Carrefours de l'éducation
Université de Picardie

I.S.B.N.sans
200 pages

p. 116 à 125
doi: en cours

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n° 12 2001/2

2001 Carrefours de l’éducation

Sciences sociales, pratique réflexive et contextes formatifs en Italie

Elena Besozzi Università Cattolica del Sacro Cuore – Sede di Brescia, Milano Italia
La pratique réflexive est ici analysée du pointde vue de la sociologie de l’éducation, prenant en considération les contextes formatifs italiens. L’accent est mis sur la réflexivité en tant que phénomène social, pro blème méthodologique et instrument pour la recherche. La réflexivité est avant tout le mouvement qui relie l’intérieur du sujet et l’extérieur de lui-même. Mais la réflexivité est aussi un mouvement dans la société. Le sujet de l’action et la vie quotidienne deviennent les points de départ de l’analyse sociale, selon un paradigme constructiviste et interactionniste. Le virage épistémologique est évident et très important pour la théorie et pour la méthodologie de la recherche sociale. Mais la réflexivité se présente surtout comme une rupture. Cet aspect est souligné par plusieurs auteurs. La pratique réflexive dans l’institution scolaire se revèle d’une façon problématique parce qu’elle casse l’ordre institutionnel : la réflexion-en-cours-d’action pose une menace potentielle au système conservateur dans lequel les enseignants vivent. Il est intéressant de voir que la pratique réflexive modifie les conditions de la recherche, c’est-à-dire que la recherche est toujours un changement. Des exemples en Italie montrent comment la pratique de recherche peut être fondée sur une méthodologie réflexive. On a appliqué la méthodologie réflexive à la formation initiale et continue des enseignants et donc à leur cycle de vie, ce qui a mis en évidence un dynamisme entre le sujet, ses compétences et les actions institutionnelles. La réflexion-en-cours-d’action permet de pratiquer l’innovation et d’en avoir le contrôle. Reflective practice is analysed here from the point of view of the sociology of education, taking into consideration formative contexts in Italy. Stress is placed reflectivity as a social phenomenon, a methodological problem and research instrument. Reflectivity is above all the movement which links the subject’s inner being to its outer being. However, reflectivity is also a social trend. The subject of the action and daily life become the starting points of social analysis according to a constructivist and interactionist paradigm. The epistemological turning point is obvious and extremely important for the theory and methodology of social research. However, reflectivity appears first and foremost as a break. This aspect is underlined by several authors. Reflective practice in the context of schools shows itself in a problematic way as it breaks the institutional order: reflection in the course of action poses a potential threat to the conservative system in which teachers live. It is interesting to see that reflective practice modifies the conditions of research, that is to say that research always implies change. Examples in Italy show how research practice can be based on reflective methodology. We applied reflective methodology to in-service and initial training of teachers and thus to their life cycle, which highlighted a dynamism between the subject, its aptitudes and institutional actions. Reflection in the course of action makes it possible to practice innovation while controlling it. Die reflexive Praxis wird hier aus dem Blickwinkel der Bildungssoziologie analysiert, wobei der bildungspolitische Kontext in Italien mit Berücksichtigung findet. Besonderes Augenmerk gilt dabei der Reflexivität als gesellschaftlichem Phänomen, methodologischem Problem und Forschungsinstrument. Reflexivität bezeichnet zuvörderst den gesamten Prozess, der das Subjektinnere mit seiner eigenen Außenwelt verbindet. Reflexivität ist darüber hinaus aber auch ein gesellschaftlich verankerter Prozess. Das handelnde Subjekt und das Alltagsleben werden so zu einem Ausgangspunkt der sozialen Analyse vor dem Hintergrund eines konstruktivistischen und interaktionistischen Paradigmas. Der epistemologische Paradigmenwechsel ist dabei offensichtlich und für die Theorie und Methodologie sozialwissenschaftlicher Forschung überaus wichtig. Die Reflexivität erscheint, wie mehrere Autoren betonen, allerdings vor allem als ein Bruch. Die reflexive Praxis in der Schule tritt dabei insofern als problematisch zutage, als sie die institutionelle Ordnung stört: Das Nachdenken im Handlungsprozess selbst bedroht potenziell das konservative System, in dem sich die Lehrkräfte bewegen. Es ist auch interessant, dass die reflexive Praxis die Forschungsbedingungen verändert, d.h., dass die Forschung stets als Veränderung auftritt. Beispiele aus Italien zeigen, wie die Forschungspraxis auf einer reflexiven Methodologie aufbauen kann. Die reflexive Methodologie wurde im Bereich der Lehrergrundausbildung bzw. Lehrerfortbildung und damit lebensumfassend angewendet, wodurch eine Dynamik zwischen dem Subjekt, seinen Kompetenzen und dem institutionellen Handeln zutage tritt. Durch das Nachdenken im Handlungsprozess selbst kann bei gleichzeitiger Kontrolle Innovation zur Praxis werden.
La discussion suivante a lieu d’un point de vue spécifique, celui des sciences sociales et surtout celui de la sociologie de l’éducation. Je trouve très intéressant cette possibilité de travailler autour d’un argument, comme celui de la pratique réflexive en partenariat, d’une façon interdisciplinaire. Je le ferai, en prenant en même temps en considération le texte de D. Zay et C. Day (1998), repris dans leurs articles respectifs dans ce numéro, texte dans lequel j’ai trouvé beaucoup de stimulation et surtout la possibilité de vérifier directement l’existence d’un terrain commun non seulement sur des intentions, mais aussi sur des orientations théoriques.
J’ai donc choisi de rédiger mon écrit en relation avec ce texte et d’autres documents produits au cours des activités des membres participant au sous-réseau F du TNTEE (Thematic Network on Teacher Education in Europe/Réseau thématique de formation des enseignants en Europe) [1]. Cela me permet de souligner la contribution que les sciences sociales et surtout la méthodologie de la recherche sociale peuvent apporter au sous-réseau F. J’aborderai la réflexivité et la pratique réflexive en relation avec le changement du paradigme social et méthodologique traditionnel (fonctionnaliste et positiviste) et la pratique réflexive en tant que problème et en tant qu’instrument méthodologique. Ensuite, je me centrerai sur la pratique de recherche en décrivant quelques recherches italiennes orientées sur l’utilisation d’une méthode réflexive. Enfin, je pense qu’il sera important d’individualiser quelque champ ou objet directement en relation avec le contexte scolaire, les enseignants et leur formation initiale et continue.
 
