2002
Carrefours de l’éducation
Notes de lecture
✔ KERLAN (Alain), DEVELAY
(Michel), LEGRAND (Louis),
Favey (Éric), Quelle école
voulons-nous ? Dialogue sur
l’école avec la Ligue de l’enseignement. Paris : ESF,
2001,188 p.
Quelle école voulons-nous
est un livre qui propose
un dialogue à quatre,
Louis Legrand, professeur émérite
en sciences de l’éducation,
Michel Develay, professeur en
sciences de l’éducation à Lyon II,
Alain Kerlan, maître de conférences à Lyon II, et Éric Favey,
secrétaire national de la Ligue de
l’enseignement. Sur quoi les protagonistes vont-ils dialoguer ? Sur
l’école en général : les savoirs
qu’elle transmet ou devrait transmettre; les valeurs qui définissent
le sens de ses missions et engagent
son fonctionnement; l’organisation
institutionnelle qui est la sienne,
les défis qu’elle doit aujourd’hui
relever – démocratisation, laïcité,
etc. L’ouvrage présente donc une
réelle ambition thématique. On
peut même penser que chacune des
questions qu’il aborde aurait mérité
un traitement à part, plus approfondi, détaillé et rigoureux. De là,
peut-être, l’allure parfois « journalistique », à force d’être générale, de
ce livre.
Toutefois, les pistes qu’il propose
sont intéressantes et prometteuses.
On connaît certes les positions de
Louis Legrand qui dénonce ici ce
qu’il dénonçait déjà dans les années
1960 : la tradition intellectualiste et
ultra-jacobine de l’école française.
Contre elle, il en appelle avec constance
aux méthodes actives, à une réelle différenciation pédagogique, à la prise en
compte de la totalité des dimensions de
l’enfant (esthétique, sensible, affective,
créatrice, et non pas seulement rationnelle) et à une décentralisation effective
du système éducatif. On connaît également les thèses de Michel Develay sur le
sens qu’il convient de donner à l’école
et sur la nécessaire implication des
élèves dans la construction « démocratique » de la loi dans l’espace scolaire. Il
n’était pas de toute façon inutile de rappeler ces positions et de les faire
connaître un peu mieux, à un public
peut-être un plus large.
Mais on connaît moins l’approche,
pourtant heuristique, qu’Alain Kerlan
fait des questions abordées. Alain Kerlan
tient ici le rôle du philosophe, et il est
déjà en soi réjouissant de voir qu’on
peut tenir ce rôle à propos de l’école
autrement que sur le mode de la nostalgie des humanités classiques et de
l’opposition schématique des savoirs à
la pédagogie décriée comme un pontauxânes. Tout au contraire, A. Kerlan
souligne avec force qu’être philosophe
en éducation, c’est essayer de penser
comment les valeurs pérennes de
l’émancipation des esprits peuvent et
doivent se confronter avec un monde
« postmoderne », une « société cognitive » tendant à instrumentaliser les
connaissances au détriment de leur
dimension proprement formative. Faute
d’une telle confrontation, il ne reste que
deux solutions, aussi mauvaises qu’elles
sont opposées : l’acceptation servile du
monde tel qu’il va et la démission du
rôle éducatif de l’école, ou l’ignorance
du réel et le repli sur un impossible
paradis scolaire perdu. A. Kerlan trace
ici les lignes d’un véritable programme
pour la philosophie de l’éducation : aider
à penser les conditions auxquelles l’école
peut sans perdre son âme relever le défi
démocratique que lui lance un monde
dans lequel sa légitimité ne va plus de
soi. On attend avec impatience les travaux à travers lesquels ce programme
s’accomplira, même si l’on peut trouver discutable, parce que réductrice, la
pensée de la société contemporaine sous
la seule catégorie de « postmoderne » –
mais cela même fait partie du débat.
Au total, Quelle école voulons-nous ?
est un livre stimulant par les questions
qu’il pose et les perspectives de
réflexions qu’il ouvre.
Pierre Kahn IUFM de Créteil
✔ RICH (Joël), Du projet d’école
aux projets d’école, contribution à
l’histoire des transformations de
l’enseignement élémentaire. Pessac :
Presses universitaires de
Bordeaux, 2001,220 p.
C’est une position risquée que
celle adoptée par Joël Rich :
il conteste que la généralisation
du projet d’école au début des
années 1990 ait été l’outil d’une transformation
profonde du fonctionnement
du système scolaire vers plus d’efficacité
et de justice sociale.
Formateur en IUFM, il observe la difficile adhésion des enseignants de terrain
à ce nouveau mode de fonctionnement,
et il met en doute l’existence naturelle
du projet dans leurs pratiques.
Empruntant avec rigueur les
méthodes d’investigation de la sociologie, son analyse des dysfonctionnements
s’attache à en rechercher les causes
jusque dans la pertinence même du dispositif. Il constate que plus de vingt ans
se sont écoulés entre le colloque
d’Amiens, qui a pensé l’établissement
scolaire comme unité de base d’une
révolution administrative et pédagogique, et l’apparition du projet d’école
dont l’idée s’est peu à peu imposée en
France par la conjonction de différents
facteurs : le poids de la recherche en
éducation, l’idéalisation du modèle des
entreprises, l’influence anglo-saxonne
et l’évolution des idées politiques.
Entre 1947 et 1959, le système scolaire est à la recherche d’un projet de
réforme structurelle qui permette l’accès
de tous les élèves au secondaire. Cette
inflexion dans la manière de penser
l’école s’exprime dans le plan Langevin-Wallon, héritier des idées des
Compagnons de l’Université nouvelle
reprises en 1936 par Jean Zay. Si la
structure scolaire demeure inchangée
pendant ces douze années, des exigences nouvelles émergent, telles la
concertation des maîtres, le respect des
rythmes de l’enfant et l’ouverture de
l’école sur le monde extérieur.
Les pratiques pédagogiques évoluent
peu sauf sous la forme d’expériences –
classes nouvelles de G. Monod dans le
secondaire et tentatives locales à l’initiative du GFEN pour le primaire –
Mêmes limitées, elles amènent l’idée,
exprimée par Robert Gloton, que les
apprentissages devraient se fonder pour
l’enfant sur la réalisation d’un projet et
l’utilisation des « méthodes actives ».
Entre 1959 et 1968, le débat prend
une acuité nouvelle suite aux recherches
d’Alain Girard et des sociologues
comme Pierre Bourdieu. La problématique de l’échec scolaire apparaît sous
deux angles, mettant en cause la structure du système scolaire qui reproduit
les inégalités sociales, et les méthodes
pédagogiques suspectées d’être inefficaces et contraires à la psychologie.
Comment amener l’école à un fonctionnement communautaire ? Référence
est faite à la politique des pays anglosaxons dans les zones défavorisées, et
en France au modèle de l’école des
cadres d’Uriage sous le régime de Vichy.
Dans le domaine parascolaire, l’action
éducative de la Fédération des Å“uvres
laïques ou des Francs et franches camarades est déjà imprégnée du modèle
communautaire. La pédagogie institutionnelle basée sur les principes de la
dynamique des groupes prône un fonctionnement en équipe.
Pourtant, remarque Joël Rich, c’est à
propos de la reconversion des mineurs
de Lorraine que Bertrand Schwartz met
au point de nouvelles méthodes d’enseignement : les intéressés s’engagent
dans des projets de formation qu’ils
gèrent eux-mêmes. La voie est ouverte
sur la pédagogie par objectifs reposant
sur l’analyse des besoins et la formulation d’objectifs opérationnels.
