2001
Carrefours de l’éducation
Pratiques réflexives et conscientisation
La «réflexivité ensei-gnante» et «l’ensei-gnant en tant que pra-ticien réflexif» sont
des expressions qui
sont devenues extrêmement populaires
dans la littérature sur
la profession et sur la formation,
malgré les ambiguïtés et équivoques
qu’elles renferment ou, peut-être,
grâce à ces ambiguïtés et équivoques.
C’est pourquoi il s’impose d’analyser le contenu de ces expressions,
en interrogeant notamment le langage utilisé, les rapports de pouvoir qui s’établissent entre formateurs et ceux à former, les modalités
et les effets de la réflexion.
Pour éviter que la réflexivité ne se
réduise à un ensemble de techniques, une pratique réflexive devra
se fonder sur une théorie de l’éducation et de la formation qui stimule l’enseignant à une prise de
conscience critique des situations
éducatives et de soi-même en situation.
Le concept de conscientisation de
Paulo Freire, lié à son concept de
praxis en tant qu’unité dialectique
de la théorie et de la pratique,
pourra constituer un outil à valeur
théorique et opératoire pour la formation. Il permettra des lectures
qui amènent l’enseignant à s’interroger sur le monde où il est inséré,
en provoquant un rapport critique
et dialogique avec le monde, avec
les autres et avec soi-même. Ce dialogue, ne pouvant s’alimenter que
de la fusion de la théorie et de la
pratique, dépasse l’apparente dichotomie entre raison technique et raison pratique.
Both “the reflective teaching” and
“the teacher as a reflective
practitioner” have become very
popular in terms of the
literature about the teaching and training
profession, in spite of the ambiguities and
misleading ideas caused by the subjects in
case or because of them. Thus, it is of the
greatest importance to analyse these
ambiguities by questioning namely the words
used, the relations of power which are
established among teachers, educators and
trainees, the ways and effects of the reflection.
To avoid the reflective action to become a
bunch of techniques, a reflective practice
should be based on an educational and
training theory which should stimulate the
teacher to take critical consciousness of the
educational situations and of his own practice
in situation. The concept of conscientisation
by Paulo Freire, linked to his concept of praxis
as a dialectic unity of the theory and practice,
should produce an instrument of theoretical
and operational value for education. That
concept will allow interpretations which will
take the teacher to wonder about himself, about
the world around him, promoting a critical and
dialogist relationship towards the world, the
others and himself. This dialogue, which cannot
feed itself but on the fusion of theory and praxis,
will overcome the apparent dichotomy between
technical and practical reason.
Die «Lehrerreflexivität» und «der Lehrer
als reflexiver Praktiker» sind Begriffe,
die sich in der Literatur zum Lehrberuf
und zur Lehrerausbildung trotz oder
vielleicht auch gerade wegen ihrer Unklarheiten und
Missverständlichkeiten größter Beliebtheit erfreuen.
Deswegen ist es notwendig, die Bedeutung dieser
Ausdrücke zu analysieren und dazu vor allen Dingen
den Sprachgebrauch, das Machtverhältnis zwischen
den Ausbildern und den Auszubildenden, die
Modalitäten und Wirkungen der Reflexion zu
befragen. Damit die Reflexivität nicht einfach zu
einem Vorrat an Techniken verkommt, muss eine
reflexive Praxis sich auf eine Erziehungs- und
Ausbildungstheorie stützen, die den Lehrer dazu
veranlasst, sich ein kritisches Bewusstsein der
Unterrichtssituationen und seiner selbst im
Unterrichtsalltag zu verschaffen.
Das Konzept der Bewusstmachung von Paulo Freire
kann in Verbindung mit seinem Praxis-Konzept als
dialektischer Einheit von Theorie und Praxis ein
Instrument bilden, das theoretischen Wert besitzt und
zur Ausbildung eingesetzt werden kann. Damit
werden Interpretationen möglich, die den Lehrer
veranlassen, sich über seine Umwelt Gedanken zu
machen, wodurch ein kritisches und dialogisches
Verhältnis zur Umwelt, zu den anderen und zu sich
selbst entsteht. Da sich dieser Dialog nur aus der
Fusion von Theorie und Praxis zu speisen vermag,
geht er über die scheinbare Dichotomie zwischen
technischer und praktischer Vernunft hinaus.
