2001
Champ Psychosomatique
Les psychothérapies psychanalytiques de patients somatiques
Simone Valantin
Psychanalyste, 9 rue Émile Dubois – 75014 Paris
Les psychothérapies des patients somatiques sont fondées sur l’existence
de manifestations somatiques récurrentes. Une observation est proposée.
L’écoute des patients va de l’accompagnement passif à la mise en œuvre d’un
protocole psychanalytique proche de la cure-type. L’évolution historique de
ces psychothérapies montre un rapprochement avec le dispositif psychanalytique et le travail intra-psychique. Les aspects opérants de ce travail se trouvent non seulement du côté des aménagements techniques mais aussi du côté
du contretransfert.Mots-clés :
psychothérapie-psychanalytique, névrose actuelle, élabo- ration mentale, rêve, désorganisation, hystérie primaire, identification, cadre, passivité.
Psychanalytic psychotherapies are founded on somatic recurrent disorders.
A clinical case is described. Therapeutic can goe from « passive » listening to
psychoanalytic practice and intra-psychic working out. Historic evolution
takes a way nearer to psychoanalysis. The work can see technic arrangements
of the setting of type-cure and counter-transference.Keywords :
psychoanalytic-psychotherapy, actual neurosis, psychical working out, dreaming ansd sleeping, disruption, primary hysteria, iden- tification, setting, passivity.
Les demandes de thérapies sont fondées sur l’existence
récurrente de manifestations somatiques allant de
troubles chroniques, durables ou passagers de fonctions
vitales, de manifestations somatiques inexplicables ou résistantes
aux traitements médicamenteux, à des altérations graves
de fonctions viscérales, à des syndromes anxieux liés à des dérèglements
cellulaires ou hormonaux
[1]. L’écoute des patients va
de l’accompagnement « passif », à la mise en oeuvre d’une relation
partagée, à une traduction verbale des expressions du
langage du corps, à une retraduction d’un discours condensé et
opératoire, à une tentative de mise en oeuvre d’un protocole
psychanalytique proche de la cure-type.
La présence d’un objet thérapeutique et le dispositif du cadre
peuvent ouvrir au patient l’investissement de son corps et de ses
productions psychiques quasi gelées ou sidérées. Des mécanismes psychiques tels que projection et intériorisation peuvent
reprendre pour restaurer un narcissisme défaillant et un moi
désorganisé. La fonction onirique peut être réinvestie.
Un homme jeune est en psychothérapie depuis près de deux
ans. Il est atteint de recto-colite hémoragique grave depuis
quatre ans. Les crises se sont succédées à un rythme accéléré.
Un traitement médicamenteux lui est donné avec succès. Il doit
l’interrompre quelques mois pour donner ses chances à ce qu’il
appelle l’obligation d’être père. Cet impératif est familial et
conjugual. Ce n’est pas lui, c’est elle qui veut un enfant.
Les circonstances d’apparition de la maladie sont celles de
la mort d’un frère aîné et d’un retour en France après un séjour
à l’étranger où il hésitait sur bien des directions à donner à sa
vie, consommant alors des toxiques forts en grande quantité.
Tout porte à penser que le deuil psychique de ce frère n’est pas
engagé. Les seuls moments émotionnels sont liés à cette ombre
fraternelle. Il rapporte une scène-écran traumatique de son
enfance : son meilleur ami se fait empalé et meurt.
Il exerce un métier ouvert par un concours. Il reste encore
étonné de cette réussite. Son activité professionnelle le sollicite
beaucoup et semble exiger des capacités de synthèse, de diplomatie, de résistance à la pression extérieure qu’il se dit posséder amplement bien que la complexité grandissante des dossiers le submerge de plus en plus. Il n’évoquera que tard et
comme en passant l’éventuelle fragilité de ses compétences professionnelles.
La mise en place de la psychothérapie est difficile. Elle le
restera.
Ce n’est qu’au bout d’un long travail de construction du
cadre et de multiples péripéties qu’un lien de confiance
d’ailleurs assez pauvre semble pouvoir exister.
La suite de la thérapie le prouvera. Après une période relativement bonne, la relation deviendra haineuse et difficile,
comme on l’expérimente dans les névroses de caractère ou
lorsque les liens à l’objet primaire freinent la circulation des
affects et des représentations.
Les idéaux familiaux et maternels sont écrasants et chaque
séance fait l’objet d’un mouvement quasi destructeur de notre
travail comme si sa mère et sa femme, tenues au courant,
jouaient à la maison un conflit entre elles, à son sujet et à sa
place. Lui, ne peut ni vivre, ni exprimer ce conflit sauf à détruire
son moi-corps et le travail psychothérapique.
Il combat les exigences du cadre : demandes impérieuses et
tardives de changement d’heure de la séance, discussions réitérées sur les conditions du paiement. Il part en vacances en plein
mois de Mars, je disparais donc de sa vie comme lui de la vie
parisienne. Il revient libre de toute dette. Il entre dans un bureau
« qui sent mauvais », il faudrait ouvrir la fenêtre, faire partir le
patient précédent plus tôt. Il vérifie la qualité du parfum d’ambiance, vérifie sa marque et s’assied avec soulagement quand
il a identifié une odeur-et une marque- qui lui conviennent. Il
vérifie que rien dans le bureau où je le reçois n’a changé. Il
passe en revue les objets, évaluant d’un regard leur ancienneté
et leur possible prix.
L’assaut contre le cadre est porté à tout moment : moqueries
contre les psychanalystes, excitation dès qu’il peut avoir eu
connaissance de l’existence d’aucun parmi ses amis, solidarité
confuse avec les médias, propos négatifs rapportés par les personnes de sa famille, familiarité difficilement contrôlée, rires
et regards dragueurs. Il offre ce qu’on peut appeler une fausse
facilité de relations. La cuirasse caractérielle est épaisse, les
résistances fortes sous une apparente facilité.
Les défenses obsessionnelles et anales sont présentes et
rigides. On pourrait retrouver chez lui la triade freudienne :
ordre/parcimonie/obstination. On est devant l’évidence d’une
problématique anale avec ses renversements de valeur : l’objet
anal est aussi précieux. Il évoque des angoisses de désordre, de
saleté, de brisure portent sur des bibelots, des objets matériels.
Sa femme serait responsable de ces dégats. Chaque manquement entrainerait une bouderie de sa part des week-ends entiers.
La problématique anale ordinaire est compliquée du fait que
le contenant anal est en lambeaux et a perdu son caractère
séparateur et « moulant » de la pensée. Rien ne prend forme et
ne s’élabore. L’actuel, le factuel et le réactionnel dominent.
Nous sommes devant le tableau d’une névrose fixée à un objet
anal, ante-oedipien, prégénital, avec des troubles de la pensée
et de la sublimation. Nous nous confrontons à une difficulté
d’accès à la génitalité avec une somatisation grave.
Pas de témoignage de vie onirique : aucun espace de satisfaction hallucinatoire par le rêve n’est possible.
Le patient évoque le plaisir de l’évacuation provoqué par sa
maladie. De chaque nouvelle crise, il garde des bénéfices autoérotiques et les douleurs abdominales ont beau être intenses, il
reste une sensation de satisfaction venant de ce vidage.
