2001
Champ Psychosomatique
Former les étudiants en médecine à la relation
Guy Even
Médecin généraliste, 20 rue Jean Jaurès, 94500 Champigny sur Marne, Coordonnateur du Département d’Enseignement et de Recherche en Psychologie Médicale, Faculté de médecine de Créteil - Paris XII, 7 rue du Général Sarrail, 94000 Créteil, Animateur de Groupe Balint, Association de Recherche d’Étude et de Formation à la Fonction Soignante, 66 Bd Ornano, 75018 Paris
La formation des étudiants en médecine à la relation médecin malade passe
par un “changement de registre” qui favorise l’expérimentation de la part
qu’occupent les réactions subjectives, émotionnelles et inconscientes dans
l’acte de soin. Si le travail de groupe à partir de cas cliniques et l’utilisation
du jeu de rôle permettent, sous certaines conditions, de mobiliser ces dimensions afin de les repérer, ils se heurtent aussi aux résistances qui fréquemment
surgissent chez les étudiants. Nous présentons dans cet article une expérience
pratique d’enseignement en faculté de médecine qui tente de réagir à l’irruption de ces résistances en essayant de les intégrer aux processus pédagogiques
de formation.Mots-clés :
Etudes médicales, Relation médecin malade, Pédagogie médicale, Balint, Jeu de rôle.
The medical students training to patient relationship need an experimentation of the subjective emotional and inconspicuous reactions content in the
caring act. Using of cases stories and role playing, the group authorises to
mobilise these dimensions and to locate them. But students’resistances are
frequently encountered on this way. We are presenting in this article a teaching
practice which attempts to include the resistances burst into the training
process.Keywords :
Medical studies, Doctor patient relationship, Medical education, Balint, Role playing.
La nécessité d’une formation des étudiants en médecine
à la relation ne fait plus de doute – elle est désormais
explicitement inscrite dans les programmes du deuxième
cycle des Facultés
[1]. La question des moyens à mettre en oeuvre
pour réaliser cet objectif, quant à elle, reste posée. Le problème
ici se décline donc en axes à privilégier et choix à effectuer. Une
réflexion de Georges Canguilhem (1983), en ce qu’elle évoque
la condition générale qu’aurait à respecter toute méthode ayant
pour objet une telle formation, peut à ce niveau nous aider. A
propos de la prise en compte de la dimension subjective en
médecine, le philosophe écrit ceci : “nous voici parvenu au point
où la rationalité médicale s’accomplit dans la reconnaissance
de sa limite, entendue non comme l’échec d’une ambition qui
a donné tant de preuves de sa légitimité mais comme
l’obligation
de changer de registre”. C’est à partir de l’expérience
d’enseignement développée dans le Département de
Psychologie Médicale de la Faculté de Médecine de Créteil
(Paris XII) que la question de l’intérêt et de la nécessité de ce
“changement de registre” dans la formation des étudiants en
médecine va être discutée.
LE CHANGEMENT DE REGISTRE
L’idée que la médecine ne prend pas suffisamment en
compte le sujet malade ne date pas d’aujourd’hui. Si le développement exponentiel de la science médicale vient approfondir
ou aggraver ce problème, celui-ci n’en est pas moins inscrit
dans la structure même de la démarche clinique qui consiste à
réduire la plainte du malade, notamment ce qu’il dit, à des
signes. Cette démarche qui est celle de la rationalité médicale
n’est en ce sens, ni à déplorer, ni à contester, mais à accepter.
A accepter tout en reconnaissant cependant ses limites, soit le
fait qu’il y a un reste. Reste où réside justement la subjectivité
du malade comme celle du médecin, avec ses aspects émotionnels et inconscients. Cela aussi, il est “rationnel” d’en
reconnaître l’existence dans la pratique médicale de soin. Ce
rappel de notions communément admises étant effectué,
venons-en à ce que dit Canguilhem et qui nous paraît pouvoir
s’énoncer ainsi : vouloir prendre en compte ce “reste” exige par
rapport à la démarche scientifique médicale une rupture, la
nécessité d’un changement de registre.
Pour essayer de définir de manière concrète ce qui nous
paraît pouvoir être mis sous cette notion de changement de
registre, nous allons nous référer à ce qui est reconnu comme
l’un des modèles les plus efficients pour une formation des
médecins à la relation : le Groupe Balint.
Intéressons-nous donc à ce qui se passe dans un tel groupe.
