Champ psychosomatique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062520
170 pages

p. 65 à 74
doi: en cours

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no 21 2001/1

2001 Champ Psychosomatique

La migration, un risque pour l’identité ?

T.m. Ferradji  [*] S. Ferradji-Baha  [**]
Quels rapports entre mutations socioculturelles et psychopathologie ? La clinique transculturelle, à travers l’exemple de la dépression maternelle, souligne combien, dans la migration peut être plus qu’ailleurs, cette pathologie interroge l’identité et le lien de filiation.Mots-clés : Dépression, Filiation, Identité, Mutations socioculturelles. What connexion between socio-cultural mutations and psychopathology ? The transcultural clinic, across the model of maternal depression, underline how, in the migration perhaps moreover, this pathology asks identity and the bond of filiation.Keywords : Depression, Filiation, Identity, Socio-cultural mutations.
Si en psychopathologie, on considère que la capacité à résoudre les conflits intrapsychiques et interrelationnels dépend de la solidité de l’identité et du narcissisme, en clinique, l’identité renvoie aussi bien à la notion de sa genèse que de ses troubles dans une perspective de compréhension du monde, de soi et de l’autre.
Si le complexe d’œdipe a connu le succès qui est le sien, depuis sa description par Freud, c’est non seulement en raison de son universalité mais aussi parce qu’il se réfère à une question fondamentale pour tout homme : celle de sa filiation.
En effet, le nom n’est pas la simple empreinte d’une graphie sur des papiers d’identité, il est un enjeu de l’être, un destin. Il est l’histoire avec ou sans histoire de la filiation. Depuis le livre des morts de l’ancienne Egypte avec son “ton nom est ton destin” au Talmud en passant par le nom du père des chrétiens et, le chapelet ambré des quatre-vingt-dix-neuf noms d’Allah des musulmans, tout nous rappelle que nous sommes les engeances de cette filiation, qu’elle soit héréditaire ou arbitraire et, qui n’est pas sans effet sur l’aventure de nôtre vie.
Dans la migration, la dépression maternelle dans ses rapports avec la filiation constitue un paradigme de la problématique identitaire. La prise en compte du contexte socioculturel et, notamment les changements radicaux et rapides qui affectent ces populations sur tous les plans et particulièrement dans le champ psychosociologique, cadre incontournable de l’abord de la dépression maternelle dans la mesure ou pour bon nombre de patientes, l’étiologie, l’expression psychopathologique et la prise en charge des troubles imposent la référence au terme de malade, femme, épouse, mère, citoyenne, travailleuse, etc. et ce dans un environnement qui est celui d’un monde transitionnel marqué du sceau d’une acculturation rapide, massive et radicale. Dans ce contexte, la problématique de la place de l’enfant est essentielle en référence à son nombre, comme au vécu socio-culturel du groupe familial compte tenu du poids de l’école et du religieux.
Désir de maternité, désir d’enfant, avoir des enfants, faire des enfants, toute une série d’expressions qui dans le vécu du groupe et dans l’inconscient de la femme vont être déterminantes au plan de certaines décompensations dépressives.
Si la dépression, perte de l’élan vital, perte de l’anticipation positive, se caractérise par une tristesse pathologique, un pessimisme, on peut déjà souligner ce que va représenter une pathologie dépressive survenant lorsque l’enfant paraît, et alors que justement être mère, être père, interroge l’homme quant au sens qu’il doit donner à son existence comme le souligne B. Bettelheim. Car l’enfant pointe de façon privilégiée, voire exclusive l’éthique du groupe à travers la place que lui et les autres enfants occupent dans les projets de tout homme et de toute femme, dans la vie de tout couple, dans le modèle d’élevage et d’éducation de tout groupe.
Passer d’une société traditionnelle à un monde moderne va affecter entre autres le statut et la place de la femme à travers la question de la filiation et de l’identité, et ce dans un contexte de conflit culturel d’autant plus exacerbé que les changements sont rapides et que les données historiques pèsent lourdement. Dans ce contexte, la maternité apparaît comme l’expression privilégiée de l’affirmation de l’appartenance au groupe par le biais de la structuration de la filiation. Naissance, vie et mort sont vécues et acceptées dans une dimension où l’appartenance au groupe “moi collectif” est la donnée de base. La dyade mère-bébé constituant une sorte de microcosme du milieu et de la culture ambiante. C’est dans ce champ que doit se jouer l’illusion anticipatrice dont R. Diatkine souligne le rôle organisateur et structurant dans l’interaction chez l’enfant avec la vie fantasmatique de la mère. Sexe, âge, lignage, conditionnent le statut social, la structure du groupe étant basée sur la concordance entre engendrement biologique et généalogie familiale. Le statut de l’homme adulte et à fortiori de la femme est lié à l’autorité du groupe.
