2001
Carrefours de l’éducation
Enseigner les sciences en vue des « usages de la vie »
Réflexions sur un paradigme de l’école primaire au XXe siècle
Pierre Kahn
IUFM de Versailles
Un enseignement
primaire à voca-tion pratique, telle
fut la tradition de
l’école du peuple
au XIXe siècle. Les
réformes républicaines ont-elles
changé cet état de choses et inauguré
ce que Ferry appelait lui-même un
«nouveau régime» pour l’école?
La réponse n’est pas aussi simplement négative qu’il n’y paraît. Certes,
le programme scolaire républicain
assume l’héritage d’une école primaire tournée vers «les usages de la
vie» et socialement coupée d’un
secondaire dominée par les lettres
classiques. Mais la notion même de
«pratique» devient alors plus complexe. Le cas de l’enseignement scientifique, dont les applications utiles
furent une justification importante
de leur introduction dans le curriculum primaire, est un bon analyseur
de l’évolution d’une école primaire
où «pratique» a commencé à s’opposer à «culturel» pour finir par désigner une ambition éducative spécifique, et où la référence maintenue
au caractère usuel des connaissances
transmises n’a empêché ni Buisson, ni
Paul Bert, ni Ferry lui-même de caresser l’espoir de voir l’école primaire
assurer une formation véritable de
l’esprit.
L’idée d’une fondation républicaine
de l’école est certes un mythe; mais
croire l’avoir dissipé par la seule mise
en évidence de la continuité existant
entre Ferry et ses prédécesseurs rendrait mal compte de la façon complexe dont la «culture primaire» a
progressivement construit son identité.
Primary education with a practicalvocation, such was the traditionrepublican reforms change that state of
of popular education in the
nineteenth century. Did
affairs and launch what Ferry himself called
a new system for schools?
The answer is not as simply negative as it
seems. Admittedly, the republican school
programme directed towards «real life» and
socially cut off from secondary education
dominated by French and Latin. But the very
notion of «practical» then became more
complex. The case of science teaching, of which
the useful applications were an important
justification for its introduction in the primary
curriculum, is a good basis for analysing
primary education where «practical» began
to be opposed to «cultural» to end up
designating a specific educational ambition,
and where the continued reference to the usual
character of the knowledge passed on did not
stop Buisson, Paul Bert or Ferry himself
entertaining the hope that primary schools
would carry out a education of the mind.
The idea of a republican foundation of schools
is certainly a myth; but the belief that it is
dispelled by the simple highlighting of the
continuity that existed between Ferry and his
predecessors would not explain the complex
way in which «primary culture» has
progressively built its identity.
Die Tradition der Volksschule im 19.Jahrhundert bestand in einemFrage nachgehen, ob die republikanische Reformpolitik
praxisorientierten Grundschulunterricht.
In diesem Zusammenhang lässt sich der
an diesem Grundtatbestand etwas geändert und ob
sie eine von Jules Ferry sogenannte «neue
Grundausrichtung» für die Schule eingeleitet hat.
Die Antwort fällt dabei nicht so rundherum negativ
aus, wie es scheinen mag.
Natürlich tritt danens, die zuerst im Rahmen der
Mutter-Kind-Beziehung (vgl. den ersten Teil des
vorliegenden Überblicksartikels) untersucht wurde
und auf die Bedeutung intergenerationeller
Interaktionsformen auf die kognitive Entwicklung und
Leistungsfähigkeit abhebt, stößt gegenwärtig auf
verstärktes Interesse sowohl im schulischen als auch
im Ausbildungsbereich. Die in diesem Zusammenhang
angeführten Arbeiten, die zum einen die äußerste
Formenvielfalt der angewendeten intergenerationellen
Beziehungsmuster vor Augen führen, tragen darüber
hinaus auch zu einer Differenzierung der beiden
Hauptfunktionen des Lernens und der Sozialisierung
bei.
En déclarant que l’enseignement primaire est à la fois intuitif et pratique
[1], les instructions officielles de 1882, reprises en 1887, indiquent
au moins deux choses.
- Associé à la dimension pratique, le principe d’intuitivité, en vertu
duquel, à l’époque, triomphe la leçon de choses, signifie le caractère
concret de celle-ci. En s’opposant à la « leçon de mots », la
leçon de choses s’oppose à tout enseignement théorique et abstrait
[2]. En ce sens, dire de l’enseignement primaire qu’il est à la fois
intuitif et pratique, ce n’est pas joindre deux propositions indépendantes, mais, au
contraire, établir entre ces deux attributs une relation interne.
- En se définissant comme « pratique », l’enseignement primaire réformé par la
IIIe République confesse sa continuité avec le passé, depuis que la loi Guizot (1833)
l’orientait explicitement vers les « usages de la vie ». Continuité pédagogique, mais
aussi sociale : c’est évidemment parce que l’école primaire demeure l’école du
peuple, parce que les enfants qui la fréquentent l’auront pour la plupart quittée entre
10 et 13 ans
[3], que son enseignement doit être pratique. Les instructions de 1882
sont à cet égard sans fard :
«[L’enseignement primaire] ne perd jamais de vue que les élèves des écoles primaires n’ont pas de
temps à perdre en discussions oiseuses, en théories savantes, en curiosités scolastiques, et que ce n’est
pas trop de cinq à six années de séjour à l’école pour les munir du petit trésor d’idées dont ils auront
strictement besoin pour le mettre en état de le conserver et de le grandir par la suite
[4]. »
D’Ambroise Rendu, explicitant dans son
Cours de pédagogie de 1841 la vocation
utilitaire de l’école primaire selon la loi Guizot
[5], jusqu’à Gréard, directeur de l’enseignement primaire du département de la Seine sous le ministère Duruy, qui critiquait le trop grand classicisme des écoles primaires, impropres à « la condition
de ceux qui travaillent de leurs mains
[6] », en passant par le ministre Rouland rappelant en 1857 que les études primaires sont faites pour les futurs ouvriers et paysans « qui sortiront de l’école pour manier la bêche ou le rabot
[7] »: les instructions
de 1882 perpétuent une tradition bien établie. Il faut toute la ténacité du mythe
républicain de l’école « émancipatrice » pour être aveugle à cette constance avec
laquelle, de Guizot à Ferry, s’assume la destination sociale de l’école primaire, et,
donc, se définit son orientation pédagogique. Car ce n’est pas, bien entendu, du
point de vue épistémologique qu’est critiqué un enseignement spéculatif, qui reste
la référence d’un secondaire dominé par les humanités classiques. Les responsables républicains répètent seulement, après leurs prédécesseurs, qu’un tel enseignement ne convient pas à l’école du peuple, qui se voit promise à une autre culture, plus positive : celle des « connaissances usuelles ». Par où l’école primaire
continue d’être, après comme avant Jules Ferry, un ordre scolaire socialement,
culturellement et pédagogiquement séparé du secondaire. Ce serait donc la figure
stable de la culture primaire, telle qu’elle se définit depuis Guizot et telle qu’elle
se pense dans sa spécificité sociale et pédagogique qui se retrouve avec et après
Ferry
[8].
Il va de soi que je ne contesterai pas ce que cette vérité a de massif et dont les
instructions de la toute nouvelle « école républicaine » font d’ailleurs tranquillement
l’aveu. Mais mon propos est de la problématiser, en m’appuyant surtout sur le cas
de l’enseignement des sciences, exemplaire en ce qu’il semble incarner plus que
tout autre, par la positivité même de son contenu, l’orientation pratique de l’école
primaire.