Tous les signes de ce que l’on connaît de l’analité primaire
sont là. Des séances entières à évoquer les délices de l’alimentation maternelle. Il emmène tous les jours au bureau à
longueur d’années ce que le « dévouement » maternel a préparé.
Pas de désirs autres : il avale le désir de l’autre.
Des changements depuis que nous travaillons ensemble sur
sa somatisation, dans ce trafic alimentaire en boucle ? Aucun.
L’attachement à la mère et ses repas est total. Il lui reproche en
clivage, par contre, son manque de soins quand il était très
jeune enfant. Il lui reproche sa phobie de toucher les bébés. Il
lui reproche des abandons au moment des vacances.
Le narcissisme négatif est fixé sur une représentation écran :
sa mère ne pouvait toucher ses fils juste après leurs naissances.
Il garde l’impression chaotique d’une hyper protection maternelle et d’un abandon précoce et imprévisible.
La dépression semble apparaître. La pensée de son frère
mort le fait pleurer mais ses capacités à élaborer l’absence sont
incertaines. Il reprend ses obsessions pour un oui ou un non. Ce
ne sont pas les pensées bizarres de « l’homme aux rats » ni ses
rituels pour contrer l’angoisse. Ce sont des interdits et des blocages qui surgissent de manière imprévisible. Son rapport à
l’environnement, la lumière, le beau temps, le mauvais temps
est intense comme s’il était sans peau et sans « pare-excitant »
au sens propre.
Ce sont des positions paradoxales répondant en miroir à
des positions paradoxales parentales. L’agressivité contre la
« mère de la sollicitude » et l’attente impatiente de ses dons
alimentaires obligés se croisent. La satisfaction orale est vécue
comme une relation d’emprise obligeant le sujet à restituer la
nourriture dans les plus brefs délais et sous les formes les plus
délabrées. On reconnaît la confusion orale/anale. On peut aussi
faire mention de la transformation économique sans médiations ni intermédiaires entre le flux oral et le flux anal. La
quantité résultant de cette confusion ou propre à chaque flux
est énorme et indifférenciée.
Un fait psychique supplémentaire est celui du mépris de la
valeur des objets. À commencer par lui. Il va être père. Je ne
peux m’étendre sur les circonstances de ce rapport à la génitalité : mais le désir d’enfant, ce n’est pas lui, c’est elle. L’écart
temporel très réduit et périlleux entre l’arrêt des médicaments
et la conception, c’est elle, pas lui. Les recommandations médicales n’ont pas été suivies : ce n’est pas lui, c’est elle. Le
sevrage médicamenteux n’a pas été respecté : qu’importe, ce
n’est pas lui, c’est elle. Elle avortera si « ça ne va pas ». Il ne
pourrait supporter autre chose. Il imposera sa religion. Il faudra qu’elle choisisse son camp. C’était une des conditions du
mariage, dit-il !
Que ces signes renvoient à un narcissisme très précocement
blessé et très altéré est évident mais force est de laisser de côté
l’hypothèse d’une névrose de caractère habituelle et de rentrer
dans une autre catégorie que celle d’une névrose anale et d’une
« analité primaire ». Il faut tenir compte de sa quantité d’agressivité, de son sadisme comportemental, de sa destructivité
désincarnée, de son objectalité absente qui relèvent d’une incapacité de régression et de sa fixation au stade anal. Il faut tenir
compte des défaillances subjectives et des attaques au cadre.
Le narcissisme est fixé dans son cas sur les représentationécrans. Il garde l’impression chaotique d’une hyper protectionmaternelle et d’un brusque abandon précoce et imprévisible
maternel.
La dépression semble apparaître mais pour autant un transfert haineux se manifeste, en clivage. Il reprend ses obsessions
anales pour un oui ou un non. Ce n’est pas la pensée bizarre de
« l’homme aux rats » ni ses rituels pour contrer l’angoisse. Ressentant ses impuissances devant l’omnipotence objectale et son
emprise sur lui, il déteste, hait, proteste, prend l’analyste pour
un objet à sadiser brutalement avec une menace permanente de
le rejeter totalement et pour toujours. L’idée vient d’une dépression profonde peut-être essentielle alliée à celle d’une mélancolie sans la subjectivité aliénée de celle-ci.
Nous sommes dans la réalité, dans la corporéité anale et
orale, dans l’absence fantasmatique, nous collons au réel. Tout
psychanalyste connaît ce type de pathologie entre névrose de
caractère, caractère anal, dépressivité, symptômes corporels
avec les difficultés d’un transfert haineux et opposant projeté
violemment sur l’analyste. Le déni de castration souligne l’appartenance du patient aux pathologies de l’analité primaire,
avec la carence ou l’absence d’un masochisme qui aurait pu
permettre une certaine tolérance à la souffrance, à l’attente. Il
a peur du dehors et des autres avec un sentiment d’empiètement
constant de son moi.
Je serais prête à l’agresser. Il le sent, il le sait. Il peut lire
dans mes pensées. Il connait mes pensées. Toute référence
neutre ou distante n’est pas possible. L’Œdipe est chez lui une
structure abrasée au bénéfice de cette mère omniprésente, toute
puissante. Le père apparaît écrasé, lointain et castré. L’idée
d’une dépression profonde s’allie à l’idée d’une mélancolie
avec l’ombre d’un objet tombant sur le moi, mais sans la sub-jectivité aliénée du mélancolique.
Changer de technique et penser désormais pathologie psychosomatique à cause de la destructivité du soma, s’imposent.
L’absence de refoulement et de rétention et la présence de la
répression des représentations affectives, la désorganisation
émotionnelle brutale, la projection des objets mauvais renvoient à une situation grave de carence relationnelle, représentative et affective altérant le rapport entre soma et psyché.
Défaillance du double étayage entre pulsions d’autoconservation et pulsions sexuelles. La notion de mauvaise gérance
maternelle ne cesse de m’occuper.
Il devrait susciter chez moi une certaine identification à sa
souffrance, à ses difficultés. La resexualisation de certains éléments de la psychothérapie nous sortirait peut-être de l’engluement de l’objet maternel. Je me rapproche de la théorie. Je
serre les boulons du cadre. Ressentant son impuissance devant
l’omnipotence maternelle et son emprise sur lui, tout en sentant
qu’il risque de perdre son bouclier défensif, il déteste, hait, proteste, prend l’analyste pour un objet à sadiser brutalement avec
une menace permanente de le rejeter totalement et lui avec et
pour toujours.
J’avais ressenti cette possibilité identificatoire hystérique
les premiers mois de la thérapie. J’étais assez optimiste voyant
ses symptômes somatiques diminuer d’ampleur et d’intensité.
Son entrée dans la vie conjugale pouvait être prise pour un
signe positif.
Mais depuis l’annonce de la future naissance, beaucoup de
choses se sont exaspérées : angoisses, dépendance à sa mère,
hystérisations soudaines, sentiments d’agression, réactivation
des traumas, augmentation de l’excitation.
Comment aller plus loin ? Le conscient et le pré-conscient
sont clôturés sur eux-mêmes. La souffrance psychique est là,
mais l’élaboration en est impossible.
