Champ psychosomatique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2913062881
170 pages

p. 127 à 128
doi: en cours

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no 27 2002/3

 
Patrick MillerLe psychanalyste pendant la séance. Paris, 2001, P.U.F, 209 p.
 
 
« La situation analytique représente un des degrés les plus exigeants de la morale civilisée de la relation de deux personnes en présence » : l’ouvrage de Patrick Miller satisfait à son projet, et c’est cette exacte corrélation qui en fait sa richesse.
Si Patrick Miller reste fidèle à l’éthique freudienne qui requiert que l’analyste se soit soumis lui-même à l’expérience analytique, véritable entreprise de « purification psychanalytique », il élargit cependant l’exigence de cette formation.
Il nous rappelle, (c’est une évidence, mais si facile à écarter) que l’analyste dans la cure ne dispose plus de lui-même « pour lui-même », et qu’il se tient délibérément dans une attitude d’oubli de soi.
Il se réfère à Bion qui le formulait comme décision d’écouter « sans mémoire ni désir », favorisant ainsi la régression formelle chez l’analyste, ce qui permet l’assouplissement de la censure entre préconscient et conscient. L’écoute ainsi orientée ouvre l’attention aux processus émergeant de même nature chez l’analysant.
L’auteur décrit l’analyste au travail, dans une nécessité d’élaboration psychique engagée par l’association libre et son corollaire, la règle d’abstinence. La décharge ainsi suspendue, l’analyste est contraint à rêver, à penser, à ressentir. L’analysant de même.
C’est ainsi que l’on constate que le travail psychique auquel se soumet l’un permet le mouvement psychique de l’autre. Nécessaire symétrie dans un dispositif résolument asymétrique tel que défini par les places respectives de l’un et l’autre.
La neutralité de l’analyste prend valeur de « toucher psychique », quand l’analyste ne nie pas toute la perception qu’il a de la réalité somato-psychique de l’autre. Cette reconnaissance infiltrera, qu’il le sache ou pas, la texture de ses interventions.
Le temps de l’interprétation vient alors, comme nécessité impérieuse de donner sens aux représentations angoissantes sorties de l’ombre. C’est par l’interprétation, risque consenti, que des transformations peuvent advenir.
Patrick Miller y insiste : l’analyste face à la tâche d’interpréter, ne doit pas s’y soustraire.
L’ouvrage se développe comme une discussion engagée avec ceux qui apparaissent comme des référents symboliques pour l’auteur et par ce geste, Miller explicite sa manière intime d’être analyste. Trouvaille personnelle, espace de créativité sont ainsi déployés. Génie propre de l’analyste. Winnicott, Lacan, Aulagnier, Freud notamment sont convoqués. Le projet de cet échange éclaire ce qu’il convient bien d’appeler « la tâche interminable » du « devenir analyste ».
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