2002
Champ Psychosomatique
Bronzer au risque de sa vie
Sylvie G. consoli
7 rue Mouton Duvernet 75014 Paris.
Le bronzage intempestif est gravementdommageable pour la santé à court,
et surtout, à long terme (risque de mélanome). Malgré les campagnes d’information, les conduites se modifient peu.
Le désir d’être bronzé est relativement récent (depuis la deuxième guerre
mondiale) et il est influencé par les médias qui martèlent que la réussite affective, sexuelle, et sociale appartient à ceux qui sont jeunes, beaux et bronzés.
Eneffet,ce désir d’êtrebronzé concerne surtoutdes femmes jeunesà peine
sorties de l’adolescence, célibataires. Elles cherchent ainsi une amélioration
de leur image et de leur pouvoir de séduction en s’appuyant sur des modèles
pour se reconstruire narcissiquement après les bouleversements physiques et
psychiques de l’adolescence.
Les soignants, quels qu’ils soient, en faisant repérer à ces jeunes femmes
leurimmaturitéaffective, leurdépressivité,leurs carences des capacitésd’identification et du fonctionnement imaginaire, sont bien placés pour les aider à
se dégager des diktats de la mode qui mettent leur santé en péril et ne plus
recourir à un mouvement qui devrait nécessairement inscrire seulement dans
le corps la réparation narcissique.Mots-clés :
Bronzage, Conduites à risque, Jeunes femmes, Narcis- sisme.
Lengthy and repeated exposure to ultraviolet radiation in order to obtain
a tanis both a shortterm and a long term health risk (forcutaneous cancers and
melanoma, for example). But, in spite of numerous information compaigns,
behavior does not change very much.
The desire to be tanned is recent (from the Second World War) and is
influenced by media which repeat that socio-affective success belongs to the
beautiful, the young, and often the tanned.
The desire to be tanned is especially popular among young, just leaving
the adolescence, single women. In that way, these women look for an improvement of their image and their powerof seduction, depending on models with
the intention of reconstructing themselves in a narcissistic way after the physical upheavals of the adolescence.
The care-takers are the best placed to identify and help to treat emotional
immaturity, depression, and dysfunctional role-model identification and imagination that underlie this type of risk behavior. Only in that way can these
women be liberated from the dictates of fashion that place their health at risk,
and not to resort to a physical movement which necessarily should inscribe in
the body the narcissistic repairing.Keywords :
Tanning, Risk behavior, Young women, Narcissism.
Le bronzage obtenu par expositions répétées et longues
au rayonnement ultraviolet est dommageable pour la
santé à court et à long terme. À long terme, en particulier,
de telles expositions au rayonnement ultraviolet
semblent favoriser la survenue, entre autres, de cancers cutanés
et, principalement, de mélanome. Or, chez les sujets à
peaux claires, l’incidence desmélanomes, dont le pronostic est
souvent catastrophique, ne cesse d’augmenter. Le bronzage
devient donc un véritable problème de santé publique. Des
campagnes d’information sur les risques de l’exposition au
rayonnement ultraviolet se multiplient donc auprès des populations
à peaux claires et exposées à ce risque. Cependant, les
conduites de ces populations se modifient peu.
La peau n’est pas un organe comme un autre que l’on
répare quand il est malade et dont on attend un fonctionnement
silencieux. La peau, organe visible privilégié de la vie de relation, exprime, dévoile ou même trahit émotions et sentiments
qui peuvent, par exemple, se traduire par une pâleur extrême
ou un rougissement intempestif ou une sudation excessive. La
peau participe de la vie sociale et affective et y compris de la
séduction et de la vie amoureuse. Elle est destinée à être regardée, respirée, touchée, caressée. Elle est liée au plaisir.
Tout au long de la vie de chaque individu la peau est donc
une véritable interface entre cet individu et les autres. Sur la
peau s’inscrivent, visibles aussi par les autres, les cicatrices
indélébiles des blessures, les marques du temps qui passe et
les transformations corporelles qui en découlent mais aussi
les signes de l’identité du sujet, en particulier de son identité
sexuelle par l’intermédiaire, par exemple, des poils et des
cheveux et des habitudes esthétiques qui s’y rapportent en
fonction des cultures et des modes. La peau de chaque individu est modelée par le regard des autres conformément aux
codes sociaux et à ceux de chaque classe sociale particulière.
Ainsi, de tous temps et dans toutes les cultures, selon les
coutumes et les modes en vigueur, la peau a été parfumée,
maquillée, ornée, épilée, blanchie, ou au contraire bronzée.
