2002
Carrefours de l’éducation
L’EPS à l’Éducation nationale.
Contribution syndicale au développement d’une discipline scolaire
Michaël Attali
UFRAPS, Grenoble; laboratoire Sport et culture, Paris X.
Si depuis 1981,
l’éducation phy-sique et sportive
est gérée par le
ministère de l’Éducation nationale,
les voies d’intégration choisies par
les acteurs syndicaux (Syndicat
national de l’éducation physique)
apparaissent variées en raison de
l’originalité de leur position. La
conformité scolaire paraît évidente,
mais la légitimité de cette discipline
a du s’orienter vers d’autres pistes
en raison des obstacles rencontrés.
L’utilisation de la recherche scientifique et les transformations des
discours syndicaux ont permis de
façonner une professionnalité spécifique pour ce corps d’enseignant
marquée par un double attachement:l’intégration scolaire et la
valorisation de l’objet d’enseignement. Ce syndicat a alors opéré une
mutation durant ces vingt dernières
années pour devenir un espace de
circulation orienté de savoirs professionnels. L’étude des productions syndicales permet de faire
émerger les priorités défendues.
D’une réflexion exclusivement
didactique, les acteurs syndicaux
ont progressivement privilégié
l’analyse culturelle de l’intervention
pour spécifier la discipline. La place
donnée à ces analyses a permis de
donner au syndicat une place prépondérante dans la promotion
d’une certaine idée d’éducation physique associée à l’émergence d’une
culture spécifiquement scolaire
While physical education has
been managed since 1981 by
the education ministry, the
roads to integration chosen
by the union actors (the national physical
education union) seem varied on account of
the originality of their position. Schools’
conformity seems obvious but the subject’s
legitimacy has had to move in other directions
because of the difficulties it has met. The use
of scientific research and the transformations
of the union’s position have made it possible
to shape a specific professionalism for this
group of teachers marked by their field of
intervention. The union has been transformed
in the last twenty years to become a space for
the circulation of applied professional
knowledge. The study of union publications
makes it possible to bring out the priorities
that are defended. From a thinking that is
exclusively didactic, the union actors have
given progressively more importance to the
cultural analysis of the physical and sporting
activities on which the teaching is based. The
space given to these analyses enabled the union
to play a predominant role in the promotion of
a certain idea of physical education associated
with the emergence of a specific educational
culture.
Auch wenn der Sport- und Turnunterricht
seit 1981 von dem französischen
Bildungsministerium verwaltet wird, sind
die Formen der Einbindung der
gewerkschaftlichen Akteure (Syndicat national de
l’éducation physique) aufgrund ihrer ungewöhnlichen
Position vielfältiger Natur. Der schulische Nutzen
scheint offensichtlich. Die Legitimität dieser Disziplin
jedoch musste aufgrund der Schwierigkeiten, die
immer wieder auftauchten, anderweitig gesucht
werden. Durch den Einsatz wissenschaftlicher
Forschung und die veränderten gewerkschaftlichen
Diskursformen konnte für diese Fachlehrerschaft ein
spezifisches, praxisgeprägtes Berufsbild entworfen
werden. Die Gewerkschaft hat also in den letzten
zwanzig Jahren einen Wandel zu einem Organ der
gezielten Verbreitung berufsbezogener Kenntnisse
vollzogen. Aus dem Studium der gewerkschaftlichen
Äußerungsformen lassen sich die vertreten Prioritäten
herausfiltern. Nach anfänglichen, rein didaktischen
Überlegungen haben sich die Gewerkschaftsakteure
nach und nach immer mehr einer kulturellen Analyse
körperlicher und sportlicher Betätigung als
Unterrichtsbasis zugewandt. Die diesen Analysen
beigemessene Bedeutung hat den Gewerkschaften eine
entscheidende Rolle bei der Förderung einer
spezifischen Idee körperlicher Ertüchtigung im
Zusammenhang mit einer spezifischen Schulkultur
zukommen lassen.
L’histoire de l’éducation physique
[1] fait l’objet de nombreuses
études depuis quelques années (Terret, 2000), mais bien
peu portent sur son histoire syndicale. La place des syndicats
dans la corporation des enseignants d’éducation physique
apparaît pourtant fondamentale pour comprendre la dynamique
de cette discipline et révèle une situation contradictoire.
Même si elle est obligatoire depuis le 27 janvier 1880
(Arnaud, 1981), le rappel incessant de sa nécessité jusqu’à
la Seconde Guerre mondiale démontre la difficulté de l’imposer (Arnaud, 1983).
La formation de ses enseignants est faiblement organisée (Néaumet, 1992), et son
niveau ne permet pas de leur donner un réel statut. La situation évolue après 1945
avec une dualité corporative entre des maîtres et des professeurs, reposant notamment sur une différence de compétences pédagogiques. Sensiblement équivalent
en nombre, ils se trouvent en concurrence par l’intermédiaire de deux syndicats
[2].
Alors que les enseignants du secondaire adhèrent à des organisations à champ de
syndicalisation élargi (Robert, 1995), l’existence de deux syndicats sectoriels souligne une position fragile. Si l’intégration à l’Éducation nationale constitue « la
terre promise
[3] », les enseignants d’EPS
[4], et parmi eux les professeurs donnent une
importance croissante au domaine pédagogique
[5] pour soutenir l’ensemble de
leurs revendications. Ainsi le SNEP devient progressivement un acteur pédagogique d’importance dans les débats disciplinaires. La décennie des années 1970
marque un tournant dans l’action syndicale des professeurs
[6]. Remis en cause par
les autorités
[7], ils choisissent d’insister sur la spécificité scolaire de l’EPS distincte
des pratiques sportives « civiles ». L’activité syndicale de cette période, rythmée par
un grand nombre d’actions publiques, prend une dimension nationale. Elle connaît
une traduction politique majeure avec les cent dix propositions du candidat
Mitterrand à l’élection présidentielle de 1981. En effet la proposition numéro cent
quatre envisage d’intégrer l’EPS au sein du ministère de l’Éducation nationale. La
mise en
œuvre de cette promesse
[8] consacre de longues années de luttes en lui
attribuant un statut de discipline d’enseignement à part entière.