« Problématiser », qu’est-ce à dire ? Ne pas considérer l’idée d’une orientation
pratique de l’école comme allant de soi et faire apparaître ses variations de sens,
liées à la différence des projets ou des politiques scolaires. De l’ambition, à la fois
réelle et limitée, de Guizot (1833) à la régression manifestée dans les intentions de
la loi Falloux (1850), de l’impulsion redonnée par Duruy (1867) au principe explicite d’un renouveau républicain symbolisé par la gratuité absolue (1881), l’obligation d’instruction et la laïcité (1882), ces politiques et ces projets ne sont évidemment pas les mêmes. Considérer que leurs différences n’affectent pas le sens
pris par l’idée d’un enseignement « pratique » serait comme croire tous les chats gris
sous prétexte qu’ils sont des chats, et produire le contre-mythe de l’école républicaine, celui qui, en la résorbant dans la tradition, alors cinquantenaire, de l’école
primaire française, fait pendant à la légende de la rupture qu’aurait constitué son
avènement.
Continuité macroscopique et discontinuités fines
Des sciences enseignées, dans les écoles primaires supérieures (EPS) prévues
par Guizot, en vue des « usages de la vie », ou de la géométrie abordée, toujours
dans les EPS et toujours selon la loi Guizot, dans ses « applications usuelles », aux
éléments « usuels » des sciences physiques et naturelles tels que la loi Ferry de
1882 les inscrit dans les programmes obligatoires de l’école primaire élémentaire,
c’est bien le fil continu d’une tradition de l’instruction peuple qui semble ici se
dérouler. Il paraît alors normal de voir passer ce fil par une loi Falloux qui, entre
Guizot et Ferry, ne manque pas elle aussi d’insister sur la destination modestement pratique de l’école du peuple.
Pourtant, l’inscription même de la loi Falloux dans cette continuité « macroscopique » a de quoi étonner. Car cette loi, d’inspiration conservatrice, joua volontiers pour la III
e République un rôle de repoussoir, non seulement relativement à
la question laïque (elle devint le symbole de l’asservissement des esprits et fut déjà
comme telle dénoncée à la Chambre, lors de sa discussion, par Victor Hugo), mais
aussi relativement à la question des savoirs scolaires, que les républicains ne veulent plus réduire au lire-écrire-compter et de l’extension desquels ils font, avec
Jules Ferry, le signe du « nouveau régime » scolaire
[9]. N’y a-t-il là qu’une pure rhétorique ? On peut en douter et soutenir que l’orientation résolument pratique de
l’école primaire voulue par la loi Falloux, compte tenu du contexte réactionnaire
dans lequel celle-ci a été votée, prend un sens idéologique qu’elle n’avait pas avec
Guizot et qu’elle n’aura plus avec Ferry.
C’est qu’aux termes de la loi Falloux, la référence à un enseignement « pratique »
est étroitement associée au projet assumé de limiter l’instruction aux rudiments de
la lecture, de l’écriture et du calcul, cette limitation elle-même se justifiant (comme
le renforcement de l’influence religieuse) par le dessein explicite de faire de l’école
un moyen de conservation sociale. Beugnot, rapporteur de la loi dès 1848, le disait
clairement :
« L’enseignement élémentaire doit, pour produire les fruits heureux qu’on en attend, conserver son
véritable caractère. Son objet est d’initier l’universalité des citoyens au petit nombre de connaissances simples, usuelles et indispensables […] pour tous les besoins et toutes les situations de la vie,
telles que l’instruction morale et religieuse, la lecture, l’écriture, le calcul et le système légal des
poids et mesures. S’il dépasse cette limite, il devient quelque chose d’impossible à définir, qui n’est
plus l’enseignement primaire, qui n’est pas encore l’enseignement secondaire [10]. »
Fortoul, ministre de l’Instruction publique en 1854, en plein « Empire autoritaire », sera plus clair encore en s’adressant aux recteurs en ces termes :
« Le but de l’enseignement primaire est de mettre tous les enfants en possession des premiers instruments indispensables au développement de leur intelligence. Il faut en exclure le luxe et y rechercher l’utilité pratique. On se méprendrait complètement si on s’efforçait d’introduire dans les petites
écoles quelques-unes des matières qui appartiennent aux écoles secondaires. La loi du 15 mars
1850 a sagement circonscrit cet enseignement; elle a voulu qu’il gagnât en solidité ce qu’en apparence il perdait en étendue. Ne s’exposerait-on pas à énerver, à affaiblir même l’instruction primaire
si, comme on l’a fait trop souvent, on condamnait à la discussion de subtilités grammaticales des
enfants qui savent à peine lire et écrire, et si on faisait suivre des cours de physique et d’histoire naturelle à ceux qui ignorent encore les premières règles de l’arithmétique ? Faites, Monsieur le Recteur,
que tout enfant, assuré d’ailleurs dans ces convictions religieuses qui doivent être la règle de la vie,
sorte de l’école primaire en sachant lire, écrire et compter, et vous aurez bien mérité du pays [11]. »
On ne saurait mieux dire qu’il est autant indispensable de limiter l’enseignement primaire que de le délivrer; on appréciera particulièrement le sort réservé à
l’enseignement des sciences dont Fortoul – qui fut par ailleurs le promoteur, avec
la réforme de la « bifurcation », d’une revalorisation de l’enseignement scientifique
des lycées – reconnaît l’appartenance naturelle au secondaire, et dont il proclame
donc l’inutilité à l’école primaire. On ne manquera pas non plus de remarquer, en
ce texte, que le ministre articule le souci de limitation du savoir à l’éducation religieuse qui doit être celle de l’enseignement primaire, c’est-à-dire au conservatisme
qui signe la législation scolaire de l’époque.
Dire de l’école primaire qu’elle doit être utilitaire, cela signifie donc, dans les
années 1850, qu’elle doit restreindre les savoirs en extension comme en compréhension, afin de maintenir les enfants du peuple dans la modestie de leur condition sociale et prévenir leur « déclassement », source menaçante de l’agitation
sociale. La visée conservatrice de la loi Falloux la conduit en somme à articuler la
problématique du caractère pratique de l’instruction primaire à celle de sa limitation
[12].
Mais n’était-ce pas déjà l’intention de Guizot ? Dans le Rapport qu’il fit à Louis-Philippe sur la loi de 1833, celui-ci écrit en effet :
« Les classes pauvres, nullement préparées jusqu’ici au travail intellectuel, livrées à des instituteurs
qui prétendraient les initier à une foule de connaissances qu’ils ne posséderaient eux-mêmes que très
imparfaitement, ne retireraient de ces essais ambitieux que des notions confuses et indigestes, une
instruction mensongère. Dépourvues, en quittant l’école, de connaissances exactes, positives et
directement applicables aux objets qui les entourent […], quel profit leur reviendrait-il de cette
aperception rapide et confuse d’un horizon très étendu ? Le dégoût de ce qui est à leur portée, l’inquiétude d’un demi-savoir, l’envie de s’élancer hors de leur sphère […]. Ce serait […] un triste présent pour les classes laborieuses que de leur inspirer le dégoût de leur situation sans les douer de
la capacité de l’améliorer [13]. »
Même souci de circonscrire l’instruction primaire aux limites des connaissances
« directement applicables aux objets qui les entourent », articulé à la même obsession du déclassement des enfants qui la fréquentent : c’est encore la continuité
qui, de Guizot à Falloux, semble prévaloir. Pourtant, c’est en se démarquant des
ambitions jugées excessives de la loi Guizot que le législateur, en 1850, a le souci
de ramener l’instruction primaire à sa plus stricte usualité comme à sa plus petite
extension possible. Des écoles normales prévues par Guizot ? Beugnot, le rapporteur de la loi Falloux, n’en veut point : c’est dans les classes et sous la houlette du
directeur d’école que les instituteurs apprendront leur métier
[14]. Du primaire supérieur, de cet enseignement intermédiaire dont Guizot attendait qu’il permît la formation d’une classe intermédiaire ? Il est désormais dénoncé comme conduisant
justement au déclassement redouté des enfants du peuple
[15], et si la loi de 1850
ne le supprima pas, elle l’abandonna, en transformant les enseignements qui
devaient y être dispensés (géométrie, sciences physiques et naturelles, histoire,
géographie…) en matières facultatives de l’enseignement primaire élémentaire.
