2003
Carrefours de l’éducation
Les enseignants de l’enseignement général et technique en privé et en public : déterminants sociaux de l’orientation institutionnelle et caractéristiques professionnelles
Yveline Jaboin
IUFM de Bretagne, CERPPE Rennes 2.
Dans le second
degré, l’ensei-gnement général
et l’enseigne-
ment technique
ont une histoire
différente dans
laquelle l’affrontement entre l’Église et l’État n’a
pas revêtu la même forme. Les
enseignants des secondaires privé
et public, héritiers de ce passé, présentent des caractéristiques sociales
et professionnelles plus différenciées entre secteurs dans l’enseignement général que dans l’enseignement technique. Dans
l’enseignement général, l’influence
de la sphère du privé dans le secteur privé contraste avec celle de la
sphère du public dans le secteur
public. Dans l’enseignement technique, il paraît plutôt s’opérer une
synthèse entre ces deux instances.
Les professeurs de l’enseignement
général public et les enseignants de
l’enseignement technique privé
semblent plus engagés dans le processus de professionnalisation – qui
conjugue une compétence disciplinaire et une compétence pédagogique – que leurs autres collègues.
In secondary education, general edu-cation and technical education haveState did not take the same form. Private
differing histories in which the confrontation between the Church and the
and public sector secondary teachers, the
heirs to this past, present social and professional characteristics which show greater
degrees of differentiation in general education
than in technical. In general education, the
sphere of influence of the private in the private sector contrasts with that of the sphere
of influence of the public in the public sector.
In technical education rather there seems to
be a synthesis in operation between the two
instances. The teachers in public general education and the teachers in private technical
education seem to be more involved in the
process of professionalisation – which combines skills in their subject with pedagogical
skills – than their other colleagues.
Im Sekundarstufenbereich unterscheiden sich dieallgemeinbildenden und die praxisorientiertenschiedlich verlaufen ist. Als Erben dieser Vergangenheit
Schulen historisch voneinander, insofern der
Konflikt zwischen Staat und Kirche unterweisen die Lehrer in allgemeinbildenden Einrichtungen
privater und öffentlicher Hand in der Sekundarstufe
stärker differenzierte gesellschaftliche und berufliche
Charakteristika auf als das Lehrpersonal in praxisorientierten Ausbildungsgängen. In den allgemeinbildenden Einrichtungen kontrastiert der Einfluss der
Privatsphäre im Privatsektor mit dem Einfluss der
öffentlichen Sphäre im öffentlichen Sektor. In den
berufsbildenden Einrichtungen scheinen diese beiden
Instanzen eher eine Synthese einzugehen. Sowohl in
den staatlichen allgemeinbildenden Schulen als auch
in den privaten berufsbildenden Schulen scheint das
Lehrpersonal sich stärker für einen
Professionalisierungsprozess, der fachliche und
pädagogische Kompetenz aneinander koppelt, einzusetzen als die Lehrerschaft in den anderen Schulen.
Les professeurs du secondaire public ont été l’objet d’investigations
nombreuses et répétées. En revanche, les enseignants du privé ont
peu été étudiés, semblant être situés dans le domaine du non-dit ou
posséder intrinsèquement les mêmes particularités que leurs collègues
du public. Or, les professeurs des secondaires public et privé
entretiennent des liens différents avec l’État : les premiers sont fonctionnaires,
les seconds contractuels. Par ailleurs, au sein du secondaire,
l’enseignement général et l’enseignement technique ont des
fondements distincts et une histoire dans laquelle les rapports entre l’Église et l’État
ont revêtu des formes différentes.
Notre recherche se situe en sociologie de l’éducation dans le sillage des investigations portant sur les liens que les enseignants entretiennent avec l’État et la
structure sociale ainsi que sur leur socialisation professionnelle à partir des cadres
d’analyse de la sociologie des professions. Dans cette approche, nous rendrons
compte des déterminants sociaux de l’orientation institutionnelle et de l’effet des
modes de recrutement, du déroulement de la carrière et de l’organisation du travail inclus dans un modèle professionnel, sur la conception des fonctions professorales des enseignants du privé et du public. La prise en compte du type de disciplines enseignées permettra d’identifier si les dynamiques des phénomènes
étudiés peuvent être davantage attribuées aux enseignants de l’enseignement général ou à leurs collègues de l’enseignement technique.
L’intervention de l’État dans l’enseignement secondaire
et l’enseignement technique
L’opposition entre l’Église et l’État dans l’histoire de l’enseignement secondaire
(actuellement enseignement général) n’a pas son équivalent dans l’histoire de l’enseignement technique. À l’origine, l’enseignement secondaire a constitué un des
domaines utilisés par l’Église, puis par l’État à partir de 1789, pour installer et
diffuser leur pouvoir. En référence à la métaphore des champs magnétiques retenue par P.Bourdieu (1992), dans l’enseignement secondaire, les forces de l’Église
et de l’État se sont repoussées et ont créé des champs oppositionnels depuis
l’époque napoléonienne jusqu’à la V
e République. Le décret du 17mars 1808 stipule que l’Université impériale a le monopole de l’enseignement et que seuls les
séminaires échappent à son contrôle (article 1). Le corps enseignant du second
degré public est instauré pour contrebalancer l’action du clergé et asseoir l’État.
Napoléon veut un corps de fonctionnaires, recrutés à l’échelon national, donc
détachés du local, et engagés derrière l’État. Par conséquent, la fonctionnarisation
n’est pas un mouvement neutre, purement administratif (Plénel, 1985). Puis, la loi
Falloux du 15 mars 1850, instaure la liberté de l’enseignement secondaire. La
dualité scolaire est ainsi consacrée, et les écoles congréganistes se développent en
concurrence avec les écoles d’État. Selon l’historien républicain E. Lavisse,
« l’Université ne fut ni détruite, ni soumise à l’Église; mais l’Église, en possession
de nouvelles écoles privées, devint la rivale de l’Université. Elles allaient se disputer
la jeunesse française, se la partager et la couper en deux masses orientées dans
deux directions opposées »
[1]. Depuis, la preuve de la charge symbolique de la loi
Falloux – qui stipule que les établissements libres secondaires peuvent obtenir
des collectivités locales ou de l’État une subvention, sans que celle-ci puisse excéder le dixième des dépenses annuelles de fonctionnement – a été apportée par la
tentative, avortée, de sa révision en 1993.
