur contexte. Il s’agit donc d’un renfort de l’environnement plus que d’une action directe sur le phénomène lui-même. Ces deux types de politiques (qui demeurent plus ou moins coexistantes) doivent leur promotion aux échecs de la politique « additive » (i.e. accumulant des initiatives au coup par coup avec l’ambition de traiter directement la difficulté).
Leur composition (dans laquelle il faudrait déterminer plus précisément le rôle que joue l’opposition entre la vision du monde en termes de structures et en termes de process : Maier, 1999) est visible dans la plupart des dispositifs de la société civile contemporaine, même si la vision du monde autonomiste semble dominante (dispositifs d’autonomie scolaire, de prise en charge des personnes âgées, d’insertion, etc.).
Réduction des risques, réduction des dommages et empowerment
Pour en donner une idée ici, il suffira de reprendre la notion même de « réduction des risques », en montrant la tension perceptible entre la vision du monde compensatoire qui anime cette expression (réduire les risques à la place des preneurs de risques) et la vision du monde autonomiste qui anime l’expression anglaise dont elle est la traduction française officielle (harm reduction signifie : réduction des dommages). Que s’agit-il de réduire, les risques ou les dommages ? Intentions autonomistes et pratiques compensatoires, ou l’inverse ? Néanmoins, l’intention des promoteurs de ces actions étant toujours d’inciter les destinataires à en devenir les « bénéficiaires » par une attitude d’implication (responsabilisation, autonomie, etc.), une interprétation en termes de composition des visions du monde s’impose : la politique de réduction des risques en France est tout à la fois compensatoire et autonomiste.
Mais, même si cette composition des visions du monde subit des inflexions (diachroniques et synchroniques) différentes d’un pays de l’Union européenne à l’autre, il s’agit tout de même d’une situation générique dont l’idéal type est peut-être fourni par les politiques d’activation et d’empowerment dans les pays de l’Europe du Nord. On peut définir l’activation comme une politique publique à haut seuil pour le traitement de l’exclusion, car l’accès au système est limité par l’énoncé de devoirs, d’incitations et de contrôles (c’était déjà le cas des modes de prise en charge des toxicomanes dans les années 1970-1980). Quant à l’empowerment, on peut le définir comme le financement public de projets autogérés en marge du marché du travail, sans contrepartie contractuelle (Helve, Wallace, 2001). Or, tout indique (de Graaf, Hoogenboezem, Maier, 2001) que l’empowerment comporte quelques limites largement liées aux tensions de visions du monde sur lesquelles elle repose. C’est pourquoi, on voit, de plus en plus, se mettre en place des dispositifs intégrés, comme dans le cas du projet Enghaven à Copenhague (Steinov, 2001). Ce projet combine des offres d’activation (psychothérapies individuelles et de groupe) et d’empowerment (café autogéré), sur la base d’une prestation de harm reduction (méthadone, benzodiazépines, soins médicaux) à très bas seuil d’exigence, en particulier, sans test d’urine et avec des possibilités de « rattrapage » en cas de perte du médicament emporté. Dans ce projet très régulièrement évalué (l’institution qui supporte ces dispositifs doit faire état de 30 % d’amélioration des situations individuelles et de moins de 5 % d’abandons au bout d’un an), l’intention de stabilisation politique de la consommation de drogues est manifeste : « Enghaven a organisé dans ce quartier un projet de outreach (recherche de contact) en collaboration avec le Syndicat danois des usagers de drogues. Le syndicat met à disposition des activistes pour le travail dans la rue, Enghaven offre, avec le soutien de son équipe de professionnels, la possibilité de traitements dans différents settings (contextes) choisis par les administrations municipales où les participants sont enregistrés » (Steinov, 2001, p. 44).
La composition des visions du monde produit, en revanche, de plus étranges assemblages dans les pays de l’Est et singulièrement en Russie, où les équipements autonomistes de la réduction des risques (les dispositifs de substitution par la méthadone) sont mis en œuvre par des personnes liées à l’Église orthodoxe, qui sont armées d’une vision du monde additive (pour eux, seule l’ « injection » de la foi guérit véritablement).
