2002
Carrefours de l’éducation
Enseigner l’histoire de la Grande Guerre et commémorer l’Armistice du 11 novembre à l’école primaire
Brigitte Dancel
CIVIIC, université de Rouen
Il s’agit de brosser à grands
traits plus de quatre-vingts
ans d’histoire de l’ensei-gnement de la Grande
Guerre et du souvenir de
l’Armistice. À l’heure
actuelle, enseigner et commémorer sont deux exigences difficiles à conjuguer à
l’école. Enseigner demande une
mise à distance qui, au fil du temps,
dissipe les ombres peu glorieuses.
Commémorer rappelle, tous les ans,
à la lumière le sacrifice du peuple
des «morts pour la patrie». La
Grande Guerre devenue première
après 1945, n’est pas encore un événement froid mais l’École, investie
de la mission d’en faire la source
douloureuse de l’histoire du
XXe siècle, peine à donner sens à la
commémoration du 11 novembre,
au fur et à mesure que disparaissent les derniers témoins du temps
des «orages d’acier». Si enseigner
la Grande Guerre ne souffre aucune
contestation, l’école, comme la
société, semble vouloir esquiver,
pour l’instant, la réponse à la question dérangeante: faut-il encore
commémorer son Armistice?
L’école primaire est ici privilégiée
car elle met en relief le discours des
manuels destiné à tous les enfants
dont le jeune âge oblige à forcer le
trait et accentuer les ruptures. Dans
un premier temps, seront analysées
les relations entre le vécu d’élèves
de la Somme et les leçons dispensées dans les classes durant l’entre-deux-guerres. Puis, le discours des
manuels scolaires de 1920 à nos
jours fera l’objet d’une rapide analyse. Enfin, le regard se portera sur
la demande institutionnelle de commémorer le 11 novembre dans les
établissements scolaires.
We will draw a broad outline
of eighty years of the
teaching of the Great War
and the remembrance of the
Armistice. At the present time, teaching and
commemorating are two demands that are
difficult to combine in schools. Teaching
requires a detachment which, with time,
clears away shadows that hold little glory.
Commemoration throws light every year on
the sacrifice of those who «died for their
country». Having become the First World
War after 1945, the Great War was still not
a cold event but schools, endowed with the
mission to make it the painful source of
twentieth century history, have had difficulty
giving meaning to the commemoration of
November 11th as the last witnesses of the
battles fade away. While the teaching of the
Great War remains unchallenged, schools, like
society, seem to want to dodge the worrying
issue of whether the Armistice should still be
commemorated?
Primary schools are in a privileged position
because they accentuate the position of
textbooks made for all children whose youth
forces them to exaggerate and stress ruptures.
We will first analyse the relationships between
the experiences of pupils in the Somme and the
lessons given in class between the wars. Then
the position of school textbooks from 1920 to
the present day will be briefly analysed. Finally,
we will examine the institutional requirement
to commemorate November 11th in schools.
Der vorliegende Artikel verfolgt das Ziel,
die achtzigjährige Geschichte der
schulischen Vermittlung des 1.
Weltkrieges und des Gedenkens an das
Kriegsende in groben Zügen nachzuzeichnen.
Stoffvermittlung und geschichtliches Gedenken sind
gegenwärtig zwei in der Schule nur schwer zu
vereinbarende Erfordernisse. Während die
Stoffvermittlung eine distanzierte Position voraussetzt,
die im Laufe der Zeit die Schattenseiten vergessen
lässt, hält das jährliche Gedenken die Erinnerung an
das Opfer der in großer Zahl «für das Vaterland
Gefallenen» wach. Der Große Krieg, der nach 1945
zum 1. Weltkrieg wurde, ist noch nicht Geschichte
geworden. Dennoch gelingt es der Schule, die ihn als
eine schmerzhafte Quelle der Geschichte des 20.
Jahrhunderts darstellen soll, nur mit Mühe, der
Kommemoration des 11. November Sinn zu verleihen,
während die letzten Zeitzeugen des «Stahlgewitters»
langsam aussterben. Während der 1. Weltkrieg als
Unterrichtsstoff völlig unbestritten ist, scheinen
gegenwärtig sowohl Schule als auch Gesellschaft der
unangenehmen Frage aus dem Wege zu gehen, ob
das Kriegsende überhaupt noch feierlich begangen
werden soll.
In diesem Artikel geht es vorrangig um die
Grundschule, weil hier die Lehrbuchinhalte, die sich
an alle Kinder wenden, besonders deutlich zutage
treten: Deren Alter macht nämlich eine starke
Vereinfachung und Betonung der Brüche notwendig.
Zuerst gerät dabei der Bezug zwischen der
Lebenserfahrung der Schüler aus der Somme und die
in den Klassen der Zwischenkriegszeit erteilten
Lektionen ins Blickfeld unseres Interesses. Im Anschluss
daran werden die Schulbuchinhalte von 1920 bis
heute einer kurzen Analyse unterzogen, bevor wir
uns mit dem offiziellen Antrag auseinandersetzen,
des 11. November in den Schulen zu gedenken.
En ces temps de bilan du XXe siècle, il convient de s’interroger sur
la place que l’école accorde, depuis plus de quatre-vingts ans, à ces
quatre années de guerre qui, non seulement, ouvrent très douloureusement
ce siècle mais qui portent aussi en germe son histoire.
Ce regard rétrospectif s’alimente également d’un sentiment
d’urgence face à la disparition inéluctable de la mémoire directe
des derniers combattants de la Grande Guerre, de celle des personnes
qui l’ont vécue et d’une interrogation sur le sens à donner,
aux jeunes générations, à une commémoration du 11 novembre privée de
témoins auxquels les médias sont si sensibles. Le débat peut paraître vain car nous
vivons avec l’évidence du 11 novembre, cependant, il est permis de s’interroger sur
la profondeur de la mémoire de cette guerre dès lors qu’elle vient physiquement
perturber, de manière intempestive et impudente, la vie quotidienne, sous l’aspect
d’un matériel de guerre qui n’a pas fait son oeuvre de mort en son temps.
Dans le cadre de cet article, nous privilégierons l’école primaire. Ce choix du premier cycle de l’enseignement s’explique pour deux raisons :
- d’une part, cette école primaire élémentaire a été jusque dans les années cinquante et le début des années soixante, celle qui est suivie par le plus grand nombre
d’enfants;
- d’autre part, le discours, nécessairement synthétique des manuels destinés à
la masse des enfants, en grossit les traits et les ruptures.
Dans un premier temps, nous analyserons les relations entre la mémoire d’un événement vécu par les élèves de la Somme et celle des leçons d’histoire dispensées
par les maîtres.
Puis, nous tenterons une analyse rapide de l’évolution du contenu des manuels
scolaires de l’école primaire.
Enfin, nous centrerons notre regard sur l’histoire de la demande institutionnelle
de commémorer le 11 novembre à l’école.
Le discours dans la classe
Sans instruction ministérielle particulière (puisque les programmes qui datent
de 1894, exigent d’étudier « l’histoire de la France de 1450 à nos jours ») et sans
débat sur la manière d’enseigner un événement d’histoire immédiate, la Grande
Guerre entre dans les programmes d’histoire de l’école obligatoire et de l’épreuve
écrite d’histoire inscrite au certificat d’études depuis juin 1918. Le Nouveau Plan
d’études de 1923 lève toute ambiguïté : le cours moyen doit terminer par « la
guerre de 1914-1918 ». L’analyse des copies rédigées au début des années vingt par
les élèves de la Somme à propos de questions ayant trait à cette guerre (document I) permet de cerner la nature du discours scolaire tenu dans les classes d’un
département où l’événement a été très durement vécu
[1].
Document I
Copie de garçon. Certificat d’études, centre de Crécy (Somme) en 1924.
