Accueil Revue Numéro Article

Champ psy

2001/4 (no 24)



Article précédent Pages 23 - 36 Article suivant
1

La vieillesse n’est pas une maladie ! Faut-il encore le rappeler ? Probablement, lorsque l’on constate à quel point les demandes de « traitement contre le vieillissement » de nos concitoyens sont fortes, renforcées par un discours médical qui ne définit pas toujours clairement ce qui relève de la prévention des maladies chroniques et ce qui relève des modifications physiologiques liées à l’avancée en âge.

2

Le vieillissement est un processus physiologique, inéluctable, responsable de modifications de l’organisme. Depuis toujours, le vieillissement a été perçu comme inéluctablement associé à une diminution des capacités physiques et cognitives. Or depuis la fin des années 80, est apparu le concept de vieillissement « réussi », celui-ci étant opposé d’une part au vieillissement pathologique avec maladie et/ou handicap, d’autre part au vieillissement « usuel » sans maladie ni handicap, mais avec régression des capacités fonctionnelles (Rowe, 1987). Ce vieillissement « réussi » ou « vieillissement en bonne santé » se définit comme un vieillissement avec une absence ou une atteinte minime des fonctions physiologiques et une absence de pathologie.

3

Certaines modifications sont inéluctables mais ne modifient pas objectivement les capacités de l’organisme à fonctionner : l’apparition de rides, des cheveux blancs, même si elles stigmatisent l’âge n’ont pas de conséquence fonctionnelle.

4

La plupart des autres modifications entraînent une diminution des réserves fonctionnelles, mais la fonction reste efficace pour une vie « normale » en l’absence d’éléments extérieurs accroissant les besoins.

5

Certes, il existe une certaine part de déterminisme génétique, non pas par l’existence de « bons gènes de vieillissement réussi », mais par celle de gènes potentiellement délétères. Même si cette partie de la médecine évolue à toute vitesse, son application reste encore du domaine de l’hypothèse.

6

Par contre, dans de nombreux domaines, des pistes de prévention ont été déjà bien défrichées et si elles étaient utilisées permettraient d’augmenter le pourcentage de personnes ayant un « vieillissement réussi » et qui se situe actuellement seulement aux alentours de 20% (Guralnik, 1989). Depuis une vingtaine d’années on assiste à une évolution des objectifs de la prévention. Il s’agissait dans un premier temps essentiellement d’une prévention primaire ou secondaire des maladies dont la prévalence augmentait avec l’âge. Actuellement les objectifs sont encore plus ambitieux puisqu’ils visent à diminuer au mieux les altérations physiologiques liées au processus du vieillissement.

7

Chaque individu a deux axes de prise en charge de son propre vieillissement :

  • Augmenter et maintenir tout au long de sa vie les différentes fonctions physiologiques et leur « capacité de réserve » dans les dimensions physiques, psychologiques et sociales.

  • Prévenir les maladies dont la présence va diminuer cette réserve et générer un déséquilibre des différentes fonctions.

8

Cette amélioration de l’état de santé, au sens de l’O.M.S., c’est-à-dire un état de bien être physique, psychologique et social, d’une part grandissante de notre société est de la responsabilité de tous :

  • Responsabilité du corps médical de part son devoir d’information, de sensibilisation, de stimulation et de suivi,

  • Responsabilité globale des citoyens car les choix politiques, de la vie de la cité influent directement sur la qualité de vie, les relations sociales, facilitant ou non un vieillissement optimal,

  • Mais surtout et avant tout, responsabilité de chaque individu pour lui-même et éventuellement pour les enfants dont il a la charge, dans le but de se donner le plus d’atouts possibles pour un vieillissement réussi.

LES CARTES QUE CHACUN PEUT JOUER POUR UN VIEILLISSEMENT PHYSIQUE RÉUSSI

Le choix de l’alimentation

Importance du Calcium et de la vitamine D

9

L’ostéoporose est une « affection qui se caractérise par une diminution de la masse osseuse et par une détérioration de la micro architecture du tissu osseux, fragilisant celui-ci et entraînant un risque accru de fractures ».