Se sont manifestés chez moi des mouvements contre-trans-férentiels. Le déni de sa paternité m’inquiète : l’angoisse du « je
pourrais mieux faire » et le sentiment d’une étrangeté devant son
narcissisme exaspéré m’habitent. Je ressens à chaque séance
la lassitude des batailles pour le maintien du cadre, devant sa
défiance et son défi. Je vis l’inquiétude du « je sens que mes crises
reviennent » qui s’annonce comme une demande d’aide dont il
ne veut pas. J’étouffe de colère devant ses évitements de représentations sur l’enfant à naître. Je me sens devenir difficile en
écoutant ses plaintes sur les contraintes de vacances, de saleté,
de dépenses à venir que l’enfant va entraîner. Son analité se
déchaîne contre un grand père pauvre et malade, parent par
alliance, qui a besoin de quelque argent pour se soigner… C’est
un jeu défensif contre des affects et contre moi. Est-ce la peur
des représailles maternelles ou de l’abandon qu’il redoute et
attend de moi qui réactive ses angoisses ? Est-ce l’attachement
à l’objet primaire dont il sent diminuer l’intensité ou sa destructivité qui diminue qui l’affole ?
Le mouvement contre-transférentiel qui m’habite s’exaspère
de la représentation d’un nourrisson insatiable et insatisfait.
Est-ce une protestation de ma part contre le lien primitif et mortel qui lie les protagonistes de la situation au dedans et au
dehors ? J’accepte ma difficulté. J’accepte le négatif de son
organisation psychique, son négatif. Je suis, comme l’a dit Winnicott, non seulement une analyste-toilette mais une mère qui
doit supporter les « excreta » somatiques et psychiques d’un
enfant rageur.
Je guette une pensée réflexive ou critique chez lui, une identification maternelle ou paternelle au bébé, pas de sublimation,
pas de rêves, pas de fantasme, pas d’espace intérieur. Il est en
grand désarroi. Des réminiscences pénibles de la mort du frère,
un préconscient occupé par des paroles quasi testamentaires
de celui-ci… contre une mère « meurtrière » l’empêchent d’entreprendre le deuil fraternel.
Les signes psychiques me font plutôt penser à une dépression essentielle accompagnée de vie opératoire. Son moi se
dégagera très lentement de l’objet maternel lui-même endeuillé
de la mort d’un frère et d’un fils : à mère entre deuil et mélancolie, fils déprimé et opératoire.
Je lutte contre la banalisation de la situation psychothérapeutique dans laquelle son moi phobique de tout travail psychique m’entraînerait. J’entends banalisation comme un mouvement raplatissant tout sens, tout affect. C’est un écrasement,
une projection au dehors de ses fantasmes et angoisses. ll n’y
a pas d’appropriation personnelle ni d’introjection.
Le recours à la technique et à la théorie, bref au savoir sur
la thérapie des cas somatiques me paraît utile pour échapper
à mon contre-transfert négatif, supporter les frustrations,
rendre moins forte mon irritation, me dédoubler.
Comment arriver à supporter son omnipotence, son
orgueil et son désir, sa confusion et son contre-investissement
généralisé de ce qui serait son non-moi et son moi ? Comment
travailler avec un tel désinvestissement des objets, un déni du
double-sens des mots, une telle ambivalence ?
Pourrais-je par la présence du cadre résister à son désir de
chaos, à sa destructivité, à son ignorance de l’inconscient ?
Inutile de dire que toute tentative d’incitation à réfléchir et
prendre retrait est vouée à l’échec. Il aime les conflits, les dissensions, les bagarres.
Je suis souvent découragée. À un petit progrès succède un
retour à une relation d’emprise, une mise en latence, une reprise
des conduites de la semaine précédente, aussi vigoureusement
et violemment que la semaine précédente.
Il se rend cependant compte d’une excitation chez lui qui le
saisit à chaque pression de la réalité. Il tente sporadiquement
une auto-observation sur son corps, une appréciation de ses
conflits. Je pense à une élaboration secondaire très intense ou
une représentation par le contraire. Sa dernière bagarre avec
moi au sujet du paiement d’une séance déclenche une réaction
très violente. Le transfert haineux se développe contre moi et à
travers moi, à l’idée d’une différence ou d’un désaccord.
De quel côté le bilan s’annonce-t-il positif malgré tout ?
Pas de crises de recto-colite depuis un an, obéissance (enfin)
au protocole médical d’investigation qui montre un bon état des
muqueuses. Il revient, je tiens, je perçois une tentative de névrotisation dans des rapports aux autres quand il rapporte des querelles ou des discussions avec sa femme et ceci grâce à sa
névrose à elle. Il tolère sans crises somatiques la perte du merveilleux objet anal, investi dans une vieille voiture de collection.
La voiture a été volée. Elle servait à l’amener chez moi le jour
de sa séance ! Il s’en servait comme d’un lieu protégé, mais il
ne donne aucun sens à cette possession et cette perte brutale.
Il se refuse à toute élaboration. Il est opératoire. La voiture n’est
pas un objet symbolisable, ni « une niche psychique » l’abritant
symboliquement et symptomatiquement. C’est une voiture.
[2]
La perte en est profondément ressentie, durablement
évoquée. Il n’y a pas de déplacement mais l’idée d’une substitution à l’identique. C’était un rêve de son enfance. La question
se pose pour lui : comment remplacer et non comment accepter
la perte ?
Dans ses oscillations que les psychosomaticiens qualifieraient de mentalisation incertaine et de désorganisation psychosomatique, on reconnaît des changements économiques
de faible amplitude.
[3] Les transformations sont timides.
D’autres parleraient du blanc de la pensée ou d’une phobie
de penser. Nous parlerons d’une dépression où l’objet interne primaire se trouve introjecté sur le mode du surmoi. Faut-il choisir entre l’introjection expulsive ou la projection intériorisée de cet objet ? En tous cas, le patient en tant que sujet
est déserté et fait désespérément appel à une mère qui ne le
toucherait pas. Elle le remplirait et elle le viderait. Il la hait
pour se garder en vie.
La filiation psychanalytique de l’approche des patients
somatiques a mis quelques années à se constituer : l’écart entre
ces patients et les névrosés est dénié puis l’affirmation progressive et contestée de la spécificité voire de la particularité de
leur fonctionnement mental observé par des « psychosomaticiens ». On parvient aujourd’hui à une conception donnant un
accès à la psychanalyse et aux psychanalystes. Le champ
s’étend. Le fonctionnement mental des patients psychosomatiques s’autorise d’un rapprochement avec la névrose traumatique. L’identité psychanalytique de l’approche des patients
somatiques semble acquise et on parle aujourd’hui de psychanalyse des processus de somatisation.
Un saut épistémologique et historique : on évoque en 1963
à l’époque où se précise le fonctionnement mental déficitaire
des malades somatiques, l’abaissement du « tonus de vie à l’état
pur » et bientôt la nécessité de se référer au principe économique de la métapsychologie freudienne comme principe de
transformation pour procéder à la compréhension et au traitement de l’écrasement des formes psychiques. Des particularités
concernant le langage, les affects, les relations précoces avec
l’objet primordial vont être identifiées : chez les uns du factuel,
du ligoté à la réalité, de l’actuel chez les autres.
Le psychanalyste de la cure traditionnelle et de l’idéal psychanalytique pur se juge inopérant.
