2002
Champ Psychosomatique
Quelques notes sur la beauté et le vivant
Miguel de Azambuja
Psychologue, Psychanalyste, 21 rue d’Odessa 75014 Paris.
Il s’agit de présenter quelques réflexions concernant la beauté, à partir
d’une situation clinique. Celle-ci nous propose un rapport à la beauté qui
semble traversé par Narcisse et on s’attellera à déceler les risques que porte
cette relation à la beauté. En effet Malone, notre patient, pense échapper aux
dangers du monde en ayant la beauté commeabri, sans se rendre compte qu’il
échappe, en même temps, au monde. La beauté, prise seulement sous l’angle
défensif, finit ainsi par nous exiler du monde. Peut-on penser un autre rapport
à la beauté que, en acceptant la mort, nous permet de rester vivants? Freud,
Homère, les surréalistes, Guy Rosolato et Jacky Pigeaud nous aident à penser cette autre possibilité.Mots-clés :
Beauté, Narcisse, Prison, Malaise, Relation d’inconnu.
It is a question of presenting some reflections concerning the beauty starting from a clinical situation.This one proposes a relationship withthe beauty
to us which seemscrossed by Narcisse and we willdetecttherisks of this relation to the beauty. Indeed Malone, our patient, thinks of escaping the dangers
from the world by having the beauty like shelter, without realizing that he
escapes, at the same time, to the world.The beauty, catch onlyunderthe defensive angle, thus finishes by us exiling world. Can one think another relationship of the beauty that, by accepting death, allows us to remain alive ? Freud,
Homer, the surrealist ones, Guy Rosolato and Jacky Pigeaud help us to think
this other possibility.Keywords :
Beauty, Narcissus, Jail, Malaise, Unknown relationship.
« Chez Homère, les vivants sont vivants. Homère ne dépeint pas,
ne reproduit pas, n’imite pas, ne représente pas. Le monde est comme
il est, allant son chemin de monde (...). La forme n’a pas éliminé la
vie en la représentant (...) [Homère] a réussi sa description, et il
rencontre le fondement même de sa poésie, sa légitimité. (...) Le poète
a fait passer le vivant dans la forme. (...) [Homère] a réussi à intégrer la vie dans l’œuvre d’art. »
[1]
Il parlait d’elle toujours en termes de beauté. Comme s’il
voulait que je puisse la voir, que je puisse la regarder elle,
le regarder lui avec elle.Mais il y avait quelque chose qui
m’étonnait ou en tout cas qui m’a permis de mieux
comprendre la complexité du choix d’objet chezMalone, mon
patient. Le sentiment qui accompagnait ses récits n’était pas
seulement celui de la fierté narcissique d’un moi qui se gonfle
grâce au regard de l’aimée. Malone laissait surtout transparaître
un soulagement. Cette « validation » narcissique obtenue
par un jeu complexe de regards entre lui, son amie et les
autres, le mettait à l’abri, le protégeait, lui évitait la peur.
Un abri fragile. Parfois il se trompait. Il avait cru déceler
dans les traits de cette femme la beauté avec qui il allait vivre
l’infini partagé. Mais un jour il se réveilla, et la beauté n’était
plus là. La beauté abandonnait la femme avec qui il était. Et
c’était l’horreur. Il ne pouvait plus continuer à la voir. Le
monde semblait se décomposer et une énorme angoisse s’emparait de lui. D’autres sentiments : gène, honte, il fallait l’éviter elle, cette fois. Il avait suffit d’un petit déplacement, –
l’objet n’était plus à la même place – pour que tout éclate.
Plus de répit : la surface polie du miroir se brisait en mille
morceaux, la surface cédait la place aux abîmes les plus insondables et les milles morceaux de verre évoquaient sans cesse
les inquiétants serpents de la méduse...