Le corpus conservé aux Archives départementales de la Somme autorise, malgré ses lacunes, une étude du savoir scolaire exigé et retenu par les élèves jugés
dignes d’être présentés à cet examen, sur le thème de la Grande Guerre. Nous disposons alors de 872 copies qui ont à répondre, entre 1919 et 1925, à 17 questions
qui se réfèrent à cette histoire immédiate que les élèves ont vécue, certes très jeunes
pour ceux qui composent en 1925, puisque l’âge moyen au certificat se situe
autour de treize ans. Quelle histoire de la guerre de 1914-1918 ces élèves empor-tent-ils de la Communale, eux qui auront entre 23 et 17 ans en 1939… ?
Si nous estimons qu’un élément de réponse donné par 50 % et plus des élèves
constitue un « noyau dur de connaissance », l’histoire de la Grande Guerre de
1914-1918 tient dans ces propositions :
Les Alliés de la France sont les Anglais, les Américains qui viennent au secours de la France, les
Italiens, les Russes, les Belges. Ceux qui combattent en France sont les Anglais et les Américains.
Les nations qui combattent contre la France sont la Turquie, l’Autriche, l’Allemagne, la Bulgarie.
La Marne est une bataille contre les Allemands, une victoire qui sauve la France.
Verdun est une bataille, une victoire.
Les Allemands sont dans la Somme. Amiens subit des combats.
Le traité de Versailles est glorieux, il donne l’Alsace à la France.
Ainsi, le discours scolaire réussit-il à gommer toutes les brûlures, toutes les souffrances, au profit de la satisfaction du devoir accompli par la reconquête d’une
province injustement perdue. Immédiatement, l’école fait de la Grande Guerre
l’égale de toutes les autres guerres de l’histoire de France réduites à quelques noms
de batailles, au nom du traité qui les terminent, aux justes gains obtenus dans le
cadre de pensée de frontières prédestinées et naturellement hexagonales (ainsi
que Vidal de La Blache se plaît à le rappeler en citant la remarque de Strabon qui
voyait déjà dans cette partie de l’Europe un organisme composé « comme en vertu
d’une prévision intelligente »).
La Grande Guerre vue par l’école est aussi une guerre sans morts et sans chefs :
sur les 872 copies du corpus, 82 évoquent le grand nombre de soldats tués et 31
les destructions matérielles. Ainsi, 13 % seulement des réponses sont-elles sensibles à l’horreur meurtrière et destructrice des combats. Ce score dépasse cependant celui des chefs militaires et civils. Sur les 392 élèves des huit centres d’examen qui auraient pu les nommer, Joffre recueille le plus grand nombre de citations
(37 soit 9 % des copies). Foch le suit avec 29 occurrences (7 %). Ils sont le reflet
très atténué de la bonne mémorisation des batailles de la Marne. Gallieni et son
action d’éclat arrivent à devancer Pétain et sa résistance à Verdun (8 citations
contre 6). Clemenceau, à qui pourtant la victoire sera imputée, ne reste que dans
la mémoire de 10 élèves.
Cette guerre désincarnée explique peut-être pourquoi l’arrêt des combats meurtriers par l’Armistice ne retient pas l’intérêt des élèves. Le traité de Versailles éclipse
presque totalement sa signature qui signifie pourtant la fin de quatre années d’apocalypse. Sur 349 élèves de 7 centres d’examen qui auraient pu y faire allusion,
seuls 47 (14 %) y pensent sans que tous en donnent la date exacte.
Le discours des élèves
Il est cependant possible de lire une histoire vécue en relevant les décalages de
certaines réponses par rapport au discours attendu par les correcteurs et finalement
maîtrisé par les élèves et réaménagé par leurs souvenirs et leur vie familiale. Nous
présentons quelques-uns de ces écarts.
- Dans cette guerre, l’ennemi principal reste l’Allemagne mais quand il faut
énumérer, comme à Hallencourt en 1924, « les nations qui ont combattu contre
nous », les élèves placent quatre nations dans un ordre de grandeur qui peut étonner : arrive en tête la Turquie (84 %), puis viennent l’Autriche (82 %), l’Allemagne
(70%) et la Bulgarie (56%). La troisième place de l’Allemagne semble liée au fait
que l’énoncé de la question nomme ce pays (« Dans la dernière guerre avec
l’Allemagne… ») et incite l’élève à rester dans une énonciation implicite tout à fait
admise par les correcteurs : il va de soi que le pays ennemi est l’Allemagne. En
revanche, la première place de la Turquie fait référence aux combats des Dardanelles
en 1915 dont l’évocation très rapide dans les manuels scolaires se heurte, sans
doute, au souvenir cuisant et douloureux de la retraite dans la mémoire des maîtres
et des familles; les soldats morts dans ces terres lointaines illustrant à eux seuls,
le caractère mondial de la guerre.
- Les réponses à la question posée à Boves en 1924 sur les Alliés, placent sans
surprise les Anglais et les Américains en tête (87 et 85 %). Si les scores descendant
à 60 et 50 % quand il s’agit de préciser qui combat en France, on remarque la
très bonne mémoire des Anglais dans un département où la ligne de front et la
bataille de la Somme en 1916 sont essentiellement supportées par les soldats britanniques et leurs troupes coloniales australiennes, canadiennes et indiennes; les
inspecteurs primaires ont suffisamment tonné, durant la guerre, contre des mères
incapables de surveiller leurs enfants fascinés par ces troupes étrangères et exotiques,
pour imaginer des mémoires enfantines marquées durablement. Cependant, ce
souvenir de la présence anglaise ne confère pas à la bataille de la Somme le statut
d’événement mémorable que, seuls 13 % des copies évoquent en 1924 alors que
la question demande expressément d’évoquer la guerre dans le département. Six
ans après l’Armistice le positionnement des batailles est clair : Verdun tenu par
les Français passe largement (et pour longtemps) devant la Somme défendue par
les Anglais. L’évocation des Chinois dans cinq copies rend même un hommage,
certes très furtif, à ces hommes destinés à des travaux d’arrière qui périront misérablement dans le camp de Noyelles-sur-Mer. À propos de la Belgique, élèves et
correcteurs ont une attitude différenciée : les premiers, du moins la moitié d’entre
eux, la place dans les Alliés alors que les seconds accordent une note supérieure
si la Grèce (ou la Roumanie) est évoquée. Si le discours scolaire insiste sur le forfait d’une Allemagne qui viole la neutralité belge, les maîtres placent sans doute la
Belgique dans la position d’un Allié contraint alors que les mémoires juvéniles
restent marquées par un discours familial alimenté de la proximité de ce pays, le
passage des réfugiés et l’action du peuple belge dans l’accueil des prisonniers alliés
évadés ou coupés de leurs lignes.
- En dernier lieu, évoquons les réponses des candidates du canton de Picquigny
qui passent l’examen en 1924 et à qui est posée la question suivante :
« Quels sont les événements qui ont eu lieu dans votre département pendant la
dernière guerre ?»
Une première analyse met en lumière deux résultats décevants. Une élève sur cinq
ne sait pas ce qui s’est passé précisément dans la Somme et cache son ignorance
en évoquant la Marne, Verdun, le traité de Versailles, le retour de l’Alsace-Lorraine
dans le territoire français ou, simplement, la guerre. Le seul noyau dur de connaissances tient dans la précision que les Allemands sont présents dans la Somme
(57 % des copies).