Et à relire l’instruction de Fortoul aux recteurs ci-dessus citée, il est manifeste que
forte est la tendance à passer du « facultatif » au « superflu ».
Tout ceci laisse à penser que, de Guizot à Falloux, la commune référence aux
« usages de la vie » ou aux « applications usuelles » des savoirs primaires n’aura
pas exactement le même sens. Le cas de la géométrie en est un exemple significatif. Certes, la loi de 1833, en la prévoyant pour le primaire supérieur, prend bien
soin de préciser qu’elle sera enseignée dans ses « applications usuelles » (arpentage
et dessin linéaire). Mais cela n’empêche pas la géométrie, savoir ô combien théorique, modèle de la science déductive, d’être mentionnée à l’école primaire, non
sans discussion d’ailleurs
[16]. Or, avec la loi Falloux, c’est justement cette mention
qui est supprimée. La géométrie ne s’y contente pas de passer, comme les sciences
ou l’histoire, dans les matières facultatives : elle disparaît comme telle de la nomenclature de l’école primaire, et si le dessin linéaire ou l’arpentage continueront d’être
(facultativement) inscrits au programme, ce ne sera plus désormais comme « applications usuelles » de la géométrie, mais en eux-mêmes, autrement dit débarrassés
d’une référence jugée décidément trop savante par le législateur.
Si le thème de l’utilité pratique de l’école primaire se décline ainsi diversement
de Guizot à Falloux, la déclinaison est encore plus forte en aval, de Falloux à
Ferry. Il suffit pour s’en convaincre de s’attarder sur la situation des sciences physiques et naturelles. Lorsque les orientations de la loi de 1882 insistent sur le
caractère pratique de l’instruction primaire, cela les conduit, au contraire de Falloux
et de Fortoul, à justifier la nécessité d’y introduire un enseignement des sciences.
D’une part, en effet, ce caractère pratique est alors associé, comme on l’a vu, au caractère intuitif que doit avoir l’enseignement à l’école primaire : c’est-à-dire qu’il doit
procéder du concret à l’abstrait, se fonder sur l’observation du réel par les enfants.
L’étude élémentaire des phénomènes physiques ou l’histoire naturelle tendent
ainsi à devenir, sous la forme canonique de la leçon de choses, une des meilleures
illustrations du nouveau paradigme de la pédagogie primaire. D’autre part, dans
un contexte largement influencé par les convictions scientistes et par la croyance
aux vertus non seulement intellectuelles, mais aussi industrielles et techniques du
progrès scientifique, l’utilité pratique des savoirs primaires devient par excellence
celle des connaissances positives de l’enseignement scientifique. Une école orientée vers l’utilité ne doit surtout pas, en somme, se dispenser d’enseigner les sciences,
parce que l’hygiène, l’industrie, l’horticulture, etc., bref tout ce grâce à quoi la
destination pratique de l’école va pouvoir se réaliser, sont des applications de la
science.
De Falloux à Ferry, la référence à la destination pratique des sciences à l’école
primaire change donc de signification, ou, pour mieux dire, de valeur pragmatique. Chez le premier, elle a une fonction centrifuge et témoigne du souci de renvoyer l’enseignement des sciences aux marges de l’instruction. Chez le second, au
contraire, elle est centripète : elle contribue à déplacer les sciences vers le centre
du dispositif d’instruction. Mais le cas des sciences physiques et naturelles n’est ici
qu’une illustration du mouvement général qui de 1850 à 1882 a affecté l’école
primaire : aussi pratique celle-ci prétend-elle rester en se réformant, elle n’en tend
pas moins à devenir quasi encyclopédique. Là où la loi Falloux associait la vocation utilitaire du primaire à la réduction au strict nécessaire des connaissances qui
y étaient transmises, la loi du 28 mars 1882 voit au contraire dans le caractère
utile de l’enseignement primaire une justification de l’extension des matières qu’il
embrasse. C’est en effet parce que les études primaires débouchent sur la vie et non
sur le secondaire qu’elles doivent être complètes en leur genre et faire leur place,
en plus des savoirs instrumentaux de base (lire, écrire, compter), aux sciences, à
l’histoire, à la géographie, à des notions d’économie politique, à l’instruction
civique, à la musique, au dessin, au modelage ou à la gymnastique… La loi prévoit même d’associer l’enseignement des sciences physiques et naturelles aux
mathématiques, mention sans précédent dans l’histoire de l’école primaire (que les
programmes de juillet 1882 feront d’ailleurs prestement disparaître !), et, autre
nouveauté inouïe, d’introduire aux « éléments de la littérature française ».
Les différents sens de l’adjectif « pratique »
L’idée d’une destination pratique de l’école devient dans ces conditions complexe, voire ambiguë. Elle supporte en vérité deux interprétations possibles.
La première sera sensible à l’insistance continue avec laquelle l’école primaire,
de Guizot à Ferry rappelle son orientation utilitaire. Nous avons vu cette continuité
à l’
Å“uvre dans l’exposé des finalités générales de l’instruction primaire. Mais elle
s’affirme aussi nettement, en apparence au moins, dans les programmes, et singulièrement dans ceux relatifs à l’enseignement scientifique. Ainsi l’arithmétique
est-elle enseignée surtout du point de vue de l’économie domestique
[17], et un tel
principe est rappelé avec force dans l’article « Problèmes » du
Dictionnaire de pédagogie… dirigé par Buisson :
« L’arithmétique devant contribuer, même à l’école primaire, à l’éducation générale de l’esprit, tout
exercice qui force l’enfant à réfléchir, à chercher, à comparer, à déduire, à juger, semble à ce titre
être du domaine de l’enseignement primaire. C’est là, il nous semble une grave erreur. Il ne faut pas
perdre de vue que l’enseignement donné dans nos écoles primaires s’adresse aux masses profondes
[…]. Il faut donc tirer le meilleur parti de ces quelques années de l’enfance dont nous disposons,
et nos programmes doivent avoir en vue l’acquisition la plus prompte et la plus solide des éléments
indispensables de chaque science. L’arithmétique ne peut pas faire exception. Avant tout, l’enfant
doit calculer sûrement et rapidement et résoudre toutes les questions pratiques qu’il peut être appelé
à rencontrer sur sa route pendant sa vie. Tel est le caractère que doivent avoir les problèmes à l’école
primaire [18]. »
Pour les sciences aussi, cette spécificité pratique de l’école primaire ne manque
pas d’être affirmée et d’être pensée dans le cadre de la séparation maintenue des
ordres scolaires primaire et secondaire. Ainsi les programmes scientifiques des
écoles normales de 1881, dans leur préambule, précisent que le directeur « recommande [aux professeurs] d’éviter la recherche des détails, des subtilités et des
curiosités qui feraient perdre à l’enseignement des écoles normales son caractère
pratique et professionnel. »
[19]. C’est là une thèse massivement soutenue par ceux
qui sont autorisés à s’exprimer sur l’enseignement des sciences et par le ministère. Augustin Boutan, prédécesseur de Buisson à la direction de l’enseignement
primaire (sous le ministère Bardoux) et chargé par Ferry de diriger une commission d’enquête sur l’état des sciences expérimentales dans les écoles primaires et
les écoles normales, la résume, dans son rapport final, avec une netteté exemplaire :
« Dans l’enseignement secondaire, l’objectif principal, c’est la culture intellectuelle, dans son sens le
plus étendu. Par l’étude de la physique, notamment, on apprend aux élèves ce qu’est au juste la
méthode expérimentale, on leur explique son but, ses ressources, les magnifiques résultats que
nous lui devons. Le côté philosophique de la question a ici une grande importance […].
