Champ psychosomatique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062539
170 pages

p. 133 à 142
doi: en cours

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no 22 2001/2

2001 Champ Psychosomatique

Former les étudiants en médecine à la relation

Guy Even Médecin généraliste, 20 rue Jean Jaurès, 94500 Champigny sur Marne, Coordonnateur du Département d’Enseignement et de Recherche en Psychologie Médicale, Faculté de médecine de Créteil - Paris XII, 7 rue du Général Sarrail, 94000 Créteil, Animateur de Groupe Balint, Association de Recherche d’Étude et de Formation à la Fonction Soignante, 66 Bd Ornano, 75018 Paris
La formation des étudiants en médecine à la relation médecin malade passe par un “changement de registre” qui favorise l’expérimentation de la part qu’occupent les réactions subjectives, émotionnelles et inconscientes dans l’acte de soin. Si le travail de groupe à partir de cas cliniques et l’utilisation du jeu de rôle permettent, sous certaines conditions, de mobiliser ces dimensions afin de les repérer, ils se heurtent aussi aux résistances qui fréquemment surgissent chez les étudiants. Nous présentons dans cet article une expérience pratique d’enseignement en faculté de médecine qui tente de réagir à l’irruption de ces résistances en essayant de les intégrer aux processus pédagogiques de formation.Mots-clés : Etudes médicales, Relation médecin malade, Pédagogie médicale, Balint, Jeu de rôle. The medical students training to patient relationship need an experimentation of the subjective emotional and inconspicuous reactions content in the caring act. Using of cases stories and role playing, the group authorises to mobilise these dimensions and to locate them. But students’resistances are frequently encountered on this way. We are presenting in this article a teaching practice which attempts to include the resistances burst into the training process.Keywords : Medical studies, Doctor patient relationship, Medical education, Balint, Role playing.
La nécessité d’une formation des étudiants en médecine à la relation ne fait plus de doute – elle est désormais explicitement inscrite dans les programmes du deuxième cycle des Facultés [1]. La question des moyens à mettre en oeuvre pour réaliser cet objectif, quant à elle, reste posée. Le problème ici se décline donc en axes à privilégier et choix à effectuer. Une réflexion de Georges Canguilhem (1983), en ce qu’elle évoque la condition générale qu’aurait à respecter toute méthode ayant pour objet une telle formation, peut à ce niveau nous aider. A propos de la prise en compte de la dimension subjective en médecine, le philosophe écrit ceci : “nous voici parvenu au point où la rationalité médicale s’accomplit dans la reconnaissance de sa limite, entendue non comme l’échec d’une ambition qui a donné tant de preuves de sa légitimité mais comme l’obligation de changer de registre”. C’est à partir de l’expérience d’enseignement développée dans le Département de Psychologie Médicale de la Faculté de Médecine de Créteil (Paris XII) que la question de l’intérêt et de la nécessité de ce “changement de registre” dans la formation des étudiants en médecine va être discutée.
 