La femme n’accédait à une certaine autorité qu’au mariage de ses enfants et notamment des fils c’est-à-dire lorsqu’elle entre dans un statut de belle-mère. Ces données sont en fait classiques dans des structures patriarcales du monde méditerranéen. Le mariage a pour premier but la procréation et le statut de la femme est fonction de sa fécondité. La femme enceinte bénéficie d’un statut particulier qui la valorise. Les bénéfices secondaires sont nombreux et les pratiques traditionnelles qui entourent la grossesse, l’accouchement, sont au plan de l’hygiène mentale préventive une réalité non négligeable. La multiparité était une bénédiction, toutefois les grossesses à la fois précoces, répétées et rapprochées entraînaient un épuisement physiologique avec carences qualitatives et quantitatives ainsi qu’un vieillissement prématuré de la mère. Ce processus est accéléré par l’impact du travail domestique et extérieur auquel la femme était souvent astreinte. D’où le risque de troubles tels que fatigabilité, asthénie, anémie, avortement et une fragilité des derniers nés, données qui ont un impact important sur l’équilibre psychologique de la mère.
Etre féconde, rester féconde pour ne pas perdre son statut s’ajoute à l’angoisse d’être vécue comme mauvaise génitrice. Il est d’ailleurs significatif que dans certaines régions la ménopause soit désignée non par le mot arabe correct “retraite”, mais par l’expression “âge du désespoir”. Les données coutumières et religieuses facilitant le divorce et la polygamie sur simple décision du mari (fut-il le partenaire stérile) renforcent cette angoisse. “Angoisse des matrices vides, terreur des faussescouches, obsession des naissances féminines répétées, malchance des mortalités infantiles : telle est la quadruple hantise de la femme” (A. Boudhiba, 1973). Ce constat encore valable en milieu rural arabo-berbère et méditerranéen concorde souvent avec la réalité d’une culture traditionnelle.
Encore aujourd’hui, on retrouve une tradition importante par son impact au plan de la santé physique et mentale de l’enfant comme de la mère, la pratique de l’allaitement prolongé jusqu’à deux voire trois ans. Cette tradition a une implication pour l’enfant comme pour le couple, celle du fantasme d’inceste qui plane dans la relation conjugale tant que la femme est en situation d’allaitement. En effet dans la tradition coranique le simple fait de goûter le lait d’une femme institue une relation de lien de dépendance maternelle à celle-ci. C’est dire le climat affectif complexe dans lequel évolue le couple et le bébé durant cette période prolongée d’exaltation narcissique maternelle et de puissance mégalomaniaque du bébé.
En 1968 dans le classique “Enfants d’hier et d’aujourd’hui” N. Zerdoumi décrit la relation très étroite d’investissement de la mère maghrébine à son enfant soulignant combien son futur dépend de son statut de mère de garçon :
« La femme se fait esclave de son enfant qui dispose d’elle en maître souverain. La mère appartient totalement à son enfant. La nuit il dort dans son giron, sa chair contre la sienne tandis que le père est relégué, seul, dans un autre lit. Le bébé, pour la mère, prime tout. Il lui permettra de se réaliser un jour, de trouver sa place dans la société quand, marié, il lui offrira la chance de régner dans sa maison. Elle fait tout pour satisfaire l’enfant porteur de sa délivrance et de son arrachement au néant pour trouver son être dans une société qui ne l’a faite femme qu’une fois mère »
Multipare voyant se succéder grossesses et allaitements prolongés dans un rythme ininterrompu, la femme était souvent confrontée à la perte d’un enfant en bas âge. La prise en charge multi maternelle, la prééminence du moi collectif faisaient que paradoxalement le travail de deuil semblait se faire rapidement, excluant apparemment toute culpabilité. De même, lors de l’arrêt tardif de l’allaitement, arrêt décrit classiquement comme généralement brutal, motivé par une nouvelle grossesse, les modalités et les répercussions affectives ne sont peut être pas aussi marquées que ne le présentaient les auteurs ayant approché cette question à propos de l’enfant noir africain. C’est ce que relève H. Storck (1988) dans Enfances indiennes soulignant la prudence méthodologique nécessaire comme l’avait rappelé M. Ainsworth lors de son étude en Ouganda à propos des réactions des bébés à la séparation d’avec leur mère(5).
