Carrefours de l'éducation
Université de Picardie

I.S.B.N.sans
200 pages

p. 124 à 136
doi: en cours

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n° 16 2003/2

2003 Carrefours de l’éducation

La professionnalisation du corps enseignant secondaire au Brésil (1940-1963)

Paula Perin Vicentini universidade de São Paulo (USP).
Ce texte analyse comment s’est organisé profes-sionnellement le corps enseignant secondaire au Brésil, de 1940 au début de 1960, à partir des cas de São Paulo et Rio de Janeiro – capi tale à cette époque. En effet, les traits de l’enseignement secondaire particuliers à ces États ont des répercussions sur les conditions de travail des professeurs dans l’enseignement public et privé et permettent des comparaisons intéressantes. Dans l’État de São Paulo, il y a une expansion des lycées publics, tandis qu’à Rio, le système public d’enseignement secondaire reste minoritaire. De ce fait, les problèmes considérés comme prioritaires sont différents ici et là, comme on peut le voir à travers le dépouillement des revues des associations professionnelles et de la grande presse. On peut ainsi approcher le «processus de professionnalisation», pour suivre Nóvoa, du corps enseignant au Brésil. Il se marque par l’institution, depuis 1931, d’un registre ouvert par le ministère de l’Éducation pour chaque professeur et par l’exigence de diplômes universitaires spécialisés, aussi bien que par des luttes pour améliorer le statut professionnel des enseignants du secteur public de São Paulo. En revanche, les revendications des professeurs du privé à Rio portent sur les salaires et la réglementation des contrats de travail. Cependant, dans les années cinquante, la dévalorisation salariale conduit les professeurs du public et du privé des deux entités politiques à adopter des pratiques revendicatives plus agressives, notamment, la grève. The text analyses how the secondary teaching profession has organised itself professionally in Brazil, from 1940 to the beginning of 1960, in the cases of Sao Paolo and Rio de Janeiro – the capital at that time. Indeed, the features of the secondary education specific to these states have ramifications on the working conditions of the teachers in public and private education, and give rise to interesting comparisons. In the State of São Paolo, there is an expansion of public upper schools, whilst in Rio, the system of secondary public education remains in the minority. Because of this, problems considered as priority are different from one place to the other, as can be seen through the studying of the professional association reviews and of the general press. One can therefore draw near to the “process of professionalisation”, to quote Nóvoa, of the teaching profession in Brazil. It has been marked since 1931 by the establishment of a register opened by the ministry of Education for each teacher, and by the demand for specialised university diplomas, as well as by the struggles to raise the professional status of the teachers of the São Paolo public sector. In contrast, the demands of the teachers in the private sector in Rio are concentrated on salaries and the regulation of contracts of employment. However, in the 1950s, the depreciation of salaries led the teachers in both the public and private sectors in both political entities to adopt more agressive protest measures, specifically strike action. Der vorliegende Text analysiert anhand der Fälle São Paulo und Rio de Janeiro (der damaligen Hauptstadt), wie sich die Lehrerschaft aus dem Sekundarstufenbereich zwischen 1940 und Anfang der 60er Jahre körperschaftlich organisiert hat. Die Merkmale des Schulsystems im Sekundarstufenbereich, wie sie diese beiden Staaten kennzeichnen, wirken sich auf die Arbeitsbedingungen der Lehrer im öffentlichen und privaten Sektor aus und ermöglichen interessante Vergleiche. Im Staat São Paulo gewinnen die öffentlichen Einrichtungen an Boden, während das staatliche Schulsystem im Sekundarstufenbereich in Rio weiterhin minoritär ist. Deshalb unterscheiden sich auch die in den beiden Staaten als vorrangig eingestuften Ziele voneinander. Das zeigt sich beispielsweise, wenn man die Verbandszeitschriften und die Landespresse auswertet. So lässt sich der von Nóvoa so genannte “Professionalisierungsprozess” der Lehrer untersuchen. Kennzeichnend dafür war das 1931 von dem Erziehungsministerium für jeden Lehrer eingerichtete Register und der Besitz eines speziellen Hochschulabschlusses sowie die Kämpfe zur Verbesserung des Lehrerstatus im öffentlichen Sektor von São Paulo. Demgegenüber betreffen die Forderungen der Lehrer in den Privatschulen die Gehaltsfrage und die Reglementierung der Arbeitsverträge. In den 50er Jahren veranlasst jedoch die Abwertung der Gehälter die Lehrer aus dem Staatsdienst und aus dem Privatsektor beider politischen Staatsgebiete zu aggressiveren Forderungspraktiken wie dem Arbeitsausstand.
Ce texte se propose d’analyser comment s’est organisé professionnellement le corps enseignant secondaire au Brésil des années 1940 au début des années 1960, à partir de l’étude des cas des États de São Paulo et la ville de Rio de Janeiro – à l’époque capitale de la République. Avec la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce niveau d’enseignement connaît une expansion et commence à être consideré par les couches moyennes comme une condition de succès sur le marché du travail brésilien, en transformation suite au développement urbain et industriel du pays, accentué à partir des années cinquante. En effet, les traits de l’enseignement secondaire particuliers à ces deux États ont des répercussions sur les conditions de travail des professeurs dans l’enseignement public et privé et permettent des comparaisons intéressantes. Le tableau ci-dessous montre la croissance du nombre des enseignants secondaires à São Paulo et à Rio de Janeiro aussi bien que la différence entre ces deux États par rapport à la proportion des professeurs de l’enseignement public et du privé [1].


