Champ psychosomatique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2-913062-87-3
170 pages

p. 115 à 125
doi: en cours

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no 26 2002/2

2002 Champ Psychosomatique

Bronzer au risque de sa vie

Sylvie G. consoli 7 rue Mouton Duvernet 75014 Paris.
Le bronzage intempestif est gravementdommageable pour la santé à court, et surtout, à long terme (risque de mélanome). Malgré les campagnes d’information, les conduites se modifient peu. Le désir d’être bronzé est relativement récent (depuis la deuxième guerre mondiale) et il est influencé par les médias qui martèlent que la réussite affective, sexuelle, et sociale appartient à ceux qui sont jeunes, beaux et bronzés. Eneffet,ce désir d’êtrebronzé concerne surtoutdes femmes jeunesà peine sorties de l’adolescence, célibataires. Elles cherchent ainsi une amélioration de leur image et de leur pouvoir de séduction en s’appuyant sur des modèles pour se reconstruire narcissiquement après les bouleversements physiques et psychiques de l’adolescence. Les soignants, quels qu’ils soient, en faisant repérer à ces jeunes femmes leurimmaturitéaffective, leurdépressivité,leurs carences des capacitésd’identification et du fonctionnement imaginaire, sont bien placés pour les aider à se dégager des diktats de la mode qui mettent leur santé en péril et ne plus recourir à un mouvement qui devrait nécessairement inscrire seulement dans le corps la réparation narcissique.Mots-clés : Bronzage, Conduites à risque, Jeunes femmes, Narcis- sisme. Lengthy and repeated exposure to ultraviolet radiation in order to obtain a tanis both a shortterm and a long term health risk (forcutaneous cancers and melanoma, for example). But, in spite of numerous information compaigns, behavior does not change very much. The desire to be tanned is recent (from the Second World War) and is influenced by media which repeat that socio-affective success belongs to the beautiful, the young, and often the tanned. The desire to be tanned is especially popular among young, just leaving the adolescence, single women. In that way, these women look for an improvement of their image and their powerof seduction, depending on models with the intention of reconstructing themselves in a narcissistic way after the physical upheavals of the adolescence. The care-takers are the best placed to identify and help to treat emotional immaturity, depression, and dysfunctional role-model identification and imagination that underlie this type of risk behavior. Only in that way can these women be liberated from the dictates of fashion that place their health at risk, and not to resort to a physical movement which necessarily should inscribe in the body the narcissistic repairing.Keywords : Tanning, Risk behavior, Young women, Narcissism.
 