Relevant initialement du ministère du Commerce et de l’Industrie puis rattaché
au ministère de l’Instruction publique en 1920, l’enseignement aujourd’hui intitulé technologique s’est développé dans les années 1880-1890 avec les écoles pratiques du commerce et de l’industrie, d’où devaient sortir des ouvriers immédiatement utilisables à l’atelier, mais qui formaient en fait des ouvriers d’élite et des
contremaîtres (Charlot, B., Figeat, M. 1985). La loi Astier, du 25 juillet 1919,
organise l’enseignement technique public sans conflit entre l’État et l’Église, puisque
la liberté de l’enseignement technique n’est pas instaurée pour concurrencer l’enseignement technique public
[2]. Les établissements d’enseignement technologique
n’ayant pas été pris en compte par la loi Falloux de 1850, ceux du secteur privé
sont donc habilités à recevoir, sans limites, des fonds publics pour leurs dépenses
de fonctionnement comme d’investissement. Puis, l’enseignement professionnel d’État est créé de toutes pièces par le rattachement des centres de formation professionnelle à la direction de l’enseignement technique, en 1945. Ces centres de formation sont chargés de former les ouvriers professionnels et les employés qualifiés,
formation qui était auparavant accomplie dans des écoles d’entreprises ou, plus généralement, sous la forme de l’apprentissage en entreprise, qui combinait l’exercice
d’un travail productif et le suivi de cours professionnels institués par la loi Astier
du 25juillet 1919 (Pelpel, P., Troger, V, 1993). Plus tard, la réforme Berthoin du
6janvier 1959, en tendant à intégrer l’enseignement technique au système éducatif,
aura pour conséquence de le faire disparaître en tant qu’entité distincte de l’enseignement primaire et de l’enseignement secondaire (Pelpel, P., Troger, V.1993).
À partir de la loi Debré du 31 décembre 1959, le contrôle de l’État n’a pas engendré la fonctionnarisation du personnel enseignant privé. Les professeurs du privé
– dans l’enseignement général ou dans l’enseignement technique – sont devenus
salariés et contractuels de l’État. En référence au passé précédemment évoqué,
l’intégration des professeurs du privé à la fonction publique serait ressentie comme
ayant des conséquences préjudiciables sur l’unité de l’enseignement catholique.
Symboliquement, cela équivaudrait à la perte d’un corps propre que l’Église tient
à faire perdurer
[3]. Une continuité s’est donc instaurée dans la procédure de nomination des enseignants traditionnellement recrutés par le chef d’établissement,
qui a clairement le droit de refuser un professeur. Depuis 1959, les enseignants du
privé ont un statut semi-privé, semi-public. Leur mode de nomination et l’organisation de leur travail dépendent de l’autorité privée, mais les titres exigés lors de
leur recrutement et les règles régissant le déroulement de leur carrière sont sous
le contrôle de l’État.
Les modèles de l’école au fondement de l’enseignement
secondaire et de l’enseignement technique
L’opposition entre les corps professoraux privé et public dans l’enseignement général s’inscrit dans celle plus large des modèles globaux de l’école sur lesquels ont été
fondés les enseignements secondaires privé et public. À partir des travaux de
L. Boltanski et de L. Thevenot (1991), J.-L. Derouet (1992) a dégagé les principales
caractéristiques du modèle communautaire, sur lequel est basé l’enseignement
secondaire privé, et du modèle civique, au fondement de l’enseignement secondaire
public. À l’origine, dans le modèle communautaire du secondaire catholique
[4],
les fonctions professorales visent la formation globale des élèves. Elles s’articulent
autour d’une conception pluridisciplinaire et d’une insertion dans la vie sociale
de l’établissement. La dimension pédagogique est prépondérante dans la définition
de la compétence professionnelle. Traditionnellement, dans le modèle civique du
secondaire public, les fonctions professorales sont centrées sur l’axe du rapport au
savoir et la désingularisation des rapports sociaux. La compétence professionnelle
se définit d’abord à partir de sa dimension disciplinaire. Depuis les années 1970
(Colloque d’Amiens de mars 1968, puis rapport Legrand de 1982), l’idéal communautaire insufflé par les tenants de l’éducation nouvelle préconisant les méthodes
actives (alliés depuis le colloque du Havre, en 1936, aux membres de l’Université
Nouvelle, partisans de l’école unique, inspirateurs respectifs du plan Langevin-Wallon de 1947) a servi de référence aux pédagogues pour dénoncer le principe
de justice défini par le modèle civique du secondaire public. La prise en compte
de la « personne » réapparaît donc dans les relations personnalisées enseignant-élève.
Cette évolution devient encore plus sensible à partir de la création des IUFM en
1991. Le rapport Bancel du 10 octobre 1989, qui a présidé à leur genèse, stipule
que le processus de professionnalisation repose à la fois sur une compétence disciplinaire et didactique et sur une compétence pédagogique
[5]. Dans le secondaire
public, la diversité actuelle des publics scolaires implique la nécessité de différencier la pédagogie et oblige à élargir les fonctions professorales. Il en découle une
meilleure prise en compte de la composante pédagogique de la compétence professionnelle (savoir-faire et investissement). Cependant, même si les directives
nées de la remise en cause du modèle civique tendent à l’infléchir, il constitue le
socle de référence du secondaire public. Le modèle initial exclut de la fonction
professorale, centrée sur la discipline, toutes les activités d’encadrement éducatif
et pédagogique ainsi que l’aptitude à la relation.
En raison de ses spécificités, qui tiennent aux liens qu’il entretient avec l’environnement économique et à ses relations étroites avec l’emploi, la légitimité de
l’enseignement technique est avant tout exogène. Elle se réfère au monde du travail, même si les savoirs techniques utilisent de plus en plus des concepts scientifiques. En conséquence, un autre modèle de l’école, le modèle de l’efficacité,
directement issu des entreprises privées, a cours dans l’enseignement technique.
