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S'inscrire Alertes e-mail - Champ psy Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLes figures transférentielles, ou « mais que me veut le mort ? »
AuteurLaurie Laufer du même auteur
Psychanalyste, ATER Université Paris X-Nanterre, 40 rue du Banquier, 75013 Paris.suite. »Sandor FERENCZI
QUE ME VEUT LE MORT ?
« Dans mes rêves lorsque je vois mes morts, lorsque je leur parle, est-ce que je suis morte ou est-ce que je suis vivante ? » C’est ainsi qu’une patiente pose la question de la survivance. Comment les morts survivent-ils dans la vie psychique de l’endeuillé ?
2 A l’instar de ce petit garçon dont Freud rapporte les propos :
suite. »
3 C’est le cas également (rapporté lors d’un groupe de travail) de ce petit garçon qui demande en voyant sa sœur jumelle sur son lit de mort : « Comment sera-t-elle quand elle sera grande ? »
4 Un mort dans un rêve est-il mort ou vivant ? Ou n’est-ce pas la forme même du revenant ? La figure du disparu apparaît au détour d’un rêve, parfois d’une hallucination.
5 Qui n’a cru voir au coin de la rue le visage du disparu ? Inquiétante étrangeté d’une forme en train de se constituer. Ce visage, ce geste, ce déjà-là, ce déjà-vu me disent quelque chose; ils redonnent à la mémoire un mouvement suspendu, me font voir une absence dont la présence trop pleine ne permet pas un nouveau mouvement d’absentisation.
6 C’est l’histoire des fantômes, des visages du disparu au détour d’une rue, la « vivance », comme dit Jean Allouch[3] [3] J. A LLOUCH, Erotique du deuil au temps de la mort sèche,...
suite. Imaginons le petit garçon dont Freud parle attendant son père, l’apercevant même ! Nous sommes proches des histoires de revenants, de fantômes. L’hallucination ne serait-elle pas la conséquence de cette effraction traumatique causée par la perte, qui ferait retour sous sa forme hallucinée dans la réalité ? Mais n’est-ce pas une apparition désirée ? Le spectre est après tout autant craint qu’espéré.
7 Freud a laissé presqu’incidemment errer la question de l’énigme du deuil : « comment est constituée l’enveloppe psychique d’un être qui est à la fois mort et vivant ?[4] [4] S. FREUD, (1907), Délire et rêves dans la « Gradiva »...
suite » Le fantôme, dans l’expérience du deuil, n’aurait-il pas fonction de fiction hallucinatoire, de matière à refigurer les contours de la disparition afin qu’apparaissent les formes du disparu ?
8 C’est pourquoi ouvrir la mémoire afin que s’opère cette réapparition ne serait possible qu’au prix d’un mouvement de régression.
9 La régression propre au rêve pourrait être, dans un dispositif transférentiel singulier à la rencontre clinique, le mouvement de la plasticité psychique. Tout comme la régression propre au transfert, elle permet d’ouvrir à la mobilité des images; elle est une des conditions qui permet d’accueillir le fantomatique, le magique, le tragique, la douleur de l’infantile.
10 Le rêve est un événement rythmique de survivance, dans la mesure où il est retour et présence. Face à la fixité mortifère du traumatisme, la parole aux prises avec les effets du transfert, est la condition de possibilité d’une refiguration des formes de la vie psychique.
11 Dans le transfert, la parole devient elle-même « plastique », qui modèle, modifie, laisse l’hallucinatoire des formes œuvrer. La parole donne au regard ce qu’il faut avoir vu pour pouvoir oublier ce que l’on a vu.
12 Il s’agit dans le transfert de rendre à la parole une image, de permettre la parole par l’image, c’est-à-dire d’opérer la séparation d’avec l’indicible de l’événement traumatique. Pouvoir parler de l’expérience de l’événement traumatique génère sa figuration, sa figurabilité. « Est-ce qu’on verrait si l’on ne parlait pas ? »[5] [5] J. -F. LYOTARD, Discours, figure, Paris : Editions...
suite
13 Aussi afin de permettre la mise en image de cette parole, l’un des mouvements dynamiques du travail du deuil pourrait être, en partie, par et dans le dispositif transférentiel, un « travail hallucinatoire ».
14 Il s’agirait d’abord de créer de l’hallucination pour ensuite permettre une parole, puis symboliser une perte, créer un écart par l’absence. Le mouvement là serait de rendre possible le tracé qui irait du « trou » de la perte jusqu’à la forme en passant par la constitution d’une figure.
15 Voir pour oublier ce que l’on a vu[6] [6] Je m’inspire de la très belle phrase de Edmond JABÈS :...
suite. L’apparition de l’objet perdu, dans le fantasme, dans le rêve, dans la parole transférentielle donne une forme et une force psychiques et corporelles qui frayent le passage ouvrant à une circularité entre présence et absence. En d’autres termes le travail hallucinatoire peut permettre une intensité d’affect. Affect qui remet en mouvement la vie psychique.
16 Le rêve reste pour Freud le modèle fonctionnel même de la capacité à régresser. La régression temporelle – peut-on parler de « régression visuelle ? » –, ne serait-ce pas l’hallucination ? Cette régression visuelle n’est possible qu’au prix de la plasticité de la mémoire et de la parole.
17 La plasticité des formes des souvenirs d’enfance serait le mouvement de la mémoire. Donner et recevoir une forme propre deviendrait le mouvement même de la subjectivité.
L’ÉCOUTE DU RETOUR DES MORTS
18 Le symptôme de la mémoire serait, comme dit Jean-Louis Scheffer, là où « la croûte se fissure[7] [7] J. -L. S CHEFFER utilise cette expression dans Scénographie...
suite ». Travailler la mémoire jusqu’à ce que la croûte se fissure, jusqu’à ce que le souvenir devienne chair. En cela, l’expérience du deuil est aussi une expérience corporelle. Parler crée du corps, la mémoire crée de la chair.