Des interprétations déclenchant angoisses de castration et de
mort, développant un sentiment d’inachèvement parce qu’elles
s’adressent à une psyché plus achevée, confirment l’inaptitude
de la cure-type et l’inadéquation du commentaire de niveau
génital. L’interrogation des cliniciens bute sur la présence de
quelque chose d’opaque et d’opacifié qui empêche la libre circulation des affects et des représentations.
On parle aujourd’hui de la somatisation comme d’un destin
pulsionnel de plus. Même si cette formule peut être discutée,
elle illustre la part irréversible de la somatisation dans l’édifice
de la psychanalyse. Le langage a changé : il est désormais question de déliaison de l’unité psychosomatique.
Depuis le début de leur pratique les psychothérapies pour
patients somatiques ont suivi plusieurs directions : l’absence à
cause du retrait du fonctionnement psychique, la ressemblance
avec la psychanalyse des névrosés, la spécificité et la relation
à une technique particulière à cause d’un effacement des productions psychiques et fantasmatiques.
Il s’agit donc d’une énigme de la pensée et d’une question
à la théorie freudienne par l’impossibilité d’emprunter des voies
psychiques longues, par l’éconduction brutale des affects, le
seuil de « psychisation » inatteignable, la prééminence de l’hallucinatoire sur le représentatif, l’adhésion au perceptif.
Freud propose en effet la névrose actuelle à côté des psychonévroses de défense, hystérie et névrose de contrainte :
contrepoint de ces « perles », un grain de sable se trouve être la
névrose actuelle, contemporaine du schéma de l’appareil psychique du « Conte d’Hiver » et du « Bien fondé de la séparation
de la neurasthénie et de la névrose d’angoisse (1895)». Dans les
névroses actuelles, les affects sont éconduits ou peuvent demeurer flottants, devenir envahissants ou se couper d’une possible
conscience. Le patient ne se plaint plus de rien, pas même d’être
malade. Les affects sont réprimés et coupés des représentations.
Citons Freud : « Dans toute une série de cas, la névrose d’angoisse va de pair avec la diminution la plus nette de la libido
sexuelle, du désir psychique, si bien que les malades, lorsqu’on
leur révèle que leur souffrance provient d’une satisfaction insuffisante répondent régulièrement que c’est impossible, que justement tout désir s’est éteint en eux » (1895).
Des états somatiques peuvent apparaître étant donné le
mésusage de la libido : des investissements contradictoires et
brouillés auto-conservatif et libidinal sont possibles. Des
organes du corps se mettent à dysfonctionner. Il n’y a pas de rapport à l’infantile, pas d’accessibilité par l’après-coup à ce
moment sexuel pré-sexuel précédant la phase de latence, il n’y
a qu’une résonance actuelle à des événements extérieurs au
sujet malade. Pas d’accès à la névrose, pas de mouvements pulsionnels sublimatoires. Plus tard, quand viendra la systématisation de l’approche psychanalytique, les cas somatiques seront
cuivre et même plomb. Il n’y a pas de travail particulier autour
de la somatisation dans l’œuvre freudienne, même si soma et
psyché constituent dans leur rapport un problème permanent !
Pas un mot, à peine est-il question d’une maladie et pourtant
1923 est l’année de la découverte du cancer de la mâchoire de
Freud.
Un S. Ferenczi souffreteux s’intéresse à la névrose d’organe,
comme V. Tausk. Ferenczi mourra dix ans plus tard d’une anémie pernicieuse. Groddeck propose le ça, sorte d’ensemble vide
qui est à la source du pan-sexualisme psychique et somatique.
Leurs ouvrages parlent quant à eux, du corps et du corps malade.
Tout fait sens et trop de sens. Trop de sens comme si la leçon
freudienne de la névrose actuelle était prise à rebours.
Autour des années 30, une génération de psychanalystes
américains (F. Alexander, F. Deutsch, O. Fenichel) travaille à
la concordance entre faits psychiques et maladies organiques.
La névrose d’organe, la répression chronique des affects et des
émotions sont les sources théoriques de la médecine psycho-somatique. Alexander recherche une correspondance entre
manifestations du psychisme et dysfonctionnements physiologiques. Chaque trouble émotionnel s’exprime par un syndrome physiopathologique spécifique. Trois axes : incorporation, rétention et expulsion sont choisis pour montrer la concordance des troubles somatiques et des troubles psychiques. Des
profils prédictifs expriment cette cohérence. Dès qu’un symptôme ou une maladie somatiques apparaissent, ils ont un plus
de sens phylogénétique et archaïque. « La maladie comme
métaphore » dira plus tard Susan Sontag, qui a lu Groddeck et
les psychanalystes de Chicago. Le traitement psychanalytique
reste identique à celui qui est utilisé pour la névrose. Tout porte
à la reconnaissance des particularités du développement psychosexuel mais rien ne change dans la technique et l’approche
psychanalytique.
L’ÉVOLUTION DES PSYCHOTHÉRAPIES
Le point de vue psychosomatique a pourtant conquis un terrain. Les entretiens cliniques et les investigations prennent en
compte les somatisations dans l’anamnèse. Un point de vue
théorique même s’il est considéré comme simpliste est mis en
œuvre.
C’est au cours des années 60 que les particularités du fonctionnement mental des patients somatiques sont reconnues
autant dans le prescriptif d’un traitement que dans son dispositif. C’est l’éloignement des psychothérapies non de la source
du problème mais de la pratique psychanalytique. Plusieurs faits
convergent de différents horizons psychopathologiques.
Des modalités de pensée, des modalités le langage, des
modalités de la vie onirique et du transfert sont repérées : vie
opératoire, mentalisation incertaine, désorganisation, répression au lieu de refoulement.
C’est à cette époque que la vie opératoire est « inventée »
(Marty), que le symptôme somatique est déclaré « bête » (De
M’Uzan, 1963). Ils ferment la voie au surplus de sens de la
génération antérieure. On retrouve le vide fantasmatique de la
névrose actuelle de Freud.
L’hypothèse majeure est celle d’une coupure du moi avec
l’inconscient qui contient les forces vives et motrices de la psyché. Le constat d’une fragilité du préconscient chez les patients
somatiques corrobore une quantité de faits.
En ce qui concerne la théorisation de ce fonctionnement non
névrotique, elle se fait avec le « premier Freud » de la période
pré-psychanalytique et de la première topique. La seconde
topique ne sera intégrée que plus tard.
La cure-type subit des aménagements. Mais l’approche des
patients somatiques et des modifications de la technique déterminent plus d’un analyste à se garder de proposer aux patients
somatiques, le divan. Bientôt ce qui passe pour un sous-produit
de la technique et de la cure-type méritera une plus grande attention et une reconnaissance de ceux là même qui méprisait ce travail. Il sera jugé difficile aussi complexe et efficace que le travail de la cure allongée.
Il faudra attendre pour que le face à face, la perception
visuelle de l’analyste, l’échange de la parole, les particularités
des expressions affectives et des régressions aient fait la preuve
qu’ils apportent une connaissance valable de la régression psychique, de la vie onirique, des états traumatiques, des effets de
carence relationnelle précoce, du masochisme pour que cette
voie d’exploration de la psyché soit acceptée. Le défaut d’expressivité psychique du symptôme, le retrait et l’écrasement du
fonctionnement mental, la facilité aux expressions comportementales et motrices, la prééminence de la figurabilité sur le
représentatif vont devenir des indices d’une autre organisation
que l’organisation névrotique, psychotique ou cas-limite.