Mais une analyse plus fine fait sentir le souffle d’un vécu douloureux : plus de
quatre candidates sur dix emploient les expressions telles que villes « bombardées », « saccagées », « détruites », cathédrale « démolie », population « massacrée »,
« évacuée », bataille « qui fait mourir beaucoup d’hommes », « abris sous terre creusés par les Allemands ». Parmi les lieux particulièrement touchés par les combats,
les élèves citent quatre villes : Amiens (48 % des copies), Péronne (26 %), Albert
et Moreuil (20 % chacune). Cette logique de classement ne correspond pas à celle
de la durée et de la dureté des combats et de l’ampleur des dommages subis par
ces villes. Tandis qu’Amiens, après l’avancée allemande de septembre 1914 se
trouve hors de la ligne de front durant le reste de la guerre, les trois autres villes
situées à l’est d’Amiens restent sous le feu ennemi durant quatre ans. Mais les candidates habitent à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Amiens et la logique des
souvenirs étayés par les leçons s’appuie, sans doute, sur la proximité du danger et
sur le statut d’Amiens de chef-lieu de département. Ainsi, une question d’histoire
locale semble autoriser un discours moins normé, plus sensible que les questions
générales sur la guerre. Mais, le lien entre les deux événements d’ampleur nationale inscrits dans la Somme et le vécu de la guerre ne se fait pas ou mal : ni la
bataille de la Somme et ni le commandement unique installé à Doullens (cependant jamais évoqué dans le reste du corpus) ne font partie du noyau dur des
connaissances.
Se dessinent alors deux histoires de la guerre :
- l’histoire nationale exclut la douleur (en 1925,5 des 58 candidats qui osent
placer la guerre parmi les « périodes malheureuses »de l’histoire de France, sont
sévèrement sanctionnés). Donner des détails trop sensibles sur la guerre ne touche
pas les correcteurs (documents II et III) ;
- l’histoire locale peut exprimer la souffrance et les sentiments ressentis ainsi
que le souhaite la circulaire du 2novembre 1920 qui recommande de faire raconter, par les enfants des écoles des régions envahies, « leurs souvenirs et impressions
relatifs au temps de l’occupation ennemie ».
Le temps fait de toute évidence évoluer le discours des manuels scolaires.
D’événement vécu, la guerre de 1914-1918 prend le statut de leçon d’histoire; de
« Grande »elle devient « Première »; enfin l’histoire savante met en lumière de
nouveaux aspects qui trouvent un écho favorable dans le renouvellement des
méthodes d’enseignement et l’organisation en degrés de l’école des années soixante-dix. L’école primaire est alors déchargée du souci d’assurer une formation pour la
vie puisque l’immense majorité des élèves continue leur scolarité au collège où
pour la seconde fois, en classe de 3e, la guerre de 1914-1918 est étudiée. Une
rapide étude du contenu des manuels d’histoire de l’école primaire autorise une
approche de cette évolution du discours scolaire.
L’architecture du récit
Afin de lire plus facilement les permanences et les nouveautés, nous présentons
volontairement une analyse réduite (tableau I) à quatre manuels scolaires connus
pour leur forte présence dans les classes
[2].
Les permanences :
- Verdun ;
- l’armistice ;
- la vie difficile des soldats dans les tranchées ;
- des armes nouvelles (avec toujours un discours ambigu qui oscille entre la
déploration de la capacité de nuisance de ce nouvel armement et l’admiration
pour la capacité d’invention des hommes) ;
- le traité de Versailles.
Les disparitions (presque) définitives après 1944 :
- la bataille de la Somme (Verdun finit par symboliser toute la dureté des combats) ;
- le retrait de la Russie (d’ancienne alliée à ménager, la référence disparaît très
souvent dans les tourments de la guerre froide) ;
- la référence à Pétain (sauf dans les manuels destinés à la classe de fin d’études
après le seconde guerre mondiale) ;
- la SDN bien évidemment relayée par l’Onu ;
Les thèmes du temps de l’Éveil (1970-1985):
- la vie à l’arrière en France et en Allemagne ;
- le travail des femmes.
Document II.
Deux points accordés pour des réponses «attendues». Certificat
Document III.
Un point (et un demi-point ajouté) pour une réponse qui n’est pas
doc. II).
Entre le manuel de 1921 et celui lié à un retour à des programmes précis en
1985, il est possible de lire de nombreuses similitudes, voire une vulgate de l’histoire de la Grande Guerre. Il serait audacieux de penser à un retour en arrière,
car les thèmes nouveaux des années soixante-dix sont gardés sans que, toutefois,
soient prises en compte les récentes recherches (dérangeantes ?) de Stéphane
Audoin-Rouzeau et d’Annette Becker, excepté les images de monuments aux morts.
Mais ce qui change, c’est l’énonciation qui, de chargée d’émotion passe dans le
registre froid de l’objectivité revendiquée par les auteurs de manuels, en faisant mine
d’oublier que le discours des manuels d’histoire s’inscrit dans une histoire contemporaine qui fait de l’enseignement de l’histoire une éducation civique où le récit
de l’histoire nationale doit être présentable
[3].
De Grande, la guerre de 1914-1918 devient Première
Afin de cerner cette question, nous réduirons notre étude aux manuels publiés
entre 1921 et 1950. Dans les quelque trente ans qui suivent la Grande Guerre, le
discours des manuels évolue au gré d’une Europe qui se construit dans les marges
du traité de Versailles et d’une France qui entretient avec l’Allemagne des relations faites de ranc
Å“urs, de coups de force intempestifs, de peurs inavouées, qui
finit par accepter l’épuration de son histoire imposée par Otto Abetz et qui, malgré ses ruines après 1945, « continue »
[4].
De 1919 à 1939, le discours général des manuels relève
de la satisfaction du devoir accompli
Très rapidement l’enseignement du premier conflit mondial et le discours des
manuels scolaires suscitent des interrogations. « L’enquête sur les livres scolaires »diligentée, en 1921, par la dotation Carnegie pour la paix internationale
fait ce constat
[5] : « Nos auteurs de livres scolaires français […] n’ont pas tiré grand
profit de la terrible leçon de choses, dont le genre humain vient de sortir épuisé
mais […] non régénéré ». Les rédacteurs du rapport dénoncent une « hypertrophie
du patriotisme »et déplorent que les soixante-dix manuels français analysés manquent de « sérénité »et « d’impartialité vis-à-vis de l’ennemi de la veille ». Ils insistent sur la présentation manichéenne de la guerre où l’Allemagne est chargée de
« la totalité des fautes et des crimes », sur l’aspect négatif de l’impératif du souvenir assigné aux enfants et sur l’absence ou la tiédeur du discours sur la SDN. Ils
pointent les dangers de l’enseignement d’une histoire immédiate qui s’embarrasse
peu des nuances et ne prépare pas l’avenir. Parmi les livres d’histoire, deux retiennent l’attention des rapporteurs : le Lavisse
[6] et le Gauthier-Deschamps
[7] que nos
précédents travaux ont montré très présents dans les écoles de la Somme dans les
années vingt.
- Le premier reçoit tous les éloges : il fait partie des « exceptions louables « à
cause de sa référence, rare à cette époque, à la SDN dès l’édition de 1921 et de la
formulation du souhait que « la Grande Guerre »soit « la dernière des guerres ».
Cet appel à la paix rachète un texte qui déclare l’Allemagne coupable d’un « grand
crime contre l’humanité », de mensonge, de « malhonnêteté », d’« horreurs », de
« barbarie »; elle mérite « l’exécration du Monde civilisé »et elle est justement
punie le 28 juin 1919, « jour du châtiment ».
- Le Gauthier-Deschamps est formellement condamné (comme il le sera par
une partie des enseignants dans leurs congrès syndicaux entre 1923 et 1926) car
il allie ignorance de la SDN et énonciation encore plus violente que celle de Lavisse :
après la seconde victoire de la Marne, « l’Allemand, partout traqué, culbuté, s’avoue
vaincu »; l’Armistice est qualifié de « véritable capitulation »d’une Allemagne qui
signe à Versailles « l’aveu de la plus juste des défaites »et la restitution de l’Alsace-Lorraine « volées en 1870 ».
Tableau 1.
