Champ psychosomatique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2-913062-87-3
170 pages

p. 105 à 113
doi: en cours

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no 26 2002/2

2002 Champ Psychosomatique

Quelques notes sur la beauté et le vivant

Miguel de Azambuja Psychologue, Psychanalyste, 21 rue d’Odessa 75014 Paris.
Il s’agit de présenter quelques réflexions concernant la beauté, à partir d’une situation clinique. Celle-ci nous propose un rapport à la beauté qui semble traversé par Narcisse et on s’attellera à déceler les risques que porte cette relation à la beauté. En effet Malone, notre patient, pense échapper aux dangers du monde en ayant la beauté commeabri, sans se rendre compte qu’il échappe, en même temps, au monde. La beauté, prise seulement sous l’angle défensif, finit ainsi par nous exiler du monde. Peut-on penser un autre rapport à la beauté que, en acceptant la mort, nous permet de rester vivants? Freud, Homère, les surréalistes, Guy Rosolato et Jacky Pigeaud nous aident à penser cette autre possibilité.Mots-clés : Beauté, Narcisse, Prison, Malaise, Relation d’inconnu. It is a question of presenting some reflections concerning the beauty starting from a clinical situation.This one proposes a relationship withthe beauty to us which seemscrossed by Narcisse and we willdetecttherisks of this relation to the beauty. Indeed Malone, our patient, thinks of escaping the dangers from the world by having the beauty like shelter, without realizing that he escapes, at the same time, to the world.The beauty, catch onlyunderthe defensive angle, thus finishes by us exiling world. Can one think another relationship of the beauty that, by accepting death, allows us to remain alive ? Freud, Homer, the surrealist ones, Guy Rosolato and Jacky Pigeaud help us to think this other possibility.Keywords : Beauty, Narcissus, Jail, Malaise, Unknown relationship.
« Chez Homère, les vivants sont vivants. Homère ne dépeint pas, ne reproduit pas, n’imite pas, ne représente pas. Le monde est comme il est, allant son chemin de monde (...). La forme n’a pas éliminé la vie en la représentant (...) [Homère] a réussi sa description, et il rencontre le fondement même de sa poésie, sa légitimité. (...) Le poète a fait passer le vivant dans la forme. (...) [Homère] a réussi à intégrer la vie dans l’œuvre d’art. » [1]
Il parlait d’elle toujours en termes de beauté. Comme s’il voulait que je puisse la voir, que je puisse la regarder elle, le regarder lui avec elle.Mais il y avait quelque chose qui m’étonnait ou en tout cas qui m’a permis de mieux comprendre la complexité du choix d’objet chezMalone, mon patient. Le sentiment qui accompagnait ses récits n’était pas seulement celui de la fierté narcissique d’un moi qui se gonfle grâce au regard de l’aimée. Malone laissait surtout transparaître un soulagement. Cette « validation » narcissique obtenue par un jeu complexe de regards entre lui, son amie et les autres, le mettait à l’abri, le protégeait, lui évitait la peur.
Un abri fragile. Parfois il se trompait. Il avait cru déceler dans les traits de cette femme la beauté avec qui il allait vivre l’infini partagé. Mais un jour il se réveilla, et la beauté n’était plus là. La beauté abandonnait la femme avec qui il était. Et c’était l’horreur. Il ne pouvait plus continuer à la voir. Le monde semblait se décomposer et une énorme angoisse s’emparait de lui. D’autres sentiments : gène, honte, il fallait l’éviter elle, cette fois. Il avait suffit d’un petit déplacement, – l’objet n’était plus à la même place – pour que tout éclate. Plus de répit : la surface polie du miroir se brisait en mille morceaux, la surface cédait la place aux abîmes les plus insondables et les milles morceaux de verre évoquaient sans cesse les inquiétants serpents de la méduse...