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Enseignants secondaires dans les États de São Paulo et de Rio de Janeiro (1940-1964) São Paulo Rio de Janeiro Public Privé Total Public Privé Total 1940* 5464 3315 3315 1945* 10799 6291 6291 1952 6373 7840 14213 1262 5067 6329 1955 8577 10647 19224 2530 5229 7759 1961 12899 14160 27059 3686 7372 11058 1964 17678 14925 32603 6708 7445 14153 Sources: Anuário Estatístico do Brasil. Rio de Janeiro: IBGE, 1946, vol. 6-7; 1954, Ano XV; 1955, vol. 16; 1961, Ano XXII; 1966, vol. 27. (*) Absence de données sur les professeurs de l’enseignement public et du privé.

Dans l’État de São Paulo, le nombre des lycées publics passe de 42 en 1945 à 561 en 1962, dépassant le nombre d’établissements privés, tandis que, dans le district fédéral, le système public d’enseignement secondaire connaît une croissance certaine mais reste minoritaire. En effet, le gouvernement ayant choisi d’aider l’enseignement privé en accordant systématiquement aux étudiants défavorisés des bourses pour y étudier, ce dernier a continué à prédominer. De ce fait, les problèmes considérés comme prioritaires sont différents ici et là, comme on peut le voir à travers les actions des associations professionnelles (les fonctionnaires du service public ne pourront être syndiqués avant 1988). Dans l’État de São Paulo, il s’agit de l’APESNOESP (Association des professeurs de l’enseignement secondaire et normal officiel de l’État de São Paulo) – fondée en 1945 – et, dans celui de Rio, du Syndicat des professeurs de l’enseignement secondaire de Rio de Janeiro, créé en 1931 et encore en activité. Alors que le syndicat, qui ne concerne que le privé, est la principale association d’enseignants, à l’époque étudiée, à Rio de Janeiro, l’APESNOESP, à São Paulo, représente les professeurs de l’enseignement public, tandis que le Centre du professorat Paulista (CPP), créé en 1930, représente surtout les instituteurs des écoles publiques également. Il s’agit de l’association d’enseignants la plus importante de l’État de São Paulo à cette époque [2].
J’ai donc dépouillé, d’une part, les revues publiées par ces deux organisations – le Boletim do Sindicato dos Professores do Ensino Secundário, Primário e de Artes do Rio de Janeiro (1944-1945), la Folha do Professor (1959-1974) – elle aussi publiée par le syndicat – et la Revista APESNOESP (1961-1963); d’autre part, la grande presse afin de voir comment y étaient présentés les conflits concernant les conditions d’exercice de cette profession [3]. La presse se fait également l’écho des luttes pour améliorer le statut professionnel, si bien que, si l’on suit Nóvoa, on peut approcher le « processus de professionnalisation » du corps enseignant secondaire au Brésil. Selon Nóvoa, ce concept est utile « pour éclairer les processus de promotion du statut des enseignants (mise en forme de savoirs spécialisés, revendication d’une plus grande autonomie professionnelle, définition de règles éthiques et déontologiques, amélioration des niveaux salariaux, etc.), mais aussi pour comprendre la réorganisation des dispositifs de contrôle et de régulation de la profession enseignante » (Nóvoa, 1995, p. 3). En ce qui concerne le processus de professionnalisation du corps enseignant secondaire brésilien, il sera d’abord question des enjeux qui marquent la délimitation de son espace professionnel au cours des années quarante. En second lieu, on s’intéressera aux luttes salariales engagées à partir des années cinquante dans les États de São Paulo et à Rio, en mettant en évidence la spécificité des revendications liées aux différences de statut professionnel entre enseignants du public et du privé.
 
