2003
Carrefours de l’éducation
Les apprentissages des élèves dans leur contexte : les effets de la composition de l’environnement scolaire
Marie Duru-Bellat
université de Bourgogne et Institut de recherche sur l’éducation (IREDU-CNRS).
Alors qu’on
accorde à recon-naître le carac-tère contextua-
lisé des
apprentissages
des élèves, l’influence de paramètres aussi essentiels du contexte
que sa composition scolaire ou
sociale reste encore assez peu
explorée. Certes, la mouvance du
school effectiveness démontre amplement l’influence de l’école ou de la
classe fréquentées sur les progressions des élèves. Mais dans sa
recherche de facteurs généraux d’efficacité, ce courant s’est peu interrogé sur leurs relations avec les
caractéristiques du public d’élèves.
Pourtant tous les travaux sur l’impact des modes de groupement des
élèves montrent que tant le niveau
moyen du groupe que sa composition sociale (ce que les Anglo-Saxons désignent sous le vocable
de school mix) affectent les progressions moyennes et également
les inégalités entre élèves. Cette
influence passe par les modulations
que suscite le mode de groupement
d’une part dans la quantité et la
qualité de l’instruction délivrée en
classe, d’autre part quant aux attitudes et aux comportements des
élèves affectés aux différents
groupes.
Whilst we admit to recognis-ing the contextualised char-
acter of pupils’ learning, the
no less essential influence of
the parameters of the school or social context
remains a relatively unexplored field. Of
course, the mobility of school effectiveness
amply demonstrates the influence of the
school or class attended by the pupils on their
progression. But in the search for general factors of effectiveness, this trend has had few
questions asked of it concerning the relationship with the characteristics of the pupil public. However, all work carried out on the
impact of the forms of grouping of the pupils
shows that both the average level of the group
and the social composition (known in the
Anglo-Saxon world as “school mix”) affect the
average progress, and to the same extent, the
inequalities between pupils. This influence goes
by the modulations which are created by the
form of grouping by the quantity and quality
of instruction delivered in the classroom on the
one hand, and on the other with regard to the
attitudes and behaviour of the pupils assigned
to the different groups.
Während gemeinhin anerkannt wird,
dass die Lernleistungen der Schüler
kontextabhängig sind, wurde der
Einfluss von so grundlegenden
Kontextparametern wie der schulischen bzw. sozia
len Zusammensetzung selten näher untersucht. Zwar
belegt die School-effectivness-Bewegung nachdrücklich
den Einfluss der Schule bzw. des Klassenverbandes
für die Leistungsentwicklung der Schüler. In ihrer
Suche nach allgemeinen Effizienzfaktoren hat sich
diese Forschungsrichtung jedoch kaum nach dem
Zusammenhang mit den Charakteristiken des
Klassenverbandes gefragt. Dabei weisen alle Arbeiten,
die sich mit dem Einfluss der
Gruppenzusammensetzung der Schüler befassen, darauf hin, dass sowohl das Durchschnittsniveau des
Klassenverbandes als auch seine soziale
Zusammensetzung (was die Engländer mit dem Begriff
school mix bezeichnen) die durchschnittliche
Leistungsentwicklung und darüber hinaus auch die
Leistungsdisparitäten zwischen den Schülern beeinflussen. Dieser Einfluss macht sich durch die
Unterschiede bemerkbar, die sich aus der
Zusammensetzungsart ergeben und die zum einen
die Quantität und die Qualität des im Unterricht vermittelten Wissens, zum anderen die Einstellungen
und das Verhalten der Schüler in den verschiedenen
Gruppen betreffen.
Les chercheurs en éducation mettent volontiers en avant, c’est même
ainsi, parfois, qu’ils se distinguent des psychologues, le caractère
contextualisé des apprentissages des élèves, contextualisé dans une
classe, dans un établissement. Ils rejoignent ainsi un postulat classique
de la sociologie, à savoir que l’environnement social influe
sur les conduites individuelles, au-delà des caractéristiques personnelles
des acteurs. Depuis ses débuts, la sociologie de l’éducation
s’est interrogée sur l’existence d’effets contextuels, c’est-à-dire tenant
spécifiquement aux caractéristiques de l’environnement social (environnement scolaire,
quartier et communauté d’appartenance…) sur les aspirations et la réussite
des élèves. C’est ainsi par exemple que le sociologue américain Wilson (1959)
prend explicitement en compte, dans ses analyses des projets de jeunes lycéens, l’appartenance sociale définie à la fois au niveau individuel et au niveau de l’environnement scolaire, en insistant sur la pression normative du groupe d’appartenance
et l’impact de ses valeurs sur ses membres. On a bien affaire en l’occurrence à la
recherche d’un effet spécifique du groupe, comme agrégation d’individus, dont il
marque les conduites au-delà des effets tenant aux caractéristiques personnelles. Les
travaux de Coleman (1966), dont l’influence sur l’agenda de la sociologie de l’éducation américaine sera très importante, abordent cette même question, mais en
étant plus novateurs sur le plan de la méthode, pour dissocier facteurs individuels
et facteurs contextuels, qu’en ce qui concerne l’élucidation des processus qui génèrent ces effets de contexte eux-mêmes. À partir des années soixante, vont coexister des travaux cherchant avant tout à évaluer les effets du contexte scolaire de
manière externe en particulier la mouvance du school effectiveness, sur laquelle nous
reviendrons, et des travaux plus qualitatifs tels que ceux de Campbell et Alexander
(1965), affirmant que les analyses des effets structurels doivent « se déplacer, des
caractéristiques du système dans sa globalité, aux situations sociales auxquelles les
individus se trouvent confrontés ». Cette perspective invitera à explorer en particulier
les voies par lesquelles la composition sociale d’un groupe, d’une classe ou d’un établissement, influe sur les comportements des élèves, avec un développement des
travaux sur le school mix, que nous présenterons dans la dernière partie de ce texte.
Par rapport à cette riche tradition sociologique, le silence des grandes théories
françaises sur l’école (tant Bourdieu et Passeron que Boudon) sur l’importance des
facteurs de contexte dans l’explication des inégalités sociales de carrières scolaires
est frappant. Certes, le contexte est bien perçu comme exerçant une influence,
mais dans sa dimension macrosociale, au niveau des structures, sans que soient pris
en compte les contextes plus proches et plus concrets, dont l’exploration ne s’esquissera qu’à partir des années quatre-vingt. Aujourd’hui, cette question de
recherche n’a pas perdu de son actualité scientifique, comme en attestent les nombreux travaux parus dans la dernière décennie, mais toujours plus abondants dans
les pays anglo-saxons que dans la sociologie française.
Cette question de recherche revêt par ailleurs une actualité politique, comme le
révèlent de manière récurrente les débats sur l’école. Ainsi, le succès du thème de
l’hétérogénéité des élèves révèle la conviction que le contexte scolaire proche fait
des différences : en l’occurrence l’hétérogénéité du public affecterait les progrès
des élèves, plus précisément serait préjudiciable aux meilleurs et enfoncerait encore
plus les faibles. Dans le même temps pourtant, la ségrégation, sociale et ethnique,
qui caractériserait de plus en plus les établissements scolaires (évolution au demeurant ténue, cf. Trancart, 1998), est, elle aussi, dénoncée. Cette dénonciation ne se
fait pas seulement en référence avec l’idéal de l’école républicaine intégratrice,
mais aussi parce que l’homogénéité des contextes qu’elle entraîne creuserait les
écarts, de progression et de qualité de l’« expérience scolaire » entre les élèves. On
peut aussi citer le thème du choix de l’école, pourfendu par les uns mais défendu
secrètement (en France) par beaucoup, qui s’appuie sur la conviction selon laquelle
l’établissement fréquenté joue sur le devenir ou le vécu scolaire de l’élève. La question de l’importance du contexte sur le devenir scolaire est donc bien sous-jacente
à nombre de préoccupations de politique éducative, ce qui justifie que l’examine
avec soin l’éclairage de la recherche.
Ce texte présentera dans une première partie les travaux appréhendant les « effets
établissements » et les débats qu’ils ont suscités. Puis, nous nous focaliserons sur
les effets de la composition scolaire et sociale du public d’élèves, en abordant successivement son impact aux niveaux de l’établissement, de la classe et du groupe.
La recherche sur les « effets établissements »:
acquis, débats et zones d’ombre
Il s’agit en l’occurrence d’évaluer 1) dans quelle mesure les phénomènes scolaires (réussite, socialisation et orientation scolaires) subissent l’influence des caractéristiques du contexte environnant et quel est le « niveau de contexte » pertinent
à cet égard (classe ou établissement notamment), 2) les processus par lesquels
cette structure sociale exerce son effet sur les comportements et les attitudes individuelles.
Les contextes classe ou établissement sont évidemment différents sous de multiples dimensions, et la question est de savoir quelles sont les dimensions pertinentes.
Dans les pays les plus pauvres par exemple, les contraintes économiques, qui
déterminent les conditions matérielles d’enseignement, peuvent s’avérer dirimantes, alors qu’au contraire, elles seraient « suffisamment bonnes » (et uniformes)
dans les pays riches pour ne plus exercer d’influence significative (au-delà donc du
seuil où elles se situent). Il faut donc rappeler à ce propos que l’évaluation des
effets de tel ou tel aspect du contexte, comme l’évaluation en général, est nécessairement comparative : on ne peut évaluer l’impact d’un facteur uniformément
répandu, et par conséquent, on n’évalue de fait que ce qui varie. Ainsi, l’influence
éventuelle de la composition sociale du public scolaire n’apparaîtra que dans les
pays où elle varie d’un site à l’autre. Dans la même perspective, il faut souligner que
la notion même d’école efficace est nécessairement relative, l’apport de la recherche
étant de démontrer que, au sein d’un échantillon donné d’écoles, certaines écoles
s’avèrent plus efficaces que d’autres.