Les manifestations, au niveau de la peau et des phanères,
des exigences et des désirs plus ou moins subtiles des autres
sont innombrables : depuis la coupe de cheveux imposée par
les parents en signe d’allégeance à l’autorité paternelle
jusqu’au bronzage qui, dans nos pays occidentaux, est dicté
par les canons de la cosmétologie et devient le signe de la
réussite sociale.
La cosmétologie renvoie étymologiquement à l’art de parer
mais aussi à celui d’ordonner. Le terme « cosmétologie »
dérive en effet du grec « cosmos » dans lequel se fondent, dans
un même mot, deux acceptions : l’ornement et l’ordre.
Le principal objectif de la cosmétologie est par conséquent
de rendre plus belle la peau. Or la peau participe à la constitution de l’image que le sujet a de lui-même et de celle qu’il
désire offrir aux autres et donc, dans une grande mesure, de
la beauté du sujet tout entier. Michel Serres affirme ainsi que
la peau est « aux avant-postes du sujet ». Elle est, en effet,
entre autres éléments constitutifs du sujet, la représentante du
sujet tel qu’il désire se vivre lui-même et qu’il désire être vu
et vécu par les autres. Dans ces conditions on comprend mieux
pourquoi tout sujet souhaite tant que sa peau soit en harmonie (on pourrait dire « en ordre ») avec l’image qu’il a de lui-même et avec celle qu’il offre aux autres. Quoi de plus naturel,
donc, et de meilleur aloi que de désirer l’embellir et qu’elle
devienne la plus belle des messagères du sujet.
De nos jours, en effet, avoir une peau bronzée c’est avoir
une plus jolie peau. Pourtant cela n’a pas toujours été le cas.
Jusqu’au moins la première guerre mondiale, les élégantes
occidentales (mais aussi les élégants) se devaient de rester
blanches et utilisaient dans ce but ombrelles, voilettes, ainsi
que fards et onguents nombreux et variés. Le bronzage avait,
d’ailleurs, dans les dictionnaires comme seule définition la
définition suivante : « action de recouvrir un objet d’une
couleur imitant l’aspect du bronze ». On parlait donc de hâle
et celui-ci était considéré comme la destruction du teint par le
soleil. Il signait l’origine sociale basse et était considéré
comme la conséquence fâcheuse des travaux des champs,
puisque à cette époque, la grande majorité de la population
occidentale était paysanne.
Jane Austeen dans son roman intitulé Orgueil et préjugé
met ces mots dans la bouche d’une femme jalouse de son
héroïne : « Eliza Bennet n’est vraiment pas en beauté ce matin,
Monsieur Darcy s’écria-t-elle. De ma vie, je n’ai rien vu de
pareil, elle a tellement changé depuis cet hiver. Son teint est
devenu si foncé, si ordinaire ». (1)
Mais juste avant la deuxième guerre mondiale, dans les
années 1930, et dans les années qui ont suivi la guerre, c’est
la révolution du bronzage : la mode bascule complètement.
De même que l’on raccourcit ses jupes et ses cheveux, que
l’on se dénude de plus en plus sur les plages, on se doit d’être
bronzé au moins l’été. À l’origine de cette véritable révolution
culturelle certains incriminent Coco Chanel, d’autres les GI’s
débarquant en Europe en 1944 avec des peaux basanées et dans
leur sac de « l’huile pour bronzer ». D’autres, enfin, insistent sur
les influences conjuguées de la recherche de l’exotisme, de la
pratique du sport, du culte du corps, de l’avènement des congés
payés sur les rapports nouveaux que la femme occidentale noue
avec son corps et avec le soleil et la nature.
Dans tous les cas, le facteur économique et social a aussi
joué un rôle important dans la mode du bronzage. En effet,
après la seconde guerre mondiale, les travaux les plus durs se
faisaient de moins en moins dans les champs et de plus en
plus dans les usines. Être bronzé signifiait donc qu’on avait eu
assez de « loisirs » pour aller en plein air « profiter » du soleil
et de ses bienfaits en prenant « des bains de soleil ».
Ces constatations montrent combien les motivations
actuelles des populations s’enracinent dans l’historique de
cette pratique particulièrement influencée par la culture, la
mode et l’économie.
