2002
Carrefours de l’éducation
Race, classe et éducation : un exemple afro-américain
Thomas K. Fitzgerald
université de Caroline du Nord, Greensboro
Le multiculturalisme
comporte le respect de
diversités de plus en
plus caractéristiques
des sociétés modernes.
Pourtant le mot multiculturalisme reste polysémique et source de
malentendus. Cet article examine des
présupposés du mouvement multi
culturel dans le contexte des débats
sur les contenus d’enseignement et le
public auquel ils s’adressent. Il est
démontré ici que les tensions entre
les groupes ne semblent pas se rapporter essentiellement à la culture
mais proviennent d’inégalités relatives au pouvoir et à la place dans la
société, i.e., provenant de différences
de race, de sexe et de classe, barrières
que les enseignants trouvent quelquefois moins faciles à exprimer. La
diversité peut inclure la diversité culturelle mais il est inutile de s’y référer pour les questions de diversité de
race et de classe, quand des éléments
culturels ne sont pas en cause. La
volonté d’accentuer les différences a
mené à une confusion entre culture
et identité entraînant une polarisation croissante dans l’éducation américaine. La tendance dans la société
américaine est de trop expliquer les
différences humaines. Les recherches
innocentes sur les identités locales
peuvent conduire à un usage incontrôlé de la notion de diversité. Dans la
mesure où le mouvement multiculturel a changé « le multiculturalisme »
en un euphémisme désignant les problèmes sociaux plus compliqués (de
race, de classe, et de genre), il devient
plus difficile d’accomplir de réelles
réformes éducatives. L’éducation afroaméricaine offre un exemple (case
study) de ce processus. Dans les
débats sur le multiculturalisme, on
ne doit pas oublier les conséquences
pédagogiques imprévues du mouvement multiculturel.
Multiculturalism entails the
respect of diversities that are
increasingly characteristic of
modern societies. Yet, the
word multiculturalism remains polysemic
and a source of misunderstandings. This
article examines the presuppositions of the
multicultural movement in the context of
debates concerning the curriculum and the
targeted learners. It is demonstrated here
that the tensions between groups are not just
linked to culture but arise from inequalities
linked to power and roles in society, i.e. arising
from race, gender and class differences,
barriers that teachers sometimes find less easy
to express. This diversity can include cultural
diversity but there is no point in referring to
it for questions of race and class diversity when
cultural elements are not involved. The will
to stress differences has led to confusion
between culture and identity which leads to
an increasing polarisation in American
education. The trend in American society is to
over-explain human differences. Innocent
research on local identities can lead to an
uncontrolled use of the notion of diversity.
Insofar as the multicultural movement has
turned “multiculturalism” into a euphemism
pointing to more complex social problems
(regarding race, class and gender) it has become
more difficult to achieve real educational
reforms. African American education gives a
case study of this process. In debating
multiculturalism, one must not forget the
unforeseen pedagogical consequences of the
multicultural movement.
Multikulturalismus beinhaltet den Respekt
vor immer stärker ausgeprägten
Unterschieden in den modernen
Gesellschaften. Trotzdem bleibt der
Begriff Mutlikulturalismus vieldeutig und
missverständlich. Der Artikel untersucht die
Voraussetzungen der Multikulturalismus-Bewegung
vor dem Hintergrund der Debatten über
Unterrichtsinhalte und befasst sich mit ihrem
Zielpublikum. Er liefert den Nachweis, dass die
Spannungen zwischen Bevölkerungsgruppen im
Grunde weniger kulturell bedingt zu sein scheinen.
Vielmehr ergeben sie sich aus Ungleichheiten bei der
Besetzung von Machtpositionen und hinsichtlich der
gesellschaftlichen Stellung, d.h. sie sind eine Folge
von rassen-, klassen- und geschlechtsspezifischen
Unterschieden, deren Versprachlichung dem
Lehrpersonal bisweilen weniger leicht fällt. Die
Diversität beinhaltet eventuell eine kulturelle
Diversität. In Fragen der Rassen- oder
Klassendiversität ist dieser Verweis allerdings ohne
großen Nutzen, wenn keinerlei kulturelle Elemente in
Frage stehen. Der Wunsch zur Verstärkung der
Unterschiede hat zu einer Verquickung von Kultur
und Identität geführt, die in dem amerikanischen
Bildungssystem eine wachsende Polarisierung zur
Folge hat. In der amerikanischen Gesellschaft geht
der Trend dahin, die Unterschiede zwischen den
Menschen allzu sehr in den Vordergrund zu stellen.
Harmlose Forschungen über lokale Identitäten können
so zu einem unkontrollierten Gebrauch des
Diversitätsbegriffs führen. Insofern die multikulturelle
Bewegung den “Multikulturalismus” euphemistisch
zur Bezeichnung komplizierterer sozialer Probleme
(zwischen Rassen, Klassen, Geschlechtern) benutzt,
lassen sich wirkliche Reformen des Bildungssystems
schwieriger verwirklichen. Die Unterrichtsvermittlung
des Afroamerikanismus bietet ein Fallstudienbeispiel
für diesen Prozess. In den Debatten über den
Multikulturalismus dürfen die unvorhersehbaren
pädagogischen Konsequenzen der multikulturellen
Bewegung nicht vergessen werden.