10

La prévalence de l’ostéoporose et surtout l’augmentation prévisible du nombre de fractures de l’extrémité supérieure du fémur, avec un risque de handicap résiduel de 50% justifient une politique vigoureuse de prévention dans ce domaine, d’autant qu’un certain nombre de moyens ont prouvé leur efficacité.

11

Selon l’INSERM (Inserm, 1997), 3 millions de françaises étaient atteintes d’ostéoporose en 1995 soit 30 à 40% des femmes ménopausées et plus de la moitié des femmes après 75 ans.

12

La principale complication de l’ostéoporose est constituée par les fractures qui siègent essentiellement sur trois régions du squelette : l’extrémité supérieure du fémur, poignet, vertèbres. Après une fracture de l’extrémité supérieure du fémur, le risque de présenter au moins une complication est de 56%. La mortalité post fracturaire à 2 ans est de 36% chez les femmes, 48% chez les hommes et 20% des survivants sont institutionnalisés s’ils ne l’étaient pas avant la fracture (étude Picaros, Baudouin, 1996). Ces données sont un des reflets du « vieillissement pathologique », c’est-à-dire de maladies invalidantes dont la prévalence augmente avec l’âge.

13

Or, malgré les avancées scientifiques, seulement un patient sur deux, porteur d’une ostéoporose patente bénéficie à ce jour d’une prise en charge correcte et ce n’est qu’un sur trois quand il présente au moins une fracture (Laroche, 1998).

14

Dans cette prise en charge, le rôle de l’alimentation est très important.

15

La stabilité de la teneur en calcium du plasma dépend de la parathormone et du taux de vitamine D. Dans la période post-méno-pausique, la « négativation » de la balance calcique du fait de l’excès de résorption osseuse doit être compensée par une augmentation des apports en vitamine D et en calcium pour éviter une aggravation de la perte osseuse. L’augmentation des apports calciques à la périménopause permet d’aborder la ménopause avec une masse osseuse sensiblement plus élevée qu’avec l’apport de 800 mg recommandé à l’âge adulte, cela étant vrai surtout pour les femmes dont l’apport calcique alimentaire habituel est faible (Baran, 1990). Cette augmentation des apports calciques peut se faire par l’augmentation des apports laitiers mais aussi par les eaux de boissons riches en calcium pour lesquelles il a été démontré que le calcium était aussi bien absorbé que le calcium laitier.

16

Plusieurs études ont montré que la supplémentation calcique permet, chez les femmes après la ménopause, de diminuer la perte osseuse physiologique de 30 à 50%. (Cummings, 1990) Ainsi, même en l’absence d’hormonothérapie substitutive, une supplémentation calcique permettrait de réduire la perte osseuse corticale chez les femmes dont l’apport calcique alimentaire est bas.

17

Le taux de vitamine D provient de la synthèse cutanée obtenue par l’exposition de la peau au soleil et des apports directs par l’alimentation (poissons gras, huile de foie de poissons, œufs). Spontanément, les adultes n’augmentent pas leur ration de ce type d’aliment en période hivernale. Les apports recommandés en vitamine D sont de 100 à 400 UI par jour pour les enfants de plus de 10 ans et pour les adultes. L’étude SU.VI.MAX (Chapuy, 1997) montre que les apports réels sont plutôt voisins de 100 UI par jour et qu’une hypovitaminose D (taux de 25-OH-D3 < 12ng/l) touche 30% de la population entre 30 et 65 ans dans le nord de la France et 17% dans le sud à la fin de l’hiver.

18

Mais si on peut prendre en charge son propre vieillissement en modifiant ses habitudes alimentaires, il est plus difficile de se sentir responsable du « bon vieillissement » de ses propres enfants...