INTRODUCTION
 
 
Le bronzage obtenu par expositions répétées et longues au rayonnement ultraviolet est dommageable pour la santé à court et à long terme. À long terme, en particulier, de telles expositions au rayonnement ultraviolet semblent favoriser la survenue, entre autres, de cancers cutanés et, principalement, de mélanome. Or, chez les sujets à peaux claires, l’incidence desmélanomes, dont le pronostic est souvent catastrophique, ne cesse d’augmenter. Le bronzage devient donc un véritable problème de santé publique. Des campagnes d’information sur les risques de l’exposition au rayonnement ultraviolet se multiplient donc auprès des populations à peaux claires et exposées à ce risque. Cependant, les conduites de ces populations se modifient peu.
La peau n’est pas un organe comme un autre que l’on répare quand il est malade et dont on attend un fonctionnement silencieux. La peau, organe visible privilégié de la vie de relation, exprime, dévoile ou même trahit émotions et sentiments qui peuvent, par exemple, se traduire par une pâleur extrême ou un rougissement intempestif ou une sudation excessive. La peau participe de la vie sociale et affective et y compris de la séduction et de la vie amoureuse. Elle est destinée à être regardée, respirée, touchée, caressée. Elle est liée au plaisir.
Tout au long de la vie de chaque individu la peau est donc une véritable interface entre cet individu et les autres. Sur la peau s’inscrivent, visibles aussi par les autres, les cicatrices indélébiles des blessures, les marques du temps qui passe et les transformations corporelles qui en découlent mais aussi les signes de l’identité du sujet, en particulier de son identité sexuelle par l’intermédiaire, par exemple, des poils et des cheveux et des habitudes esthétiques qui s’y rapportent en fonction des cultures et des modes. La peau de chaque individu est modelée par le regard des autres conformément aux codes sociaux et à ceux de chaque classe sociale particulière. Ainsi, de tous temps et dans toutes les cultures, selon les coutumes et les modes en vigueur, la peau a été parfumée, maquillée, ornée, épilée, blanchie, ou au contraire bronzée. Les manifestations, au niveau de la peau et des phanères, des exigences et des désirs plus ou moins subtiles des autres sont innombrables : depuis la coupe de cheveux imposée par les parents en signe d’allégeance à l’autorité paternelle jusqu’au bronzage qui, dans nos pays occidentaux, est dicté par les canons de la cosmétologie et devient le signe de la réussite sociale.
La cosmétologie renvoie étymologiquement à l’art de parer mais aussi à celui d’ordonner. Le terme « cosmétologie » dérive en effet du grec « cosmos » dans lequel se fondent, dans un même mot, deux acceptions : l’ornement et l’ordre.
Le principal objectif de la cosmétologie est par conséquent de rendre plus belle la peau. Or la peau participe à la constitution de l’image que le sujet a de lui-même et de celle qu’il désire offrir aux autres et donc, dans une grande mesure, de la beauté du sujet tout entier. Michel Serres affirme ainsi que la peau est « aux avant-postes du sujet ». Elle est, en effet, entre autres éléments constitutifs du sujet, la représentante du sujet tel qu’il désire se vivre lui-même et qu’il désire être vu et vécu par les autres. Dans ces conditions on comprend mieux pourquoi tout sujet souhaite tant que sa peau soit en harmonie (on pourrait dire « en ordre ») avec l’image qu’il a de lui-même et avec celle qu’il offre aux autres. Quoi de plus naturel, donc, et de meilleur aloi que de désirer l’embellir et qu’elle devienne la plus belle des messagères du sujet.
 
LE DÉSIR D’ÊTRE BRONZÉ
 
 
De nos jours, en effet, avoir une peau bronzée c’est avoir une plus jolie peau. Pourtant cela n’a pas toujours été le cas. Jusqu’au moins la première guerre mondiale, les élégantes occidentales (mais aussi les élégants) se devaient de rester blanches et utilisaient dans ce but ombrelles, voilettes, ainsi que fards et onguents nombreux et variés. Le bronzage avait, d’ailleurs, dans les dictionnaires comme seule définition la définition suivante : « action de recouvrir un objet d’une couleur imitant l’aspect du bronze ». On parlait donc de hâle et celui-ci était considéré comme la destruction du teint par le soleil. Il signait l’origine sociale basse et était considéré comme la conséquence fâcheuse des travaux des champs, puisque à cette époque, la grande majorité de la population occidentale était paysanne.
Jane Austeen dans son roman intitulé Orgueil et préjugé met ces mots dans la bouche d’une femme jalouse de son héroïne : « Eliza Bennet n’est vraiment pas en beauté ce matin, Monsieur Darcy s’écria-t-elle. De ma vie, je n’ai rien vu de pareil, elle a tellement changé depuis cet hiver. Son teint est devenu si foncé, si ordinaire ». (1)
Mais juste avant la deuxième guerre mondiale, dans les années 1930, et dans les années qui ont suivi la guerre, c’est la révolution du bronzage : la mode bascule complètement. De même que l’on raccourcit ses jupes et ses cheveux, que l’on se dénude de plus en plus sur les plages, on se doit d’être bronzé au moins l’été. À l’origine de cette véritable révolution culturelle certains incriminent Coco Chanel, d’autres les GI’s débarquant en Europe en 1944 avec des peaux basanées et dans leur sac de « l’huile pour bronzer ». D’autres, enfin, insistent sur les influences conjuguées de la recherche de l’exotisme, de la pratique du sport, du culte du corps, de l’avènement des congés payés sur les rapports nouveaux que la femme occidentale noue avec son corps et avec le soleil et la nature.
Dans tous les cas, le facteur économique et social a aussi joué un rôle important dans la mode du bronzage. En effet, après la seconde guerre mondiale, les travaux les plus durs se faisaient de moins en moins dans les champs et de plus en plus dans les usines. Être bronzé signifiait donc qu’on avait eu assez de « loisirs » pour aller en plein air « profiter » du soleil et de ses bienfaits en prenant « des bains de soleil ».
Ces constatations montrent combien les motivations actuelles des populations s’enracinent dans l’historique de cette pratique particulièrement influencée par la culture, la mode et l’économie.
Cependant dès l’époque du surgissement de cette mode du bronzage, des voix se sont élevées pour mettre en garde contre celle-ci. Ainsi, Pascal Ory cite dans un article intitulé « L’invention du bronzage » Alexis Carrel, prix Nobel de littérature, qui a écrit en 1935 cette phrase ambiguë : « nous ne savons pas exactement quel est l’effet de l’exposition au soleil de la surface de notre corps. Jusqu’au moment où cet effet sera connu, le nudisme et le brunissement exagéré de la peau par la lumière naturelle ou les rayons ultraviolets ne devront pas être acceptés aveuglement par la race blanche ». (2)
 