Mais suffit-il d’être intégré pour obtenir une prise en compte par le système
éducatif ? Peut-on estimer, à l’inverse, que cette intégration modifie la conception
de l’enseignement de l’EPS ? Les réponses syndicales s’enrichissent rapidement
d’un questionnement institutionnel sur les apports présumés de l’EPS à l’école.
Parallèlement les transformations du métier d’enseignant sous l’effet d’influences
croisées (Perrenoud, 1999) conduisent à définir de nouvelles compétences. Si la
question d’une nouvelle professionnalité émerge à la fin des années quatre-vingt
avec la refonte de la formation des maîtres (Robert et Terral, 2000), elle reste une
priorité pour les organisations syndicales (Robert, 1999). L’approfondissement
des questions pédagogiques ouvre de nouvelles perspectives. Leur nature permet
d’apercevoir les axes privilégiés par le SNEP pour adapter l’EPS aux contraintes de
sa nouvelle situation scolaire. La représentativité
[9] et sa position stratégique, relais
entre ses mandants et interlocuteur principal des autorités politiques, lui confère
un rôle prépondérant dans les choix opérés par la profession. Associé à une contribution majeure pour la structuration d’une identité professionnelle (Dubar, 1991),
la légitimité scolaire constitue un élément moteur d’une activité pédagogique utilisant la recherche scientifique
[10]. Le destin de l’éducation physique à l’école apparaît lié au cadre conceptuel que les enseignants seront capables de construire. Par
l’intermédiaire d’une analyse approfondie de l’ensemble des publications syndicales
[11]
durant ces vingt dernières années, nous proposons de montrer comment la production et l’utilisation syndicale de connaissances, issus de la recherche, ont contribué à façonner cette discipline scolaire.
L’EPS au service de l’école, la recherche au service de l’EPS
Pour le législateur, l’objectif principal est la recherche d’une plus grande unité
du système éducatif
[12]. Elle place l’EPS au même rang que les autres disciplines à
égalité de droits et de devoirs à l’égard des objectifs généraux (Savary, 1982). Pour
le SNEP, les professeurs doivent se saisir de cette chance historique pour promouvoir leur discipline et prendre part aux transformations de l’école
[13]. La
réflexion engagée par l’intermédiaire des missions Legrand et Prost est un point d’ancrage décisif. Le colloque « L’EP à l’Éducation nationale »
[14] est un moment important de la réflexion. Il complète une série d’articles dans le bulletin qui plaident en
faveur d’une transformation de l’enseignement de l’EPS. Il faut l’adapter à l’institution scolaire tout en insistant sur sa place éducative. La motivation et la socialisation sont les arguments les plus utilisés dans les articles pédagogiques. Les responsables syndicaux invoquent le caractère particulier des APS
[15] dans la lutte
contre l’échec scolaire. Les références scientifiques restent exceptionnelles, la
conviction militante des rédacteurs est suffisante pour construire une EPS apte à
servir les nouvelles priorités. Une seule question anime la cellule pédagogique :« Qu’est-ce qu’apportent l’EPS et le professeur d’EPS, à travers sa pratique
professionnelle, de différent et de positivement vécu dans cette école en crise ? »
[16]
L’attrait de son contenu pour les élèves doit l’amener à participer activement à
l’éducation pour la réussite du plus grand nombre. Le professeur doit servir l’institution par la déférence aux objectifs généraux. La position acquise par « L’EPS dans
la transformation de l’école »
[17] est à la base de la recomposition disciplinaire. Il
s’agit de réinscrire les jeunes dans une sociabilité éducative en les confrontant à des
activités où l’acceptation de la règle et le respect de l’autre est prioritaire. L’originalité
et le nouveau rapport aux savoirs doit faire de l’EPS le pivot de tout projet éducatif.
Cette activité de légitimation repose sur l’acquisition d’une position universitaire. Le premier colloque syndical
[18] appelle de ses v
Å“ux la constitution d’un
domaine scientifique générateur de recherche au service de l’enseignement. La
création d’une nouvelle section scientifique au CNU
[19] est l’occasion d’élaborer
des propositions en matière de recherche scientifique. Le changement de sigle
[20]
au milieu des années 1980 souligne la diversification des formations dont le SNEP,
porteur des intérêts de l’EPS, se fait un adversaire modéré. La modification des
missions du CNU en 1992 l’amène à hausser son niveau d’investissement dans le
domaine scientifique. Pour le syndicat les exigences scientifiques sont clairement
au service du progrès de l’EPS. Alors que le pluralisme en matière de thématiques
de recherche est considéré comme une originalité de la 74
e section, l’orientation
syndicale espère l’organiser autour du seul domaine des pratiques scolaires. Au
même titre que les savoirs fondamentaux, la revalorisation scientifique des savoirfaire devient un élément important pour identifier la recherche en STAPS. Sa finalité est de justifier une pratique pédagogique d’intervention. Le refus d’asservissement
de ce domaine par les « sciences mères » et la volonté de participer à la constitution d’un véritable domaine scientifique autonome sont à la base de la stratégie syndicale. Plus que la caractérisation scientifique, la particularité de l’objet d’étude
formé par les pratiques physiques humaines constitue la spécificité des STAPS.