Au colloque d’Amiens de mars 1968,
l’évolution du système scolaire est évoquée surtout par rapport aux enjeux
mondiaux scientifiques. C’est cette nouvelle orientation de la demande d’enseignement qui aura raison de la centralisation des activités éducatives.
S’ouvre alors une période d’intenses
recherches entre 1968 et 1981 sous la
pression de l’opinion publique.
L’ouverture des établissements scolaires
s’amorce avec la création des «10 %» et
des CDI. À gauche, on parle de coopération, à droite de concertation, tous
s’accordent néanmoins sur le principe
de donner aux établissements une autonomie accrue. Le Gfen défend activement l’idée de projet pour fonder la
démarche de l’école primaire. Par
contre, le Syndicat national des
Instituteurs se montre prudent quant à
la généralisation d’un tel principe, exprimant la réserve de ses adhérents face
au changement.
Les premiers projets apparaissent sous
la forme de PACTE et de PAE. Enfin le
plan socialiste de 1978 préfigure le fonctionnement global du système scolaire
autour du projet d’école dans le cadre
d’une politique de l’éducation décentralisée. Dans les différentes familles
politiques, le projet d’établissement s’impose comme le seul moyen pour l’État
de se désengager.
Pour Alain Savary, la négociation de
plusieurs enjeux essentiels doit se faire
au niveau de l’établissement scolaire :
la décentralisation qui consiste à redistribuer les responsabilités aux collectivités territoriales, la démocratisation
envisagée sous l’angle de la participation des parents, la lutte contre l’échec
scolaire reposant sur une répartition différenciée des moyens. Encore mal
défini, le projet d’école jette le trouble et
réactive les débats contradictoires. Jean-Pierre Chevènement redonne à l’enseignement sa crédibilité en développant
l’idée d’une évaluation à tous les
niveaux. C’est sous le ministère de
Lionel Jospin et par la loi de 1989 que
cette politique est réellement mise en
Å“uvre. Obligatoire, le projet dépend
étroitement de l’évaluation des progrès
réalisés en matière de réussite scolaire.
La FEN approuve alors l’affirmation de
la responsabilité de l’équipe éducative et
du rôle du partenariat.
Les «158 décisions » de François
Bayrou, le Nouveau Contrat pour l’école
puis le rapport Fauroux prouvent que
dorénavant le projet d’école a toute sa
place dans le champ institutionnel. Joël
Rich observe que les décideurs de l’Éducation nationale, fascinés par la socio-logie des organisations, ont fait le pari
d’augmenter l’efficacité de l’école en lui
appliquant des techniques déjà utilisées
dans l’entreprise.
La deuxième partie de son étude fait
le point sur la mise en place et le fonctionnement des projets d’école dans la
Gironde, « département pilote »
entre 1990 et 1996, et prend la mesure
du décalage existant entre les attentes
qui sous-tendent la loi de 1989 et son
impact réel sur le changement en profondeur du système scolaire annoncé.
Il s’entretient d’abord avec treize inspecteurs départementaux et décèle leur
propre réticence au changement. Ceux-ci mettent en avant la faible formation
des enseignants, les difficultés qu’ils
éprouvent à travailler en équipe, le refus
des directeurs d’école de jouer leur rôle
de relais de l’inspection et la politique
peu claire menée par leur propre hiérarchie. L’évaluation des projets leur
pose problème et ils reconnaissent ne
pas avoir la maîtrise des financements.
Joël Rich procède à l’analyse du
contenu de la partie initiale intitulée
« constats et analyse des besoins » de 23
projets d’écoles de 1990, qui révèle la
capacité des enseignants à définir l’évaluation du projet. Il montre que ce sont
le lien argumentatif entre « constats » et
« besoins » et le niveau rédactionnel des
documents qui différencient les écoles
« à bon projet » des écoles « à projet
faible ». Paradoxalement, les projets
faibles ne sont pas refusés et ne reçoivent que de rares conseils, tandis que
pour les écoles à « bon projet », les commentaires sont plus abondants. Joël Rich
s’applique à mettre en relation la reconnaissance écrite des inspecteurs avec les
moyens de financement obtenus. Il
découvre un accroissement progressif
des écarts au profit des écoles « à bon
projet », à l’opposé du principe fondateur des ZEP : l’attribution de fonds
sanctionne un travail jugé de qualité,
elle n’est pas pondérée par des critères
socio-économiques.
Joël Rich conclut que le projet d’école
n’a pas été en mesure d’apporter une
solution aux difficultés rencontrées par
l’enseignement primaire et s’inquiète
des risques d’élitisme survenant de la
mise en concurrence des établissements.
Son ouvrage fait bien plus que de
dépeindre les désordres engendrés par
l’application de la réforme du projet : il
met en évidence le manque de clairvoyance des différents partenaires de
l’école, dotés il est vrai d’une marge d’action très étroite.
Hélène Duez, UPJV
✔ GIRET (Jean-François). Pour une
économie de l’insertion professionnelle des jeunes. Paris : Éditions
du CNRS, 2001,248 p.
L’auteur propose une grille d’analyse
économique de l’insertion
professionnelle des jeunes,
reposant sur un examen des théories de
la relation formation-emploi, et sur un
état des lieux des travaux empiriques
les plus récents. Il pose deux questions :
quelles sont les causes des problèmes
d’insertion des jeunes et pourquoi certains arrivent-ils à « tirer leur épingle
du jeu » en s’insérant plus rapidement
que d’autres ? Son objectif est de dégager des outils théoriques et méthodologiques susceptibles d’aider à la
connaissance de l’étude de l’insertion
professionnelle, comme problème économique de concurrences inter et intragénérationnelles d’accès aux emplois.
J.-F.Giret dresse d’abord un état des
recherches sur l’insertion des jeunes en
France et s’interroge sur les principaux
faits stylisés qui se dégagent des différents résultats concernant l’insertion.
Ensuite, il développe une réflexion en
deux parties (peu équilibrées): une partie théorique sur l’insertion professionnelle des jeunes; une seconde, empirique, présentant une analyse
quantitative de l’insertion pour une
cohorte de jeunes de niveau IV.
Pour cet expert, travailler pendant les
études accélère l’insertion professionnelle. Le parcours d’insertion s’amorce
déjà au cours de la formation initiale.
Dès leur parcours scolaire, les jeunes
doivent réaliser des arbitrages en matière
de formation : poursuivre ou non des
études complémentaires, trouver un
emploi, suivre des stages. Ces choix,
qui peuvent leur permettre d’accroître
leur formation générale ou de se spécialiser, apparaissent clairement comme
des actes décisifs dans leurs parcours
d’insertion. Le diplôme reste une clé
majeure, effectivement très structurant
dans le parcours d’insertion. À diplôme
égal, le type de filière, la réussite à l’examen de fin d’études et la spécialité ont
une forte influence sur l’insertion des
jeunes. À niveau équivalent, les jeunes
qui échouent à l’examen sont pénalisés
et accèdent plus souvent à des emplois
peu qualifiés et moins rémunérés.
L’auteur propose une approche différente de l’insertion, basée sur les stratégies individuelles plus ou moins rationnelles mises en Å“uvre par les jeunes.