Pour Malone, c’était comme si « la terre s’ouvrait sous ses
pieds ». Faisons maintenant un détour qui nous permettra
d’éclairer cette image : Salomon Reinach nous dit qu’il « n’est
pas question de narcisse dans
l’Iliade et dans
l’Odyssée; la
plus ancienne mention de cette fleur se trouve dans l’hymne
homérique à Déméter »
[2]. Cet hymne raconte la façon dont
Proserpine a été enlevée par Pluton et amenée au monde des
morts, devenue ainsi Perséphone : « Pluton a obtenu de Zeus
la permission d’enlever la fille de Déméter. À sa demande
encore, avec la permission de Zeus, Gaia consent à produire
un narcisse d’une beauté exceptionnelle. Proserpine joue avec
ses compagnes les Océanides, cueillant dans une prairie des
fleurs, roses, crocus, violettes, jacinthes. Tout à coup elle aperçoit avec admiration le narcisse éclatant que Gaia a fait éclore
avec cent fleurs sur sa tige, exhalant un parfum qui réjouit le
ciel, la terre et les mers. Elle étend les deux mains pour saisir
ce charmant jouet;
soudain la terre s’ouvre dans la plaine
nyséenne; Pluton, monté sur son char d’or, paraît et enlève la
jeune fille, malgré sa résistance et ses cris perçants »
[3]. Il précisera plus loin, que, parmi les divers commentateurs, il y a ceux
qui affirment que la terre s’ouvre
sous le narcisse.
La beauté
exceptionnelle de narcisse, sa place illimitée (ces cents fleurs
dont la fragance envahit l’univers – « réjouit le ciel, les terres,
les mers » –
couvre ainsi le trou qui nous amène vers le
royaume des morts
[4]...
C’est exactement cette place là que Malone donnait à son
amie. Elle était pour lui la plus belle de femmes; elle lui
fermait la porte de l’enfer et lui offrait un miroir pour qu’il
puisse vivre une immense totalité. Naïf, il pensait avoir pu
éloigner les affres de la castration et de la mort en arborant la
beauté comme blason. Mais, était-il vraiment à l’abri ?
Même avant, pendant la période infinie, on pouvait se
demander si Malone avait réellement échappé à la mort. Il
pouvait vivre avec son amie uniquement dans une sorte d’île
d’exception, à l’abri de la rumeur du monde. Chaque fois que
le quotidien venait frapper les portes de cette entente heureuse,
une secousse, une blessure, une impossibilité d’être avec son
amie dans le monde, et donc les disputes, la discorde. Peut-être, déjà, la Gorgone, car Malone vivait alors dans un monde
immobile, proche de la
pétrification
[5].
Si nous voulions utiliser ces mots qui aident les psychanalystes à discuter ensemble, nous dirions que le prix que paye
Malone pour éviter la castration est beaucoup plus cher qu’il
ne l’imagine. En voulant conserver l’attribut, il perd l’être,
son essence même.
[6] Pour se mettre à l’abri de la mort il se
met à l’abri du monde et renonce ainsi à son humanité, à la vie
en tant qu’aléatoire. C’est comme si Malone, sans écouter
Ulysse, cherchait Calypso, la « nymphe auguste » qui offrit
l’immortalité au héros grec.
Rappelons-nous : « Ils étaient au logis, tous les autres
héros, tous ceux qui, de la mort, avaient sauvé leurs têtes : ils
avaient réchappé de la guerre et des flots. Il ne reste que lui à
toujours désirer le retour et sa femme, car une nymphe auguste
le retenait captif au creux de ses cavernes, Calypso, qui brûlait,
cette toute divine, de l’avoir pour époux ».
[7]
Calypso vient de
kalúptein, et signifie « cacher »; elle est
« celle qui cache » celle qui, depuis sept ans, retient ce
naufragé malheureux qui rêve pourtant de retour, de foyer, de
Pénélope. Ils vivent dans une île, une déesse et un mortel,
« coupés de tout, de tous, dans la solitude de leur face à face
amoureux, de leur isolement à deux, (île qui) se situe dans une
sorte d’espace en marge, de lieu à part, éloigné des dieux, éloigné des hommes (...) une sorte de nulle part où Ulysse a
disparu, englouti sans laisser de trace, et où il mène désormais
une existence entre parenthèses. »
[8]
Calypso lui offre l’immortalité, le monde immobile, la terre
de Narcisse. Il suffit d’accepter et d’habiter pour toujours cette
vie sans repères et sans limites. Mais aussi une vie sans traces,
où l’oubli règne. Ulysse refuse cette immortalité sans rêves,
cette vie endormie, même si infinie. Il lutte contre les forces
de l’oubli, présentes partout dans ce monde irréel de Cyclopes,
Lestrygons et Lotophages, ceux qui proposaient le Lotus,
justement, la fleur de l’oubli. Il veut regagner Ithaque et
retrouver ainsi sa condition humaine, sa mortalité. En acceptant la mort, Ulysse reste vivant :
« Et, quitté le vaisseau laissant sa toile sur les mers
Ulysse est revenu, plein d’espace et de temps » [9]
Le nostos (retour), valeur principale de l’Odyssée, permet
le temps, la vie. Il introduit le quotidien dans la vie du héros,
et ça change tout. C’est une des choses qu’Ulysse nous
apprend : la vie hors du temps, même remplie de gloire, nous
éloigne du monde, de la durée, du « dur désir de durer »
comme dirait Paul Éluard.