L’investigation empirique de l’influence du contexte scolaire sur les résultats ou
les attitudes des élèves remonte aux explorations pionnières de Coleman à la fin
des années soixante concluant à l’absence d’« effets école » dans le contexte américain – le fameux schools make no difference –. Mais Coleman soulignait aussi que
la seule caractéristique des écoles semblant exercer un effet significatif sur les progressions des élèves était leur composition raciale, les enfants des minorités ethniques réussissant mieux dans les écoles déségréguées; il mettait aussi en avant le
fait que les différentes facettes des effets du contexte (sur les progressions ou sur
la socialisation) pouvaient diverger : ainsi, dans ces contextes déségrégués où ils réussissaient plutôt mieux, les enfants des minorités ethniques avaient dans le même
temps une image d’eux-mêmes plutôt moins bonne. Un temps, la prégnance des
thèses centrées sur la notion de « handicap socioculturel » aidant, c’est le school
make no difference qui a été surtout retenu, avec à la clef, de la part de l’école, une
certaine résignation à l’impuissance.
Depuis les années quatre-vingt, par un mouvement de balancier qu’il est hors de
propos d’analyser ici (cf. Thrupp, 1995), le courant de recherche dit de la school
effectivenessa contribué à imposer l’idée d’« effets établissements » significatifs,
minimisant du même coup les effets individuels et agrégés (dans un contexte) des
caractéristiques individuelles (notamment sociales) des élèves. Dans cette perspective, quelles que soient les caractéristiques du public d’élèves, toute école peut
améliorer son efficacité et son équité. Il s’agit donc clairement d’une perspective
tournée vers l’action, en l’occurrence vers le school improvement. On entend réagir
contre la démoralisation des enseignants, que nourrit le déterminisme des travaux
sociologiques soulignant le poids de l’origine sociale des élèves, tout en rencontrant
de fait une mouvance politique conservatrice (ou du moins critique par rapport à
l’efficacité des institutions publiques) qui enjoint aux écoles de rendre des comptes
sur leurs résultats, la question de l’inégalité des chances cédant alors le pas devant
celle de l’efficacité des pratiques pédagogiques.
Le courant de recherche de la school effectiveness a développé cette problématique
à partir des années quatre-vingt, de manière systématique, souvent sur la base de
grandes enquêtes. Il s’agit d’un courant majoritairement anglo-saxon. En particulier, la recherche française est sur ces questions globalement très peu diserte.
Plusieurs raisons expliquent ce « retard » et elles ont été analysées par ailleurs
(Cousin, 1993). Soulignons simplement que se sont conjugués en France d’une part
un contexte théorique fort, la théorie de la reproduction amenant à juger naïf d’escompter qu’une action pédagogique locale puisse enrayer le mécanisme puissant
de la reproduction sociale, et d’autre part des méthodologies courantes bien trop
frustres pour appréhender la notion même d’effet de contexte (effet établissement
et effet classe), qui ne peut être pensée et a fortiori évaluée sans une instrumentation de type analyse multivariée.
Ce qui fait l’efficacité d’une école
Dans les pays anglo-saxons où ont pris place de nombreux travaux empiriques,
un certain nombre de « régularités » stables ont été produites (
cf. la synthèse de
Scheerens, 2000). L’existence d’« effets établissement » significatifs est, dans ces
pays, aujourd’hui démontrée, en matière de progression académique (les effets
sur les attitudes étant moins explorés). Ces effets sont d’autant plus forts que
l’école a le monopole des apprentissages en la matière, et se trouve donc moins
concurrencée par d’autres instances comme la famille (les matières scientifiques dans
le premier cas, la langue maternelle dans le second). Ces « effets établissement » sont
d’importance modérée
[1] : selon les recherches, entre 8 et 15 % de la variance des
scores des élèves s’explique par les différences entre écoles (Elliott, 1996), la plupart des estimations se situant néanmoins dans le bas de cette fourchette (sur la
base de méta-analyses anglaises et néerlandaises, Wyatt, 1996, conclut ainsi à un
chiffre de 8 à 9%). Ces effets école sur les progressions des élèves sont sans doute
moins forts en primaire que dans le secondaire, mais il faut souligner que l’on
n’évalue jamais que l’effet de ce qui varie d’un établissement à l’autre (le constat
précédent s’expliquant alors, du moins en partie, par la plus grande variété des écoles
secondaires). De même, si les « effets établissement » sont plus ténus en France
que dans les pays voisins (proches de 5%;
cf. Grisay, 1997), c’est en partie du fait
de leur plus grande homogénéité sur tout le territoire, comparativement à de nombreux pays industrialisés.
La recherche donne une idée assez précise de ce à quoi ressemble un collège ou
une école efficaces; mais il est plus difficile de trancher sur ce qui fait qu’un établissement est plus performant qu’un autre, car la plupart de ces travaux sont de
type corrélationnel : on sait seulement que telle caractéristique pédagogique est en
moyenne associée à un « effet établissement » positif. Cinq facteurs s’avèrent en
tout cas liés à de meilleurs résultats chez les élèves, sachant que ces résultats ont été
établis majoritairement sur des écoles primaires, le plus souvent des écoles plutôt
défavorisées des centres-villes. Ce sont une forte emprise du chef d’établissement,
des attentes élevées à l’égard des élèves, une polarisation sur les acquis de base,
un climat de sécurité et d’ordre, des évaluations fréquentes des progrès des élèves.
À ces facteurs de base, s’ajoutent d’autres traits tels que la cohésion au sein de
l’équipe éducative, la qualité des curricula (ou les chances d’apprendre qui sont
données aux élèves), l’implication des parents, une gestion stricte du temps scolaire
pour maximiser le temps de travail des élèves. Ces facteurs peuvent bien sûr se
décliner de manière variable selon les établissements, mais ils se dégagent de manière
stable des méta-analyses internationales (Scheerens, 2000). En France (Grisay,
1997), le rôle du chef d’établissement n’apparaît pas aussi nettement. Mais on
retrouve, en premier lieu, une forte « exposition à l’apprentissage », avec une utilisation optimale du temps scolaire (peu de temps perdu pour la gestion de la discipline, notamment) et peu d’absentéisme. Jouent également des attentes élevées de
la part des enseignants, et donc une valorisation marquée du travail scolaire, attentes
élevées qui sont partagées avec les parents et les élèves. Interviennent aussi positivement la qualité des relations entre enseignants et élèves et de la vie au collège (telle
qu’estimée tant par les élèves que par les enseignants), la clarté des règles, l’existence
de droits et de responsabilités pour les élèves, un climat paisible. Ces divers facteurs
(notamment une bonne ambiance, une bonne gestion du temps et le respect de la
discipline) sont particulièrement importants pour les élèves en difficulté au début
du collège (Trancart, 1993).
Dans la sociologie (qualitative) française, on insiste sur le fait que, de manière
générale, c’est le « climat » de l’établissement qui s’avère important, notamment
les dispositions générales des enseignants par rapport aux élèves, bien plus que sa
politique déclarée, ou ses initiatives particulières, en matière d’innovation pédagogique en particulier.
Cette notion de climat reste à l’évidence difficile à cerner. Certes, dans la perspective d’une sociologie des organisations, des paramètres tels que les modalités
de la division du travail, les dispositifs de régulation, le degré de cohésion interne
(etc.) sont
a priori importants
[2]. Mais peu de travaux confrontent systématiquement
ces paramètres avec ce que l’établissement « produit ». Néanmoins, il semble qu’au
niveau collège la capacité des établissements à construire une politique d’ensemble,
à se mobiliser autour d’un projet soit associée à une moindre sélectivité des cursus et une équité plus grande, notamment parce que les enseignants partagent
une vision plus positive des élèves et de leur propre métier (Dubet
et al., 1989;
Cousin, 1996). À l’inverse, l’anomie s’avère particulièrement dommageable pour
les élèves les plus faibles ou les plus éloignés des normes scolaires qui profitent de
l’absence de cadre normatif pour développer toutes sortes de comportements
« déviants » préjudiciables à leur réussite et à toute socialisation scolaire (Cousin,
1998). Et ce d’autant plus qu’ils constituent le public majoritaire : il existe une
relation entre la concentration d’élèves défavorisés en situation d’échec scolaire
et l’importance des incivilités et des violences, ou au contraire des situations de repli
(van Zanten, 2000b). Ce dernier constat invite à explorer davantage les relations
entre « effet établissement » et composition sociale de son public, sur lesquelles
nous reviendrons plus loin. Au niveau du lycée, les établissements dont les résultats se dégradent se caractérisent par de mauvaises relations entre enseignants, ce
qui nuit à un partage des expériences et nourrit un certain pessimisme quant aux
possibilités des élèves (Cousin, 1996).
Tous ces résultats sont bien évidemment situés. En particulier, et ce point est très
important, le poids relatif des effets établissement et des effets de l’origine sociale
individuelle de l’élève est dépendant de la variabilité de ces deux types de facteurs (y a-t-il plus de différences entre les établissements qu’entre les familles ?).
C’est ainsi que Heyneman (1986) montre que dans les pays pauvres, le contexte
scolaire serait plus important que les facteurs familiaux, notamment parce que la
variabilité du premier est plus forte que celle des seconds. De même, les facettes
de l’établissement qui font des différences en matière d’efficacité ne seront pas
forcément les mêmes en France que dans les pays anglo-saxons parce que certaines d’entre elles varient moins entre les établissements français qu’entre les établissements de ces pays.