LA BEAUTÉ
 
 
La conduite des élégants et des élégantes de notre époque à l’égard du bronzage est donc modelée par les représentations de la beauté que la société, par l’intermédiaire de la mode, leur offre dans les journaux, au cinéma, à la télévision, sur Internet. Or pour beaucoup de sujets la beauté est gage de réussite sociale et même de bonheur. Si la beauté est liée à l’idée de féminité et de séduction les hommes sont aussi concernés par la beauté même si les liens entre beauté, virilité et séduction, sont encore plus complexes que ceux noués entre beauté, féminité et séduction. En effet, un homme laid, vieux, marqué par différents événements de sa vie et le visage tanné reste viril et même séduisant : il lui suffit de montrer son intelligence et surtout sa réussite socioprofessionnelle qui est un facteur essentiel. À ce jeu, la femme n’est pas encore à égalité : pour rester féminine elle doit encore souvent masquer son intelligence, et souvent grâce au bronzage, les ravages de l’âge et les marques trop visibles des coups reçus par la vie. Cependant la beauté a des facettes plus ou moins troubles et cachées; elle est, comme le bronzage, éphémère : sa quête est un rêve qui peut devenir un cauchemar réduisant le sujet en esclavage. Au bout du compte bien souvent elle est considérée comme insaisissable et énigmatique.
Au cours d’une séance de psychothérapie analytique particulièrement importante et émouvante, Claire parvient à retrouver et à m’exprimer les violences tant physiques que verbales subies dans l’enfance, de la part de ses parents. Elle comprend mieux alors l’origine de ses fantasmes sado-masochiques qui la troublaient tant. Claire se sent très soulagée après une telle prise de conscience. Au début de la séance suivante, elle me rapporte en souriant les réflexions de trois collègues alors qu’elle revenait à son bureau après sa séance : Qu’est-ce que tu as fait à ton visage ? Il paraît si reposé ! Quelle crème as-tu appliquée sur ta peau ? Tiens, tu t’es fait faire un masque à l’heure du déjeuner...
Cependant notre société occidentale valorise particulièrement la beauté. En effet, dans notre société, nos regards tombent sans cesse sur des images de belles jeunes femmes et de beaux jeunes hommes. Que ces images soient ou non le support de messages publicitaires elles vont toutes dans le même sens : la réussite appartient à ceux qui sont beaux, jeunes et souvent bronzés.
De nombreuses études ont montré l’importance de l’apparence physique dans les relations avec autrui. Ces dernières sont constituées de multiples signaux dont la taille, le poids, la chevelure, la régularité des traits du visage mais aussi la voix, les odeurs, les éléments en jeu dans la communication non verbale. L’interlocuteur d’un sujet dont l’apparence physique est attractive pense, plus ou moins consciemment, que celui-ci remporte de nombreux succès professionnels et affectifs et est plein de qualités. C’est ainsi que des femmes dont on a changé l’apparence physique grâce à une prise en charge d’ordre cosmétologique ont trouvé plus facilement un emploi et se voient proposer des salaires plus élevés. Par ailleurs des thérapies visant à améliorer l’apparence physique grâce à une prise en charge d’ordre cosmétologique ont été souvent instituées avec succès chez des patientes psychiatriques, hospitalisées ou non, souffrant d’états dépressifs avec une grande atteinte de l’estime de soi.
 
