2001
Champ Psychosomatique
Groupe de relaxation avec des personnes âgées en institution
Benoît Fromage
Maître de Conférences en Psychologie, Département de Psychologie, UPRES EA 2646, 11 Bd Lavoisier, 49045 Angers Cedex.
Dans cette étude nous observons les effets d’un groupe de relaxation
auprès de personnes âgées. À l’aide d’exercices pratiques, le sujet apprend dans
son corps comme dans sa vie quotidienne à adopter une attitude plus souple,
à se décentrer de ses problèmes.
L’étude porte sur la mise en place d’un protocole de relaxation en groupe
auprès de six sujets âgés (m = 85 ans) vivant en institution. L’accès à un état
de relaxation et des changements au niveau somatique, émotionnel et social
sont mis en évidence.Mots-clés :
Personne âgée, Relaxation, Identité, Thérapeutique, Fin de vie.
In this studie we observe the effect of a relaxation group with elderly. With
pratical exercises, the subject learns in his body and his dailylife to adopt a
flexible attitude to move off centre.
A protocol of group relaxation with six elderly (85 years old) living in institution is developped. These subjects get into relaxation state and we observe
somatic, emotional and social changes.Keywords :
Elderly, Relaxation, Identity, Therapeutics, End of life.
Dans les représentations collectives la relaxation correspond
à l’antidote d’une vie trépidante, à l’opposé du
stress. Définie comme un mode particulier d’action sur
soi-même avec ou sans l’aide d’autrui la relaxation a connu des
fortunes diverses comme en témoigne l’utilisation souvent
impropre du terme (Lemaire, 1964). La diversité des méthodes
(Hissard, 1988) redoublée par la difficulté à évaluer l’état de
relaxation et ses effets contribuent à la confusion. Enfin le phénomène
reste mystérieux, la contribution de la suggestion mal
cernée et derrière celle-ci se profile la suspicion attachée au faire
semblant et aux mécanismes d’influence (Chertok, 1989).
Après un exposé des principales approches en relaxation et
plus spécifiquement les indications en gérontologie, nous développerons notre démarche, le protocole qui en est issu et les résultats qui apparaissent.
La relaxation est un état de détente portant principalement sur
l’activité myotonique et le système neuro-végétatif pendant
lequel des changements de nature somatique et psychologique
peuvent survenir naturellement ou être induits. C’est une expérience subjective de suspension du fonctionnement habituel de
l’individu, une pause. Elle est accompagnée par un état de
conscience modifiée semblable à l’état hypnagogique qui caractérise le passage de la veille au sommeil. Cet état peut être atteint
de différentes manières. À l’origine, on distingue deux voies
(Durand de Bousingen, 1992), l’une à point de départ physiologique et l’autre psychologique.
La méthode de Jacobson (1929) est basée sur l’apprentissage
de modalités de fonctionnement neuro-musculaire à travers le
couple « contraction-relâchement ». Cet état peut être évalué par
un tracé électromyographique, activité électrique révélant les
événements de caractère physique, ou de source éventuellement
mentale survenant chez la personne.
À l’opposé, la méthode de J.H. Schultz, encore appelée « Training autogène » est d’inspiration psychologique dans la mesure
où la décontraction musculaire et viscérale est un moyen pour
accéder à une détente mentale. Les inductions sont effectuées à
partir de la suggestion de l’expérience de pesanteur, de chaleur,
de rythme cardiaque et respiratoire. C’est une pensée concentrée
sur l’expérience qui crée cet état. En ce sens elle est autogénérée. Cette méthode offre de nombreux développements avec
notamment les apports de la psychanalyse (Ferenczi, 1982, rééd.)
qui fournit un cadre d’interprétation des tensions (localisation,
histoire, analyse des résistances), (voir notamment les travaux de
Lemaire, 1964; Sapir, 1975). Ce dernier auteur propose des
inductions variables, langagières, tactiles ou utilisant le regard
pour créer un état de relaxation. Cette diversité permet de limiter les effets liés à la répétition des séances (Sapir, 1993).
