Champ psychosomatique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.2847950648
170 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

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no 39 2005/3

2005 Champ Psychosomatique

Avant-propos

Andréa Linhares Psychanalyste, ATER Université Paris 7 Denis Diderot, 132 rue du Faubourg Saint Martin, 75010 Paris. Laurie Laufer Psychanalyste, Maître de Conférences, Paris 7 Denis Diderot, 40 rue du banquier, 75013 Paris.
Dans les Etudes sur l’hystérieFreud souligne que « n’attribuant au mot hypocondrie que le sens d’une « peur de maladies », on en limite fort la portée. » En effet, l’hypocondrie se présente chez Freud comme un modèle privilégié pour appréhender les destins pulsionnels de la perception corporelle. Elle apparaît alors comme un paradigme susceptible d’éclairer des expériences corporelles et psychiques singulières.
L’hypocondrie semble se dérober à toute tentative de classification, en cela elle est l’effet d’une parole sur le corps. Elle est une tentative d’expliquer une expérience pulsionnelle, une théorie infantile en somme. Car l’hypocondrie se présente comme un savoir sur son propre corps. Savoir dépressif ? Persécuteur ? Posons qu’elle serait une tentative de subjectivation pour transformer l’angoisse, une stratégie paradoxale pour faire tenir quelque chose du corps pulsionnel, un certain destin des failles spéculaires et précoces.
L’hypocondrie dans sa forme énigmatique est à entendre aujourd’hui dans la clinique comme un fait de langage. Quelle fonction a dans l’économie psychique du sujet cet investissement de la douleur corporelle ? L’hypocondriaque souffre aussi des mots qu’il prononce, et qui envahissent tout l’espace de la séance. Il souffre intensément du dialogue étrange qui s’installe entre lui et son corps. Et comme tout langage, il donne à lire une économie psychique singulière. Au clinicien alors d’entendre cette énigme de l’hypervigilance corporelle pour mieux déchiffrer dans un transfert qui met sans cesse au défi sa position, ces états d’âme qui sont davantage des « états de corps » déréglé par un excès d’angoisse.
L’expérience hypocondriaque est l’épreuve d’une subjectivité corporelle qui aurait été entravée par des effractions psychiques et corporelles précoces et traumatiques. A cette expérience alors, dans le langage entre corps et psyché de tenter d’élaborer ces traumas précoces, de constituer des bords aux dérèglements corporels et psychiques que vit l’hypocondriaque. A se faire le théoricien et le chercheur souffrant de son propre corps, l’hypocondriaque, qui se vit comme corps étranger à lui-même, tente de se fabriquer un corps intime, singulier, à l’abri de l’autre et de ses menaces d’intrusion.
Parce que, comme le signalait en son temps François Perrier, le sujet hypocondriaque « n’a guère les faveurs » des recherches des psychanalystes, nous avons souhaité remettre en perspective cette question et lui redonner du relief. En repensant l’hypocondrie, nous souhaitons dans ce numéro ouvrir la réflexion dans un esprit transnosographique, (de l’hystérie à la paranoïa en passant par le syndrome de Cotard mélancolique) interrogeant davantage l’énigme psychique de cette plainte (mais de quoi se plaint donc l’hypocondriaque ? d’avoir ou de ne pas avoir quelque chose ?), de lire l’écriture de cette angoisse portée par la douleur plutôt que de l’enfermer dans une lecture structurale et pathologique. Il y a dans cette énigme hypocondriaque le paradoxe du pharmakon, à la fois poison et remède. « L’hypocondriaque doit avoir raison » [1] écrit Freud. Mais raison de quoi ou de qui ?
 
NOTES
 
[1]Freud S., (1914) « Pour introduire le Narcissisme », in La vie sexuelle, Paris, P.U.F., 1995, p. 89.
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