La réflexivité au centre du changement du paradigme social
 
 
La réflexivité et la pratique réflexive constituent un phénomène social très visible dans les sociétés contemporaines et parmi les individus :on est en présence d’un résultat qui peut être défini comme une conséquence des procès de modernisation, surtout de différenciation sociale et d’individualisation (Besozzi, 1990; Giacomini, 1990). Tout cela a produit une crise du paradigme positiviste et fonctionnaliste, fondé sur la conformité et la reproduction des pratiques et des structures sociales.
Dans la modernité on assiste au développement d’un dualisme entre les sujets et leur société, une distance due à l’augmentation des espaces de décision et de choix. La réflexivité est avant tout le mouvement qui relie l’intérieur du sujet et l’extérieur de lui-même. Mais la réflexivité est aussi un mouvement dans la société, dans laquelle on fait tout le temps expérience de relativisme et de pluralisme des points de vue (Bovone, 1994; Mora, 1994). Le sujet de l’action, avec ses intentions et sa capacité réflexive, et la vie quotidienne deviennent (redeviennent peut-être) les points de départ de l’analyse sociale, selon un paradigme constructiviste et interactionniste. Le « virage » épistémologique est très évident (Sparti, 1995) et très important pour la théorie et pour la méthodologie de la recherche sociale.
En Italie, le changement de paradigme devient manifeste à partir des années soixante. Aujourd’hui, beaucoup d’auteurs parlent d’une nouvelle façon d’étudier la société au niveau théorique et au niveau de la recherche et de l’importance de la communication. Surtout, ils croient qu’il n’est plus question d’opposer quantité et qualité, constructivisme et réalisme. Dans la recherche sociale, on a constaté, d’une part, les limites des méthodes quantitatives et, d’autre part, la nécessité de refonder une méthodologie qualitative, ce qui conduit à une recomposition de qualité et quantité (Cipolla, de Lillo, 1996; Gubert, Tomasi, 1995; Besozzi, Colombo, 1998). Alberto Melucci (1998,22-24), dans son ouvrage récent, publié en Italie, sur la sociologie réflexive, présente les caractéristiques les plus importantes de cette épistémologie refondée :
  • centralité du langage, de la parole, du discours, au sens où il n’y a pas de connaissance sociologique qui ne passe pas par l’intermédiaire du langage, qui est toujours un langage situé (culturalisé, ethnique, lié aux temps et au lieu des acteurs);
  • redéfinition du rapport entre l’observateur et son champ d’observation :on passe de l’opposition observateur/champ à la connexion observateur-dans-le-champ; le rôle de l’observateur et la liaison entre observateur et objet de la recherche deviennent le point critique de la réflexion autour du statut de la recherche sociale;
  • changement de l’idée de connaissance scientifique :la certitude de l’interprétation laisse le champ à une interprétation plausible; on est en présence du « double cercle herméneutique » les chercheurs produisent des interprétations qui donnent sens aux modes à travers lesquels les acteurs de leur part cherchent à donner un sens à leurs actions; c’est la « narration de narrations » la notion de plausibilité devient centrale et, par-dessus tout, on se demande quels sont les principes de l’interprétation;
  • nouvelle forme de présentation des résultats de la recherche :les résultats ne sont pas transparents ou, plutôt, la présentation des résultats est à son tour une narration pas tout à fait « objective » un récit sous la forme d’une rhétorique spécifique, avec un code qui, toutefois, n’est pas le seul possible.
Il est intéressant de noter que plusieurs auteurs posent des questions autour de la recherche qualitative et de la recherche réflexive :il s’agit de questions qui sont présentes dans le texte de D.Zay et C.Day (1998). Cela signifie qu’il y a des questions importantes autour de la pratique réflexive; mais, surtout, il faut souligner que, sans doute, il s’agit de questions ouvertes destinées peut-être à rester ouvertes :la réflexivité est une question d’ambivalence, au sens que lui donne Georg Simmel (1989) et, en général, la sociologie quand elle se centre sur le sujet de l’action et sur son activité parmi les autres.
