Champ psychosomatique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062555
170 pages

p. 131 à 144
doi: en cours

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no 24 2001/4

2001 Champ Psychosomatique

Groupe de relaxation avec des personnes âgées en institution

Benoît Fromage Maître de Conférences en Psychologie, Département de Psychologie, UPRES EA 2646, 11 Bd Lavoisier, 49045 Angers Cedex.
Dans cette étude nous observons les effets d’un groupe de relaxation auprès de personnes âgées. À l’aide d’exercices pratiques, le sujet apprend dans son corps comme dans sa vie quotidienne à adopter une attitude plus souple, à se décentrer de ses problèmes. L’étude porte sur la mise en place d’un protocole de relaxation en groupe auprès de six sujets âgés (m = 85 ans) vivant en institution. L’accès à un état de relaxation et des changements au niveau somatique, émotionnel et social sont mis en évidence.Mots-clés : Personne âgée, Relaxation, Identité, Thérapeutique, Fin de vie. In this studie we observe the effect of a relaxation group with elderly. With pratical exercises, the subject learns in his body and his dailylife to adopt a flexible attitude to move off centre. A protocol of group relaxation with six elderly (85 years old) living in institution is developped. These subjects get into relaxation state and we observe somatic, emotional and social changes.Keywords : Elderly, Relaxation, Identity, Therapeutics, End of life.
Dans les représentations collectives la relaxation correspond à l’antidote d’une vie trépidante, à l’opposé du stress. Définie comme un mode particulier d’action sur soi-même avec ou sans l’aide d’autrui la relaxation a connu des fortunes diverses comme en témoigne l’utilisation souvent impropre du terme (Lemaire, 1964). La diversité des méthodes (Hissard, 1988) redoublée par la difficulté à évaluer l’état de relaxation et ses effets contribuent à la confusion. Enfin le phénomène reste mystérieux, la contribution de la suggestion mal cernée et derrière celle-ci se profile la suspicion attachée au faire semblant et aux mécanismes d’influence (Chertok, 1989).
Après un exposé des principales approches en relaxation et plus spécifiquement les indications en gérontologie, nous développerons notre démarche, le protocole qui en est issu et les résultats qui apparaissent.
 
