Carrefours de l'éducation
Université de Picardie

I.S.B.N.sans
200 pages

p. 72 à 86
doi: en cours

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n° 16 2003/2

2003 Carrefours de l’éducation

Interactions sociales dans trois classes d’intégration scolaire

Laurence Thouroude maître de conférences en sciences de l’éducation, laboratoire CIVIIC, université de Rouen.
Notre étude porte sur trois classes d’intégrations c o l a i r e accueillant des élèves handicapés mentaux (CLIS1) dans des écoles de ZEP. A partir des théories actuelles sur la psychologie des groupes, nous avons observé les interactions qui s’établissent d’une part entre l’enseignante et le groupe-classe, d’autre part dans les groupes de pairs, au cours des activités portant sur les apprentissages de base. Les réseaux interactifs sont fortement marqués par le rapport au savoir des élèves. Celui que nous avons appelé «le héros» du groupe incarne une certaine forme de résistance au savoir, qui s’exprime selon un mode particulier à chaque groupe. Le héros du groupe est le porte-parole de l’angoisse des élèves face aux attentes scolaires. Les solutions sont à rechercher dans l’élaboration des phénomènes de groupe, plus profondément dans la composition même de ces groupes qui constituent les CLIS1. Our study concerns three school integration classes which receive mentally handicapped pupils (CLIS1) in schools located in zones of educational priority. Taking current theory on the psychology of groups as a starting point, we have observed the interaction which is formed on the one hand between the teacher and the groups, on the other between pairs during activities concern basic learning. The interactive networks are strongly marked by the knowledge of the pupils. The one we called “the hero” of the group personifies a certain resistance to knowledge, which is expressed in a way specific to each group. The hero of the group is the spokesman for the pupils’ anxiety when confronted with learning targets. The solutions must be found in the development of group phenomena, and more specifically in the very composition of the groups which compose the CLIS1. Die vorliegende Untersuchung befasst sich mit drei Schulklassen zur Integration gei stig behinderter Schüler in schulpolitischen Förderungsgebieten. Von den aktu ellen Theorien der Gruppenpsychologie ausgehend haben wir die Interaktionen beobachtet, zu denen es beim Erwerb der Basiskenntnisse zum einen zwischen der Lehrerin und dem Klassenverband und zum anderen innerhalb homogener Gruppen kommt. Die Interaktionsnetze sind stark davon geprägt, welchen Bezug die Schüler zum Wissen haben. Der “Held” der Gruppe, wie wir ihn genannt haben, verkörpert einen gewissen Widerstand gegenüber dem Wissen, der sich je nach Gruppe unterschiedlich äußern kann. Er symbolisiert die Ängste der Schüler vor den schulischen Anforderungen. Mögliche Lösungen finden sich in der Förderung von Gruppenphänomenen und genauer in der Zusammensetzung dieser Gruppen mit geistig behinderten Mitschülern.
La présente étude s’inscrit dans le cadre d’une recherche plus large sur l’intégration collective des enfants handicapés mentaux à l’école élémentaire. Cette forme d’intégration, créée en 1991, concerne des élèves âgés de 6 à 12 ans, reconnus comme handicapés par la commission de circonscription préscolaire et élémentaire (CCPE). Ces élèves sont regroupés en effectif réduit (12 maximum) dans des classes d’intégration scolaire (CLIS). Il existe plusieurs types de CLIS en fonction des handicaps (mental, auditif, visuel, moteur). Les classes sur lesquelles porte notre étude accueillent des enfants handicapés mentaux et sont dénommées CLIS1.
Dans le département de la Seine-Maritime où ont lieu nos recherches, le nombre d’emplois consacrés aux CLIS est supérieur à la moyenne nationale : 15,7 % contre 12,4 % au niveau national (MEN, circulaire du 29 juin 1999). Les CLIS1 sont de loin les plus nombreuses. D’après le rapport du groupe Handiscol’pour l’année 2000, la Seine-Maritime totalise 116 CLIS1 pour un total de 122 CLIS. Cela s’explique en partie par le fait que ces CLIS sont majoritairement implantées dans des zones d’éducation prioritaire (ZEP), où se concentrent les difficultés scolaires et sociales. C’est le cas des trois classes sur lesquelles porte notre étude : elles sont situées dans un secteur de la banlieue Rouennaise réputé pour être particulièrement difficile, tant sur le plan socio-économique (taux de chômage élevé) que par la fréquence des actes qualifiés de délinquants.
Ce recrutement propre aux CLIS situées dans les ZEP fait l’objet de vives critiques de la part du groupe Handiscol’, dont la mission est de coordonner et de faciliter l’intégration des enfants handicapés. Le rapport pour l’année 2000 du groupe départemental de coordination Handiscol’fait apparaître qu’en 1998, un quart des cas individuels proposés à l’examen des CCPE ne relevait pas d’une orientation en CLIS, mais aurait dû bénéficier d’une scolarisation ordinaire avec l’intervention des réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED). En Seine-Maritime, l’effet d’offre de places demeurées vacantes favorise l’affectation des élèves certes en difficulté scolaire, mais qui ne présentent pas cependant de handicap établi. Le groupe Handiscol’dénonce l’ambiguïté de certaines CLIS, qui tendent à fonctionner sur le mode des anciennes classes de perfectionnement (antérieures à 1990). Il préconise le renforcement du contrôle de l’orientation, afin de mieux réguler ce phénomène.
Par-delà la diversité des cas que recouvre la catégorie de « handicapé mental », les élèves de CLIS1 ont en commun des difficultés d’apprentissage, auxquelles viennent se greffer pour chacun d’eux, à des degrés divers, des difficultés d’ordre comportemental. Les équipes éducatives rencontrées attribuent ces difficultés à un faible quotient intellectuel (QI compris entre 50 et 70), ainsi qu’à un environnement familial défaillant (facteurs psychoaffectifs et socio-économiques).
Cependant, l’école est faite pour apprendre et les objectifs des enseignants des CLIS sont plus que jamais centrés sur les apprentissages fondamentaux, autrement dit sur l’acquisition des savoirs de base. Compte tenu de leur difficulté à faire progresser leurs élèves, la première question qui se pose est celle des réactions des élèves face aux situations d’apprentissage qui leur sont proposées. C’est pourquoi nous avons porté notre attention sur les interactions sociales observables dans les groupes classes, au cours des activités réalisées.
Nous tenterons de cerner les difficultés des élèves à travers l’étude des interactions verticales (avec l’enseignante) et horizontales (entre pairs) afin d’ouvrir des voies vers des solutions de remédiation.
 