19 La clinique du deuil ne serait-elle pas alors une fabrique de l’hallucinatoire ? Une histoire de fantômes qui engendrerait une écoute plastique du fantasme ?
20 Comment faire émerger dans la parole la mémoire inconsciente, celle qui met en mouvement, qui remobilise la vie psychique plastiquée par le traumatisme ?
21 Dans cette perspective, l’écoute clinique de la mémoire en mouvement serait production d’angoisse, de peur, puisqu’elle permettrait la rencontre d’une étrangeté du fantasme ou de la relation, du récit du souvenir. Écouter ce que j’appellerai le retour des morts est une expérience psychique singulière : il s’agit dans et par le transfert de construire les conditions de possibilité d’avènement du lieu psychique qui mobilise et fait apparaître les traces des disparus.
22 Tout se passe comme si, dans le transfert, une forme se redessinait : la parole créerait du corps, de l’image et de l’écriture. Des symptômes et des traces. C’est dans la chair même du souvenir que la mémoire réside. C’est-à-dire jusque dans le symptôme corporel de la mémoire.
23 Si, selon moi, l’apparition est au centre de la question du deuil, articulée aux formes des fantômes, fantasme de l’objet disparu, c’est qu’à l’horizon du regard de l’endeuillé se pose, se dresse, se dévoile et apparaît autant qu’elle disparaît l’incontournable question : que me veut le mort ? Et cette question, l’analysant ne cesse de se la poser, ne cesse de demander à l’analyste, mais que me veut-il donc ?
24 La régression visuelle est la capacité à accueillir le spectre, le fantôme, le fantasme, la « vivance ». L’impossibilité d’accéder à cette régression visuelle se manifesterait par l’absence d’image du disparu : une impossibilité à affronter l’hallucination même du mort, son « inquiétante étrangeté » (photographie qui parle, tableaux mouvants, masques mortuaires qui regardent étrangement). Impossibilité tant du côté de l’analysant que du côté de l’analyste.
25 Alors lorsque les fossiles de la mémoire sont de nouveau mobilisés, laissant s’éveiller les terreurs de la mort, les angoisses des souvenirs, à quelle position l’analyste pris, lui-même dans ce retour anachronique doit-il répondre ?
26 Parce que la relation transférentielle est surdéterminée, parce qu’elle est imprimée de survivance, on ne parlerait jamais que pour quelqu’un d’autre lorsqu’on parle à quelqu’un. Ainsi en va-t-il aussi de l’analyste dans sa relation transférentielle au patient, qui n’est évidemment ni en dehors du transfert, ni contre.
27 Une patiente disait un jour, « il n’y a pas de profondeurs, il n’y a que ce qui nous entoure, ici nous ne sommes pas seules ». C’est alors précisément à l’issue de cette séance que j’ai écrit : qui parle ? Quelqu’un parle de quelque chose pour quelqu’un à quelqu’un d’autre. Parler à quelqu’un deviendrait à chaque fois, parler de quelqu’un d’autre, pour quelqu’un d’autre. Ce serait sans doute dans cet écart que résiderait l’effet de la parole transférentielle : le patient parlerait au fantôme refiguré par l’analyste.
28 « L’analyste lui ne peut que penser que n’importe quel objet peut le remplir. Voilà où nous, analystes, sommes menés à vaciller, sur cette limite où, avec n’importe quel objet une fois entré dans le champ du désir, se pose la question qu’es-tu ? Il n’y a d’objet qui ait plus de prix qu’un autre – c’est ici le deuil autour de quoi est centré le désir de l’analyste.
29 « tout ce que tu me dis là à moi c’est pour lui ». Voilà la fonction de l’analyste avec ce qu’elle comporte d’un certain deuil.
30 … A propos de n’importe qui vous pouvez faire l’expérience de savoir jusqu’où vous oserez aller en interrogeant un être, au risque pour vous-même, de disparaître.[8] [8] Jacques LACAN, Le transfert, séance du 28 juin 1961,...
suite » La position de l’analyste ne serait-elle pas dans ce jeu de disparition, de possibilité d’effacement ? En ce qui concerne la question de la mélancolie (pour éviter que L’idéal du moi de l’analyste écrase et renforce la mélancolie du patient, si le mélancolique rencontre un « héros-analyste », ce serait le risque peut-être des analyses interminables) l’analyste doit aussi faire le deuil de cela, il est ce qui manque, un objet dont une partie est exclue.
31 Peut-être alors ce que l’on appelle la résistance de l’analyste serait sa résistance à disparaître pour apparaître comme objet de désir, c’est-à-dire objet manquant. C’est alors à l’aveu de Gradiva que je pense : « Je me suis depuis longtemps habituée à être morte », non pas la mort mélancolique, saturation de l’espace corporel et psychique, tout comme dans la peinture de Munch le Cri, mais l’effacement qui permet l’apparition, la formation de l’objet de désir, non pas la mort qui fige mais l’exil, la figure de l’apatride; l’effacement qui permet la prise d’une forme. La position de Gradiva ne serait-elle pas alors dans un jeu d’amour et d’indifférence, peut-être la position transférentielle de l’analyste ?
32 Dans ce fait même de jouer avec la disparition, de jouer avec cette ligne de crête entre l’amour et l’indifférence, il y a chez le poète quelque chose qui anticipe la science, qui précède la rhétorique discursive.