Les débats sur la culture
Les prétendus débats sur la « culture » qui font rage dans le monde entier font
partie des controverses intellectuelles fondamentales de notre temps. Cependant,
il y a à ce sujet une grande divergence entre la rhétorique et la réalité. En effet, le
terme multiculturalisme est à l’heure actuelle en pleine transition sémantique. Dans
Métaphores d’Identité, je suggère que le « contresens sur le multiculturalisme » (terme
de Gould) est une conséquence de la confusion entre groupes de culture et groupes
d’identité et se trouve exacerbé par le mauvais emploi que font les médias populaires des métaphores concernant la différence de groupe. Il existe une tendance
dans la société américaine à surinterpréter les différences humaines.
La culture peut modeler les identités
[1] et elle le fait souvent mais les identités ne
constituent pas toujours des cultures séparées. Considérer qu’un groupe, parce
qu’il est d’une certaine manière unique ou différent, constitue une culture séparée peut être une grave erreur entraînant des implications pédagogiques dangereuses.
Des différences non culturelles, comprenant des styles de communication en relation avec la classe, la race
[2], le sexe ou l’âge ne sont pas complètement prises en
compte.
La définition anthropologique de la culture est nette; selon Harris et Morvan
(1989) « la culture est un savoir communicable à des êtres humains confrontés à un
environnement particulier et transmis aux générations futures ». Cet avertissement
relatif aux générations futures nous détourne du royaume fantaisiste des métaphores médiatiques en nous aidant à éviter les analogies erronées telle que « culture de drogue » en nous attachant à la réalité d’un processus de changement qui,
contrairement aux lubies sociales modernes, est typiquement lent, cumulatif et
conservateur. Il y a donc réel danger de contresens en usant à tort et à travers du
concept de culture. En fait, le mot culture est aujourd’hui trop souvent un substitut branché de termes plus précis, parfois même est porteur d’une confusion subreptice avec ceux de race ou de classe, voire un saut métaphorique à des ressemblances n’ayant qu’un rapport partiel avec la définition anthropologique (cf. culture
sur l’internet).
Par conséquent, il convient parfois de distinguer clairement entre « groupe
d’identité » et « groupe de culture ». Les médias et autres canaux d’informations ont
entretenu des métaphores variées et trompeuses concernant l’identité et la culture, la classe sociale et la culture, l’homophobia et la culture et ainsi de suite.
Dans les rencontres internationales, on est souvent, mais jamais complètement,
confronté aux différences culturelles, dont la compréhension constitue un effort
qui en vaut la peine. Quand vous entrez dans l’espace américain, d’une certaine
façon, vous avez davantage de chances de vous intéresser aux unités microsociales
(affiliation de race, de classe ou de sexe) mais à l’intérieur d’une culture américaine commune. Dans ce contexte, les métaphores culturelles constituent plutôt
une source de confusion que de clarification.
Il existe des aspects de diversité importants dans les écoles (comme d’ailleurs dans
la société en général) qui ne rentrent pas dans le cadre des analyses culturelles.
Gannon et ses collègues (1994) ont estimé que nos attitudes et nos comportements ne sont influencés par la culture que dans une proportion variant de 25 à
50 %. On peut donc seulement conclure que 50 à 75 % de notre comportement
est influencé par autre chose que la culture. Quelles sont ces autres influences ? Elles
incluent certainement la classe sociale, l’ethnie (comme héritage plus que comme
culture
[3] ), la race, le sexe et l’âge. Des influences supplémentaires pourraient s’y
ajouter : des conditions de handicap, l’orientation sexuelle, et certaines affiliations
à des courants religieux minoritaires.
Nous semblons assister aux USA, dans une certaine mesure à grande échelle, à
de dramatiques exhibitions d’identités fondées sur une prise de conscience ethnique
et de différences perçues relatives au genre ou au sexe alors que nous assistons
dans le même temps à une homogénéisation culturelle de plus en plus forte sur le
plan mondial. En fait, il pourrait y avoir là une relation inverse (cf. T.K. Fitzgerald,
Metaphors of Identity, 1993).
Cependant, au nom de la
culture, de plus en plus de gens aujourd’hui essayent
de revendiquer des identités qu’ils espèrent susceptibles de leur apporter une plus
grande égalité sociale. Témoin le récent fiasco de Texaco dans lequel la compagnie
fut accusée d’être racialement et culturellement insensible. Si on comprend que les
Noirs américains sont un groupe d’identité à l’intérieur de notre culture américaine commune, on ne peut pas tomber sous le coup d’une accusation d’insensibilité « culturelle » simplement parce qu’on est sceptique à propos de très récentes
inventions comme Kwanzaa
[4]. Insensibles du point de vue racial, les dirigeants
de Texaco peuvent l’avoir été, mais cela n’avait pas pour conséquence l’insensibilité culturelle (Fitzgerald 1997). Le mouvement général des Noirs américains qui
veulent voir adopter le terme « Africain américain » par l’ensemble de la culture
reflète un souci contemporain d’identité ethnique en tant que force politique plutôt que comme recherche d’authenticité culturelle – la politique de l’identité exprimée sous forme de rhétorique culturelle.
