Champ psychosomatique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2-913062-87-3
170 pages

p. 19 à 20
doi: en cours

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no 26 2002/2

2002 Champ Psychosomatique

Argument

Gisèle Harrus-Révidi
En Occident la beauté est-elle de nos jours plus qu’hier une préoccupation obsessionnelle ?A-t-elle changé de place, de nature, de fonction ?
Historiquement l’intrication de l’art et de la représentation anatomique du corps féminin a contribué à fixer à chaque époque des canons de beauté collectifs, mais paradoxalement nous pensons qu’en fait tout choix esthétique individuel relève tant de l’inconscient que d’un fantasme d’adaptation sociale. La conscience de la beauté (de soi, des autres) est donc à la fois liée à une perception et à une construction culturelle et sociale. Cette dernière subit cependant d’évidentes déformations dans son rapport au corps propre par les failles et les pathologies du narcissisme et dans son rapport à celui des autres par l’irruption constante de l’envie et de la jalousie.
En fait, et ceci tend vers une optique qui est notre, pour une phénoménologie de la perception, « ce n’est pas à l’objet physique que le corps peut être comparé, mais plutôt à l’oeuvre d’art » (Merleau Ponty, Phénoménologie de la perception, p. 176.)
Nos patients, contrairement à ceux de Freud semblent souffrir d’une véritable carence narcissique, jamais suffisamment aimés, jamais suffisamment beaux. La représentation de leur corps est liée parfois curieusement à ce qui se nomme actuellement un trauma « vide ». Au moment où le petit enfant a besoin de sentir la séduction qu’il exerce auprès de sa mère, moment précédé par celui où vis-à-vis de son père, il a été comme la femme désirée et désirante de l’homme qu’est aussi sa mère (Michel Fain), a surgi un obstacle, un empêchement, et en lieu et place de cette satisfaction narcissique, le sentiment véritable ou fantasmé du non-intérêt de l’autre pour sa personne est apparu. La toute-puissance infantile mise ainsi en défaut a suscité alors une stase dans la constitution du narcissisme secondaire, stase qui contribuera ultérieurement à perturber, sur un mode à peu près définitif, la perception cognitive de son propre corps.
Parmi tant d’autres une des questions à envisager est celle de la constitution, tant pour le sentiment de la beauté que pour celui de la laideur, des codes propres à chacun et de leurs critères. Existe-t-il un rapport direct entre beauté et érotisme, laideur et érotisme ? L’attirance esthétique pour l’autre relève-t-elle plus du pulsionnel ou de la sublimation ? Comment la perversion consciente ou inconsciente ajoute-t-elle son grain de sable dans des descriptions esthétiques que le sujet présumerait objectives ?
La beauté du corps, un thème qui relève d’innombrables référents...
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