Le rêve vu par les Neurosciences
Elizabeth Hennevin
Il est maintenant clairement établi que l’activité mentale pendant le
sommeil n’est pas l’exclusivité du sommeil paradoxal (SP) : elle peut également prendre place pendant chacun des quatre stades du sommeil non-paradoxal (SNP). Mais l’activité mentale en SNP est-elle ou pas de même
nature que celle produite pendant le SP ? La question est encore largement
débattue car bien que les récits obtenus après réveil du SNP soient généralement plus courts et plus pauvres, ils rapportent parfois des rêves qui sont
indistinguables, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, de ceux rapportés
après réveil du SP. L’autre grand débat actuel porte sur les mécanismes
cérébraux sous-tendant l’activité onirique. Ce domaine a bénéficié récemment de données nouvelles, issues des études d’imagerie cérébrale fonctionnelle faites pendant le sommeil ou de l’examen de sujets cérébro-lésés
incapables de fournir des récits de rêve. Deux théories, fondamentalement
différentes, sont actuellement proposées. La première, dans la continuité du
modèle « activation-synthèse », défend l’idée que le SP est l’état cérébral
optimal pour le rêve; elle postule que les caractéristiques formelles des rêves
sont largement déterminées par la distribution régionale de l’activité cérébrale
et les caractéristiques neurochimiques du SP. La seconde, par contre, soutient
que le rêve est sous-tendu par des circuits neuronaux spécifiques, différents
de ceux qui contrôlent le SP ; elle attribue un rôle causal aux systèmes
dopaminergiques méso-cortico-limbiques, et donc aux mécanismes motivationnels, dans la production du rêve.Mots-clés :
Neurosciences cognitives, Activité mentale pendant le sommeil, Théories biologiques du rêve.
Impressive evidence now indicates that mental activity during sleep is
not exclusive to paradoxical sleep (PS): it also occurs during all stages of
non-paradoxical sleep (NPS). A still debated question is whether PS and NPS
mentation are, or not, qualitatively different, stemming from different
imagery generation systems, or arising from a common source. The fact that
substantial differences are most frequently observed between PS and NPS
mentation reports supports the first hypothesis; the fact that vivid dreams,
indistinguishable from PS dreams, are sometimes reported from NPS
supports the second hypothesis. Another much debated question concerns the
neural basis of dreaming. Over the last years, this field of research has
benefited from both new clinico-anatomical observations and sleep neuroimaging data in humans. Two different theories are currently proposed. One is
the updated version of the activation-synthesis model; it asserts that the PS
state is the optimal substrate of dreaming and it posits that the phenomenological aspects of dreaming is the subjective correlate of the specific regional
activation patterns and neurochemistry of PS. The other one states that
dreaming and PS are controlled by different brain mechanisms; it postulates
that dreaming is actively generated by a specific forebrain network related to
goal-seeking behavior.Keywords :
Cognitive neurosciences, Sleep mentation, Neural basis of dreaming.
• QUELQUES ASPECTS MÉTHODOLOGIQUES
• LES ACTIVITÉS MENTALES DU SOMMEIL
• MODÈLES NEUROBIOLOGIQUES DE LA PRODUC-TION DU RÊVE
• EN GUISE DE CONCLUSION…
• BIBLIOGRAPHIE