L’identité est devenue le centre critique autour duquel de nombreuses minorités dans le monde entier se sont polarisées depuis les années quatre-vingt-dix.
Parce que c’est une réalité politique que l’on doit gérer, et parce que la véritable
communication avec les différents groupes est absolument essentielle pour notre
survie à tous, l’acceptation de styles de vie différents, de minorités sexuelles, de
groupes d’intérêt ethnique – parfois même de cultures authentiques – sera le défi
essentiel de l’avenir.
Toutefois, certains multiculturalistes vont plus loin et considèrent comme équivalents le caractère sacré de la vie et le prétendu caractère sacré de la culture
(Clausen 1996). Utilisant un argument relativiste, ils tiennent le raisonnement
suivant : la culture étant « sacrée », ils peuvent demander une reconnaissance égale,
de valeur équivalente, se procurant ainsi un levier politique (Rockefeller 1994).
Quand un groupe doit inventer une culture pour valider une identité, la confusion
porte sur une particularité profondément existentielle qu’il n’est pas possible de soumettre à un examen scientifique sérieux. Bien que l’attitude officielle qui est à la
base du multiculturalisme implique le respect pour un certain nombre de diversités de plus en plus caractéristiques des sociétés modernes, le multiculturalisme
reste un mot qui possède de nombreuses significations et autant de mauvaises
interprétations.
Ainsi, on peut conclure que les tensions entre les groupes, aujourd’hui, ne semblent pas tirer leur origine première de la culture mais qu’elles prennent plus souvent leur source dans les inégalités ressenties à propos du pouvoir et de la participation dans la société (Spindler & Spindler 1990). Les divisions entre les gens
dans le monde perdurent non à cause des différences culturelles en elles-mêmes
mais à cause des différences de race, de sexe et de classe – barrières que les éducateurs se sentent moins prêts à admettre. La diversité peut inclure et inclut parfois la diversité culturelle mais il est sans intérêt d’utiliser le concept de culture pour
analyser les problèmes de diversité dans la race, l’ethnie, le sexe, la préférence
sexuelle et l’âge quand un composant culturel n’est pas présent.
Un exemple afro-américain
Les Africains américains illustrent à merveille ce thème de la diversité
[5]. Il est de
plus en plus clair que l’éducation urbaine aux États-Unis est inextricablement liée
à la race et à la classe d’origine et non en premier lieu au milieu culturel. Depuis
1970, presque 6 millions de familles nombreuses aux revenus moyens ont quitté
le centre des villes. La médiocrité des écoles est l’une des raisons les plus fréquemment citées pour expliquer cette fuite de la classe moyenne. En 1996,60 %
des enfants des districts scolaires urbains n’ont atteint le niveau des compétences
de base ni en lecture courante ni en mathématiques. Dans les vingt plus grands districts scolaires urbains du pays, plus de la moitié des élèves n’ont jamais eu de
diplôme. Aujourd’hui, ces écoles accueillent une prédominance de Noirs,
d’Hispaniques ou des élèves d’autres minorités ethniques (Associated Press,
1998 :A3). Ce que les Blancs de la classe moyenne semblent rejeter, quand ils
fuient les ghettos urbains, ce sont les comportements éducatifs et les résultats dont
ils craignent qu’ils soient associés à la minorité d’élèves des classes inférieures. Ils
ne sont donc pas sensibles à la race en soi ni à la culture mais à la classe
[6].
Presque toutes les études (cf. le projet des Droits civils de Harvard) montrent que
la plupart des Américains semblent réellement condamnés à la diversité. Les mêmes
études indiquent que les Afro-Américains privilégient les écoles et les voisinages
qui favorisent l’intégration. Alors pourquoi ce retour aux écoles et aux communautés
presque entièrement minoritaires ? Les autorités noires actuelles ont certainement
abandonné dans une large mesure le noble but de l’intégration en faveur d’une
re-ségrégation – du moins tant que les commissions scolaires augmenteront de
façon substantielle la somme d’argent destinée aux élèves afro-américains. Il y a aussi
les politiques d’éducation libérale mal comprises qui exacerbent le problème, et les
anthropologues eux-mêmes portent une part de responsabilité à cause de leurs
définitions très ouvertes et tout à fait métaphoriques de la « culture », maintenant
relayées par les médias – définitions qui assimilent ce concept aux sentiments personnels, d’où des cultures « subjectives ». Malheureusement, cette pratique est
une forme indiscutable de réductionnisme psychologique ayant de graves conséquences sur l’interprétation des phénomènes éducatifs et la mise en Å“uvre d’une
politique.
