2001
Champ Psychosomatique
La migration, un risque pour l’identité ?
T.m. Ferradji
[*]
S. Ferradji-Baha
[**]
Quels rapports entre mutations socioculturelles et psychopathologie ? La
clinique transculturelle, à travers l’exemple de la dépression maternelle,
souligne combien, dans la migration peut être plus qu’ailleurs, cette pathologie
interroge l’identité et le lien de filiation.Mots-clés :
Dépression, Filiation, Identité, Mutations socioculturelles.
What connexion between socio-cultural mutations and psychopathology ?
The transcultural clinic, across the model of maternal depression, underline
how, in the migration perhaps moreover, this pathology asks identity and the
bond of filiation.Keywords :
Depression, Filiation, Identity, Socio-cultural mutations.
Si en psychopathologie, on considère que la capacité à
résoudre les conflits intrapsychiques et interrelationnels
dépend de la solidité de l’identité et du narcissisme, en clinique,
l’identité renvoie aussi bien à la notion de sa genèse que
de ses troubles dans une perspective de compréhension du
monde, de soi et de l’autre.
Si le complexe d’œdipe a connu le succès qui est le sien,
depuis sa description par Freud, c’est non seulement en raison
de son universalité mais aussi parce qu’il se réfère à une question fondamentale pour tout homme : celle de sa filiation.
En effet, le nom n’est pas la simple empreinte d’une graphie
sur des papiers d’identité, il est un enjeu de l’être, un destin. Il
est l’histoire avec ou sans histoire de la filiation. Depuis le livre
des morts de l’ancienne Egypte avec son “ton nom est ton destin” au Talmud en passant par le nom du père des chrétiens et,
le chapelet ambré des quatre-vingt-dix-neuf noms d’Allah des
musulmans, tout nous rappelle que nous sommes les engeances
de cette filiation, qu’elle soit héréditaire ou arbitraire et, qui
n’est pas sans effet sur l’aventure de nôtre vie.
Dans la migration, la dépression maternelle dans ses rapports avec la filiation constitue un paradigme de la problématique identitaire. La prise en compte du contexte socioculturel
et, notamment les changements radicaux et rapides qui affectent ces populations sur tous les plans et particulièrement dans
le champ psychosociologique, cadre incontournable de l’abord
de la dépression maternelle dans la mesure ou pour bon nombre
de patientes, l’étiologie, l’expression psychopathologique et la
prise en charge des troubles imposent la référence au terme de
malade, femme, épouse, mère, citoyenne, travailleuse, etc. et
ce dans un environnement qui est celui d’un monde transitionnel marqué du sceau d’une acculturation rapide, massive et radicale. Dans ce contexte, la problématique de la place de l’enfant
est essentielle en référence à son nombre, comme au vécu socio-culturel du groupe familial compte tenu du poids de l’école et
du religieux.
Désir de maternité, désir d’enfant, avoir des enfants, faire
des enfants, toute une série d’expressions qui dans le vécu du
groupe et dans l’inconscient de la femme vont être déterminantes au plan de certaines décompensations dépressives.
Si la dépression, perte de l’élan vital, perte de l’anticipation
positive, se caractérise par une tristesse pathologique, un pessimisme, on peut déjà souligner ce que va représenter une pathologie dépressive survenant lorsque l’enfant paraît, et alors que
justement être mère, être père, interroge l’homme quant au sens
qu’il doit donner à son existence comme le souligne B. Bettelheim. Car l’enfant pointe de façon privilégiée, voire exclusive
l’éthique du groupe à travers la place que lui et les autres enfants
occupent dans les projets de tout homme et de toute femme,
dans la vie de tout couple, dans le modèle d’élevage et d’éducation de tout groupe.
Passer d’une société traditionnelle à un monde moderne va
affecter entre autres le statut et la place de la femme à travers
la question de la filiation et de l’identité, et ce dans un contexte
de conflit culturel d’autant plus exacerbé que les changements
sont rapides et que les données historiques pèsent lourdement.