IMAGE DE SOI, SÉDUCTION ET IDENTITÉ
 
 
Le bronzage est surtout recherché par les jeunes occidentaux entre 18 et 30 ans, des deux sexes. Il est obtenu par des activités récréatives (natation, nautisme, jeux de plage...) plutôt prisées par les jeunes hommes qui utilisent alors très peu les crèmes antisolaires. Les « bains de soleil » concernent plutôt les jeunes femmes célibataires qui, elles, utilisent alors plus souvent que les jeunes hommes les crèmes antisolaires que les laboratoires de cosmétologie ont su rendre agréables grâce à leur texture, leur odeur... Depuis une quinzaine d’années les femmes ont maintenant aussi recours, pour être bronzées toute l’année, ou pour préparer et prolonger le bronzage naturel de l’été, aux cabines d’ultraviolets. Le recours à un tel artifice, qui concerne aussi les hommes même si c’est dans une moindre mesure, constitue un nouveau bouleversement culturel concernant le bronzage. (3)
Cette industrie très lucrative a su souvent rendre attractives les cabines d’UV en mettant en avant le fait que le bronzage obtenu artificiellement était plus sûr que celui obtenu naturellement par le soleil. C’est le fameux « safer tan than sun [1] » auquel les utilisateurs de cabines adhèrent très souvent, prêts à s’illusionner sur les bienfaits de la technologie et ne se protégeant alors ni la peau, ni les yeux. D’ailleurs une étude réalisée chez un échantillon de 987 jeunes américains du Minnesota a montré que 34% d’entre eux utilisaient régulièrement des cabines d’UV et que seulement la moitié d’entre eux avaient été informée par les patrons des cabines d’UV des risques qu’ils prenaient (4). Ainsi les liens entre bronzage, industrie et argent sont de liens dangereux qui mettent la santé en péril.
Une autre étude, suédoise celle-ci, réalisée en 1993 chez 1502 élèves âgés de 14 à 19 ans illustre aussi bien ces notions : 57% des élèves ayant répondu à un questionnaire portant sur leurs habitudes concernant le bronzage avaient au moins utilisé 4 fois une cabine à UV dans l’année écoulée. 70% étaient des filles, 44% des garçons. L’utilisation des cabines à UV était significativement corrélée au tabagisme (à l’âge de 14-15 ans), au sexe (les filles le plus souvent), à l’âge (augmente avec l’âge), à un bronzage excessif au soleil, et à la perception d’une mauvaise image de soi concernant le poids, la taille, les cheveux, et le corps. Enfin, cette étude a montré que les élèves les mieux informés quant aux risques étaient ceux qui utilisaient le plus les cabines à UV. Il n’y avait donc aucun parallélisme entre degré d’information et degré de prévention. (5)
Le bronzage, naturel ou artificiel, concerne souvent des sujets jeunes, qui sortent tout juste de l’adolescence ou qui y sont encore et sont donc aux prises avec les phénomènes psychologiques spécifiques de cette période.
Or l’adolescence, est une période délicate de maturation de la sexualité mais aussi de l’affectivité où se mettent en place des processus de séparation. L’adolescent doit en effet découvrir d’autres personnes que les parents à séduire et des ressources différentes en lui-même et dans son corps de celles de son enfance pour atteindre ce but. Pendant longtemps il peut même avoir honte des transformations visibles de son corps car il aura à subir de multiples transformations invisibles et visibles. L’insécurité narcissique est donc extrême puisque sa capacité de séduire est battue en brèche voire, peut être augmentée par la moindre imperfection de la peau du visage ou du corps et combattue par une nouvelle couleur de cheveux ou un bronzage éclatant.
En outre, on sait que les adolescents tout particulièrement vivent dans l’instant, dans le moment présent (ils veulent tout, tout de suite) et éprouvent beaucoup de difficultés à supporter les contraintes. Ils subissent en effet tellement de remaniements psychiques et physiques, qu’ils ne parviennent que difficilement à se projeter dans le futur et à fortiori dans le futur lointain. Ils préfèrent les gains narcissiques obtenus immédiatement et ne se sentent donc pas concernés par des risques à long terme. C’est ainsi qu’ils sont dans le déni de ces risques ou qu’ils tendent à afficher, face à ces derniers, un optimisme inébranlable, testant ainsi leur invulnérabilité. Bien entendu un individu plus âgé peut avoir des conduites adolescentes à l’égard du bronzage et ce, je pense, d’autant plus qu’il a une mauvaise image de soi et une faible estime de soi accompagnées ou non d’un état anxio-dépressif.