LE CHANGEMENT DE REGISTRE
 
 
L’idée que la médecine ne prend pas suffisamment en compte le sujet malade ne date pas d’aujourd’hui. Si le développement exponentiel de la science médicale vient approfondir ou aggraver ce problème, celui-ci n’en est pas moins inscrit dans la structure même de la démarche clinique qui consiste à réduire la plainte du malade, notamment ce qu’il dit, à des signes. Cette démarche qui est celle de la rationalité médicale n’est en ce sens, ni à déplorer, ni à contester, mais à accepter. A accepter tout en reconnaissant cependant ses limites, soit le fait qu’il y a un reste. Reste où réside justement la subjectivité du malade comme celle du médecin, avec ses aspects émotionnels et inconscients. Cela aussi, il est “rationnel” d’en reconnaître l’existence dans la pratique médicale de soin. Ce rappel de notions communément admises étant effectué, venons-en à ce que dit Canguilhem et qui nous paraît pouvoir s’énoncer ainsi : vouloir prendre en compte ce “reste” exige par rapport à la démarche scientifique médicale une rupture, la nécessité d’un changement de registre.
Pour essayer de définir de manière concrète ce qui nous paraît pouvoir être mis sous cette notion de changement de registre, nous allons nous référer à ce qui est reconnu comme l’un des modèles les plus efficients pour une formation des médecins à la relation : le Groupe Balint.
Intéressons-nous donc à ce qui se passe dans un tel groupe. Le participant y présente un de ses cas, quelque chose qui lui pose problème dans la relation avec un patient. Parlant du patient, il se trouve ainsi peu à peu amené à une certaine prise de conscience de ce qui le détermine à être et à réagir de telle ou telle façon dans la rencontre. Que ce soit dans ses propres réactions émotionnelles, dans les questions qu’il pose ou à travers les cas qu’il présente, chacun va ici être conduit à se retourner sur ce qu’il fait, dit, et pense; c’est-à-dire finalement sur ce qu’il est. Ce qu’il est dans la liaison à sa propre histoire, sa propre subjectivité. Une histoire et une subjectivité présentes en lui, et notamment dans l’exercice de sa profession, comme elles le sont chez ses patients. C’est dire que le moteur de cette formation va dépendre d’une rencontre que va faire le participant. Celle de l’assujettissement commun des malades comme des médecins à ces affects, ces émotions, cette histoire en partie inconsciente qu’ils portent en eux (Even, 1998). Ainsi nous pouvons dire que cette formation tient sa véritable efficacité en ce qu’elle permet au participant de reconnaître l’existence de cet espace que Freud désignait par les termes “d’autre scène” ou d’inconscient.
Ainsi nous percevons en quoi ce “changement de registre” dont nous parle Canguilhem est nécessaire. Il est “obligé” pour qui veut prendre en compte le malade dans sa dimension subjective parce que la rencontre en soi-même de cette dimension est la condition nécessaire à la reconnaissance de sa présence chez le patient.
Malheureusement, nous devons constater que rares sont les médecins qui suivent cette formation, franchissent ce pas. Bien des motifs peuvent être évoqués pour expliquer cela : l’extrême sollicitation des praticiens pour d’autres champs d’activité, le fait que leur formation initiale en faculté ne valorise pas cet aspect de leur travail, l’effet de mode… Nous serions cependant bien loin du compte si nous n’évoquions pas aussi la place déterminante qu’occupe la résistance des soignants face à tout questionnement concernant leur propre implication subjective — avec ses aspects émotionnels et inconscients — dans la relation. Freud écrit dans ses “notes sur l’histoire du mouvement analytique”: “que le destin de la psychanalyse est d’inciter les hommes à la contredire et de les exaspérer”. Parallèlement nous pouvons penser que c’est justement ce qui fait la richesse de tels groupes et de la formation qui s’y acquiert — cette référence explicite à l’implication personnelle, au vécu émotionnel et à l’inconscient — qui contient quelque chose de suffisamment inquiétant et exaspérant pour en détourner nombre de soignants.
Est-il possible, et comment, de concevoir une formation à la relation s’inscrivant dans le cadre d’une faculté de médecine - et donc conçue pour s’adresser à tous les étudiants – qui puisse réagir à cet obstacle sans renoncer aux ambitieux objectifs que nous lui avons définis ?
 