La réponse du mouvement multiculturel est d’essayer de « donner le pouvoir »
aux groupes ethniques au sein du milieu scolaire
[7]. Ceux-ci essayent souvent d’user
de ce pouvoir en utilisant un argument culturel fallacieux. Ils prétendent que les
écoles doivent affirmer et célébrer la « culture » afro-américaine; dans la mesure où
les professeurs ne parviennent pas à le faire, déclarent-ils, ils n’éduquent pas correctement ces élèves (Hess 1998).
Le but ultime serait l’immersion dans des écoles entièrement consacrées aux
Noirs, où les élèves pourraient trouver une confirmation constante de leurs
croyances, que celles-ci soient ou non pédagogiquement bien fondées. Les éducateurs n’ont pas été très critiques à propos de tels excès mais au moins un journaliste afro-américain attentif fait ces remarques franches au sujet des controverses
qui ont entouré les Essais sur les Grandes Lignes de Portland, un programme de
cours imaginé dans les années quatre-vingt par un groupe d’éducateurs noirs, et
destiné à être enseigné aux élèves noirs de l’Orégon : « Dans ce programme, sont
contenues les idées que les premiers Africains ont survolé l’Égypte en planeurs et qu’une
plus grande quantité de mélanine chez les Noirs les rend génétiquement supérieurs aux
autres. Ce programme rencontre un accueil plutôt hostile quand on l’enseigne aux
Blancs. » (Wright 1998 : A 22). Quand on prêche l’élimination des attitudes racistes
à l’encontre des minorités, les formes les plus extrêmes du « multiculturalisme » peuvent soutenir des classifications fondées en grande partie sur les aïeux.
La théorie de John Ogbu : centrée sur l’école
ou centrée sur l’élève ?
Les recherches de John Ogbu ont déclenché dans le monde de l’éducation les
débats les plus intenses pour déterminer pourquoi certaines minorités réussissent
mieux à l’école que d’autres (Ogbu & Simons 1998). Toutefois, au fil des années,
sa théorie s’est progressivement modifiée. Aujourd’hui nous considérons que c’est
un droit pour chacun d’avoir un accès égal à l’éducation; mais la véritable question est : est-ce l’élève qui doit s’adapter à l’école ou l’école doit-elle s’adapter à
l’élève ? Sa prétendue théorie « écologico-culturelle » – appliquée à un groupe
d’identité prenant le masque d’une culture distincte – peut, malgré ses bonnes
intentions, perpétuer de fausses conclusions. Sa théorie affirme qu’il y a eu dénigrement de la langue et de la culture d’une minorité – donc les minorités placées
dans ces situations développent un cadre de référence oppositionnel qui rejette les
pratiques « blanches » – en particulier la scolarisation – qui sont perçues comme
des menaces contre leur « culture » et leurs identités respectives. Ce prétendu
modèle culturel de la position des minorités remet en cause l’idée admise selon
laquelle les gens, dans une société devraient plus ou moins se conformer aux
usages ou s’assimiler, surtout dans les domaines de la langue et de la culture. Une
partie du paradoxe se trouve résolue quand on privilégie l’identité plutôt que la culture ou l’ethnicité.
L’éducation est toujours la clef de l’égalité économique. Certains Américains
noirs, surtout dans les ghettos urbains, resteront probablement partagés face à la
scolarisation – parfois, sans aucun doute, à cause de l’impression que les écoles peuvent représenter une menace pour leur identité au sein de leurs propres communautés. Cependant, il est bon de rappeler que la minorité noire accomplit vraiment des progrès significatifs en termes de réussite scolaire (Kiplinger & Kiplinger
1998). Vers 2030, plus de 90 % des Afro-américains adultes seront diplômés des
lycées, ce qui représente un accroissement de 75 % par rapport à aujourd’hui.
Trente pour cent obtiendront des diplômes sanctionnant quatre années d’université en 2025. Bien que les choses progressent, on peut arguer que ces acquis ne sont
pas fondés sur la construction d’une « culture » noire mais se produisent parce
que des personnes isolées améliorent les connaissances et les aptitudes exigées
pour progresser dans la société américaine.
Culture noire ou identité noire ?
Identité noire ne peut pas se traduire par culture noire. Il ne peut y avoir de
culture fondée exclusivement sur la race. Après des centaines d’années aux États-Unis, les Noirs américains partagent pour l’essentiel la même culture que les autres
Américains, bien que malheureusement parfois écartés de divers avantages sociaux.
Anthony Appiah (1994 : 150), un chercheur noir de Harvard, établit d’une façon
non équivoque que « l’identité afro-américaine est principalement modelée par la
société et les institutions américaines; on ne peut l’envisager comme uniquement construite
au sein des communautés afro-américaines ». Appiah se méfie donc d’une bonne partie du discours multiculturel contemporain qui confond la culture avec la race
et/ou l’identité. En outre, il suggère (p. 163) aux minorités d’assumer leurs identités collectives et de construire des schémas de vie positifs au lieu d’essayer comme
à présent de fabriquer ce que j’appellerais une culture « de ralliement ». La double
confusion de la race et de la culture ainsi que de la société et de la culture est
fâcheuse et trompeuse. Par conséquent, on doit se demander si la théorie d’Ogbu,
dans ce contexte, est vraiment une théorie culturelle, peut-être écologique, si ce
terme désigne l’environnement des ghettos urbains. Devrions-nous faire des recommandations éducatives sérieuses sur la base de telles suppositions ?
