2001
Champ Psychosomatique
Le vieillissement : de qui est-ce l'affaire ?
Marie-Pierre Hervy
gériatre, chef de service, Assistance Publique Hôpitaux de Paris, Service de Gérontologie, Hôpital Bicêtre, 12 rue Séverine, 94276 Kremlin-Bicêtre Cedex.
Le vieillissement n’est pas un processus pathologique sous la responsabilité du corps médical, mais un processus physiologique, inéluctable, responsable de modifications de l’organisme. La première responsabilité engagée est celle de chaque individu qui, en prenant en compte les données épidémiologiques actuelles, peut déjà utiliser les pistes de prévention primaire,
développées depuis de nombreuses années pour prévenir des maladies dont
la prévalence augmente avec l’âge. Mais au-delà de la prévention de maladies,
il existe déjà un certain nombre de données permettant de réduire le plus possible les altérations physiologiques dues au vieillissement des différentes fonctions, notamment en développant, tout au long de sa vie leurs capacités de
réserve et d’adaptation.Mots-clés :
Pathologie, Physiologie, Prévention (du) vieillissement.
Ageing is not a pathological p rocess on medical profession’s responsability. It is a physiological process, an ineluctable process, liable for organism
modification. The first involved responsability is every individual’s own, who,
taking epidepiology data of the present day into account, is already able to utilize the tracks of primary prevention. These tracks have been improved for ages
to prevent diseases, the prevalence of wich increase with ageing.
But, beyond prevention of diseases, given information is able to lower as
far as possible the physiological impairing of different organism’s functions
due to ageing.This possibility exists more particularly when improving all
one’s life long abilities reserves and adaptation.Keywords :
Pathology, Physiology, Prevention (of) ageing.
La vieillesse n’est pas une maladie ! Faut-il encore le rappeler
? Probablement, lorsque l’on constate à quel point les
demandes de « traitement contre le vieillissement » de nos
concitoyens sont fortes, renforcées par un discours médical qui
ne définit pas toujours clairement ce qui relève de la prévention
des maladies chroniques et ce qui relève des modifications
physiologiques liées à l’avancée en âge.
Le vieillissement est un processus physiologique, inéluctable,
responsable de modifications de l’organisme. Depuis toujours, le
vieillissement a été perçu comme inéluctablement associé à une
diminution des capacités physiques et cognitives. Or depuis la fin
des années 80, est apparu le concept de vieillissement « réussi »,
celui-ci étant opposé d’une part au vieillissement pathologique
avec maladie et/ou handicap, d’autre part au vieillissement
« usuel » sans maladie ni handicap, mais avec régression des capacités fonctionnelles (Rowe, 1987). Ce vieillissement « réussi » ou
« vieillissement en bonne santé » se définit comme un vieillissement avec une absence ou une atteinte minime des fonctions physiologiques et une absence de pathologie.
Certaines modifications sont inéluctables mais ne modifient
pas objectivement les capacités de l’organisme à fonctionner :
l’apparition de rides, des cheveux blancs, même si elles stigmatisent l’âge n’ont pas de conséquence fonctionnelle.
La plupart des autres modifications entraînent une diminution des réserves fonctionnelles, mais la fonction reste efficace
pour une vie « normale » en l’absence d’éléments extérieurs
accroissant les besoins.
Certes, il existe une certaine part de déterminisme génétique,
non pas par l’existence de « bons gènes de vieillissement réussi »,
mais par celle de gènes potentiellement délétères. Même si cette
partie de la médecine évolue à toute vitesse, son application reste
encore du domaine de l’hypothèse.
Par contre, dans de nombreux domaines, des pistes de prévention ont été déjà bien défrichées et si elles étaient utilisées permettraient d’augmenter le pourcentage de personnes ayant un
« vieillissement réussi » et qui se situe actuellement seulement
aux alentours de 20% (Guralnik, 1989). Depuis une vingtaine
d’années on assiste à une évolution des objectifs de la prévention.
Il s’agissait dans un premier temps essentiellement d’une prévention primaire ou secondaire des maladies dont la prévalence
augmentait avec l’âge. Actuellement les objectifs sont encore
plus ambitieux puisqu’ils visent à diminuer au mieux les altérations physiologiques liées au processus du vieillissement.