Dans l’enseignement primaire, le but à atteindre et par suite les moyens à employer sont tout différents. Nous nous adressons cette fois à des intelligences encore peu ouvertes, à qui la culture littéraire a manqué. L’élève-maître ne comprendra rien à ces synthèses hardies, à ces généralisations
savantes qui conviennent aux classes élevées de nos lycées. Il faut le mettre, immédiatement, en
présence des phénomènes de la nature qu’il a mal observés, il est vrai, mais qu’on lui apprendra à
mieux voir et à mieux connaître […].
S’agit-il des lois de la nature, on se bornera à formuler les plus importantes, en faisant suivre leur
énoncé d’une démonstration expérimentale, au moins toutes les fois que cette démonstration est facile.
[…].
Viendront ensuite les applications usuelles auxquelles les principes précédemment formulés ont
donné naissance. Les applications à l’agriculture et à l’industrie locale offriront un grand intérêt aux
élèves-maîtres et serviront de point de départ aux futurs instituteurs [20]. »
À l’enseignement « philosophique » de la physique au lycée répondrait donc
son enseignement pratique dans les écoles primaires et, donc, dans les écoles normales d’instituteurs : on ne saurait plus clairement confesser que le « nouveau
régime » scolaire annoncé par Ferry au congrès des inspecteurs primaires ne change
en tout cas pas l’orientation utilitaire traditionnelle de l’école, ce que, pour ce qui
concerne les sciences expérimentales, la simple énumération du détail de la X
e
section des programmes de 1882 suffit à faire apparaître
[21].
Doit-on pour autant conclure à l’univocité de la logique qui, de Guizot à Ferry,
conduit l’école primaire à revendiquer sa destination pratique ? Je voudrais ici
montrer que cette univocité, malgré les apparences, n’existe pas. L’exemple de
l’enseignement des sciences expérimentales est à cet égard, là encore, topique.
Peut-on en effet considérer que la transformation que la loi de 1882 fait subir à cet
enseignement, en le faisant passer du facultatif à l’obligatoire, va de soi au point
de ne pas engager un changement des représentations que l’école se fait de ses
missions ? Paul Bert, un des principaux responsables de cette promotion « républicaine » de l’enseignement scientifique primaire, le justifie ainsi :
« Ce n’est pas par enthousiasme professionnel que j’attribue aux sciences physiques et naturelles
un rôle prépondérant dans l’enseignement et surtout dans l’enseignement primaire. Sans doute, il
est indispensable de connaître les règles de la grammaire et les faits principaux de l’histoire, mais
les raisons des règles de la grammaire sont trop abstraites pour pénétrer dans l’esprit des enfants;
quant à l’histoire, qui osera dire que l’élève des écoles primaires y peut y saisir le philosophique
enchaînement des faits ?
Il en est tout autrement pour les sciences naturelles, qui ouvrent les sens, en donnant une habitude de voir juste et de tout voir […], et, pour les sciences physiques, qui, en outre de l’observation,
appellent à leur aide l’expérimentation, et habituent ainsi à ne rien croire sans que la preuve suive
immédiatement l’affirmation […].
Les sciences peuvent seules enseigner la non-crédulité sans enseigner le scepticisme, ce suicide de
la raison [22]. »
Il est manifeste que ce texte, dont il faut souligner qu’il pouvait être lu par les
enfants eux-mêmes, puisqu’il appartient à la préface d’un manuel scolaire, donne
des finalités de l’enseignement scientifique à l’école primaire une version quelque
peu différente de celle de son orientation pratique, et qu’il fait de cet enseignement le fer de lance d’un véritable programme culturel. Si Paul Bert, en effet, continue à sa manière de justifier la distinction des ordres du primaire et du secondaire (les sciences ont un « rôle prépondérant » spécialement dans le primaire),
cette séparation même ne s’explicite plus par l’opposition du « pratique » et du
« culturel », mais par la reconnaissance d’une culture primaire spécifique dont les
sciences positives sont le vecteur privilégié. Car c’est bien ici de formation de l’esprit, de développement du sens de l’observation, voire du sens de la preuve, dont
il est question, et non seulement de connaissances usuelles propres à satisfaire les
besoins immédiats de la vie courante.
Est-ce là un témoignage trop singulier, trop motivé peut-être, quoiqu’en dise
son auteur, par « l’enthousiasme professionnel » de l’homme de science ? Je dirais
plutôt que ce sont les finalités traditionnelles de l’école primaire qui s’enrichissent de déterminations nouvelles et deviennent malaisément formulables dans les
termes d’une dichotomie entre un enseignement primaire en vue des usages de la
vie et un enseignement secondaire visant la formation générale de l’esprit. D’où la
complexité que présente, avec les républicains (et déjà peut-être avec Duruy),
l’idée maintenue d’un enseignement primaire « pratique », qui n’empêche plus
désormais les orientations pédagogiques de 1882 de se penser sous le triple paradigme de l’éducation physique, de l’éducation intellectuelle et de l’éducation
morale.
On peut alors repérer, toujours à partir de la question révélatrice de l’instruction
scientifique, quatre acceptions différentes de l’expression « enseignement pratique » qui se sont successivement agrégées les unes aux autres, à la façon d’un
processus de sédimentation.
- L’utilité pratique des connaissances scientifiques primaires est d’abord celle
des usages courants de la vie : il s’agit de faire de l’enfant, selon le titre d’un ouvrage
du vulgarisateur Louis Figuier, le « savant du foyer ». C’est en cette acception de
« pratique » que « l’école républicaine » est le plus fidèle à l’héritage de Guizot.
- L’instruction scientifique primaire est aussi utile du point de vue de la future
profession des enfants de l’école du peuple. Ce fut une préoccupation du ministère Duruy (1863-1869), dans le contexte de l’expansion (en France plus tardive
qu’en Angleterre) des forces productives due à la révolution industrielle et de l’élévation conséquente du niveau des qualifications, que de développer cette finalité
de l’enseignement des sciences. Ce même souci a amené Duruy à créer l’enseignement secondaire spécial (juin 1865), centré sur les langues vivantes et les
sciences plutôt que sur les humanités classiques et destiné, selon la formule du
ministre, aux « sous-officiers de l’armée industrielle ». Pour ce qui est de l’école
primaire, il faut toutefois remarquer que cette préoccupation n’a pas conduit
Duruy à modifier le principe hérité de Falloux d’une division des matières entre
obligatoires et facultatives, ni à cesser de maintenir les sciences dans les secondes.