Pour Malone, c’était comme si « la terre s’ouvrait sous ses pieds ». Faisons maintenant un détour qui nous permettra d’éclairer cette image : Salomon Reinach nous dit qu’il « n’est pas question de narcisse dans l’Iliade et dans l’Odyssée; la plus ancienne mention de cette fleur se trouve dans l’hymne homérique à Déméter » [2]. Cet hymne raconte la façon dont Proserpine a été enlevée par Pluton et amenée au monde des morts, devenue ainsi Perséphone : « Pluton a obtenu de Zeus la permission d’enlever la fille de Déméter. À sa demande encore, avec la permission de Zeus, Gaia consent à produire un narcisse d’une beauté exceptionnelle. Proserpine joue avec ses compagnes les Océanides, cueillant dans une prairie des fleurs, roses, crocus, violettes, jacinthes. Tout à coup elle aperçoit avec admiration le narcisse éclatant que Gaia a fait éclore avec cent fleurs sur sa tige, exhalant un parfum qui réjouit le ciel, la terre et les mers. Elle étend les deux mains pour saisir ce charmant jouet; soudain la terre s’ouvre dans la plaine nyséenne; Pluton, monté sur son char d’or, paraît et enlève la jeune fille, malgré sa résistance et ses cris perçants » [3]. Il précisera plus loin, que, parmi les divers commentateurs, il y a ceux qui affirment que la terre s’ouvre sous le narcisse. La beauté exceptionnelle de narcisse, sa place illimitée (ces cents fleurs dont la fragance envahit l’univers – « réjouit le ciel, les terres, les mers » – couvre ainsi le trou qui nous amène vers le royaume des morts [4]...
C’est exactement cette place là que Malone donnait à son amie. Elle était pour lui la plus belle de femmes; elle lui fermait la porte de l’enfer et lui offrait un miroir pour qu’il puisse vivre une immense totalité. Naïf, il pensait avoir pu éloigner les affres de la castration et de la mort en arborant la beauté comme blason. Mais, était-il vraiment à l’abri ?
Même avant, pendant la période infinie, on pouvait se demander si Malone avait réellement échappé à la mort. Il pouvait vivre avec son amie uniquement dans une sorte d’île d’exception, à l’abri de la rumeur du monde. Chaque fois que le quotidien venait frapper les portes de cette entente heureuse, une secousse, une blessure, une impossibilité d’être avec son amie dans le monde, et donc les disputes, la discorde. Peut-être, déjà, la Gorgone, car Malone vivait alors dans un monde immobile, proche de la pétrification [5].
Si nous voulions utiliser ces mots qui aident les psychanalystes à discuter ensemble, nous dirions que le prix que paye Malone pour éviter la castration est beaucoup plus cher qu’il ne l’imagine. En voulant conserver l’attribut, il perd l’être, son essence même. [6] Pour se mettre à l’abri de la mort il se met à l’abri du monde et renonce ainsi à son humanité, à la vie en tant qu’aléatoire. C’est comme si Malone, sans écouter Ulysse, cherchait Calypso, la « nymphe auguste » qui offrit l’immortalité au héros grec.
Rappelons-nous : « Ils étaient au logis, tous les autres héros, tous ceux qui, de la mort, avaient sauvé leurs têtes : ils avaient réchappé de la guerre et des flots. Il ne reste que lui à toujours désirer le retour et sa femme, car une nymphe auguste le retenait captif au creux de ses cavernes, Calypso, qui brûlait, cette toute divine, de l’avoir pour époux ». [7]
Calypso vient de kalúptein, et signifie « cacher »; elle est « celle qui cache » celle qui, depuis sept ans, retient ce naufragé malheureux qui rêve pourtant de retour, de foyer, de Pénélope. Ils vivent dans une île, une déesse et un mortel, « coupés de tout, de tous, dans la solitude de leur face à face amoureux, de leur isolement à deux, (île qui) se situe dans une sorte d’espace en marge, de lieu à part, éloigné des dieux, éloigné des hommes (...) une sorte de nulle part où Ulysse a disparu, englouti sans laisser de trace, et où il mène désormais une existence entre parenthèses. » [8]
Calypso lui offre l’immortalité, le monde immobile, la terre de Narcisse. Il suffit d’accepter et d’habiter pour toujours cette vie sans repères et sans limites. Mais aussi une vie sans traces, où l’oubli règne. Ulysse refuse cette immortalité sans rêves, cette vie endormie, même si infinie. Il lutte contre les forces de l’oubli, présentes partout dans ce monde irréel de Cyclopes, Lestrygons et Lotophages, ceux qui proposaient le Lotus, justement, la fleur de l’oubli. Il veut regagner Ithaque et retrouver ainsi sa condition humaine, sa mortalité. En acceptant la mort, Ulysse reste vivant :
« Et, quitté le vaisseau laissant sa toile sur les mers Ulysse est revenu, plein d’espace et de temps » [9]
Le nostos (retour), valeur principale de l’Odyssée, permet le temps, la vie. Il introduit le quotidien dans la vie du héros, et ça change tout. C’est une des choses qu’Ulysse nous apprend : la vie hors du temps, même remplie de gloire, nous éloigne du monde, de la durée, du « dur désir de durer » comme dirait Paul Éluard.