Dans cette optique, il considère l’insertion comme un processus dynamique
d’investissement, non seulement dans la
recherche d’emploi, mais également dans
la formation : les décisions de poursuite
d’études, de choix de filières, de réorientations, les petits boulots auront « déjà »
une importance décisive sur les premières étapes de l’entrée dans la vie
active. Paradoxalement, l’accès à un
emploi précaire joue un rôle d’intégration sur le marché du travail, en compensant des caractéristiques initiales trop
défavorables. Cette première expérience
professionnelle peut modifier la productivité ou le signal du jeune et corriger l’effet de certains signaux ou indices
initialement défavorables, comme la
filière ou l’échec scolaire. La partie empirique de l’ouvrage conduit l’auteur à privilégier un aspect des recherches sur l’insertion : les parcours d’insertion au sein
d’une cohorte de jeunes. La mise en perspective des résultats avec ceux de la littérature empirique amène trois séries de
remarques sur l’exploitation des enquêtes
d’insertion. De manière générale ces
résultats vont d’abord dans le sens d’une
plus grande segmentation des parcours
d’insertion, qui semble d’ailleurs commune à tous les niveaux de formation.
Ensuite, ils conduisent à rejeter un déterminisme absolu de certaines caractéristiques individuelles sur l’insertion professionnelle (âge au moment du bac,
filière, sexe, catégorie sociale des parents,
réseaux familiaux et sociaux, origine géographique). L’influence de ces caractéristiques peut s’estomper au profit de
caractéristiques plus professionnelles,
au fur et à mesure que le jeune se
construit une histoire dans le parcours
d’insertion. Elle peut également s’inscrire dans la logique de recherche et, par
conséquent, varier en fonction de la définition retenue de l’insertion. Enfin, l’insertion dépend, selon l’auteur, en dernier ressort, à des stratégies des
employeurs qui sont souvent absents des
enquêtes longitudinales d’insertion.
L’ouvrage de cet ingénieur de
recherche au CEREQ, développe une
réflexion critique des différentes explications de l’insertion professionnelle
des jeunes. Il propose une approche
longitudinale et une analyse statistique
et économétrique visant à étudier les
différentes stratégies d’insertion parmi
les sortants du système éducatif.
L’application de ces techniques et formules statistiques rend la lecture parfois difficile.
Mohammed Melyani, CURSEP UPJV.
✔ MUSSELIN (Christine), La
longue marche des universités françaises. Paris : PUF, 2001,
« Sciences sociales et sociétés »,
218 p.
Pendant longtemps, l’enseignement
universitaire français s’est développé
au sein des facultés, avec
pour référent quasi exclusif les disciplines.
Les universités n’ont alors pas
été en mesure de s’imposer véritablement
comme des ensembles forts, unifiés,
cohérents et identifiables. Mais
l’évolution est en marche : les établissements
sont enfin reconnus, à la faveur
du mode de pilotage contractuel introduit
par le ministère en 1989. Aussi,
l’université semble désormais possible.
C’est cette histoire des universités
françaises que nous présente Christine
Musselin; une histoire qui n’est pas simplement fondée sur le regard ou le sentiment personnel que peut porter l’auteur sur le monde universitaire en tant
qu’acteur privilégié, mais qui est au
contraire basée sur de nombreuses
enquêtes, menées depuis plusieurs
années au sein même des universités.
Par cette démarche scientifique, l’auteur nous livre une vision dynamique
de l’institution universitaire, probablement plus objective que nombre
d’études qui postulent un impossible
changement pour des universités perpétuellement en crise. Une limite toutefois : Christine Musselin, sociologue
des organisations, centre son propos
sur le mode de gouvernement des universités; cette problématique laisse peu
de place à l’analyse du rôle des étudiants, qui s’imposent pourtant comme
des acteurs majeurs de l’institution et
qui participent à sa gestion.
Dès le moyen-âge, l’enseignement
supérieur fut considéré comme un
domaine relevant de l’État. Par la suite,
les réformes napoléoniennes ont donné
naissance à un système centralisé et uniformisé, au sein duquel a pu s’épanouir,
par le biais des structures verticales
mises en place, une gestion corporatiste
et disciplinaire de la profession. La loi
du 10 juillet 1896, malgré sa volonté
réformatrice, a reconduit le modèle d’organisation napoléonien, et n’a pas plus
permis d’atteindre l’université française;
elle a au contraire établi la « République
des facultés », qui se maintiendra jusqu’en 1968.
Au sein de cette organisation, trois
traits prédominent et interdisent l’émergence des entités universités : une gestion des carrières axée sur les disciplines
et dont l’État se trouve désengagé au
profit des universitaires eux-mêmes, un
rôle prépondérant des doyens de facultés, et une gestion ministérielle centrée
sur les facultés.
La loi d’orientation Edgar Faure de
1968 aurait pu amorcer un processus
de transformation, en créant des universités pluridisciplinaires et autonomes,
et en diminuant par là le poids des
facultés. Pourtant, en instaurant la participation, elle contribua, dans un premier temps, à créer des établissements
politisés, au sein desquels le débat
d’idées prenait souvent le pas sur la
décision et l’action. Puis, les premières
années passées, les universités sont
devenues des établissements « anomiques », gouvernés par des responsables « effacés », et gérés selon le principe de la reconduction de décisions
antérieures, voire même de la non-déci-sion. Enfin, cette réforme de la structure des établissements n’a pas modifié
les relations universités-ministère, l’administration centrale continuant de traiter au niveau des disciplines plutôt
qu’au niveau de l’université, et, en définitive, ne bouleverse en rien l’organisation de la corporation universitaire. La
loi Edgar Faure, à l’image des précédentes réformes entreprises, reste donc
inaccomplie, et participe par là à l’étonnante inertie qui caractérise l’enseignement supérieur français jusqu’à la fin
des années quatre-vingt.
Seules les transformations réalisées
ces douze dernières années font que les
universités françaises sont maintenant
envisageables. Le processus est amorcé :
les établissements tendent à exister parce
qu’ils sont reconnus et dirigés de plus en
plus efficacement; parallèlement, la gestion ministérielle, traditionnellement
assise sur les logiques facultaires et corporatistes recule, maintenant concurrencée par une logique disciplinaire, en
accord avec les politiques d’établissement à visée plus globale.
Plusieurs éléments ont d’abord fait
vaciller l’organisation en place.
L’université française a connu une forte
croissance de ses effectifs depuis les
années soixante. Cette massification a
eu pour conséquence de mettre à mal
l’homogénéité traditionnelle des universités, pour laisser place à des établissements diversifiés. Aussi, face à une
demande de formation croissante et à
cette hétérogénéité grandissante, l’État
a dû avouer ses limites lorsqu’il s’agissait de subvenir seul aux besoins de
l’université. Par ailleurs, les principes
d’uniformisation et d’égalitarisme, toujours d’usage au sein de l’enseignement
universitaire français, sont devenus de
plus en plus difficiles à appliquer par
la tutelle. De sorte que le modèle unique
et centralisateur historiquement en
vigueur est devenu de moins en moins
adapté.
Mais l’évolution majeure réside dans
l’introduction de contrats d’établissements, par une circulaire de mars 1989.
Les universités sont alors placées au
centre du dispositif décisionnel, ce qui
conduit à l’étiolement des logiques disciplinaires.
Depuis 1975, trois initiatives avaient
déjà été prises dans ce sens, sans qu’aucune ne soit parvenue finalement à
réduire le poids des disciplines dans la
prise de décision au niveau du ministère. La démarche de 1989 ne s’inspire
pas de ces expériences, et reste à ce titre
tout à fait singulière. Le succès provient
ici du consensus initial qui s’est établi
parmi les acteurs du système universitaire autour de la notion même de
contrat, seule capable de porter le changement. L’implication effective des différents intervenants a ensuite contribué
à soutenir ce nouvel élan.