LA RELAXATION
 
 
La relaxation est un état de détente portant principalement sur l’activité myotonique et le système neuro-végétatif pendant lequel des changements de nature somatique et psychologique peuvent survenir naturellement ou être induits. C’est une expérience subjective de suspension du fonctionnement habituel de l’individu, une pause. Elle est accompagnée par un état de conscience modifiée semblable à l’état hypnagogique qui caractérise le passage de la veille au sommeil. Cet état peut être atteint de différentes manières. À l’origine, on distingue deux voies (Durand de Bousingen, 1992), l’une à point de départ physiologique et l’autre psychologique.
La méthode de Jacobson (1929) est basée sur l’apprentissage de modalités de fonctionnement neuro-musculaire à travers le couple « contraction-relâchement ». Cet état peut être évalué par un tracé électromyographique, activité électrique révélant les événements de caractère physique, ou de source éventuellement mentale survenant chez la personne.
À l’opposé, la méthode de J.H. Schultz, encore appelée « Training autogène » est d’inspiration psychologique dans la mesure où la décontraction musculaire et viscérale est un moyen pour accéder à une détente mentale. Les inductions sont effectuées à partir de la suggestion de l’expérience de pesanteur, de chaleur, de rythme cardiaque et respiratoire. C’est une pensée concentrée sur l’expérience qui crée cet état. En ce sens elle est autogénérée. Cette méthode offre de nombreux développements avec notamment les apports de la psychanalyse (Ferenczi, 1982, rééd.) qui fournit un cadre d’interprétation des tensions (localisation, histoire, analyse des résistances), (voir notamment les travaux de Lemaire, 1964; Sapir, 1975). Ce dernier auteur propose des inductions variables, langagières, tactiles ou utilisant le regard pour créer un état de relaxation. Cette diversité permet de limiter les effets liés à la répétition des séances (Sapir, 1993).
Faisant référence à certains éléments techniques des méthodes de Jacobson et de Schultz, la sophrologie (Blanchet, 1998; Chéné, 1996; Boon, Davrou et Macquet, 1978) introduite par Caycedo (1979), insiste plus particulièrement sur le rôle de la respiration et des exercices basés sur la constitution et l’utilisation d’images mentales (imagerie). La sophrologie permettrait le développement d’une forme particulière d’attention dans un état proche du sommeil exprimé sur le plan neurophysiologique par une diminution de la vigilance avec apparition d’un tracé alpha à l’électroencéphalogramme. L’attention n’est plus alors hyperfixation mais comme flottante (Thouraille, 1994).
Toutes ces approches mettent en jeu trois mécanismes fondamentaux. Tout d’abord, l’attention dans la mesure où le système attentionnel est sollicité dans ses composantes de sélection et de focalisation en début de séance, puis de contrôle et de maintien en cours. Il y a ensuite la suggestion que Freud évoque comme un phénomène originaire qu’on ne peut réduire tout à fait, fait fondamental de la vie psychique de l’homme. La suggestion peut être générée par le sujet lui-même ou par autrui, codée selon différents canaux sensoriels, elle comporte des aspects conceptuels et affectifs et peut opérer de manière directe ou indirecte, actuelle ou différée. Enfin, la dissociation apparaît comme inhérente à toute expérience subjective de relaxation. Elle se définit dans l’impression d’être ici et ailleurs. Cette forme de présence se caractérise par la simultanéité de deux expériences apparemment contradictoires éprouvées par le sujet. C’est un mécanisme normal qui décrit un type de contact à la réalité, une prise de distance sans laquelle nous serions purement réactifs. La rêverie illustre cette situation où nous sommes à la fois présents physiquement et absents mentalement et pourtant conscients de l’ensemble.
Les différentes méthodes de relaxation s’organisent selon trois critères qui sont autant de voies d’accès au phénomène. L’état est-il auto ou hétéro induit ? Quels sont les moyens mis en œuvre pour créer cet état ? Quelles réponses sont attendues et à partir de quel cadre sont-elles interprétées ?
Relaxation et personne âgée