Malone n’a pas écouté Ulysse. En voulant nier la mort, il
perd la vie. Il vit enfermé dans une totalité qu’il croit heureuse
et qui le jette hors du monde, de la vie. « La beauté ou la vie »
pourrions-nous dire, si nous voulons poursuivre une de figures
de la beauté que nous explorons dans cet article, celle traversée par Narcisse. « La beauté ou la vie », il faut choisir. Piège
redoutable. Autrement dit, la beauté introduirait ici une
nouvelle figure de Thanatos; elle serait sa déclinaison, et non
un rempart :
« Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme
O Beauté ? Ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l’on peut pour cela te comparer au vin
Tu contiens dans ton œil le couchant et l’aurore... »
nous dit Baudelaire, précis
[10].
La beauté, vue par Narcisse, échoue ainsi dans sa mission
de protection en occupant la place d’un idéal qui rend malade.
Malone veut échapper à l’effroi que suscite en lui la vision de
la différence de sexes, la terrible confrontation à la Méduse.
Mais le refuge devient prison : la beauté lui permet d’esquiver le regard de l’horrible, mais le fait plonger dans un monde
suspendu et immobile, monde où il se croit à l’abri de la mort,
sans se rendre compte que c’est vers elle qu’il s’adresse,
endormi, sans rêves.
POUR UNE DYNAMIQUE DE LA BEAUTÉ
Mais la beauté, doit-elle toujours devenir une prison immobile qui nous éloigne de rêves ? Devons-nous à tout prix esquiver la mort ? Ou devons-nous plutôt accepter la mort pour
rester vivants, comme Ulysse ? Dans cette autre perspective,
la beauté ne serait donc pas celle qui nous permet d’esquiver
la mort, mais celle qui la porte en soi, et nous permet de l’accepter, « en restituant le mouvement d’ancrage du mort sur le
vif »
[11]. Cela signifie sortir de l’espace narcissique – où Malone
est enfermé –, saisir la vie en tant qu’aléatoire, établir un autre
rapport au monde, moins maîtrisé et plus vivant
[12].
Freud – et nous pensons ici à Malaise dans la Civilisation
– semble se situer entre les deux positions que nous voulons
présenter. D’une part, l’aspect défensif de la beauté reste
présent chez lui, mais en même temps, il souligne le caractère
provisoire de cette fonction. Voyons les choses de plus près :
Civilisation, donc, malaise. La vie est trop lourde, et le
monde cherche querelle au plaisir, toujours. La satisfaction
immédiate et illimitée de tous nos besoins serait le mode de
vie le plus séduisant, mais on ne peut pas l’adopter et en même
temps, vivre en société. On compose, donc, on trouve des
moyens – des « échafaudages de secours », des « briseurs de
souci » – qui nous aident à accepter cette impossibilité structurale du bonheur comme état perdurable :
« Nunca he sido feliz
Pero, al menos,
He perdido
Varias veces
La felicidad. »
nous dit Luis Hernández, poète péruvien
[13]. Je ne peux pas
être heureux, mais je peux au moins traverser fugacement le
bonheur. Parmi ces lieux qui nous permettent de traverser
fugacement le bonheur, pris cette fois – via la sublimation –
à l’intérieur d’autres modalités expressives, Freud nous parle
de l’art et de la beauté
[14].