Ainsi le rapport de la connaissance à l’action fonde l’approche syndicale. Le rapprochement du chercheur et de l’enseignant est essentiel pour répondre aux besoins
professionnels. Il faut définir une nouvelle voie dirigée par des applications pratiques. L’arrêté du 20 janvier 1993 sur la réforme du premier et second cycle en
STAPS est l’occasion de montrer l’importance de l’EPS dans les débouchés des
études, et la contradiction à refuser toute habilitation de troisième cycle dans ce
domaine. Selon le SNEP, cette situation souligne l’absence d’articulation entre la
formation et la recherche. La dimension technologique devient une priorité, irréductible aux pratiques et aux sciences. Cette volonté est perceptible à travers les
caractéristiques des « rédacteurs syndicaux ». Ils sont généralement enseignant
du second degré en poste dans l’enseignement supérieur, et représentent cette
union entre les deux pôles de la formation. Pour endiguer la scission opérée entre
l’université et son champ d’intervention prioritaire, l’EPS scolaire doit redevenir la
mire des centres universitaires
[21].
La transformation de l’EPS par la didactique
Elle est marquée par une distance progressive avec les pratiques sportives.
Jusque-là le rattachement à la Jeunesse et aux Sports constituait un argument de
poids pour légitimer l’EPS par rapport à ces activités. Après avoir défini son rôle
dans sa nouvelle institution, le SNEP tente de l’asseoir par sa composante scolaire
en se démarquant du sport. L’objectif est de donner une nouvelle impulsion à
l’intégration à l’Éducation nationale. Si la sociologie constituait le référent principal des discours, les sciences de l’éducation deviennent prégnantes à partir de la
rentrée scolaire de 1983. La didactique, peu utilisé jusqu’alors, est un outil privilégié
[22] et, soulignent la lente scolarisation de l’EPS.
De simple relais, le SNEP passe à un pilotage de la transformation pédagogique.
Une réflexion s’engage sur la spécificité de l’école et des disciplines scolaires pour
devenir le cadre référentiel principal. La didactique constitue la priorité absolue :
«[…] Il nous faut saisir en quoi, créer les conditions d’une avancée dans le domaine de la didactique,
est stratégiquement très important pour la discipline, pour la profession, pour les établissements d’enseignement supérieur dont les UEREPS. J’y verrais trois sortes d’enjeux :un enjeu de caractère social
et politique; un enjeu de caractère scientifique; un enjeu de caractère institutionnel. [23] »
Le SNEP souhaite alors réévaluer la didactique des APS en milieu scolaire pour
en faire une discipline scientifique. Ce rôle unificateur pour élaborer une « théorisation didactique » doit participer à la définition d’une position scolaire en faveur
de besoins professionnels prioritaires. L’objectif de cette posture est de se démarquer des APS sans renier leur nature afin de répondre aux objectifs de l’école et inscrire l’EPS dans un fonctionnement convergent avec les autres enseignements.
Elle est, par fonction, intimement liée aux enjeux sociaux et revendicatifs développés
par le syndicat. Cette action persévérante s’attaque à une représentation récurrente de l’EPS proche d’une animation sportive inconsistante
[24]. En lui donnant de
la matière, la didactique lui attribue une légitimité reconnue.
Le professeur d’éducation physique ne se définit plus uniquement par rapport
à l’objet de son enseignement. Ses compétences éducatives sont marquées par la
capacité à construire son intervention à partir de l’analyse des comportements et
des réalisations des élèves. La transformation promue par le SNEP repose davantage sur une analyse des procédures d’apprentissage que sur une réévaluation des
activités sportives jusqu’alors privilégiées. La définition de ces nouvelles compétences devient pour le syndicat l’élément caractéristique d’une nouvelle professionnalité adaptée à l’école.
Les recherches orientées vers l’intervention et l’innovation pédagogique trouvent un relais pour une diffusion à l’ensemble de la corporation et une revalorisation
de l’EPS au côté des autres disciplines
[25]. Tout en insistant sur les modalités d’apprentissage, les auteurs soulignent l’originalité des voies suivies pour construire de
nouvelles formes de réussite.
De « ce qui s’enseigne »…
Les approches technologiques de l’enseignement sont majoritaires pendant la première décennie d’intégration à l’Éducation nationale. Si le passage de l’objet culturel à l’objet d’enseignement par la définition de savoirs identifiés est une réalité, les réflexions s’axent dorénavant sur le passage de l’objet d’enseignement aux
contenus d’enseignement par la mise en forme scolaire de ces savoirs.
L’évaluation prend alors une importance considérable. Elle constitue une vitrine
de la profession, dont dépend la reconnaissance institutionnelle. La publication d’un
ouvrage spécifique
[26] sur le sujet marque une étape importante. La réforme du
baccalauréat
[27] est l’occasion de mener une réflexion de fond sur les procédures
d’évaluation pour donner un nouvel élan à l’intégration. Ce recueil propose une
multitude de mises en
œuvres issues de la pratique professionnelle dont la seule
ambition, loin de toute recherche fondamentale
[28], est de proposer des outils opérationnels. Il renforce le nouveau rôle du SNEP dans la circulation de certains
savoirs professionnels. Son importance symbolique est déterminante dans la mesure
ou ils touchent un domaine marqué par de fortes exigences scolaires et sociales.
Son but est de respecter les contraintes de l’examen en transformant l’acte éducatif pour le revaloriser dans l’ensemble du cursus. Cette initiative en faveur des
pratiques innovatrices d’évaluation se situe dans un processus justificatif mettant
en relief le caractère formateur de l’EPS. Elle promeut des outils légitimés par la
communauté éducative par une intégration effective dans le système scolaire.