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suite
34 L’enjeu de l’analyse serait précisément non pas de faire des équations de significations, mais de faire « remonter d’une absence à une présence », présence de l’objet disparu, rendue possible par les mots qui nomment l’absence. « Nommer donne lieu à chaque fois à une figure. »[10] [10] FÉDIDA P. , Le site de l’étranger, op. cit. p. 200. ...
suite
35 Le dispositif de la cure analytique participerait donc du geste créatif qui permettrait l’apparition d’une forme désirante. L’analysant est avec l’analyste penché sur le métier à tisser, chacun tissant pour qu’apparaisse une forme psychique, un socle psychique, un lieu psychique qui permette à l’endeuillé de redessiner les formes de son désir : celui qui a vécu le traumatisme de la perte au point que le tissu psychique s’est déchiré est aux prises avec le réel, c’est-à-dire avec l’impossible de la mort de l’autre arraché à son désir.
36 La clinique du deuil serait cette fabrique de la vision. Et si je fais l’hypothèse que la clinique du deuil est la fabrique de la vision, c’est en ce qu’elle peut créer les conditions de la parole du fantasme. « Que me veut le mort ? » deviendrait la question que l’analysant pose à son fantasme. L’apparition de la forme dans sa déformation même crée la condition de possibilité d’une parole incarnée.
37 Une parole qui, puisant ses mots dans la hantise de l’hallucination (au sens où la vision est hantée par l’autre), dessine les contours d’une forme propre.
38
suite
39 N’est-ce pas alors au lieu du transfert de permettre la fabrique de cette vie iconique, afin que la parole du deuil fasse vivre à partir de l’image le fantasme qui rend vivant ?
40 La matérialité psychique, le matériau psychique que représente l’objet perdu « creuse » par sa vitalité inorganique une empreinte, un moulage, un maillage qui sont les conditions mêmes de la vie psychique. L’objet, matérialité psychique et organique, corps et âme, retisse, produit du tissu psychique. Le transfert a comme enjeu de nouer ce matériau à la fois organique et psychique, à la fois corps et âme, corps et magie, convoquant les figures d’Éros et Thanatos. Il faut un lieu de sépulture pour qu’il y ait un lieu érotique.
41 Dans cette perspective, le cadre analytique et le transfert auraient comme enjeu clinique de mettre en place les conditions nécessaires à la reconfiguration psychique de l’analysant : permettre la régression au lieu même de la vie psychique animiste, à l’instar de la danse cultuelle, du culte de la relique, de la transe. La matérialisation psychique dont le vecteur est un objet investi (relique), un masque cultuel, une image, participe de la constitution d’un lieu de sépulture. Le lieu de sépulture serait la condition même d’une remise en mouvement érotique de la vie psychique. Tout se passe comme si, tant que le lieu psychique du mort n’était pas constitué, le lieu psychique érogénéisé ne pouvait se mettre en mouvement. L’engendrement dans ce lieu psychique d’un corps étranger serait une constitution psychique pour donner un bord à l’excès du traumatisme ainsi que pour donner à lire les fossiles.
« ENTRER EN CONTACT DANS LE CORPS AVEC LE MORT[12] [12] « Le rêve a touché au mort », comme le proposait...
suite »
42 Si telle est l’expérience du deuil : « entrer en contact dans le corps avec le mort », elle suppose une traversée qui croise des fantômes, des symptômes, des angoisses. Cette traversée ouvre la possibilité de résurgences, comme des sources oubliées qui ressurgissent avec la violence d’une présence fossilisée. Lorsque les fossiles se mettent en mouvement, l’endeuillé s’expose à un retour violent, angoissant. Il vaut mieux alors des fossiles que des mouvements trop violents.
43 La question du deuil traumatique, énigmatique dans ces manifestations psychiques (je n’ai aucun souvenir, je ne sens plus mon corps, je suis mort et vivant, je me sens toujours sur une crête…) m’a entraînée aux limites de la théorie classique du deuil et de sa version pathologique qu’est la mélancolie, lorsque j’entendais des paroles prises par l’angoisse des fantômes, lorsque des larmes semblaient détachées de leur corps, lorsque parfois des patients se mettaient à rouler à terre de souffrance ou à me demander sèchement pourquoi je ne les prenais pas dans mes bras.
44 Je pense ainsi à une patiente qui a vécu jusqu’à l’âge de 18 ans dans un pays en guerre. Elle vivait chez ses parents dans l’angoisse quotidienne qu’une bombe ou une balle de sniper traverse le salon et tue un des siens.
45
46 Parfois elle s’allongeait et commençait à parler dans la langue de son pays natal « de toute façon vous ne comprenez rien, alors je peux vous parlez comme ça » me disait-elle sèchement, « vous les psys vous ne comprenez rien, sinon pourquoi vous ne me prenez pas dans vos bras ? » Elle me parlait toute la séance ainsi, puis se levait elle-même sans attendre le moindre signe de la fin de la séance, me disant cette fois-ci en français « j’ai l’impression de vous avoir parlé comme à cette voisine morte ».
47 L’étrangeté d’une parole, de la langue participe d’une tentative d’« engendrer un lieu qui accueille la présence de l’événement[13] [13] « Et c’est au moment où se manifeste cette présence,...
suite » traumatique, une tentative de retrouver du corps pulsionnel qui permette un mouvement psychique. Ce moment de langue étrangère où cette patiente me parlait comme à un des siens, comme à cette voisine morte m’apparaissait comme un moment où la chair du souvenir était en jeu, où l’analysant comme l’analyste engageaient un « bout de soi » afin que quelque chose de la perte puisse être parlé. Elle entrait en contact dans le corps du mort par la langue et le langage, par un jeu onirique, quasi hallucinatoire de langage. Je n’étais pas l’analyste, j’étais sa voisine, morte. Ce moment halluciné qui permet d’entrer en contact dans le corps avec le mort par le truchement du langage s’est avéré dans cette cure un moment de subjectivation de la perte, un moment d’appropriation de ce qui était jusqu’à présent une impossible élaboration de son histoire traumatique.