L’espace professionnel des enseignants secondaires
 
 
Ce processus se caractérise par l’institution, dès 1931, d’un registre ouvert par le ministère de l’Éducation : tout professeur est tenu de s’y faire enregistrer pour exercer légalement son activité. De plus, ce registre prévoit l’exigence d’une licence d’enseignement obtenue à la faculté de philosophie (créée en 1934 à São Paulo et en 1939 à Rio) sitôt que ses premiers étudiants auraient obtenu leurs diplômes. L’exigence de ce diplôme universitaire spécialisé occasionne un conflit entre les « anciens professeurs » – dont la culture intellectuelle relève de formations diverses (dans les facultés de droit, de médecine, dans les grands séminaires, etc.) plutôt que d’un cursus spécialisé – et les ex-étudiants de la faculté qui entrent dans le « champ éducationnel » brésilien (selon la conception de Bourdieu) à partir des années quarante. Le Syndicat des professeurs de Rio de Janeiro prend parti pour les « anciens maîtres » défendant leur autodidaxie et leur expérience professionnelle car, selon le syndicat, il est injuste que des professeurs ayant plusieurs années d’expérience dans l’enseignement secondaire aient un registre provisoire (registre provisoire et registre définitif désignent les positions d’enseignants auxiliaires ou intérimaires et titulaires NdT). Cette « injustice » est réparée par le décret n° 8777 (24.01.1946) qui leur concède le registre définitif sous réserve de trois ans d’exercice effectif dans la carrière (Coelho, 1988, p. 78-80).
Cette mesure ne résout pas le conflit à São Paulo parmi les professeurs de l’enseignement secondaire public car la réalisation du concours d’entrée et de mutation de poste occasionne une grande controverse. Les professeurs intérimaires des établissements secondaires publics craignaient de perdre leur travail au profit des diplômés de la faculté de philosophie, de sciences humaines et de lettres de l’USP, car ces derniers se trouvaient favorisés à cause de leur entraînement universitaire à la passation des trois épreuves de sélection de ces concours : l’épreuve écrite, l’épreuve pédagogique et celle d’érudition. Ces concours étaient extrêmement rigoureux et les taux d’échec étaient élevés. De la sorte, et bien que cette mesure ait barré toute interférence politique dans la nomination des professeurs et ait constitué l’aspect fondamental du processus de professionnalisation des enseignants secondaires, elle signifiait aussi une menace pour ceux, nombreux, qui exerçaient la profession sans la formation exigée. L’État de São Paulo avait mis en place un concours d’entrée pour les professeurs secondaires seulement en 1931 et en 1943. Mais la résistance est grande et même l’APESNOESP s’y oppose quand l’État tente en 1948 de rendre régulière cette pratique. Ce n’est donc qu’à partir de l’année suivante que le concours devient annuel. Cinq ans après que cette institution soit devenue régulière, le taux d’échec de 73 % des candidats, en 1954, donne une idée de l’impact causé par cette mesure au sein du corps enseignant secondaire, surtout si l’on considère l’existence dans la grande presse d’articles (voire d’éditoriaux) demandant une dispense pour les professeurs refusés qui continuaient toutefois à travailler dans les lycées publics [4].
On peut donc affirmer que, dans les années quarante, l’exigence d’une formation universitaire spécifique, ainsi que la mise en place de concours pour l’accès au corps enseignant secondaire public ont contribué à la délimitation de l’espace professionnel des professeurs du secondaire. Et ceci, malgré l’hétérogénéité qui caractérisait encore cette catégorie d’enseignants. À cette époque-là, les luttes pour améliorer le statut professionnel portent donc sur les déroulements des carrières dans le cadre de la fonction publique, dans le cas de São Paulo : la mise en place de concours pour lutter contre les interventions politiques relatives à la sélection et à l’établissement de critères de rémunération. En revanche, les revendications des professeurs du privé à Rio portent sur la formule du calcul d’une base de « salaire digne » ainsi que sur la réglementation des contrats de travail et des conflits entre le ministère de l’Éducation et le ministère du Travail à l’occasion de divers procès d’enseignants du privé contre les propriétaires d’établissements. Dans les années cinquante, la dévalorisation des salaires conduit cependant les professeurs du public et du privé de ces deux entités politiques à adopter des pratiques revendicatives plus agressives : la grève, jusqu’alors interdite aux enseignants. La grande polémique qui s’en suit dans les journaux donne une idée des réactions partagées à l’égard de comportements considérés ou non comme « acceptables » pour des professeurs de l’enseignement secondaire. Ce fait devient évident lorsque survient la première grève mentionnée dans le cadre de mes recherches dans la grande presse.
 