Il s’appuie sur le principe du rendement et de l’efficacité. L’éducation a pour but
le développement de la technique et du savoir-faire. Elle fait appel à une instrumentation puissante de la pédagogie, à un principe de rationalisation, et préconise
un enseignement à partir de situations d’apprentissage concrètes. Cette formation
vise à développer les possibilités d’adaptation, la formation à la décision, à la
coopération et au travail en équipe, donc à l’insertion locale et à la formation globale des élèves.
À partir des années 1975, une cohabitation progressive entre le modèle de l’école
en vigueur dans l’enseignement technique et le modèle du secondaire propre à
l’institution privée ou à l’institution publique s’est installée, lorsque les enseignements technologique puis professionnel ont été accueillis au sein des établissements du second degré. Fondamentalement, le modèle de l’efficacité s’oppose au
modèle civique du secondaire public. Mais, depuis les lois de décentralisation du
25janvier 1985 et d’orientation du 10 juillet 1989, qui accordent une autonomie
relative aux établissements scolaires publics, le cadre local et les valeurs de rendement et d’efficacité issues de l’entreprise sont mises sur le devant de la scène. En
revanche, certaines finalités du modèle de l’efficacité sont assez proches de celles
du modèle communautaire du secondaire privé. De plus, entreprises éducatives privées, les établissements privés sont moins éloignés de la culture d’entreprise et
du principe de rentabilité que les établissements éducatifs publics. Dans les deux
institutions, l’influence du modèle de l’efficacité est d’autant plus sensible que
l’évolution de la société et sa pensée néolibérale tendent à imposer l’insertion professionnelle comme finalité primordiale à l’enseignement
[6].
Dans le même temps, depuis les années 1980, un vaste processus d’élévation des
qualifications, inscrit dans un mouvement général de professionnalisation de tous
les corps de métiers, se développe dans l’enseignement, notamment depuis la création des IUFM en 1991. Les modalités de recrutement de tous les enseignants
(excepté les agrégés) s’alignent sur le modèle des certifiés du secondaire public
(bac + 3 et concours), y compris pour les professeurs des enseignements pratiques
de l’enseignement technique. En conséquence, l’influence du modèle du secondaire
d’État se fait sentir à la fois dans l’enseignement technique et dans l’enseignement
privé. Pour les enseignants de l’enseignement technique, les conditions d’expérience professionnelle s’amenuisent, puis disparaissent au profit des conditions
de diplômes. Il ne reste que le stage en entreprise inclus dans leur formation qui
marque leur spécificité par rapport à leurs collègues du secondaire général (Pelpel,
P., Troger, V., 1993). Pour les professeurs du privé, la reconnaissance de la profession et de l’enseignement dispensé passe par une plus grande prise en compte
de leur qualification professionnelle à partir des concours d’État. Ils ne se distinguent de leurs collègues du public que par le caractère local de leur mode de
recrutement et par le volet non disciplinaire de leur formation, pris en charge par
les ARPEC (Association régionale de promotion pédagogique et professionnelle
de l’enseignement catholique).
L’état des lieux étant établi, qu’observe-t-on sur le « terrain »? Les propriétés
dont sont dotés les enseignants et leurs caractéristiques professionnelles traduisent-elles un clivage entre les sphères d’influence du privé et du public plus sensible dans
l’enseignement général que dans l’enseignement technique ?
Loin de considérer le corps professoral de l’un ou de l’autre secteur comme
homogène, tant dans son être social que dans ses conditions d’exercice, notre choix
méthodologique s’est porté sur une approche comparative de type microsociologique
entre les enseignants des secondaires général, technologique ou professionnel privé
et public, pour élaborer une connaissance sociologique globale comparative de ces
deux groupes professionnels, selon le type de disciplines enseignées. Dans un tel
cadre généraliste, cette investigation est forcément incomplète et nécessiterait, sur
chacun des points évoqués, d’être approfondie par une analyse plus fine de type qualitatif, prenant davantage en compte la subjectivité des enseignants.
Le questionnaire a été retenu pour établir une comparaison entre les professeurs des secondaires général et technique privé et public. Les déterminants sociaux
de l’orientation institutionnelle ont été cernés à partir, d’une part, de la distinction
entre les activités professionnelles pratiquées dans la sphère du privé et celles
exercées dans la fonction publique par les pères des enseignants et leurs conjoints,
d’autre part, de leur modèle familial de scolarisation, appréhendé par la fréquentation d’une institution sur trois générations (par les parents de l’enseignant, l’enseignant et les enfants de l’enseignant). L’enquête s’est ensuite intéressée aux parcours professionnels des professeurs (mode d’accès, formation initiale, changement de grade et mobilité géographique) et à leur investissement dans l’organisation institutionnelle du travail permettant de cerner l’étendue de leurs fonctions
professorales. Puis, leur conception du métier a été appréhendée à travers les
objectifs principaux qu’ils assignent à leur enseignement et la définition qu’ils
donnent de leur compétence professionnelle. Les mêmes questions ont été posées
aux enseignants des deux secteurs, à quelques exceptions près comme celles renvoyant à la spécificité des formations assurées.
L’enquête porte sur un échantillon de 2479 professeurs dont 963 dans chaque
secteur enseignent dans l’enseignement général, 224 dans le privé et 329 dans le
public dans l’enseignement technique. Bien que l’échantillon n’ait pas été construit
dans le but d’être représentatif des corps enseignants nationaux de chacun des
deux secteurs, les images obtenues s’en rapprochent selon le type de disciplines
enseignées (voir annexe). Ce résultat découle en grande partie de la diffusion de
l’enquête auprès de professeurs enseignant dans des établissements implantés dans
des zones géographiques contrastées de trois départements métropolitains. L’enquête
s’est déroulée entre 1992 et 1994, à un moment charnière, propice à un bilan.
