Le développement des notions de culture et d’identité : un itinéraire ambigu
Geneviève Vinsonneau
Pour traiter d’inter-culturel, il est
nécessaire avant
toute chose de s’in-
terroger sur la
notion de « culture » et sur l’usage
qui en a été fait au
cours de l’histoire; il est également
nécessaire de réfléchir aux condi
tions d’émergence de la notion
d’« identité » dans le champ des
sciences de l’homme et aux fonctions assumées par les anciennes
théories dont celle-ci dérive. Le présent article brosse l’itinéraire de la
notion de culture. Ancrée dans un
passé lourdement entaché par un
point de vue civilisationnel et hiérarchisant, la notion de culture s’est
progressivement affranchie de l’héritage des Lumières pour connaître
l’ouverture du relativisme, qu’autorisa le développement de l’anthropologie scientifique.
Oscillant entre la tendance à rechercher la part de l’universel en
l’homme et la reconnaissance des
particularités qu’il doit au(x)
milieu(x) culturel(s) dans le(s)
quel(s) il évolue, les anthropologues sont successivement passés
d’un modèle explicatif en terme de
« nature » à un autre convoquant
les « cultures », celles-ci étant envisagées comme causales, distinctes
et discontinues. Le point de vue qui
privilégie une conception dynamique des cultures et de leurs
incessants échanges est récent; il
bouleverse les anciennes représentations (statiques et substantialistes) et observe les phénomènes
culturels en termes de productions,
notamment identitaires. Dans une
perspective interactionniste, on
parle alors de « stratégies » et de
« négociations », les cultures s’érigeant en foyers de ressources pour
les constructions identitaires des
acteurs sociaux.
In order to deal with the intercultural
question, one must first and foremost
take into consideration the notion of
“culture” and the use that has been
made of it throughout history; it is also
necessary to consider the conditions of the
emergence of the notion of “identity” in the
field of human sciences and the role of the
ancient theories from which it derives. This
notion of culture. Rooted in a past that is
heavily flawed by a hierarchical and
civilisational point of view, the notion of
culture has progressively freed itself from the
legacy of the Enlightenment to discover the
opening up of relativism made possible by the
development of scientific anthropology.
Switching between the tendency to look for the
share of the universal in man and the
recognition of the uniqueness that it owes to
the cultural background(s) in which it evolves,
anthropologists have successively gone from
an explanatory model in terms of “nature” to
another that takes into account “cultures” which
are envisaged as causal, distinct and
discontinuous. The point of view which gives
preference to a dynamic conception of cultures
and their never-ending exchanges is a recent
one; it overturns the old (static and
substantialist) representations and observes
cultural phenomena in terms of production, in
particular linked to identity. In an interactionist
perspective, one then speaks of “strategies” and
“negotiations”, cultures setting themselves up as
seats of resources for the construction of the
identity of social actors.
Will man über Interkulturalität sprechen, sollte man zuallererst den Begriff
“Kultur” und seinen Gebrauch im
Laufe der Geschichte näher
bestimmen. Außerdem sollte man über die
Voraussetzungen für das Auftauchen des
Identitätsbegriffs in den Geisteswissenschaften
nachdenken und den Funktionen nachgehen, die von
den älteren Theorien, von denen die
Der vorliegende Artikel zeichnet also den
Entwicklungsweg des Kultur-Begriffs nach.
Ursprünglich war der Kultur-Begriff in einer stark
vorbelasteten, zivilisationellen und hierarchisierenden
Sichtweise eingebunden, hat sich nach und nach von
dem Erbe der Aufklärung emanzipiert und gegenüber
dem Relativismus geöffnet, der durch die Entwicklung
der wissenschaftlichen Anthropologie möglich wurde.
Dabei schwankten die Anthropologen zwischen der
Suche nach dem Universellen im Menschen und der
Anerkennung der Besonderheiten, die sich aus seiner
Zugehörigkeit zu einem (oder mehreren) kulturellen
Milieu(s) ergeben. Sukzessive sind sie von einem Natur
gestützten zu einem Kultur zentrierten
Erklärungsmodell übergegangen, wobei Kulturen hier
als kausal, klar erkennbar und diskontinuierlich
aufgefasst werden. Der Standpunkt, bei dem eine
dynamische Konzeption von Kultur und ihrer nicht
abbrechenden Austauschprozesse im Mittelpunkt
steht, ist jüngeren Datums. Damit wird mit alten
(statischen und substanzialistischen) Vorstellungen
gebrochen und die Kulturphänomene im Hinblick auf
ihre identitären Produktionen beobachtet. In
interaktionistischer Perspektive spricht man sodann
von “Strategien” und “Verhandlungen”, wobei sich
die Kulturen zu einer Keimzelle zur Konstruktion
von Identitäten seitens sozialer Akteure entwickeln.
• L’« identité culturelle », un concept à construire
• Archéologie d’un concept
— Disparité des cultures et civilisation humaine :
un point de vue hiérarchisant
— Particularisme des cultures et « génie des peuples »
— Faits sociaux et « conscience collective »
— Les mentalités « primitives » et « civilisées »
• L’anthropologie nord américaine et le foisonnement
des études culturelles
— Le travail d’inventaire initial
— L’anthropologie psychologique
et le couple « culture-personnalité »
• La « personnalité de base »: un héritage évolutif
• La mise au jour de l’ethnicité
et les choix d’appartenance socioculturelle
• La psychologie contemporaine
et le traitement de l’identité culturelle
— Les développements de la psychologie culturelle
et interculturelle
— La culture, un modèle sous-jacent aux formes
et aux contenus d’identité
— La culture, un foyer de ressources
pour l’identification des acteurs sociaux
— Dynamiques interculturelles et négociations identitaires
• BIBLIOGRAPHIE