Dans ce contexte, la maternité apparaît comme l’expression
privilégiée de l’affirmation de l’appartenance au groupe par le
biais de la structuration de la filiation. Naissance, vie et mort
sont vécues et acceptées dans une dimension où l’appartenance
au groupe “moi collectif” est la donnée de base. La dyade mère-bébé constituant une sorte de microcosme du milieu et de la culture ambiante. C’est dans ce champ que doit se jouer l’illusion
anticipatrice dont R. Diatkine souligne le rôle organisateur et
structurant dans l’interaction chez l’enfant avec la vie fantasmatique de la mère. Sexe, âge, lignage, conditionnent le statut
social, la structure du groupe étant basée sur la concordance
entre engendrement biologique et généalogie familiale. Le statut de l’homme adulte et à fortiori de la femme est lié à l’autorité du groupe.
La femme n’accédait à une certaine autorité qu’au mariage
de ses enfants et notamment des fils c’est-à-dire lorsqu’elle
entre dans un statut de belle-mère. Ces données sont en fait classiques dans des structures patriarcales du monde méditerranéen.
Le mariage a pour premier but la procréation et le statut de
la femme est fonction de sa fécondité. La femme enceinte bénéficie d’un statut particulier qui la valorise. Les bénéfices secondaires sont nombreux et les pratiques traditionnelles qui entourent la grossesse, l’accouchement, sont au plan de l’hygiène
mentale préventive une réalité non négligeable. La multiparité
était une bénédiction, toutefois les grossesses à la fois précoces,
répétées et rapprochées entraînaient un épuisement physiologique avec carences qualitatives et quantitatives ainsi qu’un
vieillissement prématuré de la mère. Ce processus est accéléré
par l’impact du travail domestique et extérieur auquel la femme
était souvent astreinte. D’où le risque de troubles tels que fatigabilité, asthénie, anémie, avortement et une fragilité des derniers nés, données qui ont un impact important sur l’équilibre
psychologique de la mère.
Etre féconde, rester féconde pour ne pas perdre son statut
s’ajoute à l’angoisse d’être vécue comme mauvaise génitrice.
Il est d’ailleurs significatif que dans certaines régions la ménopause soit désignée non par le mot arabe correct “retraite”, mais
par l’expression “âge du désespoir”. Les données coutumières
et religieuses facilitant le divorce et la polygamie sur simple
décision du mari (fut-il le partenaire stérile) renforcent cette
angoisse. “Angoisse des matrices vides, terreur des faussescouches, obsession des naissances féminines répétées, malchance des mortalités infantiles : telle est la quadruple hantise
de la femme” (A. Boudhiba, 1973). Ce constat encore valable
en milieu rural arabo-berbère et méditerranéen concorde souvent avec la réalité d’une culture traditionnelle.
Encore aujourd’hui, on retrouve une tradition importante par
son impact au plan de la santé physique et mentale de l’enfant
comme de la mère, la pratique de l’allaitement prolongé jusqu’à
deux voire trois ans. Cette tradition a une implication pour l’enfant comme pour le couple, celle du fantasme d’inceste qui
plane dans la relation conjugale tant que la femme est en situation d’allaitement. En effet dans la tradition coranique le simple
fait de goûter le lait d’une femme institue une relation de lien
de dépendance maternelle à celle-ci. C’est dire le climat affectif complexe dans lequel évolue le couple et le bébé durant cette
période prolongée d’exaltation narcissique maternelle et de
puissance mégalomaniaque du bébé.
En 1968 dans le classique “Enfants d’hier et d’aujourd’hui”
N. Zerdoumi décrit la relation très étroite d’investissement de
la mère maghrébine à son enfant soulignant combien son futur
dépend de son statut de mère de garçon :
« La femme se fait esclave de son enfant qui dispose d’elle en maître
souverain. La mère appartient totalement à son enfant. La nuit il dort
dans son giron, sa chair contre la sienne tandis que le père est relégué, seul, dans un autre lit. Le bébé, pour la mère, prime tout. Il lui
permettra de se réaliser un jour, de trouver sa place dans la société
quand, marié, il lui offrira la chance de régner dans sa maison. Elle
fait tout pour satisfaire l’enfant porteur de sa délivrance et de son
arrachement au néant pour trouver son être dans une société qui ne
l’a faite femme qu’une fois mère »
Multipare voyant se succéder grossesses et allaitements prolongés dans un rythme ininterrompu, la femme était souvent
confrontée à la perte d’un enfant en bas âge. La prise en charge
multi maternelle, la prééminence du moi collectif faisaient que
paradoxalement le travail de deuil semblait se faire rapidement,
excluant apparemment toute culpabilité. De même, lors de l’arrêt tardif de l’allaitement, arrêt décrit classiquement comme
généralement brutal, motivé par une nouvelle grossesse, les
modalités et les répercussions affectives ne sont peut être pas
aussi marquées que ne le présentaient les auteurs ayant approché cette question à propos de l’enfant noir africain. C’est ce que
relève H. Storck (1988) dans Enfances indiennes soulignant la
prudence méthodologique nécessaire comme l’avait rappelé M.