La démarche contractuelle de 1989 a
essentiellement abouti à une reconnaissance des établissements, enfin
considérés comme des acteurs à part
entière aux yeux de la tutelle. Cette
reconnaissance ne s’est pas opérée naturellement : elle a été accompagnée, non
sans quelques résistances, de plusieurs
réorganisations au sein même du ministère, visant justement à consacrer le
niveau « établissement » et à doter la
politique de contractualisation mise en
Å“uvre d’une véritable doctrine.
Au-delà des modifications intervenues sur les modes de pilotage ministériel, le succès de la nouvelle politique
engagée revient également aux universités elles-mêmes, et à la manière dont
elles l’ont intégrée et relayée. La contractualisation a ainsi initié une gestion plus
rationnelle de leurs ressources. Elle a
fait naître une dimension collective
d’établissement, une identité, de par les
projets globaux qu’elle a suscité. Elle a
enfin induit une plus grande professionnalisation, tant au niveau des instances décisionnelles qu’au niveau des
présidents d’universités, dont la fonction s’est de la sorte trouvée affirmée.
En résumé, elle a été l’occasion d’un
renforcement du gouvernement des universités.
La « configuration universitaire » que
Christine Musselin met à jour au terme
de cette étude n’est donc pas immuable,
même si certains pôles de stabilité sub-sistent. Les profonds changements que
l’université a connus ces dernières
années attestent que celle-ci peut être
réformée.
Précisément, d’un enseignement universitaire standardisé, construit essentiellement sur les facultés plutôt que sur
les universités, et basé sur un centre étatique et corporatiste où prévalaient des
relations de cogestion, nous sommes
passés à une configuration où l’entité
université existe enfin, et est désormais
capable de mener à bien des projets collectifs, contribuant de ce fait à affaiblir
le poids des disciplines.
Cette évolution maintenant en marche
se heurtera néanmoins, selon l’auteur, à
plusieurs difficultés qui ont essentiellement trait au fonctionnement interne
des universités. D’abord, les directeurs
d’UFR devront se trouver plus systématiquement associés aux décisions
prises, afin de relayer les politiques
d’établissements; cela suppose un renforcement de leurs prérogatives, accompagné d’une plus grande professionnalisation de leur fonction. L’offre de
formation des universités, très hétérogène aujourd’hui, gagnera à devenir plus
réduite et spécifique, afin que chaque
établissement puisse définir, et atteindre,
des objectifs réalistes. Il conviendra
enfin que chaque université ait les
moyens de mettre en Å“uvre les politiques qu’elles mettent sur pied, particulièrement par une gestion autonome
des personnels, enseignants et administratifs. En dernière analyse, l’affirmation d’établissements diversifiés ne
manquera pas d’orienter le ministère
vers d’autres fonctions.
Stéphane Coutant, UPJV.
✔ TERRAIL (Jean-Pierre), De l’inégalité scolaire, Paris : La Dispute,
2002,333 p.
En 1993, Bernard Lahire mettait en
évidence le lien entre culture écrite et
inégalités scolaires. L’échec parmi les
élèves issus des classes populaires s’expliquait par la non-maîtrise de (et la
résistance à) ce rapport scriptural au
monde, à soi et aux autres, institué sur
le long terme par l’État et l’école : en
exigeant une distance critique à l’égard
de la pensée orale et symbolique, l’écriture faisait (ou devait faire) de chacun le
« législateur » de son langage, de ses
idées.
Dans une perspective très proche,
Jean-Pierre Terrail explique les difficultés scolaires par le renoncement de
l’École à exiger le passage – pourtant
nécessaire à tout apprentissage – de
l’oral à l’écrit, du familier au savant, de
l’image à l’idée, du concret à l’abstrait.
On retrouve chez les deux auteurs la
même référence aux travaux de Jack
Goody, les mêmes longs détours par
l’histoire des civilisations sumérienne,
égyptienne, grecque, etc. Toutefois,
Jean-Pierre Terrail n’oppose pas aussi
catégoriquement que Bernard Lahire les
classes populaires aux couches supérieures dans un rapport social de domination.
L’objet original de l’ouvrage est la
dimension proprement cognitive des
interactions pédagogiques. La première
partie s’attache donc à critiquer les
thèses sur les mécanismes extrascolaires
du cursus suivi (ou subi). Ainsi, Boudon
et Bourdieu ont en commun de rendre
compte de l’échec des élèves des classes
populaires par leurs « désistements » et
renoncements au cours du processus
d’orientation. Mais, en fait, les familles
françaises dans leur ensemble adoptent
rarement l’auto-exclusion : au contraire,
au cours du siècle, en vue de la promotion sociale inter-générationnelle,
elles se sont mobilisées toujours davantage pour la réussite scolaire de leurs
enfants – mais encore faut-il que ces
derniers s’approprient l’ambition de
leurs parents. De leur côté, aux
moments de la notation et de l’orientation, les enseignants pratiquent généralement la sélection par l’échec : les
enfants auraient plus ou moins d’aptitudes pour les études en fonction de
l’héritage (ou capital) culturel familial.
Dans le discours officiel (mais aussi officieusement), on ne prétend d’ailleurs
plus que les élèves sont plus ou moins
« doués »: on dit que leur intelligence
est plutôt abstraite ou plutôt concrète.
Mais cela ne fait que créer une ambivalence fondamentale : d’un côté, les pédagogues postulent une éducabilité universelle caractéristique de la nature
humaine; de l’autre, ils reconnaissent
l’existence d’« aptitudes » inégalement
réparties entre les jeunes. En même
temps, les exigences envers les comportements et les performances varient
chez les enseignants en fonction du
sexe, de l’âge et de l’origine sociale des
élèves. Enfin, l’« étiquetage » de ces derniers (bons, mauvais; enfants de cadres,
enfants d’ouvriers) influe sur leur évaluation (notation, redoublement, orientation), sur les attentes des enseignants
(effet Pygmalion) et la composition des
classes et des groupes de niveau. Or,
ces formes de ségrégation sont préjudiciables aux élèves faibles : en effet, audelà de l’effet Pygmalion d’étiquetage,
un effet instructionnel, proprement
pédagogique, mis en évidence par Marie
Duru-Bellat et Alain Mingat, se révèle :
les enseignants offrent les plus riches
contenus d’enseignement aux élèves
jugés brillants, tandis qu’ils adaptent
leurs exposés à la baisse face à des
publics populaires perçus comme peu
portés aux longues études.
La deuxième partie de l’ouvrage procède à une critique de la thèse du handicap socioculturel – dont l’avantage est
de disculper l’école qui, bien qu’unique
et démocratique, reproduit les inégalités de classes. Etant admis le postulat
d’éducabilité universelle, quel
« manque » pourrait être à l’origine de
l’échec des élèves de milieu populaire ?