19

Et pourtant, dans l’exemple du vieillissement osseux, il est urgent d’y penser dès l’enfance ! 45% de la masse osseuse est formée pendant la période pubertaire où la densité osseuse s’accroît de 8,5% par an. Le pic de masse osseuse est en majeure partie génétiquement déterminé, mais les conditions de vie et tout particulièrement les facteurs nutritionnels conditionnent en partie l’établissement de ce capital osseux potentiel. (Johnson, 1992). Apporter aux adolescents des apports calciques suffisants à hauteur de 1200 à 1500 mg par jour participe à la prévention très précoce de l’ostéoporose. Or une étude du CREDOC rapporte que 25% des adolescents se situent en dessous des 2/3 des apports nutritionnels conseillés, en particulier les adolescentes (de 25 à 50%) (Credoc, 1997) !

20

Reconnaissons qu’il est à priori moins difficile de convaincre les parents (mais est-il si facile pour eux de se projeter dans l’avenir de la vieillesse de leurs enfants, futur qu’ils ne connaîtront pas ?) que les enfants ou adolescents eux-mêmes, même si cette piste mériterait d’être développée dans les écoles...

Le rôle de l’alimentation dans le vieillissement cardiovasculaire

21

Le vieillissement fondamental au niveau cardiaque intervient sur les mécanismes de maintien du débit cardiaque, mais l’âge seul, n’influe pas sur les capacités fonctionnelles.

22

Les manifestations habituellement rapportées à l’âge sont plus le fait de maladies cardio-vasculaires dont la prévalence augmente avec l’âge et dont la prévention passe par la prise en charge de leurs facteurs de risque (Lakatta, 1987).

23

Prévenir la maladie athéromateuse en prenant en charge les différents facteurs de risque, autres que génétiques, est donc bien un des moyens d’augmenter le pourcentage de personnes ayant un vieillissement « réussi ». L’alimentation dont est directement responsable chaque individu participe à cette prévention.

24

Un régime riche en graisses est associé à un risque accru de développement des maladies cardiovasculaires. (Argiles, 1998) Plusieurs travaux ont clairement montré que les régimes riches en fruits et légumes réduisaient la mortalité coronaire de 24% (Key, 1996) et la survenue d’accidents vasculaires cérébraux de 26%, probablement par le rôle des antioxydants contenus dans les fruits et légumes (vitamines C, E, flavonoïdes, carotène...).

25

De même, les acides gras poly insaturés et notamment les acides linoléniques ont un effet protecteur vis-à-vis des maladies cardiovasculaires (étude Eurimic, Guallar, 1999).

26

Le vieillissement physiologique entraîne une perte de poids après un maximum pondéral situé entre 40 et 50 ans chez l’homme et entre 50 et 60 ans chez la femme. Puis le poids se stabilise et décroît progressivement à partir de 70 ans. Cette perte pondérale est estimée à 1 kilo par décennie chez le sujet âgé en bonne santé. Une perte de poids plus importante est un facteur de fragilité (Gillette-Guyonnet, 2000).

27

L’indice du poids corporel (Body Mass Index ou BMI), défini comme le poids du corps (exprimé en kilogrammes) divisé par le carré de la taille (exprimée en mètres), permet de définir la notion de poids « idéal » ou du moins corrélé avec un risque de mortalité et morbidité minimale.

28

La prise de poids modérée n’a pas d’influence sur la longévité si elle n’est pas associée à d’autres facteurs de risque. Par contre, la perte de poids intentionnelle chez des patients obèses ayant des maladies cardiovasculaires est bénéfique en terme de morbidité et de mortalité (Williamson, 1997).

La place de l’exercice physique

29

L’exercice physique est un des éléments de prévention de l’ostéoporose par son action sur le remodelage osseux en optimisant le capital osseux au cours de la croissance et en freinant la perte osseuse au cours du vieillissement.

30

Les résultats sont les plus probants chez les adolescents et les adultes jeunes chez lesquels la pratique d’activité physique régulière telles que la danse, les jeux de ballon accroît de façon notable le capital osseux en voie de constitution.

31

Chez les femmes ménopausées, le type d’entraînement physique est important. Des activités en charge sont préconisées telles que la marche rapide et au mieux la course. Par ailleurs, des exercices de gymnastique réguliers comprenant des exercices dynamiques de faible amplitude et contre résistance peuvent positiver le remodelage osseux au niveau des sièges habituels des fractures ostéoporotiques. L’exercice physique prévient les fractures ostéoporotiques par son action sur la fragilité osseuse mais aussi sur la prévention des chutes.