Les réseaux comme équipement moral
La pierre de touche de cet équipement autonomiste de la déviance s’avère être le réseau : lorsque des professionnels se mobilisent pour traiter le risque qu’ils identifient, ils peuvent, disaient-ils il y a quelques années, soit tisser une toile d’araignée dans laquelle les usagers viendront se prendre, soit se connecter en réseau pour être au plus près de ces usagers (Trépos, 1992). Aujourd’hui, la question n’effleure presque plus personne : le réseau est certes un équipement matériel de la réduction des risques (en France, les réseaux Ville-Hôpital accompagnent le dispositif), mais il remplit sa fonction politique en étant surtout devenu un équipement moral (il est souhaitable de travailler en réseau, pour des raisons techniques, éthiques et politiques). Malgré cette efficacité tendancielle, de nombreux indices montrent que les usagers ne se construisent pas nécessairement en acteurs autonomes selon les vœux de ces programmes et que la matérialisation de leurs attentes ne colle pas toujours avec les formes même les plus élémentaires de la politisation. C’est surtout visible lorsque des « conduites aberrantes » d’usagers (par exemple : le transfert, sur le virus de l’hépatite C, de schémas de précaution pertinents pour le VIH seulement) déçoivent les plus disponibles des professionnels. Cette déception est l’acte manqué du professionnel dévoué, par quoi, en croyant chercher à « limiter la casse », il montre qu’il aimerait réduire les risques, à la place des preneurs de risques. Cet acte manqué pourrait être interprété aussi comme un lien faible.
 
IV. LES EFFETS DE CRISTALLISATION
 
 
Cristallisation et réaffiliation
Ce cadrage politique de l’action rencontre un mouvement inverse qui ne s’y résorbe pas : la cristallisation, c’est-à-dire le passage à un état explicite (par thématisation ou valorisation et désingularisation) d’une pratique sociale. Cette explicitation peut s’opérer en référence à un dispositif de politisation ou l’ignorer ou encore procéder par hybridation ; on peut également repérer différents formats scalaires, cette fois selon un mouvement bottom up [9]. Le couple « politisation/cristallisation » est assez proche du couple « affiliation/désaffiliation » promu par Robert Castel (1995) : si le rapport salarial est la forme dominante d’une société donnée, alors toute cristallisation dans cette société est affiliation ou désaffiliation. L’emploi aidé (que l’on pourrait définir comme l’un des dispositifs de politisation de l’État social) produit certaines réaffiliations, notamment grâce à la démarche participative [10]. Qu’en est-il dans le cas considéré ici ? Au moins deux traits saillants de cristallisation nécessitent une interprétation : l’un prend la forme de la tactique [11] perverse, l’autre de l’automédication.
Tactiques perverses et stratégies d’automédication comme cristallisations irréductibles
Les toxicomanes participent eux aussi à la construction sociale du risque en urgence. Ils le prennent comme une norme de l’interaction avec les spécialistes. L’urgence n’est donc pas l’exception, mais la règle. L’invocation de l’urgence est, pour le toxicomane, un filet dans lequel il tente de prendre le professionnel – « mais pour mieux se prendre lui-même », disent souvent les professionnels. Prendre le professionnel au piège de sa complicité (obtenir son ordonnance) ou au contraire de sa duplicité (obtenir qu’il se récuse). Ce qui explique que tantôt ils puissent insister sur l’urgence de santé publique (leurs petites et grandes maladies) et tantôt sur l’urgence du sujet (leur manque de manque, leur désir d’un au-delà du comblement), jouant, comme sur un clavier, des contradictions que tissent les professionnels. Un jeu difficile à saisir parce qu’il opère un chiasme. Tantôt l’affichage de l’urgence du manque a pour fin de se faire reconnaître, à travers le label de toxicomane malade, un corps qui le fait souffrir (ce qui est difficile à saisir pour le professionnel dans la crise). Tantôt l’insistance sur l’urgence de santé publique vise en fait à se faire reconnaître comme un Sujet qui n’est pas seulement fait de parties sur lesquelles on poserait des actes thérapeutiques. La tactique chiasmatique, qui cristallise l’un des modes d’utilisation des dispositifs sanitaires et sociaux par les toxicomanes, est perverse, et la seule politisation possible consiste à l’expliciter et à en faire la nosologie.