Le rapport au savoir dans sa dimension groupale
 
 
Les interactions sociales se déroulent à l’intérieur d’un cadre matériel et symbolique. Le cadre scolaire est constitué par l’espace matériel, les règles et les routines qui régissent la vie quotidienne de l’école. À l’intérieur de cet espace scolaire général, chaque classe en tant que groupe constitué, développera des façons propres de réagir face aux attentes des enseignants. Ces attitudes particulières, par leur relative constance et leur régularité, participent pour une large part à l’instauration d’un climat de classe. Dans le contexte scolaire, les réseaux interactifs qui permettent de décrire le climat général d’une classe sont fortement marqués par le mode de rapport au savoir des élèves.
Tous les élèves ont un rapport au savoir qui leur est propre et qui peut selon les cas, favoriser ou au contraire faire obstacle à l’appropriation des savoirs. Le concept de rapport au savoir se situe au carrefour du psychologique et du social, ce qui laisse entrevoir sa complexité. E. Bautier, B. Charlot, J.-Y. Rochex (2000, p. 180) définissent le rapport au savoir comme « un rapport à des processus (l’acte d’apprendre), à des produits (les savoirs comme compétences acquises et comme objets institutionnels, culturels et sociaux) et à des situations d’apprentissage ». De nombreux sociologues de l’éducation ont montré, à différents stades du cursus scolaire, que le rapport au savoir variait selon l’origine sociale des élèves (N. Mosconi, 1996; J.-Y. Rochex, 1995; E. Bautier, B. Charlot, J.-Y. Rochex, 1993,2000).
Sur le plan psychologique, le rapport au savoir apparaît lié à la problématique parentale (F. Hatchuel, 1999). Si l’on considère le savoir comme un support de l’investissement libidinal et affectif, on admettra qu’il est marqué d’ambivalence : d’un côté il est protecteur et source de plaisir, de l’autre il est dangereux et source d’angoisse. Par-delà ces diverses interprétations, il nous paraît possible d’appréhender le rapport au savoir dans l’articulation du psychologique et du social, à travers une approche de type groupal.
Dans une classe, on peut supposer que le côtoiement d’un certain nombre d’individualités, proches les unes des autres dans leur mode de relation au savoir, influencera fortement la dynamique relationnelle du groupe qu’ils forment. Compte tenu du regroupement d’enfants présentant des difficultés dans les apprentissages de base et de la priorité accordée par les enseignantes de CLIS1 à ces apprentissages, la question du rapport au savoir doit être analysée comme un fait impliquant des processus de groupe. Il convient alors de s’interroger sur les modalités d’influence du rapport au savoir sur la dynamique interactive des groupes classes.
Appliquant les théories psychanalytiques aux processus d’éducation et de formation, D.Anzieu et R.Kaës développent le modèle de l’appareil psychique groupal, qui décrit le groupe comme un ensemble intersubjectif, doté de propriétés spécifiques. L’appareil psychique groupal désigne, selon R. Kaës (2000, p. 212), « la construction commune des membres d’un groupe pour faire un groupe ». Le groupe existe comme une réalité qui transcende les individus. Cette réalité est en partie observable à travers les interactions établies dans la classe et qui contribuent, par les régularités de leurs formes, à la constitution d’un climat de groupe.
L’espace groupal est pour D.Anzieu et R.Kaës un espace corporel, le « corps groupal », qui représente métaphoriquement une image du corps dont chaque individu serait un membre. Dans cette perspective, D. Anzieu (1999) interprète les situations de groupe en se référant à la fantasmatique orale. Il assimile les savoirs à de la nourriture que l’enfant incorpore volontiers ou au contraire rejette, plus ou moins violemment. « Le groupe est une bouche » dit D. Anzieu (1999, p. 99) et cette métaphore est d’autant plus à l’Å“uvre dans le groupe-classe que c’est sur la base de l’incorporation des savoirs que les élèves forment un groupe. Il est alors prévisible que le rapport au savoir des élèves exerce une forte influence sur la dynamique relationnelle du groupe qu’ils forment.
En outre, le rapport au savoir est à considérer en lien avec le rapport à l’enseignant : en termes métaphoriques, l’enseignant est chargé de nourrir ses élèves et ces derniers sont tenus d’incorporer les savoirs. L’acquisition des savoirs passe par la personne de l’enseignant(e), médiatrice du projet pédagogique. Cependant, la question de la nature de ce lien met en jeu des processus très complexes, impliquant notamment des mécanismes d’identification, que nous ne sommes pas en mesure d’approfondir dans cet article. Nous tenterons dans un premier temps d’ébaucher la question des liens entre le rapport au savoir et le rapport à l’enseignante, à travers l’observation des interactions verticales en situation de travail. Dans un deuxième temps, nous analyserons le fonctionnement des groupes à partir de l’observation des interactions dans les groupes de pairs, également en situation de travail.
 