32

La méta-analyse de FICSIT qui repose sur le suivi pendant deux à quatre ans d’environ 2500 femmes âgées de plus de 65 ans confirme que l’exercice physique améliore les aptitudes physiques des femmes âgées mais également réduit le risque de chutes, surtout quand les programmes incluent un travail de l’équilibre (Province, 1999).

33

Il existe une synergie d’action entre les hormones sexuelles, l’apport vitamino-calcique et l’exercice physique. Chez la femme ménopausée, la pratique régulière d’une activité physique potentialise l’effet osseux du THS et l’exercice n’est bénéfique que s’il est associé à un apport vitamino-calcique suffisant. (Specker, 1996).

34

Outre les bénéfices de l’exercice physique dans la prévention de l’ostéoporose vus ci-dessus, de nombreux travaux soulignent son intérêt dans le domaine de la prévention cardiovasculaire. Sur le plan strictement cardiovasculaire, l’étude du Honolulu Heart Program a montré que l’incidence des accidents vasculaires hémorragiques est 4 fois plus importante dans le groupe des inactifs par rapport au groupe des sujets actifs, le risque relatif étant de 3,7 (1,3-10,4) après ajustement sur l’âge, l’existence d’un diabète ou d’une hypertrophie ventriculaire gauche. Le risque relatif du groupe inactif par rapport au groupe actif de survenue d’un accident vasculaire cérébral embolique est de 2,8 (1,2-6,7). L’activité physique a également un rôle protecteur de la coronaropathie avec un risque relatif de 0,43 (0,19-0,99) (Abbott, 1994). Cet effet préventif s’explique par le rôle de l’activité physique sur l’hypertension artérielle, le diabète, la cholestérolémie et le poids.

35

Là aussi, la responsabilité de chacun est engagée pour lui-même mais également dans la fonction que chacun d’entre nous peut avoir en tant qu’éducateur.

La gestion des « plaisirs »

Le tabac

36

Le rôle néfaste du tabac sur la longévité est connu, ainsique sur la mortalité cardiovasculaire. L’arrêt du tabac diminue de 41 % le risque de mortalité (Paffenbarger, 1993).

37

Le tabac est également un facteur de risque de la cataracte, ce qui est moins connu du public.

L’alcool

38

On ne traitera pas des effets bien connus de l’abus d’alcool sur le foie et le système nerveux. Mais l’abus d’alcool est aussi un facteur de risque important d’ostéoporose chez les hommes. Ce risque n’est pas retrouvé chez les femmes probablement du fait de l’augmentation de la masse grasse (Holbrook, 1993). Plus récemment, l’étude EPIDOS (Ganry, 2000) a montré que les femmes âgées de 75 ans et plus qui consomment régulièrement 3 verres de vin par jour ont une densité osseuse supérieure à celles qui ont une consommation de vin inférieure. Des résultats similaires ont été montré dans l’étude PAQUID (Letenneur, 1993) pour la prévention de la pathologie démentielle !

Le soleil

39

La cataracte est définie comme la présence d’opacités cristalliniennes responsables d’une diminution de vision significative, entraînant une réduction de l’activité fonctionnelle (ANAES, 2000). Il faut distinguer cette cataracte « maladie » des modifications séniles du cristallin qui touchent quasiment toutes les personnes de 80 ans et plus sans être responsables de modifications visuelles invalidantes.

40

La cataracte est la première cause de malvoyance chez les personnes âgées. Sa prévalence est de 20% pour la population âgée de 65 ans et plus, de 35% pour la population âgée de 75 ans et plus et supérieure à 60% pour les plus de 85 ans.