Les premiers professeurs du public formés dans les IUFM créés en 1991 viennent
d’entrer en fonction. L’accueil de la formation disciplinaire des enseignants du
privé au sein des IUFM a débuté à la rentrée scolaire 1994-1995, à la suite des
accords Lang-Cloupet du 13 juin 1992 et du 11 janvier 1993. Par conséquent,
les résultats présentés ici concernent les professeurs du privé et du public entrés
dans l’enseignement entre les années 1960 et 1990, c’est-à-dire dans la singularité
historique de cette période. Néanmoins, les lignes de force dégagées structurant
l’orientation institutionnelle et l’exercice de la profession restent valables aujourd’hui. Au début des années 2000, rien ne permet de penser que le personnel enseignant présente des caractéristiques très différentes de celui enquêté au début des
années 1990. En revanche, d’ici une dizaine d’années, environ 35% dans le privé
et près de 40 % dans le public de l’effectif des enseignants en activité en 1998-1999
partira à la retraite
[7]. Il sera alors indispensable d’examiner les effets du renouvellement de la profession et de la formation disciplinaire initiale commune des professeurs du privé et du public au sein des IUFM – instance de rapprochement
entre secteurs de leurs socialisations professionnelles respectives – si l’on veut
comprendre l’évolution des rapports public privé.
Les liens entretenus avec l’emploi et l’école d’État
En France, la relation à l’État détermine, depuis la Révolution de 1789, un clivage entre les professions exercées dans la sphère du privé (salariés non fonctionnaires et travailleurs indépendants) et celles exercées dans la sphère du public
(fonctionnaires). Ces deux formes de représentations professionnelles, liées à l’histoire et qui n’ont cessé de s’opposer au travers de nombreux conflits, jouent un rôle
essentiel dans la construction des taxinomies françaises et dans la perception que
les individus ont de la structure professionnelle. Or, les enseignants des deux secteurs sont salariés de l’État, mais les enseignants du privé sont en quelque sorte ses
agents indirects – contractuels exerçant dans une entreprise éducative privée – et
ceux du public ses agents directs – fonctionnaires enseignant dans un établissement
éducatif public. Recrutés anonymement à l’échelon national, les enseignants du
public sont dans une certaine mesure interchangeables d’un établissement à l’autre,
alors que les professeurs du privé sont recrutés personnellement par le chef d’établissement, qui a ainsi la possibilité de mener une véritable politique du personnel. L’emploi des enseignants du privé dépend étroitement du sort de leur établissement d’exercice contrairement à leurs collègues du public, qui disposent de
ce point de vue d’une totale indépendance. Pour leurs retraites, les professeurs
du privé sont affiliés au régime général de la sécurité sociale et des caisses complémentaires des salariés du privé, leurs collègues du public au régime de retraite
des fonctionnaires. Dans le secondaire privé, excepté la FEP-CFDT (Fédération
de l’enseignement privé – Confédération française démocratique du travail), initialement favorable à l’intégration des professeurs du privé dans la fonction publique
et qui revendique actuellement un statut de droit public assurant les mêmes avantages sociaux que dans l’enseignement public et la garantie d’exercer un emploi à
temps complet (elle a recueilli environ 43 % des voix aux élections professionnelles en 2001), les principales organisations syndicales militent en faveur de la
liberté de l’enseignement, refusent le fonctionnariat et défendent une conception
sécularisée de l’idéologie religieuse du service, de la charité et du respect de la
hiérarchie catholique : lors de ces mêmes élections, le SPELC (Syndicats professionnels de l’enseignement libre catholique) a recueilli environ 22 % des voix, le
SNEC-CFTC (Syndicat national de l’enseignement chrétien – Confédération française des travailleurs chrétiens) environ 30 %. Une majorité des enseignants du privé
adhère donc aux valeurs dominantes de l’institution, qui tend à assimiler fonctionnarisation à bureaucratie, fonction publique à politisation (Vandermeersch,
1982), privilégiant le lien contractuel avec l’État et préférant la souplesse de la
libre entreprise aux sécurités étatiques. Par ces caractéristiques, le métier d’enseignant du privé continue de s’inscrire dans le cadre d’emploi de la sphère du privé.
Les études de mobilité sociale démontrent que la position des individus dans la
structure sociale dépend de la position de leurs parents et de leurs grands-parents
(Singly de, Thelot, 1988). Partant de l’idée selon laquelle les représentations ou prises
de positions des enseignants sur les fonctions professorales dans chaque secteur
découlent en grande partie de leurs dispositions, une origine sociale et une appartenance sociale par la voie de l’union conjugale située dans la sphère du privé ou
dans la fonction publique, une tradition éducative familiale forgée par les valeurs
de l’institution privée ou publique, peuvent doter les enseignants d’un habitus
social et d’un code culturel scolaire actifs lors de leur orientation institutionnelle
[8].
Ainsi, peuvent être valorisés différemment l’idéologie du mérite, de la responsabilité et de la promotion personnelle attachée au monde des entreprises et l’idéologie du service public attachée au service de l’État et de la sécurité de l’emploi qui
privilégie l’égalité à la liberté incontrôlée, la laïcité au caractère propre.
Pour une grande partie des enseignants des disciplines générales, il se dessine
une relation entre leur histoire sociale selon les sphères du privé et du public et
leur orientation institutionnelle. Dans l’enseignement général public, l’ascendance
paternelle des professeurs se situe davantage dans la fonction publique et leurs
conjoints sont plus souvent fonctionnaires (Tableau 1). Les professeurs de l’enseignement général privé proviennent plus fréquemment de la sphère du privé et
leurs alliances conjugales s’inscrivent davantage dans cette sphère professionnelle.
En revanche, les trajectoires sociales des professeurs de l’enseignement technique
privé et public ne semblent pas autant influencées par les représentations du rapport au travail transmises par les pères et censées avoir cours plus spécifiquement
dans une institution. L’ascendance paternelle des enseignants des disciplines techniques ainsi que leur appartenance sociale par la voie de l’union conjugale se
situent autant dans l’une ou l’autre sphère non enseignante. Seule, l’immersion
dans l’un des deux milieux professionnels, par les alliances « pédagogiques »
contractées avec des ressortissants de leur secteur professionnel, contribue à différencier entre secteurs les liens entretenus par les professeurs de l’enseignement
technique avec les sphères professionnelles. Ce sont les trajectoires d’accès au
métier des enseignants de l’enseignement technique public, davantage inscrites
dans la sphère du privé non enseignante, qui contribuent à l’atténuation de l’écart
entre secteurs.