Le héros, porte-parole du groupe
 
 
Le corps groupal est doté d’une parole qui lui est propre. Dans une classe, cette parole s’exprime par l’intermédiaire de l’élève (ou des élèves) qui occupe une position centrale dans le groupe parce qu’il exerce une forte influence dans les réseaux de communication.
F. Redl (1942) a introduit le concept de « personne centrale » pour désigner toute forme de leadership, indépendamment du leader officiel. F. Redl (1942, in A.Lévy, 1990, p.380) définit la personne centrale comme « la personne autour de laquelle se produisent les formations de groupe, le point de cristallisation de toute l’affaire. » C’est autour de la personne centrale que se développent des processus spécifiques de formation de groupe. Le héros tel que nous le concevons ici est proche de la personne centrale définie par Redl. Nous avons opté pour l’appellation de héros, d’une part parce qu’il symbolise comme nous le verrons, une certaine forme de résistance du groupe au savoir, d’autre part parce que résister au savoir relève d’une option héroïque, dans un espace institutionnel précisément prévu à cet effet.
Le héros est le porte-parole du groupe, au sens où l’entendent les psychanalystes argentins (portavoz), notamment Pichon-Rivière dans ses travaux d’inspiration systémique sur les groupes familiaux. La notion de porte-parole s’est imposée dans le cadre de l’analyse des groupes pour traiter la question de la parole. Le porte-parole est celui qui, dans le groupe à un certain moment, dit quelque chose qui révèle un processus groupal demeuré latent ou implicite. Son rôle est donc fondamental, puisqu’il est l’indicateur de l’état inconscient du groupe. Le porte-parole n’a pas conscience de la signification groupale de ce qu’il énonce : il le vit comme lui étant propre. En tant que porte-parole du groupe-classe, le héros est chargé d’une double mission implicite :
  • cristalliser la résistance au savoir et lui donner une forme acceptable pour tous; il peut être amené à prendre le pouvoir à la place de l’enseignante;
  • offrir des moyens de lutter contre l’angoisse dépressive en apportant une autre forme de nourriture que le savoir.
Celui que nous appelons le héros est donc à la fois la personne centrale de F. Redl et le porte-parole du groupe. C’est à partir de ces approches théoriques que nous avons orienté nos recherches. Nous avons appréhendé le climat de classe à travers l’étude des interactions, en fonction de deux axes d’analyse :
  • l’axe vertical, à savoir les interactions avec l’enseignante, au cours des apprentissages individuels et collectifs (le rapport au savoir groupal);
  • l’axe horizontal, à savoir les interactions qui s’établissent entre pairs au cours de ces mêmes activités (le héros du groupe).
Si le groupe classe ne se nourrit pas des savoirs, de quoi se nourrit-il ? Sur quelles bases les élèves forment-ils un groupe ? La dynamique interactive est-elle favorable aux apprentissages, dans cet espace groupal dénommé CLIS1 ?
 
