2002
Carrefours de l’éducation
La formation des enseignants à l’interculturel : modèles et pratiques
Milena Santerini
université catholique, Milan, Italie
L’é d u c a t i o n
interculturelle
dans l’école
présente un
lien étroit avec
le modèle de
nationalité
qu’une société
exprime. La formation des ensei
gnants doit pourtant affronter les problématiques interculturelles de ce
point de vue aussi, en mettant en relation les cultures et le projet civique
d’une nation dans un contexte global. Comme caractéristique particulière du cas italien, on peut observer
que dans le processus d’intégration
des immigrés ce n’est pas un choix
« fort » d’assimilation dans le système politique national qui a prévalu.
Afin de proposer des innovations
dans la formation initiale et continue
des enseignants il faut ainsi éclairer
la place attribuée actuellement, dans
le cursus scolaire et dans la formation, aux thématiques interculturelles
et à celles de la nationalité, pour bâtir
des modalités formatives qui puissent intégrer la dimension interculturelle dans le plus vaste problème
de l’éducation à la citoyenneté dans la
société globale.
Du point de vue de la place de l’interculturel dans le curriculum scolaire, l’Italie ne fait pas exception par
rapport aux autres situations européennes, qui voient la pluralité linguistique et culturelle reléguée à une
dimension marginale au lieu d’être
considérée comme constitutive.
On veut approfondir l’approche selon
laquelle l’interculturel doit être relié
au point de vue plus large de la
citoyenneté, aussi bien dans le cursus scolaire que dans la formation
des enseignants. En particulier, c’est
la dimension interculturelle qui doit
être développé et intégrée dans le cursus de l’éducation à la citoyenneté et
dans la formation des enseignants.
Intercultural education at school is
closely linked to the model of
nationality that is expressed by a
society. However, the training of
teachers also has to tackle intercultural
problems from this point of view, by bringing
together different cultures and the civic
project of a nation in a global context. As a
particular characteristic of the Italian case,
we can observe in the process of integration
of immigrants, it was not a "strong" choice
of assimilation in the national political system
that prevailed.
In order to propose innovations in the initial
and in-service teacher training, we must thus
highlight the place now given to themes of
interculturality and nationality in the school
curriculum and in training, so as to build
formative modalities which can integrate the
intercultural dimension in the wider problem
of citizenship education in society as a whole.
From the point of view of the position of the
intercultural in the school curriculum, Italy is
no different from other European situations
which see linguistic and cultural plurality
relegated to the margins rather than being
considered as an essential part.
We will develop the approach which states that
the intercultural must be linked to the wider
point of view of citizenship, in the curriculum as
well as in teacher training. In particular, it is
the intercultural dimension which must be
developed and integrated in the programme for
citizenship education and in the training of
teachers.
Die Vermittlung von Interkulturalität in
der Schule hängt eng mit dem
Nationalitätenmodell einer Gesellschaft
zusammen. Die Ausbildung der
Lehrkräfte muss sich dennoch auch von diesem
Standpunkt aus mit den Problematiken von
Interkulturalität befassen und dabei das Kulturelle
und das Bürgerschaftskonzept einer Nation in einem
globalen Kontext miteinander in Verbindung bringen.
Als Besonderheit des Falls "Italien" lässt sich
beobachten, dass bei dem Integrationsprozess der
Einwanderer im Grunde keine "bewusste"
Assimilationsentscheidung innerhalb des politischen
Systems Italiens vorherrschend gewesen war.
Um Neuerungen in der Primär- und Weiterbildung
der Lehrkräfte vorzuschlagen, muss auch der Rolle
Beachtung geschenkt werden, die die Interkulturalitätsund die Nationalitätsthematiken in der Schule und
in der Ausbildung gegenwärtig spielen. Nur so lassen
sich prägende Modalitäten schaffen, die die
interkulturelle Dimension in das größere Problem
der bürgerschaftlichen Erziehung innerhalb der
Gesamtgesellschaft integrieren können.