Revendications salariales des enseignants secondaires du privé
 
 
La première grève des professeurs du privé a lieu en octobre 1956 dans l’État de Rio. Elle est organisée par le syndicat des professeurs du district fédéral suite au conflit entre le ministère de l’Éducation et le ministère du Travail à propos de la grille des salaires en vigueur. Ce mouvement provoque un débat sur le droit de grève des professeurs et sur les « entreprises patronales d’enseignement » que sont les établissements scolaires privés. Les journaux sont partagés selon leur orientation politique. O Globo et O Correio da Manhã, opposés à la grève du syndicat, critiquent les leaders syndicaux et remettent en cause leur représentativité, affirmant que la plupart des enseignants ne suivent le mouvement que par solidarité. Ils accusent les grévistes de faire l’école buissonnière, rappellent le privilège enseignant des grandes vacances et contestent que les salaires soient insuffisants. Última Hora soutient en revanche, la décision du syndicat et souligne la patience d’un corps discipliné et laborieux, qui attend depuis trop longtemps la revalorisation de son salaire tandis que les profits des propriétaires des établissements secondaires sont exorbitants.
Les photos donnent à voir ces prises de position contradictoires. O Globo ne publie aucune photo du mouvement, O Correio da Manhã symbolise la grève par la photo d’une salle de cours vide. Ses lecteurs avaient déjà pu voir, avant la manifestation, la photo d’une classe avec trois élèves sans professeur, assortie de la légende « École : l’absent est cette fois le professeur »; le lendemain de la manifestation, le même journal montre un tableau noir et un pupitre vides, avec la légende « École buissonnière : après les enfants, les professeurs ». Dans Última Hora, favorable au mouvement, des photos de lycées vides soulignent au contraire le grand succès de la grève. On voit donc que la même représentation (des photos d’écoles et de salles de cours vides) peut selon la légende et le commentaire, souligner le mauvais exemple que les professeurs donnent à leurs élèves ou, au contraire, témoigner de la force collective d’un mouvement qui réunit l’ensemble de la catégorie en lutte pour de meilleurs salaires.
Le gouvernement fédéral institue alors, en 1954, le Fonds national de l’enseignement moyen (FNEM). Son objectif est de compléter le salaire des enseignants des établissements secondaires privés, viabilisant ainsi la subvention officielle de l’initiative privée. Mais le FNEM, loin de porter solution au problème des maigres salaires de la catégorie, mène les professeurs de São Paulo à faire un jour de grève en 1956. Ils menacent de faire une autre grève en 1958 en raison du non-paiement de leur subvention de l’année antérieure. En cette occasion, les deux principaux journaux de São Paulo – O Estado de S. Paulo et la Folhada Manhã – publient une photo de la manifestation, organisée par le syndicat des professeurs de l’enseignement primaire et secondaire de l’État de São Paulo (donc de l’enseignement privé), devant le monument d’Anchieta, dans le centre-ville de São Paulo.
Dans le cadre du dépouillement effectué, c’est bien la première fois que l’on voit des professeurs en costumes et cravates porter des banderoles et des pancartes. Dans la Folha, l’image montre un professeur (homme) se détachant dans une foule composée d’hommes exclusivement portant des pancartes. Les uns ont les bras croisés; les autres, le visage fermé, comme s’ils étaient contraints à cette extrémité. Dans la légende, le journal pointe les brassards de deuil attachés à leur manche, deuil de la subvention non versée par le FNEM. L’un des slogans sur une banderole affirme « La subvention est un droit, non une aumône ». O Estado, en revanche, ne montre que les banderoles des manifestants. En plein centre de la photo, on ne voit que des mains brandissant d’autres banderoles et la proclamation suivante « Les professeurs ne revendiquent rien, ils exigent seulement l’accomplissement de la loi ».
La question de la subvention officielle des établissements privés est reprise par la grande presse en 1959, lorsque le député Carlos Lacerda présente une nouvelle proposition de loi sur les Leis de Diretrizes e Bases da Educação (LDB), ce qui permet, au nom de la « liberté de l’enseignement », de subventionner l’initiative privée avec les deniers de l’État. Le syndicat des professeurs de Rio de Janeiro s’engage en l’occasion dans la défense de « l’école publique, démocratique et accessible à tous ». Il rejette ainsi « l’exploitation de l’enseignement pratiquement monopolisé par les entrepreneurs et les groupes privés ». Le journal Última Hora appuie cette campagne et dénonce les abus de ce que l’on qualifie « l’industrie de l’enseignement »; il alerte aussi contre les bénéfices exorbitants des propriétaires des établissements qui augmentent continuellement les écolages. De plus, le syndicat dénonce les bas salaires des professeurs, ce qui les oblige à travailler dans plus d’un établissement; il montre aussi les très mauvaises conditions de travail : bâtiments non fonctionnels et en mauvais état, classes trop nombreuses.
Dans la Folha do Professor – organe informatif lancé en 1959 – le syndicat présente la diffusion de l’enseignement public comme étant la condition de l’amélioration des salaires de la catégorie, comme l’attestent certaines formulations : « L’école publique seule est capable d’améliorer les conditions de vie et de paie des professeurs », « Nulle réforme de l’enseignement ne pourra être mise en Å“uvre sans la solution du problème des salaires des professeurs ». En 1960, le Tribunal fédéral suprême suspend le décret qui réglementait les honoraires de l’enseignement privé et qui avait provoqué la grève de 1956 : il n’existe plus de barème pour les augmentations de salaire octroyées au bon plaisir des propriétaires d’établissements. Ce fait mène la profession à solliciter auprès du pouvoir législatif une loi lui garantissant « un salaire professionnel », mais sans succès [5].
Revendications salariales des enseignants du secondaire public
