2002
Champ Psychosomatique
Quand le lieu de sépulture est un reste du disparu
Laurie Laufer
Psychologue Clinicienne, Psychanalyste, ATER à l’Université de Paris X-Nanterre, Laboratoire de Psychopathologie Psychanalytique des Atteintes Somatiques et Identitaires. 40 rue Bauquier - 75013 Paris
La disparition de milliers de corps lors de la Première Guerre mondiale
pose la question de leur lieu de sépulture. Un disparu est-il un mort ? Afin que
les veuves, mères, filles, épouses ne vivent pas dans la hantise du retour des
fantômes, elles se jettent à corps perdu et au péril de leur vie dans les champs
d’horreur des fouilles clandestines. Retrouver un reste du corps, une relique,
malgré l’interdiction de l’Etat garant des recherches militaires, tel est le défi
des Antigones Eternelles. Le reste du mort creuserait le lieu de sépulture
psychique. Tout se passe comme si la relique possédait le pouvoir hallucinatoire de redonner forme au corps du disparu. Le lieu de sépulture peut alors
abriter les morts errants et dessiner les contours d’un lieu psychique pour le
deuil.Mots-clés :
Sépulture, Lieu psychique, Antigone, Relique, Disparu.
The loss of the bodies of the dead in their thousands during the First
World War gives rise to agonizing uncertainty about their place of burial. Is a
missing person dead ? Widows, mothers, daughters, and wives, in an effort
not to spend their entire lives being haunted by the perpetual possibility of
their loved ones’ghostly return, have thrown themselves headlong, and at
greatpersonal risk, into clandestine scavenging through the killingfields. To
recover a piece of human remains, some relic, is the challenge taken up by
these indefatigable Antigones. The remains of the dead would open a place
for their psychic burial. It is as if relics possessed the magical power to impart
a bodily shape to the missing. In this way, burial can lay to rest the wandering dead and fix the psychic contours of a place in which to mourn.Keywords :
Place of burial, Antigones, Relic, Psychic contours, Missing person dead.
Un mort sans sépulture est-il un mort ? Un disparu est il
un mort ? La disparition d’un corps lors de
massacre de guerre pose la question de l’historisation
de la mort.
Le disparu, le mort sans sépulture deviendrait un « objet
psychique » impossible à historiciser. Or sans lieu psychique,
une forme psychique (peut-on encore parler d’objet ?) aurait la
tentation de l’errance, du revenant, du fantôme habitant mille
demeures. Il est bien possible que le fantôme fasse voir la
réalité autrement. Un fantôme habitant la vie psychique
prendrait la forme drapée d’une hallucination, d’une vision
déformée de la réalité. Ici le champ perceptif rejoindrait le
champ hallucinatoire.
Face à « l’épreuve de réalité » dont parle Freud lorsqu’il
évoque le travail de deuil (l’épreuve de réalité revient à
accepter le verdict : l’objet n’existe plus), le disparu se distille
dans un espace qui ne résiste à aucun « examen de réalité ». La
réalité n’existe pas tant que le mort-disparu n’existe pas. La
vie psychique prend la forme de cette inexistence. Sa forme
est celle de ne pas avoir de forme distincte.
La question du deuil des disparus reviendrait à poser celle
du lieu de leur sépulture, en tant qu’un lieu de sépulture est la
trace visible d’une circonscription, d’une déposition. Qu’est-ce qu’une sépulture ? Un acte symbolique, une inscription,
mais aussi la désignation d’un lieu d’absence, d’un espace où
le regard se pose, se repose, peut se détourner pour y revenir.
Le dictionnaire définit ainsi le mot sépulture : n.f emprunté
au latin « derniers devoirs rendus à un mort », « lieu où l’on
dépose le corps du défunt ».
Entendons le terme de « déposition » : il définit à la fois « le
corps déposé au tombeau », sa mise au tombeau, mais aussi
l’acte de parole par lequel il est possible de « faire une déposition », de témoigner d’un événement.
Alors quel est ce lieu de déposition du corps et de la
parole ? L’expérience du deuil ne serait-elle pas la constitution
psychique de ce lieu là, la possibilité d’y inscrire la mémoire ?
Ce lieu peut être une parole, un rêve, le corps, la mémoire,
l’image… là où le corps du mort peut être déposé.
Qu’est-ce qu’un lieu psychique pour le mort ?