Chaque individu a deux axes de prise en charge de son propre
vieillissement :
- Augmenter et maintenir tout au long de sa vie les différentes
fonctions physiologiques et leur « capacité de réserve » dans les
dimensions physiques, psychologiques et sociales.
- Prévenir les maladies dont la présence va diminuer cette
réserve et générer un déséquilibre des différentes fonctions.
Cette amélioration de l’état de santé, au sens de l’O.M.S.,
c’est-à-dire un état de bien être physique, psychologique et social,
d’une part grandissante de notre société est de la responsabilité
de tous :
- Responsabilité du corps médical de part son devoir d’information, de sensibilisation, de stimulation et de suivi,
- Responsabilité globale des citoyens car les choix politiques,
de la vie de la cité influent directement sur la qualité de vie, les
relations sociales, facilitant ou non un vieillissement optimal,
- Mais surtout et avant tout, responsabilité de chaque individu
pour lui-même et éventuellement pour les enfants dont il a la
charge, dans le but de se donner le plus d’atouts possibles pour
un vieillissement réussi.
LES CARTES QUE CHACUN PEUT JOUER POUR UN
VIEILLISSEMENT PHYSIQUE RÉUSSI
Le choix de l’alimentation
Importance du Calcium et de la vitamine D
L’ostéoporose est une « affection qui se caractérise par une
diminution de la masse osseuse et par une détérioration de la
micro architecture du tissu osseux, fragilisant celui-ci et entraînant un risque accru de fractures ».
La prévalence de l’ostéoporose et surtout l’augmentation
prévisible du nombre de fractures de l’extrémité supérieure du
fémur, avec un risque de handicap résiduel de 50% justifient une
politique vigoureuse de prévention dans ce domaine, d’autant
qu’un certain nombre de moyens ont prouvé leur efficacité.
Selon l’INSERM (Inserm, 1997), 3 millions de françaises
étaient atteintes d’ostéoporose en 1995 soit 30 à 40% des femmes
ménopausées et plus de la moitié des femmes après 75 ans.
La principale complication de l’ostéoporose est constituée par
les fractures qui siègent essentiellement sur trois régions du squelette : l’extrémité supérieure du fémur, poignet, vertèbres. Après
une fracture de l’extrémité supérieure du fémur, le risque de
présenter au moins une complication est de 56%. La mortalité
post fracturaire à 2 ans est de 36% chez les femmes, 48% chez
les hommes et 20% des survivants sont institutionnalisés s’ils ne
l’étaient pas avant la fracture (étude Picaros, Baudouin, 1996).
Ces données sont un des reflets du « vieillissement pathologique », c’est-à-dire de maladies invalidantes dont la prévalence
augmente avec l’âge.
Or, malgré les avancées scientifiques, seulement un patient
sur deux, porteur d’une ostéoporose patente bénéficie à ce jour
d’une prise en charge correcte et ce n’est qu’un sur trois quand
il présente au moins une fracture (Laroche, 1998).
Dans cette prise en charge, le rôle de l’alimentation est très
important.
La stabilité de la teneur en calcium du plasma dépend de la parathormone et du taux de vitamine D. Dans la période post-méno-pausique, la « négativation » de la balance calcique du fait de l’excès de résorption osseuse doit être compensée par une augmentation des apports en vitamine D et en calcium pour éviter une aggravation de la perte osseuse. L’augmentation des apports calciques
à la périménopause permet d’aborder la ménopause avec une
masse osseuse sensiblement plus élevée qu’avec l’apport de 800
mg recommandé à l’âge adulte, cela étant vrai surtout pour les
femmes dont l’apport calcique alimentaire habituel est faible
(Baran, 1990). Cette augmentation des apports calciques peut se
faire par l’augmentation des apports laitiers mais aussi par les eaux
de boissons riches en calcium pour lesquelles il a été démontré que
le calcium était aussi bien absorbé que le calcium laitier.
Plusieurs études ont montré que la supplémentation calcique
permet, chez les femmes après la ménopause, de diminuer la
perte osseuse physiologique de 30 à 50%. (Cummings, 1990)
Ainsi, même en l’absence d’hormonothérapie substitutive,
une supplémentation calcique permettrait de réduire la perte
osseuse corticale chez les femmes dont l’apport calcique alimentaire est bas.
