2002
Champ Psychosomatique
Argument
Gisèle Harrus-Révidi
En Occident la beauté est-elle de nos jours plus qu’hier
une préoccupation obsessionnelle ?A-t-elle changé de
place, de nature, de fonction ?
Historiquement l’intrication de l’art et de la représentation
anatomique du corps féminin a contribué à fixer à chaque
époque des canons de beauté collectifs, mais paradoxalement
nous pensons qu’en fait tout choix esthétique individuel relève
tant de l’inconscient que d’un fantasme d’adaptation sociale.
La conscience de la beauté (de soi, des autres) est donc à la
fois liée à une perception et à une construction culturelle et
sociale. Cette dernière subit cependant d’évidentes déformations
dans son rapport au corps propre par les failles et les
pathologies du narcissisme et dans son rapport à celui des
autres par l’irruption constante de l’envie et de la jalousie.
En fait, et ceci tend vers une optique qui est notre, pour
une phénoménologie de la perception, « ce n’est pas à l’objet
physique que le corps peut être comparé, mais plutôt à l’oeuvre
d’art » (Merleau Ponty, Phénoménologie de la perception,
p. 176.)
Nos patients, contrairement à ceux de Freud semblent souffrir d’une véritable carence narcissique, jamais suffisamment
aimés, jamais suffisamment beaux. La représentation de leur
corps est liée parfois curieusement à ce qui se nomme actuellement un trauma « vide ». Au moment où le petit enfant a
besoin de sentir la séduction qu’il exerce auprès de sa mère,
moment précédé par celui où vis-à-vis de son père, il a été
comme la femme désirée et désirante de l’homme qu’est aussi
sa mère (Michel Fain), a surgi un obstacle, un empêchement,
et en lieu et place de cette satisfaction narcissique, le sentiment
véritable ou fantasmé du non-intérêt de l’autre pour sa
personne est apparu. La toute-puissance infantile mise ainsi en
défaut a suscité alors une stase dans la constitution du narcissisme secondaire, stase qui contribuera ultérieurement à
perturber, sur un mode à peu près définitif, la perception
cognitive de son propre corps.
Parmi tant d’autres une des questions à envisager est celle
de la constitution, tant pour le sentiment de la beauté que pour
celui de la laideur, des codes propres à chacun et de leurs
critères. Existe-t-il un rapport direct entre beauté et érotisme,
laideur et érotisme ? L’attirance esthétique pour l’autre relève-t-elle plus du pulsionnel ou de la sublimation ? Comment la
perversion consciente ou inconsciente ajoute-t-elle son grain
de sable dans des descriptions esthétiques que le sujet présumerait objectives ?
La beauté du corps, un thème qui relève d’innombrables
référents...