Un courant de recherche fort discuté
Dans tous les pays, les résultats des travaux de type school effectiveness font l’objet d’un certain nombre d’interrogations et de critiques.
De manière globale, ces travaux ont été critiqués pour le positivisme étroit dont
ils seraient empreints. On critique en particulier le fait que dans leur majorité les
travaux relevant du courant de la school effectiveness définissent uniquement les
« produits » de l’école en termes d’acquis scolaires. Or cette valorisation des acquis
strictement scolaires peut varier selon les contextes culturels. Dans certains pays
comme l’Australie (Wyatt, 1996), on valorise des objectifs plus larges (compétences pour devenir un adulte adapté, confiance en soi, rapport positif au savoir,
etc.). Plus largement, l’optique du school effectiveness est parfois critiquée comme
relevant d’une idéologie éducative, valorisant l’ordre, la hiérarchie, l’uniformité, le
conformisme, idéologie inconsciente de son caractère particulier (Elliott, 1996).
Quoi qu’il en soit, s’il est certain que l’opérationalisation des « produits » de
l’école est nécessairement réductrice, on ne peut contester l’importance des acquis
scolaires, même s’ils sont loin de résumer la totalité des objectifs poursuivis par l’éducation. On peut également estimer que ce courant appréhende les processus qui
agissent au niveau de l’école par des variables trop frustes, trop statiques, par des
moyennes ou des constructs (variables construites elles-mêmes à partir de plusieurs
variables élémentaires) reposant sur des agrégations non théorisées en tant que
telles. Derrière ces discussions, il y a évidemment la question des méthodes de
recherche les plus adéquates pour appréhender ce que l’école « fait » aux enfants :
l’opposition au courant de la school effectiveness prend souvent l’allure d’une opposition entre des « qualitativistes » et des « quantitativistes », que l’on peut juger
inadéquate tant, précisément, l’analyse des effets écoles exige la mise en Å“uvre
d’approches complémentaires, qui ne relèvent pas forcément des mêmes chercheurs, pour évaluer (quantitativement) l’existence même d’effets, puis pour éclairer (qualitativement) les processus sous-jacents.
Par ailleurs, l’absence d’investigation approfondie des processus fragilise évidemment les imputations causales possibles : mettre en évidence des corrélations
entre des caractéristiques relativement « distales » des écoles et les progrès des
élèves ne permet pas d’affirmer que les premières causent les secondes. En particulier, il est probable que les relations sont à double sens, entre les caractéristiques de la structure et les comportements individuels, notamment quand on se
situe dans une dynamique temporelle.
En outre, les effets établissement apparaissent bien faibles (on l’a vu, de l’ordre
de 8 à 9% de la variance des scores des élèves), sachant qu’une part de ce (faible)
effet est attribuable aux classes fréquentées et non à l’établissement en tant que
tel. Cela dit, si l’effet peut être jugé faible une année donnée, une suite d’effets
faibles peut, avec le temps, déboucher sur des différentiels importants. On s’attend
alors (et nombre de recherches anglo-saxonnes le confirment) à ce que ces « effets
établissement » soient d’autant plus marqués qu’on monte dans le système. Pour
prendre l’exemple de la France, lorsqu’on cumule les effets d’agrégation du collège
et de la classe en fin de troisième (Grisay, 1997), on constate qu’environ 40 %
des variations du score de mathématiques, 32 % du score de français, et 29 % du
score de connaissances civique sont liées à l’établissement ou à la classe fréquentée depuis la sixième. Ces chiffres traduisent à la fois le fait que les élèves ne sont
pas répartis de manière aléatoire dans les établissements et dans les classes et le fait
que ces deux « niveaux de contexte » produisent des effets cumulés spécifiques.
Un autre point de discussion concerne la distinction entre effet établissement et
effet classe. Les résultats disponibles (et les débats scientifiques qu’ils suscitent)
convainquent que la notion même d’« effet établissement », malgré sa vraisemblance sociologique, reste fragile, face à de non moins vraisemblables « effets classe ».
Elle suppose en effet, au niveau de l’établissement, l’existence d’un état d’esprit
spécifique, d’un certain nombre de normes, de valeurs et d’attitudes partagées par
tous les acteurs. Or la variance des attitudes et conceptions pédagogiques des enseignants d’un même établissement s’avère aussi grande que celle des enseignants au
niveau national (c’est ce que Grisay observe pour la France, au niveau collège,
1997). De même, il existe au sein des écoles primaires françaises une très grande
variété des attentes, des conceptions et des pratiques pédagogiques (Bressoux,
1995): il y a « beaucoup plus de différences au sein des écoles qu’il y en a d’une école
à l’autre ». Deux constats qui ne confortent guère la notion d’effet établissement, du
moins en France.
Ce que l’on peut néanmoins déduire des travaux français existants, c’est que les
effets du contexte sont vraisemblablement plus forts au niveau de la classe pour
ce qui est des progressions scolaires et plus marqués au niveau de l’établissement
en ce qui concerne le déroulement des carrières et peut-être aussi la socialisation
des élèves. On peut également faire l’hypothèse, au vu de la littérature anglosaxonne existante, que la composition scolaire (academic mix) serait une caractéristique surtout importante au niveau classe, la composition sociale (social mix)
serait plus décisive au niveau de l’établissement. Mais globalement, la question
de la supériorité des « effets classe » (et donc des « effets maître ») sur les « effets
école » doit être considérée comme ouverte (Luyten, 2003).
On admet aujourd’hui qu’il faut penser ensemble ce qui se joue au sein de ces
niveaux hiérarchisés de contexte (les anglophones parlent de nested hierarchical
layers) que sont l’établissement et la classe (Dreeben et Barr, 1988; Gamoran et Mare,
1989). Le premier, le sociologue britannique Rutter (et al., 1979) a donné une
contrepartie empirique précise à ce souci d’articulation entre niveaux, en subordonnant l’influence spécifique, sur les élèves, de la classe (via son organisation, les
pratiques des maîtres…) à des paramètres définis au niveau de l’établissement,
notamment à son climat général (développant la notion d’ethos), qui cadre et
contraint ce qui va se passer au niveau hiérarchiquement « inférieur ».
Aujourd’hui, les modèles multiniveaux sont l’instrument de ce type de démarche.
L’idée centrale est que le niveau « organisationnel » supérieur joue sur l’efficacité
du niveau inférieur en facilitant les formes d’organisation et de fonctionnement qui
s’avèrent les plus porteuses d’efficacité. Ce qui est « produit » (output) par un niveau
devient une ressource (input) pour le niveau inférieur. Ainsi, l’orientation générale
de l’école vers les objectifs scolaires, l’atmosphère ordonnée, la cohérence entre enseignants, ou encore le leadership du chef d’établissement sont autant de facteurs
qui vont rendre plus facile, au sein des classes de l’établissement, un enseignement structuré, des attentes élevées, le souci d’une évaluation continue des progrès des élèves. Ou encore, le temps que l’administration de l’école alloue pour
chaque enseignant est ce qui va leur permettre de couvrir les programmes et d’instruire les élèves. On retrouve en l’occurrence les intuitions de Parsons (cité in
Gamoran, 1989) selon lesquelles l’organisation gère l’allocation des ressources
(niveau institutionnel et managérial) qui vont ensuite affecter les processus qui
prennent place au niveau « technique » (la classe en l’occurrence).
Une autre interrogation quelque peu angoissante (si tant est que l’on vise à établir des régularités fiables) porte sur la stabilité des effets école. Si la plupart des
résultats sont de nature instantanée, nombre de chercheurs invitent à la méfiance
quant à la stabilité dans le temps des mesures d’efficacité ainsi dégagées. D’après
la méta-analyse de Wyatt (1996), la corrélation entre des mesures d’efficacité faites
plusieurs années de suite serait de l’ordre de 35-65 pour les écoles primaires, et
de l’ordre de 70-95 pour les écoles secondaires. En France, « les performances
d’un lycée sur trois peuvent être considérées comme radicalement différentes d’une
année à l’autre » (Liensol et Meuret, 1987); au niveau collège, la corrélation entre
indicateurs d’efficacité estimés d’une année sur l’autre serait assez faible (de l’ordre
de 0,3-0,4, selon les estimations de Grisay). On explique cette instabilité par des
facteurs tels que le turn-over des enseignants, ou d’autres, plus difficiles à cerner,
tels que le succès de telle ou telle initiative pédagogique ou l’impact de facteurs de
contexte plus généraux (et variables d’une époque à l’autre, ou d’un site à l’autre).
Cette question de la stabilité est évidemment importante si l’on cherche à identifier les facteurs effectivement associés à l’efficacité, et non de pures variations aléatoires ou d’origine inconnue.
De plus, autre fragilité de la notion d’établissement, peut-on affirmer qu’il existe
des « effets » qui seraient valables pour tous les élèves de l’établissement, ou seulement pour certains d’entre eux (ce qui renvoie à la notion d’efficacité différentielle), et qui par ailleurs soient constants dans toutes les disciplines ? Sur ce dernier point (qu’on désigne sous le terme de consistance de l’effet établissement), il
s’avère que les écoles sont souvent plus efficaces dans certaines disciplines que
dans d’autres, ou encore davantage eu égard aux progressions académiques qu’en
ce qui concerne les social outcomes (intégration sociale des élèves, civisme, développement social ou attitudes diverses). Autrement dit, seule une minorité d’écoles
(entre 25 et 30 %) serait efficace (ou inefficace) dans tous les domaines.