Dans ce contexte la problématique de la femme (surtout jeune) est indissociable du mouvement d’évolution radicale du vaste puzzle social. Les résistances aux changements vont croissant et prennent pour cible la femme. Celle-ci traditionnellement garante des valeurs et traditions, et en même temps agent des alliances restreintes, est brusquement projetée sous les feux de la rampe et décide de plus en plus d’y rester, même si pour un temps elle choisi éventuellement par exemple le voile dont on oublie trop qu’il marque justement non le retour à la tradition culturelle, mais la rupture avec la culture parentale et souvent l’irruption dans l’espace social extérieur.
Désir – interdit – culpabilité, termes clefs du positionnement oedipien sont au centre de ce mouvement individuel qui va s’accélérant et s’amplifiant au plan groupal. Les réactions agressives sont d’autant plus importantes qu’émergent chaque jour les évolutions possibles et particulièrement la rupture entre générations.
Comment faire le deuil du traditionnel et la question clef. Liquider l’ancêtre sans le trahir est la question pour les jeunes parents d’aujourd’hui; et il est évident que la jeune mère n’est le plus souvent pas préparée à assumer cette situation d’où la grande vulnérabilité de certaines.
Par ailleurs, de plus en plus, les réalités socio-démogra-phiques (tel l’allongement de l’espérance de vie) et les nouvelles aspirations des générations montantes confrontent l’individu à une dynamique sociale où les problèmes intergénérationnels vont croissant et où surtout le jeune couple au triple plan sociologique psychologique et métaphysique est confronté a son propre désir et notamment à son désir d’enfant.
En fait l’une des questions fondamentales à laquelle de plus en plus de mères, et de pères sont confrontés est celle de la maîtrise de leur fécondité, et à travers elle celle d’assumer leur sexualité par un dépassement des tabous traditionnels, tabous qui paradoxalement et contrairement aux idées avancées ne sont pas ceux de l’Islam. En effet, dans l’Islam, il n’y a pas de notion de péché de chair et la conception du poids irrémédiable du péché originel lié à Eve et Adam n’est pas.
Partant de là de plus en plus souvent la dynamique de confrontation traditionnelle-modernité, avec tous les clivages et toutes les nuances que ce type de dialectique présuppose dans un contexte socioculturel évolutif, va s’exprimer dans une perspective identique à celle esquissée par l’ethnopsychiatrie à propos des enfants de migrants.
L’universalité du fonctionnement psychologique humain n’exclue pas les particularismes comme le poids du socio-culturel. Mais les réalités biosomatiques comme la place de l’affectivité restent les éléments structurants fondamentaux organisateurs d’une individualité toujours présente.
Les dépressions d’intensité mineure voire moyenne restent, 69 souvent, méconnues pouvant spontanément guérir parfois au prix de traces dont l’évidence n’apparaîtra qu’ultérieurement dans l’équilibre émotionnel, affectif ou cognitif de l’enfant, en témoigne la fréquence de certaines pathologies psychosomatiques chez la mère comme chez le nourrisson, pathologies dont le taux apparaît croissant, parfois pathologies nouvelles, même si elles ne sont pas en leur temps authentifiées comme telles.
Parmi les tableaux cliniques assez particuliers au contexte traditionnel, certains paraissent à distinguer :
1) L’association “état dépressif-délire de persécution”: Elle est en fait une des formes cliniques privilégiées de la dépression en milieu traditionnel. Au delà de l’aspect psychotique, la dynamique dépressive doit être perçue, reconnue et assumée par le groupe ou par le psychiatre non averti par exemple en Europe. Comme le souligne Migarel, les troubles psychiques restituent par l’originalité de leur expression des productions inhérentes à la tradition culturelle de l’individu. Les discours et les attitudes de l’état de souffrance se référant au sentiment de persécution impliquant des pratiques d’ensorcellement. Le sujet utilise les catégories primordiales de ses supports culturels en s’accrochant aux croyances dont il est tributaire.
De même certaines dépressions vont affecter un tableau de bouffée délirante ou les troubles thymiques ont une intensité majeure.