Le taux de vitamine D provient de la synthèse cutanée obtenue par l’exposition de la peau au soleil et des apports directs par
l’alimentation (poissons gras, huile de foie de poissons, œufs).
Spontanément, les adultes n’augmentent pas leur ration de ce
type d’aliment en période hivernale. Les apports recommandés
en vitamine D sont de 100 à 400 UI par jour pour les enfants de
plus de 10 ans et pour les adultes. L’étude SU.VI.MAX (Chapuy,
1997) montre que les apports réels sont plutôt voisins de 100 UI
par jour et qu’une hypovitaminose D (taux de 25-OH-D3 <
12ng/l) touche 30% de la population entre 30 et 65 ans dans le
nord de la France et 17% dans le sud à la fin de l’hiver.
Mais si on peut prendre en charge son propre vieillissement
en modifiant ses habitudes alimentaires, il est plus difficile de se
sentir responsable du « bon vieillissement » de ses propres
enfants...
Et pourtant, dans l’exemple du vieillissement osseux, il est
urgent d’y penser dès l’enfance ! 45% de la masse osseuse est
formée pendant la période pubertaire où la densité osseuse s’accroît de 8,5% par an. Le pic de masse osseuse est en majeure
partie génétiquement déterminé, mais les conditions de vie et tout
particulièrement les facteurs nutritionnels conditionnent en partie
l’établissement de ce capital osseux potentiel. (Johnson, 1992).
Apporter aux adolescents des apports calciques suffisants à
hauteur de 1200 à 1500 mg par jour participe à la prévention très
précoce de l’ostéoporose. Or une étude du CREDOC rapporte
que 25% des adolescents se situent en dessous des 2/3 des apports
nutritionnels conseillés, en particulier les adolescentes (de 25 à
50%) (Credoc, 1997) !
Reconnaissons qu’il est à priori moins difficile de convaincre
les parents (mais est-il si facile pour eux de se projeter dans l’avenir de la vieillesse de leurs enfants, futur qu’ils ne connaîtront
pas ?) que les enfants ou adolescents eux-mêmes, même si cette
piste mériterait d’être développée dans les écoles...
Le rôle de l’alimentation dans le vieillissement cardiovasculaire
Le vieillissement fondamental au niveau cardiaque intervient
sur les mécanismes de maintien du débit cardiaque, mais l’âge
seul, n’influe pas sur les capacités fonctionnelles.
Les manifestations habituellement rapportées à l’âge sont plus
le fait de maladies cardio-vasculaires dont la prévalence
augmente avec l’âge et dont la prévention passe par la prise en
charge de leurs facteurs de risque (Lakatta, 1987).
Prévenir la maladie athéromateuse en prenant en charge les
différents facteurs de risque, autres que génétiques, est donc bien
un des moyens d’augmenter le pourcentage de personnes ayant
un vieillissement « réussi ». L’alimentation dont est directement
responsable chaque individu participe à cette prévention.
Un régime riche en graisses est associé à un risque accru de
développement des maladies cardiovasculaires. (Argiles, 1998)
Plusieurs travaux ont clairement montré que les régimes riches
en fruits et légumes réduisaient la mortalité coronaire de 24% (Key,
1996) et la survenue d’accidents vasculaires cérébraux de 26%,
probablement par le rôle des antioxydants contenus dans les fruits
et légumes (vitamines C, E, flavonoïdes, carotène...).
De même, les acides gras poly insaturés et notamment les
acides linoléniques ont un effet protecteur vis-à-vis des maladies
cardiovasculaires (étude Eurimic, Guallar, 1999).
Le vieillissement physiologique entraîne une perte de poids
après un maximum pondéral situé entre 40 et 50 ans chez
l’homme et entre 50 et 60 ans chez la femme. Puis le poids se
stabilise et décroît progressivement à partir de 70 ans. Cette perte
pondérale est estimée à 1 kilo par décennie chez le sujet âgé en
bonne santé. Une perte de poids plus importante est un facteur de
fragilité (Gillette-Guyonnet, 2000).
L’indice du poids corporel (Body Mass Index ou BMI), défini
comme le poids du corps (exprimé en kilogrammes) divisé par
le carré de la taille (exprimée en mètres), permet de définir la
notion de poids « idéal » ou du moins corrélé avec un risque de
mortalité et morbidité minimale.