Rejoignant en cela leurs collègues de l’enseignement général, l’orientation institutionnelle des professeurs de l’enseignement technique public semble plutôt
en rapport avec un modèle familial de scolarisation (Tableau 2). En public, quel
que soit le type de disciplines enseignées, la liaison entre la tradition éducative
familiale (secteur de scolarisation des parents de l’enseignant, de lui-même et de
ses enfants) et le secteur professionnel est nette. En privé, cette correspondance est
moins marquée. Dans l’enseignement général comme dans l’enseignement technique, seules les mères des professeurs sont majoritairement des anciennes élèves
du secteur privé. Dans l’enseignement général, la majorité des professeurs a effectué sa scolarité dans l’institution privée. Dans l’enseignement technique, la liaison entre le secteur de scolarisation de l’enseignant et le secteur professionnel est
un peu moins nette. Enfin, quel que soit le type de disciplines enseignées, les
enseignants du privé – à l’instar de leurs homologues du public – ont tendance à
scolariser davantage qu’eux-mêmes ne l’ont été leurs enfants dans leur institution.
Quels que soient le secteur et le type de disciplines enseignées, l’évolution de la
fréquentation d’une institution sur trois générations (parents, enseignants et enfants)
montre la part importante des « obstinations durables » selon la formule d’A. Muxel
(1984), qui marquent la reproduction et par lesquelles la tradition propre à un
groupe familial se transmet. Les professeurs du public forment un bloc relativement
homogène : ils sont massivement vecteurs d’une éducation laïque. En revanche, dans
le privé, deux populations se perpétuent à partir des mères par lesquelles la tradition éducative familiale paraît davantage se transmettre : la première – proportionnellement plus importante – porte les valeurs de l’enseignement privé, la
seconde celles de l’enseignement public.
Tableau 1.
Le secteur d’activité du père et du conjoint (en %)
Tableau 1. Le secteur d’activité du père et du conjoint (en %)
Ens. général Ens. technique
Secteur d’activité
Privé Public Privé Public
PèreConjointSphère du privé non enseignante 73,1*45,5 56,934,1 67,050,3 65,742,1
PèreSphère du privé enseignante 74,7* 57,3 70,5 66,3
Conjointet non enseignante 70,2 36,5 66,0 44,1
PèreConjointFonction publique non enseignante 20,417,4 30,619,4 23,720,9 24,320,7
PèreFonction publique enseignante 22,7 40,8 26,3 31,9
Conjointet non enseignante 23,9 58,0 25,6 45,5
PèreConjointSans profession ou sans réponse 2,55,9 1,95,5 3,08,4 1,810,4
Père-ConjointTotal 100 100 100 100
Les enseignants célibataires ont été exclus du calcul des pourcentages pour le secteur d’activité du conjoint.
Lecture: * 73,1 % des enseignants de l’enseignement général privé ont des pères membres
de la sphère du privé non enseignante (salariés des entreprises privées ou travailleurs indépendants); 74,7 % des enseignants du privé ont des pères membres de la sphère du privé dans
son ensemble (salariés des entreprises privées, travailleurs indépendants ou enseignants de
l’enseignement privé).
Dans l’enseignement général, la fidélité globale à une sphère d’influence publique
ou privée se manifeste à la fois dans le domaine de l’emploi et dans celui de l’école.
Dans l’enseignement technique, l’orientation institutionnelle semble davantage en
relation avec la tradition éducative familiale, les représentations du rapport au travail transmises par les pères étant autant sous l’influence de la sphère du privé ou
de la fonction publique non enseignante dans l’enseignement public que dans
l’enseignement privé. Les professeurs de l’enseignement technique paraissent
contribuer à une certaine atténuation de la séparation entre les « gens du public »
et les « gens du privé », selon la terminologie de F. de Singly et C. Thelot (1988).
Tableau 2.
Le secteur de scolarisation des parents de l’enseignant, de lui-même et
de ses enfants (en %)
Tableau 2. Le secteur de scolarisation des parents de l’enseignant, de lui-même et
de ses enfants (en %)
Ens. général Ens. technique
Secteur de scolarisation
Privé Public Privé Public
PÈRE
Privé 39,5 14,6 37,9 15,8
Public 47,2 75,8 46,0 71,7
Les parents de l’enseignant
MÈRE
Privé 50,9 23,4 54,5 23,7
Public 37,7 66,1 33,5 66,9
PRIMAIRE
Privé 54,9* 17,7 46,9 16,1
Public 38,3 77,5 47,3 78,4
L’enseignant
SECONDAIRE
Privé 55,3 11,6 47,8 12,8
Public 36,3 82,1 41,1 80,8
PRIMAIRE
Privé 53,9 2,8 60,4 4,2
PublicLes enfants de l’enseignant 33,0 91,1 31,9 87,7
Secondaire
Privé 58,1 2,7 57,4 5,5
Public 24,3 90,3 26,6 84,5
Pour chaque génération, les totaux par colonne ne figurent pas, les pourcentages correspondant à une scolarisation dans les deux secteurs et aux non réponses n’étant pas indiqués.
Pour les enfants, les pourcentages sont calculés après avoir exclu les professeurs sans enfant
en âge d’être scolarisés à chaque niveau d’enseignement considéré et les enseignants sans enfant
ou célibataires.
Lecture: * 54,9 % des enseignants de l’enseignement général privé ont effectué leur scolarité primaire dans le privé.
Les parcours professionnels
Les règles régissant le professorat dans les secondaires privé et public sont les
mêmes en termes de titres exigés lors du recrutement et de déroulement de carrière. Mais, en raison des formes différenciées de leur mode de recrutement, les parcours professionnels des enseignants du privé et public s’effectuent dans des cadres,
certes similaires, mais relativement étanches. Les itinéraires professionnels des
professeurs de l’enseignement général et de l’enseignement technique sont-ils
autant influencés par les spécificités privée et publique ?