Le participant y présente un de ses cas, quelque chose qui lui
pose problème dans la relation avec un patient. Parlant du
patient, il se trouve ainsi peu à peu amené à une certaine prise
de conscience de ce qui le détermine à être et à réagir de telle
ou telle façon dans la rencontre. Que ce soit dans ses propres
réactions émotionnelles, dans les questions qu’il pose ou à
travers les cas qu’il présente, chacun va ici être conduit à se
retourner sur ce qu’il fait, dit, et pense; c’est-à-dire finalement
sur ce qu’il est. Ce qu’il est dans la liaison à sa propre histoire,
sa propre subjectivité. Une histoire et une subjectivité présentes
en lui, et notamment dans l’exercice de sa profession, comme
elles le sont chez ses patients. C’est dire que le moteur de cette
formation va dépendre d’une rencontre que va faire le participant. Celle de l’assujettissement commun des malades comme
des médecins à ces affects, ces émotions, cette histoire en partie
inconsciente qu’ils portent en eux (Even, 1998). Ainsi nous
pouvons dire que cette formation tient sa véritable efficacité en
ce qu’elle permet au participant de reconnaître l’existence de
cet espace que Freud désignait par les termes “d’autre scène”
ou d’inconscient.
Ainsi nous percevons en quoi ce “changement de registre”
dont nous parle Canguilhem est nécessaire. Il est “obligé” pour
qui veut prendre en compte le malade dans sa dimension subjective parce que la rencontre en soi-même de cette dimension est
la condition nécessaire à la reconnaissance de sa présence chez
le patient.
Malheureusement, nous devons constater que rares sont les
médecins qui suivent cette formation, franchissent ce pas. Bien
des motifs peuvent être évoqués pour expliquer cela : l’extrême
sollicitation des praticiens pour d’autres champs d’activité, le
fait que leur formation initiale en faculté ne valorise pas cet
aspect de leur travail, l’effet de mode… Nous serions cependant
bien loin du compte si nous n’évoquions pas aussi la place déterminante qu’occupe la résistance des soignants face à tout
questionnement concernant leur propre implication subjective
— avec ses aspects émotionnels et inconscients — dans la relation. Freud écrit dans ses “notes sur l’histoire du mouvement
analytique”: “que le destin de la psychanalyse est d’inciter les
hommes à la contredire et de les exaspérer”. Parallèlement nous
pouvons penser que c’est justement ce qui fait la richesse de
tels groupes et de la formation qui s’y acquiert — cette référence explicite à l’implication personnelle, au vécu émotionnel
et à l’inconscient — qui contient quelque chose de suffisamment inquiétant et exaspérant pour en détourner nombre de
soignants.
Est-il possible, et comment, de concevoir une formation à
la relation s’inscrivant dans le cadre d’une faculté de médecine
- et donc conçue pour s’adresser à tous les étudiants – qui puisse
réagir à cet obstacle sans renoncer aux ambitieux objectifs que
nous lui avons définis ?
Nous abordons ainsi la description de l’enseignement
proposé à Paris XII avec deux interrogations. En quoi, premièrement, cette formation répond-elle au cahier des charges que
nous avons défini ? En quoi, plus précisément, rend-elle possible
ce changement de registre dont nous avons vu la nécessité ?
Comment, deuxièmement, réagit-elle aux résistances que nous
avons repérées ?
Pour tenter de répondre à ces deux questions, examinons la
pratique effective de cet enseignement. Celui-ci est animé par
un binôme constitué d’un médecin généraliste et d’un psy
(psychanalyste, psychologue, psychiatre). Les étudiants sont
“jeunes” dans leur cursus puisqu’ils sont en deuxième et de troisième année de médecine. Trois groupes de quinze personnes
sont constitués. Ceci pour vingt et une séances de 2 h 30.
Dans la première phase (sept séances), dite celle du “tour
de table” ou de la “libre discussion”, nous utilisons des cas
cliniques qui sont issus de deux sources. Ces cas sont amenés
soit par les étudiants, soit par les enseignants. Nous commençons toujours par demander aux étudiants de dire ce qu’ils ont
envie de travailler et aussi de nous parler de ce qu’ils ont vécu
pendant leurs stages à l’hôpital. Ici une même constatation est
faite par tous les enseignants; celle de l’intensité de ce qui, sur
le plan psychique et émotionnel, est mobilisé chez les étudiants
lors de leurs premières rencontres avec les malades. La simple
proposition d’en parler dans un cadre suffisamment sécurisant
suffit pour que des réactions extrêmement vives surgissent dans
les groupes.