La relaxation chez la personne âgée a d’abord pour objectif d’établir une relation favorable du sujet avec son corps, base d’une restauration narcissique (Thénault, 1994; Simeone et Abraham, 1984) qui va permettre la mise en place de nouveaux liens objectaux (Roeland, 1998). Pour certains auteurs cette rencontre avec le corps est un prétexte, une occasion d’échanger avec autrui sur ce vécu somatique (Messy, 1995; Andreoli, 1991). Mobilisant tout à la fois le corps et l’imaginaire (Erlich, 1991), favorisant les phénomènes régressifs chez le sujet (Marvaud, 1995), la relaxation pose les bases de remaniements psychiques pour les personnes ayant conservé des ressources intellectuelles nécessaires pour suivre les consignes (Léger, Tessier, Mouty, 1989). En résumé la détente du corps est un préalable à la découverte de soi, à l’échange avec autrui à travers la relation établie avec le relaxateur (Ajuriaguerra, 1964). Si tous les sujets âgés peuvent a priori bénéficier de la relaxation afin de réduire les tensions musculaires ou créer un état de détente mentale, on peut cibler plus précisément certaines situations pathologiques tout à fait indiquées. (Léger et al., op-cité) :
  • des phénomènes douloureux issus de la contraction des muscles de la nuque (pouvant provoquer des céphalées) ou de la zone dorso-lombaire.
  • des conduites spécifiques comme l’insomnie (Friedman et al.,1991; Piercy et Lohr, 1989).
  • des épisodes psychopathologiques plus ou moins prononcés : neurasthénie, hypocondrie, dépression (Andreoli, 1991), comportements anxieux (Ferrey et Le Goues, 1997; Deberry S., Davis S., Reinhard K.E.,1989), phobiques, obsessionnels.
Toutefois il faut toujours être attentif au contexte existentiel du sujet, à une pathologie organique inaperçue ou à une éventuelle psychopathologie pouvant constituer une contre-indica-tion : hypertension artérielle, épisode dépressif majeur... (Brenot, 1998, p. 124).
Il existe peu de recherches sur la relaxation chez la personne âgée et une spécificité par rapport à d’autres âges ne semble pas acquise. Soit les travaux relatent les contributions de cette méthode relevant alors de la catégorie des indications, soit ils portent sur les réponses du sujet interprétées à la faveur de l’équivalence relaxation-régression. Or si la régression désigne tout à la fois le trajet de certains contenus, une localisation psychique et temporelle, des modes d’expression révolus, une question reste posée : Qui effectue le parcours ? Qui fédère ces situations « régressées » rendant ainsi possible le cheminement biographique en sens inverse ?
Éléments de problématique
La relaxation permettrait de déplacer le point de vue familier (sur une partie du corps, une situation, etc.) avec une relative facilité dans une sorte de plasticité éprouvée, flexibilité définie comme la capacité à adopter des perspectives différentes sur un même « objet ». En parvenant à un état de relaxation, l’individu serait témoin de ce dans quoi il est habituellement engagé sans même s’en rendre compte. La relaxation permettrait de vivre une expérience et en même temps de l’observer. Comme si l’individu en cours de séance expérimentait sa capacité à dénouer d’anciens liens, à en établir de nouveaux, et explorait une faculté à s’attacher et à se détacher, à examiner le caractère « double » de toute expérience.
Vue ainsi la relaxation s’apparente à une sorte de gymnastique globale qui peut s’avérer très intéressante en gérontologie. Disposer de plusieurs points de vue sur une même situation c’est s’affirmer comme un témoin suffisamment extérieur pour pouvoir les considérer. La relaxation favoriserait le découplage entre l’expérience vécue et le sujet qui en rend compte. Cette pratique génère d’emblée un spectateur, un témoin, un « observateur caché » (Hilgard, 1977). En posant une instance indépendante de l’écoulement des faits, en dissociant le sujet des phénomènes auxquels habituellement il s’identifie, la relaxation permettrait concrètement à la personne âgée de ne plus se vivre comme soumise et subissante (son corps, son environnement, son âge, son institutionnalisation...).
Cette hypothèse serait validée si un protocole de relaxation (Fromage, 2000) ayant pour objectif l’apprentissage de la décentration permettait de lever des symptômes sans que ce soit l’objectif désigné et d’observer une redistribution dans des situations quotidiennes de ce rapport à la réalité expérimenté en séance. Tout se passerait alors comme si une instance avait été créditée d’une capacité de changement permettant à la personne âgée de s’emparer de sa vie.
 
