2001
Carrefours de l’éducation
Notes de lecture
• • CASPARD-KARYDIS (P.) (dir.).
Répertoire de la presse d’éducation et
d’enseignement. Paris : INRP, 2000,
763 p.
• CHERVEL (André). Les grammaires
françaises, 1800-1914, répertoire chronologique. Paris : INRP, 2e éd., 2000,
226 p.
• SAVOIE (Philippe). Les enseignants
du secondaire, le corps, les métiers, les
carrières, textes officiels, t. 1,1802-1914. Paris : INRP-Economica : 2000,
751 p.
• • PIKETTY (Caroline), DUBOIS
(Christophe) et LAUNAY (Fabrice).
Guide des recherches dans les archives
des spoliations et des restitutions.
Paris : La Documentation française,
2000,314 p.
• ROCHE (Daniel), dir. Lr répertoire
des historiens français de la période
moderne et contemporaine, annuaire
2000. Paris : CNRS éditions, 2000.
• REY-COURTEL (Anne-Lise), HOURIEZ
(Elisabeth). État des inventaires, t. 3,
Marine et outremer. Paris : Archives
nationales, 2000.
• CHEYNET (Pierre-Dominique). Les
procès verbaux du Directoire exécutif
an V-an VIII, t. 1 (1797). Paris :
Archives nationales, 2000,314 p.
✔ CHAUVIÈRE (Michel) et
PLAISANCE (Éric), dir. L’école
face aux handicaps. Éducation spéciale ou éducation
intégrative ? Paris : PUF,
2000, « Éducation et formation », 252 p.
Plus de vingt ans après la loi
en faveur des personnes
handicapées, l’intégration
fait encore l’objet de nombreuses
résistances. Le présent ouvrage,
qui réunit un ensemble de contributions
communiquées dans le
cadre des biennales de l’éducation
(1998), propose une analyse
de ces résistances au travers d’un
éclairage historique, comparatif
ainsi qu’un examen de différentes
pratiques d’intégration.
Concernant la perspective historique, Éric Plaisance procède à une
analyse du concept de handicap.
Il montre ainsi que l’on est passé
de l’éducation dite « spéciale » qui
s’occupait, au début du siècle des
« anormaux » ou « arriérés », à l’éducation intégrative, même s’il reconnaît que le second paradigme cohabite, au moins en France, avec le
premier. Il rappelle ainsi que la définition de tels concepts n’a rien de
naturel, mais repose sur des
constructions sociales où les acteurs
jouent leur partition. On relève ainsi
avec intérêt qu’en Finlande, 17 %
des enfants sont considérés comme
relevant de l’éducation intégrative
alors qu’ils ne sont que 3,5 % en
France… Prenant nettement partie
pour l’intégration, l’auteur souligne
combien ce type d’éducation est un acte
éminemment social. Cet aspect est souligné également par le second auteur,
Jacqueline Gateaux, qui montre que,
lorsqu’en 1945, on parle de retard scolaire, c’est bien parce qu’il s’agit de réformer l’individu plutôt que la société.
Cette construction sociale se dessine
également lorsque l’on considère les différentes institutions qui interviennent
dans le domaine. Et l’on peut affirmer
avec Michel Chauvière qu’il y a concurrence entre le ministère de la Justice,
de l’Éducation nationale et de la Santé.
En fait, au commencement, au début
du XXe siècle, la justice et l’instruction
s’intéressent au cas de ces enfants, dans
l’intérêt de ces derniers. Peu à peu, dans
les années 1930, apparaît un acteur
nouveau, le ministère de la Santé : il
verra son rôle confirmé avec le gouvernement de Vichy. Les politiques
publiques en faveur de l’enfance inadaptée se développent alors en dehors de
l’école, car on se méfie de cette dernière.
S’ouvrent ainsi les premières écoles de
cadres éducateurs. L’ordonnance de
1945 n’annule pas ce qui précède et
confirme le choix de l’éducatif contre
le répressif. Toutefois, un nouveau tournant est pris dans les années 1960
lorsque émerge de façon forte dans le
champ éducatif la question de l’éducation spécialisée : l’étude de Nathalie
Bélanger souligne que désormais psychologie scolaire et éducation spéciale
ont partie liée, à une époque où le système éducatif est en pleine démocratisation. Toutefois, ces psychologues vont
être assez vite considérés comme des
« testeurs ». C’est peut-être l’une des difficultés de compréhension entre deux
professions qui travaillent, au fond, dans
le même champ : les instituteurs spécialisés (nés en 1909) et les éducateurs
(nés dans les années 1940). Le mérite
de Dominique Fablet est de souligner
les différences professionnelles entre les
deux corps de métier qui, désormais,
semblent davantage entrer dans une
phase de coopération plutôt que dans
une phase d’indifférence, voire d’opposition.
La perspective comparative, envisagée dans la seconde partie de l’ouvrage,
dresse un bilan international et présente
les cas de différents pays européens. Elle
met clairement en évidence l’extrême
diversité des politiques allant d’un
enseignement spécial, en Belgique, dans
lequel la question de l’intégration n’apparaît pas prioritaire, à une politique
d’intégration totale en Italie, en passant
par une politique d’inclusion en
Angleterre, variable d’une localité à une
autre. Dans les trois cas, les contributions présentées s’attachent à repérer
les caractéristiques ainsi que les éventuelles ambiguïtés des politiques
menées. F. Armstrong souligne ainsi,
pour l’Angleterre, la contradiction entre,
d’un côté, les discours relatifs aux
besoins spéciaux dont 20 % de la population scolaire relèverait et, de l’autre,
la politique d’inclusion instaurée par la
loi de l’éducation de 1981. Concernant
la Belgique, J.-L. Chapelier pointe le
paradoxe d’une école spécialisée sans
maîtres spécialisés et met en exergue la
question de l’origine sociale des publics
de cet enseignement spécial qui, en
contradiction avec l’idée même d’intégration, regroupe principalement des
sujets issus de familles défavorisées,
recrutés pour 70 % d’entre eux dans les
catégories du handicap léger, des
troubles caractériels et instrumentaux.
Dans le cas de l’Italie, L. de Anna
montre bien comment l’intégration s’inscrit ici dans le cadre d’une volonté de
« rendre effectives la culture et la mise
en valeur de la diversité ». P. Bouveau,
qui s’intéresse non pas à l’intégration
des enfants handicapés, mais au cas de
la politique des ZEP, souligne le rôle du
partenariat également au centre des pratiques d’intégration. L’examen de ces
différentes situations fait clairement
apparaître, comme le montre l’analyse
comparative de P. Evans, des différences
tant au niveau de la caractérisation de la
population considérée, qu’au plan de
la répartition des structures d’accueil
en établissements spécialisés, classes
spéciales et ordinaires, ainsi que des ressources affectées en termes de personnel, de matériel et de ressources financières. Autant de différences qui posent
la question d’un indicateur pertinent
susceptible de permettre une comparaison des données au plan international.