Vers la fin des années cinquante, l’APESNOESP lance des campagnes contre la dévaluation des salaires des professeurs des lycées publics, suite à l’augmentation du coût de la vie. Les enseignants se mobilisent lors d’actions publiques : manifestations et concentrations devant le Palais du Gouvernement et de l’Assemblée législative. À ces campagnes, se joignent d’autres organisations telles que le CPP regroupant les instituteurs, secteur majoritaire du corps enseignant à cette époque. Mais les professeurs secondaires présentent des revendications spécifiques relatives à leur régime de travail (tout à fait différent de celui des instituteurs) concernant les cours ordinaires et les cours supplémentaires (ultérieurement dénommés excédants). Ces derniers cours n’étaient pas payés durant les vacances ni pris en compte pour la retraite. De plus, la principale revendication de l’APESNOESP était le « niveau universitaire » – institué par le gouverneur Lucas Nogueira Garcez le 29.12.1952 (loi nº 2124) – pour les professeurs de l’enseignement public. Cette association menace donc de décréter la grève en 1961, mais l’État se refuse à donner suite à cette revendication alléguant que les professeurs de dessin et de travaux manuels n’avaient pas de formation supérieure. Ceci mène donc l’APESNOESP à lancer une nouvelle campagne pour la création de cours de ces disciplines à la faculté de philosophie [6].
De plus, le gouvernement affirme que le professeur du secondaire a une charge trop réduite en heures de cours (12heures hebdomadaires) pour intégrer le corps de fonctionnaires avec le « niveau universitaire ». L’APESNOESP argumente que le travail professoral ne se restreint pas à la présence en classe mais inclut aussi « la préparation, la correction des examens et l’amélioration de la culture » ajoutant que, durant les examens oraux, d’admission ou de « vestibulaire » (examen d’entrée à l’université), les professeurs ne suivent plus d’emploi du temps fixe et travaillent selon la nécessité de l’établissement scolaire. Le gouverneur d’alors, Carvalho Pinto, envoie à l’Assemblée législative en 1961 le projet nº 1048 selon lequel le nombre d’heures de cours ordinaires passerait de 12 à 18 par semaine et de 50 à 81heures mensuelles. Ce projet est extrêmement mal reçu par l’association qui organise une manifestation devant l’Assemblée législative où les professeurs viennent avec des banderoles et des pancartes. La Revista APESNOESP, lancée aussi en 1961, a publié plusieurs articles critiquant ce projet. Tout d’abord, l’association souligne que le projet attribue aux enseignants du secondaire « le niveau 53, sans la spécification de début des carrières universitaires » et ne garantit donc pas « le droit de s’aligner sur les autres carrières universitaires lorsque ces dernières obtiendraient une nouvelle référence » [7].
Ensuite, l’APESNOESP dénonce que ce changement du nombre d’heures de cours ordinaires n’implique pas l’augmentation des tâches des professeurs. Il représente aussi une réduction de la valeur de l’heure de travail. Argino da Silva Leite, dans un article publié dans la Revista APESNOESP, démontre que, tandis que le reste de la fonction publique recevrait 30 % de correction salariale en janvier 1962, les professeurs n’auraient que 14,8 % à cause de l’altération du total d’heures mensuelles. Dans un autre article de cette même revue, Alberto de Mello dénonce « la situation de perte progressive du prestige du corps enseignant secondaire et normal de l’État en raison de la constante indifférence gouvernementale face au problème des émoluments de cette classe ». Il a recours pour ce faire à une étude publiée dans un grand quotidien pauliste, dans les pages spécialisées. Selon cette étude, en 1935, le professeur secondaire recevait 1000,00 Cr$ – ce qui correspondait au salaire du chef de service, à celui des biologistes (1100,00 Cr$) et à celui des commissaires de police (1300,00 Cr$). Le salaire du professeur s’élevait à 1300,00 Cr$ en 1945 et 1800,00 Cr$ en 1950. Il avait aussi droit à une gratification spéciale d’enseignant (400,00 Cr$) par quinquennat ce « qui élevait ses émoluments en comparaison de ceux des fonctionnaires mentionnés ». Cependant, sous le gouvernement de Carvalho Pinto et après la disparition de cette gratification, le professeur recevait 23050,00 Cr$; le chef de service, 24000,00 Cr$; le biologiste et le commissaire, qui avaient le droit au « niveau universitaire », gagnaient 33800,00 Cr$ [8].
En plus, la proposition de Carvalho Pinto présente aussi des changements quant aux cours excédants qui constituent une part significative du salaire des professeurs. Ces cours ne furent incorporés aux salaires des vacances qu’en 1958; cependant, en 1962 encore, les émoluments liés à ces cours n’étaient pas pris en considération pour le calcul de la retraite. Ce qui met en difficulté les professeurs qui partent à la retraite. De plus, l’APESNOESP lutte pour l’équivalence entre cours ordinaires et cours extraordinaires (heures supplémentaires) qui représentaient 0,20 du salaire alors que le projet de loi nº 1048 en admet 0,10. Raul Schwinden (le président de l’APESNOESP à l’époque), discutant la question avec le gouverneur, fait observer que telle distinction n’existe pas dans l’enseignement privé et que, dans l’enseignement public, les cours sont donnés dans les mêmes conditions malgré l’existence de cette « injuste discrimination sur la feuille de paie » [9].
Enfin, le projet prévoit encore la limite de 36 heures hebdomadaires incluant aussi les cours donnés dans les établissements privés, obligeant ainsi le professeur à exercer des activités sans rapport avec l’enseignement afin de subvenir aux besoins de sa famille. De plus, la loi exige que les professeurs donnent six heures supplémentaires par semaine, contrariant la loi nº 5053, sanctionnée par le gouverneur Jânio Quadros le 23.12.1958, qui a exempté les professeurs de l’obligation de les réaliser, vu qu’il s’agissait d’un travail facultatif en fonction de leur nécessité économique et de leur disponibilité. L’APESNOESP publie un communiqué affirmant que ces deux restrictions portent préjudice aussi bien aux professeurs fatigués, malades ou qui, pour raisons de famille (professeurs femmes enceintes ou ayant des enfants en bas âge), ne peuvent réaliser ces heures supplémentaires, qu’aux maîtres qui doivent boucler leur budget en travaillant dans des établissements privés à cause de « leur famille nombreuse et de leurs charges élevées », aggravées par « l’instabilité du coût de vie ». Selon l’association, « limiter leur travail, serait les faire mourir de faim, sans compter les problèmes créés dans l’enseignement privé dont la plupart des professeurs viennent de l’enseignement public » [10].