De fait, ce sera principalement dans les classes les plus élevées du primaire (le
Cours supérieur), comme dans les classes d’adultes que Duruy veut voir se développer, qu’un tel enseignement sera encouragé par l’administration scolaire. Cela
est d’ailleurs cohérent avec la finalité professionnelle qui justifie alors l’instruction scientifique : si celle-ci est rendue utile par l’évolution technique des professions ouvrières ou agricoles, elle bénéficiera d’abord aux enfants en passe de quitter l’école pour la vie active ou aux jeunes adultes déjà au travail. Mais dès lors, les
républicains, en rendant l’enseignement des sciences obligatoire dès le Cours élémentaire, changent la nature de ses justifications. D’une part, comme l’établissent
Claude Lelièvre et Christian Nique
[23], l’utilité pratique principale de cet enseignement, comme de l’école primaire en son ensemble, sera celle des usages quotidiens de la vie, et non celle commandée par la future profession des élèves – et
ce principe sera poussé au point de scolariser les apprentissages professionnels
eux-mêmes
[24]. D’autre part, l’enseignement scientifique répond désormais à une
finalité culturelle, que les républicains ne veulent plus opposer à sa destination pratique et qui légitime son introduction dès le plus jeune âge de la scolarité.
- Aussi, avec les modifications que les républicains imposent au curriculum
de l’école primaire, voit-on poindre une troisième acception de l’idée d’enseignement scientifique « pratique ». En cette troisième acception, « pratique » a tendance à se démarquer de « théorique » ou d’« abstrait » et donc à signifier le caractère intuitif d’un tel enseignement. Il s’agit moins alors d’une affirmation relative
à la destination sociale de l’école qu’à la pédagogie qui doit y prévaloir. Si cette interprétation est juste, il faut en conclure que l’enseignement « pratique » précède
l’enseignement théorique plus qu’il ne s’y oppose. « Pratique » devient une façon
de dire qu’il faut partir du concret, de l’observation par l’enfant de son environnement quotidien. Tel est le sens des discours, dont j’ai déjà cité des exemples,
recommandant d’éviter avec les élèves la bizarrerie ou la technicité des nomenclatures. « Pratique », en ce sens, est un adjectif qui ne convient pas seulement,
bien entendu, à l’enseignement scientifique, mais pas non plus seulement à l’enseignement primaire : le Conseil supérieur de l’Instruction publique, à propos du
nouveau plan d’études secondaires du 2août 1880 et sous l’influence du linguiste
Michel Bréal, ne donnera pas d’autres conseils pour l’enseignement que doivent y
recevoir les élèves des petites classes (avant la sixième) ou des classes de grammaire (6e, 5e, 4e )
[25].
- En un quatrième sens, enfin, le caractère pratique de l’enseignement scientifique primaire ne renvoie pas seulement à l’usage domestique des connaissances
apprises (sens 1), au destin professionnel des élèves (sens 2), ni même à l’empirisme descriptif des premières leçons de choses (sens 3). C’est la notion même de
pratique qui prend une signification bien plus générale et inclut ce qu’on appelait
à l’époque « l’éducation intellectuelle ». Il s’agit ici surtout de faire comprendre
aux enfants les phénomènes naturels familiers dont ils peuvent être les témoins,
et, en en proposant des explications scientifiques, même sommaires, de rationaliser le rapport au monde de Français issus largement du monde rural et trop
enclins encore aux superstitions
[26]. Certes, la lutte contre les superstitions était
déjà un des objectifs de l’enseignement scientifique prévu pour les EPS dans la
loi Guizot
[27], et elle a aussi une utilité pratique au sens le plus ordinaire du
terme puisque de telles superstitions peuvent conduire les paysans à des erreurs
grossières en matière d’agriculture ou d’élevage. Mais l’insistance avec laquelle les
républicains font de ce combat une des finalités de l’instruction scientifique primaire
[28] (comme, d’ailleurs, l’inscription des sciences dans le cursus scolaire dès
le cours élémentaire) témoignent qu’il s’agit de faire du sens pratique auquel l’école
doit – toujours – former, avec ce qu’il implique de rationalité et de positivité, une
véritable culture, c’est-à-dire le principe d’un nouveau rapport au monde. Un bon
exemple en est l’astronomie, dont Camille Flammarion écrit, dans le Dictionnaire
de pédagogie… qu’elle « devrait la base primordiale de toute instruction sérieuse »
[29] et dont les devoirs d’écoliers français sélectionnés pour servir de vitrine à
l’Exposition universelle de 1878 présentent des modèles
[30] : science éminemment
« contemplative », son enseignement ne saurait être « pratique » au sens où, par
exemple, la connaissance des usages du verre ou des animaux nuisibles l’est. Son
utilité est autre : faire connaître aux enfants le monde dans lequel ils vivent, et
leur permettre de le comprendre
[31]. L’enseignement des sciences devient donc
« usuel » de plusieurs façons, et il faut notamment distinguer une « utilité – viatique »,
à laquelle l’école ne renonce pas, et une « utilité – intellectuelle » que les républicains affichent beaucoup plus fortement que leurs prédécesseurs comme un bénéfice escompté de l’instruction scientifique.
En ce dernier sens, l’enseignement « pratique » des sciences usuelles n’est plus
seulement l’enseignement de leur usage courant; c’est aussi l’enseignement des
phénomènes courants, et l’éducation intellectuelle attendue de leur explication
objective. L’enseignement demeure alors « pratique » au sens où il rend intelligible des réalités familières et où il reste en cela inscrit dans l’environnement quotidien des élèves. Mais le but est bien de les rendre intelligibles « théoriquement ».
Une éducation primaire libérale ?
De l’enseignement pratique comme culture : telle est somme la nouvelle équation que les responsables républicains veulent résoudre. Il ne faut sans doute pas
surestimer sa traduction dans les faits ni même, j’espère l’avoir montré, méconnaître
la façon dont l’école, avec Jules Ferry assume son héritage cinquantenaire et continue d’être et de se penser socialement réservée aux enfants du peuple.
Ne s’en développe pas moins, avec les réformes républicaines, un nouveau discours sur les finalités et les missions de l’instruction primaire, et dont la catégorie d’« idéologie scolaire » avancée par Pierre Ognier
[32] rend assez bien compte.
Or, cette nouvelle idéologie scolaire tend à prendre ses distances avec une acception étroitement utilitaire de l’enseignement primaire. Témoin exemplaire : la
conférence de Ferdinand Buisson sur l’enseignement intuitif, prononcée devant les
instituteurs délégués à l’Exposition universelle de 1878. Buisson s’efforce d’y dissocier ce que les Instructions de 1882 continueront d’associer, à savoir le double
caractère intuitif et pratique de l’école primaire. D’une part, soutient-il, l’intuition
ne peut être réduite à son acception « allemande » (la blessure de la défaite de
1870 est encore vive et les revanches symboliques ne sont pas dédaignées), c’est-à-dire à l’intuition sensible, donc aux leçons de choses. L’intuition sensible n’est
que le premier degré de l’enseignement intuitif, lequel doit progresser vers l’intuition
intellectuelle, puis vers l’intuition morale, pour culminer enfin dans l’intuition
religieuse
[33].