La dernière partie de l’ouvrage fait
état de différents types de dispositifs
d’intégration (expérience de demi-pen-sion scolaire de jeunes de 13-16 ans
sous mandat judiciaire présentée par
P. Jaspard et J.-M. Fayolle, travail en
réseau mené dans le cadre d’un service
de soins spécialisés à domicile exposé
par Roger Weyl) et offre une réflexion
tout à fait intéressante sur les modalités de coopération entre professionnels
ainsi que sur le regard porté par les
enfants valides sur les enfants handicapés selon qu’ils ont ou non été impliqués dans des pratiques d’intégration
au sein de leur classe. L’étude de
A. Vérillon et al. menée en France met
en évidence qu’une pratique de collaboration entre enseignants et professionnels spécialisés (principalement
éducateurs et instituteurs spécialisés
exerçant dans des services spécialisés)
résulte d’une construction commune de
modalités de travail entre partenaires
qui devrait s’appuyer « sur une polyvalence des acteurs construite pour répondre
aux besoins de l’enfant, plutôt que sur une
complémentarité pensée en fonction des
compétences professionnelles des partenaires ». Dans le même ordre d’idée, la
contribution de l’équipe de B. Maes et
al., centrée sur l’analyse d’accords de
coopération entre enseignement ordinaire et spécial en Belgique, souligne le
rôle joué par la connaissance réciproque
des deux systèmes d’enseignement, le
développement d’une communication
satisfaisante, considérée comme l’un des
aspects les plus cruciaux de la coopération, sans oublier la nécessité de maintenir un dialogue avec les parents. Enfin,
l’étude de M.-F. Berthe-DenÅ“ux et
V.Léoni relative au regard porté par les
enfants valides sur les enfants handicapés révèle que si ce regard ne dénote
pas de rejet, il ne témoigne pas pour
autant d’une réelle capacité à « mesurer
les implications du handicap sur les apprentissages scolaires ». On retiendra le rapprochement effectué par les auteurs
entre ce constat et les exigences de
l’école qui, au nom d’une égalité de traitement des personnes, refuse d’envisager des modalités d’aménagement des
modalités d’apprentissages. Il s’agit alors
de poser la question de fond des processus en jeu dans l’intégration qui,
selon les auteurs, semblent davantage
s’apparenter à un processus d’adaptation de la personne handicapée aux exigences de l’école, pouvant selon les cas
s’avérer très coûteux, qu’à une prise en
compte effective du handicap dans la
scolarisation.
Qu’il s’agisse de l’exposé de pratiques
d’intégration ou d’analyses comparatives, l’ensemble de ces contributions
dénote clairement qu’au-delà des injonctions réglementaires, l’intégration peut
prendre des formes variées. Son principal intérêt réside dans l’ensemble des
questions posées quant aux limites et
aux paradoxes d’un certain nombre de
pratiques intégratives, qui donne bien la
mesure du chemin qu’il reste à parcourir pour substituer à l’éducation spéciale une éducation intégrative reposant
sur une réelle volonté de prise en
compte du handicap dans le cadre d’un
enseignement ordinaire.
Christine Berzin et Bruno Poucet,
université de Picardie Jules-Verne (CURSEP)
✔ LOEFFEL (Laurence). La question du fondement de la morale
laïque sous la IIIe République
(1870-1914). Paris : PUF, 2000,
262 p.
Si vous n’avez pas lu Buisson,
Pécaut et Steeg, Laffitte,
Bourgeois, Payot, Barni et
quelques autres dont le nom ne vous
dit rien – et même si vous les avez lus
–, lisez Laurence Loeffel. En cinq chapitres, vous y trouverez cinq écoles de
pensée qui ont placé la morale au cÅ“ur
de leur réflexion : protestantisme libéral,
positivisme (la postérité d’Auguste
Comte, déchirée en deux courants, l’un
orthodoxe qui tient à la religion de l’humanité et à son pouvoir spirituel, l’autre,
avec Littré, qui s’en tient à l’éloge de la
science), solidarisme, sociologisme
(Durkheim et ses amis), socialisme
humaniste (Jaurès, mais pas les
marxistes). Une bibliographie de quinze
pages atteste à la fois l’étendue de l’enquête et la vitalité philosophique de ces
années où la IIIe République met en
place son système scolaire et procède à
la laïcisation de l’enseignement.
Jusqu’alors, instruction morale et instruction religieuse allaient de pair : la
religion chrétienne fondait, exigeait et
justifiait la morale. Désormais, elles
seront séparées : l’instituteur, en classe,
formera le citoyen, le curé enseignera
le catéchisme à l’extérieur de l’école.
Problème : le curé peut continuer
comme avant à enseigner une morale
religieuse, même si une partie des élèves
lui échappe, mais que signifie pour l’instituteur cette amputation, une morale
simplement laïque ? Problème pratique,
que le programme est censé résoudre,
mais aussi plus encore problème théorique. Suffit-il de remplacer l’autorité
de l’Église par l’autorité de l’État, et que
peut être celle-ci dans le domaine de la
conscience dont on proclame parallèlement les droits et l’absolue liberté ?
Avec sagesse, Jules Ferry considérait
que ces problèmes philosophiques, si
fondamentaux fussent-ils, n’étaient pas
de l’ordre des enfants du primaire.
Chaque ordre d’enseignement doit procéder selon les capacités et les besoins
de son auditoire. En revanche, il ne suffit pas de faire et de défaire : encore faut-il être conscient de ce qui est en cause.
La laïcisation de la morale était une solution nécessaire qui n’allait pas sans problèmes considérables, comme on le voit
très clairement à lire Laurence LÅ“ffel.
Débats de spécialistes dans un cercle
étroit ? Débats de société ? Les deux, évidemment, avec leurs retombées au
moins dans deux directions : les écoles
normales d’instituteurs, la classe de philosophie des lycées préparant au baccalauréat. Qui a jamais comparé l’évolution des programmes dans ces deux
secteurs ?
Pour illustrer ce propos, je me reporte
à un ouvrage écrit par un jésuite connu,
à l’usage de l’enseignement privé, et
publié en 1938, à qui ses qualités pédagogiques ont valu un vif succès : non
pas un manuel, mais un Précis de philosophie par Paul Foulquié, avec ses quatre
grandes divisions (psychologie, logique,
morale, métaphysique). Premier constat :
l’auteur expose unemorale laïque, sans
aucune mention de Dieu qui figure officiellement en métaphysique. Mais alors,
s’il suffit de supprimer Dieu pour laïciser la morale et que l’enseignement
catholique s’en accommode aussi facilement, n’est-ce pas une métaphysique
non laïcisée qui est maintenue dans l’enseignement public ? Le Précis distingue
morale générale ou théorique et morale
pratique. Sous le premier chef, le programme officiel et obligatoire inscrit les
grandes conceptions de la vie morale :
celles que présente L. LÅ“ffel, à quoi
Foulquié ajoute fort légitimement les
morales à fondement théologique. La
partie pratique va de la morale personnelle à la morale internationale et à la
morale coloniale en passant par la
morale sociale : vastes sujets, très sensibles, encore plus que la question religieuse, puisqu’il s’agit du partage du
monde et de ses richesses, des classes
et des races, qui éclipsent la question
philosophique du fondement. Foulquié
n’en est que plus à l’aise pour y suivre la
doctrine sociale de l’Église, sans craindre
l’affrontement, dans les lycées de l’État,
entre capitalistes et socialistes, patriotes
et pacifistes. La morale au baccalauréat,
ce n’est pas seulement la pensée en altitude, la conscience, le bien, le devoir,
l’obligation, mais tout autant les feux de
l’actualité, si le professeur ne s’y dérobe
pas. Même non assurée de ses fondements, la morale doit assumer ses
urgences.
Le programme officiel dit bien morale,
sans adjectif. Un problème de vocabulaire se pose, qui n’a pas encore retenu
l’attention. Nous distinguons aujourd’hui entre éthique et morale. Naguère,
on usait d’une tripartition : les mÅ“urs
(objet d’observation et de science), la
morale (avec son objectivation) et la
moralité (affaire personnelle). On distinguait aussi morale publique (comme
l’ordre, l’hygiène ou la santé, celle que
protègent les lois), et morale privée
(celle qui relève de la conduite personnelle). Aucun texte officiel n’a jamais
parlé de la morale laïque. Il nous
manque une histoire de la formule, de
sa diffusion et de son contenu. Quand
Ferdinand Buisson parle de la religion
laïque, c’est clair : il entend sans prêtres,
sans clercs, sans pasteurs, c’est-à-dire
sans ministres du culte et sans culte.
Liée à la religion, la morale n’a jamais été
un culte, et elle s’exerce avant tout hors
des temples. La morale laïque n’est donc
pas une expression homologue à la religion laïque : c’est autre chose qu’une
morale décléricalisée et même dédogmatisée; c’est une morale déthéologisée, voire déchristianisée. Mais alors
qu’est-ce à dire ?