Malone n’a pas écouté Ulysse. En voulant nier la mort, il perd la vie. Il vit enfermé dans une totalité qu’il croit heureuse et qui le jette hors du monde, de la vie. « La beauté ou la vie » pourrions-nous dire, si nous voulons poursuivre une de figures de la beauté que nous explorons dans cet article, celle traversée par Narcisse. « La beauté ou la vie », il faut choisir. Piège redoutable. Autrement dit, la beauté introduirait ici une nouvelle figure de Thanatos; elle serait sa déclinaison, et non un rempart :
« Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme
O Beauté ? Ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l’on peut pour cela te comparer au vin
Tu contiens dans ton œil le couchant et l’aurore... »
nous dit Baudelaire, précis [10].
La beauté, vue par Narcisse, échoue ainsi dans sa mission de protection en occupant la place d’un idéal qui rend malade. Malone veut échapper à l’effroi que suscite en lui la vision de la différence de sexes, la terrible confrontation à la Méduse. Mais le refuge devient prison : la beauté lui permet d’esquiver le regard de l’horrible, mais le fait plonger dans un monde suspendu et immobile, monde où il se croit à l’abri de la mort, sans se rendre compte que c’est vers elle qu’il s’adresse, endormi, sans rêves.
 
POUR UNE DYNAMIQUE DE LA BEAUTÉ
 
 
Mais la beauté, doit-elle toujours devenir une prison immobile qui nous éloigne de rêves ? Devons-nous à tout prix esquiver la mort ? Ou devons-nous plutôt accepter la mort pour rester vivants, comme Ulysse ? Dans cette autre perspective, la beauté ne serait donc pas celle qui nous permet d’esquiver la mort, mais celle qui la porte en soi, et nous permet de l’accepter, « en restituant le mouvement d’ancrage du mort sur le vif » [11]. Cela signifie sortir de l’espace narcissique – où Malone est enfermé –, saisir la vie en tant qu’aléatoire, établir un autre rapport au monde, moins maîtrisé et plus vivant [12].
Freud – et nous pensons ici à Malaise dans la Civilisation – semble se situer entre les deux positions que nous voulons présenter. D’une part, l’aspect défensif de la beauté reste présent chez lui, mais en même temps, il souligne le caractère provisoire de cette fonction. Voyons les choses de plus près : Civilisation, donc, malaise. La vie est trop lourde, et le monde cherche querelle au plaisir, toujours. La satisfaction immédiate et illimitée de tous nos besoins serait le mode de vie le plus séduisant, mais on ne peut pas l’adopter et en même temps, vivre en société. On compose, donc, on trouve des moyens – des « échafaudages de secours », des « briseurs de souci » – qui nous aident à accepter cette impossibilité structurale du bonheur comme état perdurable :
« Nunca he sido feliz
Pero, al menos,
He perdido
Varias veces
La felicidad. »
nous dit Luis Hernández, poète péruvien [13]. Je ne peux pas être heureux, mais je peux au moins traverser fugacement le bonheur. Parmi ces lieux qui nous permettent de traverser fugacement le bonheur, pris cette fois – via la sublimation – à l’intérieur d’autres modalités expressives, Freud nous parle de l’art et de la beauté [14].
À ce sujet deux remarques rapides : – Freud parle de la « légère narcose de l’art » et de « l’émotion légèrement enivrante » de la beauté. Ivresse, narcose et légèreté : l’art et la beauté sont des drogues légères : plus que des « briseurs de soucis » comme c’est le cas des stupéfiants, ils sont plutôt des « endormisseurs de soucis », protection passagère [15] qui nous ravit quelques instants à la dureté du monde. Ainsi Malone, au lieu de s’enfermer définitivement dans un monde beau et sans limites, traversera, de temps en temps, ces ivresses. Ici la beauté ne nous jette pas hors du monde, même si elle nous aide à l’esquiver, épisodiquement, grâce à l’ivresse. Il faudra s’arrêter un jour sur cette piste et l’explorer en détail : comment l’art, la beauté et les stupéfiants s’inscrivent à l’intérieur d’une logique similaire...