Aujourd’hui, certains groupes pensent qu’afin d’être honnêtes envers eux-mêmes,
ils doivent construire une culture séparée, même supposée, qui soit en accord
avec leurs identités. Un bon exemple est la récente agitation au sujet de « l’ébonique », la tentative plutôt peu suivie de certains éducateurs noirs pour promouvoir une identité afro-américaine au moyen de la promulgation d’une « seconde
langue » déclarée. Dans Beyond Language : Ebonics, Proper English and Black-American
Speech Community (1999), John Ogbu substitue le concept de « dialecte » à celui
de « langue ». Il y a une langue, l’anglais, mais deux dialectes de la langue anglaise :
l’argot et l’anglais correct. C’est précisément ce qui est proposé dans cet article : il
y a une culture américaine, mais deux ou davantage de subacculturés comportant des attentes différentes, publiques ou privées. Dans son dernier article (1999;
179), Ogbu parvient à la conclusion que les enfants noirs sont confrontés à un
dilemme dans l’apprentissage et l’usage de l’anglais convenable en raison de leurs
croyances « incompatibles » concernant l’anglais standard. Si l’on fait la distinction entre contexte public et contexte privé pour l’expression des différences dialectales, on ne voit réellement aucune incompatibilité, Ogbu non plus d’ailleurs
quand il recommande aux noirs de s’accrocher à leur groupe d’identité tout en
apprenant l’anglais standard pour se débrouiller dans le monde. Il ne rejette pas
l’assimilation par la langue mais met seulement en question l’assimilation totale par
le dialecte. On voit là moins un dilemme éducatif si l’on met l’accent sur l’identité
plus que sur la culture ou la race ou lorsque l’on fait une distinction entre contexte
public/contexte privé pour l’expression dialectale.
Une autre fausse assertion du mouvement multiculturel est que tout aspect de
la diversité culturelle est digne d’égal respect. On peut respecter les personnes qui
utilisent un mauvais anglais (un dialecte sous-cultivé) sans respecter la mauvaise
grammaire en elle-même. Ce n’est pas qu’un patois, tel que « l’anglais noir », doive
être dénigré. De nombreux groupes dans les îles des mers du Sud, par exemple,
utilisent un anglais abâtardi, le « Pidgeon English », pour une grande partie de
leur communication quotidienne privée. La véritable question pour les éducateurs est : donnerions-nous à de tels schémas de langage non corrects – qu’ils
soient reconnus ou non comme des formes linguistiques – une reconnaissance
publique, c’est-à-dire un enseignement dans le cadre scolaire ? Après tout, la tolérance de la diversité ne signifie pas qu’on doive promouvoir activement cette diversité dans sa forme originale
[8]. Les écoles doivent continuer à promouvoir la connaissance et l’usage d’une forme de langage correct. Malheureusement, le refus de
reconnaissance est vu par les groupes comme une forme d’oppression politique
(Gutmann 1994). Une politique de la différence gagne du terrain aux États-Unis
mais ce sont les élèves des minorités qui en font les frais.
En considérant plus particulièrement l’éducation, l’ironie est que la bataille pour
préserver des cultures putatives peut en dernier lieu condamner certaines minorités à plus d’échec scolaire (Foley 1991). Faire trop de compromis avec la rhétorique des minorités peut être mal accueilli par le groupe même à qui l’on veut
faire plaisir, surtout si le réajustement économique est menacé. Les partisans bien
intentionnés de la diversité empêchent-ils certaines minorités de fonctionner efficacement dans la culture dominante ? Discutant du même point, Mosgrove (cité
dans Edwards, 1985; 120) souligne que le multiculturalisme est intéressant s’il favorise la sympathie pour les autres groupes mais il remarque que les écoles doivent
être « des fenêtres ouvertes sur des mondes plus larges ».
Il est cependant possible d’admettre une identité nationale avec des buts publics
communs sans nécessairement impliquer une destruction totale de tous les comportements sociaux et parfois culturels privés auxquels des groupes ou des individus sont psychologiquement attachés. Malheureusement, le degré de polarisation sur cette controverse laisse à penser qu’une tolérance accrue en faveur de la
diversité a progressé main dans la main avec une fragmentation sociale accrue elle
aussi (Fitzgerald 1993). Il y a certainement quelques douloureuses contradictions
inhérentes à ces débats.
Les multiculturalistes les plus extrêmes peuvent finir par pousser les gens dans
des positions de moindre conscience de la diversité plutôt que de favoriser cette
sensibilité. En fait, la « culture » pour de nombreux groupes recherchant l’égalité
sociale est souvent envisagée comme une sorte de « propriété » partagée. Les marqueurs ethniques associés à un groupe en particulier en arrivent à être considérés
par ce groupe comme lui appartenant. Les gens de l’extérieur qui veulent partager ces symboles – habillement, danse ou langue – peuvent en être irrités, comme
si les étrangers tentaient une forme de vol « culturel »!