Méthodologie
 
 
Nous avons étudié le fonctionnement de trois CLIS1 implantées dans des écoles de ZEP. Les données ont été recueillies entre février et juin 2001. Nous avons opté pour une méthodologie de type qualitatif, qui consiste à observer le fonctionnement des CLIS au quotidien durant des journées entières, en situation naturelle; l’observation est distanciée et non participante. Nous avons réalisé un journal de bord où sont consignées toutes les notes d’observation, qui ont servi de base à l’élaboration des comptes rendus que nous exposons dans cette étude. Nous ne relaterons ici que quelques séquences, qui se situent exclusivement dans le cadre de la classe. Ce n’est pas une vision exhaustive du déroulement de la vie quotidienne de ces CLIS : certaines activités à caractère sportif et ludique, notamment celles qui ont lieu en dehors de l’espace scolaire proprement dit, se déroulent dans un climat plus détendu et plus serein. Le choix méthodologique de se centrer sur les apprentissages de base dans le cadre habituel de la classe reflète donc une vision partielle de la réalité.
Nous avons regroupé dans le tableau suivant les données relatives aux trois CLIS observées, ainsi que celles se rapportant aux écoles concernées.

Tableau 1.
Caractéristiques des trois CLIS
Agrandir l'image Tableau 1. Caractéristiques des troi...
Tableau 1. Caractéristiques des trois CLIS CLIS A CLIS B CLIS C École classée en ZEP* oui oui oui Nb de classes dans l’école 10 11 14 % fréquentation scolaire 97,5 % 98,5 % 98 % % Pratique d’une langue étrangère 24 % 24 % 30 % % Famille de plus de 4 enfants 32 % 54 % 56 % % CSP 3 ou demandeurs d’emploi — 97,5 % 99 % Nb d’élèves dans 12 11 11 la classe dite «CLIS»* Âge des élèves 6-12 ans 9-12 ans 6-9 ans (tous niveaux) (grand niveau) (petit niveau) Spécificité QI entre 50 et 70 QI entre 50 et 70 QI entre 50 et 70 du public de la CLIS Pb sociaux Pb comportement Pb comportement Fréquence 2 fois/semaine 2 fois/semaine 3 fois/semaine des décloisonnements avec CE2 Suivi spécialisé dans l’école Groupe de langage RASED* RASED* (3 élèves) psychologue scol. psychologue scol. (bilans) (bilans) Suivi spécialisé hors école CMP* CMP (3 élèves) AS de secteur (6 élèves) AS* de secteur (3 élèves) (2 élèves) Enseignante: choix de la CLIS oui oui non Spécialisation AIS* Oui (maître E) Oui (maître E) Non (3e année d’enseignement) Sigles AIS adaptation et intégration scolaires AS assistant de service social CLIS classe d’intégration scolaire CMP centre médico-psychologique RASED réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté ZEP zone d’éducation prioritaire

Nous retiendrons de ce bref état des lieux que les écoles dans lesquelles sont implantées nos CLIS concentrent les difficultés scolaires et sociales, de telle sorte que de nombreux élèves scolarisés dans les classes ordinaires sont eux aussi en difficulté. À cet égard, les élèves de CLIS ne sont ni stigmatisés ni marginalisés au sein de ces écoles. C’est du moins ce que nous avons pu constater au fil de nos observations et c’est également le point de vue des équipes éducatives. Les enseignants ne relèvent pas de phénomène de bouc émissaire qui serait particulier aux élèves de CLIS.
 
Passation
 
 
Avant de pénétrer pour la première fois dans les classes, les enseignantes avaient annoncé ma venue aux élèves. Ces derniers n’ont donc pas été surpris lorsque je me suis présentée. Ils m’ont d’emblée située comme une enseignante stagiaire, venue apprendre le métier en observant la façon dont les élèves travaillent. Dans chacune des trois classes, ils m’ont dit avoir déjà vécu une telle expérience. Je n’ai pas démenti, étant entendu avec les enseignantes que c’était la façon la plus simple d’expliquer ma présence au sein du groupe. Ayant moi-même enseigné pendant vingt-trois années dans le premier degré, j’étais également à l’aise dans ce statut. Cependant, au fil du temps et des observations, mon attitude discrète, distanciée par rapport au groupe, avec une prise de notes continue, finissait par susciter des interrogations chez les élèves, des sollicitations de leur part, un désir accru de dialogue chez les enseignantes. Il m’a donc été difficile de maintenir les distances que je m’étais fixées au départ. Cependant, l’année scolaire est arrivée à son terme et j’avais déjà recueilli une masse importante de données, correspondant à quatre journées complètes d’observation dans les classes, ce qui m’a permis d’observer une certaine régularité dans les climats de classe en fonction des situations.
Nos observations ont été complétées par les évaluations des enseignantes de CLIS recueillies sous la forme d’entretiens semi-directifs. La consigne de départ était large et visait à appréhender leur point de vue sur la qualité du climat scolaire au quotidien, leurs satisfactions et leurs difficultés.
Parmi les difficultés repérées chez les élèves, les trois enseignantes de CLIS signalent en priorité celles qui concernent la lecture et l’écriture. Elles invoquent des explications qui tiennent au milieu familial : certains élèves sont présentés comme des cas qui cumulent les difficultés d’ordre psychoaffectif et socio-éducatif. Les enseignantes déplorent le manque de suivi psychologique de leurs élèves dans le cadre scolaire, les RASED n’intervenant que ponctuellement pour effectuer des bilans. Elles ont une autre préoccupation commune : celle de l’orientation scolaire des élèves et de leur devenir à plus long terme.
Par-delà ces caractéristiques communes aux trois CLIS, nos propres analyses issues d’observations approfondies et répétées, laissent apparaître des différences dans la dynamique des groupes considérés. Pour chacune des CLIS observées, nous avons pu mettre en évidence trois modalités interactives, que nous avons désignées comme suit :
  • CLIS A : le mode soumission/dépendance (passivité, inhibition);
  • CLIS B : le mode somatique (malaises physiques);
  • CLIS C : le mode hors la loi (provocations, violences).
 