D’autre part, et par conséquent, il faut rehausser les ambitions théoriques des
études primaires. L’intuition réduite à l’intuition sensible encourt le reproche, dit
Buisson (outre celui de faire croire qu’on peut apprendre sans effort), de vouer
l’école à une destination purement utilitaire, où
« on n’apprend aux enfants que ce dont ils auront à se servir. À quoi bon les théories en grammaire
ou en arithmétique ? À quoi bon les règles générales, les considérations savantes dont on s’est plus
à hérisser les études primaires depuis le calcul jusqu’à la géographie ? Donnez-leur donc une bonne
grammaire usuelle, de l’arithmétique commerciale; en un mot tout un enseignement simple, utilitaire, positif. [34] »
Tout instituteur présent à la conférence comprendra sans peine que Buisson
expose ici un point de vue qu’il ne partage pas, et pourra, si d’aventure il a commencé sa carrière avec la loi Falloux, mesurer l’écart existant entre une acception
peureuse de l’idée d’enseignement pratique et l’utopie scolaire que les républicains sont, à l’exemple ici de Buisson, en train de construire. Il faut pourtant rappeler que les Instructions de 1882 contrediront les propos tenus par Buisson à
l’Exposition universelle et sembleront bien les reléguer dans le registre idéologique de la fausse conscience. La conférence de Buisson est prononcée à un moment
(1878) où son auteur n’a pas encore la responsabilité, au ministère, de la direction
de l’enseignement primaire, et elle relève à l’évidence de ce genre de discours programmatique où l’orateur se laisse aller à envisager les perspectives ouvertes par
l’enthousiasme réformateur que la politique scolaire réelle du ministère s’empressera de refroidir et de ramener à un tour plus prosaïque.
Il est évidemment nécessaire de tenir compte de tout cela. On remarquera néanmoins que Buisson reprendra la substance de sa conférence dans l’article « Intuition »
qu’il rédige pour le
Dictionnaire de pédagogie…, alors qu’il règne déjà, auprès de
Ferry, sur les destinées de l’enseignement primaire, et qu’il continuera à soutenir
dans d’autres textes des thèses pareillement critiques à l’égard de l’orientation trop
pratique de l’école : par exemple dans ce discours de 1883, où, après avoir affirmé
en principe que l’instruction primaire « embrasse en chaque homme l’homme tout
entier »
[35], il invoque le droit des enfants de « Jacques Bonhomme » (métonymie
de l’homme du peuple) à jouir des raffinements esthétiques du chant
[36].
Tout cela montre au moins qu’avec le « moment républicain », l’école cesse de
mettre ses prescriptions réelles (circulaires, plans d’études…) et ses préconisations idéales systématiquement en accord. La dynamique même des réformes
engagées explique en grande partie sans doute cette relative disjonction, en tout
cas cette tension, entre l’idéologie scolaire et l’administration de l’école, et Buisson
n’est pas le seul à rêver pour l’instruction primaire d’une ambition éducative non
satisfaite par la simple affirmation de son orientation pratique. D’où l’idée, inouïe
jusqu’alors, d’« humanités primaires »
[37], voire d’une éducation primaire libérale,
habituellement réservée au secondaire, formulée par les plus hauts responsables
républicains de l’Instruction publique : Ferry, dans son discours aux congrès des
instituteurs de 1881
[38], Félix Pécaut dans un article célèbre de la
Revue pédagogique
[39], ou encore Buisson, dans l’article « Politique » du
Dictionnaire de pédagogie…
[40]
ou dans son discours de distribution des prix aux élèves de l’Association polytechnique, en 1883
[41]. Certes, ces trois auteurs ne semblent pas investir dans l’épithète « libérale » dont ils gratifient l’école primaire les mêmes espoirs et ne lui attribuent donc peut-être pas le même sens. Pour Ferry, c’est dans les nouvelles relations
éducatives qui doivent se nouer, sous le patronage de Pestalozzi et de Froebel, à
travers les leçons de choses, le chant, les promenades scolaires etc., entre le maître
et les élèves que l’école est, ou doit devenir, libérale
[42]; pour Pécaut, « éducation
libérale » fait signe davantage du côté des ouvertures de la culture primairevers la
littérature ou la poésie; l’article « Politique » du
Dictionnaire de pédagogie… situe
quant à lui la promotion « libérale » des études primaires dans l’introduction de la
politique, c’est-à-dire des valeurs républicaines, à l’école. Cela donne à penser
que, surtout chez Ferry et chez Buisson, ce n’est pas tant du côté du modèle des
études secondaires qu’il faut chercher la signification de « l’éducation libérale »
annoncée pour le primaire. En la voyant se réaliser dans les leçons de choses et le
remplacement de l’ancien maître d’école par l’instituteur-éducateur, ou dans l’avènement de l’instruction civique, Ferry ou Buisson esquissent bien plutôt l’idée de
ce que devrait être à leurs yeux le modèle éducatif propre au primaire.
Il n’en reste pas moins qu’ils formulent les éléments constitutifs de ce nouveau
modèle éducatif en des termes qui servaient jusqu’alors à penser, par référence
aux « arts libéraux » du Moyen âge, le caractère généraliste, spéculatif et « humaniste » des études secondaires. Cette formulation, bien entendu, n’est pas neutre.
Elle est comme la version idéalisée des espoirs réformateurs investis alors dans
l’école du peuple, irréductible désormais, Ferry ne cesse de le dire
[43], au lireécrirecompter et à une acception minimaliste de son orientation pratique. L’école primaire reste pratique, mais d’une façon telle qu’elle est en même temps la pourvoyeuse d’une culture, certes spécifique, mais véritable, et dont les récits
d’instituteurs peuvent porter témoignage
[44]. Restituer cette dialectique entre rupture et continuité, entre héritage et nouveauté, c’est aider à comprendre le sens complexe d’une « école républicaine », sens que ni la légende philosophique de son
avènement, ni l’historiographie savante de son enracinement ne peuvent chacune
suffire à épuiser.
·
BRÉAL, Michel. Quelques mots sur l’instruction publique en France. Paris : Hachette, 1872
·
BUISSON, Ferdinand. « Conférence sur l’enseignement intuitif », in Conférences pédagogiques faites
aux instituteurs délégués à l’Exposition universelle de 1878. Paris, Hachette, 1879
·
BUISSON, Ferdinand. (dir.) Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire. Paris : Hachette, 1882-1887
·
GRÉARD, Octave. Législation de l’instruction primaire en France de 1789 jusqu’à nos jours. Paris : Delalain
Frères, Imprimerie de l’Université, 1893,7 volumes, (2e édition).
·
GUIZOT, François. Rapport au Roi sur l’exécution de la loi du 28 juin 1833. Paris : Imprimerie royale, 1834.
·
FERRY, Jules. Discours et opinions de Jules Ferry, p. 250, tome 4, édition Paul Robiquet. Paris : Armand
Colin, 1893-1898,7 volumes.
Quelques commentaires…
·
BELHOSTE, Bruno. Les sciences dans l’enseignement secondaire français. Textes officiels, tome 1 : 1789-1914.
Paris : INRP/Ecoomica, 1995.
·
KAHN, Pierre. De l’enseignement des sciences à l’école primaire. L’influence du positivisme. Paris : Hatier,
1999.
·
LELIÈVRE, Claude et NIQUE, Christian. La République n’éduquera plus. La fin du mythe Ferry. Paris :
Plon, 1993.
·
LELIÈVRE, Claude. Jules Ferry. La République éducatrice. Paris : Hachette Éducation, 1999.
·
LOEFFEL, Laurence. Ferdinand Buisson. Apôtre de l’école laïque. Paris : Hachette Éducation, 1999.
·
PELPEL, Patrice et TROGER, Vincent. Histoire de l’enseignement technique. Paris : Hachette Éducation, 1993.
·
PROST, Antoine. L’enseignement en France. 1800-1967. Paris : A. Colin, 1968.