La prise de poids modérée n’a pas d’influence sur la longévité si elle n’est pas associée à d’autres facteurs de risque. Par
contre, la perte de poids intentionnelle chez des patients obèses
ayant des maladies cardiovasculaires est bénéfique en terme de
morbidité et de mortalité (Williamson, 1997).
La place de l’exercice physique
L’exercice physique est un des éléments de prévention de l’ostéoporose par son action sur le remodelage osseux en optimisant
le capital osseux au cours de la croissance et en freinant la perte
osseuse au cours du vieillissement.
Les résultats sont les plus probants chez les adolescents et les
adultes jeunes chez lesquels la pratique d’activité physique régulière telles que la danse, les jeux de ballon accroît de façon
notable le capital osseux en voie de constitution.
Chez les femmes ménopausées, le type d’entraînement
physique est important. Des activités en charge sont préconisées
telles que la marche rapide et au mieux la course. Par ailleurs, des
exercices de gymnastique réguliers comprenant des exercices
dynamiques de faible amplitude et contre résistance peuvent positiver le remodelage osseux au niveau des sièges habituels des
fractures ostéoporotiques. L’exercice physique prévient les fractures ostéoporotiques par son action sur la fragilité osseuse mais
aussi sur la prévention des chutes.
La méta-analyse de FICSIT qui repose sur le suivi pendant
deux à quatre ans d’environ 2500 femmes âgées de plus de 65 ans
confirme que l’exercice physique améliore les aptitudes
physiques des femmes âgées mais également réduit le risque de
chutes, surtout quand les programmes incluent un travail de
l’équilibre (Province, 1999).
Il existe une synergie d’action entre les hormones sexuelles,
l’apport vitamino-calcique et l’exercice physique. Chez la femme
ménopausée, la pratique régulière d’une activité physique potentialise l’effet osseux du THS et l’exercice n’est bénéfique que
s’il est associé à un apport vitamino-calcique suffisant. (Specker,
1996).
Outre les bénéfices de l’exercice physique dans la prévention
de l’ostéoporose vus ci-dessus, de nombreux travaux soulignent
son intérêt dans le domaine de la prévention cardiovasculaire.
Sur le plan strictement cardiovasculaire, l’étude du Honolulu
Heart Program a montré que l’incidence des accidents vasculaires hémorragiques est 4 fois plus importante dans le groupe des
inactifs par rapport au groupe des sujets actifs, le risque relatif
étant de 3,7 (1,3-10,4) après ajustement sur l’âge, l’existence
d’un diabète ou d’une hypertrophie ventriculaire gauche. Le
risque relatif du groupe inactif par rapport au groupe actif de
survenue d’un accident vasculaire cérébral embolique est de 2,8
(1,2-6,7). L’activité physique a également un rôle protecteur de
la coronaropathie avec un risque relatif de 0,43 (0,19-0,99)
(Abbott, 1994). Cet effet préventif s’explique par le rôle de l’activité physique sur l’hypertension artérielle, le diabète, la cholestérolémie et le poids.
Là aussi, la responsabilité de chacun est engagée pour lui-même mais également dans la fonction que chacun d’entre nous
peut avoir en tant qu’éducateur.
La gestion des « plaisirs »
Le tabac
Le rôle néfaste du tabac sur la longévité est connu, ainsique
sur la mortalité cardiovasculaire. L’arrêt du tabac diminue de 41
% le risque de mortalité (Paffenbarger, 1993).
Le tabac est également un facteur de risque de la cataracte, ce
qui est moins connu du public.
L’alcool
On ne traitera pas des effets bien connus de l’abus d’alcool sur
le foie et le système nerveux. Mais l’abus d’alcool est aussi un
facteur de risque important d’ostéoporose chez les hommes. Ce
risque n’est pas retrouvé chez les femmes probablement du fait
de l’augmentation de la masse grasse (Holbrook, 1993). Plus
récemment, l’étude EPIDOS (Ganry, 2000) a montré que les
femmes âgées de 75 ans et plus qui consomment régulièrement
3 verres de vin par jour ont une densité osseuse supérieure à celles
qui ont une consommation de vin inférieure. Des résultats similaires ont été montré dans l’étude PAQUID (Letenneur, 1993)
pour la prévention de la pathologie démentielle !