Malgré les critiques de l’APESNOESP, ce projet donne naissance à la loi nº 6805, sanctionnée en 1962, sous la gestion de Carvalho Pinto encore. Cette loi peut être considérée comme un événement dans l’histoire de la professionnalisation des enseignants secondaires, car elle transforme leur régime de travail en vigueur depuis les années quarante en leur concédant le « niveau universitaire », malgré l’imprécision du texte légal. Notons cependant que, malgré le conflit entre licenciés et non-licenciés qui caractérise le début de la période étudiée, il y a croissance du nombre de diplômés de la faculté de philosophie au sein du corps enseignant secondaire public à cause des concours régulièrement réalisés à partir de 1949. Ceci provoque, d’une part, un nouveau type de polémique parmi les professeurs, partagés entre professeurs titulaires (ceux qui ont été approuvés sur concours) et professeurs intérimaires (embauchés de façon provisoire et qui parfois n’avaient pas la formation requise pour réussir au concours) et, d’autre part, la croissance du nombre des professeurs titulaires dans l’enseignement secondaire public permet une amélioration du statut professionnel de cette catégorie d’enseignants. Ainsi, dans les années cinquante, la licence d’enseignement obtenue à la faculté de philosophie – dont l’exigence avait causé une grave résistance dans les décennies antérieures – oriente les revendications salariales du corps enseignant secondaire qui sollicite l’adoption du « niveau universitaire » pour la grille des salaires des fonctionnaires publics. Cependant, et malgré le nombre croissant des diplômés, l’expansion désordonnée et précaire du réseau public d’établissements secondaires mène à l’intensification de l’embauche de professeurs intérimaires; ce qui aggrave leurs conditions de travail et fait que leurs revendications salariales gagnent plus de visibilité dans les années soixante.
En octobre 1963, six mois environ avant le coup d’État de 1964, l’accélération de l’inflation amène les professeurs secondaires à participer à la première grève générale du corps enseignant (primaire et secondaire; public et privé) à São Paulo, ce qui provoque un écho considérable dans la presse. O Estado et la Folha de S. Paulo appuient la grève et en attribuent la responsabilité à l’attitude du gouverneur Ademar de Barros qui, ayant refusé toute discussion avec les enseignants, les a acculés à cette décision extrême. Les deux journaux soulignent l’ordre et la discipline du mouvement. Dans son éditorial, O Estado dit que les enseignants se sont conduits magistralement, « comme des maîtres », jusqu’à la grève. La Folha couvre largement l’événement, publiant tous les jours des manchettes et des articles à la une. Mais la grande presse souligne surtout la participation des institutrices du primaire dans ce mouvement aussi bien dans les manifestations que dans les concentrations. Après une semaine de paralysie, les enseignants du primaire obtiennent les 60 % de réajustement salarial revendiqués alors que les professeurs du secondaire, eux, ne sont pas satisfaits des résultats obtenus et désirent poursuivre la grève. Ils critiquent donc leurs collègues du primaire, les accusant de les avoir « lâchés » seuls dans cette lutte.
Ainsi, le corps enseignant secondaire au Brésil des années 1940 au début des années 1960 s’est affirmé comme un élément représentatif de la profession en mettant en évidence les spécificités de son statut professionnel dans un moment d’expansion de ce niveau d’enseignement. Pendant cette période, les professeurs du public ont connu une amélioration des conditions d’exercice très courte, parce que la croissance rapide et désordonnée des lycées publics qui marque le début des années 1960 est à l’origine d’une détérioration des formes de recrutement et de rémunération dans le service public. En revanche, les professeurs du privé ont vu l’affaiblissement de leur mouvement à cause de la suspension de la formule de calcul d’un salaire décent, qui a représenté une victoire pour les propriétaires des lycées, en soulignant dans leur discours l’exploitation qui caractérisait les conditions de travail au privé. Ainsi, les rapports établis dans les différents systèmes d’enseignement (public et privé) en fonction de la forme de recrutement et de la nature de l’institution ont constitué plusieurs statuts professionnels à l’intérieur du corps enseignant secondaire, partagé entre fonctionnaires du service public, eux-mêmes différenciés en professeurs titulaires et intérimaires, et employés soumis à des employeurs recherchant uniquement le profit.
Après le coup d’État des militaires en 1964, la persécution politique des responsables du syndicat des professeurs de Rio de Janeiro ainsi que les retards de paie des professeurs intérimaires de l’État de São Paulo font l’objet, cette année-là, de publications dans la grande presse sur le corps enseignant secondaire. S’ouvre ensuite une période pendant laquelle les professeurs du privé et ceux des établissements publics sont dans l’impossibilité de protester contre la dévaluation de leurs salaires et contre leurs très mauvaises conditions de travail. En raison du début d’une intense persécution politique contre ses dirigeants, l’action de l’APESNOESP se restreint à des procès judiciaires individuels pour récupérer les pertes salariales, tandis que le syndicat des professeurs de Rio de Janeiro se consacre à célébrer des accords avec l’organisme qui représente les propriétaires des établissements privés pour définir l’indice de réajustement de leur salaire. Toutefois, vers la fin des années soixante-dix, les professeurs du secondaire de l’enseignement public de l’État de São Paulo lancent, toujours sous la dictature, des grèves qui marquent le mouvement d’organisation des enseignants brésiliens et qui ont une signification importante dans le processus en marche vers le recouvrement des libertés politiques à la fin du régime militaire dans les années quatre-vingt.
 