Une deuxième forme de cristallisation est repérable à partir des constats désabusés que font de nombreux médecins généralistes. Alors que le dispositif de réduction des risques français (ce n’est pas le cas à Copenhague, on l’a vu plus haut) exclut en principe toute prise de benzodiazépines lorsqu’il y a prescription de buprénorphine (Subutex), les médecins se désolent fréquemment de voir que les toxicomanes y ont tout de même recours. Tout les porte à croire qu’il s’agit là d’un détournement, illusoire et/ou pervers, du dispositif : « Ils veulent continuer à se défoncer. » Pourtant, les études cliniques montrent que la consommation de Subutex est associée à de l’angoisse et de la dépression. Pourquoi donc (sinon parce que la figure du toxicomane exerce une fascination) interpréter comme tactique illusoire ou perverse, ce qui pourrait l’être tout autant comme une stratégie rationnelle d’automédication, une stratégie de soin [12] ? La rationalité qui est évoquée ici serait alors du même ordre que celle que Brian Wynne accorde aux éleveurs de moutons de Sellafield (Wynne, 1992).
L’observation attentive du fonctionnement des dispositifs de la réduction des risques oblige – c’est du moins la thèse que l’on défend ici – à prendre au sérieux l’hybridation de la cristallisation et de la politisation, dont on vient de donner deux exemples. Il y en aurait d’autres. On le devine, même au travers de déclarations mégalomaniaques, dans cet entretien accordé à N. Gourmelon par une ex-toxicomane, intervenante dans un dispositif à bas seuil : « [...] Les histoires de méthadone, de substitution à l’hôpital, vous savez, c’est comme le Bourgeois Gentilhomme qui fait de la prose sans le savoir, enfin moi, c’était évident pour moi avant qu’on en parle. Ça faisait partie de ce que j’avais pu comprendre dans ma vie d’usagère [...] C’est un concept que j’avais inventé pour moi-même, j’ai essayé de réfléchir à comment adapter mon mode de vie à ma prise de drogues, ce qu’il faut faire, ce qu’il faut pas faire [...] » (Gourmelon, 2001, p. 240-241).
 
CONCLUSION
 
 
On le sait, avec Gramsci, l’analyse hégélienne de la Bürgerliche Gesellschaft s’est enrichie d’un algorithme : la société civile (qui s’oppose non à l’État, mais à la société politique) devient une superstructure incarnée dans des personnes. Elle a un pouvoir civilisateur ou d’hégémonie (passive ou active), transformant les individus en citoyens consentants et actifs. La production du consentement dans la société civile n’est pas séparable du pouvoir coercitif de la société politique et souligne le rôle des dispositifs d’équipement, autant que celui des experts qui pèsent sur leur fonctionnement. Mais, si on cherchait à comprendre la réduction des risques, telle du moins qu’elle est pratiquée en France, seulement à l’aide de cet algorithme (ou de tout algorithme de contrôle social), quelque chose d’essentiel manquerait, que l’expression (devenue lieu commun sociologique) « force des liens faibles » résume assez bien. Presque tous les acteurs (de première et de deuxième ligne) de la réduction des risques pratiquent faiblement le dispositif et c’est à ce prix qu’il tient. D’une certaine manière, tous ces participants (psychiatres, psychologues, éducateurs, sociologues, généralistes, syndicats d’usagers, usagers, familles, etc.) entretiennent la fiction d’un dispositif qui « ne marche pas » et qui devrait « marcher » s’il était pratiqué comme il faut (par les autres que soi). Ce malentendu (ou ce lieu commun) semble nécessaire pour qu’ils continuent de le pratiquer faiblement.
On imagine bien que les auteurs des dispositifs d’État ne se soucient guère d’exiger, comme préalable, que soient explicitées les intentions de ceux qui font fonctionner les dispositifs, ni de ceux qui les utilisent. Et pourtant, à ne pas le faire et à s’accommoder de la force des liens faibles, ces dispositifs se minent de l’intérieur. Une politique (c’est-à-dire la possibilité de mettre en rapport des intérêts et des responsabilités) de la justice en situation de crise, pour ne pas en rester à la pitié et à la compassion (Boltanski, 1993) : c’est le défi des dispositifs d’incitation qui se construisent sur le fonds de la réduction des risques. Ils cherchent, tout à la fois, à affirmer la nécessité de traiter la souffrance présente (une politique du présent), la nécessité de la rapporter aux souffrances du passé (une politique des victimes) et aux souffrances à venir (une politique des risques). De toute évidence, un seul homme, une seule institution, un seul État ne saurait remplir ce programme. L’urgence et la crise renforcent la nécessité de penser l’interdépendance des acteurs (a fortiori, elle interdit de penser mettre fin à la dépendance) et notamment, dans le cas présent, la nécessité de tenir compte des heuristiques des usagers de drogues.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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·  Bergeron H., L’État et la toxicomanie. Histoire d’une singularité française, Paris, PUF, 1999.