« dans le terme de sepelio – ensevelir – il est question de respect
et de soin. L’honneur rendu par l’attribution d’une forme et d’un lieu
pour le mort. On sait combien il peut être insupportable au vivant de
vivre l’expérience de la disparition d’un proche sans se trouver en
mesure de lui donner une sépulture. L’œuvre de sépulture est en un
sens plus exigeante que le travail de deuil (…) c’est à une vérité de la
parole que l’on a ici à faire. La parole est ce seuil mouvant de la paroi
du tombeau : parler c’est laisser se former un lieu qui donne forme
au mourant et c’est prendre soin que celui-ci trouve le temps de
s’approprier sa propre mort. » [1]
Parler serait laisser se former ce lieu de déposition.
Comment faire alors de cette absence de lieu, un lieu
psychique afin que le mort y trouve à habiter le vivant sans le
hanter ? Il s’agit pour l’endeuillé de « construire une sépulture
psychique », de dessiner les contours d’une déposition
psychique. Que le mort soit déposé en un lieu et la parole
trouverait à parler.
Mais peut-il se constituer lorsque l’événement de la disparition devient le monument aux morts ?
« L’histoire des morts » lors de la Première Guerre est à cet
égard emblématique de la question du lieu de sépulture. Dans
quel lieu les morts errent-ils ?
CONSTRUIRE UNE SÉPULTURE PSYCHIQUE
La question du lieu de sépulture se pose de façon manifeste
lorsque durant les guerres (et aujourd’hui lors d’attentats de
masse) des corps sont portés disparus.
Avec la Grande Guerre, le XXe siècle s’ouvre sur le
spectacle d’une massification de la mort. Les cadavres se sont
comptés par millions. Sans le savoir, la terre a recouvert des
milliers de corps.
Avant de tenter une inscription symbolique par l’érection
de monuments aux morts, la guerre, dans sa violence innommable, crée une déflagration dans la vie psychique. Cette
effraction est une déchirure dans le « tissu » psychique. Il
faudra du temps pour le « recoudre », pour élaborer l’événement afin de le contenir, si toutefois la « couture » de cette
déchirure est possible.
La mort est là, partout absolument présente. Elle pénètre le
corps du vivant. Ainsi devant les charniers que l’on ne parvient
pas à faire disparaître Maurice Genevois, ne peut se déprendre
même pour un moment, de cette présence physique de la mort.
« Et jusqu’à la nuit, je fume, je fume pour vaincre l’odeur
épouvantable, l’odeur des pauvres morts perdu par les champs
abandonnés par les leurs qui n’ont même pas eu le temps de jeter sur
eux quelques mottes de terre, pour qu’on ne les voit pas pourrir. » [2]
Tout comme le soldat H. Barbusse devant le spectacle
effrayant de tous ces corps abandonnés :
« parfois des renflements allongés, car tous ces morts sans sépultures finissant tout de même par entrer dans le sol – un bout d’étoffe
seulement sort – indiquent qu’un être humain s’est anéanti en ce point
du monde. » [3]
C’est pourquoi si selon Freud « cette guerre a suscité
désillusion et modification de notre attitude à l’égard de la
mort »
[4], c’est en tant qu’elle désagrège le lieu symbolique
d’une civilisation et d’une culture, à savoir son rapport au
mort, son rapport à sa sépulture. Paul Valéry s’afflige au lendemain de cette guerre : « nous savons désormais que notre civilisation est mortelle », il constate que le règne du symbolique (la
communauté et la culture) peut être renversé par « les motions
égoïstes et les (motions) cruelles »
[5].
« La guerre renverse dans une rage aveugle tout ce qui lui barre le
chemin, comme si après elle il ne devait y avoir parmi les hommes
ni avenir, ni pas. Elle rompt tous les liens faisant des peuples en lutte
une communauté et menace de laisser derrière elle une rancœur qui
pendant longtemps ne permettra pas de les renouer. » [6]
Alors que la mort a été pudiquement voilée par le XIXe
siècle (des auteurs comme P. Ariès ou G. Gorer ont remarquablement mis en évidence le refoulement opéré à l’endroit de
l’horreur, de l’angoisse devant le cadavre et le mort), elle fait
retour sous les formes les plus terrifiantes, sidérantes, éprouvantes pour la vie psychique : la vue du cadavre dans sa
décomposition, sa pourriture, son abandon.
La violence de la guerre a dans sa furie, dans sa sauvagerie,
fait disparaître jusqu’à la trace même des morts.
« Van Lees devait subir la mort la plus effroyable qu’il m’ait été
donné d’observer sur un champ de bataille. En effet, comme nous
partions à l’assaut, il fut emporté par un obus et j’ai vu, j’ai vu de mes
yeux qui le suivaient en l’air, j’ai vu ce beau légionnaire être violé,
fripé, sucé, et j’ai vu son pantalon ensanglanté retomber vide sur le
sol, alors que l’épouvantable cri de douleur que poussait cet homme
assassiné en l’air par une goule invisible dans sa nuée jaune retentissait plus formidable que l’explosion même de l’obus, et j’ai entendu
ce cri qui durait encore alors que le corps volatilisé depuis un bon
moment n’existait déjà plus.
A part ce pantalon vide, je ne retrouvai rien d’autre de Van Lees; il n’y eut donc pas de mort à enterrer.
Que ce petit ex-voto de l’homme foudroyé lui serve d’oraison
funèbre ! » [7]
PAS DE MORT À ENTERRER, PAS DE FORME À REDES-SINER DANS LA VIE PSYCHIQUE
Pas de mort à enterrer, pas de forme à redessiner dans la vie
psychique. Le cri et le foudroiement, telles sont les traces qui
restent du mort. Comment faire le deuil d’une ombre ?
Comment vivre l’expérience de deuil d’un cri de douleur, d’un
corps qui disparaît, qui a disparu ? Quel corps la vie psychique
peut-elle accueillir pour créer un lieu de sépulture au mort ?
La disparition sous sa forme la plus violente est une effraction traumatique
[8]. L’excès de l’effraction a créé une hémorragie telle qu’aucune liaison psychique ne semble possible.
Selon Freud, le traumatisme est un débordement psychique par
excès d’excitation. L’effraction traumatique est assez forte
pour anéantir les pare-excitations.
« Le terme traumatique n’a pas d’autre sens qu’un sens économique. Nous appelons ainsi un événement vécu qui en l’espace de
peu de temps apporte dans la vie psychique un tel surcroît d’excitation que sa suppression ou son assimilation par les voies normales
devient une tâche impossible. » [9]
Tout se passe comme si cette explosion traumatique avait
suspendu le mouvement psychique. Tout se passe comme si le
corps même de la mémoire n’était plus en mouvement, comme
si le lieu mobile des images et des souvenirs, c’est-à-dire le
lieu psychique de la construction imaginaire devenait le
monument aux morts.
« Ces événements qui se dressent dans le présent comme des
pierres tombales de souvenirs ensevelis dans les profondeurs
immobiles et inaltérables comme un monument » [10].
La mémoire de l’endeuillé prend la forme du lieu
monumental du mort. Chez l’endeuillé mélancolique il semble
même que ce soit son propre corps qui devienne le monument
au mort. Son corps figé hors temps et hors espace devient le
tombeau, le caveau de celui qui n’a de sépulture possible que
le corps du vivant endeuillé.
L’endeuillé devient par le choc un corps vidé de sa propre
mort. Tout se passe comme si le traumatisme désincarnait le
vivant, lui ôtait sa propre chair.
« Le « choc » est équivalent à l’anéantissement du sentiment de
soi, de la capacité de résister, d’agir et de penser en vue de défendre
le Soi propre. Il se peut aussi que les organes qui assurent la préservation de soi abandonnent ou du moins réduisent leurs fonctions à
l’extrême. Le mot « Erschutterung » commotion psychique vient de
« schutt » débris; il englobe l’écoulement, la perte de sa forme propre
et l’acceptation facile et sans résistance d’une forme octroyée « à la
manière d’un sac de farine » [11].
LE CORPS COMMOTIONNÉ PAR LE TRAUMATISME
PERD SA FORME PROPRE
Le corps commotionné par le traumatisme perd sa forme
propre, jusqu’à une perte de fonction des organes essentiels.
Ces organes qui cèdent devant le traumatisme, nous pourrons
les retrouver sous des formes « déformées » lorsque les veuves
de guerre se jettent à corps perdus dans les fouilles des champs
de batailles pour retrouver ce qui reste d’un fils ou d’un père
ou d’un mari : un organe-relique qui a la fonction « hallucinogène » de redessiner les contours des organes propres. Tout se
passe comme si « avoir un petit bout, un reste » de l’autre
revenait à conserver « un petit bout de soi » jusqu’à ce que
l’expérience du deuil et son travail de « désenlacement en
fraude des bras de l’arrière » selon l’expression de Michaux
[12]
permette à l’endeuillé de tisser sa vie psychique avec ce qu’il
sait de cette déchirure, de ce « trou ».
Sous la menace de l’effondrement, afin de ne pas se
dissoudre, la psyché prend « la forme sans résistance » de
l’événement, son empreinte informe.
LES ENJEUX POLITIQUES ET SYMBOLIQUES DE LA
PREMIÈRE GUERRE
Un des enjeux politiques et symboliques de la Première
Guerre mondiale a été la reconnaissance, l’identification des
morts et le lieu des tombes. S’il permet d’édifier une mémoire
collective, de rappeler à l’endroit du traumatisme les noms des
disparus, d’être donc aussi fonction de nomination, le
monument aux morts peut-il protéger le vivant de la hantise du
mort disparu ? En d’autres termes peut-il soutenir la constitution d’une sépulture psychique, si celle-ci permet de protéger
les vivants des morts errants et favorise l’échange entre les
vivants et les morts ?
Dés la fin de la guerre, la grande question soulevée par
tous, Nations et peuples est celle des soldats tombés au
« champ d’honneur ». L’Etat souhaite « reconnaître » et
commémorer afin que ces « champs d’honneur » (appellation
officielle pour le moins équivoque) ne dévoilent pas les
champs d’horreur. Alors le discours officiel auréole les héros,
valorise la gloire, parle d’honneur, de défenseurs courageux de
la patrie, là où le réel révèlent champs d’horreur, cri de désespoir, mort, cadavre, putréfaction, abjection. Ainsi après la
victoire et avant que l’expression de la douleur ne soit trop
incontrôlable, l’Etat n’entend pas laisser disperser les restes de
ses « glorieux défenseurs ».
Il s’agit de déposer en un seul lieu la mémoire, celle-ci sera
collective, et commémorée officiellement. Face à cette « Patrie
reconnaissante », les familles pleurent leurs disparus, hurlent
leur douleur et réclament avec force le retour des corps mêmes
mutilés, mêmes impossible à identifier afin que le recueillement devant un reste du corps parvienne à contenir, à border
la douleur indicible.
Devant le monument aux morts érigé sur la place de la
mairie ou de l’église, les familles opposent leurs caveaux
familiaux et s’inaugure alors ce que nous pouvons appeler « le
siècle des Antigones ». Les folles Antigones
[13], fantômes tout
de noir vêtues jettent leurs corps dans les champs de bataille,
retournant la terre dévastée par la guerre, errant dans ces lieux
de désolation afin d’y trouver le moindre indice, le moindre
morceau d’étoffe, une plaque de zinc portant son nom ainsi
que son numéro matricule. Au cœur du chaos, un signe ferait
trace. Les ombres des veuves se mettent à errer afin d’empêcher peut-être l’errance de leurs morts disparus.
Face à la détermination de ce que Romain Rolland avait
appelé « Les Antigones Eternelles », l’Etat se doit d’organiser
les fouilles afin d’éviter les rondes et les hordes illégales des
endeuillées. Mais l’administration militaire a beau organiser la
recherche avec la précision et la lenteur de son appareil d’état,
elle a beau compter les vivants comme les morts, les plaques
d’identité retrouvées et celles qui manquent, des milliers de
disparus sont appelés par les cris et la détermination des
veuves, qui au péril de leur vie soulèvent et creusent la terre.
Où sont nos morts se lamentent les veuves et les mères sans
aucune réponse.
[14]
Alors l’Etat veut maîtriser la situation, contrôler tout débordement. Afin d’éviter la méprise des corps, afin d’éviter ce
déchaînement d’émotion et le danger auquel s’exposent les
familles lorsqu’elles errent dans les zones de débris et d’obus
prêts à exploser, il interdit l’accès au vaste périmètre du
déchaînement militaire en formant autour de lui un cordon
sanitaire impénétrable. Créon entend bien garder une main
forte sur les fouilles militaires contre les Antigones.
« Alors qu’un million de français environ sont inhumés dans la
zone des opérations, alors que pour deux cent mille sépultures isolées
au moins éparses sur le terrain, le nombre de tombes identifiées n’est
pas présentement du quart de ce chiffre, pourrait-on concevoir que
chacun fût autorisé à rechercher les restes de son parent, à entreprendre des fouilles, à reprendre le corps – en admettant que ce fût
par ailleurs possible quant aux moyens de transport (…) Permettre à
chacun de procéder à de si pénibles recherches, dans l’émotion
inséparable d’une aussi poignante mission, serait laisser sans défense
et sans garantie les droits réels des familles respectives; combien
emporteraient le corps d’un étranger voire d’un ennemi, croyant de
bonne foi avoir découvert celui de leur parent ». [15]
Afin de mettre en œuvre ce travail d’exhumation et d’inhumation l’Etat impose un délai pendant lequel l’interdiction
générale du transport des corps des militaires sur tout le territoire sera décrétée; trois ans avant que les exhumations et le
transfert dans les cimetières choisis par les familles puissent
être autorisés. Le 31 mai 1919, la commission nationale des
sépultures militaires chargée de l’examen du projet de loi à
soumettre au parlement se réunit sous la présidence du Général
de Castelnau.
Les séances sont houleuses; le politique se heurte à la
douleur.
Contre l’interdiction à venir, le député des Pyrénées Atlantiques, Louis Barthon s’élève violemment.
« Oui, il est très bien de dire que nos enfants seront égaux
devant la mort, mais je ne vois pas au nom de quel principe d’égalité on établirait à l’égard des familles une règle absolue. J’ai mon
fils qui a été tué en 1914, il y a cinq ans, il est dans un caveau; sa
mère et moi l’attendons, et parce que d’autres n’ont pas été
retrouvés, vous allez me dire que vous m’interdisez de prendre mon
fils et de le ramener au Père-Lachaise ? Et bien je dis que vous
n’avez pas le droit de le faire. Pour le faire vous invoquez le fait
que des centaines de milliers de soldats ont été tués et que vous ne
les avez pas identifiés. Mais le mien l’est. Vous parlez de l’identification. Et bien, le mien est identifié. De la crise des transports ?
Mais moi je peux ramener mon enfant moi-même, sans demander
rien au Gouvernement. Ce n’est pas ainsi que j’entends l’égalité et
je pense que le projet de loi est une faute. C’est pour cela que pour
ma part je ne l’accepte pas » [16].
Ce père, Antigone moderne s’élève contre la loi de l’Etat
qui réclame qu’une « armée de héros dorment au champ d’honneur » et désire donner une sépulture à son fils. L’Etat tenait à
conserver ensemble ceux qui avaient concouru à la victoire, là
où un grand nombre de familles considérait que le sacrifice de
leurs enfants avait suffi et qu’il était temps désormais de les
leur rendre. Alors, comment lorsqu’une famille ne se reconnaît
pas dans une communauté (l’Etat qui avale ses enfants, la
guerre de masse n’a pas de sens communautaire et sa violence
n’est pas élaborable) peut-elle renoncer à reprendre le corps de
son fils au nom d’un « idéal patriotique » qu’elle dénonce ? Les
Antigones, figures de révolte face au formalisme d’un Etat
uniformisant se heurtent à un paradoxe : un état bourgeois qui
érige les valeurs de la famille à hauteur d’un idéal et qui
lorsque la mort touche la famille lui dénie, refuse, le droit de
son recueillement intime.
UN BOUT DE SOI COMME TRACE DE L’AUTRE
Face à cette impossibilité de constituer une sépulture, la
fouille et les exhumations clandestines se multiplient.
L’enjeu de ce qui reste est tant idéologique que symbolique.
A qui appartient un mort ? A la communauté – à la cité, Polis,
Créon –, à la famille – Antigone –? N’est-il qu’une multiplication de restes accordés à la faveur des fantasmes de chacun.
Un mort que l’on voudrait unifié où chacun vient prendre son
bout de soi. Chacun extrait du corps son « morceau fantasmatique ». Un bout de soi comme trace de l’autre.
Dans son livre la Comédie de Charleroi, Drieu La Rochelle
évoque la recherche éperdue de Madame Pragen. Dans la plus
grande clandestinité, exposant leur vie au moindre obus, les
endeuillées, creusent, cherchent, retournent, tentent d’identifier des restes, à la recherche d’une précieuse relique.
Le 1er juillet 1919, Madame Pragen, femme d’un riche
homme d’affaires parisien, se rend dans la plaine de Charleroi
chercher le corps de son fils Claude :
« et nous nous mîmes à bousculer la foule dans l’ombre, à la
fouiller, à lui demander ses papiers dans l’humidité de la nuit et de la
terre. … On faisait l’honneur à deux ou trois de ces cadavres d’être
Claude Pragen. » [17]
Car comment reconnaître le corps du disparu ? Comment
identifier des morceaux de chair ?
Dans l’article cité de la revue Terrain, nous pouvons lire ce
que Perret raconte : accompagnant sa mère sur le lieu où son
frère aîné a été tué, ils retrouvent le lieu-dit de sa mort et
retournent à Paris emportant de l’être cher la seule relique
pourtant si précieuse :
« Dans le train qui nous ramenait à Paris, ma mère avait sur les
genoux, ficelé dans une guenille, le plus grand morceau de la croix
déchiquetée de son fils. Nous l’avions trouvé à quelques pas de son
tumulus, avec le nom, la date et le numéro du régiment inscrit au fer
rouge sur le croisillon. » [18]
Les mères traînent leurs jeunes enfants sur les lieux de la
disparition et les yeux regardent en silence, assistent sans peut-être même penser, à l’exhumation du corps puis à son inhumation. Que voit l’enfant lorsqu’il regarde un corps que l’on
déterre pour consécutivement l’enterrer ? Quelle est la forme
du lieu psychique en train de se constituer là ?
Que regarde un enfant lorsqu’il voit un cadavre se décomposant, lorsque le réel imprime la mutilation des corps ?
Comment se constitue, s’exprime une scène fantasmatique
primitive alors que l’horreur est là, absolue, sauvage, déliée ?
Que faire devant cette collusion entre le Réel (lacanien) et le
fantasme, constitutif de l’espace psychique ?
Si l’Etat ne se charge pas de recouvrir le corps de ses
enfants qui ont péri dans l’atroce guerre, s’il ne contient pas ce
bruit et cette fureur, propice à la désintrication pulsionnelle, ce
sont les mères qui fixeront les règles de la communauté des
morts afin que cesse leur plainte, et qu’enfin prenne place la
mémoire du sacrifice.
Face à l’angoisse de l’effacement des traces, la nécessité
vitale est celle de retrouver le corps du disparu, ou tout au
moins un objet lui ayant appartenu, un morceau de corps peut-être même; la moindre relique. Le phénomène d’exhumations
clandestines prend un caractère tout à fait remarquable, la
fouille des champs d’honneur devient le lieu de toutes les
transgressions.
Ici se joue la rencontre du totem et du tabou.
Echappée du corps même, mais en contact ou émanent du
corps, de ce qui reste, la relique inscrit le caractère sacré nécessaire à la ritualisation du deuil, nécessaire au souvenir et donc
à l’oubli du mort.
La douleur des familles est telle qu’elle les pousse à vouloir
retrouver et emporter par tous les moyens les restes des
soldats.
« Au commissariat de Police de Clichy qui le questionne sur les
conditions de transport du corps de son fils Alexandre, tombé le 12 août
1918, à l’âge de 21 ans, à Carny-sur-Matz dans l’Oise, un père, dans
un état de désolation indescriptible, répond que « l’on n’a pas hésité à
lui prendre son fils et que lui n’a pas hésité à aller le rechercher ». Le
matin même il a exhumé le corps qui reposait à 50 mètres de la route
entre Raye et Carny, recueillant les quelques objets qui lui ont permis
de l’identifier formellement : « un portefeuille, un couteau, une pipe,
une montre, un quart et un carnet de notes de l’écriture de son fils. » [19]
L’identification ou la reconnaissance des cadavres se fait
par les objets ayant appartenus au mort : montre, portefeuille,
bretelle de pantalon. Ou restes du corps même, dentition.
[20]
Retrouver un reste procède de la tentative d’isoler une
fonction nécessaire à la conservation du désir chez le vivant.
LA RELIQUE, UNE FORME INFORME QUI DONNE UN
LIEU PSYCHIQUE AU DISPARU
Dans ce déchaînement de fouilles clandestines, la relique a
une fonction essentielle pour l’expérience du deuil : elle
devient le lieu de contact, mouvement possible de soudure, de
déformation fantasmatique et de séparation.
La relique aurait une fonction paradoxale, en tant qu’elle
est point de jonction et de disjonction. Elle est une forme
informe qui donne un lieu psychique au disparu.
Forme informe qui a un pouvoir sacré. Ce pouvoir sacré
maintiendrait la condition même de la vie psychique de
l’endeuillé, lui évitant de se désagréger. Ce qui reste du mort
devient cause du désir.
L’œuvre de sépulture s’inscrit à l’endroit de ce que permet
la relique. Partie pour un tout elle devient condition de possibilité de la constitution d’un espace psychique. Comme le dit
Fédida, « l’œuvre de sépulture est plus exigeante que le travail
de deuil » en ce qu’elle nécessite le creusement du lieu
psychique, la constitution d’un lieu d’habitation du mort et non
d’un lieu de hantise.
Les Antigones fouillant la terre font œuvre de sépulture en
ce qu’elles y mettent de leur propre corps.
Parce que la fin même de la relique est sa capacité à
produire un miracle : l’endeuillé, afin de préserver la possibilité de s’entretenir et d’entretenir le mort afin qu’il le laisse,
lui, vivant, « fabrique » psychiquement des restes; ces restes
peuvent être appelés « survivance » si l’on accorde à ce mot ce
que la lecture d’Aby Warburg par Didi Huberman
[21] nous
permet de lire : un retour anachronique de formes disparues.
C’est en cela que la relique est le nécessaire matériau qui
condense la possibilité d’un lieu psychique de sépulture. Parce
qu’elle n’est pas seulement une forme existante mais une
forme agissante, elle produit donc transforme, crée l’illusion
nécessaire à la fabrique, à la logique du fantasme. La relique
est gage de protection. En contact avec le corps du mort, elle
préserve le vivant d’une irruption immédiate avec l’idée de
putréfaction et de cadavre.
Objet de contact, l’objet-relique intéresse l’expérience
analytique en tant qu’il pose la question de la relation imaginaire, fantasmatique à l’objet perdu, entendons dans ce petit
bout de soi, objet perdu de toi et de moi.
La relique permettrait à l’endeuillé une protection, à l’instar
du rêve, « psychose hallucinatoire de désir » selon ce que
Freud en dit dans « Le complément métapsychologique à la
doctrine du rêve »
[22]. L’endeuillé dont l’économie psychique est
bouleversée par le traumatisme de la perte, perdrait toute
capacité, selon Freud, face à l’« examen de réalité », refusant
la perte.
« l’Amentia est la réaction à une perte que la réalité affirme
mais qui doit être déniée par le moi en tant qu’insupportable… Le
fait de se détourner ainsi de la réalité élimine l’examen de réalité,
les fantaisies de souhait – non refoulées, totalement conscientes –
peuvent faire leur poussée dans le système, et sont à partir de là
reconnues comme réalité meilleure. » [23]
La relique permet d’halluciner l’objet perdu, tout comme
le rêve, œuvre de sépulture accueillant le mort.
Le rêve est le lieu psychique du mort revenant. La relique
permet de retrouver charnellement quelque chose d’un corps
et permet de maintenir un état de rêve, un état intermédiaire,
protégeant l’endeuillé de l’examen de réalité qui s’érigerait
comme une menace d’effondrement psychique. Ce que
Genevoix dit des expériences de drogues ou de cigarettes
ressortissent précisément à cet état de maintien d’entre-deux :
maintenir un état hallucinogène par le truchement du toxique,
de la relique, du fantasme qui permet au tissu psychique un
temps de recomposition.
L’hallucination est un fantôme nécessaire à la protection
devant la réalité traumatique. L’endeuillé, laissé comme un
fragment par le disparu, fragment de lui-même, par l’explosion
traumatique, cherchera dans les fragments hallucinatoires une
forme de recomposition psychique.
Il faut à l’endeuillé, équilibriste jonglant sur une crête entre
le gouffre inélaborable et aspirant de la disparition, entre
l’examen de réalité et le délire de l’Amentia, matière à « halluciner ». L’état intermédiaire vise à maintenir l’équilibre, à
conserver les conditions de possibilité d’une vie psychique
remise en mouvement. Tout se passe comme si ce qui permettait à la vie psychique une réintrication relevait de « cette
matière à halluciner ».
L’état de confusion dans lequel pouvaient se trouver les
veuves-Antigones, à la recherche d’un reste, dans la nuit, dans
l’horreur, dans l’angoisse, leur permettait sans doute de se
maintenir sur cette crête, sur ce fil. Il ne s’agit pas seulement de
garder le souvenir du disparu pour constituer son lieu de sépulture, encore faut-il pouvoir fabriquer la chair du souvenir.
Le corps vidé de l’endeuillé survivrait-il sans la chair du
souvenir ?
·
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BARBUSSE H. (1916). Le Feu. Paris : Flammarion.
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CENDRAS B. (1945). L’homme foudroyé. Paris : Edition Folio, Gallimard.
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DIDI HUBERMAN G. (2000). L’image Survivante. Paris : Editions de
Minuit.
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DRIEU LA ROCHELLE P. (1934). La Comédie de Charleroi. Paris : Gallimard, Coll. Imaginaire.
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FÉDIDA P. (1996). L’œuvre de sépulture, La fin de la vie, qui en décide ?,
Paris : P.U.F, 11-17.
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FÉDIDA P. (2000). Les Bienfaits de la dépression. Paris : Odile Jacob.
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FERENCZI S. (1934). Réflexions sur le traumatisme, Œuvres Complètes, IV.
Paris : Payot, 1982.
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FERENCZI S. (1916). Deux types de névroses de guerre, Psychanalyse
Œuvres Complètes, II, Payot, 1982.
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FREUD S. (1915). Ephémère destinée, Résultats, Idées, Problèmes, I, Paris :
P.U.F, 1985.
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FREUD S. (1915-1917). Complément métapsychologique à la théorie du
rêve, Métapsychologie. Paris : Gallimard, 1968,123-143.
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FREUD S. (1915-1917). Deuil et Mélancolie, Métapsychologie. Paris : Gallimard, 1968,145-171.
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FREUD S. (1915). Actuelles sur la guerre et la mort, Œuvre Complète. Paris :
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GENEVOIX M. (1950). Ceux de 14. Paris : Flammarion.
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GORER G. (1965). Ni pleurs, ni couronnes, trad. fr. Hélène Allouch, Paris :
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MANGO E.M. (1999). La Place des Mères. Paris : Editions Gallimard.
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MICHAUX H. (1932). Nous autres, La nuit remue. Paris : Bibliothèque de
La Pléiade.
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PERRET J. (1976). Raisons de Famille. Souvenirs II, Paris : Gallimard.
·
POURCHER Y. (1993). La fouille des champs d’honneur. La sépulture des
soldats de 14-18, La mort, Revue Terrain, 20 Mars, Editions du Ministère de la Culture et de l’Education.
[1]
Fédida P., (1997),
« l’œuvre de sépulture »
in
la fin de la vie qui en
décide ? P.U.F. p. 15.
[2]
Genevoix M. (1950),
Ceux de 14, Paris,
Flammarion.
[3]
Barbusse Henri
(1916),
Le Feu, Paris,
Flammarion.
Nous devons ces
citations à l’article de
Yves Pourcher « La
fouille des champs
d’honneur. La sépulture
des soldats de 14-18 » in
La mort, revue
Terrain
n°20, mars 1993,
Editions du Ministère de
la Culture et de
l’Education.
[4]
Freud S., 1915,
Actuelles sur la guerre et
la mort,
Œuvre
Complète, T. XIII,
p. 130.
[5]
Freud S., ibid., p. 135-136 : « Il est permis de
s’étonner que chez
l’homme ainsi éduqué le
mal réapparaisse avec
une telle virulence. En
réalité il n’y a aucune
« extirpation » du mal.
L’investigation psychanalytique montre bien
plutôt que l’essence la
plus profonde de
l’homme consiste en
motions pulsionnelles
qui, de nature
élémentaire, sont de
même espèce chez tous
les hommes et ont pour
but la satisfaction de
certains besoins
originels… il est admis
que toutes les motions
qui sont prohibées par la
société comme étant
mauvaises – prenons
pour les représenter les
motions égoïstes et les
cruelles – se trouvent au
nombre de ces motions
primitives. »
[6]
Freud S., ibid, p. 143.
[7]
Cendras B., 1945,
L’homme foudroyé,
Edition Folio, Paris,
Gallimard, p. 21.
[8]
Ce que Lacan appelle
le « trou-matisme »
proposant de se figurer
l’ouverture d’un gouffre
dans lequel risque de
tomber l’endeuillé ou au
bord duquel il tente de
garder l’équilibre.
[9]
Freud S.,
Introduction
à la psychanalyse, Payot,
pp. 256-257.
[10]
Ferenczi S., 1916,
« Deux types de névroses
de guerre » in
Psychanalyse, Œuvres
Complètes, Vol II, Payot.
[11]
Ferenczi S.,
« Réflexions sur le
traumatisme »,
Œuvres
Complètes, IV, p. 139.
[12]
Michaux H., 1932,
« Nous autres » in
La nuit
remue: « se désenlacer
lentement en fraude, des
bras de l’arrière »…
[13]
Rappelons
qu’Antigone, fille
d’Œdipe, défie Créon
parce qu’elle veut
donner à son frère
Polynice, traître de la
patrie, une sépulture.
Créon lui interdit cet
acte, elle passera outre
l’interdiction.
[14]
« Les mères de la
place de Mai » sont un
écho contemporain à ces
lamentations voir le livre
d’Edmondo Gomez
Mango,
La Place des
Mères, 1999, Editions
Gallimard.
[15]
Rapport à la
commission nationale
des sépultures militaires
sur le projet de loi
interdisant l’exhumation
et le transport des corps
des militaires français,
alliés et ennemis sur le
territoire français
pendant une période à
déterminer. in
« La fouille des champ
d’honneur »,
article cité, p. 46.
[17]
Drieu La Rochelle P.,
1934,
La Comédie de
Charleroi, Paris,
Gallimard, Coll.
Imaginaire, p. 86.
[18]
Perret J., 1976,
Raisons de Famille.
Souvenirs II, Paris,
Gallimard, cité in « Les
fouilles des champs
d’honneur », art. cité.
[19]
in « La fouille des
champs d’honneur »
article cité.
[20]
Ibid. « je me suis
rendu avec ma femme
dans la grande plaine
située à 8 ou 10 km de la
gare deVierzy où était
inhumé mon fils, nous
avons exhumé le cadavre
dont les chairs avaient
complètement disparues.
Nous l’avons facilement
et avec certitude identifié
grâce à ses bretelles,
chaussettes, chemise et
caleçon qui étaient
intacts. » « à la dentition
qui était restée intacte
nous avons parfaitement
reconnu que ce n’était
pas le corps de notre
fils », p. 51.
[21]
Cf. Didi Huberman
G., 2000,
L’image
Survivante, Paris,
Editions de Minuit.
[22]
Freud S., 1915,
in
Œuvre Complète,
T. XIII. Paris, P.U.F.
[23]
Freud S. (1915-1917), « Complément
métapsychologique à la
théorie du rêve » in
Métapsychologie, trad.
fr. Paris, Gallimard,
1968. pp. 123-143.