Cependant dès l’époque du surgissement de cette mode du
bronzage, des voix se sont élevées pour mettre en garde contre
celle-ci. Ainsi, Pascal Ory cite dans un article intitulé « L’invention du bronzage » Alexis Carrel, prix Nobel de littérature,
qui a écrit en 1935 cette phrase ambiguë : « nous ne savons
pas exactement quel est l’effet de l’exposition au soleil de la
surface de notre corps. Jusqu’au moment où cet effet sera
connu, le nudisme et le brunissement exagéré de la peau par
la lumière naturelle ou les rayons ultraviolets ne devront pas
être acceptés aveuglement par la race blanche ». (2)
La conduite des élégants et des élégantes de notre époque
à l’égard du bronzage est donc modelée par les représentations de la beauté que la société, par l’intermédiaire de la
mode, leur offre dans les journaux, au cinéma, à la télévision,
sur Internet. Or pour beaucoup de sujets la beauté est gage de
réussite sociale et même de bonheur. Si la beauté est liée à
l’idée de féminité et de séduction les hommes sont aussi
concernés par la beauté même si les liens entre beauté, virilité et séduction, sont encore plus complexes que ceux noués
entre beauté, féminité et séduction. En effet, un homme laid,
vieux, marqué par différents événements de sa vie et le visage
tanné reste viril et même séduisant : il lui suffit de montrer
son intelligence et surtout sa réussite socioprofessionnelle qui
est un facteur essentiel. À ce jeu, la femme n’est pas encore à
égalité : pour rester féminine elle doit encore souvent masquer
son intelligence, et souvent grâce au bronzage, les ravages de
l’âge et les marques trop visibles des coups reçus par la vie.
Cependant la beauté a des facettes plus ou moins troubles
et cachées; elle est, comme le bronzage, éphémère : sa quête
est un rêve qui peut devenir un cauchemar réduisant le sujet
en esclavage. Au bout du compte bien souvent elle est considérée comme insaisissable et énigmatique.
Au cours d’une séance de psychothérapie analytique particulièrement importante et émouvante, Claire parvient à retrouver et à m’exprimer les violences tant physiques que verbales
subies dans l’enfance, de la part de ses parents. Elle comprend
mieux alors l’origine de ses fantasmes sado-masochiques qui
la troublaient tant. Claire se sent très soulagée après une telle
prise de conscience. Au début de la séance suivante, elle me
rapporte en souriant les réflexions de trois collègues alors
qu’elle revenait à son bureau après sa séance : Qu’est-ce que
tu as fait à ton visage ? Il paraît si reposé ! Quelle crème as-tu appliquée sur ta peau ? Tiens, tu t’es fait faire un masque
à l’heure du déjeuner...
Cependant notre société occidentale valorise particulièrement la beauté. En effet, dans notre société, nos regards
tombent sans cesse sur des images de belles jeunes femmes et
de beaux jeunes hommes. Que ces images soient ou non le
support de messages publicitaires elles vont toutes dans le
même sens : la réussite appartient à ceux qui sont beaux,
jeunes et souvent bronzés.
De nombreuses études ont montré l’importance de l’apparence physique dans les relations avec autrui. Ces dernières
sont constituées de multiples signaux dont la taille, le poids,
la chevelure, la régularité des traits du visage mais aussi la
voix, les odeurs, les éléments en jeu dans la communication
non verbale. L’interlocuteur d’un sujet dont l’apparence
physique est attractive pense, plus ou moins consciemment,
que celui-ci remporte de nombreux succès professionnels et
affectifs et est plein de qualités. C’est ainsi que des femmes
dont on a changé l’apparence physique grâce à une prise en
charge d’ordre cosmétologique ont trouvé plus facilement un
emploi et se voient proposer des salaires plus élevés. Par
ailleurs des thérapies visant à améliorer l’apparence physique
grâce à une prise en charge d’ordre cosmétologique ont été
souvent instituées avec succès chez des patientes psychiatriques, hospitalisées ou non, souffrant d’états dépressifs avec
une grande atteinte de l’estime de soi.