La motivation la plus souvent invoquée pour être bronzé est celle liée à la recherche d’une amélioration de son apparence physique (et ceci aussi bien pour les femmes que pour les hommes) et donc de son pouvoir de séduction.
Cette recherche n’est pas une surprise puisque, comme nous l’avons constaté à plusieurs reprises, le milieu socioculturel occidental favorise l’attachement des individus aux images en général et, plus particulièrement, à celles qui représentent des individus dont l’apparence physique suggère réussite sociale, pécuniaire, et sexuelle, comme si cet ensemble était obligatoirement lié au bonheur ! (?)! Enfin, le pouvoir de ces images tout particulièrement sur les jeunes gens est considérable car ces derniers cherchent des modèles auxquels ils pourraient ressembler et sur lesquels ils pourraient se reconstruire narcissiquement après tous les bouleversements physiques et psychiques qu’ils ont traversés à l’adolescence. La constatation selon laquelle les jeunes hommes utilisent peu les crèmes solaires lors de leurs activités récréatives au soleil va dans ce sens. On retrouve là le désir de correspondre à l’image véhiculée par les médias d’un homme jeune, beau, fort, sportif, musclé et... bronzé que l’on ne voit jamais se protéger du soleil avec un chapeau ou avec des crèmes antisolaires. Les crèmes ont d’ailleurs encore chez les hommes une connotation de « crèmes de beauté pour les filles » et les appliquer peut même être considéré comme une attitude peu virile.
Quant à la motivation, pour être bronzé, de paraître en bonne santé, elle existe encore même si elle est moins souvent invoquée qu’il y a une quinzaine d’années (7). Mais il est vrai que, de nos jours encore, la dégradation physique, la vieillesse sont honteuses et cachées comme si elles dérangeaient l’ordre social.
Une motivation fréquemment retrouvée dans les études réalisées sur des échantillons de sujets questionnés à propos de leurs habitudes concernant le bronzage en cabine d’UV, est la détente. Et il est vrai qu’il peut être tentant, lors d’une journée trépidante tant au bureau qu’à la maison, de s’accorder un moment de détente, en bronzant, et donc de pouvoir ainsi s’échapper des contraintes journalières, les oublier et rêver... Dans ce but, les cabines d’UV sont très pratiques puisqu’elles sont le plus souvent disponibles immédiatement toute la journée et elles reviennent moins cher qu’un voyage dans un pays ensoleillé mais lointain qui prendra plusieurs jours ou semaines à organiser.(8)
Dans cette véritable conduite à risque que constitue le bronzage intempestif le poids de notre société occidentale moderne, industrielle, fascinée par la technologie et l’argent et soumise à la toute puissance des images et des apparences, est certainement important.
Ce poids se fait d’autant plus sentir chez les adolescents, les jeunes adultes et les sujets, jeunes ou moins jeunes, immatures affectivement et dépressifs. En effet tous ces sujets ont, en général, une mauvaise image d’eux-mêmes et une très faible estime pour eux-mêmes. Ils sont prêts à tout pour valoriser l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et celle qu’ils offrent au regard des autres pensant ainsi colmater leurs failles imaginaires et secrètes et retrouver un peu d’estime de soi. Le bronzage représente évidemment l’un des moyens relativement faciles d’accès pour valoriser l’image de soi, même si ces sujets connaissent bien, la plupart du temps, les risques à long terme qu’il comporte. Mais le gain narcissique immédiat l’emporte sur toutes les autres considérations.
Ainsi, au bout du compte, les campagnes de prévention les plus efficaces seraient celles non pas qui informeraient seulement sur le risque pour la santé à court et surtout à long terme du bronzage mais celles qui feraient prendre conscience aux médias, reflets de notre société, de la nécessité de se dégager du poids des industriels. Le fait de présenter des images attractives d’hommes et de femmes à peaux non bronzées, de cibler les messages sur les risques du bronzage sur la santé et sur l’apparence physique (le vieillissement cutané prématuré par exemple) n’entraînerait plus le mouvement inconscient qui devrait nécessairement inscrire seulement dans le corps la réparation narcissique.
 