Le paroxysme de ce principe se situe dans la promotion des grilles d’évaluation
s’appuyant sur des questionnaires à choix multiples
[29] pour évaluer le niveau de
connaissances des élèves. Le domaine moteur est évacué au profit d’une intellectualisation des procédures. La même exigence est poursuivie avec la minoration de
l’aspect performatif au profit d’une évaluation des aspects cognitifs. Le prosélytisme didactique se traduit dans la mise en place d’une recherche syndicalement
engagée. Il faut dégager les savoirs à acquérir et les procédures nécessaires à leur
appropriation par les élèves, pour distinguer le domaine de l’intervention scolaire
des pratiques d’animation. La circonscription d’un champ de savoirs professionnels doit permettre la reconnaissance à part entière de l’enseignant d’EPS. Une
nouvelle étape est alors franchie :
« Il est nécessaire pour le progrès de l’EPS de dépasser le seul niveau de l’action didactique et des
savoirs pratiques, pour s’engager dans la voie d’une théorisation didactique […], une des tâches
historiques de la profession est de travailler à l’élaboration d’une science de la didactique des APS
[…] » [30].
Tâche difficile (Sarremejane, 2001) qui s’accompagne d’une faiblesse des références scientifiques sur les thématiques traitées par le SNEP
[31]. Les articles attestent de l’utilisation d’un cadre notionnel rarement explicité et, emprunté majoritairement aux sciences de l’éducation
[32]. Elles permettent d’insister sur l’inscription
scolaire des choix pédagogiques. La terminologie objective les propos tout en permettant une utilisation non validée par des recherches en éducation physique. Le
SNEP assure une circulation des questionnements issus de la pratique professionnelle et des résultats provisoires d’une recherche embryonnaire. Ce rôle est
confirmé avec la publication de l’ouvrage
EPS, Contenus et Didactique. Si les thématiques abordées sont encore dépendantes de la didactique, l’identité des intervenants nous renseigne sur l’inflexion des discours syndicaux au niveau des références scientifiques. En effet, les rédacteurs de l’ouvrage précédent étaient
majoritairement des enseignants du secondaire avec des préoccupations exclusivement pratiques. Celui-ci tend plutôt à promouvoir les intervenants dont la position institutionnelle
[33] facilite le détour théorique et les place en position d’expertise. La participation d’enseignant chercheur, dont aucun ne traite d’EPS
[34],
tend à renforcer le choix d’une théorisation didactique reconnue. L’analyse générale de la production fait émerger des modèles d’enseignement opératoire formalisé, dont le passage à l’acte apparaît difficile. La légitimation est la préoccupation
principale donnant une forme « prescriptive »
[35] à la production. Mais alors que
cet ouvrage s’organise autour de l’analyse des différentes APS, le suivant élargit
l’éventail des thématiques abordées. Associé aux traitements didactiques représentant 75,5 % des articles, près d’un quart des débats portent sur les éléments significatifs de la scolarisation de l’éducation physique.
[36] « Ce qui s’enseigne » s’enrichit alors des analyses de l’acte d’enseignement et des conditions nécessaires à sa
mise en
Å“uvre. Si les professeurs du secondaire sont amenés à présenter la réalité
de l’enseignement, la place des nouveaux enseignants-chercheurs en STAPS et
d’intervenants extérieurs au domaine de l’éducation physique est conséquente
[37].
La publication du rapport Lesourne (1988) réanime la crainte de voir l’EPS
retrouver une place facultative et périphérique. Si après l’intégration à l’Éducation nationale « La rénovation de l’éducation physique »
[38] passait par une réévaluation didactique, la situation scolaire à la fin des années quatre-vingt engage les
professeurs sur la voie d’une recherche de sens de leur métier et de leur enseignement.
Alors que la première étape de l’intégration est marquée par l’évidence de l’intérêt de l’éducation physique pour les élèves, la décennie suivante la remet en
question. L’existence d’un échec en éducation physique
[39], et le questionnement
des enseignants sur leur utilité scolaire et sociale amènent les dirigeants syndicaux à évoluer dans leur réflexion. La décennie 1980 privilégiait la technologie
didactique, les années 1990 replaceront l’élève dans le processus d’apprentissage
[40]. L’attrait exercé par l’EPS plaçait jusque-là les enseignants dans une position
privilégiée face à des élèves motivés par la pratique des APS. La nécessité de
conquérir un nouveau public bien souvent marginalisé impose une adaptation de
l’enseignement
[41]. Le sens attribué par les élèves aux savoirs scolaires est au centre
des débats syndicaux. Si le contenu apparaît comme la pierre angulaire de tout dispositif pédagogique, l’élève est à la source de la cohérence des situations éducatives.
Ce changement est perceptible dans les actes de la conférence européenne sur
l’éducation physique
[42]. La critique porte sur l’excès de rationalité et insiste sur
les ressorts symboliques suscités par les pratiques physiques. Le caractère professionnel de l’enseignement nécessite alors un recentrage sur l’APS pour renforcer
une position scolaire encore fragile. Le discours de clôture du secrétaire général
demande la définition de compétences enseignantes, dont la seule pertinence
didactique n’est plus suffisante. L’intérêt social et culturel de l’EPS est en jeu.
« Ce qui s’apprend en EPS
[43] » intègre les préoccupations syndicales. L’objectif
est de définir ce qui mérite d’être appris de ce qui peut être appris en valorisant
ce qui se fait déjà. Mais alors que « Ce qui s’enseigne » s’attachait prioritairement
à des questions didactiques, « Ce qui s’apprend » demande un éclairage des sciences
humaines et sociales
[44]. Le chercheur devient l’allié incontournable du syndicaliste.
Si les articles du praticien restent présents, ils servent les analyses théoriques
[45].
L’élève fait l’objet d’un retour en grâce dans le discours syndical pour mieux insister sur les apports originaux de l’EPS. L’apparition des approches psychanalytiques marque cette nouvelle orientation. L’éclairage théorique de ce qui s’apprend
doit façonner la discipline.
Le caractère culturel des APS devient l’argument privilégié. En donnant un sens
à l’activité de chacun dépassant le simple niveau de pratique, le SNEP espère donner un sens à une EPS en proie aux doutes.