Celui des contenus ? Mais l’école ne
requiert qu’un minimum de savoirs,
patrimoine largement partagé par l’ensemble des milieux sociaux dans une
société de l’information. Celui des
formes ? Les classes populaires par rapport aux classes supérieures, les
hommes primitifs par rapport aux
hommes modernes, les enfants par rapport aux adultes, verraient leur culture
orale, symbolique, concrète, compromettre leur accès à la culture savante,
conceptuelle, abstraite, qui repose sur
l’écrit. Telle est la conception dominante
chez les pédagogues, qui suivent sur ce
point Piaget et Vitgotsky. En réalité,
outre que parler, c’est raisonner, outre
que la pensée et la parole sont indissociables, l’histoire de l’écriture dans les
sociétés humaines révèle que l’acte
d’écrire n’est pas en rupture avec la
parole, mais qu’il doit intégrer et dépasser celle-ci : l’écriture exige un rapport
métacognitif au langage, implique une
distance critique par rapport à l’oral. Ce
dépassement ne peut être opéré que
dans une institution : l’école. Or, cette
dernière ignore les capacités langagières
et la maîtrise narrative des jeunes
enfants, qui, quelle que soit leur origine
sociale, exercent à travers le récit
(entendu ou construit) leurs facultés
logiques, conditions premières de l’apprentissage. Le succès des élèves issus
des classes supérieures et la mission de
l’École reposent finalement sur ce principe : le langage est une matière à travailler, et pas seulement un instrument
de communication.
La troisième partie de l’ouvrage
montre comment l’école fabrique les
inégalités scolaires en s’adaptant à ses
publics – généreuse intention aux effets
pervers. Au cours de la massification de
l’enseignement, sous la pression des
nouveaux collégiens et lycéens
accueillis, l’enfant a été placé au centre
du système éducatif (loi d’orientation
de 1989). Or, ce puérocentrisme réduit
la tâche pédagogique à la motivation
(au détriment de la cognition) des sujets
apprenants dans une autosocioconstruction de leurs savoirs mue par
le désir…
Au collège et au lycée, à travers les
filières hiérarchisées, les classes et
groupes de niveaux, au moyen de
l’orientation (redoublement, enseignement professionnel), l’école combine
démocratisation de l’enseignement et
maintien des inégalités scolaires. Or,
c’est dès l’origine du parcours, dans le
primaire, que se jouent les destins scolaires : au moment de l’entrée dans la
culture savante écrite. Pourquoi une
telle sélection des élèves tout au long
de leur parcours ? Après-guerre, montre
Jean-Pierre Terrail, l’objectif de l’école
unique était davantage l’efficacité économique (former les professionnels
nécessaires à la reconstruction de l’industrie nationale) que la justice sociale
(garantir l’égalité d’accès à la culture
légitime). C’est, aujourd’hui encore, la
priorité de la thèse libérale qui vise
davantage la formation de compétences
que la transmission citoyenne du patrimoine intellectuel national. La notion
confuse et faussement scientifique
d’« aptitude » a servi à organiser et légitimer l’orientation-sélection des élèves
(par l’échec). Aujourd’hui encore, elle
est à l’origine de l’effet instructionnel : en
adaptant la qualité de leurs cours à leur
public d’origine populaire supposé peu
apte, les enseignants renoncent à arracher les élèves à la culture orale,
concrète, symbolique, pour les initier à
la culture écrite, abstraite, conceptuelle.
En effet, si les travaux de Charlot,
Bautier, Rochex ont eu le mérite de
mettre l’accent sur le rapport au savoir
des élèves dans l’explication de l’échec
scolaire, Terrail préfère s’interroger sur
le rapport au savoir… des enseignants.
Il critique alors la réduction de l’école à
sa fonction sociale d’intégration, voire de
traitement des problèmes sociaux et
familiaux. Il montre surtout que la pédagogie du concret, supposée particulièrement adaptée aux enfants des classes
populaires et reposant sur la contextualisation des savoirs, compromet l’acquisition des concepts académiques au
nom de l’expérience des images familières et l’analyse argumentée au nom
de la description illustrée, en privilégiant la sensation par rapport au sens,
l’image par rapport à l’idée, l’émotion
par rapport à la cognition. Or, l’enseignement qui s’appuie sur le concret
pour faire accéder à l’abstrait fait fausse
route : comprendre ne consiste pas à
associer des mots à des choses, des idées
à des images, mais, comme l’a montré
Saussure, à articuler des concepts, – ce
que font les enfants dès leur plus jeune
âge. C’est pourquoi, dans l’apprentissage de la lecture, la méthode syllabique
(le décodage graphophonologique, la
lecture à haute voix) est préférable à la
méthode compréhensive qui prétend
anticiper sur l’intention de l’auteur à
partir d’indices saisis dans le texte ou
hors du texte.
Au-delà de la mobilisation familiale
et des effets d’étiquetage, la réussite scolaire est d’abord conditionnée par le
rapport au langage et à l’écrit qui
ouvrent à la compréhension du sens, et
donc à l’apprentissage. La thèse de J.-P.Terrail est tout aussi péremptoire que
celle de B. Lahire dans la recherche de
la cause première des inégalités scolaires, phénomène pourtant complexe.
Au terme de l’enquête, tout au moins,
l’École unique ne peut plus se prétendre
impuissante à lutter contre l’échec scolaire; en mettant l’accent sur les contenus, elle peut réinvestir sa mission
démocratique de transmission des
savoirs à tous, quel que soit le milieu
social.
Emmanuel Peignard, université de Bourgogne
✔ LAVAL (Virginie). La psychologie du développement. Modèles et
méthodes. Paris : Armand Colin.
2002,192 p.
Ce manuel, destiné aux étudiants
en psychologie ainsi qu’aux étudiants
en formation dans les
IUFM et dans les écoles d’éducateurs
spécialisés et de travailleurs sociaux,
présente les principales théories de la
psychologie du développement ainsi
que les méthodes afférentes à cette discipline.
Trois théories de référence (le modèle
structuraliste et constructiviste de Piaget,
l’approche psychosociale et globale de
Wallon, la perspective historicoculturelle de Vygotski et Bruner) y sont abordées dans les trois premiers chapitres.
Les concepts clés et les principales
notions de chacune de ces théories font
l’objet d’une présentation détaillée
répondant à un souci de clarté didactique. L’intérêt principal de cette présentation réside dans les éléments de
comparaison entre les différentes
approches proposées au lecteur.
Les chapitres suivants sont consacrés
à l’expérimentation, l’observation et la
méthode des tests, présentées comme
les principales méthodes utilisées en
psychologie du développement.
La dernière partie du livre réunit un
ensemble d’extraits de textes théoriques
et de recherches récentes en lien avec
les notions exposées, assorti d’indications bibliographiques, de conseils
méthodologiques, de commentaires,
d’explications de nature à faciliter l’appropriation par le lecteur des notions
abordées.
La lecture de ce manuel devrait, dans
une première étape, constituer une ressource utile, pour les étudiants concernés, pour appréhender les théories classiques du développement. La
sensibilisation à des travaux plus récents
de nature à remettre en cause certains
aspects des théories évoquées (notamment pour ce qui concerne la perspective piagétienne) pourrait constituer une
seconde étape. L’auteur indique, en
introduction, ne pas avoir souhaité
aborder, dans le cadre de cet ouvrage,
ces aspects, qui, à eux seuls, pourraient
faire l’objet d’un autre manuel susceptible d’élargir la vision proposée ici de la
psychologie du développement, ce qui
nous emmènerait probablement au-delà
du premier cycle universitaire auquel
cette collection apparaît destinée.
Christine Berzin. Cursep, UPJV
✔ AUTIQUET (Michel), Platon. Éros
pédagogue, Paris : Hachette, coll.
« Portraits d’éducateurs », 2000,
151 p.