Le moment important de cette évolution vers la spécificité
est la mise en question de la cure-type. Rien de ce qui est attendu
avec cette technique ne se produit. La cure-type est pour certains
psychanalystes un idéal à atteindre sur le plan clinique et pratique. Ce que l’on attend chez les névrosés est référé aux vestiges de la névrose infantile. La cure parlée s’adresse à des
patients dont les représentations inconscientes et préconscientes
sont censées circuler librement dans la psyché au fur et à mesure
que la cure se déroule. L’hypothèse est celle de la présence d’un
moi interprétatif, d’un surmoi opérant ni trop ni pas assez, d’une
temporalité en deux temps et d’après coups auto-interprétatifs.
La soumission à l’exigence du cadre ou du setting, la neutralité
de l’analyste, la reconstruction et l’élaboration du roman familial, l’installation d’une névrose de transfert, la construction
interprétative, la levée du refoulement, la survenue d’insights
et d’idées incidentes pendant la séance font partie du tableau.
La cure-type s’étaye sur le rapport du sommeil et du rêve et
sur la distinction entre satisfaction du narcissisme corporel et
maintien des pulsions d’auto-conservation. Le rêve est gardien
du sommeil et vigile de l’unité psychosomatique. L’interprétation par l’enchaînement associatif mène progressivement à un
noyau de représentations inconscientes excitantes. Par le transfert l’ensemble pulsionnel mobilise ses objets infantiles œdipiens à travers l’analyste. Le travail élaboratif délie les représentations et permet de nouvelles liaisons. Opérations de liaison, de déliaison et de reliaison dénouent et renouent des nœuds
psychiques aux carrefours de signifiants.
Les somatisations sont dans ce contexte incongrues, inattendues, et considérées comme des symptômes conversionnels
accidentels. Le travail sur les représentations-choses inscrites
dans le corps est sensé se faire par et dans le transfert. Une somatisation devrait entraîner l’exploration plus approfondie des
structures prégénitales et de leur étayage ou faire que l’analyse
se préoccupe d’une défaillance de l’élaboration. Le questionnement de l’analyste devrait s’imposer. Mais la résistance est
grande et des analyses particulièrement silencieuses, sur le
modèle d’une cure-type fabriquent encore des malades somatiques graves. Une somatisation peut éclater quand la névrose
a perdu ses capacités à arrêter la pulsionnalité sur le plan psychique et à la « faire travailler ».
[4] Quand il y a blocage ou arrêt
de l’attaque pulsionnelle, la somatisation disparait.
Hypothèses des psychanalystes pour expliquer les restes
somatiques : des fantasmes archaïques irreprésentables ou à
la limite de la représentation, une prééminence des structures
prégénitales et de leurs fixations. Les idées convergent : à
cette époque des spécificités diagnostiques chez certains
patients en état traumatique ou post-traumatique sont évoquées par d’autres auteurs. L’une concerne l’utilisation du
langage pour identifier et exprimer des sentiments actuels et
passés et se nomme alexithymie (1963). Est-ce une mesure
de défense pour assurer sa survie ? Un usage excessif de
mécanismes de déni et de régression ? Une perte d’expression affective ? P.E. Sifnéos avance que les seules interventions thérapeutiques possibles, se rapportent à des techniques
de soutien tenant compte des déficits affectifs et langagiers
autant que du retrait social des patients. Sifnéos déconseillera un traitement psychothérapique intrapsychique au profit
d’interventions de groupe sur un axe inter ou extra-subjectif.
Ces jeux de relations permettrait aux patients de faire des
comparaisons entre réactions et connaissance de soi !
Cette entrée de l’alexithymie dans les tableaux nosographiques permet aux psychanalystes de la seconde génération et
à ceux des États-Unis, de réfléchir sur une clinique et des interventions psychothérapeutiques différentes de la cure-type.
À cette époque aussi, une interprétation psychanalytique des
maladies précoces et chroniques de l’enfant va au devant de la
pensée d’une particularité de fonctionnement. Au rejet primaire
passif puis actif de la mère, à la sollicitude primaire anxieuse,
à l’hostilité déguisée en angoisse, à l’oscillation rapide entre
gâterie et hostilité agressive, à des sautes d’humeur cycliques
et à une hostilité consciemment compensée de la mère, on
trouve des correspondances dans le soma-psyché du bébé :
coma, vomissements, maladies respiratoires du nouveau né,
coliques du premier trimestre, eczéma infantile, hypermotilité
et balancement, jeux fécaux, agressivité hyperthymique suivent
les manques maternels.
Un pas de plus est fait quand la clinique psychosomatique
du jeune enfant se tourne vers la défaillance des organisateurs
du moi dont R. Spitz est le théoricien. Une attention particulière
est donnée à l’angoisse de la fin de la première année.
La technique thérapeutique se modifie à la suite de ces
observations. Elle vise à ouvrir le monde intérieur clos du
patient fermé au monde extérieur et aux objets réels. L’activité
transférentielle consistant dans la projection du système intrapsychique clos des constellations du moi à partir des objets partiels, elle vise à ouvrir le monde intérieur aux objets réels et à
amener la psyché à fonctionner en circuit ouvert, puisque le
maniement de l’objet interne lui est impossible.
OÙ EN SOMMES NOUS AUJOURD’HUI ?
L’écart des psychothérapies et de la cure type après avoir été
consommé laisse la place à une mise en commun de points de
vue psychanalytique et psychothérapique. Le positif psychique
de la névrose recouvre un négatif. La somatisation et les
troubles psychiques qui lui sont liés deviennent plus visibles.
D’autres pathologies se révèlent concernées de la même façon :
cas limites, situation de détresse infantile, névrose traumatique.
Les investigations de patients somatiques portent sur des
modalités de vie, des capacités à investir les objets, des possibilités de régression, des potentialités d’intérêt pour soi. Elles
explorent la vie somatique, psychique, sexuelle actuelle, la
sexualité infantile et les après-coups. On pratique un questionnement approfondi des événements de privation et de carence
de la petite enfance, un examen serré des deuils précoces, une
appréciation de la quantité d’apports libidinaux, une observation des mouvements d’investissement et de désinvestissement,
de contre-investissement des objets, des recherches sur la capacité de trouver des apaisements, sur les sublimations, la capacité d’élaboration après-coup.
Une sémiologie est avancée : dépression essentielle et vie
opératoire vont de pair. D’autres signes : déni de réalité d’une
auto-perception, manque d’affects liés aux représentations,
manque de langage personnel et d’auto-observation, manque de
récit historicisant, manque de mémoire, manque de repères,
manque d’identité, part exagérée du consensus social et langagier dans la psyché. Le narratif des événements personnels, des
traumas familiaux est marqué d’indifférence et de neutralité
voire d’évanescence.