41

On a retrouvé plusieurs facteurs de risque de la cataracte : l’appartenance à la race noire, le diabète, l’hypertension artérielle, le tabagisme et l’exposition aux rayons UVB du soleil. En l’état actuel de nos connaissances, la prévention de la cataracte est essentiellement basée sur la diminution de l’exposition au soleil (port de lunettes de soleil dès le plus jeune âge en situation d’ensoleillement important) et par des mesures d’hygiène de vie (arrêt du tabac), mais la prévention d’un handicap visuel invalidant passe par un diagnostic précoce et un accès facile aux soins chirurgicaux.

Le bruit

42

La régression des capacités auditives commence dès l’âge adulte avec une atteinte des sons les plus aigus. La presbyacousie est définie par une surdité bilatérale progressive, qui atteint surtout les hautes fréquences et qui se manifeste par une altération de la discrimination du langage et un phénomène de recrutement des sons (hausse anormale de l’intolérance aux environnements bruyants) (Reuben, 1998). La véritable presbyacousie débute vers l’âge de 70 ans. La prévalence de la presbyacousie n’est pas connue de façon exacte en France mais au regard des études étrangères, on considère qu’un tiers des personnes âgées de 65 ans et plus ont une déficience auditive objective. On évaluait en 1992 à 2.200.000 le nombre de personnes atteintes à un degré variable de troubles auditifs en France et 80.000 le nombre de prothèses auditives vendues ! (Olivier, 1992)

43

En amont des troubles inhérents au vieillissement, la préservation du capital neuro sensoriel passe par une politique de prévention des traumatismes sonores quotidiens, que ce soit dans le cadre de la vie professionnelle ou des loisirs.

44

En dehors des traumatismes sonores d’intensité très élevée, de courte durée (> 140 décibels) pouvant entraîner une surdité brutale permanente, l’exposition quotidienne ou répétée au bruit génère également une perte auditive (NIHL= noise induced hearing loss) (Clark, 1999) par le biais d’une destruction des cellules sensorielles, peu à peu remplacées par du tissu fibreux. La préservation du capital neuro sensoriel concerne tous les âges que ce soit dans les loisirs (écoute de musique, concerts, tir...) ou la vie professionnelle (en relation avec la médecine du travail) et passe d’abord par la responsabilisation individuelle.

La compliance aux traitements des différents facteurs de risque

45

La différence entre une maladie et un facteur de risque est que le second s’accompagne rarement de symptômes. Il n’est alors pas toujours facile de réellement intégrer la notion d’un traitement au long cours pour les personnes porteuses de ces facteurs de risque mais non malades.

46

Par exemple, malgré les preuves irréfutables de son efficacité en matière de prévention primaire, le traitement hormonal substitutif n’est pris sur une durée suffisante et à dose efficace que par 20% des femmes ménopausées. Certes, un certain nombre de femmes ont des contre-indications à ce traitement mais nombre des autres, soit ne l’ont jamais pris (et il y a un part certaine de responsabilité des médecins), soit ne peuvent supporter la contrainte de ce traitement quotidien et ses effets secondaires. Sur le plan cardiovasculaire, le suivi des différents facteurs de risque connus, s’ils n’ont pu être jugulés par les mesures d’hygiène de vie vus plus haut posent les mêmes problèmes.

RESPONSABILITÉ INDIVIDUELLE ET VIEILLISSE-MENT COGNITIF ET PSYCHOLOGIQUE

La valeur des activités culturelles

47

Les travaux de ces dernières années donnent des éclairages nouveaux en matière de vieillissement cérébral. Nous sommes passés de la notion de stock de cellules neuronales, non renouvelables dans lequel nous puisons toute notre vie, à celle de la plasticité cérébrale voire de multiplication de cellules souches (Allard, 1998).

48

Le cerveau est l’organe dont les réserves fonctionnelles s’usent le moins vite et nombre de centenaires, s’ils ont un vieillissement physique marqué par un épuisement des réserves au niveau osseux ou musculaire par exemple, gardent une vivacité d’esprit tout à fait extraordinaire !

49

La maladie d’Alzheimer ou toute autre pathologie démentielle est devenue le symbole du vieillissement pathologique et est malheureusement vécue comme la rançon du vieillissement jusqu’à un âge avancé. Or, si effectivement, l’âge est un facteur de risque de cette pathologie puisque la prévalence passe de 2 à 3% pour les personnes de 65 à 75 ans à 20% pour celles âgées de 85 ans et plus, il n’est pas la cause de la maladie. 80% d’entre elles sont indemnes de cette pathologie !

