Cahiers internationaux de sociologie
P.U.F.

I.S.B.N.9782130562443
192 pages

p. 5 à 6
doi: en cours

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n° 122 2007/1

2007 Cahiers internationaux de sociologie

Sociologie de la transition, transition de la sociologie

Qu’ils en célèbrent le miracle économique ou s’inquiètent de menaces potentielles, tous les observateurs de la Chine constatent les profonds changements rencontrés par ce pays en à peine trois décennies, à la suite de la politique de réforme et d’ouverture lancée à la fin des années 1970. Pour les spécialistes en sciences sociales, la Chine, par les défis qu’elle pose aux théories des sciences sociales, représente un vaste laboratoire de recherche. Ce nouveau contexte marque aussi la réhabilitation officielle de la sociologie. Renaissant de ses cendres, elle est à la fois témoin privilégié et partie prenante de ces changements.
Le fil directeur qui nous a guidés est celui de la transition. Ce thème, qui a émergé dans le discours sociologique en Chine, traduit l’émergence d’un questionnement nouveau sur l’orientation du pays, distinct de ceux de la modernisation et du développement. Zhuanxing en chinois indique à la fois le mouvement vers le changement (zhuan) mais également le changement de modèle (xing). Il invite non seulement à saisir les enjeux de cette « grande transformation », caractérisée par une double transition, la sortie d’un système totalitaire et la construction d’une modernité chinoise. Mais il attire également l’attention sur les acteurs sociaux porteurs de cette dynamique de changement ainsi que sur la complexité et les contradictions de ce processus (Zhang Lun).
Parmi les différentes lectures sociologiques de cette transition, certaines ont non seulement l’ambition de mettre au jour la spécificité des mutations chinoises par rapport aux autres pays communistes et aux transitions qu’ils ont connues, mais elles s’efforcent également de construire un nouveau cadre d’analyse, un paradigme pour la sociologie en Chine (Sun Liping). D’autres s’appuient sur cette perspective pour saisir et comprendre les dynamiques au sein de certains champs sociaux, que ce soit la religion (Ji Zhe) ou les élites politiques (Émilie Tran).
En portant le regard sur les contributions des sociologues à la compréhension de ce phénomène, ce numéro entend également montrer la réflexivité de la discipline, sa diversité et ses interrogations. D’une certaine manière, la sociologie en Chine est elle-même en transition, de par son histoire récente, ses rapports complexes avec le pouvoir, et les débats qui la traversent (Aurore Merle). Parmi ceux-ci, la question des rapports entre théorie occidentale et terrain chinois reflète les tentatives des sociologues chinois pour construire un savoir qui s’ouvre au dialogue international tout en traçant sa propre voie (Ying Xing). Mais le questionnement porte aussi sur la place et le rôle des sociologues en tant qu’intellectuels : entre un État post-totalitaire et une société en mouvement marquée par les inégalités, certains chercheurs s’efforcent d’inventer de nouveaux modèles d’engagement (Shen Yuan).
Sociologie de la transition, transition de la sociologie, notre discipline a toujours été en rapport étroit avec le changement dès sa naissance. Les transformations que connaît la Chine et les interrogations qu’elle suscite méritent notre attention, dans la mesure où elles peuvent contribuer à enrichir notre réflexion sociologique et où leurs résultats influenceront certainement l’avenir de l’humanité. Telle est la conviction que nous espérons vous faire partager.
Aurore MERLE et ZHANG Lun.
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