Mais assez vite, et malgré les précautions prises pour ne pas
trop exposer ceux qui rapportent ces situations, cette source se
tarit et les étudiants n’apportent plus de cas. Une attitude que
les étudiants concernés réfèrent à un manque de pratique ou
d’expérience : “Il vaut mieux que les cas cliniques viennent de
vous, car nous n’avons pas d’expérience, nous avons déjà tout
dit”. Auraient-ils donc vraiment “tout dit” en une ou deux
séances ou n’est-ce pas plutôt comme si, à la suite de l’expression permise dans ce premier temps, quelque chose s’était
refermé ? Comme si déjà quelque chose qui pourrait s’apparenter à cette résistance, dont nous avons parlé à propos du
manque de fréquentation des Groupes Balint par les médecins,
s’était installée.
Venons en au jeu de rôle qui, dans notre enseignement prend
la suite de ces sept premières séances. Dans cette phase du
travail, les cas cliniques ne sont pas ceux des étudiants. Ils sont
à l’avance élaborés par l’équipe enseignante. Le rôle du malade
est écrit pour éviter une dérive vers l’intimité personnelle,
pendant que celui du médecin est laissé libre. Ici nous devons
rapporter une réaction d’étudiants qui est trop répétitive pour
ne pas attirer notre attention. Elle se dit en effet chaque année
dans les cours, s’écrit chaque année dans les mémoires qui nous
sont remis. “Ce qui est difficile, rapportent les étudiants, c’est
de nous faire jouer le médecin, alors que nous n’avons pas les
connaissances, alors que nous n’avons pas le savoir”. Nous
avons beau annoncer que c’est sur la relation et non sur le savoir
médical que porte le travail du groupe, cela ne change rien à
l’affaire. A première vue, on pourrait simplement considérer
ceci comme l’expression de la difficulté des étudiants à jouer
devant les autres. Mais pourquoi serait-il alors plus difficile de
jouer le rôle du médecin que celui du malade ? Cette explication ne suffit donc pas à elle seule à rendre compte du
phénomène. Attachons-nous donc au contenu de ce que disent
les étudiants. Leurs paroles n’évoquent pas tant de la difficulté
à jouer devant les autres que celle de jouer un personnage bien
particulier, celui du médecin-sans-savoir. Qu’est-ce que cela
veut dire ?
Pour répondre à cette question nous allons nous référer à ce
que Freud dit de la résistance dans les analyses. “Avouons, dit-il, que rien n’est plus difficile que de vaincre les résistances,
mais n’oublions pas que ce sont justement ces phénomènes là
qui nous rendent le service le plus précieux en nous permettant
de mettre en lumière les émois amoureux secrets et oubliés des
patients, et en conférant à ces émois un caractère d’actualité”.
Nous voici donc invités à considérer autrement les résistances,
à les considérer en quelque sorte dans leur positivité. Ainsi deux
nouvelles questions se posent à nous : la première étant de savoir
ce que cette difficulté à jouer le rôle du médecin nous signale,
à quelle “actualité” elle renvoie; la seconde, de savoir ce qu’il
est possible de faire avec elle pour qu’elle nous rende un
précieux service.