La conception du professeur comme praticien réflexif (reflective practitioner),
mettant l’accent sur l’autonomie et le rôle du sujet en tant
que producteur de connaissance professionnelle, occupe une place
majeure dans le discours actuel sur la profession et la formation
des enseignants. Les expressions « enseignant réflexif » et «praticien
réflexif » ont gagné une popularité énorme malgré les ambiguïtés
et équivoques qu’elles sont susceptibles de produire ou, peut-être,
grâce à ces ambiguïtés et équivoques.
Ces ambiguïtés ont déjà fait l’objet de plusieurs analyses dont nous détachons
celles menées par K. Zeichner (1993) qui fait le point en se référant à de nombreux
auteurs. Pour notre part, nous aimerions reprendre ou élargir quelques
préoccupations déjà exprimées dans le texte cité, en interrogeant notamment l’adéquation
de l’expression « enseignant ou praticien réflexif », les rapports de pouvoir
établis par la mise en place d’une formation réflexive, la réflexion comme technique
ou comme élément d’une théorie de formation, réflexion et conscientisation.
L’adéquation de l’expression
« enseignant ou praticien réflexif »
Plusieurs auteurs reconnaissent l’ambiguïté de ces expressions qui recouvrent différentes significations et intentions, englobent divers buts et moyens pour les
atteindre, se rapportent à plusieurs formes, niveaux et pratiques relevant de différentes épistémologies (Adler, 1991, Zeichner, 1993, Burrough, 1989, in Angulo,
1991). Cependant on pourra aussi s’interroger sur la justesse de ces expressions
appliquées à un courant qui prétend donner une réponse à une « crise de confiance
dans les savoirs professionnels » et marquer un virage dans l’orientation de la
recherche sur ces savoirs professionnels (Heynemaud, Gagnon et Wood, 1995).
Si la réflexion, en cours d’action et après l’action, est une caractéristique qui accompagne une partie importante de la vie professionnelle et privée de l’adulte ayant une
intelligence normale, surtout s’il est cultivé, insister constamment sur la réflexion
et sur la réflexivité enseignante peut devenir, à la limite, un peu étrange pour une
profession dite intellectuelle. En plus, l’opposition radicale que l’on prétend établir entre l’enseignant réflexif et l’enseignant technicien, défini comme celui qui
applique passivement les savoirs professionnels construits par d’autres, risque de
tomber dans la caricature
[1].
En effet, plusieurs données mises en évidence par des recherches faites en différents pays et avec des méthodologies différentes nous amènent à mettre en doute
cette soumission aveugle des enseignants aux enseignements universitaires; par
exemple :les critiques faites à la formation initiale, surtout en ce qui concerne la séparation entre théorie et pratique et le sentiment de l’inutilité d’une grande partie de
la théorie, ce qui présuppose que les enseignants font un tri de ce qui les intéresse;
l’influence prédominante attribuée aux conseillers pédagogiques des écoles et non
aux enseignants des écoles de formation supervisant les stages; les attitudes d’ambiguïté des stagiaires face à deux cultures qui s’opposent; la valorisation de l’expérience dans le discours enseignant (« les théories disent… mais mon expérience
m’enseigne que »); les conseils que quelques enseignants tuteurs des écoles donnent aux stagiaires (« oubliez ce que vous avez appris à l’université. La théorie est
une chose, la pratique en est une autre, et c’est nous qui connaissons la pratique »).
Les stratégies de socialisation caractérisées par Lacey (1996) montrent aussi qu’il
y a, depuis toujours, une culture professionnelle construite par les professionnels
à partir des leçons qu’ils tirent de leur expérience. Cette culture, à caractère corporatif, exerce une forte influence socialisante au détriment de l’Université, même
si celle-ci a eu des difficultés à reconnaître sa valeur.
D’autre part, l’antinomie que l’on veut établir entre professeur technicien et
réflexif, en rompant l’exercice unitaire de la raison dans sa recherche d’intelligibilité
du réel comporte le risque, déjà souligné par Zeichner, de surestimer un type de
connaissance pratique des enseignants et de sous-estimer la recherche faite dans
les universités. Cela pourra entraîner des conséquences graves pour le développement de la recherche en éducation, pour les bases de légitimation de la profession et pour le développement du professeur qui serait appauvri. Comme l’affirme Zeichner (1993), il faut que l’enseignant soit aussi capable de consommer de
façon critique et de participer aux recherches faites par d’autres.