On ne laïcise pas une religion par
décret : c’est affaire de conscience. On ne
peut que la privatiser si elle est
publique, comme avant 1905 et la loi
de séparation. De la même manière,
mais pour de tout autres raisons, on ne
laïcise pas une morale par décret : on
ne peut que laïciser son enseignement.
Mais quelle sera la portée de cette décision ? Va-t-on continuer à enseigner la
même chose, simplement en s’abstenant
de ses références fondatrices ? Ou va-t-on s’engager dans une vaste opération
intellectuelle au risque de bousculer les
repères des populations ? Mais on ne
peut isoler la nouvelle morale laïque
dans son en soi clos sur lui-même. On
ne peut la penser que par différence et
ressemblance avec la morale religieusejudéochrétienne en l’espècequi
prévalait jusqu’alors. N’y a-t-il entre elles
qu’un désaccord sur le fondement ?
S’étend-il aussi aux prescriptions et
interdictions ?
La morale de nos pères, ce n’est pas
un certificat de moralité à leur crédit.
C’est avant tout un cri de ralliement en
vue de l’avenir. Le problème avait été
posé par les politiques au temps de la
Réforme et des guerres de religion : comment assurer l’unité politique du pays
quand il a perdu son unité religieuse ?
Avec la République, le problème
devient : comment préserver son unité
morale ? On voit l’enjeu de l’expression
morale laïque : est-ce une guerre des
morales entre les deux France qui va
relayer la guerre des religions ? C’est
précisément ce que Ferry voulait éviter
dans l’esprit qui sera celui de Briand et
de Jaurès en 1905 au temps de la séparation des Églises et de l’État.
Cette morale de nos pères avait une
élasticité qui était matière à débat : le
grand témoin est ici Pascal opposant
son rigorisme au laxisme des jésuites.
Indéniablement, bien au-delà du jansénisme, la France a été marquée par
un esprit rigoriste hostile à ce qu’on
appelait la morale relâchée. Au temps
des Lumières et de la Révolution,
Sylvain Maréchal opposait les sans-Dieu
qui opposaient le culte de la vertu à
l’athéisme libertin des aristocrates
dépravés, de la Régence à Sade. En
d’autres termes, peut-on fonder la
morale sur le plaisir et l’intérêt ? Peut-on
fonder une société sur l’égoïsme, l’hédonisme et l’utilitarisme ? Ne représen-tent-ils pas le sommet de l’émancipation et de l’autonomie ? Sinon, comment
légitimer l’altruisme et comment faire
de ses règles la loi générale s’imposant
à tous ? Quelle différence de nature
sépare l’altruisme laïque de l’altruisme
religieux ? Peut-on se prononcer sans
les mettre en rapport, en s’en tenant frileusement à l’un ou à l’autre ?
À lire ce livre, plusieurs penseront
que ces grandes questions ne sont ni
résolues ni révolues. Elles nous plongent au contraire en pleine actualité,
celle du lien social et des menaces qui
pèsent sur lui.
Émile Poulat. École pratique
des hautes études en sciences sociales
✔ LELIÈVRE (Françoise et Claude),
L’histoire des femmes publiques
contée aux enfants. Paris : PUF,
2001, « Sciences sociales et sociétés », 200 p.
Le lecteur attentif à la littéralité du
texte s’étonnera que l’on rende
compte ici d’un ouvrage où l’histoire
est contée aux enfants. Il s’agit
pourtant d’un livre qui paraît dans une
collection de sociologie. Il est vrai le
titre est trompeur : l’ouvrage ne dévoile
son intention réelle que dans le dernier
chapitre. Le propos des deux auteurs
est, en effet, en apparence simple : il
s’agit d’expliquer pourquoi en France
les femmes sont restées jusqu’en
mars 2001, sauf exception, éloignées
du pouvoir. Ils postulent que les
manuels d’histoire de la communale
(ceux-ci représentent l’essentiel du corpus des trente manuels analysés) ne sont
pas pour rien dans cette construction
sociale propre à la France. En effet, à
lire ces manuels d’un regard critique (et
les deux auteurs ne se font pas faute de
les donner à voir ou à redécouvrir grâce
à la reproduction d’une abondante iconographie particulièrement bien reproduite), on constate aisément que les
femmes qui ont exercé un quelconque
pouvoir dans la société française sont
souvent marquée au fer rouge : la reine
Brunehaut est « cruelle », Catherine de
Médicis est « perfide », Marie-Antoinette
« intrigante et fatale ». Bref, à l’exception de sainte Blandine, Jeanne d’Arc,
Louise Michel et de quelques autres, les
femmes qui ont exercé le pouvoir ne
paraissent pas à leur place, comme si
les qualités nécessaires à l’exercice de
celui-ci étaient « naturellement » réservées aux hommes et à eux seuls. On
leur concède, tout au plus, dans des circonstances particulières, de jouer un
rôle de substitution : héroïnes, au mieux,
elles ne peuvent, en réalité exercer le
pouvoir dans son ordinaire continuité.
On relèvera la stupéfaction des auteurs
de découvrir que ce n’est que dans les
manuels des années 1980 que les
femmes disposent du droit de vote : quarante ans après…
Chaque chapitre est construit d’une
façon identique : il s’agit de relire les
livres d’histoire de l’enseignement
public, mais également de l’enseignement privé et de souligner les contradictions et les incohérences par rapport
au savoir savant et les conséquences
idéologiques des choix opérés tant dans
le texte que dans les images (on sait
qu’Ernest Lavisse fut, dès 1876, l’initiateur incontestable d’un genre qui fut
un grand succès d’édition). Il y a, la plupart du temps, un décalage important
entre le savoir universitaire et le savoir
véhiculé par l’école : on enseigne des
idées universitairement fausses à l’école,
mais idéologiquement justes pour l’état
de la société. On construit ainsi les bases
d’une culture scolaire dont les auteurs
postulent qu’elle va jouer un rôle non
négligeable sur la « fabrique idéologique » d’une société. Certes, on pourrait reprocher aux auteurs de ne pas
donner d’éléments de preuves de ce
qu’ils avancent. Les manuels ont-ils le
poids qui leur est ici reconnu ?
Comment savoir de quelle manière est
fabriquée la culture d’une société ? Et
surtout a-t-on le moyen de mesurer
comment l’école peut influencer l’idéologie des individus à un moment donné
de leur histoire ? On aurait pu tenter de
pousser l’enquête plus avant en tentant
de repérer les convergences entre les
travaux des élèves et les manuels utilisés dans les classes : entreprise, à dire
vrai, difficile à mener à bien. En histoire, il faut se contenter souvent des
sources dont on peut disposer. L’on
apprend ici beaucoup.
D’une certaine manière, on peut lire
cet ouvrage comme un livre d’instruction civique à usage des adultes à une
époque où le pouvoir politique semble
vouloir redistribuer les responsabilités
politiques à égalité entre femmes et
hommes (même si, on l’a vu aux dernières élections, faute de dispositions
légales au niveau des exécutifs municipaux, les vieilles habitudes ont perduré,
à savoir peu de femmes ont accédé aux
postes de commande des exécutifs
municipaux ou intercommunaux).
Mais, il me semble que l’essentiel n’est
pas là.
L’objet de ce livre n’est pas en effet de
faire un travail d’histoire des disciplines
scolaires. Il s’agit plutôt d’une analyse
de sciences politiques afin de comprendre d’où vient ce curieux décalage
pour l’observateur extérieur à la société
française entre un système scolaire en
avance pour la scolarisation des filles
(par rapport aux autres pays de l’Union
européenne) et un système politique en
retard pour partager le pouvoir entre les
sexes. À lire les manuels, on retiendra
en effet que les femmes ne doivent pas
exercer le pouvoir, mais peuvent se
« sacrifier » pour une « cause ». Bref, il
y aurait là une différence anthropologique fondamentale que l’on trouve déjà
théorisée chez le vieil Aristote : il y a une
différence de nature. La femme est du
côté de l’émotion, de la sensibilité, de
l’impulsivité, du cÅ“ur, alors que
l’homme est du côté de la raison. La
seconde qualité prédisposerait à l’exercice des responsabilités publiques.
