L’Église s’est-elle ralliée à la laïcité ?
Étude d’un « paradigme » le discours de l’épiscopat français sur la liberté d’enseignement
Marc Andrault
L’épiscopat
f r a n ç a i s
accepte-t-il
aujourd’hui
sans réserve
la laïcité?
Son discours
à propos de
la liberté de l’enseignement
entre 1981 et 1994 ne permet pas
de répondre affirmativement.
Sur ce sujet, il entend parler d’une
seule voix. Lorsqu’il définit la laïcité, il oscille entre un véritable pluralisme et une conception qui justifie ses prérogatives.
Celles-ci le font récuser a priori la
compétence des sciences humaines
s’agissant de l’institution qu’il
dirige.
Il renvoie le législateur aux textes
internationaux qui accordent à tous
la liberté de l’enseignement, mais
raisonne souvent comme s’il était
seul concerné. Cette attitude se
retrouve lorsqu’il interprète la loi
Debré, qui officiellement ne le
connaît pas; en même temps, il lit
à la lumière de sa propre doctrine
l’obligation qu’elle fait aux écoles
d’accueillir les élèves sans distinction de convictions et de respecter
leur liberté de conscience. Il est vrai
que les textes et surtout la pratique
se sont progressivement infléchis
dans le sens qu’il désirait. Enfin, il
met en avant la rigueur de son argumentation et le sentiment majoritaire de la nation, mais reprend
spontanément à l’égard des élus la
posture du magistère qui s’adresse
aux fidèles.
En définitive, l’obligation de composer avec la laïcité ne lui fait pas
oublier sa mission divine.
Mi-inconsciente mi-stratégique,
cette ambiguïté se retrouve sur
d’autres sujets, et apparaît structurelle.
Does the French episcopacy today
accept secularity unreservedly?
Its position on freedom of
education between 1981 and
1994 does not allow us to give an affirmative
answer.
It intends to speak on this subject with a
single voice. When it defines secularity it
vacillates between a genuine pluralism and
a conception that justifies its prerogatives.
The latter lead it to challenge the competence
of the human sciences regarding the institution
it leads.
The episcopacy refers the legislator back to
international texts which give freedom of
education to everyone, but often reasons as if
it was the only one concerned. We find this
attitude again when it interprets the DebrÈ
law which officially does not recognise it; at
the same time it reads in the light of its own
doctrine the obligation that the law imposes
upon schools to receive pupils with no
distinction of beliefs and to respect their freedom
of conscience. It is true that the texts, and
especially practice, have progressively leaned in
the direction desired by the episcopacy. Finally,
it puts forward the rigour of its arguments and
the majority feeling of the nation, but with
elected representatives it takes the posture of
the master addressing the faithful.
At the end of the day, the obligation to come to
a compromise with secularity does not lead it
to forget its divine mission. Partly unconscious
and partly strategic, this ambiguity is found in
other areas and seems structural.
Akzeptiert das französische Episkopat heute
die Trennung zwischen Staat und Kirche?
Angesichts seiner Stellungnahmen zur
Schulwahlfreiheit in den Jahren 1981 bis
1994 lässt sich darauf keine eindeutig positive Antwort
geben.
Die französischen Bischöfe wollen in dieser Frage
geschlossen auftreten. Bei der Definition der Laizität
schwanken sie zwischen einem wirklichen Pluralismus
und einer Konzeption, die ihre Vorrechte begründet.
Im Namen dieser Privilegien erteilen sie den
Geisteswissenschaften eine prinzipielle Absage, wenn
es sich um die von ihnen geleitete Institution handelt.
Das Episkopat verweist den Gesetzgeber auf die
internationalen Gesetzestexte, die eine allgemeine
Schulwahlfreiheit gewähren. Gleichzeitig wird oft so
argumentiert, als wäre das Episkopat allein betroffen.
Dies zeigt sich z.B. bei der Interpretation der so
genannten loi Debré, in der es überhaupt nicht
erwähnt wird. Dennoch interpretiert das Episkopat die
in diesem Gesetz enthaltene, für die Schulen
verpflichtende Forderung, Schüler ohne Unterschied
ihres Glaubens aufzunehmen und deren
Gewissensfreiheit zu respektieren, im Lichte der
Kirchendoktrin. In der Tat weisen die Gesetzestexte
und vor allem die Alltagspraxis eine progressive
Entwicklung im Sinne des Episkopats auf. Abgesehen
davon verweist das Bischofskollegium auf die Stringenz
seiner Argumentation und das nationale
Mehrheitsgefühl, verfällt allerdings gegenüber den
Volksvertretern spontan in den Kanzelton des
Predigers vor seinen Gläubigen.
Alles in allem lässt sich sagen, dass die französischen
Bischöfe trotz der Notwendigkeit, sich mit der Laizität
abzufinden, nicht ihre göttliche Mission vergessen.
Diese halb unbewusste, halb strategische Ambivalenz
zeigt sich auch in anderen Bereichen und scheint
struktureller Natur zu sein.
• Religion, sociologie et laïcité
— Laïcité et discours épiscopal, essai de définition
— Une enquête légitime ?
• Liberté de l’enseignement et laïcité
— Les fondements de la liberté de l’enseignement
— La mise en œuvre de la liberté de l’enseignement
— La défense de la liberté de l’enseignement
• Conclusion