CONCLUSION
 
 
Les médecins et en particulier les médecins généralistes, les gynécologues et les dermatologues, sont bien placés pour faire repérer au sujet son immaturité affective, sa dépressivité, ses carences des capacités d’identification et du fonctionnement imaginaire qui sont le lit des conduites à risques et l’encourager à les traiter. C’est seulement dans ces conditions que les sujets se dégageront au mieux des diktats de la mode qui mettent leur santé en péril.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  1. A USTEEN J. Orgueil et préjugé. In : Œuvres romanesques complètes. 1. NRF, collection La pléiade. Paris, 2000.
·  2. O RY P. L’invention du bronzage. In : Fatale beauté. Dirigé par Nicole Czechowski et Véronique Nahoum-Grapp. Autrement, Paris 1987; 97 : 146-152.
·   3. S PENCER J.M., A MONETTE R.A. Indoor tanning : risks, benefits, and future trends. J. Am. Acad. Dermat. 1985; 33 (1): 288-298.
·   4. O LIPHANT J.A., FOSTER J.L., McBride C.M. The use of commercial tanning facilities by suburban Minnesota adolescents. Am. J. Public Health 1994; 81 (3): 476-478.
·   5. BOLDEMAN C., JANSSON B., N ILSSON B., U LLEN H. Sunbed use in Swedish Urban Adolescents related to behavioral characteristics. Prev. Med., 1997; 26 : 114-119.
·   6. H ILLHOUSE J.J., A DLER C.M., D RINNON J., T URRISI R. Application of Azjen’s theory of planned behavior to predict sunbathing, tanning salon use, and sunscreem use intentions and behaviors. J. Behav. Med., 1997; 20(4) : 365-378.
·   7. R OBINSON J.K., R IGEL D.S., A MONETTE R.A. Trends in sun exposure knowledge, attitudes, and behaviors : 1986 to 1996. J. Am. Acad. Dermat., 1997; 37(2): 179-186.
·   8. BEASLEY T.M., K ITTEL B.S. Factors that influence health risk behaviors among tanning salon patrons. Eval. Health Prof., 1997; 20 (4) :371-388.
 
NOTES
 
[1]Bronzage plus sûr qu’avec le soleil, en français
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