Or, c’est cette conception anthropologique que l’on voit triompher lors de
la Révolution : Talleyrand et Mirabeau
s’en font les chantres contre Condorcet.
Ce dernier, nous rappellent les auteurs,
était en faveur de l’égalité des droits
politiques, de la coéducation gar-çons/filles, reconnaissait le rôle fondamental de l’instruction dans le processus éducatif. Or, ce n’est pas sa thèse
qui l’a emporté, au moment où l’école
publique a désormais les moyens de sa
politique sous le gouvernement de Jules
Ferry. Les femmes se voient assignées
par ce disciple d’Auguste Comte, une
fonction sociale très spécifique : elles
doivent contribuer à l’unité de la société.
En ce sens, leur éducation importe non
pour elles-mêmes, mais en tant que
futures mères : elles éduqueront ainsi,
comme il convient, les futurs citoyens
républicains. En ce sens, les femmes
sont des « médiatrices républicaines ».
On comprend mieux pourquoi l’école
de la République s’est organisée selon
des principes qui séparaient les sexes.
Tout militait ainsi en ce sens : le refus
de la coéducation préconisée par
Condorcet conduisit à une différenciation des programmes scolaires eux-mêmes : c’est particulièrement visible
dans les contenus d’enseignement –
d’un côté les travaux manuels, de l’autre
l’économie domestique et l’enseignement ménager. L’amour du foyer, mais
pas l’enseignement du latin et de la philosophie dans l’enseignement secondaire : c’était, il est vrai, ouvrir les portes
de l’Université et permettre l’accès aux
professions libérales ! Les conférences
pédagogiques, la formation à l’école normale et bien entendu les manuels scolaires utilisés par les instituteurs et les
élèves convergent tous dans ce sens : il
y a d’un côté une éducation pour les
filles, de l’autre une éducation pour les
garçons – la première ne doit pas être
identique à la seconde puisque les filles
n’exerceront pas les mêmes responsabilités dans la société. Mère et ménagère sont indispensables au bon gouvernement de la cité.
Reste à comprendre pourquoi, rien,
au fond n’a changé dans les stéréotypes
véhiculés et la place accordée aux
femmes depuis quarante ans, depuis la
fin de l’école de Jules Ferry. Les auteurs
avancent l’idée que la rupture réelle
dans l’organisation du système (depuis
les années soixante-dix, la mixité est un
fait dans pratiquement tous les établissements scolaires) n’a pas été pensée et
problématisée : elle est d’abord un choix
de gestion – faire des économies devant
l’arrivée massive de nouveaux élèves et
non un choix politique par rapport à la
répartition du pouvoir dans la société.
On comprend l’urgence du débat
auquel cet ouvrage veut contribuer et
le plaidoyer en faveur d’une politique
volontariste instituant une réelle parité
entre hommes et femmes.
Toutefois, le paradoxe ultime de l’ouvrage est finalement de souligner que
dans l’acte éducatif, ce n’est par
Condorcet qui l’emporte, mais
Talleyrand puisque l’émotion, le cÅ“ur
et non pas la raison sont fabricatrices
de culture. Ce n’est pas l’histoire scientifique que l’on apprend à l’école, mais
de Belles histoires : et on les retient,
toute sa vie – au point que ces images
peuvent faire écran à la perception
même de l’histoire savante. En ce sens
cet ouvrage est une pièce supplémentaire au débat lancé il y a déjà quelques
années par Claude Lelièvre et Christian
Nique dans La République n’éduquera
plus, la fin du mythe Ferry. Toutefois, il
ouvre, aussi, une autre interrogation déjà sous jacente dans Les Rois
de France, enfants chéris de la république:
quelle place donner à l’enseignement
de l’histoire à l’école primaire et quel
type d’enseignement pratiquer ?
Bruno Poucet, UPJV-CURSEP.
✔ FERRAND (Michèle), IMBERT
(Françoise), MARRY (Catherine),
(préface de Christian BAUDELOT ).
L’excellence scolaire : une affaire de
famille. Le cas des normaliennes et
normaliens scientifiques. Paris :
L’Harmattan, 1999,210 p.
Sociologues à l’Institut de
Recherche sur les sociétés
contemporaines (IRESCO-CNRS),
M. Ferrand, F. Imbert et C. Marry, à
partir des récits des normaliens et normaliennes des sections scientifiques et
de ceux de leurs parents, rendent
compte, avec finesse et efficacité, du
« secret de fabrication des représentants
les plus emblématiques de l’excellence
scolaire à la française : les élèves scientifiques de l’École normale supérieure
de la rue d’UIm ».
L’enquête résulte d’un étonnement :
l’absence quasi totale de filles admises au
concours dans les sections scientifiques
(mathématiques, physique, chimie et
biologie) depuis la fusion d’Ulm et de
Sèvres (1986), alors même que, dans
l’ensemble et sur la même période, les
scolarités féminines tendaient à se développer. La question est la suivante : si
l’on sait généralement bien qui sont les
« héritiers », qu’ils soient d’Ulm ou
d’autres grandes écoles, ici, quelles sont
les caractéristiques du faible nombre
des filles qui « échappent à l’éviction »,
qui sont les « héritières »et en quoi se
distinguent-elles des « héritiers »?
Le caractère restreint de la population principalement visée aurait pu
conduire au choix exclusif d’une
enquête qualitative, qui aurait sans
doute débouché sur une meilleure
connaissance des parcours des normaliennes qui réussissent, notamment en
mathématiques et en physique, mais
sans que ces parcours puissent être resitués par rapport à d’autres, comparés à
ceux d’une population plus large. Le
choix de M. Ferrand, F. Imbert et
C. Marry a été d’associer minutieusement quantitatif et qualitatif : une
enquête par questionnaires réalisée
auprès de la totalité des lauréats aux
concours scientifiques de l’ENS de 1985
à 1990 (419 garçons, 121 filles); une
série d’entretiens, auprès de l’ensemble
des filles reçues en mathématiques et
en physique et de leurs parents (exhaustivité sur les plus minoritaires), auprès
d’échantillons « raisonnés » sur les autres
(filles biologistes, garçons de toutes disciplines scientifiques). Une méthodologie, à bien des égards, exemplaire.
De surcroît, la méthode retenue permet aux auteurs, en tout début d’ouvrage, de nous rappeler les principales
caractéristiques sociologiques des « héritiers », qu’ils soient des filles ou des garçons : 80% de leurs pères exercent une
profession supérieure (18% des pères de
leur génération), 45 % des mères exercent ou ont exercé une profession supérieure (6% de celles de leur génération).
Mais, de plus, les normaliens ou les normaliennes des disciplines scientifiques
appartiennent d’abord à des familles
héritières (dans 43% des cas, au moins
l’un des grands-pères était déjà cadre
supérieur), à peine moins souvent à des
familles en ascension sociale (dans 36%
des cas aucun des grands-pères n’était
cadre supérieur), mais encore plus rarement dans des familles peu dotées (dans
17 % des cas, aucun des ascendants
masculins n’appartient aux cadres supérieurs). À Ulm, et dans les disciplines
scientifiques, les lois de la réussite restent profondément inégalitaires; mais
elles sont sensiblement les mêmes, qu’il
s’agisse des filles ou des garçons : la réussite est affaire de famille, et « les familles
des normaliens ressemblent étonnamment à celles des normaliennes ».