[9] L’exemple mis en lumière
par Hanna (1994) dans un environnement éducatif aux USA est la danse nommée
Check me (Regarde-moi) au cours de laquelle des élèves noirs dans une classe
pluri-ethnique ont ignoré et rejeté la tentative de participation d’une jeune fille
blanche parce que cette danse était devenue la « propriété des élèves noirs ». Voilà
un cas où les bonnes intentions pédagogiques manquent leur but et de simples
incompréhensions dans la vie quotidienne peuvent être interprétées facilement et
à tort comme du « racisme ».
Culture subjective, estime de soi et communauté
Une hypothèse capitale des écoles américaines est la notion « d’estime de soi »
qui procure le bien-être; et de nombreux multiculturalistes prétendent que la
reconnaissance de sa propre « culture subjective » dans le cadre de l’école déclenche
automatiquement l’estime de soi qui conduit alors au succès scolaire.
Il n’est pas sûr, comme l’a souligné Hanna (1994), que l’estime de soi conduise
à la réussite scolaire. Des classes à héritage ethnique créent parfois d’autres séries
de problèmes
[10]. Une recherche permanente serait utile dans ce domaine controversé pour s’assurer que les programmes en faveur de la diversité accomplissent
vraiment ce qu’ils ont l’intention de réaliser.
Les branches moins militantes du multiculturalisme ont beaucoup à proposer s’ils
permettent plus de participation sociale, mais il faut se méfier d’une grande partie du discours multiculturaliste contemporain, surtout quand il confond culture
et identité. Il y a des dangers évidents à admettre une mentalité séparatiste qui
élève les identités ethniques au-dessus de l’identité humaine universelle. La démocratie libérale devrait-elle se charger d’engager la politique dans la préservation
des groupes d’identité séparatistes ? Selon Steven Rockefeller (Gutmann 1994 :
88), « Élever l’identité, qui est secondaire, à une position égale voire supérieure en signification à l’identité universelle d’une personne c’est affaiblir les fondations du libéralisme et ouvrir la porte à l’intolérance. »
La résurgence ethnique n’est pas toujours bonne pour forger une communauté
nationale. Au contraire, aujourd’hui, au nom de la « communauté », des groupes
distincts des autres défendent leur propre territoire sans aucun compromis en
même temps qu’ils refusent toute idée de rejoindre de plus grandes associations.
De tels groupes se servent de la métaphore romantique de la communauté pour
exagérer « l’intolérance compulsive » de ceux qui n’appartiennent pas à leurs factions partisanes (Fitzgerald : 1993). C’est une définition de la communauté qui
est trop exclusive. Les médias, malheureusement, encouragent de telles polarisations de groupes.
Dans un environnement qui devient global, l’identité peut être la clef pour relier
diversité et communauté. Parvenus au-delà des cultures particulières, supposées ou
réelles, comment maintenons-nous les aspects positifs de l’identité humaine ?
Comment célébrons-nous la diversité tout en gardant en même temps le sens d’appartenance à une communauté plus large qui réaffirme notre commune humanité ?
Quelques approches positives pour ces débats
Quelles pourraient être les approches positives des problèmes posés par le soutien de la diversité dans les écoles ? Hanna (1994 : 77) en dénombre trois. Il faut
qu’il y ait un questionnement et une évaluation continuels des situations individuelles, en sachant que ces groupes, non seulement ont des différences internes,
mais sont aussi en perpétuel changement. En outre, on doit avoir l’honnêteté d’admettre que les discussions sur le multiculturalisme suscitent la controverse. Il est
trop facile de se placer d’un point de vue hautement moral, en prétendant qu’il ne
peut y avoir aucune autre façon d’envisager les complexités que ce sujet entraîne.
Le débat multiculturel n’est que cela, un débat. Toutes les réponses n’y sont pas
contenues – malgré la diversité des librairies !
Les professeurs, plutôt que d’essayer de combattre l’opposition et l’ambivalence
à travers une instruction « culturellement sensible », doivent encourager un dialogue
direct entre les parents, les professeurs et les élèves. Ce sont surtout les voix des
enfants qu’il faut écouter. On sait trop peu de chose sur la façon dont les enfants
perçoivent leurs propres mondes, les pressions de leurs pairs, de leurs familles et
de leurs communautés (cf. Fitzgerald : étude sur Fulbright à propos des Insulaires
de l’île de Cook nés en Nouvelle-Zélande; 1989). Hanna (1994 : 78) croit fermement que notre culture américaine peut être « intégrative, socialisante, pratiquant
le métissage et unificatrice ».