48 L’analyste n’est pas sans être un gage de cette subjectivation, en ce qu’il y engage aussi de lui-même.
49 L’analyste est dans cette perspective le témoin, le passeur. Il est une forme, apparaissante, disparaissante. Il est sur une crête, à la fois l’intime et l’étranger. La cure analytique est un espace de seuil entre la langue et la parole, entre l’événement et la subjectivation possible de cet événement. Le dispositif transférentiel devient un lieu-passeur dans le sens où il rend possible le frayage entre l’inanimé et l’animé, accueillant l’affect, l’angoisse que suppose le retour de l’animé.
50
suite.
51 Le retour intempestif du fantôme pose la question de la temporalité d’une image psychique. Or les revenants psychiques ont des modes de temporalité différents. La temporalité paradoxale de la survivance réside dans une temporalité singulière à la vie psychique de l’endeuillé.
LES TEMPORALITÉS DU DEUIL ET DE LA PAROLE
52 Il y a dans la clinique du deuil traumatique des temporalités propres aux mouvements de retour des formes psychiques. Lors d’une conférence au Louvre, Fernando Antonio Baptista Pereira[15] [15] Conférence du Lundi 5 Mai 2003, La rhétorique funéraire...
suite a fait une intervention sur la rhétorique funéraire au XVIIe siècle. Il a proposé une lecture du discours sur la mort tout à fait intéressante. Il interroge le lieu de la mort dans la figurabilité et dans le discours d’une culture. A la Renaissance, précise-t-il, il s’agit du récit : l’espace-temps de la renaissance raconte une histoire et l’iconographie nous propose des images de pompes funèbres, d’enterrements historiques… il y a donc « une croissance narrative de l’image », il se raconte quelque chose. Durant le maniérisme, l’image figure un moment, ce sont les ars morendi : le moment de mourir est représenté, puis, c’est aussi cela qui m’a intéressée, à l’âge baroque il s’agit de l’instant : il y a une temporalisation au sein même de l’image : l’instant appuie l’intensité de l’affect au sein même de la représentation et les « vanités », les « instants suspendus de vie » comme on les appelait à l’époque, deviennent cette condensation entre l’éphémère et l’éternel. Ces trois instances de discours me paraissent tout à fait en lien avec l’événement traumatique de la perte : récit, moment, instant. Elles interrogent les temporalités différentes de l’affect dans le traumatisme et dans le deuil.
53 La clinique du deuil en tant qu’« ouverture des images[16] [16] « La négligence des images – c’est-à-dire du rêve...
suite » accueille des temporalités psychiques que le lieu du transfert, lieu dont fait partie l’analyste en tant que réceptacle de cette parole déposée, permet de recevoir. L’intensité de la parole éprouvant l’instant de la mort peut, lors de certaines séances, faire entendre des fantômes, « hystériser » le corps, faire revenir des formes dans des rêves. L’angoisse, à cet instant, peut être débordante pour le patient ainsi que pour l’analyste. De cet instant de l’intensité revenante, de ce « déploiement du sens par l’illumination de l’affect »[17] [17] M. -J. M ONDZAIN, Le commerce des regards, op. cit. p. 120. ...
suite, l’écoute et la parole dans le transfert peuvent permettre la traduction, la transformation pour en faire un récit, une fiction racontée.
54 L’intensité d’une parole prise dans une image revenante pourrait être la trace de ce passage entre l’inanimé et l’animé. Qu’est-ce qu’une perception hallucinatoire sinon une perception qui rend organique, vitale ce qui ne l’est pas, qui met du corps là où il y a absence de corps ?
55 « Les Baroques savent bien que ce n’est pas l’hallucination qui feint la présence, c’est la présence qui est hallucinatoire… le propre du Baroque est non pas de tomber dans l’illusion ni d’en sortir, c’est de réactiver quelque chose dans l’illusion même, ou de lui communiquer une présence spirituelle. »[18] [18] G. D ELEUZE, Le pli, Leibnitz et le baroque, Paris :...
suite Le mouvement intérieur propre au Baroque serait donc une production de présence dans l’illusion. N’est-ce pas là le mouvement même du jeu anamorphotique de la fabrique du fantasme ? Réaliser quelque chose dans, par le fantasme même.
56 Une production de présence dans l’illusion, n’est-ce pas là le dispositif même de la cure analytique ?
57 Un endeuillé devrait pouvoir voir le fantôme qui le hante. Il y a dans la nécessaire intensité de la forme une façon singulière de faire parler l’image du mort.
58 La patiente qui me demandait de la prendre dans mes bras, qui mettait en scène de façon insolite sa demande de « corporéité », était souvent du côté de ce que je pourrais appeler une per-formance : une traversée des formes. Parfois elle ôtait son pull pour me montrer son tatouage, d’autre fois, elle prenait un livre posé sur mon bureau me disant qu’elle allait le lire et me le rapporter peut-être, d’autre fois encore elle menaçait de casser quelqu’objet. L’intensité des formes, là, dans une monstrance manifeste me conduisait à penser la nécessité de créer la chair du souvenir pour ouvrir à une parole possible. Cette chair du souvenir serait de l’ordre de l’hallucination ou de la vision avant même celui de la représentation.
59 La réanimation de l’image de l’objet perdu engendre « l’événementialité corporelle du psychique » selon l’expression de André Beetschen[19] [19] BEETSCHEN A. , « Eloge du Métissage », Le fantasme...
suite.
