2001
Champ Psychosomatique
Des livres
Marie-Claire Célérier
Jean-Paul Valabrega – Les mythes, conteurs de l’Inconscient. Payot, 2001.
La pensée mythique fait partie des Universaux partagés par
tous les peuples. Pour tous, partout, en tout temps, les mythologies ont donné réponse aux questions des origines et des fins
dernières de l’homme. Les récits de la Génèse et de l’Apocalypse
ne sont qu’une version des mythes décrivant l’inconnaissable,
l’avant la naissance et l’au-delà de la mort. Les mythes, dit Jean-Paul Valabrega, « sont un récitatif des phantasmes créateurs et
organisateurs de toute étiologie normale ou pathologique et de
toute religion ».
Pourquoi cette universalité du mythe, sinon parce qu’il est
engendré par l’Inconscient et que ses variantes, inversions,
retournements et métamorphoses répondent comme l’Inconscient
aux principes de non contradiction et de permanence. Face à tout
rêve, tout phantasme, tout roman familial, on trouvera un mythe
de référence. Et l’ouvrage en recense les principaux : à côté de
celui d’Œdipe bien sûr, les représentations du mort et des morts
qui se substituent à l’irreprésentable de la mort; Narcisse ou le
mythe du sujet; à travers les trois coffrets, le mythe de la femme
et du destin, où celui de Chronos le père de toutes choses...
Contrairement aux fantasmes individuels, les mythologies
constituent des ensembles organisés, objets de transmission à
l’intérieur des groupes humains qu’ils contribuent à fonder en
tant que tels. Chaque chapître du livre opère ce va et vient entre
les diverses versions fantasmatiques et mythiques qui content un
même inconscient.
Gisèle Harrus-Revidi – Parents immatures et enfants-adultes. Payot, 2001.
Maturité, immaturité, hypermaturité : trois mots-clefs scandent le livre de Gisèle Harrus-Revidi, traitant de problématiques
qui ne suscitent pas en tant que telles des demandes au psychanalyste : les parents immatures et leurs enfants hypermatures.
L’auteur s’interroge sur le rôle du « trauma quotidien » du à
l’insuffisance parentale qui, pour elle, se multiplie dans notre
société, par rapport au trauma violent lié à la guerre et à l’abandon, pour répondre heureusement que la présence réelle des
parents permet malgré tout aux victimes des premiers de s’en
sortir mieux que les victimes des seconds. Dans toute institution
soignante on rencontre les problématiques classiques où les
parents immatures, dans des situations de démission parentale
comme de démission des autres rôles à assumer, sont pris en
charge par les organismes sociaux et engendrent des enfants
immatures eux-mêmes, en proie aux dépressions, addictions,
troubles du comportement, etc.
Gisème Harrus développe surtout la face moins connue de
ces problématiques parentales : « l’immaturité adaptée » et sa
conséquence moins destructrice – mais à quel prix – la nécessité
pour leurs enfants de devenir parents de leurs parents. Ceux-ci
sont adaptés à l’ordre social, mais vivent dans un immobilisme,
un agrippement à la réalité matérielle, une incapacité de véritable
autonomie qui laissent leurs enfants dans une précarité affective
totale. Dans le pire des cas, ceux-ci devenus adultes, porteurs
d’un enfant intérieur blessé, se comporteront à leur tour comme
les enfants qu’ils n’ont pas été; d’autres au contraire, animés de
pulsions de savoir, de comprendre auront acquis une emprise sur
le réel et une résistance intérieure construite dans la solitude.
L’auteur parle alors de « prématuration triomphante » chez des
intellectuels, des artistes,... des soignants qui ont su dépasser une
menace d’effondrement à l’adolescence. Pourtant il leur reste de
l’enfance un manque de confiance en les autres, un manque de
discernement qui les fait se fier à des personnes non fiables et
répéter les expériences traumatiques. Quand le sujet parvient à
l’analyse, le projet thérapeutique vise la restauration des liens et
une véritable mutation du moi construit comme l’idéal du moi sur
des assises falsifiées.
Les chapitres de l’ouvrage, émaillés de nombreuses vignettes
cliniques, abordent les diverses facettes métapsychologiques de
ce duo complémentaire immaturité/hypermaturité.