Plus généralement le sens devient une occurrence itérative de la fin des années
1990, renforcée par la création de la revue syndicale du centre d’étude et d’information « EPS et Société ». La composition du comité scientifique traduit l’évolution du cadre notionnel utilisé. Les rédacteurs insistent sur la logique interne des
APS et sur leurs sens pour les élèves en associant les justifications théoriques avec
des propositions pédagogiques. Ils font ainsi émerger un nouveau corpus de savoirs
professionnels. L’importance quantitative des références à J.-Y.Rochex ou Y. Clot
marque les choix scientifiques du syndicat. Un relevé des notes bibliographiques
les plus fréquentes de cette revue
[46] signale l’intense réflexion autour de la notion
de sens. Les thèmes abordés soulignent la régulation professionnelle opérée par le
SNEP en fonctionnant comme un filtre des savoirs.
L’utilisation des recherches dans une perspective militante ne fait plus de doute,
le vice-président du centre parlant même de « double responsabilité syndicale et
scientifique
[47] ». Pour donner du sens au métier il faut répondre aux questions
d’utilité sociale de l’EPS, d’identité disciplinaire et professionnelle. Il s’agit de rétablir le lien avec l’objet culturel dont la profession semble s’être coupée après le
rattachement à l’Éducation nationale avec une focalisation sur les savoirs au détriment des caractéristiques fondamentales des activités sportives. Alors qu’elle avait
été mise de côté jusque-là, la défense culturelle de l’EPS revient en force.
Refuser la dénaturation culturelle de l’EPS
L’identification culturelle des pratiques en EPS est au centre des débats pédagogiques à partir des années quatre-vingt-dix. La définition d’une culture corporelle doit légitimer la place de l’EPS au moment où l’école donne la priorité à l’établissement d’une culture commune et élargie. La présentation d’un rapport de
recherche
[48] sur la place sociale des activités physiques inaugure cette position, et
autorise l’inclusion de l’EPS dans le champ des savoirs fondamentaux. L’objectif
est de résister à une dissolution des contenus dans une approche hygiéniste ouvrant
la voie à une exclusion de l’EPS du système scolaire. La définition du caractère
culturel de l’intervention de l’EPS est essentielle. Parce que l’EPS semble un non-sens scolaire apparent, mais possède un véritable sens pour les élèves, il faut prévenir les dérives d’un conformisme scolaire dont le SNEP a su être le promoteur.
Parce qu’elle vise une acculturation à haute signification sociale et humaine, il est
impératif de préserver l’essence des APS.
Cette posture atteint son paroxysme avec la publication d’un recueil de principes directeurs
[49] signée par le doyen de l’inspection générale. Le SNEP s’accorde
à reconnaître la pertinence des finalités envisagées et le choix de fonder l’EPS sur
les pratiques culturelles. Mais il refuse de cautionner un enseignement sur les
bases conceptuelles proposées par C. Pineau. Tout en considérant la didactique
comme un mode opératoire prioritaire, le syndicat des professeurs recentre l’EPS
sur les APS pour ne pas les dévitaliser par un formalisme excessif privilégiant les
objectifs de méthode. L’ignorance des propositions des groupes de travail académiques soutenant cette axiologie
[50] révèle clairement le choix effectué par le SNEP.
Il condamne d’avance les «[…] dérapages possibles déjà amorcés par quelques
“intégristes” de la transversalité
[51] ». Ce syndicat devient ainsi le relais de recherches
instrumentalisées. Le tri scientifique opéré repose en définitive sur une position de
principe de la définition de l’EPS et sur le rôle de l’école.
Elle s’enrichit avec la consultation par le groupe technique disciplinaire du
conseil national des programmes. Elle devient une occasion de faire prévaloir une
orientation syndicale en matière pédagogique. Selon le SNEP, cette enquête doit
permettre de définir les contenus d’apprentissage, mais surtout présenter « la carte
de visite »
[52] de la discipline à l’ensemble de ses partenaires. Le secrétaire général
considère les programmes comme une étape importante dans le processus d’intégration à l’Éducation nationale, mais refuse de déposséder l’EPS de son noyau culturel. L’évolution de son analyse est évidente
[53]. Une position institutionnelle renforcée et une conformité scolaire ne sont plus des gages suffisants pour l’existence
de l’EPS.
Dés sa publication, le document de travail proposé par l’inspection est jugé abscons, notamment en raison de l’excès de « gangue conceptuelle
[54] ». Les principales
critiques portent sur la notion de domaine d’action distinguant cinq catégories de
situations motrices éducatives. Le secrétaire général souligne l’absence de garanties scientifiques sur la terminologie employée dans le projet de programme initial. Ce texte met à distance les références culturelles auquel ce syndicat est attaché. Il attribue alors cette attitude à un « intellectualisme ambiant
[55] », qui éloigne
l’EPS du concret et de l’expérience. Pour contrer ces propositions, il veut devenir
le creuset pédagogique de la profession en faisant la synthèse des diverses
approches
[56]. Il est le gardien de l’esprit culturel de la discipline, et la question
des programmes s’apparente à un exercice à risques
[57] pour la profession avec la
mise en exergue de ses contradictions.
Par conséquent, le SNEP insiste sur des approches historiques et anthropologiques
des activités physiques humaines utilisées à travers des intentions éducatives dominantes. L’objectif est de restituer les éléments constitutifs de toute pratique physique en vue d’une adaptation scolaire sans la dénaturer. Il dépasse l’aspect ludique
pour donner au sport un statut culturel possédant une historicité indiscutable et
un rôle social déterminant. Un grand nombre d’articles développent cette argumentation en précisant son caractère universel. Ils ne se contentent pas de l’image
classique de discipline de socialisation, mais cernent précisément la nature des
savoirs. Le nouveau référentiel scientifique est confirmé par les actes du Colloque
de Créteil. Le respect de la dimension patrimoniale
[58] de chaque activité devient
prépondérant. Il enrichit les débats par une analyse anthropo-historiques du sport
évacuée par une longue période de conformité scolaire.