« LE FANTASME, COMME LE RÊVE, SERAIT LE FANTÔME DE L’OBJET »[20] [20] Selon la proposition de Pierre Fédida, « De l’optique...
suite
60 Comme si pour « fabriquer » du fantasme, il fallait déjà qu’il y ait du vide, de l’absence. Le fantasme est l’apparition-disparition de l’objet. Tout comme le rêve, dans sa formation, le fantasme est, rebut, rébus, fragment, fragmentation.
61 Or, le fantôme de l’objet n’est pas l’objet, il en est la trace fugitive, la trace d’effacement. Le fantasme est une force et une forme psychique qui se parlent dans et par le symptôme. Avec l’advenue du symptôme, il est possible qu’il y ait alors un lieu.
62 Face à l’événement traumatique qui crée de l’irreprésentable dans la vie psychique, la vision permettrait de constituer une forme qui dans sa fabrique même serait un objet de langage, un objet symbolisé, un objet perdu donc.
63 Dans l’intensité des formes survenues du mort apparaissent les formes du fantasmes. Au cœur de l’expérience du deuil, la « restitution fantasmatique de l’objet perdu » selon l’expression de Pierre Fédida, a une violence proportionnelle à l’attachement narcissique à l’objet perdu. La restitution fantasmatique, ou onirique de l’objet perdu et la réanimation du primitif qu’elle peut engendrer est alors le moment d’un surgissement de l’angoisse. La traduction du fantasme lié à l’objet perdu est inscrite dans l’angoisse que cette restitution fantasmatique propose. En tant que restitution du fantôme de l’objet, le fantasme est un revenant, une trace, un reste qui se propose à la vie psychique comme survivance animique, comme « l’œuvre de la mort », « l’extrême douleur »[21] [21] Selon les expressions de Georges Bataille. ...
suite, une expérience-limite, une expérience de seuil.
64 C’est en cela que l’intensité des formes revenantes intéressent la clinique du deuil traumatique.
65 Le dispositif transferérentiel permettrait ainsi d’accueillir l’apparition du « fantôme anamorphique »[22] [22] Selon l’expression de Jacques Lacan Les quatre concepts...
suite. Cette déformation qui fait nécessairement apparaître les fantômes-fantasmes deviendrait donc la condition de production d’une parole habitée – par l’analysant lui-même, d’introduire alors dans cette parole le moment de subjectivation.
66 Une position transférentielle qui permettrait de ré-animer l’inanimé, de rendre habitable un corps érotisé par l’image et la pensée, procèderait de ces créations fantomatiques de caractère démoniaque. Instaurer un lieu de métaphore et de métamorphose, c’est-à-dire un lieu symbolique de parole et un lieu de transformation des formes psychiques nécessite un dispositif transférentiel qui ne soit ni celui de la consolation, ni de la réparation, ni même de la compréhension d’un savoir « raisonnable » ou raisonné.
67 Face au discours positiviste et réparateur de la science, de ce qui se sait, se répète, se prévoit, l’analyste qui accueille les pulsions primitives et l’angoisse déformante de la douleur permettrait le retour des forces hostiles. Aussi face à la fossilisation mélancolique de l’événement traumatique, l’espace de métamorphose qu’est le dispositif transférentiel pourrait être, afin que le fantasme s’incarne, ce lieu où des forces psychiques refoulées se réveillent.
68 La remise en mouvement de la vie psychique serait alors rendue possible par le retour des forces métamorphiques et des formes métaphoriques, prises dans la parole transférentielle.
69 L’expérience de la perte et celle de l’angoisse qui lui est consubstantielle laissent paradoxalement apparaître un effacement de la séparation. La disparition réelle de l’objet le fait apparaître en un ailleurs qui brouille l’image dans le miroir.
DES « FIGURES DE BORD[23] [23] Selon la belle expression de Louis Marin, citée par Daniel...
suite »
70 Le traumatisme de la perte a ouvert un gouffre qui laisse l’endeuillé dans une errance à la recherche des « figures de bord ». Si ces figures que l’endeuillé doit subjectiver ne tiennent pas ou ne constituent pas de bords contenants, le vécu corporel déformé ou informe devient la forme psychique de l’endeuillé, provoquant un clivage nécessaire pour éviter l’effondrement mélancolique. Ni l’image du moi, ni l’objet ne peuvent tenir dans une continuité. Il s’agit de créer un espace intermédiaire qui relie l’image du moi et l’objet, afin que le visage se voie être regardé. Le lieu de passage permet à l’image du moi d’ôter le voile jeté sur le miroir[24] [24] Dans la religion juive, lorsqu’il y a un mort, on cache...
suite.
71 L’effacement de la forme corporelle, ou sa destruction sous le choc du traumatisme, laisse une trace, une forme, une empreinte. Le « fantôme-figure de bord » viendrait, à partir d’une empreinte-matrice retracer cette forme; afin que l’effacement de la forme, de la trace de l’image de soi puisse par la parole transférentielle (dont le symptôme est un des langages) s’ouvrir aux traces de l’effacement. L’endeuillé vit lui-même l’expérience de la disparition pour se réapparaître sujet « subjectivé ». Se disparaître est l’expérience limite qui permet à l’endeuillé de revivre le trauma de la perte. Mais « se disparaître » pour faire advenir les « figures de bord » contenantes n’est possible que si le transfert rend pensable, représentable et nommable le point de fuite du sujet. Le dispositif transférentiel, là, est sur une ligne de crête qui met en jeu la remise en mouvement des formes et donc le surgissement de l’angoisse. Pour que le clivage « bouge » et laisse apparaître des figures nouvelles, il s’agirait que l’analyste devienne lui-même une « figure de bord », un fantôme.