Faisant référence à certains éléments techniques des méthodes
de Jacobson et de Schultz, la sophrologie (Blanchet, 1998; Chéné,
1996; Boon, Davrou et Macquet, 1978) introduite par Caycedo
(1979), insiste plus particulièrement sur le rôle de la respiration
et des exercices basés sur la constitution et l’utilisation d’images
mentales (imagerie). La sophrologie permettrait le développement d’une forme particulière d’attention dans un état proche du
sommeil exprimé sur le plan neurophysiologique par une diminution de la vigilance avec apparition d’un tracé alpha à l’électroencéphalogramme. L’attention n’est plus alors hyperfixation
mais comme flottante (Thouraille, 1994).
Toutes ces approches mettent en jeu trois mécanismes fondamentaux. Tout d’abord, l’attention dans la mesure où le système
attentionnel est sollicité dans ses composantes de sélection et de
focalisation en début de séance, puis de contrôle et de maintien en
cours. Il y a ensuite la suggestion que Freud évoque comme un phénomène originaire qu’on ne peut réduire tout à fait, fait fondamental de la vie psychique de l’homme. La suggestion peut être
générée par le sujet lui-même ou par autrui, codée selon différents
canaux sensoriels, elle comporte des aspects conceptuels et affectifs et peut opérer de manière directe ou indirecte, actuelle ou différée. Enfin, la dissociation apparaît comme inhérente à toute expérience subjective de relaxation. Elle se définit dans l’impression
d’être ici et ailleurs. Cette forme de présence se caractérise par la
simultanéité de deux expériences apparemment contradictoires
éprouvées par le sujet. C’est un mécanisme normal qui décrit un
type de contact à la réalité, une prise de distance sans laquelle nous
serions purement réactifs. La rêverie illustre cette situation où nous
sommes à la fois présents physiquement et absents mentalement
et pourtant conscients de l’ensemble.
Les différentes méthodes de relaxation s’organisent selon trois
critères qui sont autant de voies d’accès au phénomène. L’état
est-il auto ou hétéro induit ? Quels sont les moyens mis en œuvre
pour créer cet état ? Quelles réponses sont attendues et à partir de
quel cadre sont-elles interprétées ?
Relaxation et personne âgée
La relaxation chez la personne âgée a d’abord pour objectif
d’établir une relation favorable du sujet avec son corps, base d’une
restauration narcissique (Thénault, 1994; Simeone et Abraham,
1984) qui va permettre la mise en place de nouveaux liens objectaux (Roeland, 1998). Pour certains auteurs cette rencontre avec le
corps est un prétexte, une occasion d’échanger avec autrui sur ce
vécu somatique (Messy, 1995; Andreoli, 1991). Mobilisant tout à
la fois le corps et l’imaginaire (Erlich, 1991), favorisant les phénomènes régressifs chez le sujet (Marvaud, 1995), la relaxation pose
les bases de remaniements psychiques pour les personnes ayant
conservé des ressources intellectuelles nécessaires pour suivre les
consignes (Léger, Tessier, Mouty, 1989). En résumé la détente du
corps est un préalable à la découverte de soi, à l’échange avec autrui
à travers la relation établie avec le relaxateur (Ajuriaguerra, 1964).
Si tous les sujets âgés peuvent a priori bénéficier de la relaxation afin de réduire les tensions musculaires ou créer un état de
détente mentale, on peut cibler plus précisément certaines situations pathologiques tout à fait indiquées. (Léger et al., op-cité) :
- des phénomènes douloureux issus de la contraction des
muscles de la nuque (pouvant provoquer des céphalées) ou de la
zone dorso-lombaire.
- des conduites spécifiques comme l’insomnie (Friedman et
al.,1991; Piercy et Lohr, 1989).
- des épisodes psychopathologiques plus ou moins prononcés : neurasthénie, hypocondrie, dépression (Andreoli, 1991),
comportements anxieux (Ferrey et Le Goues, 1997; Deberry S.,
Davis S., Reinhard K.E.,1989), phobiques, obsessionnels.