Ainsworth lors de son étude en Ouganda à propos des réactions
des bébés à la séparation d’avec leur mère(5).
Dans ce contexte la problématique de la femme (surtout
jeune) est indissociable du mouvement d’évolution radicale du
vaste puzzle social. Les résistances aux changements vont croissant et prennent pour cible la femme. Celle-ci traditionnellement garante des valeurs et traditions, et en même temps agent
des alliances restreintes, est brusquement projetée sous les feux
de la rampe et décide de plus en plus d’y rester, même si pour
un temps elle choisi éventuellement par exemple le voile dont
on oublie trop qu’il marque justement non le retour à la tradition culturelle, mais la rupture avec la culture parentale et souvent l’irruption dans l’espace social extérieur.
Désir – interdit – culpabilité, termes clefs du positionnement
oedipien sont au centre de ce mouvement individuel qui va s’accélérant et s’amplifiant au plan groupal. Les réactions agressives sont d’autant plus importantes qu’émergent chaque jour
les évolutions possibles et particulièrement la rupture entre
générations.
Comment faire le deuil du traditionnel et la question clef.
Liquider l’ancêtre sans le trahir est la question pour les jeunes
parents d’aujourd’hui; et il est évident que la jeune mère n’est
le plus souvent pas préparée à assumer cette situation d’où la
grande vulnérabilité de certaines.
Par ailleurs, de plus en plus, les réalités socio-démogra-phiques (tel l’allongement de l’espérance de vie) et les nouvelles aspirations des générations montantes confrontent l’individu à une dynamique sociale où les problèmes intergénérationnels vont croissant et où surtout le jeune couple au triple
plan sociologique psychologique et métaphysique est confronté
a son propre désir et notamment à son désir d’enfant.
En fait l’une des questions fondamentales à laquelle de plus
en plus de mères, et de pères sont confrontés est celle de la maîtrise de leur fécondité, et à travers elle celle d’assumer leur
sexualité par un dépassement des tabous traditionnels, tabous
qui paradoxalement et contrairement aux idées avancées ne sont
pas ceux de l’Islam. En effet, dans l’Islam, il n’y a pas de notion
de péché de chair et la conception du poids irrémédiable du
péché originel lié à Eve et Adam n’est pas.
Partant de là de plus en plus souvent la dynamique de
confrontation traditionnelle-modernité, avec tous les clivages
et toutes les nuances que ce type de dialectique présuppose dans
un contexte socioculturel évolutif, va s’exprimer dans une perspective identique à celle esquissée par l’ethnopsychiatrie à propos des enfants de migrants.
L’universalité du fonctionnement psychologique humain
n’exclue pas les particularismes comme le poids du socio-culturel. Mais les réalités biosomatiques comme la place de
l’affectivité restent les éléments structurants fondamentaux
organisateurs d’une individualité toujours présente.
Les dépressions d’intensité mineure voire moyenne restent,
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souvent, méconnues pouvant spontanément guérir parfois au
prix de traces dont l’évidence n’apparaîtra qu’ultérieurement
dans l’équilibre émotionnel, affectif ou cognitif de l’enfant, en
témoigne la fréquence de certaines pathologies psychosomatiques chez la mère comme chez le nourrisson, pathologies dont
le taux apparaît croissant, parfois pathologies nouvelles, même
si elles ne sont pas en leur temps authentifiées comme telles.
Parmi les tableaux cliniques assez particuliers au contexte
traditionnel, certains paraissent à distinguer :
1) L’association “état dépressif-délire de persécution”: Elle
est en fait une des formes cliniques privilégiées de la dépression
en milieu traditionnel. Au delà de l’aspect psychotique, la dynamique dépressive doit être perçue, reconnue et assumée par le
groupe ou par le psychiatre non averti par exemple en Europe.