Hinsichtlich der Stellung der Interkulturalität in
seinem Schulwesen nimmt auch Italien gegenüber den
anderen europäischen Staaten keine Sonderrolle ein.
Hier wie dort hat die Sprachen- und Kulturvielfalt
nur sekundäre Bedeutung, anstatt einen konstitutiven
Platz einzunehmen.
Unser Ansatz geht davon aus, dass die
Interkulturalität sowohl in der Schule als auch bei
der Ausbildung der Lehrkräfte an die umfassendere
Perspektive der Staatsangehörigkeit angebunden
werden sollte. Insbesondere sollte die interkulturelle
Dimension entwickelt und in das Unterrichtsgefüge
des Bürgerkundeunterrichts und in den
Ausbildungsweg der Lehrkräfte integriert werden.
Des synthèses d’ensemble valables (Rey 1986 ; Ouellet 1991 ;
Clanet 1993 ; Allemann-Ghionda, Perregaux, de Goumoens
1999 et d’autres) ont été élaborées sur la formation des enseignants
à l’interculturel. Ceux qui ont en charge cette matière
s’entendent pour chercher des tableaux de référence théoriques
au lieu de se baser sur des recettes pédagogiques ou
didactiques préconfectionnées (Dasen 2000).
Je voudrais souligner que l’éducation interculturelle à l’école présente un lien étroit
avec le modèle de citoyen national qu’une société exprime : identité, idée d’intégration,
droits, modalités de participation à la vie citoyenne (Gagnon, Pagé 1999).
Les enseignants interprètent ce modèle et mettent en évidence les incertitudes que
l’État lui-même manifeste pour le définir. La formation des enseignants doit pourtant
affronter les problématiques interculturelles de ce point de vue aussi, en mettant
en relation les cultures et le projet civique d’une nation dans un contexte global.
Les difficultés et les insuccès de l’éducation à la nationalité dans différents pays
du monde – y compris en Italie – montrent la difficulté d’élaborer un modèle de
nationalité adapté à la société globale et mettent en évidence le retard avec lequel
on repense le rôle de l’école, temple de la culture nationale, comme lieu de pluralité linguistique et culturelle.
La caractéristique particulière du cas italien, est que dans le processus d’intégration
des immigrés, ce n’est pas un choix « fort » d’assimilation dans le système politique national qui a prévalu. On peut attribuer cette situation à une identité nationale italienne traditionnelle au caractère faible, le décalage entre le gouvernement
et les citoyens, et le manque d’initiatives de l’État pour faire face à des phénomènes comme l’immigration.
D’un autre côté, on peut aussi observer que le « patriotisme faible » est lié au
caractère universaliste de la culture italienne et, en tant que tel, il a – jusqu’à présent – créé les conditions pour réaliser la rencontre entre cultures sans contraintes
assimilationnistes. La majorité des enseignants italiens éprouvent cette incertitude
sur l’idée de nationalité, mais ils interprètent aussi la tendance universaliste nationale qui tend à éviter la communication d’un message fort de transmission de la
culture d’appartenance.
Cette attitude ne peut pas être toujours considérée comme résultant d’un choix
conscient, mais plutôt comme une « suspension »; le manque de compétences
nécessaires pour gérer le dialogue entre les cultures et l’école et dépasser la désorientation face à l’urgence créée par l’arrivée des immigrés les expose à des risques
de fermeture ou d’intolérance. Des recherches menées récemment ont cherché à
saisir les attitudes racistes d’enseignants des écoles primaires vis-à-vis des élèves
immigrés (Giovannini, 1998). Ce type d’études constitue une exception car la
majorité des recherches sur cette matière est habituellement centrée sur les compétences techniques et instrumentales des enseignants plutôt que sur leur compréhension et leur interprétation des phénomènes sociaux (Abdallah Pretceille
1999). Les études de sociologie de l’éducation, typiques des années soixante-dix,
sur le bagage idéologique et sur l’ethos de l’enseignant comme gardien de la classe
moyenne (Barbagli, Dei 1969) ont également diminué.