Après tout, les Américains peuvent avoir de nombreuses identités, même séparées; mais notre culture commune est une mosaïque d’éléments empruntés à de
nombreuses sources, certaines culturelles d’autres non. Si l’école s’oppose au courant dominant, l’éducation peut être fondamentalement considérée comme limitant les chances des enfants dans la vie. Enseigner la langue de la culture commune et les styles de communication comme une partie d’un concept global autonome et évolutif est essentiel dans notre économie contemporaine interconnectée
et dans notre monde. Pour le meilleur ou pour le pire, déclare Hanna (1994 : 73),
ce qui est parfois nommé « l’Anglo blanc », est devenu la « culture internationale
normative que l’on trouve partout dans le monde dans les relations sociales, les affaires,
les sciences et les arts ».
Il y a bien sûr, des contreparties positives dans le fait d’apprendre des choses sur
son propre héritage. Toutefois, dans les débats enflammés sur le « multiculturalisme », nous ne devons pas perdre de vue les conséquences pédagogiques involontaires du mouvement multiculturel. En dépit de ses promesses initiales, dans
la mesure où ce mouvement a fait du multiculturalisme un euphémisme pour
désigner des problèmes sociaux plus complexes, (par exemple la race, la classe et
le genre), il devient plus difficile en définitive de réaliser des réformes scolaires
indépendantes. Les éducateurs se permettent de se laisser bercer dans une situation confortable d’autosatisfaction « multiculturelle ».
Le véritable défiéducatif dans les situations de diversité sera d’encourager une
identité nationale forte, tout en reconnaissant dans le même temps une grande
variété de groupes d’intérêt, de styles ethniques et le besoin persistant d’identités
séparées – et cela va sans dire, des identités qui portent en elles le maximum d’estime de soi, de dignité et de fierté.
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[1]
La culture se réfère aux connaissances et aux aptitudes publiques, collectives, apprises par des individus ou des groupes afin de s’adapter avec succès à des environnements spécifiques. On insiste sur
la connaissance publique, transmise de génération en génération. Cette mise en garde nous aide à faire
la part de ce qui est simplement une marotte éphémère et de ce qui relève au contraire d’un changement culturel fondamental. On ne peut nier des mélanges complexes, une hybridation culturelle ni le
fait qu’à un certain niveau, tous les gens aujourd’hui partagent un monde interconnecté.
[2]
Selon l’auteur, la race a toujours été fondamentalement une construction biologique se rapportant
à un groupe plus ou moins distinct mais identifiable par des caractéristiques physiques génétiquement
transmises. L’identité raciale, toutefois, est moins précise, plus psychologique, se rapportant à un sentiment d’affiliation à un groupe fondé sur une histoire commune, la nationalité ou la répartition géographique. Ainsi, un(e) Maori néo-zélandais(e) peut revendiquer une identité maorie, bien que Maoris
et Européens se soient métissés depuis 1840 et aussi loin qu’il/elle puisse remonter dans le temps pour
se trouver un ancêtre maori. Toutefois, cette identité ne nous dit pas grand-chose sur la biologie ou la
culture. Il/elle peut être blond (e) aux yeux bleus tout en parlant couramment le maori et en participant totalement à la subculture maorie.
Groupe ethnique est une expression souvent utilisée à la place de
race mais nous avons appris combien
il est facile pour les gens de détester
l’ethnicité comme ils ont détesté la
race. Bien sûr, la
race, à elle seule,
ne suffit pas à engendrer une idéologie raciste, qui est enracinée dans les luttes de pouvoir. Ce qui
rend perplexe, c’est de trouver des gens de la même race, appartenant au même substrat ethnique,
vouloir s’entre-tuer pour des
croyances, religieuses ou autres. Nous devons nous mettre d’accord non
seulement sur les catégories discursives que nous avons créées mais aussi sur nos valeurs fondamentales. Cet article vise à montrer que l’éducation met beaucoup trop l’accent sur les différences au lieu
de reconnaître nos points communs.
[3]
Il convient souvent de distinguer entre
culture et
identité mais, spécialement aux États-Unis, entre
héritage et culture. L’héritage de quelqu’un est le plus souvent le patrimoine génétique qu’il acquiert
à la naissance. En anthropologie, nous ne croyons pas que l’on hérite d’une culture. Celle-ci est acquise
par apprentissage dans le contexte. Le meilleur exemple à fournir est celui des enfants métissés nés de
mères anglaises et de soldats noirs stationnés en Grande-Bretagne pendant la Seconde guerre mondiale. Ces orphelins ont grandi culturellement comme britanniques tout en ayant un patrimoine génétique partiellement issu d’un père noir. Voilà un cas intéressant où le père et l’enfant appartiennent à
deux cultures différentes, américain par le père et britannique par la mère.