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·  ENGUITA (Mariano F.). « A ambigüidade da docência : entre o profissionalismo e a proletarização ». Teoria & Educação, Porto Alegre, 1991, n° 4, p. 41-60.
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·  JOIA Orlando & KRUPPA Sonia (org.). APEOESP 10 Anos (1978-1979): memória do movimento dos professores do ensino público estadual paulista. São Paulo : CEDI, 1993.
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·  NÓVOA (António). « Para o estudo sócio-histórico da gênese e desenvolvimento da profissão docente ». Teoria & Educação, Porto Alegre, 1991, nº 4, Dossiê : interpretando o trabalho docente, p. 109-139.
·  NÓVOA (António). La profession enseignante en Europe : analyse historique et sociologique. Documento provisório relativo à pesquisa Les images, les cultures et les politiques d’éducation dans le contexte européen, 1995, Mimeo.
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·  SANT ’ANA (Ruth Bernardes de). Professores de 1° e 2° graus : representação social e mobilização coletiva. São Paulo : FFLCH/USP, 1993, Dissertação de mestrado.
·  SOUZA (Aparecida Neri de) « Estratégias de luta sindical dos professores públicos do ensino básico no Brasil ». Texto apresentado na 19° Reunião da ANPEd, Caxambu, set/1996, Mimeo.
·  Sposito (Marília Pontes). O Povo vai à Escola : a luta popular pela expansão do ensino público em São Paulo. São Paulo, Edições Loyola, 1984.
·  VICENTINI (Paula P.). Um estudo sobre o CPP (Centro do Professorado Paulista): profissão docente e organização do magistério (1930-1964). São Paulo : FEUSP, 1997, mestrado.
·  VILLALOBOS (João Eduardo Rodrigues). Diretrizes e Bases da Educação : ensino e liberdade. São Paulo : Livraria Pioneira Editora/EDUSP, 1969.
·  WEFFORT (Francisco Correia). O Populismo na Política Brasileira. Rio de Janeiro : Paz e Terra, 1978.
 