·
WEBER, Eugène. La fin des terroirs. La modernisation de la France rurale, 1870-1914. Paris : Fayard,
1995.
[1]
Organisation pédagogique et plan d’études des écoles primaires publiques de 1882, p. 16, Paris, Delalain
Frères, 1882. On remarquera l’usage typiquement idéaliste du langage de l’administration scolaire,
qui prend ses désirs pour des réalités en recourant au présent de l’indicatif. Il faut évidemment comprendre que l’enseignement « doit être » intuitif et pratique. Une histoire des instructions officielles
montrerait sans peine le caractère récurrent de cette confusion entre l’optatif et le constatif.
[2]
C’est contre le « théorisme » des études primaires que Marie Pape-Carpantier, inlassable propagandiste de la leçon de choses, veut promouvoir celle-ci dans l’enseignement primaire (
Conférences
sur l’introduction de la méthode des salles d’asile dans l’enseignement primaire, Première conférence, p. 7,
Paris, Hachette, 1868).
[3]
Il faut attendre l’organisation pédagogique de Gréard (1868), pour voir le curriculum complet et
normal des études primaires (2 ans de cours élémentaire, 2 ans de Cours moyen, 2 ans de Cours supérieur) être prévu pour s’achever normalement à 13 ans. Mais en l’absence d’obligation légale, les enfants
pouvaient la quitter avant, et Gréard envisage d’ailleurs à cet effet que chaque cycle soit complet en son
genre. De fait, les enfants qui fréquentaient le Cours supérieur étaient les moins nombreux. L’obligation
d’instruction que Ferry fait voter en 1882 remédie en principe à cette déperdition, mais pratiquement,
c’est à ce dernier niveau de la scolarité primaire élémentaire que la fréquentation reste la moins régulière. Le texte de la loi de 1882 prévoit d’ailleurs que l’âge légal peut être rabaissé à 11 ans (fin du
cours moyen) si les élèves ont obtenu le certificat d’études.
[4]
Organisation pédagogique et plan d’études des écoles primaires publiques de 1882 (
op. cit.), p. 16.
[5]
« L’enseignement primaire doit nécessairement avoir un caractère plus pratique, plus sensible. Ainsi,
on montrera l’application immédiate de chaque connaissance. On donnera à copier, par exemple, de
temps en temps, des modèles d’actes, de billets, de comptes; on fera dessiner des instruments aratoires ou des machines, plutôt que des vases étrusques ou égyptiens; on posera, en arithmétique une
foule de ces petits problèmes que fait naître l’administration du plus modique ménage; on parlera,
en fait d’histoire naturelle, bien plutôt des animaux et des plantes du pays, que des productions étrangères, que les enfants n’auront peut-être jamais sous les yeux. » Ambroise Rendu père,
Cours de pédagogie ou principes d’éducation publique à l’usage des élèves des écoles normales et des instituteurs primaires,
p. 131, Paris, Garnier Frères, 1841.
[6]
Octave Gréard,
Les résultats de l’enseignement primaire à Paris de 1867 à 1877, p. 61, Paris, A. de
Chaix, 1878.
[7]
Circulaire du 20 août 1857 relative à la direction pédagogique des écoles primaires. In Octave
Gréard,
Législation de l’instruction primaire en France depuis 1789 jusqu’à nos jours, tome 3, p. 716, Paris,
Delalain Frères, 1893 (2e édition).
[8]
La question du caractère pratique de l’enseignement scientifique ne s’est pas posé, au XIX
e siècle,
qu’au seul niveau du primaire. Dès la fin de la Monarchie de Juillet, sous le ministère Salvandy et
grâce aux efforts du chimiste J.-B.Dumas, le projet d’un renforcement de l’enseignement scientifique
dans le secondaire est remis en chantier. C’est ce projet qui sera repris au début du Second Empire par
la réforme de la bifurcation entreprise par Fortoul (1852). Dans une perspective « industrialiste » et saintsimonienne, et insistant donc sur la nature pratique d’un tel enseignement, il s’agissait d’organiser,
parallèlement à l’enseignement classique et littéraire traditionnel, une filière scientifique débouchant
sur un baccalauréat ès sciences. Le système de la bifurcation sera abandonné par Duruy, mais la création par celui-ci d’un enseignement secondaire spécial (1865), fondé sur les langues vivantes et les
sciences et orienté vers les carrières de l’industrie et du commerce – donc lui aussi d’un caractère plus
« pratique » – montre qu’on aurait tort de tenir ce caractère pour une spécificité absolue de l’enseignement primaire. Néanmoins, les résistances à la réforme de la bifurcation puis son échec, comme le
statut particulier de l’enseignement secondaire spécial prévu par Duruy (il ne débouche pas sur un
baccalauréat et sa durée est d’un an inférieure à celle de l’enseignement classique) montrent aussi à quel
point un enseignement secondaire à la fois plus pratique et plus scientifique reste problématique en
regard du paradigme des humanités, alors que, en revanche, il passe pour une donnée « naturelle » du
primaire. Sur la question des sciences dans l’enseignement secondaire au XIX
e siècle, on se rapportera
à Nicole Hulin,
L’Organisation de l’enseignement des sciences : la voie ouverte par le Second Empire, Paris :
Éditions du CTHS, 1989; et à Bruno Belhoste,
Les sciences dans l’enseignement secondaire français. Textes
officiels, tome 1 : 1789-1914, Paris, INRP/Economica, 1995.
[9]
Jules Ferry, Discours au congrès pédagogique des instituteurs, le 19 avril 1881, in
Discours et
opinions de Jules Ferry, p. 250, tome 4, édition Paul Robiquet, Paris, Armand Colin, 1893-1898,7
volumes.
[10]
Beugnot, rapporteur devant l’Assemblée nationale du projet de loi déposé par Falloux le 18 juin
1849, in Octave Gréard,
Législation de l’instruction primaire… (
op. cit.), tome 3, p. 211.
[11]
Instruction aux recteurs du 31 octobre 1854, in Octave Gréard, in
ibid., p. 613.
[12]
Il n’y a pas de corrélation nécessaire entre conservatisme politique et minimalisme scolaire.
Mais cette corrélation existe de fait au moment du vote de la loi Falloux et pendant l’Empire autoritaire. Il suffit pour s’en convaincre de lire les débats de la commission extra-parlementaires qui ont précédé l’élaboration de la loi Falloux, ou encore les deux rapports que Beugnot fait de cette loi à l’Assemblée
nationale.
[13]
François Guizot,
Rapport au Roi sur l’exécution de la loi du 28 juin 1833, p. 13, Paris, Imprimerie
royale, 1834.
[14]
« Les véritables écoles normales sont les écoles primaires elles-mêmes, où des jeunes gens qu’aucune séduction n’attire peuvent, sous la direction de maîtres vieillis dans la carrière, et en les voyant
à l’
Å“uvre, apprendre bien mieux que dans les livres ou qu’aux leçons de savants professeurs, un art
qui, à vrai dire, n’a pas de théorie. », in Octave Gréard,
Législation de l’instruction primaire… (
op. cit.),
tome 3, p. 221. Il faut néanmoins préciser que, contrairement à ce que préconise ici Beugnot, la loi n’ira
pas jusqu’à supprimer les écoles normales.
[15]
Voir
ibid., p. 211.
[16]
Voir le débat au Parlement relatif à la loi Guizot, séance du 29 avril 1833.