MÉTHODOLOGIE
 
 
Cette étude a été réalisée auprès de sujets âgés vivant en maison de retraite depuis plus d’un an (Nurit, 1999). Le recrutement est fait à partir d’une liste de 12 personnes proposée par les infirmières de l’institution. L’atelier est présenté comme un moment de détente, un moyen d’apprendre à se relaxer, technique pouvant être réutilisée dans d’autre situations. Après présentation, six refusent de participer pour des motifs divers : perte de temps, crainte du « psy » et désir de ne pas « partager son temps avec les vieilles folles de la maison de retraite »...
Le groupe est constitué de six femmes volontaires âgées de 78 à 96 ans (moy. 85 ans) que nous présentons brièvement :
  • Mme V, 87 ans (MMS : 24) est atteinte de la maladie de Parkinson. Sous traitement antidépresseur depuis le décès de son mari survenu un an auparavant, elle présente une légère désorientation temporo-spatiale.
  • Mme S, 87 ans (MMS : 21), sous tutelle, refuse le placement effectué par son fils. Elle présente des tendances paranoïaques et se montre agressive au cours de ces épisodes.
  • Mme T, 96 ans (MMS : 20) dispose d’une très mauvaise vue et développe un discours mortifère permanent.
  • Mme D, 80 ans (MMS : 19) est atteinte de la maladie de Parkinson. Elle est sujette à des épisodes hallucinatoires au cours desquels elle se montre agressive à l’égard de l’équipe, des autres résidents et d’elle-même, imposant des mesures de contention.
  • Mme C, 81 ans (MMS : 26) est présentée par l’équipe comme caractérielle, vivant sans contact avec les autres résidents, refusant systématiquement les activités proposées.
  • Mme G, 78 ans (MMS : 17) est diagnostiquée porteuse d’une maladie d’Alzheimer. Elle présente des troubles praxiques importants et une aphasie se traduisant par un manque du mot et des utilisations impropres.
L’objectif de cette étude est double. Des séances de groupe permettent-elles à des personnes âgées aux profils disparates d’accéder à un état de relaxation ? Des changements peuvent-ils être identifiés en lien avec cet atelier et de quelle nature ?
La procédure de recherche est organisée en trois phases : évaluation, sept séances de relaxation, évaluation. Cette dernière est réalisée par entretien individuel semi-directif portant sur trois thèmes : auto-évaluation de la santé, de l’humeur et préoccupations somatiques. Une évaluation subjective des effets de la relaxation est ajoutée en phase 3. Nos observations directes et celles de tiers (équipe et famille) sont intégrées. De plus, en phase deux, à la fin de la 1ère et 7ème séance les sujets répondent à un « Questionnaire de relaxation » (Dovero, 1998) qui permet d’appréhender comment est perçu l’état au moyen de trois échelles : tension physiologique, comportementale et cognitive. [1]
Le protocole de relaxation comporte sept séances en position assise de 45 minutes, se suivant à raison d’une par semaine. Chaque séance est composée de trois temps : l’évocation de la précédente séance, d’éventuels événements survenus et la présentation de la séance à venir, puis les inductions de relaxation et enfin un temps de verbalisation sur la séance.
Les trois premières séances, inspirées des méthodes de Jacobson et Schultz, ont pour objectif l’acquisition d’automatismes de relaxation permettant ultérieurement un accès aisé à cet état. Les exercices portent sur des expériences de tension-relâchement, lourdeur, chaleur, respiration et rythme cardiaque. Les séances 4 à 7 sont organisées autour d’exercices d’imagerie sollicitant à chaque fois toutes les fonctions sensorielles. D’abord centrés sur des expériences simples, ils impliquent ensuite à un niveau mental des mouvements et des manipulations d’objets, la reconstitution d’espaces familiers, le déplacement et l’organisation d’un itinéraire dans un espace élargi. Les images proposées sont « lâches » afin que les participants puissent y glisser les composants spécifiques en lien avec leur histoire de vie, leurs valeurs, etc. Elles peuvent être saisies à un niveau « réaliste » ou suggérer un espace analogique. Les exercices parfois complexes n’ont jamais suscité de remarques ou de réticences.
 
RÉSULTATS
 
 
Le groupe a-t-il accédé à un état de relaxation et quels sont les changements observables ?
Le questionnaire comporte 12 items évaluant trois domaines de tension (cf. annexe). Le sujet indique le degré d’adhésion à chaque item sur une échelle appréciant cinq états (pas du tout, faible, moyen, beaucoup, énormément). Plus le score est élevé, plus la relaxation ressentie est importante (Dovero, 1998).

Tableau I
Évaluation de la capacité à se relaxer
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Tableau I : Évaluation de la capacité à se relaxer (à la fin des séances 1 et 7) séance 1 séance 2 Tension physiologique 13,6 16 Tension comportementale 6,8 9,8 Tension cognitive 13 14,5

Les nombres expriment les moyennes du groupe à chaque échelle. On peut constater que les scores sont tous supérieurs au retest. Ils indiquent une progression favorable de la profondeur de l’état de relaxation. Avec un effectif supérieur ou égal à 20 sujets l’effet de l’atelier entre les séances 1 et 7 aurait pu être établi à l’aide du test de Wilcoxon. Ici l’évolution laisse supposer l’accès à un état de relaxation.