En plus, penser que toute réflexion apporte un changement qualitatif de la pensée et une reformulation de l’action est une équivoque qui a ses origines dans des
positions intellectualistes. Si toute une littérature se préoccupe de distinguer différents niveaux et formes de réflexion, il existe encore peu d’études sur les modalités et effets de l’entraînement réflexif qui vont au-delà des opinions des enseignants
et se centrent sur l’observation de leurs pratiques d’enseignement. Ces études
seraient très importantes pour prévenir d’éventuels effets pervers de l’accent mis
sur la réflexion (légitimation du statu quo et de vieilles habitudes, inhibition pour
l’action, activation d’un intellectualisme qui ignore les affects et les volitions, renforcement de l’ethnocentrisme enseignant…).
Les rapports de pouvoir établis
par la mise en place d’une formation réflexive
Malgré la variété de pratiques et de postures épistémologiques que l’expression
« reflective teacher » recouvre, il y a un trait qui les relie. En effet, qu’il s’agisse de
la réflexion sur l’action ou de la réflexion en action, qu’il s’agisse de l’analyse du
réel par le biais de grilles d’analyse, de pratiques métacognitives, de la recherche
ethnographique ou de la recherche-action, le professionnel a besoin d’une formation pour ce faire et d’un appui extérieur, soit d’un collègue expérimenté (mentor/tuteur, superviseur), soit d’un formateur chercheur.
Or, le discours de la formation tend souvent à valoriser le rapport de partenariat basé sur un rapport d’égalité. Bien que le formateur se forme aussi en formant
les autres (et il y a donc une certaine réversibilité des rôles qui supporte le rapport
d’égalité), mettre entre parenthèses ou oublier le rapport naturel du pouvoir qui
découle de l’expertise et du rôle ou du statut institutionnel du formateur crée une
illusion qui ouvre les portes à toute sorte de manipulations ou à des équivoques
susceptibles d’engendrer des situations conflictuelles. En effet, c’est son savoir qui
légitime sa présence auprès du sujet ou groupe en formation.
C’est pourquoi nous défendons un contrat où les rapports savoir-pouvoir soient
pris en considération d’une façon ouverte et franche.
La réflexion comme technique
ou comme élément d’une théorie de formation
Une réflexion sur l’évolution de notre recherche et expériences de formation
des enseignants, axées sur l’importance de la prise de conscience critique, par les
enseignants et futurs enseignants, des situations éducatives et d’eux-mêmes en
situation, développées avec Albano Estrela depuis 1974, nous avertit de deux
types de risques. Le premier concerne une centration excessive sur la personne
de l’enseignant, oubliant que sa formation professionnelle trouve sa raison d’être
dans l’éducation des élèves et doit être surtout évaluée par les effets qu’elle provoque
sur eux. Ainsi une formation réflexive des enseignants ne devra-t-elle pas se séparer d’une formation d’élèves réflexifs. Mais pour atteindre ce but, il faut éviter le
deuxième type de risque :que les techniques utilisées ne soient seulement des
techniques ajoutées, petit à petit, selon les modes, à des programmes qui ont du
mal à les intégrer, mais qu’elles soient insérées dans des plans cohérents de formation.
Pour prévenir d’emblée ces risques, il faut faire une étroite articulation entre
une théorie de l’éducation et une théorie de la formation des enseignants et les
baser sur une épistémologie qui établisse une relation dialectique entre théorie et
pratique, évitant leur séparation artificielle et le fossé entre universités et écoles.
C’est donc à l’intérieur d’une théorie de l’éducation et de la formation que les pratiques réflexives devront se situer.
Réflexion et conscientisation
Construire cette théorie dépasse nos intentions et certainement nos capacités. Mais
nous estimons que l’on pourra trouver dans la pensée de Paulo Freire les principaux points d’ancrage de l’élaboration d’une telle théorie et le concept de conscientisation
[2] pourra donner un jour nouveau aux pratiques de réflexion, neutralisant
quelques-uns des effets pervers et des points critiques mentionnés auparavant.
Suivons, donc, de près Paulo Freire sur ces points :
L’être humain étant un être inachevé et incomplet, l’éducation et la formation des
éducateurs participent du même processus de recherche de complétude, processus essentiellement éthique, mais aussi politique dans la mesure où il est aussi un
être historiquement situé et soumis aux contraintes de la facticité.