Toutefois il faut toujours être attentif au contexte existentiel
du sujet, à une pathologie organique inaperçue ou à une éventuelle psychopathologie pouvant constituer une contre-indica-tion : hypertension artérielle, épisode dépressif majeur... (Brenot,
1998, p. 124).
Il existe peu de recherches sur la relaxation chez la personne
âgée et une spécificité par rapport à d’autres âges ne semble pas
acquise. Soit les travaux relatent les contributions de cette
méthode relevant alors de la catégorie des indications, soit ils
portent sur les réponses du sujet interprétées à la faveur de l’équivalence relaxation-régression. Or si la régression désigne tout à
la fois le trajet de certains contenus, une localisation psychique
et temporelle, des modes d’expression révolus, une question reste
posée : Qui effectue le parcours ? Qui fédère ces situations
« régressées » rendant ainsi possible le cheminement biographique en sens inverse ?
Éléments de problématique
La relaxation permettrait de déplacer le point de vue familier
(sur une partie du corps, une situation, etc.) avec une relative
facilité dans une sorte de plasticité éprouvée, flexibilité définie
comme la capacité à adopter des perspectives différentes sur un
même « objet ». En parvenant à un état de relaxation, l’individu
serait témoin de ce dans quoi il est habituellement engagé sans
même s’en rendre compte. La relaxation permettrait de vivre une
expérience et en même temps de l’observer. Comme si l’individu
en cours de séance expérimentait sa capacité à dénouer d’anciens
liens, à en établir de nouveaux, et explorait une faculté à s’attacher et à se détacher, à examiner le caractère « double » de toute
expérience.
Vue ainsi la relaxation s’apparente à une sorte de gymnastique
globale qui peut s’avérer très intéressante en gérontologie. Disposer
de plusieurs points de vue sur une même situation c’est s’affirmer
comme un témoin suffisamment extérieur pour pouvoir les considérer. La relaxation favoriserait le découplage entre l’expérience
vécue et le sujet qui en rend compte. Cette pratique génère d’emblée
un spectateur, un témoin, un « observateur caché » (Hilgard, 1977).
En posant une instance indépendante de l’écoulement des faits, en
dissociant le sujet des phénomènes auxquels habituellement il
s’identifie, la relaxation permettrait concrètement à la personne
âgée de ne plus se vivre comme soumise et subissante (son corps,
son environnement, son âge, son institutionnalisation...).
Cette hypothèse serait validée si un protocole de relaxation
(Fromage, 2000) ayant pour objectif l’apprentissage de la décentration permettait de lever des symptômes sans que ce soit l’objectif désigné et d’observer une redistribution dans des situations
quotidiennes de ce rapport à la réalité expérimenté en séance.
Tout se passerait alors comme si une instance avait été créditée
d’une capacité de changement permettant à la personne âgée de
s’emparer de sa vie.
Cette étude a été réalisée auprès de sujets âgés vivant en
maison de retraite depuis plus d’un an (Nurit, 1999). Le recrutement est fait à partir d’une liste de 12 personnes proposée par les
infirmières de l’institution. L’atelier est présenté comme un
moment de détente, un moyen d’apprendre à se relaxer, technique pouvant être réutilisée dans d’autre situations. Après
présentation, six refusent de participer pour des motifs divers :
perte de temps, crainte du « psy » et désir de ne pas « partager
son temps avec les vieilles folles de la maison de retraite »...
Le groupe est constitué de six femmes volontaires âgées de
78 à 96 ans (moy. 85 ans) que nous présentons brièvement :
- Mme V, 87 ans (MMS : 24) est atteinte de la maladie de
Parkinson. Sous traitement antidépresseur depuis le décès de son
mari survenu un an auparavant, elle présente une légère désorientation temporo-spatiale.
- Mme S, 87 ans (MMS : 21), sous tutelle, refuse le placement
effectué par son fils. Elle présente des tendances paranoïaques et
se montre agressive au cours de ces épisodes.
- Mme T, 96 ans (MMS : 20) dispose d’une très mauvaise vue
et développe un discours mortifère permanent.
- Mme D, 80 ans (MMS : 19) est atteinte de la maladie de
Parkinson. Elle est sujette à des épisodes hallucinatoires au cours
desquels elle se montre agressive à l’égard de l’équipe, des autres
résidents et d’elle-même, imposant des mesures de contention.