De plus, les résultats récents (résumés in Wyatt, 1996) montrent que les écoles
sont effectivementdifferentially effective: elles seraient plus efficaces pour certains
élèves que pour d’autres; en d’autres termes, même si tous les élèves gagnent à fréquenter une école efficace, certains en tirent un profit plus important que d’autres
(l’inverse valant pour les écoles inefficaces). Mais cette question reste relativement
ouverte et la consistance des travaux de type differential effectiveness est médiocre;
ainsi, il n’est pas véritablement établi que les écoles ont plus d’impact sur les progressions des élèves les plus faibles même si cela a été tenu pour une tendance avérée depuis les travaux de Coleman, et si ce résultat se retrouve couramment dans
les travaux français (Grisay, 1997, Trancart, 1993). Par contre, certains travaux
américains (résumés in Teddlie et Reynolds, 2000) montrent au contraire que les
effets établissements sont plus marqués chez les élèves les plus forts (qui « profitent »
tout particulièrement des écoles efficaces, où les résultats seraient de ce fait plus inégalitaires que dans les écoles inefficaces). Mais la plupart des recherches concluent que
ces effets différentiels restent au demeurant modestes et que les écoles qui s’avèrent
efficaces pour les uns le sont aussi pour les autres; il resterait alors justifié de produire des indicateurs globaux d’efficacité, au niveau d’une école. Toujours est-il
que sous cet angle, la question de l’efficacité est très liée à celle de l’équité. Nous
reviendrons dans la seconde partie sur la question (distincte) de l’efficacité différentielle des écoles selon les caractéristiques sociales agrégées de leur public.
Le fait que la littérature sur la school effectiveness soit émaillée de résultats contradictoires reste au demeurant troublant. Il s’agit parfois de fausses contradictions,
quand on rapproche des résultats établis à des niveaux scolaires différents (et portant alors souvent sur des acquis de base pour les premiers niveaux, sur des tâches
de complexité supérieure aux niveaux plus élevés). Parfois, les contradictions s’expliquent par des différences méthodologiques entre travaux : les mesures d’efficacité sont très sensibles à ces variations dans les méthodes (comment les données ont été agrégées, si on a ou non tenu compte du contexte social de l’école
c’est-à-dire de sonschool mix, de la taille des échantillons, ou encore comment on
a estimé la valeur ajoutée de l’école [Wyatt, 1996]).
Il reste, c’est un autre point de discussion, qu’il est sans doute prématuré (voire
contestable sur le fond) de dégager de ces travaux des lignes de conduite qu’il suffirait pour les établissements de suivre pour accroître leur efficacité; l’histoire et
le contexte particulier de chaque site ne peuvent être ainsi considérés comme accessoires – l’efficacité est donc toujours contextualisée –, et des établissements distincts peuvent atteindre des niveaux comparables d’efficacité par des voies différentes.
Cette question a clairement des incidences politiques, mais elle reste relativement
polémique au niveau scientifique, comme l’illustrent les débats autour de l’importance de la composition du public dans l’efficacité globale d’un établissement.
Effet établissement/effet du school mix
La mouvance de la school effectiveness se centre sur l’influence, sur l’efficacité des
écoles, de caractéristiques définies seulement au niveau de l’école, notamment des
caractéristiques matérielles comme sa taille ou ses ressources, mais aussi des variables
de nature plus psychosociale comme son climat. On entend ainsi montrer ce que
l’acte d’enseignement (et son efficacité propre) doit au contexte immédiat dans
lequel il s’insère, aux niveaux de la classe et de l’établissement. Il est certes légitime
pour un champ de recherche de se donner des limites, de borner ses investigations. Mais il n’en est pas moins discutable de négliger le fait que l’établissement lui-même est « niché » dans un environnement social plus large (un quartier, une
« communauté »…). Certains travaux de ce courant font mention du « contexte »
de l’établissement, désignant par-là, en particulier, le type de public accueilli. Mais,
jusqu’à une date récente, il ne s’agit là que d’un cadre qui n’affecte pas la recherche
de facteurs d’efficacité relativement universels et décontextualisés.
À partir des années quatre-vingt, la question apparaît clairement, tant chez certains chercheurs du courant lui-même (cf. notamment Teddlie et al., 1989) que chez
certains des sociologues les plus critiques à son encontre (notamment Thrupp,
1995) de savoir s’il ne convient pas de « contextualiser » les facteurs de contexte;
en d’autres termes, tous les facteurs d’efficacité dégagés jusqu’alors valent-ils quel
que soit le contexte scolaire et notamment ce qu’on appelle le school mix (c’est-à-dire avant tout le niveau scolaire moyen des élèves, leur profil sociologique, mais
aussi, en arrière-plan, le caractère urbain/rural de l’environnement, la mobilisation
de la communauté…)? La question est de savoir si les facteurs d’efficacité couramment dégagés ont une action propre indépendamment de la composition
sociale ou scolaire du public d’élèves (avec par conséquent des possibilités d’amélioration suivant unone best way unique), ou jusqu’à quel point ils ne valent que
du fait de leur association avec telle ou telle composition sociale. Dans ce dernier
cas, tous les facteurs d’efficacité devraient alors être spécifiés selon le contexte;
d’un point de vue politique, la portée de certaines actions ou processus pédagogiques pourrait être sur estimée, si on négligeait de tenir compte du public concerné
qui en conditionne l’efficacité.
Pour preuve de la pertinence de cette interrogation, un constat troublant, souvent négligé, parfois pas même documenté de la part des chercheurs du school effectiveness, à savoir le fait que les établissements performants sont plus souvent, en
moyenne, ceux qui accueillent un public de milieu aisé. On sait depuis le rapport
Coleman (1966) que tous les élèves, notamment les plus faibles, « gagnent » à fréquenter une école au public plutôt favorisé, en terme de progression du moins.
Coleman allait même jusqu’à dire que, de fait, les « ressources » apportées par le
public d’élèves s’avéraient plus efficaces (bénéfiques pour les progressions) que les
ressources de l’école elle-même. Ce constat de progressions d’autant plus fortes,
pour tous les élèves, que l’école compte une proportion importante de condisciples
de bon niveau académique et de milieu favorisé est assez constant dans la littérature anglo-saxonne. En soulignant cette importance de cet academic mix et de ce social
mix, on pointe aussi, réciproquement, que la concentration dans une école d’élèves
faibles ou de milieu défavorisé, tend à affaiblir la performance de tous les élèves.
Que ce soit chez les psychologues sociaux – qui parlent plutôt de peer effects –,
les sociologues – qui parlent plutôt de contextual effects –, ou chez les économistes
– qui utilisent l’expression de social externalities –, l’hypothèse selon laquelle le
public d’élève est en lui-même, de par sa composition, une ressource pour l’enseignement doit donc être considérée comme confortée. Mais il faut noter que,
eu égard à la distinction classique entre academic mix et social mix, la première
facette du school mix est plus explorée que la seconde.
La notion même d’effet du school mix doit être précisée : il résulte de caractéristiques définies à la fois sous une forme individuelle et sous une forme agrégée
(l’origine sociale des élèves par exemple), qui vont produire des effets de composition : les écoles scolarisant les élèves individuellement les plus faibles auront des
performances moyennes mécaniquement amoindries, ou un groupe sera faible
parce que les élèves qui le composent sont eux-mêmes faibles. Ce n’est qu’au-delà
qu’on pourra éventuellement observer des effets spécifiquement contextuels.
Concrètement, sur des élèves ayant, individuellement, telle origine sociale (ce qui
affecte leur réussite, leurs attitudes…), est-ce que le seul fait qu’ils évoluent dans
un groupe où telle ou telle origine sociale est dominante (enfants d’ouvriers scolarisés dans un établissement ouvrier par exemple) exerce, au-delà des effets de l’origine sociale individuelle, une influence spécifique, la variable contextuelle venant
redoubler ou contrarier la variable individuelle ?
Les effets avérés du school mix, au niveau de l’établissement
Dans les pays de l’OCDE (cf. OCDE, 2001), les performances des élèves du
niveau collège sont en moyenne plus fortes dans les établissements fréquentés par
des élèves de classe moyenne ou aisée. Mais des recherches spécifiques sont nécessaires pour attester l’existence d’effets contextuels, découlant de l’academic ou du
social mix. Ainsi, en mathématiques et en sciences (d’après l’enquête TIMSS de 1995
exploitée par Vandenberghe, 2001), les performances des élèves sont d’autant
meilleures, toutes choses égales par ailleurs, que leurs camarades de classe sont de
milieu social ou de niveau scolaire élevés. Cet effet de la tonalité sociale ambiante
sur les performances, même s’il s’avère souvent moins marqué que l’effet du niveau
scolaire des pairs (cf. par exemple Dar et Resh, 1986), reste néanmoins élevé, parfois presque aussi fort que l’effet individuel de l’origine sociale (cf. par exemple
Caldas et Bankson, 1997).
On retrouve ce type de résultat en France (cf. notamment Grisay, 1995).
L’hétérogénéité du public d’élèves est également associée à plus d’efficacité et surtout à plus d’équité (moindre écart entre les « forts » et les « faibles »): les élèves des
collèges à population hétérogène tendent après deux ans à se ressembler davantage; à l’inverse, les différences de performance s’accentuent dans les collèges dont
la population était au départ relativement homogène. La composition du public
d’élèves influence donc non seulement les performances moyennes mais aussi leur
dispersion.