L’EXPÉRIENCE DE CRÉTEIL
 
 
Nous abordons ainsi la description de l’enseignement proposé à Paris XII avec deux interrogations. En quoi, premièrement, cette formation répond-elle au cahier des charges que nous avons défini ? En quoi, plus précisément, rend-elle possible ce changement de registre dont nous avons vu la nécessité ? Comment, deuxièmement, réagit-elle aux résistances que nous avons repérées ?
Pour tenter de répondre à ces deux questions, examinons la pratique effective de cet enseignement. Celui-ci est animé par un binôme constitué d’un médecin généraliste et d’un psy (psychanalyste, psychologue, psychiatre). Les étudiants sont “jeunes” dans leur cursus puisqu’ils sont en deuxième et de troisième année de médecine. Trois groupes de quinze personnes sont constitués. Ceci pour vingt et une séances de 2 h 30.
Dans la première phase (sept séances), dite celle du “tour de table” ou de la “libre discussion”, nous utilisons des cas cliniques qui sont issus de deux sources. Ces cas sont amenés soit par les étudiants, soit par les enseignants. Nous commençons toujours par demander aux étudiants de dire ce qu’ils ont envie de travailler et aussi de nous parler de ce qu’ils ont vécu pendant leurs stages à l’hôpital. Ici une même constatation est faite par tous les enseignants; celle de l’intensité de ce qui, sur le plan psychique et émotionnel, est mobilisé chez les étudiants lors de leurs premières rencontres avec les malades. La simple proposition d’en parler dans un cadre suffisamment sécurisant suffit pour que des réactions extrêmement vives surgissent dans les groupes.
Mais assez vite, et malgré les précautions prises pour ne pas trop exposer ceux qui rapportent ces situations, cette source se tarit et les étudiants n’apportent plus de cas. Une attitude que les étudiants concernés réfèrent à un manque de pratique ou d’expérience : “Il vaut mieux que les cas cliniques viennent de vous, car nous n’avons pas d’expérience, nous avons déjà tout dit”. Auraient-ils donc vraiment “tout dit” en une ou deux séances ou n’est-ce pas plutôt comme si, à la suite de l’expression permise dans ce premier temps, quelque chose s’était refermé ? Comme si déjà quelque chose qui pourrait s’apparenter à cette résistance, dont nous avons parlé à propos du manque de fréquentation des Groupes Balint par les médecins, s’était installée.
Venons en au jeu de rôle qui, dans notre enseignement prend la suite de ces sept premières séances. Dans cette phase du travail, les cas cliniques ne sont pas ceux des étudiants. Ils sont à l’avance élaborés par l’équipe enseignante. Le rôle du malade est écrit pour éviter une dérive vers l’intimité personnelle, pendant que celui du médecin est laissé libre. Ici nous devons rapporter une réaction d’étudiants qui est trop répétitive pour ne pas attirer notre attention. Elle se dit en effet chaque année dans les cours, s’écrit chaque année dans les mémoires qui nous sont remis. “Ce qui est difficile, rapportent les étudiants, c’est de nous faire jouer le médecin, alors que nous n’avons pas les connaissances, alors que nous n’avons pas le savoir”. Nous avons beau annoncer que c’est sur la relation et non sur le savoir médical que porte le travail du groupe, cela ne change rien à l’affaire. A première vue, on pourrait simplement considérer ceci comme l’expression de la difficulté des étudiants à jouer devant les autres. Mais pourquoi serait-il alors plus difficile de jouer le rôle du médecin que celui du malade ? Cette explication ne suffit donc pas à elle seule à rendre compte du phénomène. Attachons-nous donc au contenu de ce que disent les étudiants. Leurs paroles n’évoquent pas tant de la difficulté à jouer devant les autres que celle de jouer un personnage bien particulier, celui du médecin-sans-savoir. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Pour répondre à cette question nous allons nous référer à ce que Freud dit de la résistance dans les analyses. “Avouons, dit-il, que rien n’est plus difficile que de vaincre les résistances, mais n’oublions pas que ce sont justement ces phénomènes là qui nous rendent le service le plus précieux en nous permettant de mettre en lumière les émois amoureux secrets et oubliés des patients, et en conférant à ces émois un caractère d’actualité”. Nous voici donc invités à considérer autrement les résistances, à les considérer en quelque sorte dans leur positivité. Ainsi deux nouvelles questions se posent à nous : la première étant de savoir ce que cette difficulté à jouer le rôle du médecin nous signale, à quelle “actualité” elle renvoie; la seconde, de savoir ce qu’il est possible de faire avec elle pour qu’elle nous rende un précieux service.
Revenons donc pour essayer de mieux la comprendre sur la difficulté désignée par les étudiants : “être dans le jeu de rôle, un médecin sans savoir, face au malade”. Outre que cela met en jeu le rapport de chacun à l’idéal, remarquons que ceci décrit exactement un moment de la vie étudiante : celui de leur position actuelle, en deuxième et troisième année dans la rencontre avec les patients à l’hôpital. Là ils sont en effet ces médecins sans savoir, des étudiants, confrontés à des malades. Ils sont ces stagiaires embarrassés, à qui des patients inquiets vont parfois demander renseignements et soutien. Et ils ne savent pas quoi dire, et même ce qu’ils ont le droit de dire, eux qui sont sans savoir. Autrement dit, ce qui paraît important ici, c’est que l’étudiant qui joue le rôle du médecin dans nos cours, est dans la position de l’étudiant qui entre dans la chambre du malade à l’hôpital. Ils sont tous deux sans savoir face au patient. Tous deux, sans la protection du savoir. Tous deux, dans une certaine inquiétude quant à ce qu’ils vont dire. C’est ainsi que le jeu de rôle tel que nous le proposons aurait la capacité de mettre en scène la difficulté actuelle des étudiants dans leurs premiers contacts avec le patient. Une difficulté qui n’est pas abordée de front, comme ce serait le cas si nous demandions à ces étudiants de jouer une rencontre avec un des malades qu’ils ont vu, mais expérimenté en quelque sorte dans le déroulement même du processus pédagogique. De trop massive et difficilement abordable dans le premier cas, la résistance ne peut-elle ainsi devenir un des éléments sur lequel va porter le travail du groupe ? On le voit, il s’agit dans ce dispositif – ainsi que nous le demandait un étudiant de deuxième année — d’aider ces futurs praticiens à “être étudiants en médecine avant que de les aider à être médecin”. Ou plus précisément de les aider à être étudiants en médecine pour les aider à être médecin. Il s’agit, s’éloignant d’une proposition de modèles ou de conduites à tenir pour plus tard, de favoriser la capacité des étudiants à tirer profit de leur expérience actuelle. Ceci en leur permettant de considérer celle-ci non plus seulement sous l’angle du défaut qu’ils signalent (le non-savoir), mais comme une position utile au repérage des éléments de la dimension subjective en jeu dans la relation. Car ce qui est vécu par eux dans ces moments, n’est-ce pas cela même qui est en mouvement dans nombre de relations où un médecin va se trouver impliqué : que ce soit dans ces instants où le praticien ne peut plus tout à fait se réfugier derrière son savoir, ou accepte de ne plus s’y réfugier; ou dans ces temps où il peut rencontrer parfois l’inquiétude de ce qu’il va dire ? Ici l’espace de jeu, en ce qu’il est le lieu d’un “comme si”, c’est-à-dire un espace de distanciation et de créativité, nous apparaît comme le moyen d’un possible travail sur cette dimension subjective dont le reste des études médicales apprend plutôt à s’éloigner.
A partir de cela, nous voudrions maintenant revenir sur le dispositif qui, de manière pratique, est mis en œuvre dans cet enseignement.
 