Dans le public, le recrutement par concours constitue théoriquement le seul
mode d’accès aux fonctions professorales. Or, dans l’enseignement technique, la
voie de l’auxiliariat domine en public comme en privé. Plus de 60 % des professeurs du public et plus de 95% de leurs collègues du privé sont entrés dans l’enseignement comme maîtres auxiliaires. En revanche, dans l’enseignement général,
la voie de l’auxiliariat a été empruntée par plus de 80 % des enseignants du privé
et par moins de 40 % de leurs collègues du public. Dans l’enseignement technique public, l’accès à l’enseignement par l’auxiliariat a favorisé le recrutement de
professeurs plus souvent issus du « local ». La proportion d’enseignants d’origine
départementale est d’environ 35 % dans l’enseignement général et s’élève à 40 %
dans l’enseignement technique en public, les originaires du département représentant environ 55 % quel que soit le type de disciplines enseignées en privé.
Ayant davantage débuté dans l’auxiliariat, les professeurs de l’enseignement technique public ont plus souvent acquis leurs « normes professionnelles » « sur le
tas ». Leur processus de socialisation professionnelle apparaît donc moins distant
de celui de leurs collègues du privé que dans l’enseignement général.
En conséquence, les progressions de carrière des enseignants de l’enseignement
technique sont relativement similaires entre secteurs. Depuis leur entrée dans le
métier, plus de 70 % des professeurs de l’enseignement technique ont changé de
corps, en privé comme en public. En revanche, dans l’enseignement général, ils
représentent environ 70% des enseignants en privé et 55% en public. Dans l’enseignement technique, cette similitude s’étend aux modes de changements de
catégorie. L’accès à un grade supérieur s’est effectué pour plus de 35 % des professeurs de l’enseignement technique privé ou public par la voie des concours
externes et pour environ 45 % d’entre eux dans chaque secteur par la voie des
concours internes. En revanche, dans l’enseignement général, plus de 40 % des
enseignants du public ont emprunté la voie des concours externes et environ 30 %
celle des concours internes alors que ces proportions tombent respectivement à environ 30 % et 15 % en privé.
Les parcours professionnels des professeurs de l’enseignement général apparaissent beaucoup plus contrastés entre secteurs que ceux de leurs collègues de l’enseignement technique. La socialisation professionnelle des enseignants des disciplines
techniques du public ayant davantage eu lieu « sur le tas » et étant plus fortement
inscrite dans un cadre local, leurs itinéraires professionnels sont moins conformes
au modèle civique du secondaire général. Inversement, les plans de carrière de
leurs homologues du privé s’étant davantage établis à partir de la passation des
concours d’État, la référence au modèle communautaire semble moins prégnante.
L’adaptation au modèle de pratiques professionnelles
et son intériorisation
L’adhésion à un modèle suppose la reconnaissance d’une valeur, d’un élément
symbolique partagé, servant de critère au choix d’une orientation particulière de
l’action (Hirschhorn, 1993). Les comportements des enseignants reflètent-ils une
meilleure adaptation au modèle de légitimité institutionnel dans l’enseignement
général que dans l’enseignement technique ? L’expression de leur subjectivité per-met-elle de rendre compte d’une intériorisation de la conception du métier spécifique dans chaque institution ?
Dans l’enseignement général, environ 50 % des enseignants du privé et 40 % du
public participent aux activités d’encadrement éducatif mises en place dans leur
établissement. En revanche, dans l’enseignement technique, cela ne concerne
qu’environ un quart des professeurs, en privé comme en public. À l’instar de ce
qui se passe en privé, même si ce phénomène est d’une ampleur plus limitée, une
partie des enseignants de l’enseignement général public considère donc que ses fonctions ne se limitent pas à la stricte transmission des connaissances, mais comprennent une dimension pédagogique et éducative. Les enseignants de l’enseignement général se distinguent notamment de leurs collègues de l’enseignement
technique par leur investissement dans un enseignement de soutien scolaire dans
les deux secteurs auquel s’ajoutent les études dirigées en privé. Ceci s’inscrit dans
une certaine logique, puisque les résultats dans les matières générales sont décisifs pour l’orientation des élèves dans un cursus scolaire d’enseignement général,
technologique ou professionnel.
Dans l’enseignement général ou dans l’enseignement technique, la majeure partie des professeurs assigne à leur enseignement la formation intellectuelle des
élèves dont ils ont la charge, à travers l’acquisition de connaissances et de méthodes
de travail (cf. graphique 1, page suivante).
Néanmoins, semblant en conformité avec les finalités du modèle communautaire,
la fonction d’instruction (l’acquisition de connaissances) est moins fortement
revendiquée par les enseignants de l’enseignement général privé au profit de la
fonction éducative (la formation de la personnalité des élèves). Par ailleurs, dans
l’enseignement technique privé ou public, l’influence du modèle de l’efficacité se
fait davantage sentir par l’importance donnée à la réussite aux examens.
Dans chaque secteur, quel que soit le type de discipline enseignée, les professeurs
définissent leur compétence professionnelle à partir de la dimension traditionnellement considérée comme essentielle par leur institution : formation pédagogique
en privé, formation scientifique en public (cf. tableau 3). Toutefois, en privé, les
professeurs de l’enseignement technique attachent davantage d’importance à la
formation scientifique que leurs collègues de l’enseignement général; en public,
les enseignants de l’enseignement général valorisent plus souvent la formation
pédagogique que leurs homologues de l’enseignement technique.
Dans l’ensemble, le modèle de légitimité propre à une institution semble exercer une plus forte influence sur les comportements des professeurs et sur leur
conception des fonctions professorales dans l’enseignement général que dans l’enseignement technique. Néanmoins, le processus de professionnalisation – qui
conjugue l’acquisition d’une formation scientifique à celle d’un savoir-faire professionnel – paraît davantage engagé par l’importance donnée à la fonction d’éducation dans l’enseignement général public, à la fonction d’instruction dans l’enseignement technique privé.