- Légère ivresse : Permettez-nous une hypothèse hasardeuse : suivons le cheminement de la pensée freudienne dans ce texte : elle creuse, elle explore, elle avance, la beauté nous protège faiblement, nous dit Freud, comme l’art. Et puis, tout à coup, il s’arrête, reprend ses esprits, et avoue finalement que « c’est sur la beauté que la psychanalyse a le moins à dire » [16]. C’est comme si lui-même sortait de la légère narcose où l’avait amené l’ivresse de l’écriture, retrouvait ses limites, se trouvait à l’extérieur. Précaution du chercheur qui perçoit les abîmes ? J’entends en tout cas un conseil aux analystes qui nous rappelle que la beauté porte aussi notre Dehors et notre mystère.
Poursuivons. La beauté, comme pour Malone, peut nous jeter hors du monde tout en voulant nous protéger. Elle nous enferme ou, dans le meilleur des cas, nous venons de le voir, nous enveloppe d’une brume qui aura à se dissiper et nous, à « tenter de vivre ».
Malgré ces nuances, Freud met en avant l’aspect défensif de la beauté, qui permet de mieux se protéger contre le malaise de la civilisation. Mais essayons de penser la beauté autrement, hors de l’univers défensif. Contre la beauté narcissique, atemporelle, qui nous jette hors du monde, Benjamin nous propose une beauté qui fait appel à l’aura, au souvenir, au temps qui passe (d’où la mélancolique beauté des portraits, dernier refuge de l’aura, selon lui). Cette beauté est inscrite dans le monde et par conséquent, elle est incomplète, mortelle. Loin de nous éloigner du monde, elle nous permet d’y être, justement en acceptant nos ombres et non seulement nos lumières. Accepter nos ombres veut dire accepter nos obscurités, les obscurités d’un monde inachevé, mobile, dynamique, qui nous échappera toujours, finalement. C’est parce qu’on accepte l’ombre, qu’on n’est plus aveuglé par la lumière, comme Malone (les toxicomanes ont le mot juste pour cet aveuglement : flash). Accepter le monde mobile serait le mot de passe de la beauté, une beauté autre que celle de Narcisse, car inachevée et porteuse d’inconnu. Cela est important : cette autre expérience de la beauté nous transporte, mais ne nous enferme pas. Elle nous montre l’ailleurs en nous, notre Gorgone douce, et nous offre des issues et donc des manques. C’est en cela que les surréalistes ont raison, quand ils exaltent la rencontre, l’inconnu, la découverte, « et je sais bien que l’émotion et l’espoir de Breton furent, dès l’origine, émotion devant la beauté et espoir en elle. » [17]
Essayons de cerner – le mot est maladroit – un peu plus cet autre rapport à la beauté, cette autre manière de vivre l’expérience de la beauté. Ici elle n’est pas prison mais passage; elle échappe à la forme, ou plutôt elle permet que la forme accueille la vie; elle ne vient pas refléter un monde mais l’ouvrir, le mettre en perspective. Malone ne peut pas vivre avec son amie « en perspective ». Ils sont suspendus, immobiles, ils ne connaissent pas les recoins, les volumes, les terrasses : seulement l’image.
Rappelons la proposition surréaliste : « La beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas » [18]. Ces convulsions rappellent celles des corps qui explosent à la Salpêtrière donnant lieu à une iconographie saisissante [19]. Breton les déplacera vers les tremblements d’une rencontre, « une relation d’inconnu à laquelle Breton a toujours été très sensible chaque fois qu’il se livrait à l’attente et percevait la découverte (...) le monde environnant, le parcours accompli avec une femme, la femme aimée elle-même sont cet inconnu grâce à quoi il n’y a nulle accoutumance ni lassitude, l’inconnu de la vie elle-même » [20]. C’est cet inconnu qui permet d’échapper à la forme totalisante et justifie que l’on parle du surréalisme en tant qu’expérience. Chez les surréalistes, la beauté est toujours en mouvement, jamais intacte. Si nous donnons à la beauté seulement un caractère défensif, narcotique, nous fermons la porte à l’inconnu et rendons ainsi impossible la beauté dans la vie.
Beauté en mouvement, beauté passage : il s’agirait de penser non pas à Calypso, l’ensorceleuse, mais plutôt à Gradiva, la flâneuse antique.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  ALQUIE F., (1955) Philosophie du surréalisme. Paris, Flammarion.