Des étudiants afro-américains confondent souvent leur fondement génétique et leurs expériences culturelles actuelles. Après 375 ans dans le Nouveau monde, la seule chose qui subsiste, culturellement
parlant, est une subculture issue des expériences des noirs américains pendant l’esclavage et parvenue
jusqu’à nos jours. Les subcultures proviennent des cultures dans lesquelles vivent les gens et non de
leur héritage génétique. Les gens tentent de résoudre les problèmes d’identité d’aujourd’hui en essayant
de créer de supposées cultures et une symbolique culturelle. L’influence des médias est appelée politique de reconnaissance par laquelle les médias donnent aux minorités davantage d’écho et de reconnaissance. L’auteur n’est absolument pas opposé à donner plus de visibilité aux groupes sous-repré-sentés. Toutefois, par honnêteté intellectuelle, il se refuse à considérer ces groupes comme cultures. Les
solutions aux problèmes sociaux impliquant principalement les groupes d’identité sont largement différenciés de celles impliquant véritablement les groupes de culture. Bien que les médias donnent aux
minorités plus d’écho; ils donnent simultanément l’impression d’une homogénéité de groupe plutôt
que la réalité qui est presque toujours un degré de diversité à l’intérieur de la diversité. Malheureusement,
cette reconnaissance aboutit parfois à une politique d’exclusion actuellement pratiquée par certaines
minorités elles-mêmes. L’exaltation de la différence entre groupes peut seulement aboutir à faire l’obscurité sur nos réelles ressemblances.
[4]
Kwanzaa, mot swahili signifiant les « premiers fruits de la récolte », est une célébration familiale afroaméricaine relativement récente créée par le directeur du Département des Black Studies de la California
State University en 1996, à une époque où l’éducation « afro-centrique » était mise en avant (par distinction avec ce qui était perçu comme éducation « euro-centrique »). Ce phénomène médiatique a représenté l’un des grands succès du marché de la décennie. Les commerçants américains ont immédiatement commencé à vendre des cartes de Kwanzaa et d’autres symboles liés à cette célébration.
[5]
Historiquement, les Noirs américains, comme les homosexuels américains ont développé des sous-cultures qui reflétaient leur exclusion du courant dominant de la société. On doit se demander cependant si cela est vrai pour une majorité de ces deux groupes aujourd’hui. Combien d’afro-américains ou
d’hommes et de femmes homosexuels - faisant de plus en plus partie du courant dominant chez les
Américains - vivent-ils dans quelque chose qui ressemble à une sous-culture ?
[6]
En dépit de la persistance de marques de sous-culture (de microgroupes }- héritages de la ségrégation et de la discrimination passées - dans le centre des villes des États-Unis, leur culture n’est pas
une culture afro-américaine mais une nouvelle forme d’existence découlant d’un mode de vie économique particulier.
[7]
Découvrant à quel point la fragmentation du marché pouvait être profitable, le capitalisme postmoderne
a été un appui majeur pour le Mouvement Multiculturel. Le commerce aujourd’hui concerne les styles
de vie. Le Noir est mélancolique et décontracté, comme Barber ( 1995 : 61-62) le fait remarquer, donc
les aspects du ghettoïsme dominé par le crime sont minimisés afin que des héros noirs puissent développer des marchés universels héroïquement conçus. D’après le même témoignage, quand le Mouvement
Multiculturel montre un séparatisme trop virulent - d’où une menace potentielle pour les affaires -
les critiques envers ce mouvement dans les magazines d’affaires tels que “ Forbes” sont rapides et brutales.
[8]
Avant que les médias américains ne présentent leur vision quelque peu déformée de la controverse
au sujet de « 1’ébonique », la Nouvelle-Zélande a publié une plaquette intitulée
Eh, mon gars ! pour sensibiliser les instituteurs au fait que même si les enfants des Maori et des îles du Pacifique parlent en général l’anglais comme langue maternelle, ils prononcent parfois certains mots en utilisant un ton de voix
différent. Dans la langue Maori par exemple, « E ! » est utilisé avant une interpellation, comme dans
« E, Mere !» (« Eh, Mary ! »). Quand des enfants des Maori ou des îles du Pacifique parlent à quelqu’un
en anglais, quelques-uns emploient occasionnellement des expressions qui écorchent l’oreille européenne.
[9]
Alors que des marqueurs ethniques superficiels tels que les vêtements, les cheveux, la danse et la
nourriture peuvent être sans importance, il existe des zones de soucis plus sérieux quand l’identité et
la culture se confondent. Réfléchissez à la tentative récente faite par les travailleurs sociaux noirs de la
classe moyenne pour faire passer une loi interdisant aux Blancs d’adopter des enfants noirs - au nom
de la préservation d’une “culture” noire. Cette loi se révélerait sûrement dommageable pour les enfants,
puisqu’il n’y a pas assez de familles afro-américaines qui désirent ou qui peuvent adopter ces orphelins (Fitzgerald 1995).
[10]
Ogbu & Simons ( 1998 : 173) mentionnent un contraste curieux entre les élèves noirs américains et les étudiants chinois-américains en ce qui concerne leurs modèles. Les Chinois-américains
considèrent comme des modèles les membres de leur société qui ont réussi (minorités professionnelles) alors que les Noirs choisissent des athlètes et des gens du spectacle. II est facile de voir l’influence
des média sur de tels choix.
(Traduction : Camille Montis, supervisée par Claude Carpentier.)