Cette consultation est l’occasion d’élargir les objectifs généraux de la discipline
pour prendre en compte l’appropriation culturelle spécifique et insister sur l’accès à la citoyenneté à l’aide d’une contribution originale de l’EPS. Plus qu’un simple
moment de réflexion pédagogique, les programmes sont traversés par des enjeux
culturels, revendicatifs et professionnels. Leur fonction principale, au-delà de l’établissement d’un référentiel commun, est de conforter la spécificité de l’EPS. L’école
ne se limite plus à un rôle classique de conservatoire de la culture, mais en devient
le laboratoire. Les programmes sont également un moment important pour souligner la proximité des démarches avec les autres disciplines. Ils permettent de
justifier l’existence d’un corps d’enseignant propre au domaine scolaire. Ils sont un
moyen pour intégrer l’EPS dans un projet éducatif cohérent.
Ce débat pose le problème de la professionalité des enseignants d’EPS. Le SNEP
prend position pour une conception du programme suffisamment ouvert. Justifiée
par les analyses de P. Perrenoud, il refuse d’orienter la profession vers une « prolétarisation du travail enseignant » limitée à une application de tâches programmées. Plus qu’un instructeur physique, il s’agit de faire du professeur d’éducation
physique un homme de culture
[59]. L’importance donnée aux compétences spécifiques
[60] par rapport aux compétences générales plus transversales souligne une fois
de plus le refus
[61] de voir dissoudre les atouts présumés de l’EPS. Les multiples références à la psychologie cognitive signalent les limites du transfert des apprentissages, et donne à ces choix une valeur scientifique. Les programmes profilent les
nouvelles bases de l’insertion scolaire. Tout autant qu’une initiative institutionnelle, ils doivent être considérés comme un élément important de l’impulsion syndicale dans le domaine professionnel.
À travers cette question, tout le métier d’enseignant d’éducation physique est
transformé. Conforter la place de l’EPS au sein de l’école, ce n’est plus tomber
dans un conformisme scolaire néfaste, mais assumer sa spécificité culturelle pour
véritablement participer à l’éducation de tous. Le recentrage sur les pratiques
révèle alors moins un retour à un modèle sportif dominant, qu’une modification
des rapports de l’EPS à l’école en définissant une véritable culture scolaire.
L’intégration de l’EPS à l’Éducation nationale constitue un tournant dans son
histoire. Plus qu’un rattachement institutionnel, elle témoigne de l’engagement
des professeurs dans un processus de scolarisation pour lequel leur syndicat a
joué un rôle déterminant. Les vingt années passées au ministère de l’Éducation
nationale ont été marquées par des transformations successives. Les choix opérés
ont nécessité l’exploitation de recherche scientifique dans les domaines privilégiés par le SNEP. Mais l’espace de circulation de ces connaissances organisé au
sein du syndicat a induit un tri marqué par la partialité
[62] nécessaire à la fidélité
de ses engagements. L’instrumentalisation syndicale des produits de la recherche
apparaît avec évidence. En permettant un accès direct à des données scientifiques,
ce syndicat a participé à une professionnalisation (Lang, 1999) orientée de ce
corps. Elle est devenue indispensable en raison de la forme de son enseignement
proche des pratiques sportives de référence ouvrant la voie à une confusion préjudiciable à l’existence d’un corps d’enseignant spécifique. Les initiatives récentes
du SNEP montrent que ce processus va s’amplifier. La distance entre l’EPS et son
domaine universitaire d’origine, instituée au cours de ces années, amène ce syndicat à prendre davantage en charge les questions scientifiques attachées à l’enseignement et à provoquer une activité de recherche particulière
[63]. Elles supportent les analyses syndicales et participe à la régulation des pratiques professionnelles
à des fins corporatives. Ainsi l’EPS est caractérisée par une instabilité conceptuelle
désorientant les enseignants. N’est-ce pas le signe d’une intégration encore incomplète ?
·
ARNAUD, P. (sous la dir. de), Le corps en mouvement. Précurseurs et pionniers de l’Éducation Physique,
Toulouse :Privat, 1981.
·
ARNAUD, P., Les savoirs du corps, Lyon :PUL, 1983.
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COMBAZ, G., Sociologie de l’éducation physique, Paris :PUF, 1983.
·
DUBAR, C., La socialisation :construction des identités sociales et professionnelles, Paris :Armand Colin,
1991
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LANG, V., La professionnalisation des enseignants, Paris :PUF, 1999.
·
LESOURNE, J., Éducation et Société :les défis de l’an 2000, Paris :La découverte, 1988.
·
MARTIN, J.-L., La Politique de l’éducation physique sous la Ve République, Thèse de doctorat de l’IEP
de Paris, 1998.
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NÉAUMET, P., L’éducation physique et ses enseignants au XXe siècle, Amphora, 1992.
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PERRENOUD, P., Dix nouvelles compétences pour enseigner, Paris :ESF, 1999.
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ROBERT, A., Le syndicalisme des enseignants, Paris :La Documentation française, 1995.
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SAVARY, A., éditorial, Revue éducation physique et sport n° 175,1982.
·
TERRET, T., « Histoire et éducation physique » (p. 9-18), Éducation physique, sport et loisir (sous la
direction de Terret, T.), AFRAPS, 2000.
[1]
Ce travail a été réalisé dans le cadre de la recherche INRP n° 20507 sous la responsabilité d’A.Robert.
BO n° 1 du 17.02.2000 (supplément).
[2]
La situation syndicale de l’éducation physique s’organise autour de deux organisations rattachées
à la FEN. Le Syndicat des professeurs (1926) devenu Syndicat national de l’éducation physique (SNEP)
en 1958. Le syndicat regroupant le corps des maîtres créé durant la Seconde Guerre mondiale (SNEEPS).