Comme le souligne Migarel, les troubles psychiques restituent
par l’originalité de leur expression des productions inhérentes
à la tradition culturelle de l’individu. Les discours et les attitudes
de l’état de souffrance se référant au sentiment de persécution
impliquant des pratiques d’ensorcellement. Le sujet utilise les
catégories primordiales de ses supports culturels en s’accrochant aux croyances dont il est tributaire.
De même certaines dépressions vont affecter un tableau de
bouffée délirante ou les troubles thymiques ont une intensité
majeure.
On retrouve là des données signalées entre autres par H.
Collomb à Dakar et dont C. Ortigues, I. Show, S. Ammar ont
soulignés le lien au plan de l’expression clinique avec les
données éducationnelles et culturelles ayant joué dans
l’organisation et le développement de la personnalité.
2) Les plaintes somatiques variées sont fréquentes pouvant
enfermer le malade dans un diagnostic d’hypochondrie. Elles
expriment l’importance du corps dans la culture traditionnelle
et le fait qu’il reste souvent le refuge et le moyen privilégié d’expression de la souffrance psychologique, des lors que les
modèles de communication ont connus des modifications radicales. Mais un certain ralentissement psychomoteur est souvent
retrouvé plus net des lors qu’est amorcée la prise en charge du
malade.
Assez proches, certaines expressions cliniques renvoient au
tableau bien synthétisé par Féline sous le nom de dépression
hostile, associant la triade : Douleur-Dépression-Agressivité, ce
syndrome avait été décrit par Cidro-Franck et Gordon dans une
étude consacrée à des femmes souffrant de douleurs pelviennes
dans des situations de frustrations conjugales et qui développent
des sentiments de rage impuissante envers leurs maris et leurs
enfants, avec tendance à l’anxiété et à la dépression.
L’aspect fragilisant affectant la femme au travail est classique, la dépression en est la forme d’expression privilégiée, le
poids de la maternalité avec tous les conflits et problèmes
qu’elle suscite dans le monde transitionnel actuel et particulièrement en raison des choix qu’elle va imposer : arrêt du
travail non seulement en raison de données matérielles telles le
manque de crèches, mais surtout et d’abord en raison des
conflits avec le mari, la belle mère, entre autres.
3) Les états dépressifs de la multipare : au delà des données
socio-économiques, la multiparité est un facteur de risque
sévère dont témoigne la grande vulnérabilité des derniers nés
de ces grandes fratries. Dans les fratries nombreuses l’enfant à
haut risque est souvent le “énième” fréquemment après un avortement spontané.
Le problème des participants à la vulnérabilité constitutionnelle (E.J. Anthony, 1980) est à cerner en référence à l’état
biosomatique de la mère surtout pendant la grossesse. De plus
c’est sur cette trame que s’organisent les premières relations qui
vont être marquées par un “emoussement” des potentialités et
capacités de maternage de la multipare (Boucebci M., 1977-1985). Dans certains cas la donnée biosomatique va jouer un
rôle d’autant plus défavorable que les conditions écologiques
aggravent l’état biosomatique et la dépression.
Le désinvestissement de la multipare épuisée sur le plan
physique et affectif suscite une culpabilité latente qui interfère
accentuant les difficultés d’élaboration d’un lien mère-enfant
justement là ou, compte tenu de sa vulnérabilité, ce nourrisson
fragile, parfois hypotrophique et prématuré, aurait nécessité une
attention plus importante et des soins plus intenses.
L’évolution sociologique accentue ce risque car elle voit disparaître les possibilités d’élevage multimaternel, modalité groupale qui compensait efficacement en partie voire en totalité par
le biais d’une stimulation psychomotrice voire d’un allaitement
par d’autres femmes du clan.
4) Les mutations socioculturelles exposent de plus en plus
souvent la mère à des situations hautement fragilisantes par la
problématique affective qu’elles induisent car souvent la femme
est quasiment confrontée à une solitude et laissée seule avec son
angoisse et sentiment de culpabilité. S. Lebovici souligne combien normalement la situation de transparence psychique observée durant cette période exceptionnelle permet d’agir à peu de
frais sur le plan psychothérapique, comme à l’adolescence. Le
fonctionnement communautaire du groupe traditionnel avait
probablement dans ce champ une action thérapeutique privilégiée très bénéfique tant au plan préventif que curatif. Cela
amène à marquer que le double deuil de l’enfant imaginaire et
de la prise en charge médicale qui devait se faire à la naissance
quand la prise en charge s’arrête, est compliquée d’une façon
inextricable dans le cas de la jeune accouchée évoluant dans un
environnement de sous développement sociosanitaire et un
contexte de monde transitionnel dont les repères sont flous et
inconsistants sur tous les plans, données introductrices d’une
situation à haut risque pour la santé de la mère comme du bébé.