À ce sujet deux remarques rapides : – Freud parle de la
« légère narcose de l’art » et de « l’émotion légèrement
enivrante » de la beauté. Ivresse, narcose et légèreté : l’art et
la beauté sont des drogues légères : plus que des « briseurs de
soucis » comme c’est le cas des stupéfiants, ils sont plutôt des
« endormisseurs de soucis », protection passagère
[15] qui nous
ravit quelques instants à la dureté du monde. Ainsi Malone, au
lieu de s’enfermer
définitivement dans un monde beau et sans
limites, traversera, de temps en temps, ces ivresses. Ici la
beauté ne nous jette pas hors du monde, même si elle nous
aide à l’esquiver,
épisodiquement, grâce à l’ivresse. Il faudra
s’arrêter un jour sur cette piste et l’explorer en détail :
comment l’art, la beauté et les stupéfiants s’inscrivent à l’intérieur d’une logique similaire...
- Légère ivresse : Permettez-nous une hypothèse hasardeuse : suivons le cheminement de la pensée freudienne dans
ce texte : elle creuse, elle explore, elle avance, la beauté nous
protège faiblement, nous dit Freud, comme l’art. Et puis, tout
à coup, il s’arrête, reprend ses esprits, et avoue finalement que
« c’est sur la beauté que la psychanalyse a le moins à dire »
[16].
C’est comme si lui-même sortait de la légère narcose où l’avait
amené l’ivresse de l’écriture, retrouvait ses limites, se trouvait
à l’extérieur. Précaution du chercheur qui perçoit les abîmes ?
J’entends en tout cas un conseil aux analystes qui nous rappelle
que la beauté porte aussi notre Dehors et notre mystère.
Poursuivons. La beauté, comme pour Malone, peut nous
jeter hors du monde tout en voulant nous protéger. Elle nous
enferme ou, dans le meilleur des cas, nous venons de le voir,
nous enveloppe d’une brume qui aura à se dissiper et nous, à
« tenter de vivre ».
Malgré ces nuances, Freud met en avant l’aspect défensif
de la beauté, qui permet de mieux se protéger contre le malaise
de la civilisation. Mais essayons de penser la beauté autrement, hors de l’univers défensif. Contre la beauté narcissique,
atemporelle, qui nous jette hors du monde, Benjamin nous
propose une beauté qui fait appel à l’aura, au souvenir, au
temps qui passe (d’où la mélancolique beauté des portraits,
dernier refuge de l’aura, selon lui). Cette beauté est inscrite
dans le monde et par conséquent, elle est incomplète, mortelle.
Loin de nous éloigner du monde, elle nous permet d’y être,
justement en acceptant nos ombres et non seulement nos
lumières. Accepter nos ombres veut dire accepter nos obscurités, les obscurités d’un monde inachevé, mobile, dynamique,
qui nous échappera toujours, finalement. C’est parce qu’on
accepte l’ombre, qu’on n’est plus aveuglé par la lumière,
comme Malone (les toxicomanes ont le mot juste pour cet
aveuglement : flash). Accepter le monde mobile serait le mot
de passe de la beauté, une beauté autre que celle de Narcisse,
car inachevée et porteuse d’inconnu. Cela est important : cette
autre expérience de la beauté nous transporte, mais ne nous
enferme pas. Elle nous montre l’ailleurs en nous, notre
Gorgone douce, et nous offre des issues et donc des manques.
C’est en cela que les surréalistes ont raison, quand ils exaltent
la rencontre, l’inconnu, la découverte, « et je sais bien que
l’émotion et l’espoir de Breton furent, dès l’origine, émotion
devant la beauté et espoir en elle. »
[17]
Essayons de cerner – le mot est maladroit – un peu plus cet
autre rapport à la beauté, cette autre manière de vivre l’expérience de la beauté. Ici elle n’est pas prison mais passage; elle
échappe à la forme, ou plutôt elle permet que la forme
accueille la vie; elle ne vient pas refléter un monde mais l’ouvrir, le mettre en perspective. Malone ne peut pas vivre avec
son amie « en perspective ». Ils sont suspendus, immobiles,
ils ne connaissent pas les recoins, les volumes, les terrasses :
seulement l’image.
Rappelons la proposition surréaliste : « La beauté sera
CONVULSIVE ou ne sera pas »
[18]. Ces convulsions rappellent celles des corps qui explosent à la Salpêtrière donnant
lieu à une iconographie saisissante
[19]. Breton les déplacera vers
les tremblements d’une rencontre, « une relation d’inconnu à
laquelle Breton a toujours été très sensible chaque fois qu’il
se livrait à l’attente et percevait la découverte (...) le monde
environnant, le parcours accompli avec une femme, la femme
aimée elle-même sont cet inconnu grâce à quoi il n’y a nulle
accoutumance ni lassitude, l’inconnu de la vie elle-même »
[20].