50

La poursuite d’activités, l’apprentissage de nouvelles activités, outre le plaisir qu’elles procurent, le maintien des relations sociales qu’elles permettent, sont un stimuli pour le cerveau et un entraînement pour la mémoire.

51

Si on a pu démontrer que la stimulation cognitive augmente les performances cognitives des personnes indemnes de pathologie démentielle (Israël, 1996), on a pas mis en évidence, à ce jour, de réel moyen de prévention de cette maladie. Seule, la prise en charge précoce des troubles des fonctions cognitives est un élément pronostique positif. Cependant, la fréquence de l’anosognosie fait que la responsabilité de la précocité de cette prise en charge repose plus sur l’entourage proche et le corps médical que sur l’individu lui-même.

L’importance des relations sociales

52

Le vieillissement n’est pas qu’un processus aux dimensions physiques et psychologiques. La perspective sociale est tout aussi fondamentale et la responsabilité de chacun y est engagée.

53

Le vieillissement social, ou vieillissement des rôles sociaux (Hervy, 2001) est défini par la transformation définitive des rôles que chacun a, prend ou accepte vis-à-vis des siens et de la société. Le départ des enfants, l’arrivée des petits enfants, le départ à la retraite vont modifier de façon définitive le rôle social que la personne a en tant que parent ou en tant que producteur de biens ou de service. Ils ne vont pas pour autant supprimer le rôle social; celui-ci aura évolué vers un rôle de grand-parent avec une modification du type d’aide et de soutien vis-à-vis des enfants. On observe souvent que la modification du rôle professionnel sera compensée par un investissement dans des rôles accrus sur le plan associatif. Combien d’associations ne fonctionnent que grâce à l’investissement en temps et en énergie de retraités ! Par contre, lorsqu’il y a une suppression totale des rôles sociaux, ce qui est souvent le cas lorsque survient une maladie chronique ou invalidante, ou lorsque la personne elle-même n’arrive pas à se réinvestir dans de nouveaux rôles, il s’agit d’un vieillissement anormal des rôles sociaux.

54

L’isolement, quelles qu’en soient les raisons est un facteur de risque majeur de dépression (Montfort, 1994).

55

Ces situations d’isolement et de solitude sont certes multifactorielles mais la responsabilité de la personne est souvent très engagée.

56

Avoir investi tout au long de sa vie d’autres activités que des activités professionnelles, avoir un cercle d’amis, de relations familiales larges, savoir créer de nouvelles relations, de nouveaux centres d’intérêt permettra que la transformation des rôles antérieurs se fasse facilement et harmonieusement.

CONCLUSION

57

Devenir vieux n’est pas subir le vieillissement mais s’en enrichir (Allard, 1998). Certes, l’homme ne maîtrise pas encore tous les éléments influençant sa longévité. Mais de plus en plus de facteurs de vieillissement réussi sont clairement identifiés, à la portée de tous et sont autant d’atouts que chacun peut choisir d’utiliser selon son parcours de vie, ses objectifs et sa conception du bonheur.