Recherchant avec persévérance les
différences entre filles et garçons de ces
filières, M. Ferrand, F. Imbert et
C.Marry analysent minutieusement tout
ce qui paraîtrait de nature à expliquer
ces différences. Comme le note
C. Baudelot dans son alerte préface,
« elles ont eu beau fouiller de fond en
comble… les capitaux scolaires accumulés par les ascendants familiaux, peser au
trébuchet de leurs nomenclatures les professions exercées par les pères et par les
mères, traquer les origines sociales des
grand parents paternels et maternels,
recenser pour les filles et les garçons la part
relative de scientifiques au sein de la
famille, M. Ferrand, F.Imbert et C. Marry
sont, toutes les trois, rentrées bredouilles
de cette chasse au petit supplément qui
ferait la différence ». Pour l’essentiel, ce
qui caractérise nos normaliens scientifiques, quel que soit leur sexe, mais
aussi quelle que soit leur origine sociale,
c’est qu’ils ont réalisé des parcours scolaires exceptionnels, rapides et précoces,
des réussites brillantes, qu’ils ont
engrangé des mentions au baccalauréat
et des prix au Concours général, qu’ils
ont été recrutés eu égard à leur excellence scolaire.
Méritocratiques et inégalitaires, telles
sont les caractéristiques des recrutements des filles et des garçons des sections scientifiques : comme à beaucoup
d’autres niveaux, Si ce n’est en plus
accentué; et avec l’avantage, qui n’est
ni mince ni inutile, de montrer que la
sélection sociale est tenace, que l’école
reste d’abord l’affaire des « héritiers ».
Avec succès, nos auteurs nous tiennent en haleine jusqu’aux dernières
pages. Pourtant, comme l’indique
C. Baudelot, 115 ont établi « une différence décisive ». Les filles préparant les
concours scientifiques déclarent avoir
vécu une éducation plus égalitaire entre
frères et sÅ“urs, ou cadets et aînés, une
attention et des encouragements soutenus de la part de leur mère quant à ces
choix. L’accès à ces filières, c’est bien
aussi une affaire de famille.
G. Langouet,
Paris V — Sorbonne I CERLIS – CNRS
✔ POUCET (Bruno), De l’enseignement de la philosophie. Charles
Bénard, philosophe et pédagogue,
Paris : Hatier, 1999, « Hatier formation/Le temps des savoirs »,
155 p.
Cet ouvrage fait partie des travaux,
encore relativement peu nombreux,
du moins pour la philosophie,
qui s’essaient à promouvoir son
étude, de manière concrète, comme
d’une discipline scolaire. Étudier une
« matière au programme » comme une
discipline scolaire, c’est se plier à deux
contraintes : d’une part, ne pas s’en tenir
à un « discours général » touchant les
relations entre l’enseignement d’une discipline et son « encadrement » légal,
mais décrire des pratiques concrètes,
effectives (encore que, justement, nous
n’aurons de renseignements qu’indirects
sur la manière que Charles Bénard avait
de « faire classe », via les rapports d’inspection générale ou les manuels),
d’autre part, s’engager effectivement
dans une investigation historique : le
personnage qui est centre de cet
ouvrage, Charles Bénard (1807-1898),
n’est nullement la simple « expression »
d’un état de l’institution, même si, en
sens inverse, il serait dépourvu de sens
d’analyser sa vie, sa carrière – pour ne
pas direson Å“uvre – indépendamment
d’enjeux, de mutations historicoinstitutionnelles par rapport auxquels celles-là prennent sens.
On fera choix de quelques points, en
privilégiant ce qui réfère à l’histoire de
l’éclectisme. Il est classique de porter
au crédit de Victor Duruy des décisions
qui ont concouru à redonner vie à l’enseignement philosophique dans les
lycées et collèges publics. Le travail de
Bruno Poucet ne remet nullement en
question cette summa divisio, mais il
apporte des éléments pour mieux comprendre l’importance de la « bifurcation » entre lettres et sciences introduite
par la réforme de 1852. L’enseignement
philosophique ne constitue plus en effet
le « couronnement » de l’édifice de l’enseignement secondaire. Cette « bifurcation » va de pair avec une conception
très « idéologique » de l’enseignement
de la philosophie, qui se devra de laisser de côté les « problèmes téméraires ».
Mais l’on notera que la réforme Duruy
n’est pas séparable, quant à elle, d’un
« retour en force des humanités »: ce à
quoi feront écho des professeurs, justement comme Charles Bénard. Certes,
Charles Bénard, cousinien bon teint,
proscrit les doctrines « funestes », mais
c’est au nom d’une conception spiritualiste des facultés humaines qu’il s’oppose, quoique très timidement, à une
« bifurcation », avec un partage des rôles
entre un enseignement des sciences,
« technicisé » avant la lettre, d’une part,
et un enseignement des humanités où la
philosophie se trouve bridée par les
limites que lui impose une Église catholique fort peu libérale, d’autre part.
La décision prise par Duruy doit donc
être replacée dans un contexte : il ne
s’agit pas d’une sorte de rupture sans
rien qui ne l’annonce. Ce qui nous vaut
une analyse, intéressante, des réactions,
parfois critiques, du haut personnel
administratif avant 1863, voire d’un certain nombre de catholiques. Ce qui
signifie également que, lorsque des historiens veulent voir, dans les décisions
de Duruy, une « victoire éclatante » de
l’esprit laïque on peut s’interroger s’il
n’y a pas, ici, autant d’anachronisme
que lorsque l’on veut déceler, dans le
programme de philosophie de 1832, à
la rédaction duquel Cousin a directement participé, un signe des progrès de
la « laïcité ».
Troisième point, parmi tant d’autres :
Bruno Poucet met bien évidence tout à
la fois le public des plus restreints
auquel s’adresse l’enseignement philosophique dans les collèges et lycées et le
très petit nombre des professeurs qui
ont une influence décisive dans l’institution et son devenir : les professeurs
des lycées de Paris qui ne sont, en tout
et pour tout, qu’au nombre de cinq,
dans les années 1840.
Dernier point : l’histoire des programmes participe d’une histoire d’un
« champ » relativement spécifique, telle
que les remaniements, qu’ils affectent
la liste des questions ou le programme
des auteurs, ne peuvent être compris
par référence à des « choix idéologiques », servant alors de guide pour
analyser, directement et simplement, le
contenu concret de ces programmes.
Ou plutôt, c’est dans les détails les plus
administratifs (le jeu des coefficients, le
type d’épreuves à l’examen, par
exemple) que se révèlent les traits de la
philosophie, envisagée comme une discipline d’enseignement. Ce qui nous
donne des analyses intéressantes du programme de 1863 dans ses relations avec
celui de 1832, par différence d’avec
celui de 1853.
Cela dit, Bruno Poucet nous brosse
le portrait de ce que l’on pourrait nommer un « cousinien orthodoxe », ce qui
n’enlève rien aux traits spécifiques, sur
lesquels je voudrais insister. Il faudrait,
en effet, s’entendre sur cette « orthodoxie ». Ainsi, je ne suis pas tout à fait
convaincu qu’il faille placer, parmi les
« prédécesseurs éclectiques » Ravaisson,
au même titre que Cousin, Damiron ou
Franck. En un mot, non seulement il
est plusieurs « destins sociaux » de
l’éclectisme, du conservatisme d’un
Franck au républicanisme affirmé d’un
Vacherot, bien plus, il serait probablement requis de distinguer plusieurs
« nuances philosophiques », Bénard
apparaissant, alors, comme un cousinien « classique ».
Cousinien classique, encore, dans son
activité scientifique : Cousin, en effet,
ne se contentait pas de contrôler son
« régiment », il lui fixait une sorte de
programme de travail. C’est Cousin qui
conseille à Bénard de traduire
L’esthétique de Hegel, dès 1836 il soutient une thèse de doctorat où, traitant
de la théorie des forces fondamentales
de Gall et Spurzheim, il critique la phrénologie. Il serait intéressant, à ce sujet,
de montrer la stratégie cousinienne, qui
ne méconnaît pas entièrement la différence de statut et de fonctions de l’enseignement de la philosophie dans les
lycées et collèges et dans les universités, Bénard ayant occupé une position,
certes enviable, mais toujours à la lisière
de l’Université. Et ceci explique, pour
partie, sans psychologisation hors de
propos, certains traits que relève Bruno
Poucet, qui justifient que l’on s’intéresse, aujourd’hui à un personnage,
maintenant peu connu.