LE DISPOSITIF D’ENSEIGNEMENT
 
 
Sur le plan pédagogique, nous abordons ce dernier temps de notre réflexion sous la contrainte d’un couple d’opposés. D’une part, nous avons été amenés à reconnaître l’intérêt de la référence à la situation actuelle des étudiants et même la nécessité de cette référence dans ce type de formation. Outre que cela va permettre l’expression des difficultés suscitées par les premiers contacts avec les malades, cela va surtout rendre possible un travail sur l’expérience vécue — condition nécessaire sans doute pour que l’implication personnelle soit questionnée suffisamment en profondeur et que se produise un véritable “changement de registre”.
D’autre part, nous devons aussi reconnaître la présence des résistances qui, s’incarnant dans cet appel réitéré au manque de savoir et d’expérience, ne manquent pas de surgir dès que l’on aborde les situations vécues personnellement par les étudiants.
Sous l’effet de ces forces contraires une nouvelle orientation nous est apparue comme pouvant se dessiner. Là, cessant de considérer les résistances dans leur négativité, il s’agissait pour nous de proposer des procédures permettant que celles-ci soient partiellement contournées et partiellement intégrées dans la pratique concrète d’un enseignement en faculté. Car si ces phénomènes peuvent venir contrarier le travail du groupe, nous avons vu qu’ils nous parlent aussi, et précisément, de ce sur quoi doit se porter notre attention : de la position relationnelle entre deux sujets, l’unmalade etl’autre, médecin en formation. Commentau niveau d’une pratiquepédagogique pouvons-nous articuler cela ?
Ici les solutions sont sans aucun doute multiples. En voici une, issue de notre expérience, que nous pouvons schématiser en trois moments.
  • Le début de chaque module est consacré à favoriser l’expression des étudiants sur leurs stages, sur cette actualité là, la leur. Un temps de parole qui dans le premier module concerne explicitement les réactions aux premiers contacts avec les patients, et qui lors de la première séance des jeux de rôles est suscité par une question qui y fait référence, par exemple : “vous entrez dans la chambre du malade, qu’est-ce qui se passe ?”. Ce temps est l’occasion d’une verbalisation du vécu, il est celui du recueil de ce qui, subjectivement, est mobilisé chez chaque étudiant dans la rencontre avec le patient et qui, dans le groupe, va faire trace ou mémoire.
  • Les situations amenées par les enseignants, que ce soit sous forme d’histoires cliniques ou de jeu de rôle, viennent en second, dès que la résistance s’exprime sous forme d’un arrêt des cas proposés par les étudiants. Issus de la pratique du médecin généraliste enseignant pour le premier module ou du pool de situations cliniques élaborées dans notre DER [2] pour le jeu de rôle, les cas viennent alors solliciter la réflexion et l’investissement subjectif des étudiants sur quelque chose qui, vécu par un autre, les touche moins directement.
  • Ces cas sont à considérer comme des inductions, permettant de susciter les réactions du groupe et de les travailler. Pour les différents binômes enseignants, les histoires utilisées ont le plus souvent la caractéristique d’être celles qui ont fortement mobilisé le soignant, ce qui évidemment, va participer à l’induction. Au cours de cette phase, “l’actualité en travail” n’est plus directement celle de la relation des étudiants avec leurs patients (point sur lequel s’est placé le vif de la résistance), mais celle du groupe et des interactions qui s’y développent à propos de la situation présentée. Ces cas sont proposés par écrit; un texte que nous distribuons aux étudiants, juste avant de les répartir en petits groupes de cinq personnes avec la consigne d’y réagir, d’en parler entre eux pendant quinze à vingt minutes, sans que nous soyons présents. C’est ainsi, nous semble-t-il, que les étudiants peuvent au mieux, car le plus librement, s’exprimer à la première personne et s’approprier les situations proposées. Puis, tous les étudiants sont réunis pour parler de ce qui vient d’être dit dans les petits groupes. Le fait que ces cas soient écrits permet que la relation de l’enseignant à son cas ne centre pas le travail du groupe mais que l’élaboration se fasse plutôt à partir des réactions des étudiants. Elle est aussi utile pour que l’enseignant puisse se concentrer sur le travail d’animation qui, dans cette phase, constitue l’essentiel de son activité. Ce n’est seulement qu’à la fin de la séance, une fois que de multiples pistes ont été dégagées par le groupe, que l’enseignant parlera éventuellement de ses propres réactions. Il convient enfin de préciser que la succession des situations abordées d’une séance à l’autre n’est pas définie à l’avance, mais dépend de ce qui s’est passé précédemment — donc de ce mélange fait des souvenirs des cours antérieurs, de ce que le binôme enseignant a perçu de l’évolution des étudiants et des effets inconscients qu’a produit sur lui le travail du groupe.
  • Tout au long de ce processus enfin, les enseignants ont la charge de solliciter une prise de conscience du lien existant entre ce qui surgit grâce au travail du groupe sur le cas et ce que les étudiants ont exprimé de leurs propres préoccupations et réactions face aux patients qu’ils ont rencontrés. La trace laissée par la (ou les) premières séances sera de ce fait au fil de l’enseignement, signalée ou réactivée. C’est ainsi qu’il nous est apparu possible, sans trop déstabiliser l’étudiant mais en l’impliquant suffisamment, sans mobiliser trop vivement les résistances mais sans s’y soumettre, de proposer cette formation à la relation à des étudiants en début de cursus.
C’est sur le plan pratique, par le moyen de cette alternance entre ce qui fait l’actualité du vécu des étudiants et ces cas venus des enseignants qui mobilisent le travail du groupe, que nous espérons atteindre dans cette formation ce “changement de registre” que Georges Canguilhem appelait de ses vœux.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  BALINT M. (1960). Le médecin son malade et la maladie. Paris, Petite bibliothèque Payot, 1978.
·  CANGHUILHEM G. (1968). Études d’histoire et de philosophie des sciences. Paris, Vrin, 1983.
·  EVEN G. (1998). Le groupe Balint et la formation à la relation de soin. Champ Psychosomatique, 14,41-48.
 
NOTES
 
[1]Réforme de la deuxième partie du deuxième cycle des études médicales. Le BO n°40,9 nov 2000
[2]Département d’Enseignement et de Recherche en Psychologie Médicale. Faculté de Médecine de Créteil – Paris XII
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