Tableau II
Évaluation par entretien
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Tableau II : Évaluation par entretien Phase 1 (en blanc), phase 2 (en gris) MmeMmeMmeMmeMmeMmeLégende VSTDCG -+ («pas(«tout(«ma : :positifs:mentionné mentionnémentionné subjectivehumeursommeilappétitconstipationRéf.partie gynécologiqueschute Santéque («ilvu santé («médiocre»)bashaut»)bon («critique»)ydeva a+demon maiscorrectâge»)doucement»)estéclatée»)entermesentermes négatifs : non mentionnécommestationnaire Préoccupationssomatiques -+-++-+--+-+---+-+--++-++-+--+-++- suite àdu doigtà une une corps douleursrigide IDEMIDEM

Dans la phase 1 : tous les sujets sont insatisfaits de leur état de santé général et ils ont tous des problèmes de sommeil (endormissement et réveils nocturnes) et de constipation (ces sous-thèmes de « préoccupations somatiques » sont survenus spontanément au cours de l’entretien). Nous relevons également des commentaires plus sporadiques (humeur, appétit, référence à une partie du corps) mais toujours négatifs.
En phase 2 : L’humeur s’est considérablement améliorée pour toutes les participantes. Ceci est confirmé indirectement par l’équipe qui les trouve « plus souriantes et plus aimables ». Plusieurs familles ont également évoqué cette dimension.
Le sommeil semble également de meilleure qualité et l’endormissement plus facile. Cette amélioration est plus sensible pour Mmes V et D, confirmée par l’infirmière : ces deux personnes ne prennent plus de somnifère au coucher et n’appellent plus la veilleuse pour prendre un second comprimé en cours de nuit.
En résumé, l’humeur et le sommeil sont mentionnés comme améliorés par toutes les personnes, l’appétit n’est plus évoqué. Pour les troubles de constipation, Mmes V et T affirment en souffrir moins tandis que pour les autres la situation est stable. Enfin Mmes S et C signalent les mêmes localisations douloureuses, et l’état de santé n’est plus mentionné que par Mme S pour qui « il s’aggrave ».
Au cours du même entretien il leur a été demandé d’évaluer les séances. Toutes disent avoir apprécié à l’exception de MmeS focalisée sur des douleurs gynécologiques. Certaines précisent qu’elles ont recours dans certaines situations à des techniques de relaxation. Ainsi Mme D se procure cet état quand « elle sent les crises arriver ». Mme G, malade d’Alzheimer, dit utiliser des exercices respiratoires à certains moments de la journée. Ceci confirme que des personnes déficitaires peuvent tirer profit de la relaxation (Agolini, Fortini, Genoud, 1995) laissant supposer qu’une partie des inductions seraient transmises à un niveau non-verbal et peut-être avec l’aide du groupe.
L’observation directe permet d’indiquer que Mme D est agressive et désabusée à la première séance. Par la suite, elle montre de l’intérêt et participe activement aux échanges post-relaxation. Atteinte de la maladie de Parkinson, elle présente en cours de séance une nette amélioration posturale. L’équipe, pour sa part, observe une augmentation des déplacements, une marche plus aisée et moins rigide, une diminution des hallucinations.
À la suite d’une séance d’imagerie portant sur une promenade Mme V évoque son mari, posément, sans pleurer. Cette donnée témoigne d’une remarquable prise de distance par rapport au décès récent de son mari dont elle parlait souvent sans aucun contrôle émotionnel.
 