IMAGE DE SOI, SÉDUCTION ET IDENTITÉ
Le bronzage est surtout recherché par les jeunes occidentaux entre 18 et 30 ans, des deux sexes. Il est obtenu par des
activités récréatives (natation, nautisme, jeux de plage...)
plutôt prisées par les jeunes hommes qui utilisent alors très peu
les crèmes antisolaires. Les « bains de soleil » concernent
plutôt les jeunes femmes célibataires qui, elles, utilisent alors
plus souvent que les jeunes hommes les crèmes antisolaires
que les laboratoires de cosmétologie ont su rendre agréables
grâce à leur texture, leur odeur... Depuis une quinzaine d’années les femmes ont maintenant aussi recours, pour être bronzées toute l’année, ou pour préparer et prolonger le bronzage
naturel de l’été, aux cabines d’ultraviolets. Le recours à un tel
artifice, qui concerne aussi les hommes même si c’est dans
une moindre mesure, constitue un nouveau bouleversement
culturel concernant le bronzage. (3)
Cette industrie très lucrative a su souvent rendre attractives les cabines d’UV en mettant en avant le fait que le bronzage obtenu artificiellement était plus sûr que celui obtenu
naturellement par le soleil. C’est le fameux « safer tan than
sun
[1] » auquel les utilisateurs de cabines adhèrent très souvent,
prêts à s’illusionner sur les bienfaits de la technologie et ne se
protégeant alors ni la peau, ni les yeux. D’ailleurs une étude
réalisée chez un échantillon de 987 jeunes américains du
Minnesota a montré que 34% d’entre eux utilisaient régulièrement des cabines d’UV et que seulement la moitié d’entre
eux avaient été informée par les patrons des cabines d’UV des
risques qu’ils prenaient (4). Ainsi les liens entre bronzage,
industrie et argent sont de liens dangereux qui mettent la santé
en péril.
Une autre étude, suédoise celle-ci, réalisée en 1993 chez
1502 élèves âgés de 14 à 19 ans illustre aussi bien ces notions :
57% des élèves ayant répondu à un questionnaire portant sur
leurs habitudes concernant le bronzage avaient au moins
utilisé 4 fois une cabine à UV dans l’année écoulée. 70%
étaient des filles, 44% des garçons. L’utilisation des cabines
à UV était significativement corrélée au tabagisme (à l’âge de
14-15 ans), au sexe (les filles le plus souvent), à l’âge
(augmente avec l’âge), à un bronzage excessif au soleil, et à
la perception d’une mauvaise image de soi concernant le
poids, la taille, les cheveux, et le corps. Enfin, cette étude a
montré que les élèves les mieux informés quant aux risques
étaient ceux qui utilisaient le plus les cabines à UV. Il n’y avait
donc aucun parallélisme entre degré d’information et degré
de prévention. (5)
Le bronzage, naturel ou artificiel, concerne souvent des
sujets jeunes, qui sortent tout juste de l’adolescence ou qui y
sont encore et sont donc aux prises avec les phénomènes
psychologiques spécifiques de cette période.
Or l’adolescence, est une période délicate de maturation
de la sexualité mais aussi de l’affectivité où se mettent en place
des processus de séparation. L’adolescent doit en effet découvrir d’autres personnes que les parents à séduire et des
ressources différentes en lui-même et dans son corps de celles
de son enfance pour atteindre ce but. Pendant longtemps il
peut même avoir honte des transformations visibles de son
corps car il aura à subir de multiples transformations invisibles et visibles. L’insécurité narcissique est donc extrême
puisque sa capacité de séduire est battue en brèche voire, peut
être augmentée par la moindre imperfection de la peau du
visage ou du corps et combattue par une nouvelle couleur de
cheveux ou un bronzage éclatant.
En outre, on sait que les adolescents tout particulièrement
vivent dans l’instant, dans le moment présent (ils veulent tout,
tout de suite) et éprouvent beaucoup de difficultés à supporter les contraintes. Ils subissent en effet tellement de remaniements psychiques et physiques, qu’ils ne parviennent que
difficilement à se projeter dans le futur et à fortiori dans le
futur lointain. Ils préfèrent les gains narcissiques obtenus
immédiatement et ne se sentent donc pas concernés par des
risques à long terme. C’est ainsi qu’ils sont dans le déni de ces
risques ou qu’ils tendent à afficher, face à ces derniers, un
optimisme inébranlable, testant ainsi leur invulnérabilité.
Bien entendu un individu plus âgé peut avoir des conduites
adolescentes à l’égard du bronzage et ce, je pense, d’autant
plus qu’il a une mauvaise image de soi et une faible estime de
soi accompagnées ou non d’un état anxio-dépressif.
La motivation la plus souvent invoquée pour être bronzé
est celle liée à la recherche d’une amélioration de son apparence physique (et ceci aussi bien pour les femmes que pour
les hommes) et donc de son pouvoir de séduction.