NOTES
 
[1]Cette étude est inspirée d’une thèse de doctorat, intitulée Imagens e Representações de Professores na História da Profissão Docente no Brasil (1933-1963). São Paulo : Faculdade de Educação da Universidade de São Paulo, 2002. Elle ne porte pas sur l’ensemble de l’État de Rio mais sur la ville, district fédéral à cette époque et constituée en unité autonome.
[2]Je sais qu’à l’époque, il existait des associations du corps enseignant public de Rio de Janeiro – l’une représentant les instituteurs et l’autre, les professeurs –, mais malheureusement je n’ai trouvé aucune publication ni documentation provenant de ces deux associations. Aujourd’hui, le corps enseignant public du Rio est représenté par le Syndicat Estadual de Professionnels d’éducation de Rio de Janeiro (SEPE/RJ), qui a été transformé en 1989 en syndicat à partir d’une association qui existait depuis 1977. L’APESNOESP est devenue ensuite l’APEOESP, puis le syndicat des enseignants de l’État quand la Constitution de 1988 a permis aux fonctionnaires du service public d’être syndiqués (alors que les lois du travail des années trente leur ont interdit d’être syndiqués).
[3]Dans le cas de la grande presse, comme un dépouillement exhaustif était impossible, j’ai dépouillé une semaine par année, celle du 10 au 17 octobre. C’est la semaine de la Fête de l’Enseignant (Dia do Professor), célébrée le 15 octobre, aussi bien dans le primaire que dans le secondaire. Quant à São Paulo, j’ai retenu les deux principaux journaux d’actualité de l’État – O Estado de S. Paulo (fondé en 1875 sous le titre A Província de S. Paulo) et la Folha da Manhã (1925-1960) devenue Folha de S. Paulo – et le Diário de S. Paulo (1929-1979). En ce qui concerne Rio de Janeiro, j’ai examiné O Globo (fondé en 1925 et encore en circulation), le Correio da Manhã (1901-1974) et l’Última Hora (1951-1971).
[4]Sur la résistance aux concours, se reporter au témoignage de Raul Schwinden (membre de la direction de l’APESNOESP depuis 1958; puis son président entre 1960 et 1978) concédé à S. M. P. Kruppa et O. Joia le 5.04.1989 (Joia et Kruppa, 1993, p. 21). Voir aussi le témoignage de Sólon Borges dos Reis (membre de la direction de celle même organisation début des années cinquante) à R. S. G. Lugli et à moi-même le 7.11.1996 (Vicentini, 1997, vol. II, p. 16-23).
[5]« Lei de Diretrizes e Bases da Educação » (« Lois des Directrices et des Bases de l’Éducation »). Folha do Professor, Rio de Janeiro, Ano I, nº 1, p.3. « O ensino público, a verdadeira solução » (L’enseignement public, vraie solution)». Folha do Professor, Rio de Janeiro, Ano I, nº 1, p. 1 e 3. « Professores em campanha pelo salário-profissional » (« Professeurs en campagne pour le salaire professionnel »). Última Hora, 10/15/1960. « Professores cariocas : salário profissional » (« Les professeurs carioques : salaire professionnel »). Última Hora, 12.10.1961, Primeiro caderno, p. 12. « Professores querem salário profissional » (« Professeurs demandent un salaire professionnel »). Última Hora, Manchete à la Une, 12.10.1961.
[6]« Empenha-se o professorado na luta em defesa de melhores vencimentos » (« Les professeurs luttent en défense de l’amélioration des salaires »). Revista APESNOESP, Ano I, nº 1, p. 7. « Da necessidade da formação universitária do Professor de Desenho e a defesa da escola pública » (« De la nécessité de la formation universitaire du Professeur de Dessin et la défense de l’école publique »). Revista APESNOESP, Ano I, nº 1, p. 20-21.
[7]« As nossas lutas » (« Nos luttes »). Revista APESNOESP, Ano I, nº 1, p. 44. « Críticas ao Projeto de Lei nº 1048 » (« Critiques au projet de loi nº 1048 »). Revista APESNOESP, Ano II, nº 2, p. 35-36. « APES-NOESP sugere emendas ao projeto que concede aumento aos professores » (« APESNOESP suggère amendements au projet qui concède une augmentation aux professeurs »). Revista APESNOESP, s/nº, p. 4950.
[8]Leite, Argino da Silva « Aumento para o professor secundário : 14,8 %» (« Augmentation pour le professeur secondaire : 14,8 »). Revista APESNOESP, Ano II, nº 2, p. 23-25. MELLO, Alberto « Vencimentos do Professor Secundário » (« émoluments du professeur secondaire »). Revista APESNOESP, Ano II, nº 2, p. 63-64.
[9]« Críticas ao Projeto de Lei nº 1048 », op. cit. « APESNOESP sugere emendas ao projeto que concede aumento aos professores », op. cit.
[10]« Críticas ao Projeto de Lei nº 1048 », op. cit. « APESNOESP sugere emendas ao projeto que concede aumento aos professores », op. cit.
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