CLIS A : le mode soumission/dépendance ou le groupe passifacceptant
 
 
La CLIS de Mme A est une CLIS « tous niveaux » composée de douze élèves de 6 à 11 ans. Mme A est une enseignante expérimentée et spécialisée en AIS. Les élèves sont calmes, trop calmes aux dires de Mme A, qui déplore leur manque d’autonomie et leur passivité face au travail scolaire. Cependant, elle apprécie le climat de solidarité et de bonne entente qui règne dans le groupe.
Compte rendu d’observation
Mme A donne un travail de lecture individualisé à chaque élève. Les tables sont séparées, avec un seul élève par table, à l’exception d’une table où ils sont deux : un garçon et une fille. Mais on n’observe pas davantage d’interactions à cette table. Tous travaillent calmement sans commentaires. Cependant, les tensions sont perceptibles dès le début des activités. Certains ne comprennent pas la consigne. Mme A réexplique à chacun. Un élève a déjà fini mais a fait des erreurs. Il réussit lorsque la maîtresse vient se placer à côté de lui. Un autre se tient la tête, l’air rêveur. Mme A le rappelle à l’ordre. Peu après, elle vient vers lui. Il donne des réponses contradictoires. Il est perdu, il a raté son exercice. La maîtresse lui réexplique, elle s’énerve un peu. Il donne une bonne réponse orale, mais il en a coché une autre.
Des phrases sont à classer : vrai ou faux ? Les élèves déchiffrent, mais le sens des phrases leur échappe et ils répondent au hasard. Un autre lit autre chose que ce qui est écrit sur sa feuille. Mme A s’énerve : « lis, n’invente pas !»
Mme A relance, questionne, répète les consignes, corrige les erreurs. Elle demande à un garçon de répéter une phrase et lui pose des questions. Les réponses se limitent à « oui », « non », ou un mot simple qu’il faut lui arracher, sans jamais obtenir de phrases complètes.
Une fille a colorié sans avoir lu la consigne. Un garçon a commencé au milieu de sa feuille. Une autre fille a fait des erreurs à l’écrit, mais donne une bonne réponse à l’oral. Mme A s’énerve et s’exclame : « ils savent mais ils recopient une mauvaise réponse !»
En mathématiques, c’est aussi l’incompréhension et l’angoisse. L’un cherche la colle, l’autre regarde dans le vague. Mme A fait lire un élève. Mais très vite, les mains se lèvent pour des demandes d’aide. Je suis également sollicitée dans cette fonction. On n’observe pas d’interactions entre pairs, même lorsque la maîtresse a le dos tourné. Les prises de parole se limitent à une recherche désespérée de l’adulte pour une explication ou une demande d’approbation. Mme A va de l’un à l’autre, questionne, réexplique, les amène à trouver les bonnes réponses. L’ambiance est pesante, l’attente angoissée, les réponses hésitantes. Seul Nicolas, parmi les plus âgés, s’acquitte de sa tâche de façon autonome, ce qui lui vaut d’être complimenté.
Analyse
Sur le mode soumission/dépendance, les élèves sont peu actifs et peu interactifs. Le manque de confiance en soi, la peur du jugement sont manifestes. Le manque « d’appétit » de ce groupe pour le travail scolaire apparaît sous la forme d’une incorporation passive, une acceptation sans plaisir et sans investissement.
La résistance au savoir n’implique pas cependant la résistance à l’enseignante, avec laquelle les élèves se montrent dociles. Ils souhaiteraient pouvoir répondre aux attentes de Mme A, qu’ils ont investi positivement. Mais face à leurs incapacités, ils admettent piteux, qu’ils ne sont pas en mesure de répondre à la demande. Derrière une acceptation de surface, se cache un refus inconscient persistant.
Dans le groupe passif/acceptant, la situation peut se résumer comme suit : le savoir nous fait peur.
Sur le mode soumission/dépendance, le héros du groupe est pacifique, calme mais néanmoins coopératif. Il amène un climat de bonne entente dans le groupe, particulièrement apprécié de Mme A. Nicolas est le héros du groupe. Il est amusant sans être provocateur, sait travailler seul. Il se montre capable de répondre aux attentes de Mme A, ce qui contribue à en faire un allié de l’enseignante. Mais son investissement scolaire se limite à la recherche de l’approbation de Mme A, dont il reste dépendant.
Nicolas apaise les angoisses collectives en montrant qu’il est possible de dominer sa peur, de se sentir à l’aise en classe en incorporant un minimum de savoirs pour satisfaire l’enseignante. Il joue un rôle de soutien du moi groupal, dans un climat général de résistance.
 