·  BAUDELAIRE Ch., (1861) Les Fleurs du Mal. Paris, Gallimard, 1972.
·  BENJAMIN W., (1922-1940) Essais. Paris, Denoël, 1983.
·  BRETON A., (1928) Nadja. Paris, Gallimard, 1964.
·  COCTEAU J., (1930) Opium. Paris, Stock.
·  FREUD S., (1930), Malaise dans la civilisation. Paris, P.U.F, 1971.
·  HERNANDEZ L. (1983) Obra Poética completa. Lima, Punto y Trama. HOMÈRE, L’Odyssée, Paris, Gallimard, 1955.
·  MANDELSTAM O., (1922) Tristia et autres poèmes. Paris, Gallimard, 1982,220 pp.
·  PIGEAUD J., (1995) L’Art et le Vivant. Paris, Gallimard.
·  REINACH S., (1905/1923) Cultes, Mythes et Religions. Paris, Robert Laffont, 1996.
·  ROSOLATO G., (1993) Pour une psychanalyse exploratrice de la culture. Paris, P.U.F.
·  VERA OCAMPO E., (1993) L’absence qui règne, in La plainte, Nouvelle Revue de Psychanalyse, N°47. Paris, Gallimard, 1993,61-66.
·  VERNANT J-P., (1989) L’individu, la mort, l’amour. Paris, Gallimard.
 
NOTES
 
[1]Pigeaud Jackie, L’Art et le Vivant. Paris : Gallimard, 1995, pp. 21-28.
[2]Reinach Salomon, Le Narcisse dans Homère et dans Sophocle, in Cultes, Mythes et Religions, Paris : Robert Laffont, 1996, p. 423.
[3]Reinach, op. cit., p. 424.
[4]Cocteau définissait l’expérience de la désintoxication comme « la santé avec ce trou ». Il nous faisait comprendre ainsi comment la drogue, cette beauté souvent mortelle, l’aidait à subjectiver une expérience, à supporter le trou d’une blessure narcissique, tout en le conduisant vers la mort. Cf. Cocteau Jean., Opium. Paris, Stock, 1930, p. 78. Cf aussi les commentaires deVera Ocampo Eduardo inVera Ocampo E., L’absence qui règne, in La plainte, NRP, N° 47. Paris : Gallimard, 1993, pp. 61-66.
[5]La Gorgoneet la Beauténe sontpas si éloignéesqu’onaurait pu le penser : « D’une éclatante beauté, Méduse avait fait naîtreles espoirs jaloux de nombreux prétendants, et, dans toute sa personne, iln’y avait rienqui attirât plus les regards queles cheveux. J’airencontréun homme qui racontaitl’avoir vue. Le maître de la mer la viola, dit-on, dansle templede Minerve. La fille deJupiter détourna sa vueet couvritdeson égideson chastevisage. Et, pour quecet attentat ne demeurât pasimpuni, ellechangea lescheveux de la Gorgoneen hideux serpents. Aujourd’hui encore, pour frapper de terreurses ennemis épouvantés, elle porte, sur ledevant de la poitrine, les serpentsnés par sa volonté » in Ovide, Les Métamorphoses, IV, 795-803. Paris : Flammarion,1966, pp. 132-133.
[6]Cf. Rey-Flaud, Henri, Les fondements métapsychologiques de Malaise dansla Culturein Autour de Malaise dans la culture deFreud, Paris : PUF 1998, pp. 1-54.
[7]Homère, L’Odyssée, Paris : Gallimard, 1955, p. 53-54. Cf. aussi Vernant Jean-Pierre, Figures féminines de la mort en Grèce, in L’individu, la mort, l’amour. Paris : Gallimard, 1989, pp. 131-152.
[8]Vernant, op.cit., pp. 148-149.
[9]Mandelstam O., (1922) Tristia et autres poèmes. Paris, Gallimard, 1982.
[10]Baudelaire Charles, Hymne à la Beauté, in Baudelaire, Les Fleurs du Mal. Paris, Gallimard, 1972, pp. 55-56.
[11]Le Poulichet Sylvie, La fonction du beau en Psychanalyse, in Psychanalyse à l’Université, Tome 13 - N° 51, juillet 1988, p. 421.