72 Aussi cette expérience requiert-elle un « dispositif spéculaire transférentiel »[25] [25] Selon l’expression de S. Le Poulichet, Psychanalyse...
suite, un temps des fantômes et des reflets dans les miroirs psychiques, une expérience d’inquiétante étrangeté qui ouvre l’analyste à une plasticité qui ne va pas sans angoisse.
73 « Aencrage », disait Perec, mêlant l’ancrage dans l’histoire psychique et l’encrage, la trace de l’écriture (écriture à entendre aussi comme symptôme pour la clinique). La recomposition imaginaire est cet « aencrage », portant dans le spéculaire même les conditions du symbolique.
74 Cette expérience d’« aencrage », qui me paraît être le centre même de l’expérience psychique du deuil, est aussi celle de l’angoisse, en ce que la revenance des images « fantomatiques » permet de constituer le lieu psychique du mort et de remettre en mouvement la vie psychique de l’endeuillé.
75 Lorsque Mme L. vient à sa séance, je la trouve fébrile, angoissée. À peine assise, elle me demande s’il y a quelqu’un de malade dans mon entourage proche. Je lui demande ce qui motive sa question, elle répond que son intuition ne la trompe jamais. En disant cela elle fixe son regard sur moi, comme si elle se regardait de près dans un miroir, comme pour entendre quelque chose de mon regard, accrocher une image ou décrocher mon visage. Passant mentalement en revue mes proches, je sens chez moi un peu d’agacement qui cache mal une pointe d’inquiétude. Je lui réponds que si c’est le cas je n’en sais rien. Elle insiste, me montrant qu’elle est inquiète. Je tente de NOUS rassurer en lui disant que l’avenir dira si son intuition était bonne. À l’issue de cette séance, je me suis sentie, l’espace d’un instant, dans un vacillement identificatoire. Puis, j’ai « théorisé » sur la projection agressive nécessaire de la patiente, son ambivalence et son identification imaginaire : elle se met à ma place et me met à la sienne. Pourtant le moment de vacillement spéculaire de la séance avait été un moment subjectivant.
76 Après cette séance Mme L. rapporte cet écrit d’un rêve :
« Un train à quai. Il y a foule auprès de ce train dont il n’est que question.
77 Le train est parti. Un changement de vêtements était subordonné à ce départ. Avec une personne qui semble être vous, je cherche alors d’autres vêtements : il y en a partout, des vêtements, dans une ou deux pièces ? Je m’attarde à en chercher qui me conviennent, notamment parmi ceux accrochés à un portemanteau. Ils me semblent vieux, bien défraîchis et, de plus, je trouve qu’ils ont été très mal rangés. C’est du noir que je cherche. Tout à coup je me souviens d’autres vêtements dans une penderie : je les vois et je sais qu’ils me conviendront (ils ne sont pas noirs).
78 Plus de train : il est parti sans moi. Ce départ ne serait-il pas néanmoins le signe d’un point d’émergence, un changement de vêtements lui étant subordonné ? Un changement qui dépend aussi de vous ?
79 L’itinéraire du « à venir » est plein de détours, une convergence vers le final, un effort constant, mais, par instants, si un éclairage privilégié nous est donné, on sent bien que notre structure interne a changé : d’autres vêtements ont été endossés. Vêtements=passage de… à… Tant intérieurement (les modifications) qu’extérieurement (la mort).
80 Me voici donc à chercher d’autres vêtements, avec vous je pense, et il y en a, des vêtements (des abandons de toutes sortes, d’origines diverses, c’est-à-dire en provenance d’autres que moi). Je m’attarde à un portemanteau là où, normalement, des vêtements sont déposés puis repris, les mêmes. Ces vêtements, je n’en veux pas, je les laisse accrochés au porte-manteau. Pourtant je les palpe et les repalpe, il me semble les connaître, je les trouve mal rangés (errances), vieux, défraîchis (passé). Je n’en veux pas (on ne revient pas en arrière). Par contre, ceux que j’aperçois dans une penderie me conviendront, j’en suis certaine, ils sont plus au goût du jour, presque neufs en tout cas, plus attrayants mais pas noirs. Je n’ai pas endossé ces vêtements : il me reste sans doute à les mériter ? » Un changement de vêtement, un changement de peau, le corps s’engage dans une fiction onirique subjectivante.
81 Le virtuel et la réalité se rencontrent dans une même image, créent une inquiétante rencontre qui ouvre à la profondeur d’un regard. Cette excitation du regard participe de la sensation et de l’animation des forces invisibles. Cette stimulation permet de réanimer le regard par la rencontre d’un semblable étranger et familier, créant ainsi une image, forme possible d’ouverture à la parole.
82 L’apparition d’un semblable qui me regarde et que je regarde me regarder fabrique les bords dans lesquels de l’image spéculaire peut se refléter.
83
suite. »
84 C’est l’expérience de la ressemblance, voire de la semblance du regard, qui crée l’inquiétante étrangeté de la survivance, c’est-à-dire la condition de possibilité de l’intrusion dans l’espace psychique.
85 Selon quelles coordonnées spatio-temporelles surgissent les revenants ? N’est-ce pas de la nature même du fantôme que de n’être ni dehors ni dedans ? Être intermédiaire, entre, « mince comme une lame », une coupure possible qui permet un espace psychique.
86 Toute parole sur le mort, du mort, tout rêve du mort ne fait pas « travail ». Face à l’événement du deuil il s’agit que la parole fasse elle-même événement; c’est la transformation de la parole. L’événement du deuil apporte une radicalité de la transformation du rapport à autrui; il s’agit alors que la parole du deuil, le travail de cette parole apporte aussi cette radicalité de transformation dans le rapport à soi-même. Cette parole, lieu de déposition d’un corps et d’un témoignage peut prendre forme dans un lieu où se dessine des figures.