En particulier, je me réfère au problème du rapport entre réalité et représentation; au problème du relativisme qui risque, quand il se pose d’une façon radicale, de paralyser la connaissance de la réalité sociale; enfin, au problème d’une réflexivité sans fin, vissée sur elle-même (le récit du récit peut continuer à l’infini, la narration est infinie). Ces questions sont destinées à rester ouvertes; toutefois, on peut penser à établir des conditions qui puissent nous faire dépasser le silence ou l’impasse. A. Melucci (1998,25-26) souligne qu’il y a des conditions à ce propos qui nous indiquent la possibilité d’une sociologie réflexive et d’une pratique réflexive :
  • le fait que la connaissance devienne dans les sociétés contemporaines de plus en plus une force productive généralisée et qu’on ne peut pas s’occuper de la connaissance sans s’occuper des relations sociales et du pouvoir qui sont liés à cette production;
  • la validation de la connaissance scientifique n’est plus seulement une responsabilité de la communauté scientifique, il y a beaucoup de gens, d’experts et de groupes (collèges invisibles) qui jugent avec des principes différents et utilisent les résultats d’une manière différente, et cela contribue à une circulation et à une socialisation des résultats et à leur validation et légitimation;
  • enfin, les chercheurs sont conscients que leur observation n’est pas neutre, il y a une liaison entre l’intervention sociale et le changement. On doit étudier à fond ce problème de la liaison entre recherche et action sociale, du moment qu’on est conscient qu’il n’y a pas de recherche qui ne soit, en même temps, action. Je vois ici la possibilité de porter ces considérations sur le terrain de la recherche en éducation et de la formation des enseignants.
 
La réflexivité comme problème méthodologique
 
 
La réflexivité se présente d’abord comme problème méthodologique, comme on l’a vu auparavant. Surtout, on voit une difficulté vis-à-vis de l’objet qu’on étudie et des concepts qu’on utilise. L’objet est entièrement culturel, c’est-à-dire qu’il existe seulement parce qu’il y a quelqu’un qui le produit et quelqu’un qui le comprend :les concepts se constituent à travers les pratiques des acteurs et dans une situation tout à fait historique et ils sont liés à un code situé. Mais alors, la connaissance de la réalité sociale est une connaissance du code à l’intérieur duquel se produit le sens des objets. On y voit ici une circularité entre les chercheurs et les objets observés et cela correspond à un mouvement de réflexivité à travers lequel le chercheur dénaturalise le monde social et problématise le sens commun (Gobo, 1993, p. 304).
A. Melucci (1998,27-28) distingue cinq problèmes posés par une méthodologie réflexive :
  • le problème du pluralisme des perspectives et des modèles, qui pose la question :comment éviter le relativisme radical ?
  • Le problème du contrôle, qui souligne qu’une méthodologie réflexive implique la nécessité de retourner toujours aux pratiques de recherche, mais avec le risque d’un excès de rigidité dû au contrôle même;
  • le problème de la légitimation :est-ce qu’elle est toute à l’intérieur de la communauté scientifique ou bien vient-elle aussi de l’extérieur ? Si la communauté scientifique n’est plus la garantie unique de la méthode, comment se produit une accumulation de connaissance ?
  • Le problème du détachement et des implications du chercheur avec les acteurs objets de la recherche :quel rapport ont-ils ? Peut-être, les chercheurs ont-ils des avantages puisqu’ils contrôlent les sources de la connaissance ?
  • Le problème de la responsabilité :il y a certainement une dimension éthique de la pratique de la recherche en tant que pratique sociale, toutefois il n’est pas facile de considérer en même temps les deux faces de la responsabilité.
En tout cas, le problème central se pose autour du rapport entre chercheur et observé :on est en présence d’une nouvelle définition du rôle que le chercheur joue dans le jeu interactif de la recherche, on perd la possibilité d’un chercheur en position frontale, l’observateur se trouve dans une position réflexive toute en dedans de la réalité et non plus à l’extérieur (Manghi, 1996, p. 244-245).
 