Le masochisme moral peut-il en rendre compte ? Non. Le
masochisme érogène ? Non. Rien du plaisir paradoxal de ces
masochismes. On observe une désappropriation, un investissement prégénital aux objets, une certaine qualité de dépression
sans mots et sans affects, une référence à la motricité, une relation transitive à l’autre (dans la réduplication projective), une
référence manquante à la vie onirique. L’exclusion d’une référence au tiers ou à l’autre est symptomatique.
Sur le plan de la technique, du côté du psychanalyste ce n’est
pas le silence, le saut dans l’inconnu, le risque de dépersonnalisation de la séance sans repères sensorio-moteurs autres que
ceux du corps propre, mais un décompte point par point très
concret. Pas d’attention flottante ni de neutralité bienveillante,
de l’intérêt soutenu. Cette vigilance est due au fait que la symptomatologie ne s’appuie pas à l’étape de l’investigation ni du
traitement sur des formes pleines ou visibles mais sur des modalités négatives d’existence et de carences antérieures. Il faut les
saisir « hic et nunc ».
Un intérêt particulier est porté à ce qu’on peut nommer
l’unité psychosomatique en relation avec la mère, à savoir comment les premiers investissements corporels maternels ont pu
installer les bases fondamentales de la vie psychique. Rêveries
et interprétations précoces maternelles investissant le corps de
l’enfant mettent précocement en place les défenses psychiques
protégeant le soma.
La fonction onirique dont les altérations passagères ou chroniques peuvent se traduire en symptômes somatiques mérite
malgré sa disqualification contemporaine par rapport à l’analyse du transfert, une attention. Le rêve est remplacé par des
manifestations somatiques qui peuvent aller du visible au quasi
imperceptible, de réactions humorales en sécrétions silencieuses. Un caractère leur est spécifique : celui d’une apparition
nocturne. Au matin, après une nuit de sommeil, ces dysfonctionnements circulatoires, secrétoires s’effacent plus ou moins
avec l’activité motrice, les tâches journalières.
Apparaissent à la place du rêve : l’hyper-tension sanguine,
l’ulcération des muqueuses, les crises d’asthme. Ils ont valeur
d’équivalent onirique.
Chez les patients somatiques, les rêves manquent ou sont
infiltrés de réalité; les pensées latentes sont absentes, les matériaux crus, sexuels, morcelés. Les expériences internes de satisfaction hallucinatoire sont rares ou absentes. La vie fantasmatique est pauvre au profit d’expressions motrices et comportementales. Dans le détail de l’apparition des rêves on constate
des altérations telles la répétition d’un thème, d’un détail, d’un
mode selon les formes habituelles de la névrose traumatique, un
excès d’images témoignant d’un faible arrimage à l’inconscient. Les altérations de la vie hallucinée peuvent se manifester
par excès ou par défaut. Rêves trop longs ou rêves trop courts,
rêves crus ou rêves en morceaux, rêves statiques et apparaissant
comme étranges et rares retiennent l’attention du thérapeute.
Il ne peut y avoir certes de sémiologie du rêve mais une vigilance quant au mouvement qui conduit à la disparition du rêve
et à sa réapparition éventuelle. Des passages au comportement
dans le rêve malgré le suspens de la motricité, des capacités
réduites d’élaboration et de synthèse à distance de ses objets et
non dans le stock d’objets signifiants.
Le rêve protège le sommeil en offrant un accomplissement
hallucinatoire au désir inconscient. Il compense la frustration
de la veille, bloque l’émergence perturbante du désir qui ne peut
être contre-investi durant le sommeil. Les angoisses archaïques
perdent leurs caractères traumatiques. Inversement le scénario
du rêve peut comporter des maladies et des douleurs attribuées
au rêveur et aux personnages du rêve. Ces rêves ont une valeur
intégrative de la fantasmatique du corps. Ils apportent alors soulagement et apaisement psychiques.
Dans un cas de dystonie psychogène, par exemple, où la
contracture des muscles du squelette est très forte et entraîne une
consommation du sucre sanguin, les rêves ont une tonalité
symptomatique : pendant le sommeil, le patient est gelé par la
terreur et la respiration est mobilisée contre le spasme musculaire. Dans ce cas, l’interprétation en termes de cauchemar doit
son origine à une personnification du spasme musculaire.
Dans l’exemple donné plus haut, les altérations de la vie hallucinatoire étaient colmatées par l’addiction de substances
toxiques hallucinogènes mais elles sont symptomatiques
durables.
Dans un autre cas, la somatisation survient mais l’activité
onirique facilitée par la place de la séance dans la semaine permet de penser à une résolution par la reprise d’une activité hallucinatoire et la satisfaction du désir, fort élaboré d’ailleurs.
Une femme est en psychothérapie depuis trois ans. Une analyse classique de cinq ans a précédé le travail de psychothérapie en face à face qu’il me paraissait important de préconiser.
C’est d’un certain point de vue un cas difficile, tant sur le plan
psychique que somatique. Un état traumatique survient sur un
fond dépressif entraînant un état de sidération. Il s’agit de la
perte brutale d’un texte écrit et devant être publié (maléfices
d’un ordinateur défaillant). Cet acte manqué l’atteint de plein
fouet. Un effondrement de ses défenses immunitaires avait précédé cette situation ainsi qu’une « perte » soi-disant souhaitée
d’un objet amoureux. Soucieuse de bien faire, concentrée sur
sa présentation devant un public très exigeant, elle comptait les
longues heures de travail arride que ce projet lui avait « coûté ».
Le lieu où elle doit parler est prestigieux et très investi depuis
sa jeunesse : un rêve se réalise. Soudain, plus de texte, plus de
« pare-excitant ». L’anticipation d’un échec s’ajoute au traumatisme de la perte de son texte. Un bouleversement émotionnel s’ensuit et une dépression latente se réactive. En quelques
heures, le tableau est celui de l’état traumatique qui l’amène à
me demander une séance en urgence. La consommation tabagique reprend. Le sommeil est perturbé et assuré par des somnifères puissants. Un sentiment de perte d’identité, de régression, d’échecs en après-coup l’envahit.
La vivacité de sa pensée et la survie miraculeuse d’un
brouillon l’aident à passer l’épreuve, mais elle s’écroule
ensuite, vit une catastrophe psychique, erre dans la ville désertée par les longs week-ends de Mai.
Le tabagisme et les effets dommageables sur ses bronches
avaient régressé. Mais il reprend et vient s’adjoindre à la
dépressivité chronique. Se déclenche une crise de bronchite
avec douleurs thoraciques intolérables. La situation est difficile. Elle ne peut plus marcher, ni respirer, ni parler, ni entendre.
Nous nous voyons habituellement le mercredi. La nuit précédente se produit un rêve qui, selon ses propres mots « traverse » les épaisseurs protectrices de ses somnifères ! Ce rêve
la montre nue, seule, dans un univers désert et non connu, faisant l’amour avec un jeune homme qu’elle ne connaît pas. La
crise douloureuse cède au petit matin après le rêve. La patiente
est étonnée de mon silence à sa liaison tabac-crise. Elle se
montre suspicieuse quant à mes compétences et mon écoute. Je
suggère que nous nous intéressions à son rêve. Cet intérêt commun la sollicite et lui permet de faire des liaisons avec l’actuel
et le passé. Sa suspicion résiste mais je suis habituée à ces résistances et manifestations « caractérielles ». Partie pour quelques
jours de vacances, je reçois un mot d’elle. C’est la première
qu’un mouvement positif se montre : hystérie peut-être, et à
point nommé, comme une tentative de guérison, ou fin opportuniste, par la vie onirique, du blocage de la pensée et du gel
psychique ? Oui. Mais ce qui paraît le plus important est l’expérience de passivité ou de passivation que cette expérience
peut faire espérer chez elle.