Peu d’ouvrages de spécialistes ont
été consacrés à la théorie de l’éducation
de Platon alors qu’on ne
compte plus les travaux portant sur sa
théorie des Idées ou sa philosophie politique.
La difficulté à traiter spécifiquement
de sa théorie de l’éducation a sa
raison d’être : celle-ci semble, en effet,
toujours susceptible d’une double
réduction, à la « philo-sophie » elle-même d’une part, comme désir de la
sagesse, à la politique d’autre part,
comme science du gouvernement de soi
et des autres. Dans cette perspective,
l’ouvrage de Michel Autiquet s’impose
comme particulièrement clarifiant. Sans
méconnaître, bien au contraire, la cohérence d’ensemble de l’Å“uvre, l’auteur
se propose de l’éclairer à partir du thème
central de l’éducation. Car la préoccupation éducative n’est, dans les dialogues de Platon, ni marginale, ni dérivée : comme le rappelle l’auteur,
l’éducation est pour Platon l’unique
grande chose (République, 423 e).
Dans l’exigence d’éducation s’enracine l’affrontement avec les sophistes.
S’ils n’ont pas la part belle, dans les dialogues de Platon, leur résistance est toujours une incitation à penser et le moyen
pour Socrate de mettre en évidence les
vertus du dialogue. La résistance de
Socrate elle-même, la manière dont il
fait barrage en bien des occasions au
discours des sophistes vise à circonvenir la « performance sophistique » et à
imposer la forme dialoguée, c’est-à-dire
un usage de la parole qui n’est réglé que
sur la seule norme de la vérité. L’enjeu
de la joute est toujours l’éducation dont
il s’agit, pour Socrate, de déplacer les
conditions : du savoir vers la sagesse,
de l’enseignement vers l’apprentissage,
de la rhétorique vers la dialectique, de
l’apparence vers l’essence, de l’avoir vers
l’être, du relativisme utilitariste vers la
quête des valeurs. Le but de l’éducation
n’est pas « d’équiper l’esprit pour une
carrière d’homme d’État ». L’éducation
est éducation de l’âme; elle sert à « bien
disposer l’âme » pour permettre à la
vérité de « s’imposer d’elle-même ».
Seule la dialectique est à même d’opérer cette conversion. La dialectique ne
crée rien, n’enseigne rien, elle n’est
qu’un exercice qui permet à chacun de
retrouver en soi la part divine, oubliée,
enfouie, obscurcie. D’où le déplacement
du rapport au savoir et à l’ignorance :
l’ignorance n’est pas absence de savoir,
mais ignorance d’elle-même; en tant
que telle, elle est le premier et le plus
puissant obstacle à la recherche de la
vérité et du bien. Le savoir est dans
notre âme, « il doit être engendré en soi
et pour soi, dans un rapport à soi de
type particulier ».
En somme, l’éducation se marque par
le souci de soi. La dimension érotique
de l’éducation, indissociable de la dialectique permet de comprendre en quoi
elle est « culture ». Aucun philosophe
peut-être n’a mieux compris ni explicité cette dimension anthropologique
fondamentale de l’éducation dans la
mesure même où elle est assimilée à un
engendrement et un ensemencement
de l’âme. L’ascèse érotique est, à côté
de la dialectique, le plus puissant moyen
de nous élever aux réalités divines à partir de celles d’ici-bas. L’amour du Beau
est le meilleur chemin de l’éducation,
d’autant plus privilégié qu’il est universel. La beauté sensible fait signe vers
la beauté intelligible parce qu’il y a en
elle quelque chose de divin. Elle est, icibas, la trace du divin.
Comme cheminement dialectique et
érotique, l’éducation a une vertu au plus
haut point émancipatrice, quand bien
même elle ne peut s’accomplir sans
risques et sans souffrances : « mourir au
sensible », cela implique une « conversion souvent douloureuse de nos intérêts et de notre façon de vivre ». Si l’éducation cependant est un dispositif visant
à réformer les individus, elle n’a pas un
caractère privé. Sa finalité est nécessairement publique car elle est le moyen de
faire les meilleurs gouvernants et les
meilleurs citoyens qui soient. La dimension politique de l’éducation est par là
inévitable : le meilleur gouvernant sera
pour Platon celui qui possède la science
et par là la sagesse de diriger la Cité
selon cette science. Michel Autiquet s’attarde longuement sur l’utopie éducative de la République. La République
est-elle un traité d’éducation, comme le
pensait Rousseau, ou un traité de philosophie politique ? Selon l’auteur, les
thèses de Platon dans la République,
commentées et controversées de
Nietzsche à Hannah Arendt et Cornélius
Castoriadis, supposent une « confusion
entretenue entre éducation et politique »
à l’origine des excès et des thèses parfois
insoutenables de l’ouvrage : communauté des femmes et des enfants, abolition de la vie privée, eugénisme, « totémisation des institutions et des
gouvernants ». Cette confusion ne prend
sens que rapportée à « la haine de Platon
pour la démocratie ». La République en
effet propose un modèle d’éducation et
d’organisation politique rien moins que
démocratique en ce qu’elle distingue
une éducation pour la masse des
citoyens pensée et voulue comme un
conditionnement à l’obéissance, et une
éducation pour les futurs gouvernants,
ceux qui, parce qu’ils sont dotés du
« naturel philosophe » auront accès à la
raison d’être des choses et à la raison
tout court. Cette double éducation platonicienne permet de différencier une
aristocratie rationnelle, seule apte à gouverner, à décider, à délibérer, à choisir,
l’excellence de la cité dans son ensemble
ne procédant que de ceux qui savent.
La République donne ainsi à voir les
renversements dont est traversée la théorie de l’éducation de Platon : « l’éducation, de moteur d’émancipation, peut
se transformer en moyen de former des
individus soumis qui font d’eux-mêmes
ce que l’on attend d’eux ».
Étonnante est, d’après Michel
Autiquet, la cécité de ceux qu’il appelle
les « zélateurs de l’éducation platonicienne » à cette dimension de la pensée
de Platon, cécité qui a peut-être sa raison d’être « dans une certaine convergence de l’aristocratie rationnelle de
Platon et de l’élitisme moderne ». Cet
élitisme rationnel sous couvert d’une
égalité d’accès à la raison semble en tout
cas s’être diffusé précocement dans l’enseignement de la philosophie en France
à travers ce qu’on a appelé la « méthode
socratique » ou « maïeutique » ou
« méthode interrogative ». Bien que peu
pratiquée par les professeurs de philosophie parce que d’un usage difficile,
elle a été, depuis Victor Duruy, considérée comme la méthode d’enseignement par excellence. À la fin du
XIXe siècle, au moment de la rénovation
de l’enseignement primaire, son principe se répand pour les écoles primaires
élémentaires et les écoles normales sous
la plume des philosophes Gabriel
Compayré ou Henri Marion. La figure
d’un Socrate, symbole de la liberté de
la pensée s’impose dans l’univers scolaire, donnant naissance, peut-être, à
un mythe et à une fascination qui se
sont répandus sur la théorie de l’éducation de Platon et ont contribué à en
occulter les difficultés et les dangers.
Laurence Loeffel, CURSEP, UPJV.
✔ DÉGUIGNET (Jean-Marie), 1834-1905. Mémoires d’un paysan Bas-Breton. Ergué-Gabéric : An Here,
1999,462 p.
✔ DÉGUIGNET (Jean-Marie),
Histoire de ma vie. L’intégrale des
Mémoires d’un paysan Bas-Breton.
