Champ psychosomatique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062814
170 pages

p. 11 à 12
doi: en cours

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no 25 2002/1

2002 Champ Psychosomatique

Éditorial

Taïeb Ferradji
« La vision réductrice est en même temps thérapeutique. Au terme de la civilisation brillante à laquelle elles étaient parvenues, les tribus d’Europe s’aperçoivent qu’elles souffraient aussi de leurs maux, dont tous n’étaient pas guérissables par les moyens des catégories grecques. Alors elles ont découvert (ou inventé) des humanités miraculeusement immunisées contre les maladies qui les affectaient. Elles sont allées, traquant les paradis perdus, de par le monde, comme les peuplades qu’elles finirent par refuser d’appeler “primitives”. Elles ont imaginé des fables pour guérir, des fables à la vérité transparente, comme il sied aux shamans des peuples qui, depuis longtemps, ont laissé mourir en eux le sens de la nature, la perception des symboles et des correspondances. Ce qu’aisément je lisais à travers un verbe qui tendit à devenir ésotérique (comme celui des vrais shamans) était à peu près ce qui suit... incapables d’élucider l’opaque, ils mythifient et, ce faisant, se mystifient... »
M. Mammeri
L’acte de transmission est à la fois quotidien et universel. À l’ère d’Internet et des autoroutes de l’information quels sont les nouveaux visages de la transmission ? Quelles modifications au double plan du réel et du symbolique la sophistication des techniques médicales et des moyens de communication impliquent-elles ? Quels sont les aléas de la transmission à un niveau individuel ? Mais aussi à un niveau collectif ?
Dans bien des cas la dialectique possible entre psychopathologie et transmission est indissociable des concepts d’identité et de filiation.
En Afrique et/ou en Orient, par exemple, il est courant de désigner un individu par son lien de filiation (celui transmis par les parents ou acquis après l’arrivée des enfants) dans la mesure ou ce lien le relie à une ascendance ou une descendance. On le désigne alors comme « fils ou fille d’un tel », « père ou mère d’un tel ».
De la même façon, la désignation par le « vide » pour celui qui n’a pas de descendance. Il s’agit dans ce cas de « père ou mère de rien ».
En Occident, si le complexe d’Œdipe a connu le succès qui est le sien, depuis sa description par Freud, c’est non seulement en raison de son universalité, mais aussi, parce qu’il se réfère à la transmission à travers la question de la filiation.
Si en psychopathologie on considère que la capacité à résoudre les conflits intra psychiques et inter relationnels dépend de la solidité de l’identité et du narcissisme, en clinique cette capacité est surdéterminée par la transmission.
Quand la transmission ne peut se faire, le sujet à la recherche de soi, se trouve dans l’impossibilité de se réaliser en affirmant son individualité. Le milieu en affirmant son devoir social et en lui refusant cette reconnaissance, exige de lui une démarche inverse et paradoxale. Incapable d’éluder et/ou d’assumer cette double contrainte « être et ne pas être » le sujet se réfugie souvent dans le conflit.
Pourtant la transmission reste un acte empreint de culture.
Pour ce faire, différentes contributions dans le champ de la transmission sont sollicitées dans une perspective pluridisciplinaire permettant de revisiter les différents modèles et registres de la transmission. Des cliniciens, des psychanalystes, des anthropologues..., des acteurs de terrain et des chercheurs apportent des éléments qui permettent d’interroger ce concept au quotidien.
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