87 « La situation analytique serait bien une « activité de mise en figure par le pouvoir de nommer »[27] [27] P. FÉDIDA Le site de l’étranger, op. cit. , p. 292. ...
suite.
88 L’épreuve du deuil participerait de la rencontre avec l’absence.
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suite.
90 Pour voir l’absent, il faut fermer les yeux, n’est-ce pas là précisément la « posture » du rêveur ? Rêver pour voir. Espace du dehors constitutif de l’image de l’objet disparu.
91 Madame L. a commencé à rêver de lieux d’enfance où j’étais présente, comme pour mieux dessiner la présence afin que l’absence soit possible. Une présence animique s’installait dans le transfert. Lorsqu’elle ne se souvenait pas de ses rêves, elle arrivait agacée, parfois déprimée, disant qu’elle « était en panne ». Ces rêves sont devenus le lieu du jeu entre la présence et l’absence, un fil d’entre-deux qui permettent à la parole d’envisager le temps. Ces rêves étaient une nouvelle façon de vivre son rapport au temps, au corps et « à ses morts » selon son expression. Bien sûr ces rêves n’avaient de sens qu’à être déposés dans un lieu de transfert, qui devenait lieu de transformation psychique. Ce lieu devenait une surface d’événement de déposition des corps et de la parole.
92 L’endeuillé en voyant le mort vit au rythme de son image, il en épouse les jeux d’apparition et de disparition. La « présence » serait une certaine façon de vivre l’accentuation de l’image du mort. Que serait la « présence » d’un analyste, sinon celle qui entendrait le rythme de l’image du mort revenant ?
93 À quoi serviraient les rêves et les fantômes ? Sinon à donner du relief et du rythme aux survivances, à produire du matériau psychique, un corps même à l’histoire.
94 L’étrangeté au lieu de l’entre-lieu. L’analyste serait-il le masque du mort saisit sur le vif ? Tout se passe comme si l’analyste devait être le porteur de ce masque-là, inquiétante étrangeté du revenant qui implique la plasticité même de son propre matériau psychique. L’analyste créerait une dynamique du double, il serait ce qui reste de la mémoire de l’autre perdu.
95 En tant qu’effigie, statue dressée à la place du défunt, l’analyste est le tenant-lieu de la mémoire, lieu psychique modelant l’absence, traçant l’image qui fait bord, la rendant alors à une plasticité, à une dynamique de l’histoire. Et l’on peut alors poser cette question : comment une statue, une effigie peut-elle être aussi plastique ? Ce que Freud disait de l’inquiétante étrangeté procédait du fait de voir de l’animé dans l’inanimé : statue animiste, telle est la position que pourrait prendre l’analyste, ni figé comme la statue du Commandeur (Surmoi persécuteur pris dans Son Savoir), ni magicien-chaman soufflant sur les braises… Une position de l’analyste, entre apparition et disparition, entre présence et absence qui permettrait de ré-animer l’inanimé, de rendre habitable un corps érotisé par l’image et la pensée.
96 Et si le portrait sur le vif n’était rien d’autre qu’une tentative de passer du travail du deuil au travail de mémoire ?
97
suite. »
98 Par la voix et le regard. En redonnant un corps au fantôme, en redonnant aux morts la possibilité d’être représentés sur la scène du langage, au silence d’être brisé, l’analyste, lui-même figure de la présence et de l’absence, du vide et du plein, de l’animé et de l’inanimé, serait le passeur nécessaire pour permettre au sujet de vivre avec la perte plutôt que de vivre dans la perte.
99 Il permettrait à l’endeuillé, par la place qu’il occupe de « double imaginaire, partenaire idéal du jeu et de la parole[30] [30] P. FÉDIDA, « Une parole qui ne remplit rien », op. ...
suite », de relancer l’énigme et les questions sur son histoire, de relancer le désir de savoir, et selon la belle expression de Georges Perec, de « raviver le souvenir de soi-même[31] [31] G. PEREC, Je suis né, Paris : éd. du Seuil, coll. ...
suite ».
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Notes
[ 1] S. FERENCZI, « Transfert et introjection », Psychanalyse I, op. cit., p. 97.
[ 2] S. FREUD (1900), L’Interprétation des rêves, Paris : P.U.F., 1976, p. 222, note de bas de page.
[ 3] J. A LLOUCH, Erotique du deuil au temps de la mort sèche, Paris : EPEL, 1997.
[ 4] S. FREUD, (1907), Délire et rêves dans la « Gradiva » de Jensen, op.cit., p. 249.
[ 5] J.-F. LYOTARD, Discours, figure, Paris : Editions Klincksieck, 1971, p. 27.
[ 6] Je m’inspire de la très belle phrase de Edmond JABÈS : « Voir, est-ce oublier ce que l’on a vu ? » Le livre des Questions, 1963, Paris : Gallimard, L’imaginaire, p. 189,1995.
[ 7] J.-L. S CHEFFER utilise cette expression dans Scénographie d’un tableau, Paris : éd. du Seuil, 1969.
[ 8] Jacques LACAN, Le transfert, séance du 28 juin 1961, « l’analyste et son deuil ».
[ 9] BONNEFOY Y., (1981), Entretiens sur la poésie, Neuchatel, EditionsA la Baconnière, p. 141.
[ 10] FÉDIDA P., Le site de l’étranger, op. cit. p. 200.
[ 11] M.-J. M ONDZAIN, Le Commerce des regards, op. cit., p. 52.