- Mme C, 81 ans (MMS : 26) est présentée par l’équipe
comme caractérielle, vivant sans contact avec les autres résidents,
refusant systématiquement les activités proposées.
- Mme G, 78 ans (MMS : 17) est diagnostiquée porteuse d’une
maladie d’Alzheimer. Elle présente des troubles praxiques importants et une aphasie se traduisant par un manque du mot et des
utilisations impropres.
L’objectif de cette étude est double. Des séances de groupe
permettent-elles à des personnes âgées aux profils disparates
d’accéder à un état de relaxation ? Des changements peuvent-ils
être identifiés en lien avec cet atelier et de quelle nature ?
La procédure de recherche est organisée en trois phases :
évaluation, sept séances de relaxation, évaluation. Cette dernière
est réalisée par entretien individuel semi-directif portant sur trois
thèmes : auto-évaluation de la santé, de l’humeur et préoccupations somatiques. Une évaluation subjective des effets de la
relaxation est ajoutée en phase 3. Nos observations directes et
celles de tiers (équipe et famille) sont intégrées. De plus, en phase
deux, à la fin de la 1ère et 7ème séance les sujets répondent à un
« Questionnaire de relaxation » (Dovero, 1998) qui permet d’appréhender comment est perçu l’état au moyen de trois échelles :
tension physiologique, comportementale et cognitive.
[1]
Le protocole de relaxation comporte sept séances en position
assise de 45 minutes, se suivant à raison d’une par semaine.
Chaque séance est composée de trois temps : l’évocation de la
précédente séance, d’éventuels événements survenus et la présentation de la séance à venir, puis les inductions de relaxation et
enfin un temps de verbalisation sur la séance.
Les trois premières séances, inspirées des méthodes de Jacobson et Schultz, ont pour objectif l’acquisition d’automatismes de
relaxation permettant ultérieurement un accès aisé à cet état. Les
exercices portent sur des expériences de tension-relâchement,
lourdeur, chaleur, respiration et rythme cardiaque. Les séances 4
à 7 sont organisées autour d’exercices d’imagerie sollicitant à
chaque fois toutes les fonctions sensorielles. D’abord centrés sur
des expériences simples, ils impliquent ensuite à un niveau
mental des mouvements et des manipulations d’objets, la reconstitution d’espaces familiers, le déplacement et l’organisation d’un
itinéraire dans un espace élargi. Les images proposées sont
« lâches » afin que les participants puissent y glisser les composants spécifiques en lien avec leur histoire de vie, leurs valeurs,
etc. Elles peuvent être saisies à un niveau « réaliste » ou suggérer un espace analogique. Les exercices parfois complexes n’ont
jamais suscité de remarques ou de réticences.
Le groupe a-t-il accédé à un état de relaxation et quels sont
les changements observables ?
Le questionnaire comporte 12 items évaluant trois domaines
de tension (cf. annexe). Le sujet indique le degré d’adhésion à
chaque item sur une échelle appréciant cinq états (pas du tout,
faible, moyen, beaucoup, énormément). Plus le score est élevé,
plus la relaxation ressentie est importante (Dovero, 1998).
Tableau I
Évaluation de la capacité à se relaxer
Tableau I : Évaluation de la capacité à se relaxer
(à la fin des séances 1 et 7)
séance 1 séance 2
Tension physiologique 13,6 16
Tension comportementale 6,8 9,8
Tension cognitive 13 14,5
Les nombres expriment les moyennes du groupe à chaque
échelle. On peut constater que les scores sont tous supérieurs au
retest. Ils indiquent une progression favorable de la profondeur
de l’état de relaxation. Avec un effectif supérieur ou égal à 20
sujets l’effet de l’atelier entre les séances 1 et 7 aurait pu être
établi à l’aide du test de Wilcoxon. Ici l’évolution laisse supposer l’accès à un état de relaxation.