Revenons donc pour essayer de mieux la comprendre sur la
difficulté désignée par les étudiants : “être dans le jeu de rôle,
un médecin sans savoir, face au malade”. Outre que cela met en
jeu le rapport de chacun à l’idéal, remarquons que ceci décrit
exactement un moment de la vie étudiante : celui de leur position actuelle, en deuxième et troisième année dans la rencontre
avec les patients à l’hôpital. Là ils sont en effet ces médecins
sans savoir, des étudiants, confrontés à des malades. Ils sont
ces stagiaires embarrassés, à qui des patients inquiets vont
parfois demander renseignements et soutien. Et ils ne savent
pas quoi dire, et même ce qu’ils ont le droit de dire, eux qui sont
sans savoir. Autrement dit, ce qui paraît important ici, c’est que
l’étudiant qui joue le rôle du médecin dans nos cours, est dans
la position de l’étudiant qui entre dans la chambre du malade à
l’hôpital. Ils sont tous deux sans savoir face au patient. Tous
deux, sans la protection du savoir. Tous deux, dans une certaine
inquiétude quant à ce qu’ils vont dire. C’est ainsi que le jeu de
rôle tel que nous le proposons aurait la capacité de mettre en
scène la difficulté actuelle des étudiants dans leurs premiers
contacts avec le patient. Une difficulté qui n’est pas abordée de
front, comme ce serait le cas si nous demandions à ces étudiants
de jouer une rencontre avec un des malades qu’ils ont vu, mais
expérimenté en quelque sorte dans le déroulement même du
processus pédagogique. De trop massive et difficilement abordable dans le premier cas, la résistance ne peut-elle ainsi devenir
un des éléments sur lequel va porter le travail du groupe ? On
le voit, il s’agit dans ce dispositif – ainsi que nous le demandait
un étudiant de deuxième année — d’aider ces futurs praticiens
à “être étudiants en médecine avant que de les aider à être
médecin”. Ou plus précisément de les aider à être étudiants en
médecine pour les aider à être médecin. Il s’agit, s’éloignant
d’une proposition de modèles ou de conduites à tenir pour plus
tard, de favoriser la capacité des étudiants à tirer profit de leur
expérience actuelle. Ceci en leur permettant de considérer celle-ci non plus seulement sous l’angle du défaut qu’ils signalent
(le non-savoir), mais comme une position utile au repérage des
éléments de la dimension subjective en jeu dans la relation. Car
ce qui est vécu par eux dans ces moments, n’est-ce pas cela
même qui est en mouvement dans nombre de relations où un
médecin va se trouver impliqué : que ce soit dans ces instants
où le praticien ne peut plus tout à fait se réfugier derrière son
savoir, ou accepte de ne plus s’y réfugier; ou dans ces temps où
il peut rencontrer parfois l’inquiétude de ce qu’il va dire ? Ici
l’espace de jeu, en ce qu’il est le lieu d’un “comme si”, c’est-à-dire un espace de distanciation et de créativité, nous apparaît
comme le moyen d’un possible travail sur cette dimension
subjective dont le reste des études médicales apprend plutôt à
s’éloigner.
A partir de cela, nous voudrions maintenant revenir sur le
dispositif qui, de manière pratique, est mis en œuvre dans cet
enseignement.
LE DISPOSITIF D’ENSEIGNEMENT
Sur le plan pédagogique, nous abordons ce dernier temps
de notre réflexion sous la contrainte d’un couple d’opposés.
D’une part, nous avons été amenés à reconnaître l’intérêt de la
référence à la situation actuelle des étudiants et même la nécessité de cette référence dans ce type de formation. Outre que cela
va permettre l’expression des difficultés suscitées par les
premiers contacts avec les malades, cela va surtout rendre
possible un travail sur l’expérience vécue — condition nécessaire sans doute pour que l’implication personnelle soit
questionnée suffisamment en profondeur et que se produise un
véritable “changement de registre”.
D’autre part, nous devons aussi reconnaître la présence des
résistances qui, s’incarnant dans cet appel réitéré au manque
de savoir et d’expérience, ne manquent pas de surgir dès que l’on
aborde les situations vécues personnellement par les étudiants.
Sous l’effet de ces forces contraires une nouvelle orientation
nous est apparue comme pouvant se dessiner. Là, cessant de
considérer les résistances dans leur négativité, il s’agissait pour
nous de proposer des procédures permettant que celles-ci soient
partiellement contournées et partiellement intégrées dans la pratique concrète d’un enseignement en faculté. Car si ces phénomènes peuvent venir contrarier le travail du groupe, nous avons
vu qu’ils nous parlent aussi, et précisément, de ce sur quoi doit se
porter notre attention : de la position relationnelle entre deux
sujets, l’unmalade etl’autre, médecin en formation. Commentau
niveau d’une pratiquepédagogique pouvons-nous articuler cela ?
Ici les solutions sont sans aucun doute multiples. En voici
une, issue de notre expérience, que nous pouvons schématiser
en trois moments.
- Le début de chaque module est consacré à favoriser l’expression des étudiants sur leurs stages, sur cette actualité là, la
leur. Un temps de parole qui dans le premier module concerne
explicitement les réactions aux premiers contacts avec les
patients, et qui lors de la première séance des jeux de rôles est
suscité par une question qui y fait référence, par exemple : “vous
entrez dans la chambre du malade, qu’est-ce qui se passe ?”. Ce
temps est l’occasion d’une verbalisation du vécu, il est celui du
recueil de ce qui, subjectivement, est mobilisé chez chaque
étudiant dans la rencontre avec le patient et qui, dans le groupe,
va faire trace ou mémoire.