C’est cet inconnu qui permet d’échapper à la forme totalisante
et justifie que l’on parle du surréalisme en tant qu’
expérience.
Chez les surréalistes, la beauté est toujours en mouvement,
jamais intacte. Si nous donnons à la beauté seulement un
caractère défensif, narcotique, nous fermons la porte à l’inconnu et rendons ainsi impossible la beauté dans la vie.
Beauté en mouvement, beauté passage : il s’agirait de
penser non pas à Calypso, l’ensorceleuse, mais plutôt à
Gradiva, la flâneuse antique.
·
ALQUIE F., (1955) Philosophie du surréalisme. Paris, Flammarion.
·
BAUDELAIRE Ch., (1861) Les Fleurs du Mal. Paris, Gallimard, 1972.
·
BENJAMIN W., (1922-1940) Essais. Paris, Denoël, 1983.
·
BRETON A., (1928) Nadja. Paris, Gallimard, 1964.
·
COCTEAU J., (1930) Opium. Paris, Stock.
·
FREUD S., (1930), Malaise dans la civilisation. Paris, P.U.F, 1971.
·
HERNANDEZ L. (1983) Obra Poética completa. Lima, Punto y Trama.
HOMÈRE, L’Odyssée, Paris, Gallimard, 1955.
·
MANDELSTAM O., (1922) Tristia et autres poèmes. Paris, Gallimard,
1982,220 pp.
·
PIGEAUD J., (1995) L’Art et le Vivant. Paris, Gallimard.
·
REINACH S., (1905/1923) Cultes, Mythes et Religions. Paris, Robert
Laffont, 1996.
·
ROSOLATO G., (1993) Pour une psychanalyse exploratrice de la culture.
Paris, P.U.F.
·
VERA OCAMPO E., (1993) L’absence qui règne, in La plainte, Nouvelle
Revue de Psychanalyse, N°47. Paris, Gallimard, 1993,61-66.
·
VERNANT J-P., (1989) L’individu, la mort, l’amour. Paris, Gallimard.
[1]
Pigeaud Jackie,
L’Art et le Vivant.
Paris : Gallimard, 1995,
pp. 21-28.
[2]
Reinach Salomon,
Le Narcisse dans
Homère et dans
Sophocle, in
Cultes,
Mythes et Religions,
Paris : Robert Laffont,
1996, p. 423.
[3]
Reinach, op. cit.,
p. 424.
[4]
Cocteau définissait
l’expérience de la désintoxication comme
« la santé avec ce trou ».
Il nous faisait
comprendre ainsi
comment la drogue, cette
beauté souvent mortelle,
l’aidait à subjectiver une
expérience, à supporter
le trou d’une blessure
narcissique, tout en le
conduisant vers la mort.
Cf. Cocteau Jean.,
Opium. Paris, Stock,
1930, p. 78. Cf aussi les
commentaires deVera
Ocampo Eduardo inVera
Ocampo E., L’absence
qui règne, in
La plainte,
NRP, N° 47. Paris :
Gallimard, 1993,
pp. 61-66.
[5]
La Gorgoneet la
Beauténe sontpas si
éloignéesqu’onaurait pu
le penser : « D’une
éclatante beauté, Méduse
avait fait naîtreles espoirs
jaloux de nombreux
prétendants, et, dans toute
sa personne, iln’y avait
rienqui attirât plus les
regards queles cheveux.
J’airencontréun homme
qui racontaitl’avoir vue.
Le maître de la mer la
viola, dit-on, dansle
templede Minerve. La
fille deJupiter détourna
sa vueet couvritdeson
égideson chastevisage.
Et, pour quecet attentat
ne demeurât pasimpuni,
ellechangea lescheveux
de la Gorgoneen hideux
serpents. Aujourd’hui
encore, pour frapper de
terreurses ennemis
épouvantés, elle porte,
sur ledevant de la
poitrine, les serpentsnés
par sa volonté » in Ovide,
Les Métamorphoses, IV,
795-803. Paris :
Flammarion,1966, pp.
132-133.