La réflexivité comme instrument méthologique
 
 
Si la réflexivité se pose d’abord comme problème méthodologique, dans la pratique de la recherche elle devient surtout un instrument méthodologique. Elle se présente comme instrument textuel, instrument qui sert pour lire la réalité sociale, pour dénaturaliser les objets narratifs qui, dans la réalité du sens commun, se présentent comme objets fixes et routiniers.
La réflexivité se présente comme une rupture
Dans le texte de D. Zay et C. Day cet aspect est particulièrement souligné. De plus, en général et en suivant les notations de D.A. Schön appliquées aux contextes éducatifs (1993, p. 334-336), on voit que la pratique réflexive se présente dans l’institution scolaire comme problématique, parce qu’elle casse l’ordre institutionnel :la réflexion en cours d’action pose une menace potentielle au système dynamiquement conservateur dans lequel les enseignants vivent. Dans les écoles où l’on encourage la pratique réflexive on aura des conflits et des dilemmes qui sont, notamment, cachés. Cela signifie que la pratique réflexive est un instrument qui peut créer innovation et changement.
 
La pratique de recherche comme pratique réflexive
 
 
Les observations qu’on a faites portent à souligner que la pratique réflexive pose des conditions à la recherche :elle devient surtout recherche-action, ou rechercheintervention, recherche-développement; en effet, la recherche est toujours un mouvement, un changement. Parmi les activités du sous-réseau F du TNTEE on parle souvent de recherche action comme d’un travail de recherche qui donne la possibilité d’établir une dialectique entre théorie et pratique; et, encore, comme d’une liaison qui va s’établir entre intérieur et extérieur des sujets, ou bien comme d’un mouvement qui se réalise entre les sujets (chercheurs, enseignants, chefs d’établissement, etc.) parmi la pratique de recherche-formation.
Je pense qu’à ce moment-là il est important de souligner :
  1. la nécessité de mettre en évidence l’importance pour le sous-réseau F de récu-pérer toutes les recherches dans lesquelles, dans les divers pays, on a fait l’expérience de recherche-action en partenariat entre universitaires et enseignants et dans lesquelles il y a la possibilité de reconstruire (peut-être ex-post) une pratique réflexive. Il s’agit de commencer à créer une accumulation d’expériences et de choisir surtout les expériences qui sont transférables dans divers contextes;
  2. d’autre part, je pense qu’il est important de distinguer les thèmes et les champs pour la recherche en éducation avec les enseignants en partenariat et à travers la pratique réflexive.
Je peux donner très brièvement quelques indications sur les deux points.
1. J’ai participé directement à deux recherches dans lesquelles la pratique de recherche était fondée sur une méthodologie réflexive.
La première était sur les intermédiaires culturels (les professionnels de la culture). On a utilisé une méthodologie qualitative (histoires de vie) pour reconstruire les pratiques et les modalités à travers lesquelles ces professionnels construisent leur action de communication (Bovone 1994).
La deuxième recherche était sur les jeunes et la mode dans la ville métropolitaine (Milan). On a utilisé la méthodologie de la narration pour reconstruire avec les jeunes, seuls ou en groupe, leurs modalités de production d‘une image de soi, leur participation à la construction d’une identité individuelle et de groupe et donc leur activité symbolique pour la production de sens (Bovone, Mora, 1997).
Ces expériences de recherche qualitative m’ont donné la possibilité de différencier, d’une part, le potentiel d’explication à travers la méthodologie réflexive et, d’autre part, les difficultés qu’il y a dans la recherche qui veut utiliser cette méthodologie :il faut avoir beaucoup de temps et les instruments pour l’analyse du matériel de recherche (moyen pour la sélection du matériel, etc.).
Ces recherches sont importantes pour moi, parce qu’elles m’ont permis d’expérimenter la recherche et la méthodologie réflexives. Toutefois, dans le sous-réseau F, on a surtout besoin de porter l’attention sur l’éducation et la formation.