Tableau II
Évaluation par entretien
Tableau II : Évaluation par entretien
Phase 1 (en blanc), phase 2 (en gris)
MmeMmeMmeMmeMmeMmeLégende
VSTDCG
-+
(«pas(«tout(«ma
:
:positifs:mentionné
mentionnémentionné
subjectivehumeursommeilappétitconstipationRéf.partie gynécologiqueschute
Santéque
(«ilvu
santé
(«médiocre»)bashaut»)bon
(«critique»)ydeva
a+demon
maiscorrectâge»)doucement»)estéclatée»)entermesentermes
négatifs
:
non
mentionnécommestationnaire
Préoccupationssomatiques -+-++-+--+-+---+-+--++-++-+--+-++-
suite
àdu doigtà
une une
corps douleursrigide
IDEMIDEM
Dans la phase 1 : tous les sujets sont insatisfaits de leur état de
santé général et ils ont tous des problèmes de sommeil (endormissement et réveils nocturnes) et de constipation (ces sous-thèmes de « préoccupations somatiques » sont survenus
spontanément au cours de l’entretien). Nous relevons également
des commentaires plus sporadiques (humeur, appétit, référence
à une partie du corps) mais toujours négatifs.
En phase 2 : L’humeur s’est considérablement améliorée pour
toutes les participantes. Ceci est confirmé indirectement par
l’équipe qui les trouve « plus souriantes et plus aimables ».
Plusieurs familles ont également évoqué cette dimension.
Le sommeil semble également de meilleure qualité et l’endormissement plus facile. Cette amélioration est plus sensible
pour Mmes V et D, confirmée par l’infirmière : ces deux
personnes ne prennent plus de somnifère au coucher et n’appellent plus la veilleuse pour prendre un second comprimé en cours
de nuit.
En résumé, l’humeur et le sommeil sont mentionnés comme
améliorés par toutes les personnes, l’appétit n’est plus évoqué.
Pour les troubles de constipation, Mmes V et T affirment en souffrir moins tandis que pour les autres la situation est stable. Enfin
Mmes S et C signalent les mêmes localisations douloureuses, et
l’état de santé n’est plus mentionné que par Mme S pour qui « il
s’aggrave ».
Au cours du même entretien il leur a été demandé d’évaluer
les séances. Toutes disent avoir apprécié à l’exception de MmeS
focalisée sur des douleurs gynécologiques. Certaines précisent
qu’elles ont recours dans certaines situations à des techniques de
relaxation. Ainsi Mme D se procure cet état quand « elle sent les
crises arriver ». Mme G, malade d’Alzheimer, dit utiliser des
exercices respiratoires à certains moments de la journée. Ceci
confirme que des personnes déficitaires peuvent tirer profit de la
relaxation (Agolini, Fortini, Genoud, 1995) laissant supposer
qu’une partie des inductions seraient transmises à un niveau non-verbal et peut-être avec l’aide du groupe.
L’observation directe permet d’indiquer que Mme D est agressive et désabusée à la première séance. Par la suite, elle montre
de l’intérêt et participe activement aux échanges post-relaxation.
Atteinte de la maladie de Parkinson, elle présente en cours de
séance une nette amélioration posturale. L’équipe, pour sa part,
observe une augmentation des déplacements, une marche plus
aisée et moins rigide, une diminution des hallucinations.
À la suite d’une séance d’imagerie portant sur une promenade Mme V évoque son mari, posément, sans pleurer. Cette
donnée témoigne d’une remarquable prise de distance par rapport
au décès récent de son mari dont elle parlait souvent sans aucun
contrôle émotionnel.
Considérant le nombre restreint de données, il n’est pas possible
d’affirmer que les séances de relaxation sont la cause des changements observés mais seulement noter des concomitances. Nous
pouvons affirmer que les personnes ont vécu des états de relaxation au cours de séances de groupe. Celles-ci, bien que peu nombreuses ont permis cependant des acquisitions « généralisables »
puisqu’elles ont été utilisées dans d’autres situations (cf. Mme D.).