Il disparaîtra en 1993 après la crise de la FEN. Le conflit marque les relations entre ces deux syndicats.
[3]
L’expression est empruntée à J.-L. Martin (1998, p. 262). Alors que les cours d’éducation physique
se déroulent dans l’enceinte scolaire, cette discipline est rattachée aux services de la Jeunesse et des Sports.
Cette contradiction institutionnelle unique démontre qu’elle est une discipline à part.
[4]
Par commodité rédactionnelle nous emploierons ce sigle signifiant éducation physique et sportive.
[5]
L’analyse de contenu menée dans le cadre de notre travail de thèse révèle une part croissante de cette
catégorie du discours de 1945 à 1981.
[6]
Elle est inaugurée par un changement de majorité syndicale lors du congrès de Nice de 1969. Les
« autonomes » en place depuis la création du SNEP sont battus par une liste « Unité et Action ».
Désormais dirigé par M. Berge, il donne aux questions pédagogiques une importance majeure. La
continuité entre les années soixante-dix et les années quatre-vingt s’effectue avec J. Rouyer, adjoint
de M. Berge et secrétaire général à partir de 1979. Il fait partie de ceux pour qui le domaine pédagogique est prioritaire.
[7]
La réduction des horaires obligatoires se double d’une réorientation des missions de la discipline.
Notamment la circulaire du 1.07.1971 et la circulaire du 10.05.1977.
[8]
Article 1
er du décret du 28/05/1981.
[9]
En 1984 le SNEP recueille 73,2% des voix aux élections professionnelles. En 1996 il obtient 74,8%
des suffrages (80,6 % dans la catégorie professeurs).
[10]
Quelques mois après le rattachement, un colloque syndical appelle à réaliser un effort de recherche
pédagogique et scientifique. Collectif,
L’éducation physique et la réussite de tous, éd. SNEP, 1982.
[11]
Les données quantitatives que nous fournissons sont issus d’une analyse de contenus des publications. Il faut noter que nous comptabilisons les productions des intervenants à l’exception de celles
des « cadres syndicaux ».
[12]
J.-P. Costa, directeur de cabinet d’A. Savary, Circulaire ministérielle du 05.11.1981.
[13]
M. Chaigneau, secrétaire national pédagogique, « Les raisons d’une structure EPS »,
Bulletin du
SNEP (B.) n° 177,11.12.1981, p. 5.
[14]
Collectif (1982),
op. cit.
[15]
Sigle signifiant activités physiques et sportives, il est utilisé pour distinguer le sport des pratiques
physiques scolaires.
[16]
M. Chaigneau, « Le grand dessein de la mission Legrand », B. n° 181,23.03.1982, p. 5.
[17]
Il s’agit du titre du B. n° 184,23.06.1982, p. 1-4.
[18]
Collectif (1982),
op. cit.
[19]
La 74
e section du Conseil national des universités (CNU) est créée le 26.08.1982 et s’intitule :Sciences
et techniques des activités physiques et sportives (STAPS). Elle offre les fondements institutionnels
au développement du secteur de la recherche dans les structures de formation des professeurs.
[20]
Les UEREPS (UER en EPS) se transforment en UFRSTAPS (UFR en sciences et techniques des
APS).
[21]
A. Becker, « Colloque Recherche universitaire et pratique des APS », B. n° 470,09.11.1994, p. 9.
[22]
Principalement axées sur l’évaluation et la pédagogie du projet.
[23]
M. Chaigneau, « Didactique et formation des maîtres », B. n° 233,17.05.1985, p. 8.
[24]
Représentation fondée sur l’aspect ludique du sport. Elle a été le principal obstacle à l’intégration
scolaire de l’EPS depuis les années soixante. Le SNEP veut dépasser cette analyse corollaire à une primauté de l’animation sur l’éducation.
[25]
L’article de P. Goirand, A. Hébrard et J. Marsenach « Apprentissage et détente, un malentendu ?
Trois enseignants chercheurs en EPS répondent », B. n° 280,07.10.1987 (p. 3-7) est à ce sujet révélateur.
[26]
Collectif,
L’évaluation en EPS, éd. SNEP, 1984.
[27]
La circulaire du 11.07.1984 fait passer l’EPS dans le premier groupe d’épreuves et organise l’évaluation sous la forme d’un contrôle en cours de formation.
[28]
98,6 % des textes concernent la technologie de l’enseignement, 1,4 % des articles étant directement attachés à la sociologie. La caractérisation des auteurs est un indicateur intéressant, puisque
97,9 % d’entre eux sont professeurs dans l’enseignement secondaire (1,4 % sont enseignants dans le
supérieur, pour 0,7 % le poste n’est pas précisé).
[29]
Collectif (1984),
op. cit., pour exemple p. 69-73 et p. 169-206.
[30]
M. Chaigneau, Collectif (1984),
op. cit., p. 12-13.
[31]
Ceci est particulièrement présent pour l’évaluation, M. Chaigneau « Examens :des idées pour le
débat », B. n° 421,27.11.1992, p. 3-6.
[32]
L’article d’A. Kawa est révélateur. « Normes et critères de l’évaluation au collège », B. n° 400,
27.03.1992, p. 7. L’utilisation des termes de compétences, de capacités, de motivations, de procédures de l’action, de représentations ou d’évaluation formative souligne la dépendance de l’auteur à des
champs explicatifs implicites et se présentent comme des évidences pour le lecteur.
[33]
Collectif,
EPS, Contenus et Didactique, éd. SNEP, 1985. On relève 20 % des textes rédigés par des
enseignants du secondaire, et renversement de tendances par rapport à l’ouvrage précédent, 48,6 %
des productions sont l’
Å“uvre d’enseignants du secondaire en poste à l’université ou à l’INRP.