On retrouve là des données signalées entre autres par H. Collomb à Dakar et dont C. Ortigues, I. Show, S. Ammar ont soulignés le lien au plan de l’expression clinique avec les données éducationnelles et culturelles ayant joué dans l’organisation et le développement de la personnalité.
2) Les plaintes somatiques variées sont fréquentes pouvant enfermer le malade dans un diagnostic d’hypochondrie. Elles expriment l’importance du corps dans la culture traditionnelle et le fait qu’il reste souvent le refuge et le moyen privilégié d’expression de la souffrance psychologique, des lors que les modèles de communication ont connus des modifications radicales. Mais un certain ralentissement psychomoteur est souvent retrouvé plus net des lors qu’est amorcée la prise en charge du malade.
Assez proches, certaines expressions cliniques renvoient au tableau bien synthétisé par Féline sous le nom de dépression hostile, associant la triade : Douleur-Dépression-Agressivité, ce syndrome avait été décrit par Cidro-Franck et Gordon dans une étude consacrée à des femmes souffrant de douleurs pelviennes dans des situations de frustrations conjugales et qui développent des sentiments de rage impuissante envers leurs maris et leurs enfants, avec tendance à l’anxiété et à la dépression.
L’aspect fragilisant affectant la femme au travail est classique, la dépression en est la forme d’expression privilégiée, le poids de la maternalité avec tous les conflits et problèmes qu’elle suscite dans le monde transitionnel actuel et particulièrement en raison des choix qu’elle va imposer : arrêt du travail non seulement en raison de données matérielles telles le manque de crèches, mais surtout et d’abord en raison des conflits avec le mari, la belle mère, entre autres.
3) Les états dépressifs de la multipare : au delà des données socio-économiques, la multiparité est un facteur de risque sévère dont témoigne la grande vulnérabilité des derniers nés de ces grandes fratries. Dans les fratries nombreuses l’enfant à haut risque est souvent le “énième” fréquemment après un avortement spontané.
Le problème des participants à la vulnérabilité constitutionnelle (E.J. Anthony, 1980) est à cerner en référence à l’état biosomatique de la mère surtout pendant la grossesse. De plus c’est sur cette trame que s’organisent les premières relations qui vont être marquées par un “emoussement” des potentialités et capacités de maternage de la multipare (Boucebci M., 1977-1985). Dans certains cas la donnée biosomatique va jouer un rôle d’autant plus défavorable que les conditions écologiques aggravent l’état biosomatique et la dépression.
Le désinvestissement de la multipare épuisée sur le plan physique et affectif suscite une culpabilité latente qui interfère accentuant les difficultés d’élaboration d’un lien mère-enfant justement là ou, compte tenu de sa vulnérabilité, ce nourrisson fragile, parfois hypotrophique et prématuré, aurait nécessité une attention plus importante et des soins plus intenses.
L’évolution sociologique accentue ce risque car elle voit disparaître les possibilités d’élevage multimaternel, modalité groupale qui compensait efficacement en partie voire en totalité par le biais d’une stimulation psychomotrice voire d’un allaitement par d’autres femmes du clan.
4) Les mutations socioculturelles exposent de plus en plus souvent la mère à des situations hautement fragilisantes par la problématique affective qu’elles induisent car souvent la femme est quasiment confrontée à une solitude et laissée seule avec son angoisse et sentiment de culpabilité. S. Lebovici souligne combien normalement la situation de transparence psychique observée durant cette période exceptionnelle permet d’agir à peu de frais sur le plan psychothérapique, comme à l’adolescence. Le fonctionnement communautaire du groupe traditionnel avait probablement dans ce champ une action thérapeutique privilégiée très bénéfique tant au plan préventif que curatif. Cela amène à marquer que le double deuil de l’enfant imaginaire et de la prise en charge médicale qui devait se faire à la naissance quand la prise en charge s’arrête, est compliquée d’une façon inextricable dans le cas de la jeune accouchée évoluant dans un environnement de sous développement sociosanitaire et un contexte de monde transitionnel dont les repères sont flous et inconsistants sur tous les plans, données introductrices d’une situation à haut risque pour la santé de la mère comme du bébé. Certains cas voient l’addition de tous les risques. Ainsi dans le contexte traditionnel, la surmortalité affectait de manière privilégiée les enfants nouveaux nés hautement vulnérables, fragiles voire malformés et handicapés. Certains telle la fille, les jumeaux faisant aussi de façon variée l’objet de refus, rejet, … dans le monde transitionnel d’aujourd’hui la femme peut se retrouver confrontée à ces situations et parfois dans une situation d’isolement inducteur d’un fonctionnement dépressif plus ou moins passager mais parfois chronique comme l’illustre l’observation suivante : Le cas de Mme N. montre dans le champ du désir de la futur mère le rôle des données socioculturelles dans l’émergence de l’enfant imaginaire.