Cette recherche de complétude, pour un éducateur, est une recherche de compétence professionnelle, donc de formation continue. Ainsi l’engagement dans la
formation devient-il un devoir éthique de l’enseignant. La compétence professionnelle est la base de l’autorité de l’enseignant qu’elle légitime. Si cette compétence doit être technico-scientifique – Paulo Freire affirme souvent que l’on ne
peut pas enseigner ce que l’on ignore – elle est aussi éthico-politique, car elle ne
permet pas d’enseigner les contenus de façon isolée de la posture de l’enseignant.
Ainsi enseigner est indissociable de la formation éthique de celui à éduquer.
C’est le caractère éthique de l’éducation qui exige que l’enseignant soit cohérent, c’est-à-dire, qu’il se soucie de diminuer l’écart entre « ce qu’il dit et ce qu’il
fait, entre ce qu’il est et semble être », démontrant « la consistance de la manière
de vivre sa présence dans le monde ». La conscientisation devient une condition
d’assurer cette cohérence, car elle est prise de conscience critique du monde et
des rapports que l’on a avec lui. Ainsi, éducation et formation sont essentiellement dialogiques, car l’espace pédagogique devient un « texte » qui doit être
constamment « lu » et interprété.
De la même façon que la lecture du monde faite par l’élève doit constituer un point
de départ pour avoir accès à l’intelligibilité du monde qu’il construit par sa pensée, ainsi la formation doit favoriser une lecture de plus en plus rigoureuse du
monde en faisant appel à une conscience critique. C’est-à-dire, une conscience
capable de comprendre la réalité environnante et de se situer dans ce contexte de
façon lucide et créatrice, pour transformer cette réalité.
Dans la mesure où le sujet, à travers cette lecture du monde, prend conscience
de ses rapports de pensée et d’action avec son environnement, cette prise de
conscience devient conscientisation. En effet, selon Freire, la conscientisation
« c’est plus que prendre conscience, car prendre conscience est une manière normale de l’être humain. Elle implique d’analyser. C’est une façon de voir le monde
de manière rigoureuse ou presque rigoureuse. C’est une façon de voir comment
la société fonctionne. C’est un moyen de mieux comprendre le problème des intérêts, la question du pouvoir. Comment obtenir le pouvoir, ce qui signifie ne pas
avoir le pouvoir. Enfin, elle implique une lecture plus approfondie de la réalité et
le sens commun étant au-delà du sens commun » (Freire, 1990, Conversa com A.C.
Torres, in Torres, 1998).
À travers cette lecture « le sujet se rend capable de comprendre en termes critiques l’unité dialectique entre lui et l’objet. C’est pourquoi il n’y a conscientisation hors de la praxis, hors de l’unité théorie et pratique, réflexion-action » (Freire,
1975).
En lisant le monde, le sujet se constitue en auteur/acteur en toute sa liberté, la
prise de conscience de l’unité dialectique de la praxis, l’empêchant de tomber
dans le subjectivisme ou dans le solipsisme ou dans l’objectivisme mécaniste.
« Séparée de la pratique la théorie est verbalisation impérieuse, déliée de la théorie la pratique est activisme aveugle » (1975, p. 11).
Cependant, comme le remarque Weffort, cité par Torres, 1998, conscientiser […]
« ne signifie pas d’aucune sorte transmettre une idéologie ou proposer des mots
d’ordre. Si la conscientisation ouvre le chemin à l’expression d’insatisfactions
sociales c’est parce que celles-ci sont composantes réelles d’une situation d’oppression » […]. D’ailleurs, rendre la conscientisation en une forme d’endoctrinement serait incompatible avec le caractère essentiellement dialogique de l’éducation comme pratique de liberté. La conscientisation découle d’une lecture
personnelle mais critique du monde qui ne peut être faite qu’en pleine liberté,
s’identifiant avec la propre action culturelle pour la liberté.
Mais cela ne veut pas dire que chacun fasse cette lecture tout seul, car, d’une part,
une lecture critique implique la décentration du sujet et le dialogue avec les autres;
d’autre part, le sujet a besoin d’un instrument théorique qui lui permette de dépasser la perception sensible pour élaborer la connaissance du réel et de la reformuler en fonction des données qui résultent de l’application de cette connaissance.