Il reste que dans l’ensemble, les travaux du courant de la school effectiveness ont
été conduits sur des échantillons d’écoles relativement homogènes, plutôt urbaines
et défavorisées; cela a certes l’intérêt de montrer clairement qu’avec un public de
ce type, les écoles s’avèrent inégalement efficaces, mais cela ne favorise par une interrogation sur l’articulation avec le school mix puisqu’il est peu varié. Cette particularité des échantillons vient redoubler la relative ignorance de ces questions dans
le courant de la school effectiveness, produite par son autonomisation et sa coupure avec le milieu des sociologues.
Plusieurs types de recherches sont susceptibles d’éclairer le jeu entre effets établissement et effets du school mix. On peut tout d’abord examiner si les facteurs
associés à plus d’efficacité sont identiques dans les écoles les plus favorisées et les
plus défavorisées. Une étude spécifique de Teddlie (et al., 1989) montre tout d’abord
que certaines caractéristiques des écoles associées à l’efficacité valent pour toutes
les écoles, quel que soit leur social mix; c’est le cas pour la polarisation sur des
objectifs académiques, un climat d’ordre, l’importance donnée au temps actif d’apprentissage et la fréquence des évaluations des progrès des élèves. Par contre, un
certain nombre de différences distinguent les écoles efficaces de classe moyenne et
les écoles efficaces de milieu populaire. Il s’agit en particulier des facteurs suivants :
- Les attentes concernant les élèves sont élevées à la fois pour ce qui est des
attentes de résultats immédiats et les attentes à plus long terme dans les écoles
favorisées, alors que dans les écoles populaires, on met davantage l’accent sur les
attentes immédiates.
- Les écoles efficaces de milieu favorisé ont des principaux de typemanager qui
laissent une certaine autonomie à leurs enseignants, alors que dans les écoles efficaces moins favorisées, les principaux sont davantage des entrepreneurs qui lancent des innovations pour changer l’école et suivent de plus près le travail des
professeurs, notamment sur tout ce qui concerne la mise en œuvre des programmes
dans les classes.
- Toujours pour contraster les deux situations, on éprouve moins le besoin de
mettre en avant la réussite académique (son importance dans la vie par exemple)
dans le premier cas, alors qu’on le fait davantage dans le second.
- Dans les écoles efficaces de milieu favorisé, on couvre un programme allant audelà des acquis de base alors qu’on ne s’y aventure que si ces acquis de base sont
effectifs, dans les écoles moins favorisées.
- Dans les premières, la participation des parents est recherchée alors que dans
le second, il se peut qu’au contraire on cherche à préserver l’école de toute pression (nuisible) de la communauté environnante.
Évidemment, malgré leur intérêt, ces résultats ne documentent qu’incomplètement la question des relations entre
school mix et efficacité, puisqu’il n’est pas exclu
que les facteurs associés à plus d’efficacité dans tous les contextes restent plus ou
moins faciles à instrumenter selon que le public est plutôt favorisé ou défavorisé
[3].
Une démarche originale et très intéressante à cet égard consiste à évaluer, au sein
des effets établissement, la part qui revient à la composition du public et la part spécifique qui resterait, compte tenu du public, à des facteurs généraux d’efficacité. C’est
par exemple la démarche que suivent deux chercheurs belges, Opendakker et van
Damme (2001). Ils précisent qu’on peut effectivement s’attendre à ce que certains
des facteurs d’efficacité les mieux établis (climat d’ordre et de discipline, bonne
couverture des programmes, soutien des familles, professeurs expérimentés…)
soient plus présents dans les écoles au public favorisé, et qu’en omettant de tenir
compte du
school mix, on surévalue l’influence potentielle de ces facteurs scolaires.
D’où leur démarche consistant à expliquer la performance en mathématiques
d’élèves du secondaire flamand, en tenant compte à la fois de certains processus
scolaires et du school mix (dans ses dimensions scolaires et sociales) de l’établissement. Ils construisent des variables globales de processus telles que le degré de
coopération entre enseignants, la polarisation sur la discipline et les acquis disciplinaires, l’attention portée aux différences entre élèves, le caractère ordonné du
climat. Dans un second temps, ils observent que ces processus ne sont pas également répandus selon la tonalité sociale du public : plus de coopération et de climat ordonné dans les écoles au public fort et favorisé, plus d’attention portée aux
différences entre élèves dans les écoles au public faible et défavorisé, tandis que la
polarisation sur les acquis scolaires est plus répandue dans les écoles au public
hétérogène. Dans un troisième temps, ils examinent les relations entre ces caractéristiques « processuelles » de l’établissement et les progressions des élèves : ces dernières sont plus fortes quand le climat est ordonné, mais de manière générale, ce
sont des effets d’interaction qui sont observés : la coopération entre enseignants
débouche par exemple sur plus de progressions chez les élèves forts, et sur des progressions moins bonnes chez les plus faibles (sans doute par une dynamique d’effets d’étiquetage confortée par la coopération elle-même).
D’ores et déjà, on voit que les facteurs associés à plus ou moins d’efficacité ne
sont pas forcément les mêmes selon les types d’élèves. Enfin, et c’est là l’apport le
plus spécifique de leur travail, les chercheurs introduisent dans un modèle à la
fois ces variables de processus et les variables décrivant le school mix; on observe
alors que l’effet des premières est sensiblement affaibli; en particulier, l’effet positif d’un environnement ordonné diminue fortement, ce qui révèle que cette caractéristique n’apparaissait comme un facteur d’efficacité que par son association avec
un public de bon niveau et favorisé. De fait, dans cette recherche centrée sur les
progressions en mathématiques au niveau du secondaire, l’academic mix s’avère
plus important que le social mix, sachant que ces deux variables sont très liées;
nous l’avons évoqué, on retrouve ce constat d’une influence plus forte de la composition scolaire du public par rapport à sa composition sociale dans d’autres travaux (cf. par exemple Dar et Resh, 1986).
En arrière-plan, l’effet du school mix peut passer par des ressources (inégales) de
l’établissement : qualité des locaux, importance du personnel, stabilité des personnes, niveau de qualification et expérience des maîtres, tous ces paramètres
pouvant varier selon la composition scolaire et sociale du public; par exemple,
les enseignants peuvent rechercher ou au contraire fuir tel ou tel établissement
en fonction de son school mix; la stabilité (et la cohérence) des équipes est citée dans
maintes recherches comme condition nécessaire à l’émergence d’un effet établissement. Peut jouer également l’appui qu’il est raisonnable d’attendre des parents.
Et c’est cet ensemble plus ou moins fourni de ressources qui ferait que, selon le school
mix, il est plus ou moins aisé d’organiser la vie quotidienne de l’établissement, d’y
respecter les routines qui rendent le travail possible, qui permettent de ne pas
perdre trop de temps pour la gestion de la discipline, les modalités mêmes de
cette dernière, etc. Tout ceci peut autoriser un climat plus ou moins propice au travail et à une valorisation plus ou moins marquée des acquis scolaires des élèves,
paramètres eux-mêmes vecteurs d’efficacité.
Notons enfin que l’offre scolaire elle-même (options, dispositifs spécifiques),
ainsi que les activités extrascolaires proposées aux élèves sont susceptibles de
varier selon le public scolarisé. En France par exemple, on a observé que le contenu
des « parcours diversifiés » proposés en collège différait sensiblement selon la composition sociale du public, avec davantage d’approches ancrées dans le « réel »
pour les publics défavorisés et plus d’approches culturelles « gratuites » pour les
plus favorisés (Combaz, 1999).
Au total, ces différents travaux convainquent de l’importance spécifique des
variables de composition du public, sur les processus scolaires au niveau des établissements, et notamment ceux associés à des différentiels d’efficacité.
Les effets du school mix au niveau de la classe
ou du groupe
De nombreux travaux anglo-saxons ont repris cette perspective au niveau de la
classe et plus encore des groupes d’élèves constitués pour les activités quotidiennes
d’enseignement. On recherche en particulier les effets de l’ability grouping, c’est-à-dire des modes de groupement des élèves par niveau, avec constitution de groupes
de niveau (le setting, en Grande-Bretagne) ou de classes homogènes d’un point de
vue scolaire (le streaming en Grande-Bretagne) et du même coup, tendanciellement, social. Pour synthétiser les régularités qui se dégagent de cette littérature
abondante, notons tout d’abord qu’au niveau classe, il semble que les progressions
soient d’autant meilleures que le niveau scolaire initial de la classe est élevé, ce
niveau moyen jouant plus que la dispersion observée à cet égard (cf. en France,
au niveau du collège, Pelnard-Considère, 1985, et Duru-Bellat et Mingat, 1997).
Les travaux sont moins concordants concernant l’influence de l’hétérogénéité
du groupe ou de la classe. La majorité des recherches montrent néanmoins que les
classes ou les groupes de niveau homogènes (et donc l’ability grouping) accroissent les inégalités scolaires entre élèves par rapport à des groupements hétérogènes. Ceci s’explique par le fait que les élèves forts regroupés dans des groupes
forts progressent plus que s’ils étaient scolarisés dans un contexte hétérogène,
alors qu’à l’inverse les plus faibles progressent moins (cf. par exemple Kerckoff,
1986; Ireson et Hallam, 2001). Mais cet effet n’est pas symétrique et ce que « perdent » les forts dans une situation d’hétérogénéité semble moins important que
ce que « gagnent » les plus faibles (de l’ordre du simple au double dans le contexte
français; cf. Duru-Bellat et Mingat, 1997; pour l’étranger, cf. par exemple Dar et
Resh, 1986; Venkatakrishan et Wiliam, 2003). D’autres travaux conduits au niveau
primaire montrent que les groupes hétérogènes favorisent les élèves les plus faibles
sans nuire du tout aux élèves les plus forts (Whitburn, 2001). Les effets divergents, générateurs de plus d’inégalité, d’un mode de groupement par niveau sont
sans doute plus marqués dans l’enseignement secondaire.