[6]
Cf. Rey-Flaud,
Henri, Les fondements
métapsychologiques de
Malaise dansla Culturein
Autour de Malaise dans
la culture deFreud, Paris :
PUF 1998, pp. 1-54.
[7]
Homère,
L’Odyssée,
Paris : Gallimard, 1955,
p. 53-54. Cf. aussi
Vernant Jean-Pierre,
Figures féminines de la
mort en Grèce, in
L’individu, la mort,
l’amour. Paris :
Gallimard, 1989, pp.
131-152.
[8]
Vernant, op.cit., pp.
148-149.
[9]
Mandelstam O.,
(1922)
Tristia et autres
poèmes. Paris,
Gallimard, 1982.
[10]
Baudelaire Charles,
Hymne à la Beauté, in
Baudelaire,
Les Fleurs
du Mal. Paris, Gallimard,
1972, pp. 55-56.
[11]
Le Poulichet Sylvie,
La fonction du beau en
Psychanalyse, in
Psychanalyse à
l’Université, Tome 13 -
N° 51, juillet 1988,
p. 421.
[12]
Ici, mesemble-t-il,
la penséedeBENJAMIN
devra nous aider à
avancer, quandil établit la
différence entre valeur
d’expositionet valeur
cultuelle. La valeur
d’exposition est celle
qui naît à l’érede la reproductibilitétechniquede
l’œuvre d’art. Cen’est
plusle rapportautemps, à
la tradition, au culte que
véhiculel’œuvred’art
mais sonaspect
reproductible. Cette perte
d’aura ne sefaitpas sans
combat : « Avec la photographie la valeur d’exposition commence à
repousserau secondplan,
danstous les ordres, la
valeur de culte. Cette
dernièrepourtant necède
pas sans résistance. Son
ultime retranchementest
le visagehumain. Ce
n’est en rien un hasardsi
le portrait a joué un rôle
centralauxpremiers
tempsdela photographie.
Dans lecultedu souvenir
dédiéaux êtres chers,
éloignésoudisparus, la
valeur cultuelle de
l’image trouve son
dernier refuge. Dans
l’expressionfugitived’un
visage d’homme, les
anciennesphotographies
fontplaceà l’aura, une
dernièrefois. C’est ce qui
leurdonne cette
mélancolique beauté,
qu’onnepeutcomparer
à riend’autre. »
Benjamin Walter,
L’œuvre d’art à l’ère de
sa reproductibilité
technique, in
Essais II
1935-1940, Paris,
Denoël, 1971, p. 100. Le
portrait est beau, d’après
Benjamin, parce qu’il
échappe encore au
monde anhistorique du
reproductible. Il nous
fournit ainsi une idée de
la beauté qui prend en
compte le temps pour
pouvoir exister. Au
contraire de Malone...
[13]
Jamais j’ai pu être
heureux
Mais, au moins,
J’ai perdu
Quelques fois
Le bonheur.
Hernandez Luis,
Obra
Poética Completa.
Lima : Punto yTrama,
1983, p. 483.
[14]
Il est vrai, Freud va
distinguer l’art de la
beauté et cette
distinction est
importante. Néanmoins
il va aussi les joindre sur
d’autres points – en
parlant de la beauté de la
création artistique par
exemple –. C’est ce
carrefour qui nous
intéresse : le sujet mis en
rapport avec la beauté
d’une œuvre, d’une
femme, d’un paysage : là
où la beauté nous
analyse.
[15]
Cf. à ce sujet Freud
Sigmund (1915)
Éphémère destinée, in
Résultats, idées,
problèmes, Vol. I, 1890-1920. Paris : PUF, 1984,
pp. 233-238.
[16]
Freud Sigmund
(1929),
Malaise dans la
civilisation. Paris : PUF,
1971, p. 29.
[17]
Alquie Ferdinand,
Philosophie du
surréalisme. Paris :
Flammarion, 1955, p. 14.
[18]
BretonAndré,
Nadja.
Paris : Gallimard, 1964,
p. 161.
[19]
Cf. à ce propos Didi
Huberman Georges,
Invention de l’Hystérie.
Charcot et l’iconographie photographique de
la Salpêtrière. Paris :
Macula, 1982.
[20]
Rosolato Guy,
Pour
une psychanalyse exploratrice dans la culture.
Paris : PUF, 1993, p. 134.