CLIS B : le mode somatique ou le groupe anorexique
 
 
Mme B est une enseignante spécialisée qui bénéficie d’une solide expérience professionnelle. La classe de Mme B est une CLIS grand niveau (9-12 ans) composée de 11 élèves. Le problème le plus aigu énoncé par Mme B est le « refus scolaire généralisé », auquel elle doit faire face. Elle décrit longuement les « cas » qui lui posent le plus de problèmes, tant en termes de niveau qu’en termes de comportement. Les relations avec les parents ne sont pas faciles (elle évoque l’agressivité de certains parents). Elle qualifie le climat de sa classe de « très fatigant ». Elle a d’ailleurs postulé pour un emploi de rééducatrice en RASED et obtiendra satisfaction à la fin de l’année scolaire.
Compte rendu d’observation
Dès l’arrivée en classe ce matin, il règne une agitation manifeste, notamment en raison du comportement provocateur de quelques garçons. Certains élèves semblent fatigués, baillent, d’autres au contraire s’agitent, se cherchent du regard pour rire ensemble.
Les exercices individualisés portant sur les apprentissages de base (lecture, écriture, mathématiques) provoquent de nombreuses réactions d’angoisse. Thierry se plaint d’un mal de tête car il s’est cogné sur le mur après avoir glissé sur la rampe de l’escalier. Mme B répond que la désobéissance est toujours punie. Thomas dort sur sa table : il est malade et Mme B ne parvient pas à joindre ses parents pour les en informer. Il a envie de vomir. Un camarade l’accompagne aux toilettes.
L’indiscipline coexiste avec le malaise : fous rires, provocations. Jason tire à l’élastique en direction d’une fille qui est au tableau – des rires – puis de nouveau le calme et des besoins corporels se font sentir : besoin de mouchoirs, de papier toilette, sorties aux toilettes. Thierry tousse, Thomas se couche sur les deux chaises en se couvrant de son manteau. Jo fait le clown et critique les filles. Mme B le relance en permanence pour qu’il se mette au travail. Thierry se réveille et taquine sa voisine de derrière. Marie réagit aux moqueries des garçons : « Quoi ? tu veux ma photo ?»
Jo vient à peine de commencer son travail qu’il interpelle la maîtresse : « j’ai le pied qui m’gratte !» Mme B ne réagit pas, Jo se détache de son travail et regarde dans le vague, lorsqu’un garçon fait tomber ses livres. Jo rit et dit : « Je vais te tuer !» L’autre rit et remet les livres en place. Thomas est profondément endormi. Au moment de quitter la classe, il se relève difficilement.
Au retour de la récréation, Jo est le seul à refuser le lait : « J’bois pas le lait de la vache folle !» Il est aussi le seul à refuser de jouer au roi du silence : « On le fait tout l’temps !» Il insulte une fille qui manifeste de l’enthousiasme : « T’es vraiment bête !» Finalement il accepte de participer aux jeux collectifs, mais tente à plusieurs reprises de substituer ses propres règles aux règles officielles admises par tous.
Analyse
Sur le mode somatique, le refus de « se nourrir des savoirs » est alternativement et selon les cas, actif (moqueries insultes) ou passif (manifestations pathologiques touchant le corps). Les manifestations somatiques se répètent lors des observations faites à intervalles réguliers, à différentes périodes de l’année. Le climat de classe est chaotique car les élèves sont dominés à la fois par la lutte contre l’élément extérieur que représente le savoir et contre l’élément interne représenté par la somatisation du malaise physique. Ces maux, dont on ne saurait dire s’ils sont d’origine physiologique ou psychologique – probablement les deux – donnent lieu à diverses stratégies destinées à les combattre : repli boudeur, plaintes, comportements de fuite. Contrairement à ce qui se passe dans la CLIS A, le héros n’est pas l’allié de l’enseignante, il n’est pas non plus son ennemi, il l’ignore. Il est en revanche l’ennemi du savoir, contre lequel il mène un combat véritablement physique.
Dans le groupe « anorexique », la problématique se résume ainsi : le savoir rend malade.
Sur le mode somatique, le héros est celui qui ne souffre pas de ne pas se nourrir, celui qui « tient le coup » sans manger. L’important est qu’il puisse prouver qu’il reste maître de lui-même, même dans une situation aussi risquée. C’est le cas de Thierry, Thomas et Jo, tous trois sachant se montrer des anorexiques insouciants et forts : plus forts que le savoir puisqu’ils savent lui résister, plus forts que la maladie puisqu’ils ont développé des stratégies efficaces pour la combattre : fuite aux toilettes, à l’infirmerie, refuge dans l’indifférence affichée ou silencieuse, par exemple le sommeil. Le comportement le plus héroïque est représenté par Jo, qui pousse l’anorexie scolaire jusqu’à refuser toute proposition émanant de l’école, y compris la nourriture, au sens propre du terme et le jeu.
 