Dans ce domaine, je peux reconstruire l’expérience de recherche-action que j’ai faite en partenariat avec l’IRRSAE (Institut de formation d’enseignants) de la région de Lombardie et les enseignants des écoles primaires et secondaires. Il s’agissait d’une recherche-action pour construire un curriculum continu de formation géographique, historique et sociale dans l’école obligatoire, face à l’introduction des nouveaux programmes pour l’école primaire. L’équipe de recherche a produit les matériels de recherche (Bergomi, Gusso, 1994), dans lesquels on reconstruit l’itinéraire de la recherche-action et surtout on peut y voir divers niveaux de cette recherche-action pour la formation des enseignants (formation à la rechercheaction; formation des formateurs d’enseignants; formation des enseignantschercheurs, etc.). Mais, surtout, on est arrivé à la conclusion que « la recherche représente le paradigme formatif pour une action transformatrice :de l’équipe de recherche en équipe de formation à la recherche formatrice; de l’enseignant-chercheur dans le contexte de la recherche; de l’enseignant-chercheur dans l’enseignement; de l’enseignant-innovateur dans sa classe… ».
Une autre recherche-action avec les enseignants, conduite par G.Chiari de l’université de Trento, est intéressante pour le discours de la recherche réflexive en partenariat. Il s’agit d’une recherche sur le climat de classe (Chiari, 1994) et sur la qualité de la vie scolaire. La recherche utilise comme point de départ les travaux du projet « Consistency Management » du groupe de l’Université de Houston (Texas) sous la direction de Jérôme Freiberg. Dans cette recherche effectuée avec les enseignants de quatre villes italiennes (Trento, Cles, Bolzano, Vicenza), la pratique réflexive est « pratiquée » à travers la construction d’un procès de réflexion continue sur l’action d’enseignement et à travers l’examen des résultats que les enseignants peuvent vérifier directement dans les expérimentations.
2. À présent, je pense qu’il est important de repérer quelques champs ou thèmes privilégiés dans lesquels construire une pratique réflexive en partenariat.
Le premier champ d’application qui m’intéresse est celui de la formation initiale des « maîtres » En Italie, on est en train d’instaurer un nouvel enseignement universitaire (Corso di laurea in Scienze della Formazione Primaria):pour la première fois, les jeunes qui choisissent de devenir enseignants d’école primaire ou d’école maternelle doivent suivre ce cursus universitaire d’une durée de quatre ans. C’est à mon avis un champ tout à fait privilégié pour mettre en place une pratique réflexive en partenariat, surtout dans le domaine des stages dans les écoles primaires. On aura, en particulier, la possibilité de construire une collaboration ou coparticipation entre maîtres, universitaires, chercheurs et de travailler à l’intérieur de la formation professionnelle en tant qu’elle se réalise.
Le deuxième terrain d’application dans lequel je pense qu’il est important de travailler est celui de la formation continue des enseignants, mais non pas d’une façon générique ou généraliste. Mon intérêt serait de considérer le cycle de vie de l’enseignant selon les indications de M. Huberman (1989):il y a une histoire de vie dans chaque enseignant et donc un dynamisme qui doit être lié à la formation, à la pratique de recherche et à la pratique réflexive.
Toujours sur le terrain de la formation continue, il serait intéressant de faire une recherche-action avec les enseignants et en partenariat avec les chercheurs universitaires sur le curriculum caché (latent) et donc sur les routines et les règles non-dites de la vie scolaire. Cela est devenu de plus en plus important, surtout pour mettre en évidence la force de l’institution scolaire et sa résistance au changement et à l’innovation. D. Zay et C. Day (1998) mettent en évidence l’importance de l’organisation scolaire dans l’offre de structures rendant possible au lieu d’empêcher la réflexion sur la pratique et donc l’innovation et le changement. Dans une recherche sur les enseignants que j’ai conduite dans le Canton du Tessin en Suisse (Besozzi, 1992), j’ai constaté non seulement l’importance de l’organisation scolaire et de ses résistances, mais aussi celle de l’habitus mental et professionnel de l’enseignant, généralement très structuré :je pense que la pratique réflexive dans le domaine des organisations doit avant tout tenir en compte des habitus structurés dans les individus et donc de la difficulté initiale très évidente de faire partir le cercle de la réflexivité.
 
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NOTES
 
[1]Cf. la note 2 du texte de présentation du numéro sur le TNTEE et le sous-réseau F.
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