Champ psychosomatique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2847950389
170 pages

p. 5 à 6
doi: en cours

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no 36 2004/4

2004 Champ Psychosomatique

Avant-propos

Patricia Cotti Psychologue clinicienne, Docteur en psychopathologie et psychanalyse, Enseignante à Paris VII - 9 rue Berger - 75001 Paris.
Automutilations et marquages du corps.. Le thème de ce numéro suppose-t-il d’emblée un lien voire une identité entre, d’une part, ce que l’on désigne en psychiatrie par « automutilation » et d’autre part, cet ensemble de pratiques rituelles ou sociales, ancestrales ou plus simplement « à la mode », que les ethnologues désignent par « marquages du corps ». Non point !
En lançant ce thème, nous souhaitions, nous espérions, une provocation. Allait-on tout interpréter selon le bon vieux complexe de castration ? Et comment la castration elle-même pouvait-elle être interprétée ?
Il y a 20 ans Jean Laplanche ré-ouvrait la problématique. Son ouvrage Castration. Symbolisations [*] reposait à la suite de Roheim et de Bettelheim, à la suite de Freud lui-même bien sûr, la question de l’interprétation face à la circoncision et autres rituels sexuels. Non, les incisions et retranchements rituels, qu’on réunit sous le terme de « castration symbolique » ne sont pas nécessairement la manifestation symptomatique d’un complexe d’Œdipe, la soumission à un père originaire et sauvage, (Urvater). Voilà pour le père de la psychanalyse. Mais du côté du turbulent disciple – Lacan – la référence à un ordre symbolique, à la loi du père, pouvait-elle dire autre chose ?
Et encore, que faire de la sacro-sainte « angoisse de castration » ? Que faire lorsque la castration est voulue, répétée, suscitée, lorsqu’elle nous va si bien, bien mieux qu’autre chose… blessure, pénétration… de l’objet ?
Y aurait-il donc, aussi, parfois, une envie de castration, tel un Penisneid, dans ces marquages érigés, ajoutés, outre la plaie, qui tatoue, transperce et s’expose ?
Rapport à l’objet, défense, don ou sacrifice ? Rapport à un autre, interne et externe, qui s’imprime quand s’exhibe au dehors, par la marque, un jeu, un rôle sexuels … Piège du regard que ces marquages et maquillages ? Ou tentative pour résister à l’effondrement sur le narcissisme ?… Esthétismes, qui de symboles de la séduction subie, deviennent aussi message potentiel, émetteur séducteur et, jusqu’à l’effroyable, comme trou, aussi, parfois, pénétrante sidération de l’autre.
 
NOTES
 
[*]Jean Laplanche, Castration. Symbolisations. Problématiques II. Paris : P.U.F., 1980.
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