Les élèves les plus faibles seraient donc spécialement desservis par la fréquentation d’une classe homogène faible, sachant que, de manière plus générale, ils
s’avèrent plus sensibles aux effets du contexte; c’est ce que montrent certaines
recherches (Duru-Bellat et Mingat, 1997, ou certains travaux de Vandenberghe),
mais ce constat ne fait pas l’unanimité. Dans leur travail sur les progressions en
mathématiques, Opdenakker et van Damme montrent au contraire que ce sont
les élèves les plus brillants qui profitent le plus d’une scolarisation dans un contexte
de niveau scolaire moyen élevé. Cette question a des incidences politiques évidentes, car si ce sont les élèves les plus faibles qui sont les plus sensibles aux caractéristiques du contexte, alors le regroupement des élèves dans des contextes hétérogènes est plus égalisant, c’est-à-dire débouche sur des performances moins
inégales, que le groupement par niveau scolaire ou social. Et ce avec à la clef un
niveau de performance moyen plutôt plus élevé pour l’ensemble d’une classe d’âge,
puisque globalement, la résultante de ces effets contrastés et dissymétrique selon
le niveau initial des élèves serait que l’hétérogénéité est associée à de meilleures progressions.
En France, dans une des premières recherches empiriques sur cette question,
Mingat (1984) montre ainsi, au niveau du CP, que les progressions sont plus marquées dans les classes hétérogènes, l’effet bénéfique de l’hétérogénéité étant plus
marqué pour les élèves de niveau inférieur à la moyenne (alors qu’un contexte
hétérogène s’avère nuisible aux élèves très au-dessus de ce niveau moyen). Mais
au total, répétons-le, la recherche internationale conclut plutôt à l’absence d’effet
significatif du mode de groupement sur le niveau moyen des élèves, et à une relative inconsistance de l’effet de l’ability grouping, selon les maîtres, les disciplines (il
serait plus marqué pour les mathématiques que pour la langue maternelle), et
éventuellement selon l’âge des élèves (il serait plus fort chez les plus âgés). Il reste
que le fait que certains « perdent » et d’autres « gagnent » à certains modes de groupement laisse prévoir des conflits d’intérêts entre les différents « usagers » de l’école.
Ces travaux restent au demeurant discutés. Aux yeux de certains économistes
(cf. notamment Betts et Shkolnik, 2000), il est probable que les effets (inégalisants)
de l’ability grouping ont tendance à être surestimés, dès lors que des caractéristiques non contrôlées distinguent les élèves regroupés par niveau de ceux qui fréquentent des classes hétérogènes (les économètres soulignent la fréquence de probables omitted ability bias). L’assignation des élèves aux différents groupes de niveau
ne se fait en effet pas seulement à partir des résultats scolaires, mais incorpore souvent des jugements des enseignants sur la conduite, les attitudes et la motivation
des élèves, ces différents paramètres étant le plus souvent moins propices à la réussite chez les élèves assignés aux groupes les plus faibles (Ireson et Hallam, 2001).
Par ailleurs, on ne saurait trop vite imputer au mode de groupement lui-même
(et donc au school mix qu’il induit) les effets constatés au niveau des apprentissages, car les pratiques enseignantes et les contenus scolaires effectivement enseignés varient de fait selon le niveau des groupes. À ce propos, il est intéressant de
noter que les quelques expériences de groupement par niveau qui contrôlent précisément les contenus d’enseignement assurés (ce que permet un montage de type
expérimental), ne débouchent pas sur ce type de résultat, aucune différence n’apparaissant entre les groupes, qu’ils soient homogènes ou hétérogènes (pour une synthèse, cf. Crahay, 2000). On observe même parfois, quand le matériel pédagogique utilisé dans les classes est strictement identique, des résultats significativement
meilleurs dans les classes hétérogènes que dans les classes homogènes (Whitburn,
2001). Ceci invite évidemment à explorer les voies par lesquelles, en situation
« naturelle », le school mix est susceptible d’affecter les élèves.
Avant d’aborder cette question, il faut souligner que ces résultats mettent en
avant l’importance de la « variance jointe » des caractéristiques de l’école et du
milieu social des élèves, en l’occurrence le fait que les élèves de milieu favorisé
(et/ou de bon niveau scolaire) accèdent aux meilleures conditions d’enseignement
(comme le souligne Grisay, 1997), puisque les contextes au recrutement social
favorisé ou les classes de niveau moyen élevé sont les plus propices aux progressions. Cela n’est évidemment pas dépourvu d’incidences théoriques sur les sources
de l’inégalité sociale à l’école : en effet, une part de l’avantage dont jouissent les
enfants de milieu favorisé ne passe pas par un « héritage culturel » mais par l’accès à des contextes plus formateurs. La réciproque est vraie pour les élèves de
milieu défavorisé, dont une part du « handicap » scolaire s’explique par le fait que
leurs condisciples sont le plus souvent majoritairement aussi de milieu défavorisé (Caldas et Bankston, 1997).
Les deux voies de l’action du school mix
au niveau des groupes/classes
Avant d’explorer les voies de l’action du school mix, un préalable est de se demander s’il agit bien en lui-même, ou s’il n’est que le reflet de processus autres ou de
variables qui lui sont liées. Par exemple, une école à la tonalité sociale favorisée pourrait devoir son efficacité au fait que c’est précisément ce school mix qui y attire les
enseignants les plus expérimentés et par-là les plus efficaces, ou encore que le
school mix est associé à un soutien plus fort de la communauté des parents, ou
encore, nous l’avons évoqué, qu’il permet de transmettre des contenus scolaires plus
approfondis.
Il faudra donc s’efforcer, par des analyses multivariées, de démêler les facteurs en
cause dans l’effet du school mix (et de spécifier un éventuel effet net de cette variable,
résiduel, débouchant sur de nouvelles investigations). Il est vrai que toute la littérature psychopédagogique suggère nombre de mécanismes rendant compréhensible des effets spécifiques du school mix, de par toute la dynamique psychosociale
qu’il induit dans les situations d’apprentissage quotidiennes. Notons que le school
mix de l’établissement est vraisemblablement associé à un certainsocial mix de la communauté, du quartier, plus ou moins riche en « capital social » qui peut aussi peser
sur l’efficacité propre de l’école; mais cette piste est largement moins explorée que
la première. Certains travaux américains originaux (Beaulieu et al., 2001) suggèrent
que la richesse en capital social de la communauté environnante, appréhendée par
des indicateurs tels que le pourcentage d’adultes ayant effectivement voté ou activement engagés dans les activités religieuses, serait, toutes choses égales par ailleurs,
liée à de meilleures performances scolaires chez les jeunes.
Dans les classes ou les groupes, les recherches suggèrent que les processus par
lesquels opérerait l’influence du school mix sont de deux types.
La quantité et la qualité de l’instruction délivrée en classe
Les recherches anglo-saxonnes montrent à l’envi combien les attitudes et les
pratiques pédagogiques des maîtres sont largement structurées par le mode de
groupement des élèves auxquels ils ont affaire (Ireson et Hallam, 2001). D’une
part parce qu’ils abordent les élèves avec des conceptions de ce qu’il convient de
faire avec des élèves forts ou faibles. Mais aussi parce que, dans leur groupe ou leur
classe, il va s’avérer plus ou moins facile, selon sa composition scolaire et sociale,
de mettre en place telle ou telle pratique éducative (directive ou non par exemple),
de manifester tel ou tel niveau d’exigence (dans le travail proposé, les normes du
comportement en classe), de « couvrir » plus ou moins les programmes, de proposer inégalement du travail à la maison, des recherches personnelles ou des activités extrascolaires, de gérer la discipline, etc.
C’est d’autant plus probable que certains travaux ethnographiques montrent
que tant les normes professionnelles des enseignants que leurs manières de faire
s’élaborent dans leur contexte d’exercice quotidien. Par exemple et très concrètement, c’est le cas du type de questions qu’ils vont poser aux élèves, plus ou moins
exigeantes, ouvertes, complexes, selon leurs attentes (Thrupp, 1997). La pression
à réussir est plus forte envers les élèves forts, auxquels on donne aussi plus de
possibilités de discussion, de réflexion et de créativité et aussi de responsabilité personnelle dans leur propre travail (Ireson et Hallam, 2001). À l’inverse, plus de
passivité et de conformité sont de fait encouragées dans les groupes les plus faibles.
On sait aussi que l’évaluation des performances des élèves est toujours relative au
contexte de la classe (Crahay, 2000). Au total, la spécification du curriculum réel,
de l’offre éducative réellement proposée, se fait donc dans un contexte concret et
face à un public donné (et dans un contexte de fait décentralisé, quelle que soit la
force de la centralisation formelle).
Certains travaux américains (Pallas et al., 1994) donnent un poids primordial à
cette voie d’influence du school mix, qui n’est pas la plus explorée. Des métaanalyses (telle que celle de Slavin, 1990) soulignent que c’est essentiellement en ce qu’ils
affectent les pratiques pédagogiques que le contexte et le mode de groupement
des élèves qui le façonne (y compris d’ailleurs certaines variables « morphologiques » telles que la taille des classes) peuvent avoir un effet sur les acquisitions
des élèves.