[12]Ici, mesemble-t-il, la penséedeBENJAMIN devra nous aider à avancer, quandil établit la différence entre valeur d’expositionet valeur cultuelle. La valeur d’exposition est celle qui naît à l’érede la reproductibilitétechniquede l’œuvre d’art. Cen’est plusle rapportautemps, à la tradition, au culte que véhiculel’œuvred’art mais sonaspect reproductible. Cette perte d’aura ne sefaitpas sans combat : « Avec la photographie la valeur d’exposition commence à repousserau secondplan, danstous les ordres, la valeur de culte. Cette dernièrepourtant necède pas sans résistance. Son ultime retranchementest le visagehumain. Ce n’est en rien un hasardsi le portrait a joué un rôle centralauxpremiers tempsdela photographie. Dans lecultedu souvenir dédiéaux êtres chers, éloignésoudisparus, la valeur cultuelle de l’image trouve son dernier refuge. Dans l’expressionfugitived’un visage d’homme, les anciennesphotographies fontplaceà l’aura, une dernièrefois. C’est ce qui leurdonne cettemélancolique beauté, qu’onnepeutcomparer à riend’autre. » Benjamin Walter, L’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique, in Essais II 1935-1940, Paris, Denoël, 1971, p. 100. Le portrait est beau, d’après Benjamin, parce qu’il échappe encore au monde anhistorique du reproductible. Il nous fournit ainsi une idée de la beauté qui prend en compte le temps pour pouvoir exister. Au contraire de Malone...
[13]Jamais j’ai pu être heureux Mais, au moins, J’ai perdu Quelques fois Le bonheur. Hernandez Luis, Obra Poética Completa. Lima : Punto yTrama, 1983, p. 483.
[14]Il est vrai, Freud va distinguer l’art de la beauté et cette distinction est importante. Néanmoins il va aussi les joindre sur d’autres points – en parlant de la beauté de la création artistique par exemple –. C’est ce carrefour qui nous intéresse : le sujet mis en rapport avec la beauté d’une œuvre, d’une femme, d’un paysage : là où la beauté nous analyse.
[15]Cf. à ce sujet Freud Sigmund (1915) Éphémère destinée, in Résultats, idées, problèmes, Vol. I, 1890-1920. Paris : PUF, 1984, pp. 233-238.
[16]Freud Sigmund (1929), Malaise dans la civilisation. Paris : PUF, 1971, p. 29.
[17]Alquie Ferdinand, Philosophie du surréalisme. Paris : Flammarion, 1955, p. 14.
[18]BretonAndré, Nadja. Paris : Gallimard, 1964, p. 161.
[19]Cf. à ce propos Didi Huberman Georges, Invention de l’Hystérie. Charcot et l’iconographie photographique de la Salpêtrière. Paris : Macula, 1982.
[20]Rosolato Guy, Pour une psychanalyse exploratrice dans la culture. Paris : PUF, 1993, p. 134.
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Reinach Salomon, Le Narcisse dans Homère et dans Sophocl...
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[3]
Reinach, op. cit., p. 424. Suite de la note...
[4]
Cocteau définissait l’expérience de la désintoxication com...
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[5]
La Gorgoneet la Beauténe sontpas si éloignéesqu’onaurait ...
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[6]
Cf. Rey-Flaud, Henri, Les fondements métapsychologiques d...
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[7]
Homère, L’Odyssée, Paris : Gallimard, 1955, p. 53-54. Cf....
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[8]
Vernant, op.cit., pp. 148-149. Suite de la note...
[9]
Mandelstam O., (1922) Tristia et autres poèmes. Paris, G...
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[10]
Baudelaire Charles, Hymne à la Beauté, in Baudelaire, Les...
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Le Poulichet Sylvie, La fonction du beau en Psychanalyse,...
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[12]
Ici, mesemble-t-il, la penséedeBENJAMIN devra nous aider ...
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[13]
Jamais j’ai pu être heureux Mais, au moins, J’ai perdu ...
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Il est vrai, Freud va distinguer l’art de la beauté et ce...
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[15]
Cf. à ce sujet Freud Sigmund (1915) Éphémère destinée, in...
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Freud Sigmund (1929), Malaise dans la civilisation. Paris...
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[17]
Alquie Ferdinand, Philosophie du surréalisme. Paris : Fl...
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[18]
BretonAndré, Nadja. Paris : Gallimard, 1964, p. 161. Suite de la note...
[19]
Cf. à ce propos Didi Huberman Georges, Invention de l’Hys...
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[20]
Rosolato Guy, Pour une psychanalyse exploratrice dans la c...
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