Graphique 1.
Les objectifs principaux assignés à l’enseignement (en %).
Graphique 1. Les objectifs principaux assignés à l’enseignement (en %).
Les enseignants devaient choisir les deux objectifs principaux qu’ils assignaient à l’enseignement parmi les propositions suivantes:
AC: Acquisition de connaissances; AMT: Acquisition de méthodes de travail; FPE: Formation
de la personnalité des élèves; RPE: Révélation de la personne à elle-même; RE: Réussite aux examens; ACG: Acquisition de culture générale.
PR: Privé; PU: Public; EG: Enseignement général; ET: Enseignement technique.
Le clivage entre les « gens du privé » et les « gens du public » se perpétue encore
aujourd’hui, plus nettement dans l’enseignement général que dans l’enseignement
technique, clivage marquant ainsi, de génération en génération, la mémoire enseignante. Dans l’enseignement technique, les trajectoires sociales des professeurs du
public et leurs parcours professionnels rendent compte d’un rapport plus étroit
avec la notion de « savoir-faire » traditionnellement valorisée dans la sphère du
privé, le code culturel scolaire et la socialisation professionnelle de leurs collègues
du privé, une relation plus forte avec la notion de « savoir » traditionnellement prépondérante dans la fonction publique. Au début des années 1990, les enseignants
de l’enseignement général public et leurs collègues de l’enseignement technique
privé semblent davantage engagés dans le processus de professionnalisation que leurs
autres collègues. Ceci est vraisemblablement en grande partie en liaison avec les
conditions d’exercice des enseignants de l’enseignement général public – notamment
en collège – les conduisant à accorder davantage d’importance à la fonction éducative, avec les effets de la passation des concours d’État sur les professeurs de l’enseignement technique privé. Ces concours dont l’obtention peut être justifiée par
l’acquisition d’un meilleur statut, mais qui, dans le contenu des épreuves, donnent
le primat à la fonction d’instruction. Le processus de professionnalisation des enseignants des secondaires privé et public – qui conduit à une plus forte prise compte
du savoir dans l’enseignement privé, du savoir-faire dans l’enseignement public –
s’inscrit dans celui plus large des fonctionnaires et des non-fonctionnaires. À terme,
ce processus pourrait peut-être contribuer, en France, à l’atténuation du clivage
historique entre les « gens du privé » et les « gens du public » et à l’évolution de la
perception qu’ont les individus de la structure professionnelle.
Tableau 3.
La définition de la compétence professionnelle selon sa composante
principale (en %).
Tableau 3. La définition de la compétence professionnelle selon sa composante
principale (en %).
Composante principale Ens. général Ens. technique
de la compétence professionnelle Privé Public Privé Public
Connaissances disciplinaires spécialisées 26,8 39,5 37,0 57,4
Culture générale 11,0 9,8 8,5 5,8
Formation pédagogique 41,3 30,9 41,1 19,8
Autre 6,7 8,6 3,6 4,6
Sans réponse 14,1 11,2 9,8 12,5
Total 100 100 100 100
Les enseignants célibataires ont été exclus du calcul des pourcentages pour le secteur d’activité du conjoint.
Lecture: * 73,1 % des enseignants de l’enseignement général privé ont des pères membres
de la sphère du privé non enseignante (salariés des entreprises privées ou travailleurs indépendants); 74,7 % des enseignants du privé ont des pères membres de la sphère du privé dans
son ensemble (salariés des entreprises privées, travailleurs indépendants ou enseignants de
l’enseignement privé).
Tableau 1.
Les enseignants du privé par ensembles disciplinaires
Tableau 1. Les enseignants du privé par ensembles disciplinaires
Échantillon France métropolitaine
Privé
Effectif % Effectif %
Disciplines littéraires 534 45,0 37133 42,8
Disciplines scientifiques 314 26,5 18862 21,8
Disciplines économiques 19 1,6 1074 1,2
Disciplines artistiques 27 2,3 3361 3,9
EPS 68 5,7 6714 7,8
Activités non spécialisées 1 0,0 796 0,9
Total enseignement général 963 81,1 67940 78,5
Technologie 31 2,6 5246 6,0
Disciplines secteur secondaire 37 3,1 3150 3,6
Disciplines secteur tertiaire 156 13,1 9181 10,6
Total enseignement technique 224 18,9 17577 20,3
Non ventilé 0 0 1100 1,2
Total 1187 100 86617 100
Source France métropolitaine: données statistiques de la DPD (année 1992-1993).
France métropolitaine: données statistiques de la DPD (année 1992-1993).
Tableau 2.
Les enseignants du public par ensembles disciplinaires
Tableau 2. Les enseignants du public par ensembles disciplinaires
Dans chaque secteur:
– les distributions empirique et théorique des enseignants sont comparables selon le type
de disciplines enseignées (enseignement général/enseignement technique);
– l’importance proportionnelle des différents ensembles disciplinaires est respectée dans
l’échantillon par rapport à la population parente.
Échantillon France métropolitaine
Privé
Effectif % Effectif %
Disciplines littéraires 518 40,1 142308 40,0
Disciplines scientifiques 317 24,5 77795 21,9
Disciplines économiques 21 1,6 2779 0,8
Disciplines artistiques 26 2,0 9290 2,6
EPS 81 6,3 26178 7,4
Autres enseignement général 0 0,0 8816 2,5
Total enseignement général 963 74,5 267166 75,2
Technologie 34 2,6 13758 3,9
Disciplines secteur secondaire 134 10,4 27369 7,7
Disciplines secteur tertiaire 161 12,5 45267 12,7
Autres enseignement technique 0 0 1746 0,5
Total enseignement technique 329 25,5 88140 24,8
Total 1292 100 355306 100
·
AGULHON, C., POLONI, A., TANGUY, L. Des ouvriers de métiers aux diplômés de l’enseignement technique
supérieur : le renouvellement d’une catégorie d’enseignants en lycée professionnel. CNRS, DST : 1988.