Bruno Poucet note le léger « décalage » que l’on peut constater chez ce
professeur, partie prenante de la «fine
élite » des lycées parisiens, dans sa pratique pédagogique, au cours des années
1850. Ce qui n’est pas le signe d’une
quelconque opposition politique, mais,
en relation avec le jugement négatif qu’il
porte sur les réformes imposées par
Fortoul, le témoignage d’une négligence,
de plus en plus nette, à l’égard de ce
qui constituait une des deux activités
pédagogiques les plus traditionnelles,
l’obligation d’imposer à ses élèves une
rédaction des cours. Et ce, pour la
bonne raison que « son Précis imprimé
dispense les élèves de faire des rédactions »
(rapport de l’inspecteur général Danton,
1863, p. 49). Établir une relation causale un peu simple ne serait pas satisfaisant. Mais il est intéressant, justement, d’élaborer un modèle plus délié
de causalité qui explique, du moins, qui
donne un sens aux positions que Bénard
va adopter touchant un autre exercice,
celui de la dissertation.
Il n’est pas l’inventeur de ce type
d’exercice, qui était proposé, chaque
année, pour le Concours général. Il existait bien, dans les pratiques pédagogiques, à l’époque, un certain type de
dissertation, dans l’enseignement philosophique. Mais cette dissertation peut
être qualifiée d’exercice d’imitation, si
l’on se rapporte, encore, aux instructions de 1854 qui parlent des « sujets de
dissertations dans lesquels les élèves s’exerceront à l’imitation de ces grands modèles
par des discussions sur les points indiqués
par le programme ». Bénard – et il va prêcher d’exemple, en rédigeant, par ex.,
un Petit traité de dissertation philosophique
– n’envisage plus seulement la dissertation comme un exercice d’imitation,
mais comme un « exercice d’invention ».
On ne peut qu’être attentif au dernier
chapitre du livre de Bruno Poucet, où
l’on trouvera une analyse de cas de la
philosophie comme discipline d’enseignement : c’est dans le choix des sujets,
son mode de traitement, la façon d’organiser le plan, les développements, que
l’on peut saisir en quel sens Bénard a été
un « rénovateur » de ce genre scolaire
qu’est la dissertation. Genre scolaire qui,
certes, permet une assimilation du cours,
mais qui, dans le même temps, doit en
permettre une sorte de réappropriation
– faut-il dire originale ? Je ne vais pas
résumer ces développements, informés et
précis, mais, seulement, en tirer une
conclusion : c’est au plus près des pratiques pédagogiques effectives que l’on
peut analyser le mode d’institutionnalisation scolaire d’un savoir, ce qui ne
signifie nullement, bien au contraire, que
ces pratiques pédagogiques constituent,
en quelque sorte, une fin en soi – quasiment : une forme sans contenu. Il est
donc des plus légitimes – et des plus instructifs – de s’essayer à comprendre les
implications, très concrètes, d’une définition de la dissertation par Bénard, rapportée p.127 : « une Å“uvre de l’esprit qui
a pour objet d’établir ou de défendre une
vérité par la voie du raisonnement », ce à
quoi cet ouvrage contribue, très fortement et très précisément, par exemple
en reproduisant un modèle de dissertation, proposé par Bénard, pour traiter le
sujet, tout à la fois classique et spécifiquement cousinien : « La philosophie est-elle une science ?».
Jean-Pierre Cotten,
université de Besançon.
✔ PEYRONIE (Henri). Les enseignants, l’école et la division sociale.
Cheminement de recherche en
sociologie de l’éducation. Paris :
L’Harmattan, coll. « Éducation et
formation », série Thèses et travaux universitaires, 2000,189 p.
Cet ouvrage est issu d’une « note
de synthèse » pour l’habilitation
à diriger des recherches soutenue
en avril 1997 à l’université de Caen,
en sciences de l’éducation, sous le titre :
Une sociologie de l’école et de ses acteurs,
dans leurs cadres sociaux et dans leurs
ancrages culturels – Vers une « anthropologie sociale » du monde scolaire.
Comme le souligne Henri Peyronie
de manière liminaire, la note de synthèse créée il y a une dizaine d’années
est un genre universitaire neuf dont la
spécificité se précise peu à peu. D’où
l’intérêt d’une telle publication qui en
suit d’autres (celle de André Robert
[1] et
de Raymond Bourdoncle
[2], notamment).
Un genre qui se réduit difficilement à
un exercice académique tant engagement professionnel et personnel se
mêlent indissociablement, en tout cas
pour ce qui concerne la recherche en
sciences de l’éducation. Ainsi, Henri
Peyronie a-t-il finalement pris le parti
(et le risque !) d’intégrer à sa « note de
synthèse » des jalons biographiques (son
expérience de professeur de philo à
l’usine dans les années quatre-vingt) et
des écrits non universitaires (extraits de
carnets de voyage aux États-Unis, de
lettres du Cambodge). Annexés aux
volumes des travaux de recherche pour
l’HDR, ces écrits non universitaires s’inscrivent de plein droit dans la construction de l’identité du chercheur. À l’appui de ce choix, l’analyse des contributions des enseignants-chercheurs en
sociologie de l’éducation à la rubrique
« Itinéraires de recherche » de la revue
Perspectives documentaires en éducation,
rubrique créée en 1986 par Jean
Hassenforder. Souvent prise comme
repère pour rédiger la note de synthèse
pour l’HDR en sciences de l’éducation,
cette rubrique a le très grand mérite,
selon Henri Peyronie, de « faire émerger ce que sont les itinéraires réels des
enseignants-chercheurs en sciences de
l’éducation ». Elle met en évidence le
poids des reconversions (professionnelles, institutionnelles, culturelles et
territoriales) dans ce qu’une situation
académique pourrait amener à décrire
comme « conversions seulement intellectuelles et gnoséologiques ». L’identité
du chercheur est ainsi multidimensionnelle : l’expérience personnelle et
sociale jalonne le parcours scolaire et
universitaire. D’où aussi la complexité
de l’exercice d’écriture : il s’agit bien
d’un « retour sur un itinéraire intellectuel », non d’écrire ses « mémoires ».
L’itinéraire d’Henri Peyronie, c’est
d’abord le cheminement intellectuel
entre philosophie et sciences humaines
d’un étudiant en philosophie dans les
années soixante. Le besoin « d’imaginer une manière d’être progressiste »
ouvre une période de tâtonnement
d’une quinzaine d’années à la recherche
d’un paradigme scientifique adapté : la
philosophie politique (auprès de Claude
Lefort, en 1969), l’ethnologie (auprès
de Georges Condominas en 1971-1972), la « psychopédagogie expérimentale », en tant que professeur de
psychopédagogie en école normale
(1973-1983), au sein du cursus de
sciences de l’éducation de l’Institut des
sciences de l’éducation de Caen.
Logique de recherche « contestable »
qu’Henri Peyronie a mis un certain
temps à mettre à distance. Dans la
même période, le mouvement de l’École moderne a constitué un autre
« réseau ressource pour la construction
d’une identité professionnelle ». Ces dix
années de reconversions professionnelles, institutionnelles, culturelles et
territoriales (Henri Peyronie se considère comme un « enseignant-chercheur
enraciné dans la région de Caen ») ont
constitué le terreau propice aux conversions intellectuelles : en l’occurrence,
l’inscription du travail de chercheur en
éducation dans le courant de la socio-logie critique, courant sociologique
dominant au moment où Henri
Peyronie s’est intéressé à la question de
l’école, d’une part, mais aussi position
intellectuelle qu’il tient pour l’une des
continuations de la réflexion issue de
la rupture philosophique qui s’est opérée dans la première moitié du XIXe siècle
entre le rationalisme kantien et le rationalisme dialectique de Hegel.