Non seulement un état de relaxation a été atteint pendant la séance,
mais les sujets ont intégré de nouveaux savoirs, de nouvelles capacités qu’ils mobilisent dans d’autres contextes. Cette augmentation
de l’autonomie est mentionnée par Mme G, diagnostiquée Alzheimer, qui dit avoir recours à des exercices de respiration pendant
la journée. Ces transferts semblent s’effectuer de manière non
consciente comme pour Mme G dans les situations d’endormissement, Mme V sous forme de contrôle émotionnel ou de manière
plus diffuse pour le développement de nouvelles capacités sociales
(« plus de sourires, plus aimables »). Ce dernier point confirme
l’étude de Richard et Picot (1975). Notons également que
l’échange qui suit les exercices de relaxation permet d’établir de
nouvelles relations entre les membres du groupe autour d’un vécu
commun de détente et de bien-être. Celles-ci peuvent se prolonger
dans d’autres circonstances institutionnelles. Accès à un état de
relaxation (Tableau I), levée de symptômes (Tableau II), changements évoqués par les personnes âgées et l’entourage dans le quotidien, ces éléments laissent supposer que des développements
favorables sont encore possibles chez des personnes âgées (moy. :
84.8), déficitaires (moy. Au MMS : 21.6), présentant diverses
pathologies (maladie d’Alzheimer, de Parkinson, dépression, tendances paranoïaques...).
La relaxation s’oppose à l’expérience quotidienne de la
personne âgée. Le corps devient un lieu de gratification et non
plus objet de plaintes. En approfondissant cette présence à soi-même et au monde (Sapir, 1993), le sujet âgé quitte pour le temps
de la séance une attitude passive et passéiste. S’il « revit » des
situations passées c’est toujours dans la séance présente. Dans
l’actuel, en rejouant « d’anciens présents » il est comme de tous
les âges... Se procurant lui-même cet état, il expérimente de
nouveaux possibles qui restaurent une capacité de choix, une
autonomie. La relaxation apprend à considérer les phénomènes
plutôt qu’à s’y identifier et à les subir. En observant différentes
facettes d’une même situation, en opérant une décentration, le
sujet développe une approche intégrative de dimensions contradictoires. Ainsi, comment continuer à vivre avec en soi simultanément un refus absolu du placement en institution et
l’impossible retour au domicile (cas de Me S)? À l’instar de
l’exercice « contraction-décontraction » (Jacobson) le refus est
pris en compte affirmativement et non repoussé. Le refus en tant
que tel possède une force et tenter de le contenir l’amplifie... En
cela, le négatif possède un caractère positif qu’il semble préférable de reconnaître et d’utiliser. À la place du confinement et du
repli sur soi la relaxation convie le sujet âgé à un élargissement
de sa position dans le monde.
La relaxation devient alors une sorte d’aventure qui permet de
« penser à un tas de choses, de développer son imagination »
(Mme V). Aventure dans la mesure où la séance est occasion de
mouvements incessants, de contrastes, de perspectives. De cette
dialectique permanente – moi/autrui, corps/psyché, passé/présent,
présent/futur, douleur/plaisir... – fuse le sujet à l’image de la
flamme jaillie du frottement des silex.
Questionnaire de capacité à se relaxer
Dovero, 1998, (forme abrégée)
Consigne : Je vais vous lire un certain nombre d’affirmations
Pour chacune d’elle vous devrez dire comment vous jugez votre
état présent ? Vous répondrez en choisissant entre :
Pas du tout, faible, moyen, beaucoup, énormément.
01 - Tout mon corps est au repos.
02 - Mon front semble être tendu.
03 - Je suis en train de penser à mes problèmes.
04 - Mes muscles sont détendus.
05 - Mon rythme cardiaque s’accélère.
06 - Je me sens très calme.
07 - J’ai chaud.
08 - Je suis soucieuse de mon avenir.
09 - J’éprouve une sorte de paix intérieure.
10 - Je respire plus vite que d’habitude.
11 - Je me sens vraiment détendue.
12 - J’ai un peu peur.
Items concernant la tension physiologique : 2-5-7-10.
Items concernant la tension cognitive :3-8-12.
Items concernant l’évaluation comportementale : 1-4-6-9-11.
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Voir en annexe
le questionnaire
de Dovero