Ergué-Gabéric : An Here, 2001,
943 p.
Rien ne destine Jean-Marie
Déguignet né en 1834, dans une
famille paysanne pauvre de la
région de Quimper, à rédiger ses
mémoires. Et pourtant par deux fois, il
retrace l’histoire d’une vie dont il est
fier. Cette fierté ne vient pas d’une
ascension sociale puisqu’il meurt dans
le plus complet dénuement; elle s’appuie sur le sentiment d’avoir vécu une
vie hors d’un ordinaire et d’un oubli qui
devaient être son lot. Trop pauvre pour
aller à l’école, il découvre qu’il peut
apprendre, seul, à lire et à écrire. Breton,
il n’a de cesse d’apprendre le français.
Dominé, il vote républicain dans une
terre conservatrice. Anticlérical et athée,
il tonne contre une Bretagne asservie
aux prêtres. Ce récit de vie intéresse
l’histoire de l’éducation. Il témoigne de
ces apprentissages faits hors de toute
institution, bricolés au cours des années
et mis en scène dans des mémoires qui
donnent une dignité refusée au départ;
il fait entendre la voix des humbles si
faiblement audible.
À 10 ans, Jean-Marie mendie puis
garde les vaches. À 20 ans, il s’engage,
par deux fois, dans l’armée de
NapoléonIII. Il voyage ainsi en France,
combat en Crimée et en Italie, participe
au maintien de l’ordre en Algérie et fait
partie de l’aventure mexicaine. Faute de
pouvoir signer un troisième engagement, il rentre à Quimper en 1868. Très
vite marié et chargé d’une famille nombreuse, il tient à ferme une exploitation
agricole. Mais, à 48 ans, un accident le
contraint à trouver des activités moins
pénibles physiquement. À 53 ans, veuf
depuis quelque temps, il se retire dans
un galetas à Quimper et commence à
« gribouiller » le récit de sa vie. Peu de
temps avant de mourir, le 29 août
1905, il écrit : « Mon temps n’a pas été
tout perdu comme on a pu le voir dans
le cours de ces récits. »
À 9 ans, Jean-Marie apprend à lire en
breton avec sa mère. Il parfait cet
apprentissage auprès d’une « vieille fille »
qui dispense gratuitement ce savoir aux
enfants du village. Le curé lui offre un
livre de messe bilingue, breton-latin
que, bientôt, il connaît par cÅ“ur. Il a
16 ou 17 ans quand, seul et en cachette,
il apprend à lire et à écrire en français,
en un temps où la langue bretonne se
fixe dans l’écrit en suivant un mouvement celtisant né en Europe dans les
milieux intellectuels de la seconde moitié du XVIIIe siècle; revigoré par l’image
romantique du barde, ce mouvement
magnifie les racines populaires des cultures européennes étouffées par la tradition savante gréco-latine. Déguignet,
lui, n’a pas de mots assez durs contre
une langue bretonne « pauvre en mots »
et incompréhensible aux Bretons eux-mêmes. Il n’a que sarcasmes pour la
mode qui veut que les élites parisiennes
glorifient une langue « barbare » qui
isole « les pauvres Bretons ». Par opposition, Déguignet aspire à la culture classique dispensée dans l’ordre secondaire
de l’enseignement. C’est l’armée qui lui
fournit des occasions d’accéder à des
compétences dignes d’un jeune homme
de bonne famille, à la différence près
que Déguignet fait ses classes à 20 ans
passés et qu’il les mène de front avec sa
vie d’adulte.
Pour expliquer cette acquisition de
savoirs qu’il n’aurait jamais dû faire,
Déguignet avance une explication qui,
comme dans un conte, ne peut être que
magique tant est fort en lui le sentiment
de transgresser un interdit social. En
1843, une mauvaise piqûre d’abeille lui
laisse une cicatrice qui devient « l’ouverture » où passe le savoir. Il est étonnant de voir combien cet homme qui
proclame son souci de rationalité, s’attache à une explication qui en manque
si peu. À l’abeille, Déguignet ajoute une
compétence innée : une « incroyable
mémoire ». Hormis le court temps
d’école au village, les modes d’apprentissage de Déguignet dérogent au mode
simultané. Soit il s’instruit seul, soit il
apprend dans une relation duelle où
maître et disciple s’apprécient mutuellement, le premier reconnaissant au
second des capacités hors du commun
et le second goûtant d’être tenu tel étant
donné son milieu d’origine. La rencontre décisive se fait lorsqu’il a 22 ans.
Après le siège de Sébastopol, malade, il
fait la connaissance d’un caporal qui a
suivi le cursus élitiste de l’enseignement
secondaire. Ce maître de hasard qui
explique « d’une façon claire et intelligible », trouve un élève à « l’esprit
inquiet et chercheur » qui apprend vite
avec « goût » et « volonté ». Déguignet
reconnaît qu’il est redevable à l’armée
de cette fructueuse rencontre. L’armée
est bien l’école des pauvres, pour peu
que ces derniers montrent des dispositions. Après la pauvreté, Déguignet
identifie le second frein à l’acquisition de
connaissances : les Bretons soumis au
clergé catholique. Il ne lésine pas sur la
description de ces ennemis du savoir,
« sauvages » de l’Armor ou « ignorants
et abrutis » de l’argoat, tous soumis aux
« charlatans noirs [qui] veulent toujours
cacher la vérité au populo ».
Si la vie de Déguignet telle qu’il la
présente, prend des allures de conte
avec un héros, l’objet d’une quête, des
aides et des ennemis, l’histoire finit mal
même si le héros se marie et a beaucoup d’enfants ! Les savoirs acquis par
autodidaxie donnent à Jean-Marie un
capital intellectuel qui n’est source ni
d’aisance matérielle ni d’ascension
sociale. En revanche, elle donne à
Déguignet la dignité et la conscience de
sa propre vie. C’est sa manière à lui de
transcender sa position inférieure dans
l’échelle sociale. Il sait qu’il appartient à
la classe des dominés. Dans son invention de soi, s’il acquiert des connaissances, ce n’est pas désir de quitter sa
classe d’origine, mais pour ne pas être
dupe et pour avoir la satisfaction d’avoir
su se servir de ses dons et de sa raison
afin d’assumer sa condition de pauvre.
Sa seule richesse tient dans une position dont il dit ne jamais avoir dérogé :
il est un homme debout dans une
société de classes qui le destinait à vivre
couché. Il écrit pour témoigner à la
place de l’innombrable peuple des
pauvres qui ne peut en faire autant. Car
Déguignet souhaite être lu. Il craint pour
la postérité de ses écrits qu’il imagine
livrés aux souris, oubliés dans une
armoire.
Déguignet rédige ses mémoires plus
de dix ans après le vote des lois Ferry.
Bien que républicain convaincu,
Déguignet a l’enthousiasme modéré
même s’il envoie à l’école ses garçons.
Son adhésion à la laïcité est pleine et
entière. La gratuité lui paraît une lourde
charge pour l’État. L’obligation le laisse
sceptique car l’instruction ouvre les yeux
à des malheureux que la société laisse
ensuite sur le bord du chemin. Cette
position montre aussi combien
Déguignet valorise l’autodidaxie que
l’obligation scolaire peut rendre inutile,
niant ainsi ses efforts personnels. À l’extrême fin de sa vie il propose sa
« méthode »: « J’affirme que le premier
venu peut, avec un peu de goût et de
volonté, apprendre toutes ces choses
[…] sans maître ni professeur, et sans
qu’il en coûte un centime à personne. »
Point de maître, point de locaux, point
de livres car un seul suffit : celui de « la
Nature » qui pose les bonnes questions.
Les mémoires de cet autodidacte présentent une richesse propice à des
recherches touchant à différents
domaines : replacer leur auteur dans
l’approche de l’autodidaxie et de ses
caractéristiques, travailler sur la langue
de Déguignet et les liens qu’elle entretient avec le discours rhétorique et le
discours populaire, prendre en compte
cette rare parole de soldat du XIXe siècle,
mettre en regard Jean-Marie Déguignet
et Pierre Jakez Hélias dans leur
approche de la Bretagne, en se souvenant que le second né en 1914 (soit
deux générations d’écart), fait de
brillantes études secondaires couronnées par une agrégation de lettres, analyser les raisons du succès de librairie
remporté par cet ouvrage qui satisfait
sans doute la quête d’authenticité à l’égal
de la réédition d’un succès des années
soixante-dix, Le pape des escargots du
bourguignon Henri Vincenot, préciser
les conditions particulières de la réception de ce livre en Bretagne et dans les
milieux régionalistes à l’heure où le
débat sur les langues régionales reprend
vigueur.
À la fin de ses mémoires, Déguignet
pose la question : « Que vont devenir
ces longs écrits ?» Rassurez-vous
Monsieur Déguignet, nous lisons vos
mémoires avec intérêt, plaisir et souvent avec amusement devant la saveur
de votre langue et de vos néologismes.
Vous souhaitiez être encore lu « dans
cinquante ans, cent ans, mille ans et
plus », vous disposez d’ores et déjà d’un
centre de recherche (Centre de
recherche et de documentation Jean-Marie Déguignet, 3 rue Kerdévot, 29500
Ergué-Gabéric, Tél. : 0298666599, email : ccentre. deguignet@ wanadoo. fr,
site internet :
http :// www. deguignet. org/ extraits/ inedi)
Brigitte Dancel, CIVIIC, université de Rouen
Comme à l’accoutumée, le service
d’histoire de l’éducation
(INRP/ENS) offre aux chercheurs
une moisson d’ouvrages utiles et qui
facilitent le travail quotidien. Il en va
ainsi du livre de Patrick Dubois (aidé
d’Annie Bruter) Le Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire de
Ferdinand Buisson, Répertoire biographique des auteurs. (INRP, 2020,2002
p 202 p.). En attendant une réédition
sous forme de cédérom (comme, par
exemple pour le Dictionnaire encyclopédique du XIXe siècle de Pierre Larousse)
de l’ensemble des deux éditions du
Dictionnaire de pédagogie, Patrick Dubois,
spécialiste de ce monument, nous invite
à un parcours dans le maquis des
auteurs connus et inconnus qui ont
« fait » ce dictionnaire. On rendra certes
hommage à Ferdinand Buisson, initiateur de l’entreprise, mais on n’oubliera
pas de souligner le rôle décisif de James
Guillaume, véritable architecte de l’ensemble qui assura avec constance le
secrétariat de rédaction. Ce que met au
jour ce répertoire, c’est que les auteurs
de ce dictionnaire, constituent un véritable réseau social et intellectuel. Ce
réseau s’est renouvelé, soit par l’adjonction de nouveaux membres, soit
par l’évolution idéologique des membres
plus anciens, si bien que le Dictionnaire
est devenu « le porte voie de la nouvelle
législation et de la réforme pédagogique ». On le sait, grâce en particulier
aux travaux de Patrick Dubois, la genèse
de l’Å“uvre est pour le moins complexe :
deux éditions, la première est passée de
1000 pages à 5600, ce ne sont pas
moins de 2600 articles qui ont été rédigés par 359 auteurs différents. On
découvrira aussi, grâce aux biographies
plus ou moins développées, en fonction des informations disponibles, le
cheminement intellectuel et idéologique
de ces auteurs connus ou non, aux professions et convictions variées, mais tous
en accord sur un point : développer
l’école primaire en France.
Guy Caplat et Bernadette Lebedeff-Choppin complètent l’Å“uvre prosopographique entreprise il y a bientôt vingt
ans en présentant non pas un dictionnaire biographique mais une description et une analyse minutieuse de ce
qu’est L’Inspection générale de
l’Enseignement supérieur au XIXe siècle
(INRP, 2002,318 p.). Institution
aujourd’hui bien oubliée qui sombra
dans les affres de la Grande Guerre, cette
institution est ici analysée avec beaucoup de minutie grâce à une source trop
souvent négligée, les rapports d’inspection. On en lira ici un descriptif
complet avec pour chacun d’entre eux
outre les nécessaires références archivistiques, l’auteur et les principaux
thèmes. En réalité cet ouvrage est bien
plus que ce que l’apparence laisse donner à penser : il s’agit d’une véritable
histoire de l’enseignement supérieur qui
ne se limite pas, loin s’en faut, aux facultés, mais également aux écoles préparatoires qui, longtemps, furent le seul
véritable enseignement supérieur dans
nombre d villes de province.
Gérad Bodé publie le second tome (en
deux volumes) d’un ouvrage dont le premier tome était paru en 1987
L’Enseignement technique de la Révolution
à nos jours, 1926-1958(INRP/Economica,
2002,618 p. et 715 p.). Devant le foisonnement et la complexité de la législation et de la réglementation, il a fallu
deux volumes, le premier donnant une
sélection des textes officiels ainsi qu’un
solide état des sources et une bibliographie, le second un classement thématique des textes. L’introduction est en
soi un essai historique qui synthétise les
principales découvertes en la matière :
évolution, des formations, réflexion sur
l’enseignement technique comme
« ordre », liens avec l’apprentissage, finalités et principaux personnages constitutifs de cet enseignement. On découvre
ainsi, à la lumière des textes ici proposés, combien les pouvoirs publics se sont
impliqués de façon croissante en matière
d’enseignement technique et professionnel, après le vote, en 1919 de la loi
Astier. C’est la raison pour laquelle les
116 textes sélectionnés l’ont été parce
qu’ils étaient les plus représentatifs de
la politique officielle. En définitive, tout
concourt à monter que l’enseignement
technique n’a jamais réussi à devenir le
véritable quatrième « ordre » d’enseignement auquel il aspirait et ce, malgré
le rôle et le poids de grandes associations nationales ou la figure de quelques
grands directeurs de l’enseignement
technique. Soulignons, enfin, que d’une
certaine manière il s’agit d’un ouvrage
de transition, en marche vers une base
de données qui pourrait être mise en
place ultérieurement.
Yves Cambefort offre à la lecture un
ouvrage qui permet de « circuler » dans.
le dédale des ouvrages scientifiques :
L’Enseignement de la zoologie, entre philosophie et leçon de choses, les manuels
pour l’enseignement secondaire de 1794
à 1914 (INRP, 2002,110 p.). Il s’agit
d’une manière d’histoire de la discipline
au travers des manuels (dont il nous est
donné à lire ici où là des extraits), replacés dans une perspective historique
d’ensemble, un peu comme les jalons
d’une histoire. Il ne s’agit pas ici d’analyser le contenu idéologique des
manuels, mais d’examiner comment une
partie d’entre eux (environ 30 % sont
ici pris en compte) contribuent à la
constitution d’une culture scientifique
scolaire puisqu’il s’agit de comprendre
la zoologie enseignée.
Bruno Poucet, CURSEP, UPJV.