BIBLIOGRAPHIE

  • A BBOTT R.D., R ODRIGUEZ M.B., B URCHFIEL C.M. et al. (1994) « Physical activity in older middle age men and reduced risk of stroke : the Honolulu Heart Programm », Am. J. Epidemiol., 9 : 881-93.
  • A LLARD M. (1998) Longévité Mode d’emploi, Paris, Éd. Le Cherche Midi. Groupe de travail de l’ANAES (Février 2000) Évaluation du traitement chirurgical de la cataracte de l’adulte, ANAES.
  • A RGILES J., C ARBO N., C OSTELLI P., L OPEZ-SORIANO F. (1998) « Prevention of cancer and cardiovascular disease : a common strategy ? », Med. Res. Rev.; 18 : 139-148.
  • B ARAN D., SORENSEN A., G RIMES J., L EX R., K ARELLAS A., J OHNSON B. (1990) « Dietary modifications with dairy products for preventing vertebral bone loss in premenopausal women : a three-year prospective study », J. Clin. Endocrinol. Metab.; 79 : 264-70.
  • B AUDOUIN C., FARDELLONE P., B EAN K., OSTERTAG-EZEMBE A., H ERVY F. (1996) « Clinical outcomes and mortality after hip fracture : a 2-year follow up study », Bone Mar;18 (3 Suppl): 149S-157S.
  • C UMMINGS R.G. (1990) « Calcium intake and bone mass : a quantitative review of the evidence », Calcif Tissue Int; 47 : 194-201.
  • C HAPUY M.C., P REZIOZI P., M AAMER M., A RNAUD S., G ALAN P., H ERCBERG S. et coll. (1997) « Prevalence of vitamin D insufficiency in an adult normal population », Osteoporosis Int., 7 : 439-43.
  • C LARK W.W., B OHNE B.A. (1999) « Effects of noise on hearing », JAMA, May 5; 281 (17): 1658-9.
  • CREDOC (1997) Évaluation des distributions statistiques de la consommation de micronutriments. Exemple de consommations en calcium et vitamine C.
  • G ILLETTE-G UYONNET S. (2000) « Composition corporelle et vieillissement », Age et Nutrition, vol. 11, n°2 : 91-96.
  • G ANRY O., B AUDOUIN C., FARDELLONE P. (2000) « Effect of alcohol intake on bone mineral density in elderly women : the EPIDOS study » Épidémiologie de l’ostéoporose. Am. J. Epidemiol., Apr. 15; 151 (8) : 773-80.
  • G UALLAR E., A RO A., J IMENEZ J.F. et al. (1999) Omega-3 fatty acids in adipose tissue d risk of myocardial infarction : the Eurimic study : Arterioscl. Thromb. Vasc. Biol.; 19 : 1111-1118.
  • G URALNIK J.M., K APLAN G.A. (1989) « Predictors of healthy aging : prospective evidence from the Alameda County Study », Am. J. Public Health, 79,703-708.
  • H ERVY B. (2001) « L’animation en institution », Paris, Gérontologie et Société n° 96.
  • H OLBROOK T., B ARRET-C ONNOR E., « A prospective study of alcohol consumption and bone mineral density », Br. Med. J., 1993; 306 : 1506-9.
  • INSERM, février 1997, Ostéoporose : stratégies de prévention et de traitement, expertise collective. ISRAËL L. (1996) Vingt ans d’expérience de stimulation cognitive, in B. Michel, J. de Rotrou, F. Verdureau La stimulation cognitive, Marseille, Éd. Solal.
  • J OHNSTON C.C., M ILLER J.Z., SLEMANDA C.W., R EISTER T.K., H UI S., C HRISTIAN J.C. et coll. (1992) « Calcium supplementation and increases in bone mineral density in children », N. Engl. J. Med.; 327 : 82-7.
  • K EY T.J.A, THOROGOOD M., A PPLEBY P.N., B URR M.L., (1996) « Dietary habits and mortality in 11 000 vegetarians and health conscious people : results of a 17 year follow up. Biochem », Med. J.; 313 : 775-9.
  • L AKATA E.G. « Do hypertension and age have a similar effect on the myocardium ? », Circulation, 1987,75,1-69.
  • L AROCHE M., M AZIÈRE B. (1998) « does the french practionner correctly investigate and treat osteoporosis ? », Clin. Rheumatol., 17 (2) : 139-43.
  • L ETENNEUR L., D ARTIGUES J.F., ORGOGOZO J.M., B ARBERGER G ATEAU P., SALAMON L.(1993) « Wine consumption and cognitive deficit in elderly individuals from Bordeaux area », Ann. Intern. Med.; 118 : 317-8.
  • M ONFORT J. (1994) « La dépression du sujet âgé : Revue bibliographique. » Ann. Med. Psychol., 152,8,511-528.
  • OLIVIER Y., L AFON J.C. (1992) La presbyacousie dans Maugourd M.F., Gérontologie, Éd Sauramps médical; tome1 : 332-336.
  • PAFFENBARGER R.S. et al (1993) « The association of changes in physical activity level and other lifestyle characteristics with mortality among men », N. Engl. J. Med.; 328 : 538-45.
  • P ROVINCE M.A., H ADLEY E.C., H ORNBROOK M.C., L IPSITZ L.A., M ILLER J.P., M ULROW C.D. et coll., for the FICSIT Group. (1995) « The effects of exercise on falls in elderly patients. A preplanned meta-analysis of the FICSIT trials », JAMA; 273 : 1341-7.
  • R EUBEN D.B., Y OSHIKAWA T.T., B ESDINE R.W. Geriatric Review Syllabus : (1998) a Core Curriculum in Geriatric Medicine Syllabus Gériatrique Livre I Traduction française par M.Allard et B. Forette, IPSEN, Paris, 464 p.
  • R OWE J.W., K HAN R.L., (1987) « Human aging : usual and sucessfull. » Science, 287,143-149.
  • SPECKER B.L., (1996) « Evidence for an interaction between calcium intake and physical act », J. Bone Miner. Res.; 11 : 1539-44.
  • W ILLIAMSON D.F. (1997) « Intentional weight loss : patterns in the general population and its association with morbidity and mortality. », Int. J. Obes. Relat. Metab. Disord. Mar.; 21 Suppl 1 : S14-9; discussion S20-1.