ASPECTS OPÉRANTS DE LA PSYCHOTHÉRAPIE ?
La reprise de la vie onirique
Pas de résolution des tensions, pas de détente instinctuelle,
pas de restauration ou maintien de l’énergie psychique, pas de
transformation de cette énergie en défenses psychiques, pas de
protection de l’organisme, sans la restauration de la fonction
onirique.
Les processus primaires et secondaires à l’œuvre dans le rêve
doivent garder leurs qualités de libre écoulement pour les premiers et une disponibilité à la liaison pour les seconds. Trop de
liquéfaction ou de secondarisation gênent et altèrent les potentialités d’élaboration des forces pulsionnelles et des angoisses
archaïques. Le rêve a une double fonction : il empêche l’éveil et
régénère l’énergie psychosomatique en assurant le narcissisme
nécessaire à la vie psychique et corporelle par sa fonction d’intégration; il lie aussi des forces pulsionnelles pouvant être irruptives, évitant ainsi au soma des perturbations graves.
La capacité du patient somatique à trouver des satisfactions
auto-érotiques, c’est à dire des réalisations hallucinatoires de
désirs oedipiens, s’opère par la situation thérapeutique et on l’a
vu l’intérêt manifeste pour certains secteurs de la vie psychique.
Le dépassement des obstacles
Des contre-processus évolutifs sont opposés aux mouvements psychiques régrédients puis progrédients de la thérapie.
Citons l’excitation (qui s’oppose à la liaison), la fragilité narcissique, la répression des affects et des représentations, l’idéalisation (différente de la sublimation) et paradoxalement le
transfert et sa violence. Ces obstacles s’opposent à rétablir
l’homéostasie et l’équilibre psychosomatique, à permettre aux
formations préconscientes et conscientes de communiquer, à
élargir le préconscient, à faire travailler le moi, à le rassurer pour
disposer de signaux d’angoisse, à mettre en place les conditions
d’une meilleure estime de soi. Une meilleure organisation structurale du moi peut protéger l’organisme d’une nouvelle dégradation de l’énergie libidinale.
Le rétablissement des capacités à la représentatibilité et à la
figurabilité, à la symbolisation
Elles ouvrent à la communicabilité topique. Ce sont les liaisons psychiques qui maintiennent l’homéostase de l’organisme
en protégeant de l’attaque pulsionnelle.
On s’engage aussi à la réanimation d’un système objectal
défaillant ou brouillé et à aux capacités de créer et retrouver
l’objet à l’intérieur de soi en maintenant les capacités de
« jouer » avec lui.
La restauration de l’espace psychosomatique comprend la
réorganisation des éléments existants et l’introduction d’éléments nouveaux oubliés, disloqués, déniés et conservés au fond
de l’inconscient : la régulation des échanges se fait au nom de
l’économique. Retrouver une dynamique psychique dépend des
capacités du préconscient à être traversé et travaillé par les
motions pulsionnelles sans risquer un effondrement ou un
déchirement.
Contre-transfert et position thérapeutique.
Telle patiente tombe à chaque séance, au bout de quelques
minutes de relation en direct de sa réalité professionnelle et
familiale, dans un silence total, lourd, impossible à mouvoir.
Depuis longtemps en thérapie, ayant souffert d’une maladie de
Hodgkin, elle n’a plus de symptômes somatiques depuis longtemps, mais se trouve toujours aux limites d’un néant subjectif non loin de la dépression. Il faut la « rattraper » doucement,
à mi-voix, comme si elle devait être réveillée d’un long sommeil. Sa fidélité à la thérapie est exceptionnelle.
Tel patient asthmatique peut rester toute la séance sans dire
un mot. Quelques soupirs parfois. Le corps est immobile,
quelques mouvements sont esquissés. Si on pense névrose, on
pourrait penser agressivité, transfert de comportement voire
identification hystérique en miroir, toutes réactions transférentielles plausibles. Si on pense troubles somatiques, on pense
auto-étouffement, troubles de l’hallucination et du rêve, expression massive d’un sentiment de confusion, hystérie primaire
tout ce qui fait le lit de la désorganisation somatique et psychique. Ce jugement n’infirme pas le premier, il le complète.
Le patient a connu depuis le début de la thérapie plusieurs
épisodes de somatisation et de grande dépression. La position
allongée est cependant maintenue car dans l’état de détresse où
il est souvent, me faire à face serait associé à une grande violence et inhiberait ses capacités mentales.
L’objet thérapeutique est fortement investi dans sa présence
corporelle et relationnelle. L’effondrement et la destructivité
font partie du ressenti du patient et motivent un élan massif en
tout ou rien, positif ou négatif. Les disponibilités d’être et
d’écoute en écho ou en miroir, font que l’objet thérapeutique
doit se prêter à ce que le patient veut qu’il soit. Ce jeu
d’échanges ouvre dans les cas les meilleurs aux identifications.
En attendant c’est un contenant corporel et psychique aux
potentialités multiples. Il est garant de l’espace du rêve, de l’espace psychique et de l’espace corporel.
Le cadre et son maintien par l’analyste permettent un
ensemble d’opérations de type régrédient et identificatoire commun à l’analyste et l’analysant. Échapper à la réalité et à la
contrainte temporelle et spatiale de l’actuel est nécessaire.
L’identification hystérique primaire est l’assise même du travail. Sont aussi garanties par le cadre l’associativité de l’analyste. Ni trop près ni trop loin du patient se situe l’analyste, dans
l’espoir de créer un système interne/externe et des limites
solides. Il est nécessaire parfois d’assouplir le cadre par
quelques mots, quelques commentaires, pour faire accepter sa
rigueur.
En acceptant d’être ce que le patient veut qu’il soit, en acceptant d’être vu, d’être utilisé, fécalisé parfois, et ce n’est ni facile
ni confortable, l’analyste est écran, comme l’écran d’un rêve à
nouveau possible. Représentant des objets d’étayage du moi,
ces modalités relationnelles assurent une fonction maternelle
qui structure les relations objectales précoces. Le cadre de la
séance a valeur de pare-excitant, de barrière contenante pour
une excitation ayant débordé les capacités de structuration et
d’organisation que pouvait avoir l’angoisse. Cette barrière est
la personne même de l’analyste.
L’accompagnement de semaine en semaine du patient somatique permet au système de liaison des représentations mentales
d’être protecteur du soma. L’énoncé des règles fondamentales
du traitement psychanalytique est engagé dans la fonction de
pare-excitation, même si cet énoncé prend un style un peu
moins définitif que dans la cure-type. Le contrat peut être mis
à mal et il faut souvent le rappeler et défendre sa valeur.