Certains cas voient l’addition de tous les risques. Ainsi dans
le contexte traditionnel, la surmortalité affectait de manière privilégiée les enfants nouveaux nés hautement vulnérables, fragiles voire malformés et handicapés. Certains telle la fille, les
jumeaux faisant aussi de façon variée l’objet de refus, rejet, …
dans le monde transitionnel d’aujourd’hui la femme peut se
retrouver confrontée à ces situations et parfois dans une situation d’isolement inducteur d’un fonctionnement dépressif plus
ou moins passager mais parfois chronique comme l’illustre
l’observation suivante : Le cas de Mme N. montre dans le
champ du désir de la futur mère le rôle des données socioculturelles dans l’émergence de l’enfant imaginaire.
Mme N. est vue pour un état dépressif stuporeux installé progressivement depuis dix jours. On relève l’absence d’antécédents psychiatriques. Mariée depuis deux ans Mme N. est
enceinte. Une menace d’avortement a conduit à consulter.
L’échographie pratiquée est médicalement rassurante mais à
cette occasion elle va apprendre brutalement qu’elle attend probablement une fille. La phrase iatrogène crée l’événement au
niveau familial. Son époux ayant à plusieurs reprises avancé son
intention de divorcer devant la longue “stérilité” et l’incapacité
de sa femme d’assurer une descendance mâle.
La confrontation brutale dans un contexte anonyme et à un
moment imprévu a été un événement majeur dans un contexte
socioculturel ou le fonctionnementtraditionnel, l’absence de
référents claniques, la grossesse toujours en cours ne permettaient pas un fonctionnement avec prise en charge par le groupe
et déculpabilisation dans une perspective ou la prévalance du
moi collectif est essentielle. La conduite se traduit dans une
décompensation. L’attente anxieuse dans le désarroi, l’anesthésie et l’inhibition psychomotrice maximale expriment une
anticipation dépressive témoin d’un temps sans futur.
Mais la réalité d’hier ailleurs, d’aujourd’hui ici, souligne
l’évolution socioculturelle irréversible qui avec ses effets positifs et négatifs accompagne l’entrée dans la modernité.
Au total, caricaturant la remarque de S. Freud à propos de
l’augmentation non du nombre de névroses mais de celui de
leurs décompensations, l’on peut dire qu’en référence au changements qualitatifs et quantitatifs qui affectent le Maghreb dans
ses références socioculturelles, politiques, économiques, l’entrée en démocratie voit à la fois une augmentation du nombre
de citoyennes, mais aussi de celles qui ici comme ailleurs
connaissent une souffrance psychologique liée, découlant ou
concomitante de leur accession au statut de mère.
Cette réalité repose une fois tournée la page du retour à l’âge
d’or qu’aurait été les sociétés traditionnelles, la question fondamentale d’H. Huxley et de la réponse de R. Diatkine :
- Donnez moi un monde meilleur, je ferai des mères
meilleures.
- Donnez moi des mères meilleures, je ferais un monde
meilleur.
Faut-il pour autant enfermer la femme dans la prévalante ou
l’exclusivité de son rôle de mère ?
Dans son dialogue affectif privilégié avec son bébé intrautérin pris dans les premiers mois et les premières années, la mère
induit et transmet une émotionnalité, reflet pour une part non
négligeable des enjeux et des angoisses dont elle est elle même
l’objet et l’enjeu. C’est alors de manière privilégiée avec sa fille
future femme qu’elle sera tentée à la fois de transmettre un message de libération mais aussi de défense, reflet de son malaise
dans nôtre civilisation.
·
AMMAR S., DOUKI S., BOUCEBCI M. Aspects cliniques et psychopathologiques de la dépression au Maghreb. Psychopathologie Africaine, XVII,
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[*]
Psychiatre, service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent (CHU
Avicenne, AP-HP, Bobigny), Pr. M.R. Moro, Laboratoire de Psychogenèse et
psychopathologie (UFR Léonard de Vinci, Université Paris 13)
[**]
Psychiatre, secteur II, EPS Paul Guiraud, Villejuif, 54 avenue de la république 94800 Villejuif.