DISCUSSION
 
 
Considérant le nombre restreint de données, il n’est pas possible d’affirmer que les séances de relaxation sont la cause des changements observés mais seulement noter des concomitances. Nous pouvons affirmer que les personnes ont vécu des états de relaxation au cours de séances de groupe. Celles-ci, bien que peu nombreuses ont permis cependant des acquisitions « généralisables » puisqu’elles ont été utilisées dans d’autres situations (cf. Mme D.). Non seulement un état de relaxation a été atteint pendant la séance, mais les sujets ont intégré de nouveaux savoirs, de nouvelles capacités qu’ils mobilisent dans d’autres contextes. Cette augmentation de l’autonomie est mentionnée par Mme G, diagnostiquée Alzheimer, qui dit avoir recours à des exercices de respiration pendant la journée. Ces transferts semblent s’effectuer de manière non consciente comme pour Mme G dans les situations d’endormissement, Mme V sous forme de contrôle émotionnel ou de manière plus diffuse pour le développement de nouvelles capacités sociales (« plus de sourires, plus aimables »). Ce dernier point confirme l’étude de Richard et Picot (1975). Notons également que l’échange qui suit les exercices de relaxation permet d’établir de nouvelles relations entre les membres du groupe autour d’un vécu commun de détente et de bien-être. Celles-ci peuvent se prolonger dans d’autres circonstances institutionnelles. Accès à un état de relaxation (Tableau I), levée de symptômes (Tableau II), changements évoqués par les personnes âgées et l’entourage dans le quotidien, ces éléments laissent supposer que des développements favorables sont encore possibles chez des personnes âgées (moy. : 84.8), déficitaires (moy. Au MMS : 21.6), présentant diverses pathologies (maladie d’Alzheimer, de Parkinson, dépression, tendances paranoïaques...).
La relaxation s’oppose à l’expérience quotidienne de la personne âgée. Le corps devient un lieu de gratification et non plus objet de plaintes. En approfondissant cette présence à soi-même et au monde (Sapir, 1993), le sujet âgé quitte pour le temps de la séance une attitude passive et passéiste. S’il « revit » des situations passées c’est toujours dans la séance présente. Dans l’actuel, en rejouant « d’anciens présents » il est comme de tous les âges... Se procurant lui-même cet état, il expérimente de nouveaux possibles qui restaurent une capacité de choix, une autonomie. La relaxation apprend à considérer les phénomènes plutôt qu’à s’y identifier et à les subir. En observant différentes facettes d’une même situation, en opérant une décentration, le sujet développe une approche intégrative de dimensions contradictoires. Ainsi, comment continuer à vivre avec en soi simultanément un refus absolu du placement en institution et l’impossible retour au domicile (cas de Me S)? À l’instar de l’exercice « contraction-décontraction » (Jacobson) le refus est pris en compte affirmativement et non repoussé. Le refus en tant que tel possède une force et tenter de le contenir l’amplifie... En cela, le négatif possède un caractère positif qu’il semble préférable de reconnaître et d’utiliser. À la place du confinement et du repli sur soi la relaxation convie le sujet âgé à un élargissement de sa position dans le monde.
La relaxation devient alors une sorte d’aventure qui permet de « penser à un tas de choses, de développer son imagination » (Mme V). Aventure dans la mesure où la séance est occasion de mouvements incessants, de contrastes, de perspectives. De cette dialectique permanente – moi/autrui, corps/psyché, passé/présent, présent/futur, douleur/plaisir... – fuse le sujet à l’image de la flamme jaillie du frottement des silex.
 
Annexe :
 
 
Questionnaire de capacité à se relaxer Dovero, 1998, (forme abrégée)
Consigne : Je vais vous lire un certain nombre d’affirmations Pour chacune d’elle vous devrez dire comment vous jugez votre état présent ? Vous répondrez en choisissant entre :
Pas du tout, faible, moyen, beaucoup, énormément.
01 - Tout mon corps est au repos.
02 - Mon front semble être tendu.
03 - Je suis en train de penser à mes problèmes.
04 - Mes muscles sont détendus.
05 - Mon rythme cardiaque s’accélère.
06 - Je me sens très calme.
07 - J’ai chaud.
08 - Je suis soucieuse de mon avenir.
09 - J’éprouve une sorte de paix intérieure.
10 - Je respire plus vite que d’habitude.
11 - Je me sens vraiment détendue.
12 - J’ai un peu peur.
Items concernant la tension physiologique : 2-5-7-10.
Items concernant la tension cognitive :3-8-12.
Items concernant l’évaluation comportementale : 1-4-6-9-11.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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NOTES
 
[1]Voir en annexe le questionnaire de Dovero
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