Cette recherche n’est pas une surprise puisque, comme
nous l’avons constaté à plusieurs reprises, le milieu socioculturel occidental favorise l’attachement des individus aux
images en général et, plus particulièrement, à celles qui représentent des individus dont l’apparence physique suggère réussite sociale, pécuniaire, et sexuelle, comme si cet ensemble
était obligatoirement lié au bonheur ! (?)! Enfin, le pouvoir de
ces images tout particulièrement sur les jeunes gens est considérable car ces derniers cherchent des modèles auxquels ils
pourraient ressembler et sur lesquels ils pourraient se reconstruire narcissiquement après tous les bouleversements
physiques et psychiques qu’ils ont traversés à l’adolescence.
La constatation selon laquelle les jeunes hommes utilisent
peu les crèmes solaires lors de leurs activités récréatives au
soleil va dans ce sens. On retrouve là le désir de correspondre
à l’image véhiculée par les médias d’un homme jeune, beau,
fort, sportif, musclé et... bronzé que l’on ne voit jamais se
protéger du soleil avec un chapeau ou avec des crèmes antisolaires. Les crèmes ont d’ailleurs encore chez les hommes
une connotation de « crèmes de beauté pour les filles » et les
appliquer peut même être considéré comme une attitude peu
virile.
Quant à la motivation, pour être bronzé, de paraître en
bonne santé, elle existe encore même si elle est moins souvent
invoquée qu’il y a une quinzaine d’années (7). Mais il est vrai
que, de nos jours encore, la dégradation physique, la vieillesse
sont honteuses et cachées comme si elles dérangeaient l’ordre
social.
Une motivation fréquemment retrouvée dans les études
réalisées sur des échantillons de sujets questionnés à propos
de leurs habitudes concernant le bronzage en cabine d’UV, est
la détente. Et il est vrai qu’il peut être tentant, lors d’une journée trépidante tant au bureau qu’à la maison, de s’accorder
un moment de détente, en bronzant, et donc de pouvoir ainsi
s’échapper des contraintes journalières, les oublier et rêver...
Dans ce but, les cabines d’UV sont très pratiques puisqu’elles
sont le plus souvent disponibles immédiatement toute la journée et elles reviennent moins cher qu’un voyage dans un pays
ensoleillé mais lointain qui prendra plusieurs jours ou
semaines à organiser.(8)
Dans cette véritable conduite à risque que constitue le
bronzage intempestif le poids de notre société occidentale
moderne, industrielle, fascinée par la technologie et l’argent
et soumise à la toute puissance des images et des apparences,
est certainement important.
Ce poids se fait d’autant plus sentir chez les adolescents,
les jeunes adultes et les sujets, jeunes ou moins jeunes, immatures affectivement et dépressifs. En effet tous ces sujets ont,
en général, une mauvaise image d’eux-mêmes et une très
faible estime pour eux-mêmes. Ils sont prêts à tout pour valoriser l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et celle qu’ils offrent au
regard des autres pensant ainsi colmater leurs failles imaginaires et secrètes et retrouver un peu d’estime de soi. Le bronzage représente évidemment l’un des moyens relativement
faciles d’accès pour valoriser l’image de soi, même si ces
sujets connaissent bien, la plupart du temps, les risques à long
terme qu’il comporte. Mais le gain narcissique immédiat l’emporte sur toutes les autres considérations.
Ainsi, au bout du compte, les campagnes de prévention les
plus efficaces seraient celles non pas qui informeraient seulement sur le risque pour la santé à court et surtout à long terme
du bronzage mais celles qui feraient prendre conscience aux
médias, reflets de notre société, de la nécessité de se dégager
du poids des industriels. Le fait de présenter des images attractives d’hommes et de femmes à peaux non bronzées, de cibler
les messages sur les risques du bronzage sur la santé et sur
l’apparence physique (le vieillissement cutané prématuré par
exemple) n’entraînerait plus le mouvement inconscient qui
devrait nécessairement inscrire seulement dans le corps la
réparation narcissique.
Les médecins et en particulier les médecins généralistes,
les gynécologues et les dermatologues, sont bien placés pour
faire repérer au sujet son immaturité affective, sa dépressivité,
ses carences des capacités d’identification et du fonctionnement imaginaire qui sont le lit des conduites à risques et l’encourager à les traiter. C’est seulement dans ces conditions que
les sujets se dégageront au mieux des diktats de la mode qui
mettent leur santé en péril.
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1. A USTEEN J. Orgueil et préjugé. In : Œuvres romanesques complètes. 1.
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[1]
Bronzage plus sûr
qu’avec le soleil,
en français