Soixante-quinze ans de discours scolaire sur la Grande Guerre. Analyse
Tableau 1. – Soixante-quinze ans de discours scolaire sur la Grande Guerre. Analyse
comparée de quatre manuels scolaires (© B. Dancel et D. Toussaint).
Histoire de France Documents et Histoire-géographieHistoire de France
CM – Hachette civilisation éducation civiqueCM – Colin
1954 Hachette 1974 cycle 3 – Nathan 19961921
Alsace-Lorraine
occupée depuis 1871
AUSES
C Le jeu des alliances
ES en Europe
L
L’attentat du 28 juin 1914
La bataille de Verdun
L’Armistice 11 novembre 1918 11 novembre 1918 1918 11 novembre 1918
arne
EDÉROULEMENT La bataille de la Mdes États-Unis
La neutralité belge
L’entrée en guerre
L
La bataille de la Somme
Le retrait de la Russie
La vie des soldats
dans les tranchées
SPECTSETACTEURSDELAGUERRE en Allemagne
Le nouveau matériel
Les grands hommes
(Foch, Joffre)
Pétain
Clémenceau
La vie à l’arrière
A
Vie à l’arrière en France
et le travail des femmes
Le traité de Versailles
Le retour de l’Alsace-Lorraine à la France
Les réparations
ESCONSÉQUENCES de morts (total)
allemandes
La SDN
Le nombre
L
Le nombre
de morts (par pays)
Le nombre
de morts (en France)
Dans les années trente, quand il s’avère que l’Allemagne ne paie pas
[8], que la
SDN n’empêche pas la guerre
[9], que les démocraties font pâle figure devant les
totalitarismes, le discours des manuels oscille entre :
- la déploration de la guerre et de ses fléaux qui touchent les deux camps : « Nos
soldats et les soldats anglais se battirent bravement », « les soldats allemands étaient
braves aussi, très obéissants, et ils savaient bien se servir de leurs armes »(Lavisse,
CE, 1933);
- le rappel du « souvenir ineffaçable »de l’Armistice qui trouve meilleure grâce
face à un traité de Versailles qui n’a pas tenu ses promesses
[10] (document IV);
- un appel incantatoire à la défense de la paix chez Lavisse dans le cours élémentaire de 1933 (mais la référence à la SDN disparaît) et encore dans le cours supérieur de 1936. Mais, la montée du nazisme fait retrouver aux auteurs de manuels
des accents durs qui s’appuient non plus sur l’émotion mais sur le droit. Ainsi le
cours moyen de Brossolette daté de 1935 qualifie-t-il l’annexion de l’Alsace-Lorraine
en 1871 d’« attentat monstrueux contre le droit »; toujours dans ce manuel, les vertus du traité de Versailles tiennent dans la mise en place de démocraties :
Document IV.
L’Armistice dans le manuel Gauthier-Deschamps, Hachette, 1932,
« À l’Europe qu’avait faite Bismarck et où commandait l’Allemagne, va succéder l’Europe où règnera
le droit et où les nations vivront libres.
Tel est le fruit de la splendide victoire des démocraties d’Occident. »
De 1940 à 1944, le discours sur la guerre est censuré
Dès l’été 1940, avec l’ordonnance du 30août 1940, l’interdiction frappe quatre
livres d’histoire (dont le Brossolette et le Gauthier-Deschamps) utilisés dans les
écoles de la zone occupée « en raison des propos injustifiés qu’ils contiennent
contre le peuple allemand et son armée ». S’y ajoute une demande de « censure de
tout ou partie des manuels de la IIIe République qui, présentant, au travers de la
guerre de 1870 et de 1914-1918, une image agressive de l’Allemagne ». Au total,
ce sont cinq vagues de censure qui touchent les manuels de l’école primaire, la
dernière datant du 21 avril 1944.
Après le passage de quatre ministres, Jérôme Carcopino prend la direction du
secrétariat d’État à l’Éducation nationale et à la jeunesse, le 22 février 1941. Dans
les instructions du 5mars 1942 relatives au nouveau plan d’études des écoles primaires élémentaires, il tente de satisfaire les autorités d’occupation tout en faisant
un lien avec la vision qu’avait Lavisse de l’histoire de France destinée aux jeunes
élèves
[11]. Pour Carcopino, il faut « mettre en lumière ce qu’elle [l’histoire] renferme d’admirable et parfois même de merveilleux », « relever […], sous tous les
régimes et en tous les temps, la présence d’hommes dévoués au bien public […]
à l’union et à la paix », mais aussi il faut « s’abstenir, en ce qui concerne les autres
peuples, de tout dénigrement systématique ou de certaines omissions tendancieuses »…
Traduites dans les manuels scolaires, ces recommandations donnent, par exemple,
le manuel de E.Baron édité par Magnard en 1941 et destiné au certificat d’études
et à la classe de 7e :
- l’héroïsme d’une division de chasseurs d’Afrique pendant la bataille de Sedan
en 1870 « arrache à Guillaume 1er ce cri d’admiration : Oh ! Les braves gens ».
L’honneur est sauf;
- la présentation de la Grande Guerre est plus délicate. La France est présentée
isolée de 1871 à 1914 même de « l’Angleterre qui reste indifférente à nos malheurs », face à une Allemagne « devenue la première puissance militaire de
l’Europe »;
- l’Allemagne et la France rivalisent d’héroïsme et d’épuisement;
- comme il est impossible de ne pas évoquer Verdun et Pétain, le manuel n’insiste que sur le demi-million d’Allemands perdus et sur la vaillance des soldats
français admirée par un militaire allemand;
- l’Armistice est présenté comme une demande formulée par « les Allemands
eux-mêmes »et « qui leur est accordé ».
Regardons un autre manuel de 1941
[12], L’idéologie de Vichy transpire à chaque
ligne et fustige une France qui n’a pas su prendre la mesure des conséquences de
la guerre de 1914-1918 (documents V et VI):
- des hommes politiques peu énergiques;
- perte des valeurs de la famille, de la vie rurale pour sombrer dans « le goût du
plaisir », l’alcoolisme, la lecture.
À partir de 1944, le couple 1870-1871/1914-1918 s’efface devant
celui formé par les deux guerres mondiales
Dès le 12 octobre 1944, un programme provisoire de l’enseignement primaire
est mis en place pour l’année 1944-1945 (qui inclut immédiatement, comme à
l’issue de la première guerre, « la France actuelle : l’occupation et la libération »).
Ce programme perd son caractère provisoire avec l’arrêté du 17 octobre et la circulaire du 7 décembre 1945. En 1949, le Bulletin départemental de l’éducation nationale (n° 2, mars-avril) précise les 85 dates de l’histoire de France à maîtriser par
tout candidat au certificat d’études; la guerre de 1914-1918 se résume ainsi :
- 1914 : début de la Grande Guerre. La victoire de la Marne ;
- 1916 : batailles de la Somme et de Verdun ,
- 11 novembre 1918 : Armistice ;
- 28 juin 1919 : traité de Versailles.
Nous présentons ici deux manuels
[13] représentatifs des années qui suivent de près
la seconde guerre mondiale. On y sent des accents comparatifs entre ces deux
événements qui rivalisent dans la douleur et dans l’honneur :
le premier, celui de R. Ozouf et L. Leterrier, donne en 1947 une image qui ne
reviendra plus jamais dans les manuels : celle qui montre la manifestation du 11
novembre 1940 (document VII) dont nous reparlerons plus loin.
Document V.
Un manuel de 1941 destiné à la première année du cours supérieur.
Document VI.
La France dépravée de l’entre-deux guerres ne fait pas honneur à
Document VII.
Page du manuel d’Ozouf et Leterrier, cours élémentaire, Belin,
le second destiné à des élèves plus âgés insiste plus largement sur la comparaison tacite avec :
- la victoire de la Marne, « le pays était sauvé, mais il n’était pas libéré ! »;
- Clemenceau, « ce vieillard de soixante-dix-sept ans », est un vrai chef qui fait
la guerre « avec une inflexible volonté ». Exit Pétain !