La CLIS C : le mode du refus actif ou le groupe hors la loi
 
 
Mme C est responsable d’une CLIS petit niveau, composée de 11 élèves de 7 à 9 ans. Elle débute dans l’enseignement et n’a aucune expérience des CLIS; cette classe lui a été imposée. Mme C évoque d’emblée « le climat très difficile, tendu », qui règne en permanence dans sa classe. L’essentiel de ses propos tourne autour de la notion de conflit : « le tempsperdu à régler les conflits », ses difficultés dans les relations avec les parents d’élèves, les systèmes de sanctions et les espaces de parole destinés à réguler la vie sociale de la classe.
Compte rendu d’observation
À peine arrivés en classe, certains élèves cherchent à en sortir sous divers prétextes; d’autres se livrent à la contestation systématique et parasitent le groupe.
Mme C demande aux élèves de dire des mots dans lesquels on entend t. Jimmy interroge : « Maîtresse, est-ce que aujourd’hui je mange à la cantine ?»
Mme C : « Tu ne manges jamais à la cantine. »
Les élèves trouvent des mots où l’on entend t. Ils lèvent la main, participent. Puis Séverine veut aller aux toilettes. Mme C lui demande d’attendre 5 minutes. Jimmy donne un mot qui a déjà été dit. Melvin se lève, veut dire un mot; puis il s’énerve, baisse sa main : il ne se rappelle plus. Il se lève à nouveau car il se rappelle. Plusieurs élèves parlent en même temps. Alban accompagne Séverine aux toilettes.
Dans l’exercice qui suit, la consigne est de colorier le dessin si le mot qui le représente contient le son t. Jimmy distribue les crayons de couleur. Il râle, soupire, prononce à haute voix des mots incompréhensibles. Il conteste le mot « disque » (contenu dans l’exercice). « On doit dire un laser, hein !» Il poursuit dans la critique : « Pourquoi y’a deux fois une chaise ?» Mme C : « Oui, c’est bizarre. » Jimmy a trouvé là un bon prétexte pour ne pas travailler : « alors on le fait pas », dit-il satisfait. Mme C ne réagit pas et réexplique la consigne à une fille qui n’avait pas compris.
Jimmy réfléchit tout haut, bâcle l’exercice et dérange tout le monde. Melvin le suit : il parle fort, s’agite. Jimmy redemande : « C’est quand qu’on va au tennis ?» Mme C n’est pas contente après lui et le lui dit.
Mme C intervient car la classe est trop bruyante. Melvin l’appelle : « Maîtresse, je sais pas. » Mme C étant occupée, il finit par se coucher sur la table, en lançant en douce des insultes à Alban : « Toi, tu sais même pas lire !» L’autre réplique en marmonnant, tout en traçant des graffitis sur sa pochette. Il a renoncé également à faire son travail.
Au moment d’effectuer son travail de lecture, Melvin appelle la maîtresse pour lui demander de l’aide, car il « ne sait pas ». Mme C étant occupée, il finit par se coucher sur la table. Renonçant à chercher par lui-même, il commence une partie de lancer de gomme avec Mina puis la gomme fait le tour de la classe.
Des voix s’élèvent : « Maîtresse, j’ai terminé !» Melvin prend une gomme à une fille, qui proteste. Mme C explique le travail à Melvin, qui ne l’écoute pas. Il s’acharne à enfoncer son stylo dans sa gomme, puis demande s’il peut s’arrêter. Il appelle la maîtresse pour se plaindre : « C’est trop long, y’en a marre de ce travail-là !» Mme C refuse et dit que c’est comme ça. Il tente alors une sortie aux toilettes. Mme C refuse.
Alban va tailler son crayon. Melvin va raccrocher une affiche qui vient de tomber. Au passage, il menace du poing Alban. Alban râle, s’agite et dit : « Il est 11 heures, dans trois minutes. »
Melvin redemande les toilettes. Mme C répond : « dans deux minutes ». Il proteste, dit qu’il est 11 heures, se lève, va prendre un stylo dans le pot de la maîtresse.
Le temps que Mme C intervienne auprès de Mina pour voir son travail, Melvin a enfin le droit d’aller aux toilettes. Alban : « Est-ce que je peux aller avec lui ?» Mme C refuse : « Tu iras après !»
C’est la fin des activités de lecture. On frappe à la porte. C’est Melvin et Alban qui reviennent des toilettes : ils y sont allés tous les deux malgré l’interdiction de Mme C, qui ne relève pas la transgression.
Analyse
Sur le mode du refus actif, la résistance au savoir s’exprime de la façon la plus bruyante possible : violences verbales, rires, provocations diverses. Les élèves de ce groupe se livrent à un véritable combat contre le savoir et contre l’enseignante qui le représente. Dans ce groupe, le savoir est perçu comme une source d’agression, un danger potentiel propre à susciter des réactions de défense. Face à ce danger, les comportements réactionnels ne relèvent pas de l’autodestruction comme dans la CLIS B, mais de la destruction systématique du savoir par des comportements agressifs. Les élèves affirment leur indépendance et leur liberté face au savoir, mobilisant toute leur énergie pour le chasser dès qu’il se présente. Les moments furtifs d’acceptation sont hésitants, plutôt honteux et non assumés.
Dans le groupe hors la loi, la situation peut se résumer comme suit : le savoir est notre ennemi.
Sur le mode du refus actif, le héros est celui qui manifeste bruyamment son refus systématique et généralisé des règles scolaires. Le héros est celui qui ose occuper l’espace que la loi scolaire réserve aux savoirs et qui n’hésite pas à cette fin, à Å“uvrer dans le sens d’une destruction de l’enseignante. Les héros sont réunis dans ce refus actif de tout ce qui concerne l’école. Melvin, Jimmy et Alban se disputent alternativement le rôle principal; ils sont rivaux mais néanmoins complices. Le héros du groupe hors la loi montre au groupe que toutes les règles peuvent et doivent être transgressées.
 