[34]
Collectif (1985),
op. cit. Fait remarquable, 17,1 % des interventions sont proposées par des enseignantschercheurs ayant peu de lien avec le domaine de l’éducation physique. Ainsi les interventions
de J.-P. Astolfi, « Didactique de la biologie »; de G. Brousseau, « Didactique des mathématiques » et
G. Vergnaud (idem); de G. Ducancel, « Didactique du français »; de J.-L. Martinand « Didactique des
sciences physiques ».
[35]
M. Chaigneau, « Introduction du colloque », Collectif,
L’EPS, aujourd’hui ce qui s’enseigne, éd.
SNEP, 1989, p. 12.
[36]
Collectif (1989). On peut citer notamment les chapitres « EPS et lutte contre l’échec scolaire »,
« Recherche et Formation », « Des programmes ? Quels programmes ? », « Représentations », « Rythmes
scolaires », « Crise des savoirs/culture APS ».
[37]
La part des enseignants-chercheurs tous domaines confondus représente 50 % des textes.
[38]
Terme récurrent dans l’ouvrage, Collectif (1989), op. cit.
[39]
De nombreux chercheurs s’accordent à montrer que l’EPS participe à la sélection scolaire, produisant
à son niveau de l’échec scolaire lié à la nature des pratiques privilégiées (par exemple :G. Combaz,
1992).
[40]
La loi d’orientation du 10/07/1989 amplifie la résonance de cette priorité.
[41]
L’intervention de P. Amarouche au congrès de Reims (1991) est symptomatique de cette nouvelle problématique. « Faire réussir le plus grand nombre possible d’élèves » B. n°379,25/06/1991, p.
14-15.
[42]
Collectif, France-Europe :Quel contenus pour l’EPS de demain, Ed. SNEP, 1992.
[44]
44,1 % des articles font une analyse sociologique, historique et/ou anthropologique de l’enseignement de l’éducation physique, 38,3 % ont une approche didactique.
[45]
Seuls 18,2 % des articles sont écrits par des enseignants du secondaire, alors que 72,8 % sont
rédigés par des enseignants ayant une position universitaire. Ce constat est renforcé par le colloque suivant (Quelle activité professionnelle pour la réussite de tous ? éd. SNEP, 2001) où 82,5 % des articles
leurs sont attribués.
[46]
Sur les numéros 1 (05/1997) à 8 (03/2001). Notamment les travaux de J.-Y. Rochex, B. Rey, P.
Meirieu, A. Chervel, J. Bruner.
[47]
P. Goirand, « Le pluralisme, une question d’orientation et de méthode »,
Contre pied n° 1,05/1997,
p. 63.
[48]
P. Irlinger, C. Louveau, M. Métoudi (enseignants chercheurs en sociologie) « Tendances actuelles
des pratiques physiques et sportives dans la France d’aujourd’hui » B. n°331,16/06/1989
[49]
C. Pineau, Introduction à une didactique de l’EP, Dossier EPS n°8, Ed. revue EPS, 1991.
[50]
A l’exception d’un article :« Rapport sur les travaux de l’Académie de Nantes », B. n°380,28/06/1991,
p. 9, aucune référence n’est mentionnée. Pour ce courant l’EPS n’a pas la charge de transmettre telle
ou telle APS considérée comme des organisations technico-sociale des savoirs, mais à construire des
structures en utilisant comme support d’intégration les pratiques sociales. Il faut donner plus d’importance
aux processus qu’au résultat.
[51]
M. Chaigneau, « Examens :des idées pour le débat », op. cit., p. 6.
[52]
Expression de M. Chaigneau, « L’affaire d’une profession », B. n°476,18/01/1995, p. 4-6.
[53]
Son constat est sans appel :«(Le SNEP) reconnaît même avoir manqué de vigilance depuis 1981
peut-être du fait d’une confiance naïve dans les vertus de l’intégration à l’Education nationale ». J.
Rouyer, « Pédagogie et Démocratie », B. n° 512,24/05/1996, p. 9.
[54]
M. Chaigneau, Programme d’EPS « Pour une écriture concertée ? Tenez toute votre place », B. n°
428,19/02/1993, p. 4.
[55]
M. Chaigneau (1993), « Programme d’EPS… »,
op. cit., p. 4.
[56]
M. Chaigneau, « Le Snep animateur d’un débat pédagogique pluraliste », B. n° 449,24/11/1993,
p. 9. Le syndicat obtiendra gain de cause. Le 10 juillet 1995, F. Bayrou, ministre de l’Éducation nationale retire le projet de programme après les blocages lors des débats préparatoires.
[57]
M. Chaigneau, « L’affaire d’une profession »,
op. cit., multiplie les causes de risque :formalisme,
idéologique, non sens…
[58]
Y. Clot, « Ce qui s’apprend et ce qui ne s’apprend pas », Collectif (1997),
op. cit., p. 19-22.
[59]
A. Becker, « Programmes, Formation, Concours, Une mise sous tutelle ? », B. n° 476,18/01/1995,
p. 12.
[60]
Ministère de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, Accompagnement des
Programmes de 6
e, 5
e et 4
e. Livret 6, CNDP, 1997.
[61]
C. Couturier, secrétaire national, « Les documents d’accompagnement des programmes de sixième
et cinquième-quatrième :Pour quoi faire ? », B. n° 544,26/11/1997, p. 9.
[62]
On peut s’étonner, par exemple, de la quasi-absence de références en sciences de la vie, alors que
le support de l’enseignement nécessite cet éclairage.
[63]
Les interventions au colloque ARIS sont révélatrices. Par exemple, A. Becker, C. Couturier associée à celle de P. Goirand, « L’EPS a besoin de la recherche, la recherche a-t-elle besoin de l’EPS ? », Actes
du Colloque de l’ARIS, Grenoble, 12/2000. L’intense activité (publications d’ouvrages et de revues,
participation régulière à des colloques, compte rendu divers…) autour du centre d’études et d’information est également un indice important.