Attitudes, aspirations et comportements des élèves
Enfin (et ce n’est sans doute pas l’effet le moins important), on peut faire l’hypothèse qu’une part de l’effet du
school mix découle des interactions entre élèves
(ce serait un
peer effect). Les travaux des psychologues et des psychologues sociaux
permettent de formuler des hypothèses : le groupe majoritaire fonctionnerait
comme le groupe de référence pour tous les élèves (la comparaison sociale se ferait
avec comme référence les membres de ce groupe); la composition du groupe
majoritaire jouerait sur l’image de soi et les motivations des élèves à réussir, leurs
représentations de l’avenir ou leurs projets, éventuellement par contraste (rappelons à cet égard que tout groupe social se définit par contraste avec les autres
groupes
[4] ). Le groupe majoritaire jouerait également sur l’adhésion (inégale) des
différents groupes aux normes scolaires, ces dernières étant plus ou moins convergentes ou plus ou moins opposées aux normes du groupe d’appartenance : réussir en classe est-il perçu comme désirable ou au contraire ridicule, par exemple,
et comment le groupe renforce-t-il ou au contraire réprime-t-il tel comportement ?
Le contexte influe ainsi sur la réussite, en deux temps : ses caractéristiques affectent la genèse de processus psychosociaux (attitudes individuelles, normes de
groupe), qui à leur tour vont influer sur les comportements et la réussite scolaires.
La composition du groupe des camarades influerait aussi sur les interactions : elles
seraient inégalement stimulantes selon les différences de niveau initial entre les
élèves, les élèves de milieu populaire pouvant notamment « apprendre » de leur
contact avec des pairs dotés de ressources culturelles plus importantes, d’expériences de vie plus variées, ou d’expériences scolaires plus positives. Leurs visées
scolaires pourraient également être stimulées par la fréquentation quotidienne
d’élèves aux projets ambitieux (comme le soulignait déjà Coleman dans ses premiers travaux). Les travaux récents de Beaud (2002) illustrent sur quelques cas comment l’entrée dans un lycée de classe moyenne heurte les élèves de milieu populaire qui avaient vécu toute leur scolarité antérieure dans leur quartier, dans des
écoles et collèges très ségrégués : ils souffrent d’une compétition scolaire accrue et
de certaines formes d’« intimidation symbolique » de la part de leurs condisciples
de milieu plus favorisé, mais dans le même temps, ils apprennent très vite des
codes culturels rentables pour leurs études, avec, résultant de cette acculturation,
une plus grande confiance en soi. Au total, un mode de groupement hétérogène
est en général considéré comme une voie de plus grande mixité sociale.
Notons enfin qu’à côté de cette dimension cruciale de « capital social ». Les
aspects socioaffectifs sont également importants : les amitiés entre élèves (de niveau
scolaire et social plus ou moins varié) et le soutien socioémotionnel qu’elles apportent peuvent influer sur la performance via l’estime de soi, la confiance dans ses
propres possibilités, la maîtrise du stress, les possibilités d’expression, la motivation à apprendre, etc.
Sous tous ces aspects, le contexte crée un climat normatif et psychologique qui
colore de façon particulière l’expérience scolaire des élèves. Tous ces processus
sont probablement, pris un à un, d’importance mineure, mais ils vont jouer de
concert. L’effet du school mix est alors la résultante de nombreuses influences
convergentes, de nature organisationnelle, instructionnelle ou psychosociale. On
comprend alors que cet effet ne soit pas limité aux acquisitions scolaires mais se
manifeste aussi sur les attitudes par rapport à l’école et aux contenus scolaires;
celles-ci seraient plus favorables dans les classes hétérogènes, notamment de la
part des élèves les plus culturellement éloignés de l’école. D’un point de vue psychologique, un groupement par niveau, ne serait pas sans effet en ce qu’il légitime par son existence même un traitement différencié des élèves, perçu volontiers
comme une stigmatisation (Ireson et Hallam, 2001). Avec en réaction, le développement d’attitudes anti-écoles dans les groupes faibles assorties d’une moindre
estime de soi. Mais ce dernier résultat est plus inconstant, certains travaux montrant au contraire que l’estime de soi des élèves les plus faibles est moins diminuée dans les groupes de niveau (faible), où la comparaison sociale est moins
défavorable, que dans les groupes plus hétérogènes (Kulik et Kulik, 1992). Mais
globalement, les élèves accepteraient bien un groupement par niveau, dans la
mesure où cela leur semble garantir que l’enseignement va y être bien adapté à
leur niveau (Ireson et Hallam, 2001).
En conclusion, on peut faire l’hypothèse (Thrupp, 1997) que derrière tous ces
processus, s’expriment des jeux autour du pouvoir (inégal) des différents groupes
de parvenir à contrôler le déroulement de l’instruction en classe et la qualité de cette
dernière. Cela peut passer par des actions des parents d’élèves (eux-mêmes situés
socialement) pour assurer à leur enfant le meilleur environnement scolaire possible
(notamment l’établissement le plus efficace ou le groupe le plus profitable, quelles
qu’en soient les conséquences négatives pour les autres élèves), écarter des
« meilleures » classes les enseignants jugés problématiques, préserver un climat
calme dans l’établissement. Dans le quotidien des classes, on sait que le curriculum réel, celui qui va s’avérer possible, est de fait négocié entre les élèves et les enseignants; ces derniers mettent en place des « stratégies de survie » (dont le groupement pas niveau, perçu comme plus facile à gérer, ferait partie). Les rapports de
force autour de l’école seraient donc une des sources de l’influence du school mix.
Toujours est-il que, concrètement, l’opérationalisation de la notion de « groupe
majoritaire » et la description de la configuration des « groupes » en présence va s’avérer très cruciale. Au-delà du poids, important en lui-même, des élèves de milieu
favorisé, les Anglo-Saxons parlent de critical mass, pour désigner le fait qu’il peut
y avoir un seuil minimal pour que ce pourcentage soit assorti d’effets positifs;
réciproquement, il pourrait y avoir un seuil en deçà duquel le pourcentage d’élèves
de milieu populaire cesse d’être assorti d’effets négatifs (cf. par exemple Caldas et
Bankston, 1997), sachant que, à nouveau, ces questions ont des incidences évidentes
et sans doute polémiques en termes de politique scolaire. Mais il faut aussi noter
pour finir la dimension éthique de cette question des modes de groupement : à la
fois au niveau des enseignants et à celui plus global des politiques, on défend en
général des modes de groupement hétérogène pour mettre en avant le souci
d’équité, alors que l’ability grouping est défendu au nom de l’efficacité et de la compétitivité; même si la recherche ne conforte guère ce dernier point de vue, il y a
là des « visions du monde » cohérentes (incluant des conceptions de l’intelligence
et de l’éducabilité) qui pèsent autant (voire davantage) que la recherche dans la détermination des politiques éducatives.
·
BEAUD S. (2002) 80 % au bac… et après ? Les enfants de la démocratisation scolaire. Paris : La Découverte.
·
BEAULIEU L., ISRAËL G., HARTLESS G., DYK P. (2001) For whom does the school bell toll ? Multicontextual presence of social capital and student educational achievement, Journal of Socio-Economics,
30,121-127.
·
BETTS J.R., SHKOLNIK J.L. (2000) Key difficulties in identifying the effects of ability grouping on student achievement, Economics of Education Review, 19,21-26.
·
BRESSOUX P. (1994) Les recherches sur les effets-école et les effets-maîtres, Revue française de pédagogie, n° 108,91-137.
·
BRESSOUX P. (1995) Les effets du contexte scolaire sur les acquisitions des élèves : effet-école et effetsclasses en lecture, Revue française de sociologie, 36, n° 2,273-294.
·
BRESSOUX, P., COUSTÈRE, P., LEROY-AUDOUIN, C. (1997) Les modèles multi-niveaux dans l’analyse
écologique : le cas de la recherche en éducation, Revue française de sociologie, 38, n° 1,67-96.
·
CALDAS S.J., BANKSTON C. (1997) Effect of School Population Socioeconomic Status on Individual
Academic Achievement, Journal of Educational Research, vol. 90,5,269-277.
·
CAMPBELL E.Q., ALEXANDER C.N. (1965) Structural effects and interpersonal relationships, American
Journal of Sociology, 71,284-289.
·
COLEMAN J.S. et al. (1966) Equality of Educational Opportunity. Washington D.C. : Government
Printing Office.
·
COMBAZ G. (1999) Autonomie des établissements, diversification pédagogique et inégalités scolaires : effets sociaux des parcours différenciés au collège. Revue française de pédagogie, n° 128,73-88.
·
COUSIN O. (1993) L’effet établissement. Construction d’une problématique. Revue française de socio-logie, 34,395-419.
·
COUSIN O. (1996) Construction et évaluation de l’effet établissement : le travail des collèges. Revue
française de pédagogie, n° 115,59-75.
·
COUSIN O. (1998) De l’institution à l’établissement. Le cas des collèges de banlieue. L’Orientation scolaire et professionnelle, 27, n° 2,303-325.
·
CRAHAY M. (2000) L’école peut-elle être juste et efficace ? Bruxelles : De Boeck.
·
DAR Y., RESH N. (1986) Classroom Intellectual Composition and Academic Achievement. American
Educational Research Journal, 23,3,357-374.
·
DREEBEN R., BARR R. (1988) Classroom composition and the design of instruction. Sociology of
Education, vol.61,129-142.
·
DUBET F., COUSIN O., GUILLEMET J.-P. (1989) Mobilisation des établissements et performances scolaires. Revue française de sociologie, 30,235-256.
·
DURU-BELLAT M. (2001) Controverses autour du choix de l’école : les leçons de l’étranger. L’Orientation
scolaire et professionnelle, 2001,30, n° 2,131-153.