Mme N. est vue pour un état dépressif stuporeux installé progressivement depuis dix jours. On relève l’absence d’antécédents psychiatriques. Mariée depuis deux ans Mme N. est enceinte. Une menace d’avortement a conduit à consulter. L’échographie pratiquée est médicalement rassurante mais à cette occasion elle va apprendre brutalement qu’elle attend probablement une fille. La phrase iatrogène crée l’événement au niveau familial. Son époux ayant à plusieurs reprises avancé son intention de divorcer devant la longue “stérilité” et l’incapacité de sa femme d’assurer une descendance mâle.
La confrontation brutale dans un contexte anonyme et à un moment imprévu a été un événement majeur dans un contexte socioculturel ou le fonctionnementtraditionnel, l’absence de référents claniques, la grossesse toujours en cours ne permettaient pas un fonctionnement avec prise en charge par le groupe et déculpabilisation dans une perspective ou la prévalance du moi collectif est essentielle. La conduite se traduit dans une décompensation. L’attente anxieuse dans le désarroi, l’anesthésie et l’inhibition psychomotrice maximale expriment une anticipation dépressive témoin d’un temps sans futur.
Mais la réalité d’hier ailleurs, d’aujourd’hui ici, souligne l’évolution socioculturelle irréversible qui avec ses effets positifs et négatifs accompagne l’entrée dans la modernité.
Au total, caricaturant la remarque de S. Freud à propos de l’augmentation non du nombre de névroses mais de celui de leurs décompensations, l’on peut dire qu’en référence au changements qualitatifs et quantitatifs qui affectent le Maghreb dans ses références socioculturelles, politiques, économiques, l’entrée en démocratie voit à la fois une augmentation du nombre de citoyennes, mais aussi de celles qui ici comme ailleurs connaissent une souffrance psychologique liée, découlant ou concomitante de leur accession au statut de mère.
Cette réalité repose une fois tournée la page du retour à l’âge d’or qu’aurait été les sociétés traditionnelles, la question fondamentale d’H. Huxley et de la réponse de R. Diatkine :
  • Donnez moi un monde meilleur, je ferai des mères meilleures.
  • Donnez moi des mères meilleures, je ferais un monde meilleur.
Faut-il pour autant enfermer la femme dans la prévalante ou l’exclusivité de son rôle de mère ?
Dans son dialogue affectif privilégié avec son bébé intrautérin pris dans les premiers mois et les premières années, la mère induit et transmet une émotionnalité, reflet pour une part non négligeable des enjeux et des angoisses dont elle est elle même l’objet et l’enjeu. C’est alors de manière privilégiée avec sa fille future femme qu’elle sera tentée à la fois de transmettre un message de libération mais aussi de défense, reflet de son malaise dans nôtre civilisation.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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·  BETTELHEIM B. Les blessures symboliques. Paris, Gallimard, 1971.
·  BOUCEBCI M., YAKER A. Psychopathologie infanto-juvénile dans les pays en développement. In : Diatkine R., Lebovici S., Soule M. : Traité de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Paris, P.U.F, 1985, pp. 87-127.
·  BOUDHIBA A. La sexualité en Islam. Paris, P.U.F, 1975.
·  COLLOMB H. Les aspects culturels de la dépression. Revue du Praticien, 1978,28, pp. 3025-3042.
·  ORTIGUES M.C. et E. Œdipe africain. Paris, l’Harmattan, 1984. SOW I. Psychiatrie dynamique africaine. Paris, Payot, 1977.
·  STORCK H. Enfances indiennes. Paris, P.U.F, 1986.
·  ZERDOUMI N. Enfants d’hier et d’aujourd’hui. Paris, Maspero, 1968.
 
NOTES
 
[*]Psychiatre, service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent (CHU Avicenne, AP-HP, Bobigny), Pr. M.R. Moro, Laboratoire de Psychogenèse et psychopathologie (UFR Léonard de Vinci, Université Paris 13)
[**]Psychiatre, secteur II, EPS Paul Guiraud, Villejuif, 54 avenue de la république 94800 Villejuif.
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