Les programmes et les manuels ne changent guère jusqu’en 1970. Le temps de
l’Éveil, entre cette date et 1985, ne conduit pas toujours à remiser les vieux manuels
dans les armoires; nous pouvons témoigner de la présence d’un manuel daté de
1956 dans une école d’Amiens au début des années quatre-vingt. Les cahiers
d’élève montrent une solide permanence du discours scolaire (document VIII).
Depuis 1985 : un discours de plus en plus épuré
et beaucoup d’images
Les manuels scolaires tentent de suivre les directives ministérielles qui doivent
résoudre le problème d’un temps historique à étudier qui s’allonge et d’un temps
scolaire consacré à l’histoire qui se rétrécit devant la montée de nouvelles exigences. Prenons l’exemple, de la comparaison entre les deux guerres : d’exercice
imposé par la proximité de l’événement après 1945, elle devient un exercice de style,
une astuce pédagogique dans les actuels manuels qui tentent de couvrir les programmes au galop
[14].
Les programmes de 1985 tentent de concilier le retour à un discours chronologique et le maintien des pratiques de l’Éveil qui demandent d’appuyer le travail
des élèves sur des documents. Il s’agit d’étudier : « la première guerre mondiale et
ses conséquences ».
Pour la rentrée de 1996, les nouveaux programmes sont présentés comme allégés (BO n° 10,9 mars 1995); la Grande Guerre n’est plus isolée, elle est liée à la
seconde : « La France dans les deux guerres mondiales : 1914-1918; 1939-1945
(occupation et libération de la France, la Résistance)». À retenir de la Grande
Guerre : « Verdun, l’Armistice de la Grande Guerre : 11 novembre 1918 ».
Durant l’année 1999-2000, de nouveaux programmes ont été soumis à l’appréciation des enseignants (BO, n° 7,26 août 1999):
Dates : 1914-1918-la première guerre mondiale ;
Commentaire : « La Première Guerre mondiale oppose d’un côté la France et
l’Angleterre, avec pour alliés au début la Russie, puis les États-Unis, et de l’autre,
l’Allemagne et ses alliés. Elle dure quatre ans et se déroule notamment dans le
nord-est du territoire français, coûtant à la France près d’un million et demi de vies,
presque tous des hommes jeunes entre 20 et 40 ans. Vaincue en 1918, l’Allemagne
traverse une grave crise économique qui facilite l’accession au pouvoir d’Hitler
[…]».
Recommandation : « il ne faut pas tenter l’étude, même sommaire, des opérations
militaires sur les différents continents au cours des deux conflits ».
Homme, faits, monuments, objets : « Verdun et la vie des poilus dans les tranchées; l’Armistice de 1918; le traité de Versailles et le recouvrement de l’Alsace-Lorraine [sans que pour le XIXe, il soit précisé qu’elle a été perdue]; les monuments aux morts ».
Les résultats de la consultation nationale (
BO, hors série n° 3,29 juin 2000)
montrent des enseignants qui jugent important d’étudier la période contemporaine et qui regrettent, dès lors, « la pauvreté des contenus pour le XX
e siècle ». Le
changement de ministre au cours du printemps 2000 laisse la réflexion en suspens.
L’enseignement de l’histoire n’est plus un enjeu de débats publics. Qu’elles sont loin
les années quatre-vingt et leurs colloques enflammés sur l’histoire à l’école
[15] ! Le
projet de nouveaux programmes doit sortir à la rentrée 2001 pour une mise en
Å“uvre en 2002; il peine, semble-t-il, à concilier une inscription européenne de l’histoire nationale et la réalité de deux conflits particulièrement violents qui opposèrent la France et l’Allemagne. La journée commémorative peut-elle alors se charger de toute la valeur éducative de la Grande Guerre ?
…et à un événement commémoré
Il est demandé à l’école, comme à l’ensemble de la nation, un devoir de mémoire.
Mais l’histoire de cette commémoration à l’école n’est pas aussi simple et évidente
que nous pourrions le supposer.
Le 11 novembre 1922, la commémoration de l’Armistice est déclarée jour de
fête nationale fériée. Comment, officiellement, les enseignants de l’école primaire
élémentaire ont-ils été mobilisés, par leur ministre, pour une large participation des
écoliers aux cérémonies auxquelles la tombe du soldat inconnu inaugurée le
11 novembre 1920 et les monuments aux morts érigés à partir de 1921
[16], donnent un lieu, un omphalos de mémoire ? L’étude, sur le long terme, des directives
ministérielles peut réserver quelques surprises.
De 1918 à 1939 : une parole ministérielle peu claire
Autant, l’État a mobilisé sans vergogne les enfants pendant la guerre
[17], autant
il fait preuve de velléité (ou de prudence, chacun sera juge) dans sa demande officielle de souvenir que nous analysons à travers le Bulletin départemental de l’instruction publique reçu dans chaque école.
Passé le premier 11novembre (qui ne semble pas libérer les enfants de la classe
comme en témoigne le cahier d’un élève d’Eure-et-Loir
[18] – document IX), les
ministères semblent embarrassés, avec cet anniversaire qui, s’il mobilise les enfants,
s’ajoute aux autres jours fériés.
Or, aux lendemains de la guerre, grand est le souci des ministres de l’Instruction
publique, de « donner aux enfants l’habitude du travail régulier »; c’est pourquoi
la circulaire du 5 mars 1920 rappelle qu’« il convient d’éviter tout ce qui peut
interrompre la vie scolaire ». Le même ministre, André Honnorat, est cependant
chargé de l’organisation de la cérémonie polysémique du 11 novembre 1920 qui
mêle le cinquantenaire de la III
e République avec la translation du c
œur de Gambetta
au Panthéon et l’inhumation du soldat inconnu sous l’Arc de triomphe
[19]; la plantation d’un « arbre de la victoire »dans de nombreuses villes, ainsi à Amiens et
Poix, donne même une résonance II
e République à l’événement en ces temps de
retrouvailles entre l’Église et la République qui s’achemine vers une reprise des
relations officielles avec le Vatican. Bien évidemment les élèves des écoles sont
fortement impliqués dans cette célébration et ils sont placés en tête des défilés.
Cette année-là, le 11 novembre tombe un jeudi, jour de congé scolaire : comme l’anniversaire n’est pas encore déclaré jour férié, la circulaire du 5 mars aurait pu être
respectée si Alexandre Millerand, élu président de la république le 23septembre,
n’avait donné congé aux écoles le mercredi 10novembre pour célébrer cette élection, associant la célébration de l’Armistice et vacance scolaire. Sur le terrain, les
enseignants sont très prompts à organiser des cérémonies hors temps scolaire,
devant les plaques apposées sur les murs de la cour de récréation et portant les noms
« des braves morts pour la France »: ainsi l’école du faubourg Saint Pierre à Amiens
organise-t-elle sa propre cérémonie le dimanche 7 novembre 1920.
Document IX.
Le lundi 11 novembre 1918, Georges, élève à Nonancourt, copie une
Avec la loi du 24 octobre 1922 qui instaure le 11 novembre, fête nationale fériée,
les enfants ne vont pas à l’école, mais ils sont mobilisés pour l’hommage rendu
aux morts et pour le souvenir; mais cette fois, ils défilent derrière les adultes civils
et militaires, comme il est précisé pour la cérémonie qui se déroule à Amiens.
