L’école comme espace de pratiques professionnelles et les interactions individualisées dans la classe
Jean-François Marcel
Les interactions indivi-dualisées de l’ensei-gnant avec un(e) élève
de sa classe sont-elles
influencées par les pratiques collectives des
enseignants de l’école?
Cet article s’attache à
mettre au jour cette influence en com
parant l’ensemble des interactions
individualisées observées dans des
séances de langage en école maternelle.
Une analyse statistique fait apparaître
des différences significatives entre
les pratiques des enseignantes de
deux écoles, et ce sur plusieurs composantes de ces interactions individualisées. À partir de ces résultats,
l’auteur défend la thèse que les caractéristiques communes que présentent
les interactions individualisées de
l’ensemble des enseignantes d’une
même école maternelle peuvent en
partie s’expliquer par des savoirs professionnels construits «ensemble»
par ces enseignantes au travers de la
mise en œuvre de pratiques collectives.
La recherche présentée ici s’inscrit
dans le cadre plus large d’un travail
consacré à l’étude du système des
pratiques professionnelles de l’enseignant du primaire (SPPEP) qui
envisage les différentes catégories de
pratiques enseignantes en interrelations. Après avoir repéré des indicateurs potentiels de ces interrelations
(à l’aide de l’analyse statistique), cette
contribution caractérisera chacune
des écoles en la décrivant comme un
espace de pratiques professionnelles,
pratiques individuelles et pratiques
collectives. Il apparaît que, dans une
école, cet espace est largement maîtrisé par les enseignantes (qui ne
concèdent à l’élève qu’une marge d’action restreinte), tandis que, dans la
seconde, l’élève occupe une place
haute et les pratiques enseignantes
s’adaptent aux initiatives de l’élève.
Is individualised teacher interaction
with his class influenced by the
collective practices of the teachers of
the school? This article attempts to
bring this influence to light by comparing all
the individualised interaction observed in
pre-school language sessions. Statistical
analysis reveals significant differences in the
teaching practices of two schools, and based
on several components of this individualised
interaction. Taking these results as a starting
point, the author defends the thesis that the
common characteristics represented by the
individualised interaction from all the teaching
staff in the same nursery school can be
explained in part by professional practice built
«collectively» by these teachers through the
implementation of collective practices. The
research presented here lies within the broader
scope of work devoted to the study of the
System of Professional Practices of the Teacher
in Primary Education (SPPEP) which considers
the various categories of teaching practices in
inter-relationships. After having identified the
potential indicators of these inter-relationships
(using statistical analysis), this article will
characterise each school by describing it as a
place of professional practices, individual
practices and collective practices. It appears
that, in one school, this space is largely controlled
by the teachers (who allow the pupil only a
restricted margin of action), while in the second,
the pupil occupies a more elevated place and
the teaching practices are adapted to the initiative
of the pupil.
In dem vorliegenden Artikel soll gezeigt werden,
inwiefern die individuellen Interaktionen
zwischen Erzieherinnen und einem Schüler/
einer Schülerin ihrer Klasse von den kollektiven
Handlungsformen der gesamten Lehrerschaft einer
Schule beeinflusst werden. Dazu werden alle
individuellen Interaktionen eines
Sprachentwicklungskurses in der école maternelle
miteinander verglichen.
Aus einer statistischen Analyse ergeben sich deutliche
Unterschiede zwischen den Verhaltensformen der
Erzieherinnen von zwei französischen Kindergärten,
wobei diese Unterschiede mehrere Aspekte der
individuellen Interaktionen betreffen. Im Anschluss
an diese Ergebnisse vertritt der Verfasser die These,
dass die Gemeinsamkeiten, die die individuellen
Interaktionen aller Lehrerinnen innerhalb eines
Kindergartens aufweisen, zum Teil darauf
zurückzuführen sind, dass diese Erzieherinnen ihr
berufliches Wissen „gemeinsam“ durch die
Ausarbeitung kollektiver Verhaltensformen entwickeln.
Die vorliegende Forschungsarbeit ist Teil einer breiter
angelegten Studie, die sich mit dem System der
Berufspraktiken der Lehrenden der Primärstufe befasst
und die die verschiedenen Verhaltensformen des
Lehrberufs als miteinander verknüpft betrachtet. Hier
werden zuerst die möglichen Indikatoren dieser
Wechselbeziehungen statistisch identifiziert, um so
die beiden Schulen als einen Ort spezifischer
individueller und kollektiver Lehrpraktiken
beschreiben zu können. Während die Erzieherinnen
in der einen école maternelle den Kindern nur einen
begrenzten Spielraum lassen, steht das Kind in dem
anderen Kindergarten im Mittelpunkt und die
Lehrpraktiken passen sich den Initiativen der Kinder
an.
• Le système des pratiques professionnelles de l’enseignant
du primaire (SPPEP)
— Des pratiques d’enseignement aux pratiques enseignantes
— Le système des pratiques professionnelles de l’enseignant du
primaire (SPPEP)
• Problématique et méthodologie
— Problématique et hypothèses
— Méthodologie
• Description des interactions individualisées
— Les caractéristiques des interactions
— La contribution des tri-croisés
• Confrontation des hypothèses à l’empirie
• Discussion : l’école comme espace
de pratiques professionnelles
— L’école G : un espace de pratiques magistro-centrées
— L’école A : un espace de pratiques pédo-centrées
— Les limites d’une radicalisation des caractérisations
• BIBLIOGRAPHIE