[17]
Pour le Cours supérieur, les programmes de 1882 mentionnent par exemple : « Méthode de
réduction à l’unité appliquée à la résolution de problème d’intérêt, d’escompte, de partages, de
moyennes, etc. »; « Premières notions de comptabilité »…
Règlement d’organisation pédagogique pour
les écoles primaires publiques, p. 31, Paris, Bibliothèque du Musée pédagogique, 1882.
[18]
P. Leyssenne, article « Problèmes » du
Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, Première
partie, tome 2, p. 2441, Paris, Hachette, 1882-1887.
[19]
Plan d’études et programme d’enseignement des écoles normales primaires, p. 5, Paris, Delalain
Frères, 1882.
[20]
Augustin Boutan,
Rapport de la commission des sciences physiques et naturelles, p. 29-30, Paris,
Conseil supérieur de l’Instruction publique, Section permanente, Imprimerie nationale, 1880.
[21]
Ainsi pour le Cours élémentaire (7-9 ans): «[…] observation d’objets et de phénomènes usuels
avec des explications simples. Notions sommaires sur la transformation des matières ouvrées d’usage
courant […]»; pour le Cours moyen (9-11 ans): «[…] indication des plantes utiles et nuisibles »;
pour le Cours supérieur (11-13 ans): […] conseils pratiques d’hygiène. Abus de l’alcool, du tabac, etc.
[…]. Animaux utiles et animaux nuisibles […]. Métaux et sels usuels. »
Règlement d’organisation pédagogique pour les écoles primaires publiques (
op. cit.), p. 32-36.
[22]
Paul Bert,
La Deuxième année d’enseignement scientifique, Préface, p. 3, Armand Colin, Paris,
1882.
[23]
Claude Lelièvre et Christian Nique,
La République n’éduquera plus. La fin du mythe Ferry. Voir le
chapitre « L’école séparée de la production », p. 140-163, Paris, Plon, 1993.
[24]
Voir Patrice Pelpel et Vincent Troger,
Histoire de l’enseignement technique, Première partie (« Vers
la scolarisation des apprentissages »), p. 9-72, Paris, Hachette Éducation, 1993.
[25]
Voir la note du Conseil supérieur de l’Instruction publique (signée Alfred Rambaud, directeur
de l’enseignement secondaire) sur les nouvelles méthodes de l’enseignement secondaire préconisées par
le plan d’études du 2 août 1880 : « Le Conseil supérieur de l’Instruction publique, après avoir arrêté
les plans d’études et programmes, s’est attaché à poser les principes des nouvelles méthodes qui devront
être désormais appliquées. Il a résumé ces principes dans les articles suivants. 1° Dans tous les cours
d’études et dès les premières classes, l’enseignement aura pour objet de développer le jugement de
l’enfant en même temps que sa mémoire et de l’exercer à développer sa pensée […] 3° On ira des
textes aux règles, de l’exemple à la formule, du concret à l’abstrait. » (Bulletin administratif, 1880,2,
tome 23, p. 974). Ces principes officialisent la conception bréalienne d’un enseignement expérimental de la grammaire (procéder de la langue parlée à la grammaire et non l’inverse). Mais il est clair que
de tels préceptes pédagogiques ont une valeur générale et une extension bien plus large que leur application à la langue. Plus : la conception propre à Bréal d’un enseignement expérimental de la langue est
elle-même tributaire des représentations alors dominante de la méthode des sciences de la nature (voir
Pierre Boutan,
De l’enseignement de la langue. Michel Bréal, linguiste et pédagogue, p. 164, Paris, Hatier,
1998).
[26]
Le livre d’Eugène Weber
La Fin des terroirs. La modernisation de la France rurale, 1870-1914
(Paris, Fayard, 1995) met particulièrement bien en lumière cette entreprise de rationalisation.
[27]
François Guizot, Exposé des motifs de la loi du 28 juin 1833, in Octave Gréard,
Législation de
l’instruction primaire… (
op. cit.), tome 2, p. 4. Guizot justifie ainsi l’introduction dans les EPS de notions
de sciences physiques et naturelles : elles « nous familiarisent avec les grands phénomènes de la nature,
et sont si fécondes en avertissement salutaires de tout genre. »
[28]
Il serait fastidieux d’énumérer ici toutes les déclarations, faites à tous les niveaux de responsabilité, qui vont en ce sens.
[29]
Camille Flammarion, article « Astronomie » du
Dictionnaire de pédagogie… (
op. cit.), Première partie, tome 1, p. 135.
[30]
De Bagnaux, Berger, Brouard, Buisson et Defodon,
Devoirs d’écoliers français recueillis à l’Exposition
universelle de Paris (1878) et mis en ordre, Paris, Hachette, 1879.
[31]
«[L’astronomie] peut seule nous apprendre où nous sommes, sur quoi nous marchons […] par
quelles combinaisons nous avons des années, des saisons, des jours et des nuits, en un mot nous faire
connaître la vraie place que nous occupons dans l’univers. » Camille Flammarion, article « Astronomie »
du
Dictionnaire de pédagogie… (
op. cit.), Première partie, tome 1, p. 135.
[32]
Pierre Ognier,
L’école républicaine française et ses miroirs, Berne : Peter Lang, 1988.
[33]
Ferdinand Buisson, Conférence sur l’enseignement intuitif, in
Conférences pédagogiques faites
aux instituteurs délégués à l’Exposition universelle de 1878, p. 331 et suiv.; p. 356 et suivantes, Paris,
Hachette, 1879.
[35]
Ferdinand Buisson, Discours prononcé à l’occasion de la distribution des prix aux élèves de
l’Association polytechnique, le 24 juin 1883,
Revue pédagogique, juin 1883, n° 6, p. 3.
[37]
Voir Félix Cadet, « Lettres sur la pédagogie », Lettre neuvième, in
Revue pédagogique, avril 1882,
n° 4, p. 373.
[38]
Jules Ferry, Discours cité, in
Discours et opinions… (
op. cit.), p. 250, tome 4.
[39]
Félix Pécaut, « de l’usage et de l’abus de la pédagogie »,
Revue pédagogique, août 1882, n° 8,
p. 104.
[40]
Ferdinand Buisson, article « Politique » du
Dictionnaire de pédagogie… (
op. cit.), Première partie,
tome 2, p. 2399.
[41]
Ferdinand Buisson, Discours prononcé à l’occasion de la distribution des prix aux élèves de
l’Association polytechnique, le 24 juin 1883,
Revue pédagogique, juin 1883, n° 6, p. 5.
[42]
Ferry dit exactement : « Tous ces ‘‘accessoires’’ (les leçons de choses, l’histoire et la géographie,
l’enseignement du dessin, les notions d’histoire naturelle, les musées scolaires, la gymnastique, les
promenades scolaires, le travail manuel, la musique chorale), tous ces « accessoires » – auxquels nous
attachons tant de prix, que nous groupons autour de l’enseignement fondamental et traditionnel du
lire, écrire et compter – sont à nos yeux le principal, parce qu’en eux réside la vertu éducative, parce
que les « accessoires » feront de l’école primaire une école d’éducation libérale. » Discours au congrès
pédagogique des instituteurs, le 19 avril 1881, in
Discours et opinions… (
op. cit.), p. 250, tome 4. La référence à Pestalozzi et Froebel est explicite p. 251.
[43]
Voir Claude Lelièvre,
Jules Ferry. La République éducatrice, p. 37 et suivantes, Paris : Hachette
Éducation, 1999.
[44]
Voir Jacques et Mona Ozouf (avec Véronique Aubert et Claire Steindecker),
La République des
instituteurs, Paris, Gallimard/le Seuil, 1992.