Cette rupture dans le travail scolaire ennuie sans doute le ministre de l’instruction publique, Léon Bérard, qui n’a de cesse de dénoncer une baisse du niveau
des élèves liée à la guerre. Son arrêté du 17 juillet 1922, tente de placer la célébration
du 11 novembre, soit le matin du 2 novembre (en complément de la Toussaint,
jour férié), soit le dimanche qui suit le 11 novembre. La loi du 24 octobre 1922
ne clôt pas le débat pour le ministère de l’instruction publique qui ne modifie,
officiellement, l’arrêté du 17 juillet 1922 (où l’aspect férié du 11 novembre n’existe
pas encore) que le 21 juillet 1933 pour le quinzième anniversaire de l’Armistice.
Entre ces deux dates, le texte officiel en reste donc au matin du 2 novembre et à
l’expression générique de « jours légalement fériés ».
Pour trouver plus de force dans le discours ministériel, il faut attendre l’arrivée
au pouvoir du Bloc des Gauches en 1924 et l’intense activité diplomatique d’Aristide
Briand qui aboutit au pacte de Locarno en octobre 1925 et qui déclenche une
véritable espérance dans la paix et la SDN. Le ministre de l’Instruction publique
envoie, le 7 novembre, une longue circulaire pour expliquer le sens à donner à l’anniversaire du 11 novembre 1925. Outre le souvenir dû aux héros de la guerre et
l’appel à suivre l’exemple des aînés dans le dévouement aux grandes causes, il est
suggéré, car la circulaire se défend de tout impératif, de mettre en exergue « les efforts
faits par la France pour éviter le retour de semblables catastrophes »ainsi que
« l’heureux et rapide succès des dernières initiatives prises par la Société des
Nations ». Les deux années suivantes, en 1926 et 1927, les rappels ministériels
(8 novembre 1926 et 5 novembre 1927) sont signés d’Édouard Herriot. Ils sont
intéressants à analyser car ce sont les derniers de cette période de l’entre-deux
guerres. Le rappel de 1926 joue sur les mêmes registres que celui de l’année précédente. Celui de 1927, qui suit de quelques semaines l’inauguration le 18 septembre, de l’ossuaire de Douaumont, est double. D’une part, la lettre ministérielle
demande, sans surprise, aux enseignants de s’associer aux hommages rendus le
11 novembre aux morts et aux victimes de la guerre mais surtout elle reproduit l’appel d’Alphonse Aulard, professeur honoraire à la Sorbonne. Ce grand historien à
qui fut confiée à la fin du XIXe siècle la toute nouvelle chaire d’histoire de la
Révolution française, exhorte les instituteurs et les institutrices de France à « parler à leurs élèves de la Société des Nations ». Ce faisant, « ils serviront éminemment
la cause de la paix, et par conséquent la cause de la France, s’ils inscrivent la
Société des Nations dans l’imagination des enfants assez profondément pour que
cette inscription soit ineffaçable ». Cet appel à associer le 11 novembre et la paix
à construire, est le dernier; sous doute le pacte Briand-Kellog du 27août 1928 laisse-t-il un goût amer qui n’incite plus à l’enthousiasme.
En revanche, le second genre d’appel contenu dans la circulaire du 14 octobre
1927 restera à l’honneur jusqu’au 11 novembre 1930. Il invite à répondre à la
demande de l’Association nationale et industrielle du Bois et de la Société des
Amis des Arbres, en accord avec des associations de Combattants et Mutilés : planter un arbre à l’occasion du 11novembre. Dans une France encore profondément
rurale où l’efficacité de la plantation d’un arbre en novembre est connue, ce geste
est présenté comme signe de vie; il associe reconnaissance envers ceux qui sont
morts pour la terre de France et gage de renaissance attendue de la jeune génération. Les trois années suivantes (1928,1929,1930), l’appel est réitéré, mais l’accord avec les Associations des Combattants et Mutilés n’est plus mentionné.
Ainsi en cette fin des années vingt, le ministère semble-t-il embarrassé dans sa
manière de donner sens à cette célébration d’autant qu’un malaise bien francofrançais ressurgit. Dans de nombreuses régions, la célébration officielle du
11 novembre s’accompagne d’une messe. Si, juste après la guerre, les esprits,
même les plus laïcs, étaient disposés à s’accommoder de cette situation de fait,
dix ans plus tard ils renâclent au point que le président du conseil, dans sa circulaire
du 7 décembre 1929, tonne de manière bien sibylline, contre des fonctionnaires,
donc contre des enseignants, qui « s’abstiennent d’assister aux cérémonies officielles organisées pour les fêtes nationales ». Diable, les instituteurs et les institutrices manquent-ils à ce point au devoir de mémoire ? Il faut attendre la précision
donnée par Jean Zay le 4 novembre 1936 pour comprendre qu’il s’agit « de fêtes
nationales qui comportent des services religieux »! Rappel est fait de l’obligation
de participer à la cérémonie civile en tant que fonctionnaire et de la liberté d’assister ou non au service religieux, en tant qu’individu seulement.
Face à cette parole ministérielle confuse et hormis dans les régions où les feux
du conflit entre l’Église et l’État reprennent vigueur, l’école célèbre le 11 novembre
selon un rituel bien connu : les enfants se rendent, sous la conduite de leur enseignant, à la cérémonie devant le monument aux morts.
De 1940 à 1944 : interdiction et résistance
Dans la France occupée, un communiqué officiel en date du 9novembre 1940
annonce que, pour le 11 novembre, il n’y aura ni arrêt de travail ni cérémonie
officielle ni démonstration publique admise. Le recteur de l’académie de Paris,
Gustave Roussy, relaie cette interdiction auprès des chefs d’établissements. Depuis
la rentrée des classes de 1940, l’agitation lycéenne puis estudiantine est palpable;
elle s’alimente de l’entrevue de Montoire le 24 octobre, de l’arrestation de Paul
Langevin le 30 octobre et d’un appel, venu de Londres, à manifester le 11novembre
à l’Arc de triomphe. Un mot d’ordre circule : « Tous à l’Étoile, lundi après-midi ».
Ce jour-là, dès 8 h 30, des petits groupes de personnes de tous âges se forment soit
devant la tombe du soldat inconnu soit devant la statue de Clemenceau. L’après-midi, les jeunes sont plus nombreux. Les incidents se multiplient, les Allemands
et la police française interviennent et 5 étudiants sont arrêtés vers 17 h 30. Les
troupes allemandes chargent brutalement vers 18h et, un quart d’heure plus tard
l’ordre est rétabli. Cette journée de célébration, marquée par une réelle confusion
et un certain romantisme, exprime avant tout une opposition à l’occupant, au
nazisme et à la collaboration; elle sera souvent présentée par la suite comme le premier acte de résistance
[20].
Dans la France non occupée, les cérémonies du 11 novembre (comme celles
du 14 juillet) se déroulent en général sans encombre du moins jusqu’en novembre
1942
[21]. Après tout, Pétain, le vainqueur de Verdun, n’est-il pas le chef de l’État
français ? Le 11 novembre 1943 dans une France entièrement occupée mériterait
une étude approfondie tandis que celui de l’année 1944 se place dans l’atmosphère d’une libération exaltante mais difficile. Sans doute la commémoration de
cette année-là ressemble-t-elle dans de nombreuses communes à celle décrite par
trois élèves de Tournissan dans l’Aude
[22] (document X):
De 1945 à nos jours : une tradition qui peine à trouver sens
Après la Seconde Guerre mondiale, la commémoration de l’Armistice entre dans
les eaux calmes d’un rituel bien rodé. Dans la Somme par exemple, s’ajoute le
dépôt de fleurs sur les tombes des soldats dans les cimetières militaires. Cette
humble offrande se heurte, en ce mois de novembre, au trivial problème de trouver dans les jardins des fleurs en quantité suffisante afin que le coût du souvenir
ne grève pas les budgets des petites communes
[23].