Conclusion des trois observations
 
 
Nous avons porté notre attention sur des formes spécifiques et relativement constantes d’interactions, qui constituent ce que l’on nomme habituellement « le climat de classe ». La vie des groupes classes semble s’organiser autour du difficile rapport au savoir qui les réunit. Les trois modes interactifs que nous avons analysés ont en commun l’expression d’un malaise, d’une souffrance, face à une situation commune : la nécessité affirmée par l’enseignante d’incorporer les apprentissages dits de base. Ceux que nous avons appelés les héros en tant qu’ils symbolisent une forme groupale de résistance à cette entreprise, occupent quotidiennement et de façon répétitive le temps et l’espace scolaires.
Dans les CLIS, les manifestations de malaise pèsent plus lourdement qu’ailleurs en raison de la concentration d’élèves en difficulté au sein d’un même groupe : les problèmes sont d’autant plus visibles qu’ils se trouvent multipliés et concentrés dans un même lieu. Ce phénomène de « loupe » des élèves en difficulté scolaire est accentué par leur nombre restreint. L’obstacle constitué par ce difficile rapport au savoir des élèves affecte la dynamique interactive du groupe dans son ensemble : les relations avec l’enseignante, les relations entre pairs, les rapports aux règles de vie collective qui régissent la vie scolaire.
 
Discussion
 
 
Il faut souligner que dans les CLIS que nous avons observées, l’organisation de l’espace pédagogique favorise peu les interactions en situation de travail. Les élèves étant peu nombreux et facilement distraits par leurs voisins, les tables sont disposées de façon espacée : un seul élève à une table de deux. La pédagogie est individualisée et chaque élève dispose d’un travail spécifique à réaliser en fonction des remédiations nécessaires. Si l’individualisation de la pédagogie peut trouver des justifications didactiques, elle présente cependant l’inconvénient de décourager les interrelations entre pairs, dont on reconnaît aujourd’hui l’importance pour le développement affectif et cognitif.
Nos observations tendent à poser des questions essentielles : les solutions aux problèmes des élèves en difficulté passent-elles par l’élaboration des phénomènes de groupe ? L’établissement d’une vie relationnelle satisfaisante pour tous dans laquelle les savoirs doivent trouver leur place n’est-elle pas la condition d’appropriation des savoirs par tous ? Après avoir tant misé sur l’individualisation de la pédagogie, ne doit-on pas à présent se centrer sur la dynamique relationnelle desgroupes ? Vivre en groupe, apprendre en groupe apparaissent comme intimement liés. Aussi nous semble-t-il plus que jamais nécessaire de porter une attention particulière à ce qui lie les apprentissages à la vie sociale.
La question cruciale qui se pose aujourd’hui est celle de l’existence même de ces classes dites d’intégration scolaire, qui regroupent des élèves sur la base de leur difficile rapport au savoir. Peut-on leur demander d’apprendre en groupe dans ces conditions ? Nos analyses nous amènent à répondre à cette question par la négative. Ne doit-on pas alors trouver d’autres points communs qui serviraient de base à la composition des classes ? Doit-on adopter un point de vue radical qui consisterait à les supprimer ? Compte tenu de la spécificité des classes étudiées, d’autres études sur d’autres CLIS1 seraient nécessaires pour évaluer la pertinence de tels regroupements. Il apparaît d’ores et déjà qu’une identité groupale positive se construit difficilement dans un contexte dominé par l’angoisse face à la nécessité d’apprendre.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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·  ROCHEX J.-Y. Le sens de l’expérience scolaire. Paris : PUF, 1995.
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