Le soleil
La cataracte est définie comme la présence d’opacités cristalliniennes responsables d’une diminution de vision significative, entraînant une réduction de l’activité fonctionnelle
(ANAES, 2000). Il faut distinguer cette cataracte « maladie » des
modifications séniles du cristallin qui touchent quasiment toutes
les personnes de 80 ans et plus sans être responsables de modifications visuelles invalidantes.
La cataracte est la première cause de malvoyance chez les
personnes âgées. Sa prévalence est de 20% pour la population
âgée de 65 ans et plus, de 35% pour la population âgée de 75 ans
et plus et supérieure à 60% pour les plus de 85 ans.
On a retrouvé plusieurs facteurs de risque de la cataracte :
l’appartenance à la race noire, le diabète, l’hypertension artérielle, le tabagisme et l’exposition aux rayons UVB du soleil.
En l’état actuel de nos connaissances, la prévention de la cataracte est essentiellement basée sur la diminution de l’exposition
au soleil (port de lunettes de soleil dès le plus jeune âge en situation d’ensoleillement important) et par des mesures d’hygiène de
vie (arrêt du tabac), mais la prévention d’un handicap visuel invalidant passe par un diagnostic précoce et un accès facile aux soins
chirurgicaux.
Le bruit
La régression des capacités auditives commence dès l’âge
adulte avec une atteinte des sons les plus aigus. La presbyacousie est définie par une surdité bilatérale progressive, qui atteint
surtout les hautes fréquences et qui se manifeste par une altération de la discrimination du langage et un phénomène de recrutement des sons (hausse anormale de l’intolérance aux
environnements bruyants) (Reuben, 1998). La véritable presbyacousie débute vers l’âge de 70 ans. La prévalence de la presbyacousie n’est pas connue de façon exacte en France mais au
regard des études étrangères, on considère qu’un tiers des
personnes âgées de 65 ans et plus ont une déficience auditive
objective. On évaluait en 1992 à 2.200.000 le nombre de
personnes atteintes à un degré variable de troubles auditifs en
France et 80.000 le nombre de prothèses auditives vendues !
(Olivier, 1992)
En amont des troubles inhérents au vieillissement, la préservation du capital neuro sensoriel passe par une politique de
prévention des traumatismes sonores quotidiens, que ce soit dans
le cadre de la vie professionnelle ou des loisirs.
En dehors des traumatismes sonores d’intensité très élevée, de
courte durée (> 140 décibels) pouvant entraîner une surdité
brutale permanente, l’exposition quotidienne ou répétée au bruit
génère également une perte auditive (NIHL= noise induced
hearing loss) (Clark, 1999) par le biais d’une destruction des
cellules sensorielles, peu à peu remplacées par du tissu fibreux.
La préservation du capital neuro sensoriel concerne tous les
âges que ce soit dans les loisirs (écoute de musique, concerts,
tir...) ou la vie professionnelle (en relation avec la médecine du
travail) et passe d’abord par la responsabilisation individuelle.
La compliance aux traitements des différents facteurs de
risque
La différence entre une maladie et un facteur de risque est
que le second s’accompagne rarement de symptômes. Il n’est
alors pas toujours facile de réellement intégrer la notion d’un traitement au long cours pour les personnes porteuses de ces facteurs
de risque mais non malades.
Par exemple, malgré les preuves irréfutables de son efficacité
en matière de prévention primaire, le traitement hormonal substitutif n’est pris sur une durée suffisante et à dose efficace que par
20% des femmes ménopausées. Certes, un certain nombre de
femmes ont des contre-indications à ce traitement mais nombre
des autres, soit ne l’ont jamais pris (et il y a un part certaine de
responsabilité des médecins), soit ne peuvent supporter la
contrainte de ce traitement quotidien et ses effets secondaires.
Sur le plan cardiovasculaire, le suivi des différents facteurs de
risque connus, s’ils n’ont pu être jugulés par les mesures d’hygiène de vie vus plus haut posent les mêmes problèmes.