Au fil des années, la mobilisation générale de tous les enfants fait place à la délégation de quelques-uns uns puis, au volontariat qui dépend de l’incitation parentale fortement entamée dans les années soixante-dix à la fois par un discours scolaire moins fort et par l’utilisation des jours fériés à des fins de loisir; il faut sans
doute différencier les grandes villes oublieuses des bourgs et des villages où la
cérémonie garde son sens pour des enfants qui retrouvent des noms de familles
connues sur les monuments aux morts.
Si le ministère n’éprouve pas le besoin de rappeler dans le Bulletin officiel de l’éducation nationale la nécessité de la commémoration, c’est qu’en classe, même durant
le temps de l’Éveil, entre 1970 et 1984, elle va de soi et induit, au début du mois
de novembre, des leçons sur la guerre de 1914-1918
[24], les images de monuments
aux morts dans les manuels dispensant d’une présence réelle
[25].
Lorsque le président de la république, Valéry Giscard d’Estaing ôte le caractère
férié au 8 mai, entre 1975 et 1981, afin d’en faire une journée de réflexion sur la
construction de l’Europe qui doit élire ses premiers députés en 1978, il change le
sens de la commémoration du 11 novembre. L’anniversaire de l’Armistice de 1918
se trouve alors chargé de tous les morts et du souvenir des deux guerres, il devient
le jour de la déploration des malheurs inhérents aux conflits armés. L’arrivée de
la Gauche au pouvoir en mai 1981, rend au 8 mai son caractère férié.
Plus la guerre s’éloigne, plus le Bulletin officiel se fait pressant dans ses rappels
à commémorer l’événement. Dans les années soixante, quand se mettent en place
les vacances de la Toussaint, le ministère prend soin de rappeler les limites du
temps de repos afin d’éviter la tentation de le faire courir jusqu’au 11 novembre,
tout en accordant un congé le samedi quand la commémoration tombe un vendredi
comme en 1960. Puis le ministère informe les enseignants, sous la rubrique « journées diverses »qui devient « manifestations diverses »que, dans le cadre de l’hommage rendu aux combattants de la Grande Guerre, il convient, dans les classes,
« d’évoquer les événements historiques qui donnent leur sens aux manifestations
organisées pour cette date ». De « journée nationale du souvenir et des anciens
combattants », elle devient en 1984 « journée nationale célébrant l’anniversaire de
l’Armistice du 11novembre »avec le ministère de J.-P. Chevènement. Mais quels
que soient la rubrique sous laquelle elle figure et le nom de la journée, la demande,
réitérée jusqu’à ce jour, « d’assurer une participation, la plus large possible, des écoliers, collégiens et lycéens aux cérémonies de commémoration »reste une formule
rhétorique sans effet car, de plus en plus, tout repose sur les activités menées en
classe. C’est en 1993, pendant la seconde cohabitation, que cet appel quitte les dernières pages du BO pour gagner le statut d’« activités éducatives »sous la rubrique
générale des « enseignements élémentaire et secondaire ».
Alors que les programmes de l’école primaire vont vers l’allègement, le texte
qui appelle à la célébration du 11novembre, s’allonge mais, il est vrai, qu’il s’adresse
tout à la fois à des élèves du primaire et du secondaire; les pistes de travail en
classe se multiplient et cherchent à donner sens aux « sacrifices consentis par [les]
aînés », aux manifestations dont les élèves verront des images à la télévision.
Les anniversaires à chiffre ronds, dans le sillage de la mode commémorative,
suscitent des coups de projecteur particuliers et une volonté de sensibiliser les
élèves à la marche très contemporaine de l’Europe et du monde qui se lit entre
les lignes. Le tableau 2 synthétise très brièvement ces instructions.
Cette rapide analyse du discours institutionnel met en relief la difficulté de
l’exercice ministériel annuel dans la mise en abyme de la Grande Guerre qui se transforme, d’année en année, en un exercice de style et, parfois, le ministère renonce
comme en 1993 et 1994. Chacun peut imaginer les écarts entre la prescription
et la mise en Å“uvre dans les classes. Le délai très court entre la parution du texte
et le 11 novembre ainsi que la lente circulation du BO dans les établissements
scolaires font douter de rencontrer un enseignant qui s’appuie sur la directive
ministérielle annuelle pour concevoir des activités en classe.
La Grande Guerre place l’école devant deux exigences qui, le temps passant, ne
suivent pas les mêmes logiques : enseigner et commémorer, sans oublier cependant
que ces deux modalités se conjuguent pour répondre aux impératifs sociaux de
construction d’une mémoire culturelle.
Enseigner
[27] l’histoire de cette guerre est un acte qui a, d’abord, joué de l’émotion, d’un voyage dans un « jardin des supplices »comme il est écrit, en 1923,
dans le rapport de la dotation Carnegie, illustré dans la Somme par exemple, par
un vécu juvénile dont il ne sied pas toujours de faire état à l’école. Puis la Première
Guerre devient une d’introduction à la seconde qui la dépasse en horreurs, dans
une sorte de descente illimitée aux Enfers. À l’heure actuelle, le temps est dans
doute venu de poser, à propos de la Grande Guerre, des questions dérangeantes
et d’apporter des réponses propres à former de futurs citoyens aptes, sinon à solder, du moins à comprendre, les comptes d’un monde qui, depuis le 11 novembre
1918 à 11 heures de matin, cherche désespérément la paix. Enseigner demande
une mise à distance, une mémoire raisonnée qui s’alimente de l’histoire savante,
un regard sans complaisance dans le miroir qui ne laisse, pas même les vainqueurs,
indemnes des atrocités reprochées aux vaincus
[28].
Commémorer
[29] l’Armistice du 11 novembre relève d’abord de l’émotion voire
de l’empathie naturelle dans les années vingt et trente puis redoublée après 1945,
de plus en plus difficile à susciter avec son éloignement dans le passé et la disparition des témoins, sauf à invoquer un devoir de mémoire étayé par les propositions de travaux, de réflexions produites par le ministère tous les ans. Commémorer
la fin d’une guerre, c’est susciter le cri naturel hurlé au futur : plus jamais ça ! C’est
en se situant dans ce registre qu’en 2000, le ministre Jack Lang a fait précéder le
11novembre par la première « journée de l’école pour la paix », un peu comme la
Toussaint normalement festive précède le triste jour des morts. Chacun sait combien la Toussaint se charge, en fait, de tous les morts saints ou ordinaires. Car,
sauf à faire preuve de beaucoup de naïveté ou à recourir à la pensée mythologique
d’un pacifique Paradis originel et perdu ou à ignorer la ténuité de la voix des
hommes de bonne volonté face aux tonitruantes raisons d’état, l’appel incantatoire à la paix s’alimente de la déploration des morts des guerres du passé et de la
crainte de ceux à venir. Commémorer fait appel à une mémoire nationale sensible qui replace face à face, tous les ans, les vainqueurs et les vaincus. Commémorer
relève du devoir de mémoire qui s’accommode mal des zones d’ombre que l’histoire savante amène à la lumière. En effet, la commémoration incite à une amnésie structurelle appelée par Peter Burke
[30] « amnésie sociale », qui efface ce qui va
à l’encontre de la cohésion souhaitée dans une société.
Pour terminer, nous voudrions poser, de manière abrupte et provocante à dessein, la question suivante : devant la difficulté croissante à donner sens au
11 novembre aux jeunes générations, faut-il encore commémorer l’Armistice de la
Grande Guerre ? Cette question, dérangeante à l’heure actuelle, devra être posée
tôt ou tard; la réponse ne pourra éviter la réflexion de l’ethnologue Marc Augé
[31]
sur le « devoir d’oubli »comme « complément obligé du devoir de mémoire »et l’interrogation du philosophe Paul Ric
Å“ur sur « la juste mémoire »
[32].