·
DURU-BELLAT M. (2002) Les inégalités sociales à l’école. Genèse et mythes. Paris : PUF.
·
DURU-BELLAT M., MINGAT A. (1988) Le déroulement de la scolarité au collège : le contexte « fait des
différences. Revue française de sociologie, 29,649-666.
·
DURU-BELLAT M., MINGAT A. (1997) La constitution de classes de niveau par les collèges : les effets
pervers d’une pratique à visée égalisatrice. Revue française de sociologie, 38,759-790.
·
ELLIOTT J. (1996) School Effectiveness Research and its Critics : alternative visions of schooling.
Cambridge Journal of Education, 26,2,199-224.
·
GAMORAN A., MARE R.D. (1989) Secondary school tracking and educational inequality : compensation, reinforcement, or neutrality ? American Journal of Sociology, n° 94,1146-1183.
·
GRISAY A. (1993) Le fonctionnement des collèges et ses effets sur les élèves de 6e et 5e. Les Dossiers
d’Éducation et formations, n° 32.
·
GRISAY A. (1997) L’évolution des acquis cognitifs et socio-affectifs des élèves au cours des années de
collège. Les Dossiers d’Éducation et formations, n° 88.
·
GRISAY A. (1999) Comment évaluer la valeur ajoutée dans un système scolaire « compensatoire »
ou « inégalitaire »? in D. MEURET (éd.). La justice du système éducatif. Bruxelles : De Boeck.
·
HEYNEMAN S. (1986) Les facteurs de la réussite scolaire dans les pays en développement, in CRAHAY M.,
LAFONTAINE D. (éds). L’art et la science de l’enseignement. Bruxelles : Labor.
·
JAROUSSE J.-P., LEROY-AUDOIN C. (1999) Les nouveaux outils d’évaluation : quel intérêt pour l’analyse des « effets classe, in BOURDON J., THÉLOT C. (éds). Éducation et formation : l’apport de la recherche
aux politiques éducatives. Paris : CNRS éditions, 163-186.
·
KERCKOFF A. (1986) Effects of ability grouping in British secondary schools. American Sociological review,
51,842-858.
·
KULIK J.A., KULIK C.L.L. (1992) Meta-analytic findings on grouping program. Gifted Child Quartely,
36, n° 2,73-77.
·
IRESON J., HALLAM S. (2001) Ability Grouping in Education. Londres : Sage.
·
LIENSOL B., MEURET D. (1987) Les performances des lycées pour la préparation au baccalauréat,
Éducation et formations, n° 11,25-36.
·
LUYTEN H. (2003) The size of School Effects Compared to Teacher Effects : An Overview of the
Research Literature. School Effectiveness and School Improvement, 14, n° 1,31-51.
·
MEURET D. (1995) Distribution sociale des facteurs d’efficacité des collèges, in Besse J.-M. (et al.) École
efficace : de l’école primaire à l’Université. AFAE. Paris : Colin, 81-91.
·
MINGAT A. (1984) Les acquisitions scolaires de l’élève au CP : les origines des différences. Revue
française de pédagogie, n° 69,49-63.
·
OCDE/OECD (2001) Knowledge and Skills for Life. First results from PISA 2000. Paris : OCDE.
·
OPDENAKKER M-C., VAN DAMME J. (2001) Relationship between school composition and characteristics
of school process : their effect on mathematics achievement. British Educational Research Journal, vol. 27,
4,407-431.
·
PALLAS A., ENTWISLE D., ALEXANDER K., STLUKA M. (1994) Ability-Group Effects : Instructional, Social
or Institutional ? Sociology of Education, 67,27-46.
·
PELNARD-CONSIDÈRE J. (1985) L’hétérogénéité des classes est-elle un handicap ? L’orientation scolaire
et professionnelle, 14,1,3-21.
·
RUTTER M. et al. (1979) Fifteen Thousand Hours : Secondary schools and Their Effects on Children.
Londres : Open Books.
·
SHEERENS J. (2000) Improving school effectiveness. Paris : Unesco.
·
SLAVIN R. (1990) Achievement Effects of Ability Grouping in Secondary Schools : A Best-Evidence
Synthesis. Review of Educational Research, 60,3,471-499.
·
TEDDLIE C. STRINGFIELD S., WIMPELBERG R. KIRBY P. (1989) Contextual Differences in Models for
Effective Schooling in the USA, in CREEMERS B., PETERS T., REYNOLDS D. (eds) School Effectiveness and School
Improvement. Lisse : Swets et Zeitlinger (117-130).
·
TEDDLIE C., REYNOLDS D. (2000) The International Handbook of School Effectiveness Research. Londres :
Routledge.
·
TEDDLIE C., STRINGFIELD S., REYNOLDS D. (2000) Context Issues within School Effectiveness Research,
in C. TEDDLIE et D. REYNOLDS (eds) The International Handbook of School Effectiveness Research. London :
Falmer Press.
·
THRUPP M. (1995) The « school mix » Effect : the history of an enduring problem in educational
research, policy and practice. British Journal of Sociology of Education, 16, n° 2,183-203.
·
THRUPP M. (1997) How School Mix Shapes School Processes : A Comparison of New Zealand Schools.
New Zealand Journal of Educational Studies, 32, n° 1,53-82.
·
THRUPP M. (1999) Schools Making a Difference. Let’s be Realistic ! Buckingham : Open University Press.
·
TRANCART D. (1993) Progrès cognitifs, non cognitifs et effet de l’établissement pour les élèves en
difficulté au début du collège. Éducation et formations, n° 36,87-94.
·
TRANCART D. (1998) L’évolution des disparités entre collèges ». Revue française de pédagogie, n°124,
43-53.
·
VANDENBERGHE V. (2001) Educational Equity : Social interactions may matter, in W. Hutchmacher
et al. (eds), In Pursuit of Equity. Dordrecht : Kluwer Academic Publishers.
·
VENKATAKRISHNAN H., WILIAM D. (2003) Tracking and Mixed-ability Grouping in Secondary School
Mathematics Classroom. British Educational Research Journal, 29, n° 2,189-204.
·
VINSONNEAU G. (1999) Inégalités sociales et procédés identitaires. Paris : Colin.
·
WHITBURN J. (2001) Effective classroom organisation in primart school : mathematics. Oxford Review
of Education, 27, n° 3,411-428.
·
WILSON A.B. (1959) Residential Segregation of Social Classes and Aspirations of High School Boys.
American Sociological Review, 24,836-845.
·
WYATT T. (1996) School effectiveness research : dead end, damp squib or smouldering fuse. Issues
in Educational Research, 61 (1), 79-112.
·
ZANTEN (VAN ) A. (2000a) Massification et régulation des établissements d’enseignement : le traitement
des publics en difficulté dans les collèges de banlieue. L’Année sociologique, 50,409-436.
·
ZANTEN (VAN ) A. (2000b) Le quartier ou l’école ? Déviance et sociabilité adolescente dans un collège
de banlieue. Déviance et Société, 24, n° 4,377-401.
·
ZANTEN (VAN ) A. (1996) Fabrication et effets de la ségrégation scolaire, in S. PAUGAM (dir.) L’exclusion,
l’état des savoirs. Paris : La Découverte.
[1]
L’ampleur des effets établissement est relative à la méthode statistique retenue; rappelons que les
modèles les plus couramment utilisés, les modèles par les moindres carrés ordinaires, simplifient la
réalité en faisant comme si l’effet établissement était le même quels que soient les groupes d’élèves
considérés, alors que les caractéristiques du contexte peuvent jouer en interaction avec les caractéristiques individuelles. Ces modèles tendent à surestimer les effets des variables de contexte (cela ne vaut
pas quand on raisonne en termes de pourcentage de variance expliquée). Si les modèles multiniveaux
sont en théorie plus corrects dès lors que les données ont une structure hiérarchisée, ils introduisent
d’autres hypothèses, sont d’un maniement plus complexe, et le sens des effets des différentes variables
ne sont pas très différents (Jarousse et Leroy-Audoin, 1999).
[2]
On manque de théorie, sur le fonctionnement de l’établissement scolaire, qui inviterait à observer
tel paramètre
a priori pertinent quant aux progressions ou à la socialisation des élèves. La pertinence
des dimensions retenues ne peut être démontrée qu’
ex post, par leurs effets sur ce qu’on cherche à
expliquer, ce qui donne à l’analyse une tonalité empiriste peu satisfaisante. L’absence de théorie fragilise aussi les imputations causales que l’on peut faire à partir des corrélations observées.
[3]
Les tenants du
school improvement le reconnaissent aujourd’hui : les écoles populaires ont beaucoup
plus d’efforts à faire que les écoles au public favorisé pour réunir les conditions de l’efficacité (pour une
synthèse,
cf. Teddlie et Reynolds, 2000). Dans une première phase, elles ont à mettre en place les
conditions minimales de l’efficacité (environnement calme et sûr, attentes élevées, pression en vue des
résultats scolaires), conditions réunies d’emblée dans les écoles favorisées; ensuite seulement, elles
pourront comme les secondes s’engager sur des voies d’amélioration à plus long terme.
[4]
En particulier, le groupe en position défavorable, qui sent peser la menace de l’infériorisation par
comparaison sociale avec le groupe le mieux place, va être contraint à une certaine créativité, pour se
faire évaluer à l’aune d’autres critères qui lui seront moins défavorable (cela peut être, si un bon classement en maths ou en français s’avère hors d’atteinte, de bonnes performances en EPS, ou des déviances
scolaires remarquables); sur tous ces points,
cf. Vinsonneau, 1999.