- Les situations amenées par les enseignants, que ce soit sous
forme d’histoires cliniques ou de jeu de rôle, viennent en second,
dès que la résistance s’exprime sous forme d’un arrêt des cas
proposés par les étudiants. Issus de la pratique du médecin généraliste enseignant pour le premier module ou du pool de
situations cliniques élaborées dans notre DER
[2] pour le jeu de
rôle, les cas viennent alors solliciter la réflexion et l’investissement subjectif des étudiants sur quelque chose qui, vécu par
un autre, les touche moins directement.
- Ces cas sont à considérer comme des inductions, permettant de susciter les réactions du groupe et de les travailler. Pour
les différents binômes enseignants, les histoires utilisées ont
le plus souvent la caractéristique d’être celles qui ont fortement mobilisé le soignant, ce qui évidemment, va participer à
l’induction. Au cours de cette phase, “l’actualité en travail”
n’est plus directement celle de la relation des étudiants avec
leurs patients (point sur lequel s’est placé le vif de la résistance), mais celle du groupe et des interactions qui s’y
développent à propos de la situation présentée. Ces cas sont
proposés par écrit; un texte que nous distribuons aux étudiants,
juste avant de les répartir en petits groupes de cinq personnes
avec la consigne d’y réagir, d’en parler entre eux pendant
quinze à vingt minutes, sans que nous soyons présents. C’est
ainsi, nous semble-t-il, que les étudiants peuvent au mieux, car
le plus librement, s’exprimer à la première personne et s’approprier les situations proposées. Puis, tous les étudiants sont
réunis pour parler de ce qui vient d’être dit dans les petits
groupes. Le fait que ces cas soient écrits permet que la relation de l’enseignant à son cas ne centre pas le travail du groupe
mais que l’élaboration se fasse plutôt à partir des réactions des
étudiants. Elle est aussi utile pour que l’enseignant puisse se
concentrer sur le travail d’animation qui, dans cette phase,
constitue l’essentiel de son activité. Ce n’est seulement qu’à
la fin de la séance, une fois que de multiples pistes ont été dégagées par le groupe, que l’enseignant parlera éventuellement
de ses propres réactions. Il convient enfin de préciser que la
succession des situations abordées d’une séance à l’autre n’est
pas définie à l’avance, mais dépend de ce qui s’est passé précédemment — donc de ce mélange fait des souvenirs des cours
antérieurs, de ce que le binôme enseignant a perçu de l’évolution des étudiants et des effets inconscients qu’a produit sur
lui le travail du groupe.
- Tout au long de ce processus enfin, les enseignants ont la
charge de solliciter une prise de conscience du lien existant
entre ce qui surgit grâce au travail du groupe sur le cas et ce que
les étudiants ont exprimé de leurs propres préoccupations et
réactions face aux patients qu’ils ont rencontrés. La trace laissée
par la (ou les) premières séances sera de ce fait au fil de l’enseignement, signalée ou réactivée. C’est ainsi qu’il nous est
apparu possible, sans trop déstabiliser l’étudiant mais en l’impliquant suffisamment, sans mobiliser trop vivement les
résistances mais sans s’y soumettre, de proposer cette formation à la relation à des étudiants en début de cursus.
C’est sur le plan pratique, par le moyen de cette alternance
entre ce qui fait l’actualité du vécu des étudiants et ces cas venus
des enseignants qui mobilisent le travail du groupe, que nous
espérons atteindre dans cette formation ce “changement de
registre” que Georges Canguilhem appelait de ses vœux.
·
BALINT M. (1960). Le médecin son malade et la maladie. Paris, Petite bibliothèque Payot, 1978.
·
CANGHUILHEM G. (1968). Études d’histoire et de philosophie des sciences.
Paris, Vrin, 1983.
·
EVEN G. (1998). Le groupe Balint et la formation à la relation de soin. Champ
Psychosomatique, 14,41-48.
[1]
Réforme de la
deuxième partie du
deuxième cycle des
études médicales. Le BO
n°40,9 nov 2000
[2]
Département
d’Enseignement et de
Recherche en
Psychologie Médicale.
Faculté de Médecine de
Créteil – Paris XII