[1]
DANCEL Brigitte,
Enseigner l’histoire à l’école primaire de la IIIe République, Paris, PUF, 1996; « L’histoire
immédiate de la guerre de 1914-1918 dans les écoles de la Somme (1919-1925)»,
Guerres mondiales
et conflits contemporains, n° 183/1996, p. 83-98; « Des instructions officielles à la copie d’examen ou l’histoire de l’enseignement de l’histoire de 1880 à 1930 à l’école primaire »,
Carrefours de l’éducation, n°1,
1996, p. 58-79.
[2]
Histoire de France. Cours moyen, Paris, Colin, 1921;
Histoire de France. Cours moyen, Paris, Hachette,
1954;
Documents et civilisation. Du Moyen Age à 1944, Paris, Hachette, 1974;
Histoire-géographie Éducation
civique, cycle 3, Paris, Nathan, 1996.
[3]
MONIOT Henri,
Didactique de l’histoire, Nathan, 1993.
[4]
P. BERNARD et F. REDON,
Nouvelle histoire de la France et de la civilisation française, cours moyen,
Nathan, 1950, programme de 1945.
[5]
Enquête sur les livres scolaires d’après-guerre, Paris, Centre européen de la dotation Carnegie pour la
paix internationale, 1923.
[6]
E. LAVISSE,
Histoire de France, cours moyen, Paris, Colin, 1921.
[7]
GAUTHIER-DESCHAMPS,
Cours d’Histoire de France. Cours moyen. Certificat d’études, Paris, Hachette,
1922.
[8]
Le manuel de LAVISSE, revu depuis 1925 par P. CONARD, rappelle dans le cours supérieur réimprimé
en 1936, que la partie du traité de Versailles qui prévoyait des réparations, « n’a pas été exécutée ».
[9]
Le même manuel déplore le manque de « bon sens et de modération »de « tout le monde ».
[10]
GAUTHIER-DESCHAMPS, revu par A. AYMARD,
Histoire de France, cours moyen, Paris, Hachette, 1932.
[11]
« À l’enseignement historique incombe le glorieux devoir de faire aimer et comprendre la patrie […]
nos ancêtres les Gaulois et les forêts des druides, Charles Martel à Poitiers, Roland à Roncevaux,
Godefroy de Bouillon à Jérusalem, Jeanne d’Arc et tous nos héros du Passé même enveloppés de
légendes. »LAVISSE E.,
Questions d’enseignement national, Paris : Colin, 1895.
[12]
E.AUDRIN et L. BAEREMACH, intitulé
Notre France. Son histoire, cours supérieur 1
re année et classe de
7
e, édité par Charles Lavauzelle à Paris, Limoges ou Nancy, 1941. (INRP/Musée national de l’éducation,
Rouen 431100 1984 00906 70).
[13]
R.OZOUF et L. LETERRIER,
Belles histoires de France, cours élémentaire, Paris, Belin, 1947 (INRP/Musée
national de l’éducation, Rouen, 431100 1982 01186 3, p. 82) et BERNARD P. et REDON F.,
Nouvelle
Histoire de la France et de la civilisation française, cours moyen 1
re année, Paris : Nathan, 1950, programme de 1945, manuel toujours utilisé dans une école de la Somme en 1958.
[14]
Histoire. CM tome II, Paris : Hachette 1992;
Histoire. Cycle 3/Niveau 2, Paris : Hachette, 1996;
Histoire. Cycle 3. CE2-CM1-CM2, Paris : Hatier, 2000.
[15]
« L’enseignement de l’histoire nationale à la jeunesse », colloque présidé par Michel DEBRÉ le 25juin
1980; rapport de René GIRAULT « L’histoire et la géographie en question »en 1983, « colloque national
sur l’histoire et son enseignement »à Montpellier en 1984.
[16]
BECKER Annette,
Les Monuments aux morts, mémoire de la Grande Guerre, Paris : Errance, 1998 et BECKER
Annette et AUDOIN-ROUZEAU Stéphane,
La Grande Guerre, Paris : Gallimard, 1998. ; PROST Antoine,
« Les monuments aux morts. Culte républicain ? Culte civique ? Culte patriotique ? »in NORA Pierre,
Les
lieux de mémoire, 1
re partie
La République, Paris : Gallimard, 1984, réédition en 1997, tome 1, p. 199-223.
[17]
AUDOIN-ROUZEAU Stéphane,
La guerre des enfants 1914-1918. Essai d’histoire culturelle, Paris : Colin,
1993.
[18]
Musée national de l’éducation, Rouen, 3.4.01.82.1401 (8). Cahier de Georges Mulocheau, né
le 15-09-1906, école de Nonancourt.
[19]
PROST Antoine,
Les Anciens Combattants et la société française, 1914-1939, Paris : Presses de la
Fondation nationale des sciences politiques, 1977 et
Les anciens combattants (1914-1918), Paris : Gallimard
(Coll. Archives), 1977.
[20]
JOSSE Raymond, « La naissance de la résistance étudiante à Paris et la manifestation du 11 novembre
1940 »,
Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, n° 47, juillet 1962, p. 1-31; LEFRANC Pierre,
Le
vent de la liberté 1940-1945. Paris, Plon, 1976; NOGUÈRES H.,
Histoire de la Résistance en France, 5
volumes. Paris, Laffont, 1967-1976, tome 1 pour le 11 novembre 1940 (p. 171-187).
[21]
HANDOURTZEL Rémy,
Vichy et l’école. Paris : Noêsis, 1997 et BARREAU Jean-Michel,
Vichy contre l’école
de la République. Paris : Flammarion, 2001.
[22]
Les écoliers de Tournissan, 1939-1945. Toulouse : FAOL/Privat, 1978, p. 139. Les rédactions originales, rédigées entre 1939 et 1945 sont conservées aux Archives départementales de l’Aude sous la
cote 3 J 682.
[23]
Nous remercions Nicole Maillot qui a bien voulu nous livrer ses souvenirs d’ancienne élève et
d’institutrice dans la Somme.
[24]
Cahier d’éveil d’élève de cours moyen 1
re et 2
e années, école de La Fère dans l’Aisne (coll. privée).
[25]
Les pages 94 et 95 du manuel
Histoire. CM tome II, du Hachette de 1992 qui apprennent « à étudier un monument aux morts ». Cette idée est reprise dans l’édition de 1996, mais réduite à une demi-page (p. 119).
[### 27]
« Enseigner 1914-1918 »,
Trames, IUFM de l’académie de Rouen, n° 1,1996.
[28]
AUDOIN-ROUZEAU Stéphane,
L’enfant de l’ennemi. (1914-1918), Viol, avortement et infanticide pendant
la Grande Guerre. Paris : Aubier, 1995.
[29]
« Commémorer »,
Socio-Anthropologie, n° 9,1
er semestre 2001 et « Commémorer autrement »,
La
lettre de l’Historial, n° 9,1998.
Rappelons brièvement le sens originel des mots :
Célébration : mot qui implique l’idée d’une participation nombreuse et d’une assemblée solennelle pour
honorer quelqu’un ou marquer un événement. La première valeur du mot est religieuse (célébration de
la messe ou de la Passion du Christ). Dès le XII
e siècle, il est utilisé dans un cadre autre que religieux.
Commémoration : le mot est plus tardif (XIII
e siècle) et il a également un sens chrétien qui se réfère à
une cérémonie en l’honneur d’un saint ou d’un événement religieux. Le mot prend une sens laïc sous
la Révolution.
[30]
BURKE Peter, « Geschichte als soziales Gedâchtnis », dans ASSMANN J. et HARTH D. (dir.),
Mnemosyne.
Formen und Funktionen der kulturellen Erinnerung. Francfort-sur-le Main : Fischer-Tachenbuche Verlag,
1991.
[31]
AUGÉ Marc,
Les formes de l’oubli. Paris : Rivages, 2001 (1
re édition en 1998).
[32]
RICŒUR P.
La mémoire, l’histoire, l’oubli. Paris : Seuil, 2000.