Le travail se fait à deux dans des conditions particulières :
« face à face » en vis-à-vis ou côte à côte. « L’affect partagé » est
l’heureuse expression de C. Parat pour définir la situation. Ce
ne peut être ni un affrontement, ni une défiance, ni un évitement : c’est une certaine possibilité relationnelle travaillée en
commun, une disponibilité à deux d’affects et de représentations. Le moi a besoin d’être étayé et des repères sensorimoteurs, visuels, quasi tactiles lui sont offerts parce qu’ils lui
sont utiles. La perception et la re-connaissance de l’analyste par
le vu, ouvre la voie au proche conscient, au préconscient et au
difficilement représentable.
Les silences du thérapeute font partie du dispositif comme
la demande d’énonciation en écho des représentations et sensations actuelles : il s’agit d’une traduction en termes de qualités des quantités, une tentative de lier l’excitation non différenciée par une mise en mots.
Des régulations au nom du principe économique doivent se
faire entre représentations de choses et de mots : échange verbal autour d’un rêve et de son récit plutôt qu’une interprétation;
questionnement sur les expériences de la vie…L’échange relationnel est plus opérant que l’afflux transférentiel. Le rêve, s’il
est écouté et entendu comme un signe de vie intérieure et personnelle possible peut prendre alors sa part dans l’équilibre économique du patient. Pas d’interprétation mais des ouvertures
vers un ailleurs psychique inconscient jusque là, ignoré et dénié.
Relèvent de ce principe de régulation économique, le maintien
de la relation qui introduit des arguments neutres, mettant en jeu
des sublimations. Le transfert pulsionnellement violent et destructeur doit céder la place à la relation à part quelques mouvements transférentiels possibles.
Des solutions sont à inventer. Ce ne sont pas des recettes mais
des possibilités qu’offrent la théorie, la technique. La tolérance
aux désordres somatopsychiques entre dans ce jeu. Une bonne
distance à l’objet, une relation au corps et à la gestualité ont
valeur de miroir unifiant, tendu par un thérapeute particulier. Un
tiers va-t-il pouvoir s’insérer ? L’autre demande un soutien fort
et ponctuel pour ensuite l’effacer et le nier; mais la régularité
des séances et le maintien du cadre ouvrent potentiellement à la
tiercéité et à la temporalité psychique…dans les meilleurs cas.
C’est dire qu’il y a nécessité d’entrer dans les allers et retours
des mouvements d’introjection et de projection et de rétroprojection pour ensuite reprendre son identité dans l’altérité aliénante de l’entreprise thérapeutique, élaborer et formuler verbalement, prêter une attention au plus petit détail, une vigilance
aux modifications de la vie du patient.
Ces psychothérapies sont longues. Elles durent souvent des
années. Le contenu des séances se dilue parfois dans une relation orientée sur des éléments non morbides. Elles sont soumises à des interruptions, aux hospitalisations, à l’intrusion
d’une réalité.
Le thérapeute qui a mis en jeu son identité, sa bisexualité
psychique, qui a éprouvé son fonctionnement inconscient et
préconscient en parallèle à celui de l’analysant est parfois à bout
de ressources physiques et psychiques. Les patients somatiques
opposent au premier temps de leur demande, une urgence de
survie, une réalité somatique lourde et polymorphe, un traitement médicamenteux encombrant qui s’opposent à l’ouverture
du champ psychique avec le plaisir de l’activité associative et
interprétative de l’analyste et de l’analysant. Les attentes dans
le transfert et le contre-transfert sont décues.
L’excès ou le pas assez des réactions du patient peut les
gagner. Les éprouvés massifs contre-transférentiels corporels
se trouvent déjà répertoriés : fatigues, maux et douleurs de
toutes sortes. Le corporel du thérapeute est impliqué. La fatigue
du corps et la lassitude devant l’absence d’une quelconque élaboration, le « retour à la case départ » hebdomadaire, l’attaque
du cadre, l’inquiétude et l’anxiété devant la situation et l’urgence somatiques sont de la partie.
Mais, ces éprouvés sont sources de savoir pour l’analyste :
la symptomatologie psychique du patient entre dans son corps.
Il y retrouve le vide psychique et le trop-plein somatique…en
miroir. Le contre-transfert est aigu, excessif, dérange son économie, son homéostasie et l’égalité de son attention. On entend
que telle thérapeute s’est sentie envahie par l’horreur et le côté
monstrueux du patient autant que par les dangers de la séduction : « un trop plein dans la tête ». Une autre déclare un psoriasis
suscité par la glissade contre-transférentielle qui l’amène dit-elle, à une faute technique. Quelque chose saisit qui ne ressemble pas à ce qui est attendu mais qui pourrait arriver : accident, cancer, maladie immunitaire à pronostic létal, lente dégradation du corps, énigme d’un traitement sans bénéfices.
Dérangement et décalage sont des expériences ordinaires.
Leur positif ? Plus encore et pire que le directement corporel,
les excitations, énervements, les colères intérieures. Difficile de
trouver une histoire de l’histoire, un après-coup, un retour en
arrière. La morosité et l’ennui, les indices de « banalisation » et
le sentiment du manque du sceau différenciateur de la névrose
nous guettent.
Cette « inquiétante étrangeté », ce décalage, l’écart entre ce
que nous attendons et ce que nous voyons, fait travailler. Il faut
redoubler d’investissement « auto-masochique » de la situation
pour que l’excitation ne soit pas reprojetée, pour que la passivité en séance et dans l’écoute soit réinvestie sur le plan des
affects et des représentations, pour que les narcissismes en présence ne le soient pas dans un écart de plus. On découvre. La
partie contre-transférentielle se joue aussi par l’empathie et
l’identification.
L’essentiel est de tenir, disait récemment un psychanalyste,
confronté depuis de longues années aux « cas-limite ».
[1]
Une somatisation peut
survenir après que la
cure-type se soit
terminée. Ni le psychanalyste ni le patient ne
peuvent évoquer un
échec franc de la cure et
un détournement des
buts que le contrat
psychanalytique s’était
donné. Le poids des
représentations inconscientes s’est allégé, le
conflit s’est atténué et
pourtant la somatisation
éclate.
[2]
Lors d’une dépression
longue et profonde,
le langage devient
pauvre et laconique,
flou et incertain.
L’inadéquation
du langage à exprimer
le double sens,
l’ambivalence,
autrement dit le trait
d’esprit, à servir
l’associativité est un
signe important de la
stase de la pensée et de la
vie affective. Ce constat
a engagé le diagnostic
de vie opératoire
accompagnant la
dépression essentielle
chez les patients
somatiques. C’est une
dépression sans objets
et sans rattrapages
possibles puisque
sans objets.
[3]
À la somatisation
correspond une
dépression ou un
moment dépressif;
à un mouvement défensif
sur le plan psychique,
correspond un silence
du somatique.
Certaines somatisations
font percevoir mieux que
d’autres ces oscillations,
en particulier les
affections auto-immunes
particulièrement
sensibles à la « présence
psychique ».
[4]
Quand il y a blocage
ou arrêt par la névrose du
jeu pulsionnel,
la somatisation
s’absente ou s’apaise.
Inversement quand
il y a reprise du jeu
pulsionnel par l’arrêt
ou l’absence d’un travail
sur la pulsion,
la somatisation apparaît
ou récidive. C’est ainsi
que lors du travail avec
un patient névrotique
dans les conditions
d’une cure-type,
une maladie somatique
peut survenir.