[ 12] « Le rêve a touché au mort », comme le proposait Fédida citant Héraclite. « L’homme dans la nuit s’allume pour lui-même une lumière, mort et vivant pourtant. Dormant il touche au mort, les yeux éteints; éveillé il touche au vivant. » Commentant ce fragment, Fédida ajoute : « L’événement de la nuit est d’être entré en contact dans le corps avec le mort. » P. FÉDIDA, Crise et contre-transfert, Paris : P.U.F., 1992. p. 37.
[ 13] « Et c’est au moment où se manifeste cette présence, par la superposition des traces d’un événement présent et d’un événement passé, que ce passé peut s’en trouver du même coup historicisé, subjectivé. » S. LE POULICHET, L’Œuvre du temps en psychanalyse, op. cit., p. 20.
[ 14] P. FÉDIDA, « Morts inaperçues », article cit. p. 16.
[ 15] Conférence du Lundi 5 Mai 2003, La rhétorique funéraire au XVIIe siècle par Fernando Antonio Baptista Pereira, Professeur à l’Université de Lisbonne. Cycle de conférences au Louvre « La mort en beauté », Avril-Mai 2003.
[ 16] « La négligence des images – c’est-à-dire du rêve – est ce qui menace dans son corps celui qui profitant de l’oubli entraîné par le deuil se détournerait de l’obligation « d’ouvrir les images ». Puisque c’est une telle ouverture qui assure la véritable sépulture des morts. » P. FÉDIDA, Le Site de l’étranger, op. cit., p. 96.
[ 17] M.-J. M ONDZAIN, Le commerce des regards, op.cit. p. 120.
[ 18] G. D ELEUZE, Le pli, Leibnitz et le baroque, Paris : éditions de Minuit, 1988, p. 170.
[ 19] BEETSCHEN A., « Eloge du Métissage », Le fantasme une invention ?, Paris : EditionsAPF, 2000, p. 95-100.
[ 20] Selon la proposition de Pierre Fédida, « De l’optique du fantasme » Le fantasme une invention ?, Paris : EditionsAPF, 2000.
[ 21] Selon les expressions de Georges Bataille.
[ 22] Selon l’expression de Jacques Lacan Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Le Séminaire Livre XI, op.cit. p. 83.
[ 23] Selon la belle expression de Louis Marin, citée par Daniel Arasse dans On n’y voit rien, Paris : Denoël, 2002, p. 69.
[ 24] Dans la religion juive, lorsqu’il y a un mort, on cache d’un drap le miroir de la maison afin que l’âme du mort ne s’échappe par le miroir et ne devienne un dibbouk, un mort errant.
[ 25] Selon l’expression de S. Le Poulichet, Psychanalyse de l’informe, op. cit.
[ 26] S. FREUD, « L’inquiétante étrangeté », op. cit., p. 246.
[ 27] P. FÉDIDA Le site de l’étranger, op. cit., p. 292.
[ 28] R. BARTHES, La chambre claire, Paris : Cahiers du Cinéma, Gallimard, Seuil 1980. p. 88.
[ 29] F. M UNARI, « Le Kolossos. Formes du double et relation narcissique », in La Mort dans la vie psychique, Revue française de psychanalyse, Paris : P.U.F., 1996, p. 107.
[ 30] P. FÉDIDA, « Une parole qui ne remplit rien », op. cit., p. 101.
[ 31] G. PEREC, Je suis né, Paris : éd. du Seuil, coll. « La librairie du XXe », 1990.
Résumé
Face à la mort, l’endeuillé par identification avec le disparu peut s’effacer lui-même, disparaître de sa propre vie psychique pour vivre comme un mort. Le dispositif de la cure analytique participerait donc du geste créatif qui permettrait l’apparition d’une forme désirante. L’analysant est avec l’analyste penché sur le métier à tisser, chacun tissant pour qu’apparaisse une forme psychique, un socle psychique, un lieu psychique qui permette à l’endeuillé de redessiner les formes de son désir. La position de l’analyste serait alors celle d’un fantôme, une figure de bord, une figure hallucinatoire, laissant, par le jeu de son apparition-disparition, la vie psychique de l’endeuillé reprendre une forme vivante.Mots-clés
Apparaître-disparaître, Régression, Fantôme, Figure de bord, Hallucinatoire, Dispositif transférentiel
When facing death, the mourner, may, through an identification process with the diparted, himself or herself dipart, dipart from his or her own psychic life to live like a dead person. The psycho-analytic process would then need to allow the creative movement which gives birth to a new shape for the desire. The patient and the analyst are bent over the weaving loom, each of them weaving for a new psychic shape to appear, a psychic place which may allow the mourner to re-define the contour of his or her desire. The role of the analyst would then be that of a ghost, a border figure, an hallucinatory figure, letting, through a game of apparence/disappearance, the mourner’s psychic life find a new living shape.Key-words
Appear/disappear, Regression, Ghost, Border figure, Hallucinatory figure, Transfer
PLAN DE L'ARTICLE
- QUE ME VEUT LE MORT ?
- L’ÉCOUTE DU RETOUR DES MORTS
- « ENTRER EN CONTACT DANS LE CORPS AVEC LE MORT
12 » - LES TEMPORALITÉS DU DEUIL ET DE LA PAROLE
- « LE FANTASME, COMME LE RÊVE, SERAIT LE FANTôME DE L’OBJET »
20 - DES « FIGURES DE BORD
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POUR CITER CET ARTICLE
Laurie Laufer « Les figures transférentielles, ou « mais que me veut le mort ? » », Champ psy 4/2003 (no 32), p. 19-37.
URL : www.cairn.info/revue-champ-psychosomatique-2003-4-page-19.htm.
DOI : 10.3917/cpsy.032.0019.