·
BANCEL, D. (dir.). Créer une nouvelle dynamique de la formation des maîtres. Paris : ministère de l’Éducation
nationale, 1989.
·
BOLTANSKI, L., THEVENOT, L. De la justification. Les économies de la grandeur. Paris : Gallimard, 1991.
·
BOURDIEU, P. Le sens pratique. Paris : Minuit, 1980.
·
BOURDIEU, P. Réponses. Paris : Seuil, 1992.
·
CHAPOULIE, J.-M. Les professeurs de l’enseignement secondaire : un métier de classe moyenne. Paris : Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1987.
·
CHARLOT, B., FIGEAT, M. La formation des ouvriers en France, 1789-1984. Paris : Minerve, 1985.
·
DEROUET, J.-L. École et justice. De l’égalité des chances aux compromis locaux. Paris : Métailié, 1992.
·
DUBAR, C. La socialisation. Construction des identités sociales et professionnelles. Paris, Armand Colin,
1991.
·
GRIGNON, C. L’ordre des choses, les fonctions sociales de l’enseignement technique. Paris, Minuit : 1971.
·
GUILLAUME, F.-R. et al. Le changement dans les lycées techniques et professionnels. Les dossiers d’Éducation et formations, n° 12, juin 1991,151 p.
·
HIRSCHHORN, M. L’ère des enseignants. Paris : PUF, 1993.
·
JABOIN, Y. Les enseignants des secondaires privé et public : une même conception des fonctions ? In: POUCET,
B. (dir.). La loi Debré. Paradoxes de l’État éducateur ? Actes du colloque d’Amiens des 9-10 décembre 1999.
Amiens : CRDP de l’académie d’Amiens, 2001, p. 161-171.
·
JABOIN, Y. Enseigner dans le secondaire privé ou public. Perspectives documentaires en éducation,
n° 54,2001, p. 85-95.
·
JABOIN, Y. Professeurs du privé, professeurs du public : si semblables, si différents. In: LANGOUËT, G. (dir.).
Public ou privé ? Élèves, parents, professeurs. Paris : Fabert, 2002, p. 113-137.
·
LANGOUËT, G., LÉGER, A. Public ou privé ? Trajectoires et réussites scolaires. Paris : Publidix, Éditions de
l’Espace européen, 1991.
·
LANGOUËT, G. LÉGER, A. Le choix des familles. École publique ou école privée ? Paris : Fabert, 1997.
·
LELIÈVRE, C. Histoire des institutions scolaires (1789-1989). Paris : Nathan, 1990.
·
OBIN, J.-P., TRANCART, D. Les identités culturelles des professeurs de l’enseignement technique. Éducation et Formations, n° 33,1993, p. 9-20.
·
MUXEL, A. Mémoire familiale et projet de socialisation de l’enfant : des obstinations durables. Dialogue,
n° 84,1984, p. 46-56.
·
PELPEL, P., TROGER, V. Histoire de l’enseignement technique. Paris : Hachette, 1993.
·
PLENEL, E. La République inachevée : L’État et l’école en France. Paris : Payot, 1985.
·
POUCET, B. Entre l’Église et la République. Paris : éditions de l’Atelier, 1998.
·
POUCET, B. Histoire et mémoire de la FEP-CFDT, Bâtisseurs d’avenir. Paris : L’Harmattan, 1999.
·
PROST, A. Les écoles libres changent de fonctions. In : Histoire générale de l’enseignement en France. Paris :
Nouvelle Librairie de France, G-V Labat Éditeur, 1981, Tome 4, chap. XI, p. 413-445.
·
SINGLY, F. de., THELOT, C. Gens du privé, gens du public. La grande différence. Paris, Dunod, Bordas,
1988.
·
TANGUY, L. L’État et l’école : l’école privée en France. Revue française de sociologie, XVIII, n° 3,1972,
p. 325-375.
·
TANGUY, L. La formation des travailleurs dans les CET : un partage entre l’État, le patronat et l’Église.
In : Le capital, les travailleurs et l’école. Paris : Maspero, 1976, chap. 9, p. 115-158.
·
TANGUY, L. L’enseignement professionnel en France : des ouvriers aux techniciens. Paris : PUF, 1991.
·
TAPERNOUX, P. Les enseignants du « privé ». Tribu catholique ? Paris : Economica, 2001.
·
VANDERMEERSCH, E. Pédagos chez les cathos. Autrement, n° 42, sept. 1982, pp. 110-118.
[1]
Cité par Ponteil, F.
Histoire de l’enseignement en France, 1789-1965. Paris : Sirey, 1966.
[2]
Depuis le début du XVIII
e siècle, existe un enseignement technique et professionnel créé par les frères
des Écoles chrétiennes de Jean-Baptiste de la Salle et quelques congrégations, liées parfois au patronat
local, proposent une formation aux jeunes filles visant à en faire de bonnes travailleuses et de bonnes
épouses.
[3]
Se référer aux débats parlementaires de décembre 1959 à l’Assemblée nationale ainsi qu’à l’ouvrage
de Savary, A.
En toute liberté. Paris : Hachette, 1985.
[4]
Par souci de simplification, les termes « privé » et « catholique » sont employés l’un pour l’autre. À
l’époque de l’enquête, en 1992-1993, les établissements catholiques représentaient 92,5 % des établissements privés sous contrat et notre recherche empirique ne porte que sur les professeurs du secteur catholique.
[5]
Depuis, les compétences professionnelles attendues ont été précisées par la circulaire du 29mai 1997.
[6]
J.-L.. Derouet (1992) a isolé les caractéristiques de deux autres modèles de compétences dont nous
ne rendons pas compte ici : le modèle marchand infiltre de plus en plus le système scolaire et le modèle
de la créativité se situe en forte tension avec toute école un peu instituée.
[7]
Pean, S., Derouillon-Roisne, P. Recrutement et départ des enseignants dans les dix prochaines
années (1999-2008).
Éducation et formations, n° 56, avr. 2000, p. 41-44.
[8]
Néanmoins, on ne peut exclure d’autres déterminismes, notamment économiques (comme la nécessité de travailler).