Inscription dans la tradition de la
sociologie critique, mais aussi recherche
d’un équipement intellectuel critique
permettant de penser le passage entre
l’instance théorique de référence et la
position de recherche théorique et
empirique dans le champ de l’éducation caractérisent l’itinéraire de
recherche d’Henri Peyronie qui fait,
dans cette « note de synthèse », la
démonstration que construire une identité de chercheur en éducation, ce n’est
pas s’inscrire dans un champ disciplinaire figé, c’est s’inscrire au contraire
dans une pluralité de champs qui ne
cessent d’évoluer.
Une contribution à la « note de synthèse » comme type d’ouvrage singulier en sciences humaines. Un point de
repère pour tous les futurs postulants
à l’HDR en sciences de l’éducation.
Laurence Mazé-Loeffel. Cursep,
université de Picardie Jules-Verne
• CASPARD-KARYDIS (P.) (dir.).
Répertoire de la presse d’éducation et
d’enseignement. Paris : INRP, 2000,
763 p.
• CHERVEL (André). Les grammaires
françaises, 1800-1914, répertoire chronologique. Paris : INRP, 2e éd., 2000,
226 p.
• SAVOIE (Philippe). Les enseignants
du secondaire, le corps, les métiers, les
carrières, textes officiels, t. 1,1802-1914. Paris : INRP-Economica : 2000,
751 p.
On ne soulignera jamais assez
l’importance de la publication
des ouvrages de référence,
inventaires d’archives, répertoires,
des ouvrages de référence,
recueil de textes officiels. Ils sont indispensables aux travaux des chercheurs,
travaux que connaît parfois le grand
public. Il faut donc saluer particulièrement la parution de trois ouvrages
publiés récemment par le service d’histoire de l’éducation de l’INRP, service
placé sous la direction de Pierre
Caspard.
Pénélope Caspard-Karydis poursuit,
avec ses collaborateurs, la vaste entreprise commencée, il y a presque vingt
ans, de la mise à disposition des chercheurs d’un répertoire de la Presse d’éducation et d’enseignement (INRP, 2000,
763 p). Quatre tomes étaient déjà parus
entre 1981 et1991 – commencés chronologiquement au XVIIIe, ils s’arrêtaient
en 1940. Aujourd’hui, c’est le tome 1
de la nouvelle période qui commence
en 1941 et s’interrompt cinquante ans
plus tard. Ce tome prend en compte les
publications dont le titre commence par
la lettre A, jusqu’à la lettre D.Le principe
de cette édition est resté le même :
chaque revue est présentée sous la forme
d’une notice (numérotée). Celle-ci comporte le titre courant, le sous-titre éventuel, les bornes chronologiques précises
de parution (lorsque celles-ci sont
connues), le lien éventuel de la revue
avec un organisme, les directeurs et
rédacteurs successifs, la fréquence de
parution, le lieu d’édition et le siège
social, et surtout des indications d’une
part sur l’objectif de la revue (tel qu’il
est défini par ses responsables), d’autre
part sur le contenu, enfin est donnée la
cote de la Bibliothèque nationale de
France ainsi que l’état des collections
conservées. Des renvois sont faits, si
nécessaire, soit aux titres qui ont précédé ou suivis. Ce sont pas moins de
531 revues qui sont analysées (dont un
tiers était déjà présenté dans les précédents répertoires puisque leur date de
création est antérieure à 1941). On relèvera le nombre important de publications émanant de mouvements et associations de jeunesse, en particulier chrétiens ou laïques, des mouvements du
scoutisme et bien entendu des revues
destinées à ceux qui encadrent ces groupements et forment les animateurs.
L’école occupe bon nombre de titres :
volonté de réforme des années d’après
guerre, réflexions pédagogiques, entrée
en scène des lycéens, étudiants, parents
d’élèves, associations d’enseignants (catégorielles, selon les grades, professionnelles, selon les disciplines enseignées)
organismes officiels (ministère, rectorats, inspections d’académie). On relève
enfin des revues à destination des
familles afin d’aider, par exemple, dans
le choix des études ou, préoccupation
nouvelle, dans le choix des organismes
de formation. On relève, enfin, l’apparition de revues internationales, telle que
celles de l’Unesco. Sous peine de ne pouvoir jamais paraître, un tel répertoire ne
peut être exhaustif, des choix ont donc
été faits : ont été prises en compte les
revues nationales et internationales et,
par exception, les revues locales. Une
liste devrait être donnée dans le dernier
tome du répertoire de toutes les revues
qui n’auront pas fait l’objet d’un
dépouillement systématique. On n’omettra pas enfin de signaler l’existence des
index qui permettent une consultation
aisée. Deux petits regrets : la disparition
des cotes de la bibliothèque de l’INRP
et la non-utilisation du numéro de la
notice lorsque celle-ci renvoie à une
autre notice (ce qui faciliterait le travail
de repérage). Souhaitons – on connaît
la difficulté de l’entreprise – que les prochains tomes complèteront assez rapidement la collection.
André CHERVEL, Les grammaires françaises, 1800-1914, répertoire chronologique. Paris : INRP, 2e éd. 2000.
Année après année, à la suite du
Catalogue des grammaires françaises de
Stengel (publié pour la première fois en
allemand en 1890 et qui s’arrêtait en
1799) l’auteur nous donne un vaste
répertoire de la production des ouvrages
de grammaire française au sens strict
du terme, publiée dans l’espace de la
francophonie. Par ailleurs, d’autres
ouvrages sont également présentés :
orthographe, analyse grammaticale et
logique, traité des participes, manuels
pédagogiques, traités de ponctuation,
ouvrages divers où il est question de
grammaire. Chaque notice contient les
indications bibliographiques habituelles,
quelques indications sur les titres et profession de l’auteur, une indication sur
l’année de la dernière édition et l’éventuel compte rendu dans le Manuel général ou une autre revue, le jugement
éventuel du Conseil supérieur de l’instruction publique, la cote de la
Bibliothèque nationale de France, voire
à la bibliothèque de l’INRP, lorsqu’il
s’agit d’un ouvrage anonyme. Une sub-stantielle introduction permet de
répondre aux questions que se pose
l’utilisateur dont la moindre est de
connaître les choix qui ont présidé à
l’élaboration du corpus. Or, il apparaît
très vite que cela n’est pas aisé : qu’entendon par grammaire ? « Une théorie
syntaxique appuyée sur une description morphologique » selon les mots de
l’auteur. Cela – mais c’est la loi du genre
– élimine les manuels strictement consacrés à la morphologie et ceux qui n’ont
l’apparence d’une grammaire, par le
titre, mais non par le contenu. Cela élimine les grammaires étrangères, les traités de phonétique ou de prononciation,
les traités de style ou du bon usage, les
livres d’exercice scolaire (ils font l’objet de la publication de la banque de
données Emmanuelle), les dictionnaires
(sauf ceux qui sont explicitement grammaticaux), les manuels de philosophie
(grammaire générale), les périodiques.
En dernière analyse, sous la modestie
du titre, grâce à la préface qui l’accompagne, nous disposons de la nouvelle
édition d’un ouvrage certes savant mais
qui donne des éléments précis sur les
politiques éducatives, sur les transformations qui affectent les pratiques pédagogiques, sur la culture véhiculée par
l’école : c’est une belle contribution à
l’histoire des disciplines scolaires.
SAVOIE (Philippe). Les enseignants du
secondaire, le corps, les métiers, les carrières, textes officiels, t. 1,1802-1914.
Paris : INRP-Economica, 2000,751 p.