Résumé

Français

Le vieillissement n’est pas un processus pathologique sous la responsabilité du corps médical, mais un processus physiologique, inéluctable, responsable de modifications de l’organisme. La première responsabilité engagée est celle de chaque individu qui, en prenant en compte les données épidémiologiques actuelles, peut déjà utiliser les pistes de prévention primaire, développées depuis de nombreuses années pour prévenir des maladies dont la prévalence augmente avec l’âge. Mais au-delà de la prévention de maladies, il existe déjà un certain nombre de données permettant de réduire le plus possible les altérations physiologiques dues au vieillissement des différentes fonctions, notamment en développant, tout au long de sa vie leurs capacités de réserve et d’adaptation.

Mots-clés

  • Pathologie
  • Physiologie
  • Prévention (du) vieillissement

English

Ageing is not a pathological p rocess on medical profession’s responsability. It is a physiological process, an ineluctable process, liable for organism modification. The first involved responsability is every individual’s own, who, taking epidepiology data of the present day into account, is already able to utilize the tracks of primary prevention. These tracks have been improved for ages to prevent diseases, the prevalence of wich increase with ageing. But, beyond prevention of diseases, given information is able to lower as far as possible the physiological impairing of different organism’s functions due to ageing.This possibility exists more particularly when improving all one’s life long abilities reserves and adaptation.

Key-words

  • Pathology
  • Physiology
  • Prevention (of) ageing

Plan de l'article

  1. LES CARTES QUE CHACUN PEUT JOUER POUR UN VIEILLISSEMENT PHYSIQUE RÉUSSI
    1. Le choix de l’alimentation
      1. Importance du Calcium et de la vitamine D
      2. Le rôle de l’alimentation dans le vieillissement cardiovasculaire
    2. La place de l’exercice physique
    3. La gestion des « plaisirs »
      1. Le tabac
      2. L’alcool
      3. Le soleil
      4. Le bruit
    4. La compliance aux traitements des différents facteurs de risque
  2. RESPONSABILITÉ INDIVIDUELLE ET VIEILLISSE-MENT COGNITIF ET PSYCHOLOGIQUE
    1. La valeur des activités culturelles
    2. L’importance des relations sociales
  3. CONCLUSION

Pour citer cet article

Hervy Marie-Pierre, « Le vieillissement : de qui est-ce l'affaire ? », Champ psy 4/ 2001 (no 24), p. 23-36
URL : www.cairn.info/revue-champ-psychosomatique-2001-4-page-23.htm.
DOI : 10.3917/cpsy.024.0023


Article précédent Pages 23 - 36 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback