2002
Champ Psychosomatique
Deux détournements de sens, de la gloire au sacrifice : l’Arc de Triomphe de l’Étoile et le haut-relief de Rude
Daniel Rabreau
3 rue Louis-Rolland - 92120 Montrouge
Quel caractère votif peut revêtir la consécration d’un monument à la
Guerre ? Dans les Temps modernes ou contemporains qui sacralisent encore
l’imaginaire « à l’antique » son rôle est également de révéler une conscience
civique et de la façonner, en fonction de la propagande ou des idéaux
politiques changeants. L’étude d’un des plus prestigieux monument de ce
type, l’arc de triomphe de l’Etoile de Paris, montre les détournements de
signification que les modifications d’usages, d’iconographie ou de simple
interprétation populaire, peuvent faire subir à sa raison d’être originelle. Ce
monument de gloire guerrière s’est métamorphosé en autel du sacrifice
républicain. De propitiatoire, le monument est devenu expiatoire.Mots-clés :
Monument, Sculpture, Arc de triomphe, Conscription nationale, Soldat inconnu, Corps du sacrifice, Histoire nationale.
What votive character can the consecration of war monument assume ?
In modern or contemporary times still regarding “antique-like” imagination
as sacred, its function is also to reveal and to mould a civic consciousness,
according to propaganda or changing politic ideals. The study of one of the
most prestigious monuments of this kind, the Arc de Triomphe at the Etoile in
Paris, shows the diversions of meaning its original raison d’être can suffer
because of the changes of use, iconography or mere popular interpretation.
This monument of warrior glory turned itself into an altar of the republican
sacrifice. The monument, first propitiatory, became expiatory.Keywords :
Monument, Sculpture, Arc de Triomphe, National conscription, Unknown Soldier, Sacrifice Body, National History.
« Ah ! Ah ! mon petit ! s’écria-t-elle, en voilà du
nanan !
Fabrice restait glacé. Ce qui le frappait surtout,
c’était la saleté des pieds de ce cadavre qui était déjà
dépouillé de ses souliers, et auquel on n’avait laissé
qu’un mauvais pantalon tout souillé de sang.
– Approche, lui dit la cantinière; descend de cheval;
il faut que tu t’y accoutumes; tiens, s’écria-t-elle, il en a
eu par la tête.
Une balle, entrée à côté du nez, était sortie par la
tempe opposée et défigurait ce cadavre d’une façon
hideuse; il était resté avec un œil ouvert. »
STENDHAL, la Chartreuse de Parme (1839)
Le monument invite au déplacement qu’implique le
rituel auquel il sert de cadre. Mais le monument, qui
perdure, représente aussi ce rituel et fixe le sens emblématique
originel – en principe, il le devrait. Première question :
l’automobiliste parisien, qui tourne autour de l’Arc de
Triomphe de l’Etoile ou qui passe (ou passait, il n’y a encore
pas si longtemps) sous l’arche de la porte Saint-Denis
[1] a-t-il
jamais eu conscience d’être guidé par des itinéraires symboliques,
résolument guerriers ? A défaut d’être un patriote, ou
un spectateur de l’Histoire, s’il s’agit d’un touriste conscien
cieux, il s’en rapportera à son guide des monuments – en
principe informé en histoire de l’art. Malheureusement, la
discipline est, aujourd’hui, trop peu soucieuse de transmettre
les aléas de la réception comportementale, si l’on peut dire,
d’une œuvre architecturale. Ici, c’est à un double détournement
de signification, architecturale et sculpturale, auquel on assiste.
En désignant ce détournement, je voudrais en éclaircir les
raisons.
TROIS AUTRES QUESTIONS : POUR UN GUIDE IDÉAL
DU PIÉTON
Le rituel républicain actuel lié à l’Arc de Triomphe ignore
le passage des défilés sous l’arche : la présence de la tombe du
Soldat inconnu de 14-18 l’en empêche. On y vient pour la
fleurir et raviver sa flamme, objet d’éternité qui honore l’Anonyme victime, emblème elle-même de l’Egalité démocratique.
On y étire le grand voile tricolore qui anime verticalement
l’espace libre, mais devenu sacré sous l’arche. Et le défilé
contourne le mausolée, pardon ! l’arc, pour finalement le faire
valoir comme fond de décor en descendant les Champs-Elysées au matin du 14 juillet…
Au nord de Paris, depuis le XVIII
e siècle vue de profil dans
l’axe des Grands Boulevards, qui ont remplacé l’enceinte de
la capitale rendue inutile par les conquêtes de Louis XIV, la
porte Saint-Denis, arc de la mémoire des victoires de Ludovico
Magno, semble déplacée, comme hors du temps, amincie pour
cause de mutation topographique est-ouest. D’ailleurs dans
l’autre axe, nord-sud, le chemin qui conduit de la nécropole
des rois
[2] au cœur de Paris n’a suscité qu’un monument historique parmi d’autres. L’arrière petit-fils du Roi Soleil, Louis
XV le Bien-Aimé, de retour de la Victoire de Fontenoy (1745)
est entré dans Paris en passant sous la porte Saint-Martin,
voisine, mais celle-ci avait été métamorphosée par l’adjonction d’un décor éphémère de toile peinte du meilleur rococo.
La guerre en dentelle tuait toutefois (« messieurs les Anglais,
tirez les premiers…»), au grand dam de Louis XV qui s’est
exprimé sur le sujet, contrairement à son illustre aïeul ! L’idéologie de l’époque des Lumières, consacre le monument votif à
la Paix, non à la Guerre; mais le XVIII
e siècle n’est pas une
valeur refuge de la République, si on en exclut la période
révolutionnaire. En revanche, l’arc de l’Etoile napoléonien, lui,
est devenu un des quatre ou cinq emblèmes de la capitale de la
France. Sa masse, gigantesque, le distingue dans sa catégorie
comme un des plus grands monuments commémoratifs du
monde. Deuxième question : quelque frayeur inconsciente
n’aurait-elle pas détourné les cortèges martiaux de l’utilisation
fonctionnelle dévolue à cette architecture, curieusement
devenue colossale ?
L’arc de triomphe moderne est un héritage architectural
évident de la Rome antique, et d’elle seule. Il est toutefois
essentiel de constater que son utilité rituelle normale, originaire des vieilles croyances liées aux cultes guerriers, est
ignorée à l’époque de Louis XIV, à celle de Napoléon I
er,
comme à la Renaissance qui s’attacha à en restituer l’image
formelle (dans maintes façades) ou le simulacre dans l’architecture éphémère des fêtes princières. « La signification de
l’arc de triomphe s’explique par la plus ancienne religion
romaine de la guerre : à l’issue des campagnes, on faisait
passer les guerriers sous une
porte magique [je souligne], pour
les décharger des énergies destructrices qu’ils portaient en eux
et qui auraient été dangereuses pour leurs compatriotes. »
[3] [à
quand les arc de triomphes à l’entrée des autoroutes ?]…
L’appropriation du vocable qui unit le monument du passage à
la mémoire guerrière dévolue au vainqueur, énonce à Rome
l’arc de Titus, de Marc-Aurèle, de Septime Sévère; on n’attribue guère à Paris qu’une identité toponymique, tant au XVII
e
qu’au XIX
e siècle : porte Saint-Denis, porte Saint-Martin, arc
de l’Etoile, arc du Carrousel… Troisième question : telle
moralisation civico-laïque de l’arc moderne serait-elle une
conséquence de la disparition du rituel religieux antique, spécifiquement guerrier ?
Or ce qui donne à l’arc de l’Etoile l’importance d’une
cathédrale, ce n’est pas uniquement sa taille, image grandiose
en un site carrefour : c’est également sa parure de sculpture,
image narrative d’un symbole exprimé en formes intelligibles,
indissociables de l’architecture, mais requérant un minimum
de connaissances et de conscience historiques pour être perçu
sciemment. Ici l’amateur, comme il reconnaît le Beau Dieu
d’Amiens ou l’Ange au sourire de Reims, sait immanquablement porter son regard vers le haut-relief de Rude qui
anime le piédroit nord-est de l’arc de l’Etoile du Départ des
volontaires, à lui seul sujet de carte postale. Or l’homme de la
rue, avec le touriste, identifie plus volontiers ce groupe sculpté
avec la Marseillaise. Dualité ou duplicité du thème iconographique ? A l’historien de montrer, au contraire, que le
mystère de l’œuvre d’art complexe tient à l’unicité
exemplaire qui voit un fragment signifier le tout sans cesser
de faire corps avec l’ensemble fort nuancé (programme et
architecture).
Le XIX
e siècle, à Paris, a laissé un autre groupe sculpté, tout
aussi célèbre que celui de Rude et qui, comme lui, semble
résumer l’essence du monument contre lequel il s’adosse –
jusqu’à faire oublier les autres sculptures du programme, sinon
dans une vision globale peu signifiante. C’est le
Génie de la
Danse de Carpeaux. Ou la
Danse tout court, dont les nudités
fléchies ou bandées firent grand scandale à l’époque
[4] ! Le
naturalisme recherché de l’illustration vivante du thème
convient en effet à la vocation du théâtre de Garnier.
A l’époque où Degas exprime ce thème en virtuose, les
abonnés du Jockey Club savouraient la spécialité maison –
ballet et petits rats; une activité qui s’affichait donc dès l’accès
à la façade et ce qui poursuivait, sans les lorgnettes, à l’arrière
de la scène dans le fameux foyer de la danse. Même précédée
d’un parfum de scandale, la Vérité de l’art, grâce au génie de
Carpeaux, identifie le caractère du monument destiné au loisir
le plus noble, clairement assumé. L’imaginaire des nudités –
féminines et viriles seulement dans la pierre – se laissera
bercer à l’intérieur de la salle par le rythme des tourbillons
musicaux. Pièce majeure d’art urbain, ouverte et sans intérieur
annoncé, visuellement associé à la déambulation, l’Arc de
Triomphe offre au contraire sa sculpture à l’exaltation de la
mémoire civique. On y attend plus d’emblématique sévère et
de perfection académique, que de métamorphose virtuose.
Pourtant, l’appréciation solitaire du groupe de Rude, autant
que l’erreur d’identification de son sujet, incitent à approfondir les raisons d’être de cet édifice a priori d’inspiration
guerrière, mais dont la parure, tout comme la fonction qui
annihile toute idée de passage, exige des explications. Du
côté des Champs-Elysées, le célèbre
Départ de Rude, qui
évoque un fait historique de 1792, en pendant du
Triomphe,
méconnu, du sculpteur Cortot, qui illustre l’apogée de
l’Empire (1810), dévoile une dialectique du monumental,
fondée sur les rapports contrastés qu’entretiennent l’architecture et la sculpture dans un programme iconographique
dense, mais surtout libéré de toute fonctionnalité distributive
– l’arc de triomphe est un monument pur. Allégorie parlante
par son style, nous le verrons, le
D épart des Volontaires
recommande une exégèse attentive, comparativement à la
conception de l’architecture et, plus encore, aux jugements
qui ont apprécié celle-ci. Quatrième question : de l’iconographie ou du style, la postérité avoue-t-elle, prioritairement
grâce à l’un ou à l’autre, une quelconque adhésion au
message historico-politique voulu par les créateurs, commanditaires et artistes ?
A une époque oublieuse, la nôtre, où tout objet est jaugé à
l’aune de la consommation et du profit, cette question n’est pas
sans gravité. Elle précise et éclaire les questions précédentes
en donnant au monument sculpté la prééminence sur la
construction symbolique. C’est l’exposé des faits qui jalonnent
la réalisation globale, souvent longue et contradictoire de ce
genre d’édifices coûteux, qui peut nous pousser à nous y
intéresser ou à nous en émouvoir aujourd’hui. En 1985,
l’artiste Christo aurait-il obtenu l’autorisation d’emballer l’arc
de l’Etoile, comme il l’a fait du Pont neuf ? Je ne le crois pas,
à cause du tombeau… Pourtant la fin du XXe siècle a réservé à
ce monument une position urbaine singulièrement affaiblie,
sauf à considérer la présence du mastodonte comme un nécessaire, et non pas suffisant, support au groupe de Rude. En effet,
la pâle transparence, immense, dont l’architecte Johan Otto
Spreckelsen a orné avec un subtil sens du pléonasme plastique
la « Tête Défense », a doublé, pour parler vulgairement, le rôle
de l’arc de l’Etoile.
Se tourne-t-on de l’autre côté ? Vers l’est, depuis la destruction des ruines fumantes du palais des Tuileries, sous la
Troisième République, apparaît le petit arc du Carrousel
délicatement paré de marbre blanc, gris, rose et de bronze
sombre ou doré; c’est la transparence biaise qu’il subit, lui,
dans le vis-à-vis de la pyramide de verre du Louvre, non sans
tourner le dos à un nouveau tracé végétal, buissons pharaoniques taillés pour quel rayonnement ? Anti-monumental par
essence, le postiche moderne brutalise l’espace, le temps et
l’architecture façonnés par l’histoire.
Rêvons. La statue équestre de Louis XV dressée par Edme
Bouchardon, avec une vraisemblance « toute naturelle » en
bronze, en l’honneur du pacificateur de 1763, sur la dernière
place royale de Paris, serait-elle encore debout : y adosserait-on la tribune officielle de la revue du 14 juillet, comme on le
fait aujourd’hui contre l’obélisque de remplacement, place de
la Concorde ? Peut-être bien. Sans solliciter la fiction, il est
clair que l’art officiel favorisé depuis la fin du XXe siècle
transmet une mémoire abstraite, paradoxale donc, par rapport
à l’objet ou au discours qui croit l’expliquer. Par exemple, au
palais Royal, les fragments de colonnes redondantes de Buren
n’inspirent qu’un sentiment d’ironie, ludique ? Partagé par les
badauds ? Or le monument historique s’explique moins qu’il
ne se raconte. La rupture radicale avec le passé étant constatée,
l’historien de l’art figuratif peut revendiquer sa place dans la
société de consommation : celle d’un montreur d’images.
La pyramide « immatérielle » du Louvre, le cube creux de
105 mètres de côté de l’arche de la Défense, constructions qui
s’annoncent projetées vers l’avenir, ont peu de chance de
commémorer par anticipation la guerre des étoiles. Et pour
cause… Du Triomphe de la République de Dalou (place de la
Nation, ex-place du Trône) jusqu’à la Défense, il n’est question
que de luttes armées, de morts glorieuses, d’exercices
militaires, de guerre et de paix. Tel est le décor symbolique de
l’axe du développement majeur de Paris. Pêle-mêle : prise de
la Bastille, Génie de la Liberté, rue de Rivoli, Carrousel,
Concorde, Clémenceau, Champs-Elysées, monument au soldat
inconnu, général de Gaulle, avenue de la Grande Armée,
Défense… Ces lieux, ces noms, ces monuments n’ont une
existence symbolique que par rapport aux images qu’ils
véhiculent, en l’état et non idéalement. L’arc de l’Etoile n’est
plus utilisé pour le passage des cortèges triomphaux.
Recueillement, c’est un autel de la Patrie ! L’arc du Carrousel
ne sert plus d’entrée de palais. C’est un décor de musée urbain.
Pour le coup d’œil, l’isolement et le jardinage. Le caractère, la
physionomie expressive et sensible de cette monumentalité
historique déchue, c’est la sculpture qui les reflète encore.
C’est elle, quand on veut bien la regarder et l’interroger, qui
sait le mieux raconter l’humanité sous le soleil.
Le relief, creusé, adossé ou tendu, en saillies exubérantes
ou dans des cadres mesurés, polychrome ou sagement fondu
dans le camaïeu des pierres de construction, en bronze, en terre
cuite ou en marbre, le relief anime l’art de construire et accompagne (on pense à l’harmonie ou à l’instrumentation d’un
thème musical) le langage des formes géométriques et
ornementales. C’est pourquoi, jusqu’à une époque toute
récente, l’architecture n’était pas privée de sculpture figurative. Comment ne pas devoir rappeler cette évidence au public
contemporain féru de peinture impressionniste plus qu’abstraite, mais encore trop peu sensible à la sculpture et à l’architecture du XIXe siècle ? Invoquer l’image urbaine, raconter le
rôle de l’architecture, c’est s’interroger sur les cathédrales de
Rouen et les gares Saint-Lazare peintes par Claude Monet.
C’est également aspirer à mieux connaître notre environnement : la ville du XIXe siècle, physiquement, ne peut être étrangère à personne puisque les trois quarts d’entre nous y vivons
quotidiennement. Pour quelles impressions conscientes ? Peut-on y trouver quelque message spirituel, ailleurs qu’à l’église,
ou se contentera-t-on d’y projeter nos maux existentiels,
comme de néo-romantiques attardés ? Sonnerie aux morts des
matins gris du 11 novembre. Monuments fantômes ou citadins
fugitifs : quelle image autre qu’artistique, et encore rarement
bien admise – art Pompier –, reconnaissons-nous dans cette
statuaire omniprésente et pourtant si mal perçue ? En guise de
réponse, après l’histoire de l’arc de l’Etoile, je finirai en racontant le Départ de Rude, œuvre désignée à l’admiration du
touriste, mais tellement moins connue que la Liberté, solennellement placide de New York ou le Manneken Piss anecdotique de Bruxelles, qui symbolisent, globalement, la ville !
L’exemple le plus tragique, peut-être, de l’amnésie collective
dont, historiquement, nous sommes atteints.
HISTOIRE ÉVÉNEMENTIELLE ET POLITIQUE DE
L’ARC DE TRIOMPHE
A travers l’
antique revival, convenu autour de 1800, l’arc
de l’Etoile est l’aboutissement d’un siècle de projets relatifs au
problème de la forme architectonique et du gabarit colossal à
donner à un arc moderne, relatif également au site même qui
domine l’une des entrées de la grande ville capitale : les
Champs-Elysées descendant vers la place de la Concorde
(place royale jusqu’à la Révolution). Sur ce point des projets
variés s’étaient succédés, depuis les débuts du règne de
Louis XV
[5] jusqu’au Directoire, notamment avec un important
concours pour l’embellissement des Champs-Elysées lancé
par le ministre de l’Intérieur, François de Neufchâteau,
le 1
er Brumaire de l’an VII (22 octobre 1798)
[6]. Curieusement,
d’emblée le projet d’urbanisme (magnifier l’une des entrées –
« porte » – de l’axe majeur de circulation et de développement
de Paris) l’a emporté sur toute signification commémorative
clairement identifiée. Et l’aspect colossal et formel de l’arc, tel
qu’il fut réalisé, procède d’une double influence moderne, et
non pas antique : d’une part les fastes du siècle de Louis le
Grand et, d’autre part, les fêtes civiques de la Révolution qui,
dès 1790, puis en 1793, par exemple, surent mettre en scène
sur la voie publique parisienne des arcs éphémères dont les
formes sévères illustraient le caractère même du néoclassicisme révolutionnaire. Traditionnellement, les entrées royales
et triomphale de Paris se situaient au nord et à l’est. La
maquette grandeur nature de l’arc gigantesque, mais à trois
arches, de la place du Trône (détruit en 1716) que Claude
Perrault avait érigé à la gloire de Louis XIV, était un précédent
lointain à la mégalomanie impériale française. A l’inverse,
connue par des arcs romains ou gallo-romains de taille très
modestes, la forme massive, formant de face un bloc cubique
percé d’une seule arche et, surtout, contre lequel toute présence
de colonne à l’antique était bannie, était directement inspirée
de la porte Saint-Denis, chef-d’œuvre reconnu de François
Blondel
[7]. Le motif des reliefs en trophées-pyramides qui structurent les pylônes de cet arc, est à l’origine des trophées colossaux prévus d’abord pour se détacher du nu des piédroits de
l’arc de l’Etoile.
Des premiers projets (1806) à l’achèvement (1836), des
architectes Chalgrin à Blouet, l’arc connut pas moins de cinq
maîtres d’œuvre au service de trois régimes politiques différents : l’Empire, la Restauration et la Monarchie de Juillet. Il
serait trop long de détailler ici les raisons économiques,
plastiques et symboliques qui, à la suite des premiers dessins et
après plusieurs péripéties durant les travaux
[8], firent rejeter
définitivement les colonnes de l’architecture de ce monument.
Mais c’est ce manque d’ordonnance qui permit aux sculpteurs
de substituer des groupes animés (du moins celui de Rude
l’est-il résolument) aux trophées hiératiques de génies, d’armes
et d’armures primitivement envisagés. Ce rejet, qui singularise
l’arc de l’Etoile par rapport au modèle savant antique, l’oppose
également aux autres arcs de l’Empire et de la Restauration,
celui du Carrousel, version délicate de l’arc de Constantin,
celui de la porte d’Aix à Marseille, inspiré de l’arc de Trajan à
Bénévent.
L’échelle du monument joua également en faveur de la
nouveauté, par défaut pourrait-on dire : en effet, l’arc de
Chalgrin, symbole national conçu comme un écran scénographique urbain dès l’origine
[9], ne pouvait recevoir qu’un gigantesque couronnement en bronze – quadrige, Aigle impériale,
groupe statuaire… Or l’incroyable quantité de projets qui
furent proposés par les sculpteurs, parfois indécis et le plus
souvent maladroits, aboutit, malgré plusieurs essais temporaires
[10], à abandonner l’idée de couronner l’arc. Ce fait est
peut-être moins révélateur d’une impuissance créatrice que
d’une fatalité historique. Inachevé en 1815, continué opportunément sous la Restauration soucieuse de valoriser la petite
campagne guerrière du Dauphin en Espagne orchestrée par
Chateaubriand
[11], l’arc impérial n’entre vraiment dans l’histoire
qu’à l’issue des Trois Glorieuses !
Ensuite, le nouveau programme iconographique voulu par
Thiers, ministre de l’Intérieur d’une nouvelle monarchie vouée
à la nostalgie romantique, sacrifie aux légendes de l’épopée
napoléonienne. Mais développée ou fixée dans les hauteurs, la
frise de la Grande Armée et les bas-reliefs des batailles n’ont
qu’une présence lointaine qui font décor dans la masse. C’est à
Versailles à la même époque, dans la Galerie des Batailles du
nouveau Musée historique de peintures de Louis-Philippe,
placé sous les auspices de « toutes les gloires de la France »
[12],
qu’il faut aller contempler le livre imagé des exploits guerriers
de la Nation ! Sur l’arc de l’Etoile, dont la vocation triomphale
s’est estompée au fur et à mesure que les pompes funèbres
spectaculaires s’y succèdent, ce sont bien les hauts-reliefs des
quatre faces principales qui attirent l’attention; et parmi eux,
grâce à son mouvement et à sa plénitude plastique, celui de
Rude d’où, singularité encore plus stupéfiante, se détache le
visage atroce d’une figure mythique étrange et pourtant
devenue populaire sous la vocable de
La Marseillaise. L’histoire peut-elle se satisfaire de cet anachronisme, au demeurant
bien compréhensible ?
Le chef-d’œuvre de Rude doit se décrire en fonction de
trois principes distincts qui, enchaînés méthodiquement,
fondent le commentaire d’histoire de l’art aujourd’hui nécessaire à sa reconnaissance. Le premier s’attache au respect de
l’iconographie voulue par un programme d’ensemble précis,
imposé aux sculpteurs par le maître d’ouvrage. Le second doit
faire la part de sensibilité et d’originalité de l’artiste, et de
l’impact de l’imaginaire collectif du temps qui invite à l’exégèse iconologique. Le troisième est prescrit par la composition
et le style des figures qu’il convient d’analyser conformément
aux critères esthétiques de l’époque.
LE PRIX DE LA LIBERTÉ : DE LA CHAIR À CANON AU
DÉNUEMENT FRATERNEL
Attaché à montrer dans l’art monumental la légitimité du
pouvoir issu de la Révolution de 1830 (c’est-à-dire la monarchie constitutionnelle, garantie par le « roi des Français ») et
soucieux d’exprimer sa vision instrumentale, progressiste, du
passage du XVIIIe siècle au XIXe siècle, l’historien-ministre
Thiers demandait aux artistes d’illustrer quatre dates symboliques de l’histoire récente qui, selon lui, évoquaient un
véritable consensus national. La leçon devait être exemplaire :
au moment même où le pays se trouvait déchiré par des luttes
violentes, la sensibilité romantique n’aurait su se satisfaire
d’une exaltation sans contrepartie de l’épopée impériale –
contrairement à ce qu’on croit.
La première date et l’événement choisis, le Départ des
Volontaires de 1792, rattachaient directement les journées de
Juillet 1830 à la Grande Révolution autour d’un thème civique
absolu : le sacrifice de tous, sans distinction, à la cause de la
Liberté, ciment de la Nation. Ce qui deviendra la conscription
symbolisait le principe démocratique suprême et le rejet du
système aristocratique qui s’était établi sur la fonction de la
noblesse défendant le peuple. On chercherait en vain, eu égard
à l’histoire du Peuple français justement, une identique modernité dans les trois autres dates-thèmes retenus ! Symétriquement au Départ : Le Triomphe de 1810 sculpté par Cortot,
allégorie sans âme de l’apogée de l’Empire, expose la figure
raide d’un César-Auguste de convention. Côté ouest, avec La
Résistance (1814) et La Paix (1815), le ciseau vigoureux
d’Etex illustre, d’une manière circonstancielle, le vieux couple
« Guerre et Paix » – comme on est loin de l’iconographie
conquérante des arcs consacrés à Louis XIV ! Ignoré le haut-relief de Cortot ! Ceux d’Etex n’ont pas suffi à faire passer leur
auteur à la postérité, malgré la dignité de leur composition et le
grand talent du sculpteur. D’émouvantes figures saisies sur le
vif, une aisance convaincante dans le modelé des corps et des
drapés, toutes ces qualités assemblées ne suffisent pas à
masquer l’absence d’idée dans la mise en œuvre des deux
groupes. L’allégorie demeure illustrative. Pesante, elle domine
l’évocation du peuple situé aux pieds des emblèmes, sans
relation de cause à effet plastiquement nouée.
D’où naît donc l’émotion qui se dégage du groupe de
Rude ? Elle tient à l’idée géniale qui a renversé les rôles, en
développant l’action dramatique du sujet : « Départ/Volontaires ». Le sculpteur insuffle la vie à l’allégorie qui, de trophée
vivant dans le style académique, se transforme en vision de
cauchemar : l’attitude, les gestes, et le cri de ce génie féminin
armé orchestrent visiblement l’action de tout le groupe figuré
sur le piédestal. Cette première constatation, à laquelle on
s’arrête habituellement (d’où la « Marseillaise »), ne rend pas
encore suffisamment compte du génie de Rude. Il faut s’imprégner davantage du sujet, contempler attentivement la frise
épaisse qui s’anime au bruit des pas et des armes des soldats
en partance et méditer les effets plastiques complexes, comme
le balancement de la composition, qui accordent l’illustration
du départ à la vision allégorique et galvanisante – le procédé
rappelle ces images ossiannesques en peinture, de Girodet, de
Gérard ou d’Ingres, l’énergie antique en plus ici, digne du
Laocoon ou de Pergame !
Que montre, précisément, l’allégorie narrative de Rude ?
Le public avec plus d’un historien de l’art, car on ne décrit plus
les œuvres
[13], relira avec profit une des ces descriptions
anciennes où tout est placé comme dans une mise en scène. On
en trouverait dans
Le Magasin pittoresque ou dans l’
Histoire
de Paris de Dulaure
[14] d’aussi complètes, mais moins bien
articulées que celle de Henri Jouin, que voici :
« Au sommet, une jeune femme symbolisant le
génie de la
guerre [je souligne], les ailes largement ouvertes, jette le cri
d’alarme tandis que d’un geste puissant elle appelle des volontaires et leur indique avec son épée, vers la gauche, le lieu du
combat. Au premier plan, un chef, portant une cotte de mailles,
la cuirasse richement ornée, les grèves décorées de ciselures,
agite son casque pour attirer à lui des combattants. A droite, un
éphèbe, nu et casqué, se range en pressant la garde de son épée,
près du chef qui l’entraîne avec lui. Derrière eux, un homme
mûr a tiré son arme et s’apprête à jeter son manteau. Un
vieillard, au second plan, donne des conseils au chef qui ne les
entend plus. A gauche, un jeune homme, le torse nu, tend son
arc. Près de lui, un guerrier portant le heaume et la cotte de
mailles, sa lance dans la main droite, s’est retourné vers le
groupe principal pour sonner de la trompette. Au centre, un
jeune cavalier dompte son cheval. Le drapeau national domine
la composition vers la gauche. »
[15]
Il faudrait de surcroît détailler la place des reliefs et des
trouées sombres, les lignes en mouvement et les courbes
enveloppantes, les surfaces ciselées et les volumes cernés, le
contraste des chairs musclées et des objets froids, mais
sonores… les gestes communicatifs et les regards croisés, le
déplacement de l’air et le frémissement des ombres… Il ne
manque à la description de Henri Jouin qu’une observation
pour être parfaite, mais elle est capitale, tant sur le plan
plastique que psychologique : c’est la saillie lumineuse du
poing droit serré vers l’avant de l’« éphèbe » nu et casqué du
premier plan. Ces doigts crispés, situés au croisement des
lignes motrices de la composition sont placés sur l’axe de
symétrie de celle-ci, à l’aplomb de la bouche hurlante du Génie
de la guerre. Voilà bien un effet scénique du nœud de l’action :
le corps nu offert au sacrifice vibre, visiblement, à l’appel du
cri héroïque qui relance l’écho général, « la Patrie est en
danger »… Angoisse et détermination.
Doit-on s’en persuader davantage ? Il suffit de remarquer
que l’artiste, tel un classique, concentre l’expression psycho-logique au cœur de l’équilibre de sa composition mouvementée. L’attitude entraînante du chef guerrier s’accompagne,
au-dessus du poing serré, de regards appesantis et du geste de
la main tremblante du vieillard prophétique. D’essence picturale, fortement narrative, cette sculpture procède d’une
synthèse mûrement réfléchie des procédés caractéristiques des
maîtres de l’époque. La composition dynamique, équilibrée et
persuasive, est digne du grand spécialiste de la dramaturgie
historique qu’était le peintre David, aîné révolutionnaire de
Rude ! La puissance des figures et les contrastes d’expression
un peu brutaux, ou plutôt sans concession envers la bienséance, évoquent Géricault. Il y a du Gros, voire du Delacroix,
dans certains détails pittoresques (les espèces de bottes
tombant en socquettes sous les mollets de l’« éphèbe » – mais
pourquoi nommer ce jeune costaud, plutôt Gaulois, qui
témoigne pour le Peuple, d’un nom sonnant trop grécoromain ? Dans le profil de la tête du cheval qui hennit, sujet
secondaire utile à l’ambition épique du sujet, etc.). Le génie de
Rude se manifeste justement dans ces dissonances qui bousculent la tradition académique. A s’inspirer des peintres pour
raconter son sujet, le sculpteur devient poète dans une forme
d’art austère dont le matériau exige une stupéfiante virtuosité
qui n’admet ni retouche ni reprise. C’est pourquoi le prudent
Cortot, antiquisant correct, ou le bouillant Etex en mal d’idées,
n’atteignent pas à l’exigence expressive du colossal. Avec eux,
le monument témoigne (de quoi ?), sans atteindre à l’émotion.
Mais revenons au sujet avec la présence du vieillard
prophétique qui élargit le thème du
Départ des Volontaires. La
sagesse accompagnerait-elle nos héros dont l’élan semble les
porter vers le groupe en pendant de l’intemporel Napoléon,
augustéen et adulé par les féminines allégories de la Victoire,
la Renommée, l’Histoire et la Patrie ? Le programme défini par
Thiers, en toute logique de propagande, contredit l’intention
particulière de Rude et travestit l’histoire. En effet, il faut
savoir que parmi les dessins préparatoires laissés par le sculpteur, on reconnaît le sujet du groupe que Rude aurait proposé
en pendant du
Départ: rien moins que le
Retour, c’est-à-dire
la
Retraite de Moscou
[16] ! La grande boucherie finale de
l’Empire, l’enrôlement des adolescents, l’entêtement des
grognards et la chute glacée pour perspective… Alors, sur ce
dessin, le
Vieillard-Hiver prend la place du
Génie de la guerre
dans une composition formidable de douleur et d’amertume.
Cette conception humanitaire et romantique, purement artistique et anti-apologétique de la guerre, ne pouvait à l’évidence
convenir à la commande politique.
Il y aurait beaucoup à dire sur cette glorification, critique
ou non, de la Conscription nationale à l’époque romantique.
L. de Fourcaud, le biographe de Rude, rappelle fort à propos
le rôle des souvenirs d’enfance et d’adolescence dans la vie
d’un artiste qui en 1793, à Dijon, faisait partie d’un bataillon
de gamins, « et qui vécut plus tard, durant l’exil de Bruxelles,
au contact des réfugiés français pour qui se reforme l’opinion
démocratique submergée, désemparée, décomposée durant les
années du mirage impérial »
[17]. Le versant noir du mythe
napoléonien, Paul Viallaneix nous le raconterait également à
travers les états d’âme des « enfants du siècle », chantés par
Musset, Vigny ou Stendhal
[18] … Adieu la beauté virile tendre,
endormie et rêveuse sous le pinceau des émules de David et le
ciseau de Canova.
Endymion (Girodet, Salon de 1793),
Morphée et Céphale (Guérin, 1810) s’éveilleront aux terribles
réalités de l’Etat moderne naissant, pour rejoindre le petit
Joseph Barra de David ! « Allons, enfants de la Patrie ! »
Si la tombe du Soldat inconnu de la Première guerre
mondiale, creusée sous l’arche, annihile définitivement la
vocation triomphale de l’arc de l’Etoile pour le transformer en
autel sacrificiel (dont le cimetière patriotique serait le
Panthéon), cette vocation n’était-elle pas déjà profondément
atteinte à l’époque où Victor Hugo immortalisait Gavroche,
quand Rude chantait l’héroïsme populaire, inconscient ? Où se
trouve donc la place Napoléon à Paris
[19] ? A la station de métro
Etoile-Général de Gaulle ? Si la tombe rétrospective est bien
le sceau du rituel expiatoire inscrit sur l’autel de la Patrie,
relativement à la « porte magique » guerrière qui oserait encore
parler de pastiche antiquisant ?
Départ ou Marseillaise, aujourd’hui ? Soit, on ne refait pas
l’histoire ! Mais un esprit artistique et sensible doit reconnaître
la grandeur de la vision de Rude. Dans l’environnement, il faut
y entendre, passé l’écho des canons qui résonnent dans la chair
nue, le dernier couplet de l’hymne mis en vraie musique par
Berlioz – dont la musique avait accompagné l’inauguration de
la colonne de la Liberté, à la Bastille. C’est le couplet que
chante la maîtrise d’enfants, d’une voix presque blanche, et
non hurlante comme le Génie de la Guerre:
(strophe des enfants)
« Nous entrerons dans la carrière
« Quand nos aînés n’y seront plus :
« Nous y trouverons leur poussière
« Et la trace de leurs vertus (bis).
« Bien moins jaloux de leur survivre
« Que de partager leur cercueil,
« Nous aurons le sublime orgueil
« De les venger ou de les suivre !
(Aux Armes ! etc.). »
·
DE FOURCAUD L. (1904). François Rude sculpteur. Ses œuvres et son
temps. 1784-1855, Paris.
·
GAEHTGENS T.W. (1974). Napoleons Arc de Triomphe, Abhandlungen der
Akademie der Wissenschaften in Göttingen, Göttingen.
·
JOUIN H. (1880). L’Arc de triomphe de l’Etoile, Inventaire des richesses
d’art de la France, Paris, t. Ier.
·
LEGRAND J-G., LANDON C-P. (1842). Description de Paris et de ses
édifices. Paris, Seconde édition corrigée et très augmentée, t. 2.
·
PINGEOT A. (sous la dir.) (1986). La sculpture au XIXe siècle, Paris : R.M.N.,
Grand Palais, cat. expo.
·
VIALLANEIX, P. (1985). Mal du siècle et métier des armes, La Bataille,
l’Armée, la Gloire, actes du colloque de l’Université de Clermont-Ferrand, t. 2,323-332.
·
VITRY P. (1930). Les dessins de Rude du musée de Dijon, Gazette des
Beaux-arts.
[1]
J.-G. Legrand et C.-P.
Landon,
Description de
Paris et de ses édifices,
seconde édition corrigée
et très augmentée, Paris,
1842, t. 2, pp. 111-114.
[2]
La basilique de
Saint-Denis.
[3]
G.-C. Picard, notice
« Arc de triomphe »,
Encyclopaedia Universalis, Paris, 1979 (1
re éd.
1968), vol. 2, p. 272.
[4]
M.-C.-A. de Salelles,
Le groupe de la Danse
de M. Carpeaux jugé du
point de vue de la
morale ou essai sur la
façade du nouvel Opéra,
Paris, 1869 (cit. dans
Sur
les traces de Jean-Baptiste Carpeaux, cat.
expo., Grand Palais,
Paris, 1975).
[5]
Deux projets irréalisés
pour la place de l’Etoile,
sous l’Ancien Régime,
firent sensation :
le
Parnasse français de
Titon du Tillet (1727) et
l’Eléphant triomphal
avec fontaine, de Ribart
de Chamoust (1758) qui
préfigure l’éléphant qui
sera construit provisoirement par Alavoine, plus
tard à la Bastille.
[6]
H. Jouin, « L’Arc de
triomphe de l’Etoile »,
Inventaire des richesses
d’art de la France,
Paris, t. I
er, 1880.
Coïncidence : 1798 est
aussi l’année de la Loi
de conscription militaire,
dite Loi Jourdan.
[7]
Cf. la publication de
son neveu, J.-F. Blondel,
L’Architecture française,
Paris, livre V, 1754,
chap. IV, pp. 10-12. Un
fragment du monument
apparaît dans un beau
tableau de Boilly,
Les
Conscrits de 1807
défilent devant la porte
Saint-Denis (cf. les
explications de C.-S.
Eliel dans le catalogue
de l’exposition
Louis
Boilly, Musée
Marmottan, Paris, 1984,
pp. 16-18).
[8]
H. Jouin, op. cit. supra
note 6; T.W. Gaehtgens,
« Napoleons Arc de
Triomphe »,
Abhandlungen der Akademie
der Wissenschaften in
Göttingen, Göttingen,
1974; S. Damiron,
« Projets de Chalgrin
pour l’Arc de Triomphe
de l’Etoile. Documents
originaux »,
Urbanisme
et architecture,
documents réunis en
hommage à P. Lavedan,
Paris, 1954; J.A.
Raymond,
Projets pour
l’Arc de Triomphe,
Paris, 1812; G. Vauthier
et H. Lefuel, « Jean-Nicolas Huyot, architecte de l’Arc de
triomphe de l’Etoile »,
Bulletin de la Société de
l’Histoire de l’Art
Français, 1920.
[9]
L’Etoile : « Ce point
fait, en quelque sorte,
partie du plus beau
quartier de Paris,
puisqu’il y est joint par
une promenade, les
Champs-Elysées. Un
Arc de Triomphe à
l’Etoile fermerait, de la
manière la plus majestueuse et la plus pittoresque, le superbe point
de vue que l’on a du
château impérial des
Tuileries […]. Et regardant le palais de V.M.
comme le centre de
Paris, ainsi que Paris est
le centre de l’Empire, ce
monument serait vu du
centre de la capitale »,
rapport du ministre
Champigny à Napoléon
I
er (cit. par M.-L. Biver,
Le Paris de Napoléon,
Paris, 1963).
[10]
E. de Senne, « Les
projets de couronnement
de l’Arc de triomphe de
l’Etoile »,
Bulletin de la
Société historique et
archéologique des VIIIe et
XVIIe arrondissements de
Paris, janvier-février
1911.
[11]
J.-M. Gautier, « La
guerre d’Espagne de
1823 »,
La Bataille,
l’Armée, la Gloire,
actes du colloque de
l’Université de
Clermont-Ferrand, 1985,
t. 2, pp. 323-332.
[12]
T. Gaehtgens,
Versailles. De la
résidence royale au
Musée historique, Paris,
1984.
[13]
Cf., par exemple, la
présentation caricaturale
du haut-relief de Rude
dans le livre, très
répandu, de H. Hibbard,
Les chefs-d’œuvre de la
sculpture occidentale,
Lausanne, 1977, p. 228.
[14]
Le Magasin pittoresque, juin 1839, p.
170; L. Batissier,
Histoire de Paris et de
ses monuments par
Dulaure, nlle éd.
refondue et complétée,
Paris, 1846.
[15]
H. Jouin,
op. cit.
supra note 8, p. 173.
[16]
Confiant dans
l’admiration que lui
portait Thiers, Rude
s’était semble-t-il
imaginé qu’il obtiendrait, comme Etex, la
commande de plus d’un
haut-relief. Cf. P. Vitry,
« Les dessins de Rude du
musée de Dijon »,
Gazette des Beaux-arts,
1930, pp. 113-127.
[17]
L. de Fourcaud,
François Rude sculpteur. Ses œuvres et son
temps. 1784-1855, Paris,
1904, pp. VIII et 27.
[18]
P. Viallaneix, « Mal
du siècle et métier des
armes »,
La Bataille,
l’Armée, la Gloire, op.
cit. supra note 11, t. 2,
pp. 379-392. Plusieurs
autres communications
de ce remarquable
colloque m’ont servi à
mieux cerner le contexte
historique dans lequel se
place le Départ de Rude.
[19]
Ne cherchez pas, elle
n’existe pas plus que la
rue… Mais la Cour
Napoléon du Louvre :
c’est celle qui est ornée
de l’ineffable pyramide.
On l’a accompagnée
d’une statue équestre de
Louis XIV qui en disposait déjà d’une autre sur
sa place des Victoires,
etc. etc.