Le formateur n’y joue que le rôle de facilitateur et d’animateur s’effaçant pour
rendre au groupe en formation « d’une façon organisée », les éléments qui existent
dans le groupe « de façon non organisée » (Freire, 1975). En ne prétendant pas se
constituer en modèle de conscience critique et en ayant conscience que les personnes
en formation ne sont pas là pour qu’il les libère, le formateur peut créer des relations de partenariat dans un esprit d’ouverture bien différent du « coaching » et du
« follow me » de Schön. D’autre part, la conscientisation, se réalisant dans l’unité de
la praxis, est susceptible de donner au partenariat un sens de développement personnel et social indissociable d’un sens éthico-politique.
De la même façon que les thèmes générateurs permettaient à l’illettré d’apprendre
à la fois à lire le monde et d’apprendre à lire ses relations avec le monde, les problèmes issus de la pratique enseignante déclencheront le besoin d’une recherche
élargie qui ne se limite pas à leurs aspects technico-scientifiques mais pousse l’enseignant à s’interroger aussi sur les contraintes sociales et institutionnelles des
situations et à découvrir le prix et les bénéfices d’une inévitable historicité.
Il faut prendre en considération que les milieux scolaires et leur population diffèrent entre eux et se distinguent aussi des milieux d’éducation des adultes où ont
été créées les pratiques de conscientisation. Les réalités dévoilées par l’analyse critique sont donc différentes ainsi que les rapports que les enseignants construisent
à leur égard. À partir d’un problème semblable (par exemple l’échec scolaire ou l’indiscipline), et au-delà des facteurs personnels liés à l’histoire de vie, formation et
croyances des professeurs, un enseignant travaillant dans une riche école privée et
un autre exerçant son métier dans une école pauvre, d’élèves éthniquement minoritaires, arriveront à prendre conscience de réalités familiales, sociales et de formes
de déséquilibre du pouvoir différentes, y incluant leur pouvoir dans la classe, dans
l’école et dans leurs relations avec l’environnement.
Ce qui devient important est la position critique prise et liée à la recherche sur
le réel (recherche qui peut faire appel à des méthodes ou des techniques très différentes) et l’engagement à l’amélioration du réel qui découle de cette prise de
conscience.
En synthèse, la notion de conscientisation, insérée dans une conception essentiellement dialogique de l’éducation et de la formation peut donner un nouveau
sens au développement de la réflexivité enseignante dans la mesure où :
- elle requiert une lecture critique de la réalité pédagogique et la découverte de
son historicité, poussant ainsi l’enseignant, lui aussi étant un être inséré dans l’histoire, à s’interroger sur les contextes institutionnels et sociaux qui permettent une
interprétation différente du problème considéré ou aident à comprendre la relation entre le particulier et le global;
- elle unifie l’exercice de la raison dépassant l’opposition artificiellement établie entre rationalité technique et rationalité pratique, entre théorie et pratique, entre
savoirs théoriques et savoirs d’action;
- elle restitue au sujet sa place de sujet historique constructeur de connaissance
et de changement social;
- elle équilibre les rapports entre personne et profession;
- elle articule dans un ensemble cohérent les dimensions technico-scientifiques
et éthico-politiques de l’éducation et de la formation, permettant ainsi non seulement l’isomorphisme souhaitable entre éducation et formation, mais aussi l’opérationnalisation des méthodes et techniques les plus variées de réflexion en fonction d’objectifs bien définis.
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[1]
Nous n’excluons pas, évidement, qu’il y ait des enseignants peu réflexifs et critiques et nous
reconnaissons que les systèmes d’inspection et d’évaluation des enseignants existant dans certains pays
pourront y jouer un rôle important. Ce n’est pas du tout le cas du Portugal.
[2]
Parce que le penseur et l’homme de l’action militante sont indissociables chez Paulo Freire, on
peut courir le risque, dénoncé par M. Apple (1998), de rendre académique le politicien. Si cela est vrai,
il nous semble qu’on a aussi souvent couru le risque inverse, en réduisant l’universitaire qu’il a aussi
été au politicien et en l’utilisant à des intentions politiques. Et en tant qu’universitaire, sa pensée se nourrit de plusieurs sources de la philosophie contemporaine outre le marxisme, comme la phénoménologie, l’existentialisme, le personnalisme. C’est dans ce carrefour d’influences que nous nous trouvons
avec Paulo Freire.
Bien que le terme conscientisation ait été abandonné par Paulo Freire par suite d’équivoques qu’il
a engendrées, « compris comme une flûte magicienne à appliquer en dosages différents en vue du
changement du monde » (Freire, 1991, cité par Nóvoa, 1998, p.178), il nous semble que l’impact se
maintient et justifie que l’on continue à l’utiliser.