·  Boltanski L., La souffrance à distance, Paris, Métailié, 1993.
·  Castel R., Les métamorphoses de la question sociale, Paris, Fayard, 1995.
·  De Graaf W., Hoogenboezem G., Maier R., Possibilities and Limits of Empowerment, University of Utrecht (draft), 2001.
·  Derrida J., La pharmacie de Platon, Tel Quel, no 32, 1968.
·  Frydman N., Martineau H., La drogue : où en sommes-nous ?, Paris, La Documentation française, 1998.
·  George et al., Perception des problèmes de toxicomanie et de dépendance médicamenteuse par les médecins généralistes, Psychotropes, vol. 4, no 1, 1998.
·  Gourmelon N., Nouvelles populations limites et changements institutionnels : histoire d’une mutation, Thèse de sociologie, sous la dir. de J.-Y. Trépos, Université de Metz, 2001.
·  Granovetter M., The Strength of Weak Ties, American Journal of Sociology, 78, 1973.
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·  Trépos J.-Y., Réseaux contre toiles d’araignées. Une construction de la cause des toxicomanes face au Sida, Politix, no 17, 1992.
·  Trépos J.-Y., Une rencontre qui dérange, in J.-C. Rouchy (sous la dir.), La double rencontre : toxicomanie et sida, Toulouse, ERES, 1996.
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·  Wynne B., Misunderstood misunderstanding : Social identities and public uptake of science, Public Understanding of Science, no 1, 1992.
 
NOTES
 
[1] H. Bergeron fait le tour des « évolutions invisibles » qui se sont produites à la fin des années 1980 et qui ont débouché sur le changement de paradigme (Bergeron, 1999, p. 246-262).
[2] Les toxicomanes pratiquent au moins deux formes de tourisme : ils font ce qu’on appelle aux Pays-Bas, du « tourisme de drogue » (Maier, de Graaf, 1994, p. 140-141) et ils font par ailleurs le tour de toutes les institutions de soin et d’accueil. Il s’agit bien d’une population éminemment circulante.
[3] Ici encore la métaphore s’ancre à une réalité palpable : les spécialistes (qu’il s’agisse des trafiquants ou des soignants) sont en lien constant et échangent des informations sur leurs publics. Enfin, aux Pays-Bas, la prise en charge des toxicomanes est explicitement fondée sur l’idée de formation d’un circuit (circuitvorming) : Maier, de Graaf, 1994, p. 43-44.
[4] « Équiper » c’est disposer un ordre et des repères (comme on dit qu’il faut « équiper une paroi » d’escalade) dans une situation troublée. La notion d’équipement désigne ici à la fois une action et son résultat.
[5] L’idée d’un processus de politisation figure en filigrane d’une note de lecture consacrée par J.-C. Chamboredon à un ouvrage de M. Agulhon. On l’a systématisée pour lui donner la portée d’une théorie de l’action publique (Trépos, 1988).
[6] On ne peut manquer de faire le rapprochement avec les « boutiques du droit » (créées dans les années 1980, à l’initiative d’avocats, qui tenaient bénévolement des permanences destinées aux consommateurs), qui furent les premiers « bas seuils » à la marge de l’institution judiciaire, bien avant les tentatives d’installation de maisons de la médiation ou de maisons de la justice.
[7] Les critères d’admission dans le programme sont : avoir au moins 20 ans, une dépendance à l’héroïne de plus de deux ans, avoir connu plusieurs échecs dans d’autres traitements. Le programme doit avertir les usagers des éventuels effets nocifs, l’injection doit être administrée sur place et l’usager doit bénéficier d’un accompagnement psychosocial.
[8] On ne réfléchit guère aux conséquences de cette banalisation pour la notion même de médicament (après tout l’arrivée du toxikon pourrait rappeler l’ambivalence fondamentale du pharmakon, soulignée jadis par Derrida, 1968). La même remarque pourrait être faite à propos du dopage.
[9] Politisation et cristallisation ne sont pas des termes péjoratifs ni hiérarchisés : ils servent à désigner une double dynamique, qu’on ne rencontre jamais dans les faits sans sédimentations croisées et donc superposées.
[10] Bacqué et Sintomer (2001) le suggèrent en d’autres termes, tout en insistant sur la sélectivité sociale de cette démarche.
[11] « Tactique » est employé ici au sens de M. de Certeau.
[12] C’est l’une des hypothèses défendues par Saïd Megherbi dans sa thèse (en cours) sur les généralistes et le Subutex.
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