RESPONSABILITÉ INDIVIDUELLE ET VIEILLISSE-MENT COGNITIF ET PSYCHOLOGIQUE
La valeur des activités culturelles
Les travaux de ces dernières années donnent des éclairages
nouveaux en matière de vieillissement cérébral. Nous sommes
passés de la notion de stock de cellules neuronales, non renouvelables dans lequel nous puisons toute notre vie, à celle de la
plasticité cérébrale voire de multiplication de cellules souches
(Allard, 1998).
Le cerveau est l’organe dont les réserves fonctionnelles
s’usent le moins vite et nombre de centenaires, s’ils ont un
vieillissement physique marqué par un épuisement des réserves
au niveau osseux ou musculaire par exemple, gardent une vivacité d’esprit tout à fait extraordinaire !
La maladie d’Alzheimer ou toute autre pathologie démentielle est devenue le symbole du vieillissement pathologique et est
malheureusement vécue comme la rançon du vieillissement
jusqu’à un âge avancé. Or, si effectivement, l’âge est un facteur
de risque de cette pathologie puisque la prévalence passe de 2 à
3% pour les personnes de 65 à 75 ans à 20% pour celles âgées de
85 ans et plus, il n’est pas la cause de la maladie. 80% d’entre
elles sont indemnes de cette pathologie !
La poursuite d’activités, l’apprentissage de nouvelles activités, outre le plaisir qu’elles procurent, le maintien des relations
sociales qu’elles permettent, sont un stimuli pour le cerveau et un
entraînement pour la mémoire.
Si on a pu démontrer que la stimulation cognitive augmente
les performances cognitives des personnes indemnes de pathologie démentielle (Israël, 1996), on a pas mis en évidence, à ce
jour, de réel moyen de prévention de cette maladie. Seule, la prise
en charge précoce des troubles des fonctions cognitives est un
élément pronostique positif. Cependant, la fréquence de l’anosognosie fait que la responsabilité de la précocité de cette prise
en charge repose plus sur l’entourage proche et le corps médical
que sur l’individu lui-même.
L’importance des relations sociales
Le vieillissement n’est pas qu’un processus aux dimensions
physiques et psychologiques. La perspective sociale est tout aussi
fondamentale et la responsabilité de chacun y est engagée.
Le vieillissement social, ou vieillissement des rôles sociaux
(Hervy, 2001) est défini par la transformation définitive des rôles
que chacun a, prend ou accepte vis-à-vis des siens et de la société.
Le départ des enfants, l’arrivée des petits enfants, le départ à
la retraite vont modifier de façon définitive le rôle social que la
personne a en tant que parent ou en tant que producteur de biens
ou de service. Ils ne vont pas pour autant supprimer le rôle social;
celui-ci aura évolué vers un rôle de grand-parent avec une modification du type d’aide et de soutien vis-à-vis des enfants. On
observe souvent que la modification du rôle professionnel sera
compensée par un investissement dans des rôles accrus sur le
plan associatif. Combien d’associations ne fonctionnent que
grâce à l’investissement en temps et en énergie de retraités !
Par contre, lorsqu’il y a une suppression totale des rôles
sociaux, ce qui est souvent le cas lorsque survient une maladie
chronique ou invalidante, ou lorsque la personne elle-même n’arrive pas à se réinvestir dans de nouveaux rôles, il s’agit d’un
vieillissement anormal des rôles sociaux.
L’isolement, quelles qu’en soient les raisons est un facteur de
risque majeur de dépression (Montfort, 1994).
Ces situations d’isolement et de solitude sont certes multifactorielles mais la responsabilité de la personne est souvent très
engagée.
Avoir investi tout au long de sa vie d’autres activités que des
activités professionnelles, avoir un cercle d’amis, de relations
familiales larges, savoir créer de nouvelles relations, de nouveaux
centres d’intérêt permettra que la transformation des rôles antérieurs se fasse facilement et harmonieusement.
Devenir vieux n’est pas subir le vieillissement mais s’en enrichir (Allard, 1998). Certes, l’homme ne maîtrise pas encore tous
les éléments influençant sa longévité. Mais de plus en plus de
facteurs de vieillissement réussi sont clairement identifiés, à la
portée de tous et sont autant d’atouts que chacun peut choisir
d’utiliser selon son parcours de vie, ses objectifs et sa conception
du bonheur.
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