Afin de proposer des innovations dans la formation initiale et continue des enseignants il faut ainsi éclairer la place attribuée actuellement, dans le cursus scolaire
et dans la formation, a) aux thématiques interculturelles; b) à celles de la nationalité;
c) bâtir des modalités formatives qui puissent intégrer la dimension interculturelle dans le plus vaste problème de l’éducation à la citoyenneté dans la société
globale.
L’interculturel dans le curriculum scolaire
a) Du point de vue de la place de l’interculturel dans le curriculum scolaire,
l’Italie ne fait pas exception par rapport aux autres situations européennes, qui
relèguent la pluralité linguistique et culturelle dans la marginalité au lieu de la
considérer comme constitutive (Allemann-Ghionda, Perregaux, de Goumoens
1999).
La place attribuée à l’interculturel à l’école relève de la juxtaposition et ne vise
pas à modifier le fondement même de la didactique, selon celle que Lynch a appelée la phase additionnelle de l’interculturel, à savoir l’introduction d’enseignements supplémentaires dispensés pour agrandir le champ de connaissance des
autres cultures et pour résoudre le problème de la diversité.
En ce sens, l’éventail de solutions mises en place dans les écoles italiennes au cours
des dernières années comprend :
- une solution improvisée (activités interculturelles irrégulières);
- une solution spécifique (adjonction d’une matière ad hoc, comme la langue et
la culture d’origine);
- une solution des matières « accueillantes » (insérer des contenus interculturels
dans l’éducation civique, dans l’histoire, la géographie, etc.);
- une solution diffusée qui implique la réorientation de toutes les finalités pédagogiques dans le cursus scolaire en fonction des valeurs interculturelles (Damiano
1998).
Cependant, d’autres recherches montrent que la majorité des enseignants, qui
ont été interviewés sur un choix possible entre une position transversale au cursus scolaire ou une adjonction dans les matières, préféreraient cette dernière solution.
On peut interpréter cette situation précaire non seulement comme le fruit de
l’impossibilité éternelle de réformer l’école, mais aussi, d’une façon plus générale,
comme une difficulté de la société entière à se repenser en termes multiculturels.
En ce sens, à côté des enseignants qui incarnent un projet moderne de nationalité,
avec l’ajout des cultures accueillies, d’autres enseignants élaborent un projet post-moderne, où les cultures sont confrontées de façon égale, et d’autres encore défendent une vision inspirée du cosmopolitisme, où le local est connecté au global et
s’ouvre au monde; les migrations font partie d’un phénomène mondial plus vaste
et la rencontre-collision entre cultures est lue à la lumière des processus d’homogénéisation et de différentiation.
Il est aussi possible d’utiliser un autre schéma, selon lequel une série de paradigmes sont alternés dans l’école : celui du déficit, celui fondé sur les différences,
sur l’égalité ou sur la diversité (Allemann-Ghionda 1999). Pour l’Italie, on peut parler de la persistance d’une option compensatrice liée à l’option du relativisme : le
multiculturalisme n’est pas considéré comme un phénomène concernant tous les
élèves, il s’agit seulement de problématiques spécifiques, les élèves migrants étant
perçus comme un problème. D’un autre coté, le choix inspiré du relativisme est
justement celui d’enseignants qui sont habitués à la dimension monoculturaliste,
avec peu de connaissances anthropologiques, et qui sont conscients du rôle fondamental de l’école dans l’accueil de tous les élèves.
Modèles de formation des enseignants
dans le champ interculturel
Il doit être relevé, avant tout, qu’en Italie comme en d’autres pays les cours de
formation à l’interculturel pour les enseignants n’ont pas encore été rendus obligatoires; dans la formation initiale – qui relève maintenant des universités – des
cours de pédagogie interculturelle sont prévus. La formation continue – organisée
par le Ministère à travers les IRRE, par les universités, par des écoles individuelles,
par les syndicats, les associations d’enseignants et par des organismes indépendants – est caractérisée par une vaste liberté de choix pour les enseignants (CEN-SIS, 2000).
On peut avancer des hypothèses sur le type de formation à l’interculturel, en analysant les projets de formation selon trois catégories « classiques » de référence : nouveaux savoirs et connaissances, capacités didactiques, développement personnel
et relationnel :
- les projets les plus diffusés peuvent être reconduits au premier type (nouvelles connaissances) et ils présentent surtout des thématiques socioanthropologiques (phénomènes migratoires, rapport avec la société d’accueil, approfondissement des concepts de culture, d’ethnie) et la présentation d’aspects spécifiques
des différentes cultures des immigrés;
- le deuxième type de compétences (capacités didactiques) se réfère en particulier
aux capacités d’accueil et d’enseignement de la langue vivante 2;
- les compétences relationnelles, qui engagent l’enseignant dans une pratique de
réflexion et modifient ses capacités d’écoute des différences et promeuvent la
décentralisation, sont plus rares;
- du point de vue de l’établissement méthodologique, même dans le cas de programmes de formation, on assiste à la prédominance du discours relativiste;
- la majeure partie des projets penche pour une formation spécifique en négligeant l’approche transversale de l’interculturel à l’intérieur du cursus scolaire.
Finalement, la voie la plus prometteuse, sur laquelle je m’arrêterai par la suite,
est celle des projets de formation dans lesquels l’interculturel est relié à l’éducation
à la citoyenneté.
L’éducation à la citoyenneté dans l’école
b) Maintenant, examinons le statut de l’éducation à la citoyenneté, dans l’hypothèse d’approfondir l’approche selon laquelle l’interculturel doit être relié au
plus largement à la problématique de la citoyenneté, aussi bien dans le cursus
scolaire que dans la formation des enseignants.
L’éducation civique constitue, pour beaucoup de raisons, une discipline ambiguë et « à part » dans le panorama scolaire, étant donné qu’elle se présente comme
un entrelacs entre aspects cognitifs, affectifs et motivationnels, entre connaissance,
valeurs et attitudes et, surtout, elle fait exception à la norme de l’objectivité dans
l’école (Mougniotte 1996; Leleux 1997; Audigier 1999).
Dans beaucoup de pays européens, l’histoire de l’éducation civique reflète l’évolution qui est survenue : à savoir l’émergence d’un projet de cohésion d’unité nationale à une nationalité de type horizontal entre membres de la société qui s’adjoint
au rapport « vertical » entre le citoyen et l’État. En Italie, après la Deuxième Guerre
mondiale, l’éducation civique, considérée comme un antidote au nationalisme et
un moteur pour la démocratie, présente d’une façon récurrente les thèmes de
l’éducation à la responsabilité et le rappel à la Constitution en tant que document
commun à tous les citoyens. À ce propos, il existe une oscillation, de la part d’administrateurs, de politiciens et d’enseignants, entre le choix d’en faire une matière
« à part » ou bien de la faire coïncider avec les finalités globales de l’éducation scolaire. Dans les projets actuels de réforme des cycles scolaires, elle n’est pas prévue
comme une matière « à part » (Santerini, 2001).
Finalement, l’éducation à la citoyenneté reste dans la majeure partie des pays,
irrémédiablement marginale (Losito, 1999). On parle en général de « faillite » de
l’éducation à la citoyenneté, soit en raison de l’augmentation de la violence et de
la microcriminalité, soit à cause de la conscience insuffisamment développée du
rôle de la loi de la part des jeunes et de leur faible conscience sociopolitique ou
encore en raison du manque d’intégration sociale.
Quelles sont les raisons de ces difficultés ? Les ambiguïtés de l’éducation à la
citoyenneté ne touchent pas seulement l’école, mais elles sont, plus souvent, le
miroir des conditions sociales externes et de l’incertitude diffuse sur la notion
même de nationalité dans un monde qui change.
Sous l’étiquette d’éducation civique se trouvent en réalité différentes approches
et noyaux thématiques. Une analyse dans les collèges italiens en fait émerger au
moins huit dans le cursus d’éducation civique, telles que :
- la constitution (évolution historique et compréhension des concepts qui ont
découlé de la charte constitutionnelle);
- le développement de la pensée critique (compréhension et capacité d’analyse autour des concepts socio-civique-politiques);
- l’éducation morale (éducation aux valeurs morales de la cohabitation sociale
et civile);
- les connaissances géographiques, historiques et des problèmes sociaux;
- l’éducation à la légalité, l’initiation juridique au droit et à l’économie;
- la connaissance, la compréhension et le respect des droits de l’homme;
- l’expérience civique dans l’environnement scolaire, la participation;
- l’éducation interculturelle.
Actuellement, ce sont l’histoire et le droit les principaux conteneurs conceptuels de l’éducation civique. Les programmes en vigueur parcourent, de façon différente, ces domaines auxquels il faut encore ajouter d’autres aspects (éducation
à l’environnement, à la sécurité routière, etc.); des indications officielles ont invité
les écoles à gérer des thématiques interculturelles et sur les droits de l’homme.
Les manuels scolaires traitent en général à peu près toutes les approches indiquées et d’autres encore.
Dans cette situation d’ampleur et d’imprécision des objectifs, c’est concrètement
l’enseignant qui choisit de privilégier une ou plusieurs approches dans la classe.
Les choix semblent liés à la formation et à la personnalité de l’enseignant, mais
ces orientations des enseignants semblent liées aussi au moment historique et à la
culture civique du pays en différentes périodes. En Italie, par exemple, le conflit
politique du début des années quatre-vingt-dix a conduit à une attention renouvelée pour le pacte constitutionnel, qui a été perçu comme garant d’une plus
grande cohésion sociale à une époque de désagrégation; des phénomènes comme
la réaction à la corruption politique ou à la « mafia » ont contribué à créer un filon
d’études, de publications et d’expérimentations dans le domaine de l’« éducation
à la légalité ». En général, ce sont des mouvements sociaux plus vastes qui influencent l’école (individualisme et processus d’autonomie de l’individu, à partir de la
culture de 68, conception de la nationalité de type participatif, multiculturalisme).
Il ne s’agit toutefois pas seulement de la manière dont l’école est influencée par
les événements sociaux, en reproduisant les conflits ou les objectifs, mais aussi
de la liberté et de la créativité de l’école de pouvoir proposer des projets de changement social. Un cursus renouvelé et contextualisé d’éducation à la citoyenneté
dans une perspective multidimensionnelle est une voie pour répondre à la question de la démocratie de nos sociétés et la formation des enseignants doit être
reliée à cette préoccupation.
c) En particulier, c’est la dimension interculturelle qui doit être développée et
intégrée dans le cursus de l’éducation à la citoyenneté et dans la formation des
enseignants. En ce sens, la première question à affronter est de savoir si l’école, en
tant que porteur d’identité nationale, sanctuaire de la tradition civique, et dépositaire de la culture, peut intégrer l’interculturel sans se renier soi-même.
Ceux qui pensent que c’est possible observent que, tandis que l’éducation civique
a été dans le passé un enseignement tourné vers l’acquisition d’une nationalité,
les changements qui ont eu lieu dans les dix dernières années et les phénomènes
de globalisation ont créé la nécessité d’une éducation à la citoyenneté qui tient
compte des différences, de l’interdépendance, de la dimension internationale et interculturelle des problèmes (Lynch, 1989, Bennett, 1990, Ouellet, 1991) dans une
optique multidimensionnelle (Cogan, Derricott, 1998).
La consistance du phénomène migratoire (pour l’Italie à partir des années quatrevingt) oblige l’école à prendre en considération la rencontre entre les cultures qui
arrivent et les changements sociaux qui touchent la société entière. Du point de vue
pédagogique, il s’agit de considérer comme reliées, au sein des processus d’enseignement et d’apprentissage, d’une part la dimension anthropologique et psycho-culturelle introduite avec l’éducation interculturelle et, de l’autre, la dimension
sociopolitique.
La première dimension (culturelle) a constitué une sorte de « troisième voie » entre
le naturalisme pédagogique diffusé dans l’après-guerre et les modèles structurels
(et à ce propos l’évolution de la pensée d’auteurs comme Bruner, par exemple,
vers la dimension culturelle de l’éducation n’est pas due au hasard). L’éducation
interculturelle, en ce contexte, affirme l’importance de la construction sociale de
la culture, spécialement dans un contexte pluraliste, en contribuant à créer des
sentiments d’appartenance et de cohésion, en affrontant les conflits de normes et
de culture (Costa Lascoux 1991, Dasen 2000).
La deuxième dimension, politique et sociale, est restée l’otage d’une éducation
à la citoyenneté à renouveler.
Les thématiques de la nation et du monde, en cette époque de globalisation,
ainsi que celles des relations entre cultures, ouvrent, en synthèse, une perspective nouvelle à l’éducation à la nationalité intégrée à l’éducation interculturelle.
Un projet d’intégration permet :
- de considérer comme central le problème de l’intégration et non pas comme
une soustraction des appartenances, qui sont multiples et non pas exclusives;
- de rendre associés et complémentaires les objectifs de la cohésion sociale, de
l’autonomie et de l’émancipation.
La nationalité demande un travail dynamique de mémoire et d’intégration dans
une histoire; elle implique un projet d’inclusion des nouveaux arrivés (dans un sens
générationel, ethnique, social); elle fonde la reconnaissance des autres dans une
interdépendance réciproque :
- de vivre la tension entre universalisme et particularisme en dépassant et en
recomposant l’antithèse entre nation comme héritage et comme volonté. Il s’agit
de la nécessité d’une appartenance forte aussi sur le plan émotionnel et affectif : ce
sentiment d’identité n’est pas encore garanti aujourd’hui au niveau supranational
et la distinction entre nation juridique et nation ethnique pourrait le refroidir
complètement. Cela ne veut pas dire, cependant, qu’il faut renoncer à un projet
transnational qui a ses racines dans un idéal cosmopolite;
- de soumettre à la critique ces éléments naturels et irrationnels qui considèrent
comme importants seulement le lien familial ou ethnique, en ajoutant au contraire
des tonalités affectives « chaudes » à des projets qui dépassent le cercle de l’identité locale et nationale. La mondialité aussi a une histoire, une mémoire et une
signification pour lesquelles il vaut la peine de vivre.
Perspectives pour la formation des enseignants
Le lien interculturel-citoyenneté est donc une perspective intéressante dans la formation des enseignants. Elle vise à aider les enseignants à :
- expliciter les modèles implicites de nationalité, d’intégration, d’appartenance,
et les concepts de culture, d’ethnie, etc. qui composent le curriculum scolaire
caché;
- vérifier le dynamisme de ces concepts du point de vue du changement historique;
- ne pas considérer seulement les attitudes et les comportements des individus
au niveau psychosocial mais le contexte historique, social et civique dans lequel
se révèlent les phénomènes collectifs;
- choisir comme clé des projets éducatifs la cohésion sociale au lieu de privilégier l’approche différentialiste ou culturaliste;
- souligner le lien étroit entre relations interculturelles comprises dans le contexte
(par exemple les migrations dans le pays d’accueil) et les problématiques plus
amples de la nationalité globale.
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