Le titre ne doit pas tromper : il s’agit
d’une véritable histoire de la corporation des enseignants du secondaire,
éclairée par une solide préface qui
brosse une synthèse de la « condition
enseignante » (en empruntant à Paul
Gerbod cette expression) depuis la création de l’Université napoléonienne jusqu’à la guerre de 1914. Ne sont pas ici
concernés les professeurs de l’enseignement privés qui sont régis par
d’autres règles dans lesquelles l’administration n’intervient que peu.
La préface ne se contente pas de présenter le corpus, elle s’efforce également
d’éclairer tel ou tel débat ou, à tout le
moins, de poser un certain nombre de
questions : en premier lieu, qu’est-ce
que le corps enseignant du secondaire ?
Faut-il ne prendre en compte que les
agrégés et laisser pour compte, les chargés de cours ou les maîtres d’études ?
Comment se construit peu à peu la carrière d’un enseignant du secondaire ?
Pourquoi ceux-ci se sont très tardivement organisés indépendamment du
ministère ? Quelles ont été les politiques
successives des ministres ? Comment
sont prises en compte les différentes
disciplines ? Comment parviennent-elles
à trouver place dans une organisation
où le poids de la tradition est très lourd ?
On verra ainsi comment pas à pas,
choix politiques ou choix administratifs aidant, se constituent un corps des
enseignants du secondaire dont l’homogénéité sera atteinte au début du
siècle passé. Très peu nombreux (de
4000 on passe à un peu moins de
10000 en 1914) répartis entre les lycées,
les collèges communaux et les lycées de
jeunes filles, leurs statuts, le déroulement de leur carrière, leur salaire tout
simplement, s’affranchissent progressivement de l’héritage des collèges de
l’Ancien régime pour constituer un véritable corps du secondaire : celui-ci doit
se démarquer de celui des instituteurs et
de celui des professeurs d’université –
entre les deux, le champ contrasté d’une
profession en constitution, éclatée et
diversifiée.
L’essentiel de l’apport de l’ouvrage
réside, bien entendu, dans le recueil des
textes officiels proposés à la lecture (en
totalité ou en extraits, toujours précédés d’une courte présentation précisant
les enjeux du texte): statuts, droits et
obligations, rémunérations, conditions
d’exercice du métier, temps de service,
recrutement et retraites sont ici rappelés. Sur plus de mille textes de loi ou
plus généralement réglementaires
(décrets, arrêtés, circulaires, notes de
service) recensés dans les différentes
publications officielles du ministère, un
quart est proposé à la lecture : il s’agit
des textes les plus importants, ceux qui
ont conduit à une modification des pratiques. La publication de ces textes permet ainsi de mieux saisir les politiques
menées par les ministres, leur impact
éventuel et l’écart avec le réel (par
ailleurs connu par d’autres études): lorsqu’une circulaire au fil des années réitère
une même recommandation, c’est bien
le signe qu’une difficulté d’application
s’est fait jour. C’est aussi apprendre à
lire en filigrane que les textes témoignent également, au détour d’une
phrase, de telle ou telle pratique oubliée
que les traces archivistiques ne permettent pas toujours d’appréhender.
Une liste des textes et deux index enfin
font de cet ouvrage un instrument de
travail qui devrait vite faire référence.
Bruno Poucet
CURSEP-UPJV
• PIKETTY (Caroline), DUBOIS
(Christophe) et LAUNAY (Fabrice).
Guide des recherches dans les archives
des spoliations et des restitutions.
Paris : La Documentation française,
2000,314 p.
• ROCHE (Daniel), dir. Lr répertoire
des historiens français de la période
moderne et contemporaine, annuaire
2000. Paris : CNRS éditions, 2000.
• REY-COURTEL (Anne-Lise), HOURIEZ
(Elisabeth). État des inventaires, t. 3,
Marine et outremer. Paris : Archives
nationales, 2000.
• CHEYNET (Pierre-Dominique). Les
procès verbaux du Directoire exécutif
an V-an VIII, t. 1 (1797). Paris :
Archives nationales, 2000,314 p.
Le Guide des recherches dans les archives
des spoliations et des restitutions de
Caroline Piketty, Christophe Dubois et
Fabrice Launay (Paris, La
Documentation française, 2000,314 p.)
nous intéresse indirectement par la
méthode utilisée : celle-ci pourrait en
effet utilement inspirer l’un ou l’autre
chercheur qui tenterait de faire un
inventaire des sources disponibles en
histoire ou en sociologie de l’éducation.
En insistant sur la complexité des fonds
réunis et la fragilité des supports (souvent du papier pelure), en soulignant
l’existence de fonds multiples et dispersés, en mettant en évidence la disparition de certains papiers parfois par
pure et simple négligence, en suggérant
des thèmes de recherche. Les auteurs
ont non seulement rédigé un outil utile
pour les chercheurs concernés, mais
indiqué, d’une certaine manière, la voie
à suivre en matière d’histoire de l’éducation.
Lise Rey-Courtel et Élisabeth Houriez,
État des inventaires, t. III, marine et outremer, (Paris : Archives nationales, 2000,
133 p.) : avec ce volume s’achève la
publication de l’ensemble indissociable
et indispensable aux chercheurs de l’état
des fonds et de l’état des inventaires des
Archives nationales. Le premier volume
est paru en 1978. Le tome III qui est
paru est, comme les autres, un relevé
complet des instruments de travail disponible dans la salle de lecture des
Archives nationales. Ceux-ci se présentent sous les formes les plus variées :
imprimé, dactylographiés, manuscrits,
informatisés. Il concerne ici les fonds
de la marine et d’outremer – on y
retrouvera, en matière éducative les
fonds des anciennes colonies et des missions ; Pierre-Dominique Cheynet,
publie Les Procès verbaux du directoire
exécutif an V- an VIII, t. 1 (1797), (Paris,
Archives nationales, 2000,695 p.) : ce
volume met à disposition des chercheurs en histoire de l’éducation en particulier, une masse considérable de
documents qui reflètent le fonctionnement quotidien de l’organe central du
gouvernement de la France. Il s’agit non
seulement des textes de loi, mais également des actes du Directoire concernant la gestion de la vie quotidienne.
En matière éducative, on trouvera ainsi
des informations à propos de l'École
centrale et Polytechnique, des écoles
centrales, mais également à propos des
instituteurs ou du Comité d’instruction
publique. Chaque acte est analysé jour
après jour. L’ouvrage comporte un très
volumineux index qui permet très aisément de chercher l’information nécessaire (par exemple : école/collège/instituteurs/comité d’instruction
publique/professeur/université).
Daniel Roche (dir.) Le Répertoire des historiens français de la période moderne et
contemporaine, annuaire 2000. Paris :
CNRS éditions : 2000,495 p. offre un
vaste panorama de la recherche historique, à partir des deux milles notices
individuelles de chercheurs. Celles-ci,
outre les indications pratiques, indiquent le titre de la thèse et surtout les
thèmes de recherche en cours. Si pour
diverses raisons, tous les historiens de
l’éducation ne sont pas répertoriés, on
découvre avec intérêt la diversité des
champs de recherche ouverts : on passe
ainsi d’une étude prosopographique des
professeurs de la faculté de droit de
Paris, à une étude sur les bataillons scolaires et les sociétés de tir, l’école soviétique russe, l’histoire économique de
l’éducation ou de la presse éducative,
l’enseignement agricole, le corps professoral et sa formation, l’histoire de la
scolarisation, des manuels scolaires, de
la culture urbaine et de la culture de
l’élite, l’histoire des établissements scolaires, des institutions et pensions privées, de la formation professionnelle,
de l’École des ponts et Chaussées, etc.
Bruno Poucet
CURSEP-UPJV
[1]
Cf. ROBERT, André D.
Actions et décisions dans
l’Éducation nationale – Un itinéraire de recherche.
Paris : L’Harmattan, 1999.
[2]
Cf. BOURDONCLE, Raymond.
L’université et les
professions. Paris : L’Harmattan, 1994.