Champ psychosomatique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.9782847950922
142 pages

p. 135 à 136
doi: en cours

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n° 43 2006/3

 
Plaidoyer pour l’enfant-roi Simone Korff Sausse, Hachette Littératures, 2006
 
 
Cette étude psychanalytique et sociologique de ce qui constitue « l’enfant-roi » d’aujourd’hui, cherche plutôt une compréhension de la dure vie de l’enfant-roi qu’il n’offre un plaidoyer pour ces « personnages capricieux qui dictent leur loi aux adultes ». Ce livre est en effet né, comme le dit la quatrième de couverture, « du parti pris que les enfants ne sont pas si rois que cela ; qu’ils doivent faire preuve d’une grande ingéniosité pour se débrouiller des situations complexes que les adultes leur imposent ». Leur façon à eux d’imposer leurs exigences pour des détails de la vie ne serait qu’un moyen de se faire entendre dans un monde où l’on ne les écoute pas, où l’on n’entend pas leurs causes plus pr ofondes de souffrance. Les enfants sont précipités trop tôt dans le monde des adultes, privés de la période de latence qui, selon Freud, séparait les émergences pulsionnelles de la période œdipienne de celles de l’adolescence. Les sollicitations dépassent alors leurs capacités psychiques, d’où leur excitation, source de toutes les violences que l’on voit se développer dans les lieux de l’enfance de plus en plus tôt. La question n’est donc pas pour l’auteur de mettre des limites ou d’instaurer des interdits, « la vraie question est psychologique : comment favoriser le refoulement qui est la condition de la période de latence, c’est-à-dire (comment) mettre en veilleuse la satisfaction immédiate des désirs infantiles au profit d’une maturation qui prépare à d’autres plaisirs et d’autres réalisations ? Il faut savoir attendre, ce qui implique d’avoir confiance dans les promesses des choses à venir », mais, comme elle le remarque aussitôt, « si les adultes n’attendent plus et ne refoulent plus, pourquoi les enfants refouleraient-ils ? »
Et c’est bien sur ce point que repose l’argumentation de l’ouvrage : l’enfant-roi répond – du mieux qu’il peut, semble-t-elle penser – aux exigences souvent contradictoires de parents qui lui demandent, comme au temps de Freud, de combler leur narcissisme, d’être leur enfant idéal, et d’une société en perpétuel remaniement qui n’offre plus les repères stables d’antan, mais demande aux uns et aux autres souplesse, adaptabilité, consommation effrénée pour laquelle les adultes ne se privent pas de prendre les enfants pour cible.
Non, les enfants ne sont pas rois dans les familles décomposées/ recomposées où ils cherchent plus qu’on ne pense à protéger leurs parents tout en trouvant leur place. L’impossible renoncement au principe de plaisir, l’impossible acceptation du principe de réalité n’est pas que leur fait. Les adultes placent souvent leurs choix socio-professionnels et leur vie affectivo-sexuelle avant les besoins des enfants dans leur quête de satisfaction immédiate. Certes, on ne dit pas non à l’enfant-roi lorsqu’il revendique d’aller au manège, de recevoir une game boy, d’aller au Mac Do, de regarder des cassettes vidéo en boucle… mais il subit des refus pour des choses bien plus importantes : « j’aime pas la nounou qui me garde. Tu peux en changer ? », « Je voudrais que papa et toi vous retourniez vivre dans la même maison. », « Tu ne peux pas empêcher mon petit frère d’être malade ? Mamie de mourir ? »…
Exposé aux aléas de l’existence, le chômage d’un parent, le déménagement pour raison professionnelle, le départ du copain de la mère à qui il s’était attaché, les violences et l’exclusion communautariste du milieu scolaire et parascolaire… l’enfant se construit autrement qu’avant. Il navigue entre des temps et des lieux multiples. Les modes modernes de communication, portables, SMS, internet, blogs… lui permettent de les relier et de se relier aux autres. Ce que met en valeur le livre de Simone Sausse, c’est l’extraordinaire créativité des enfants face aux situations nouvelles, créativité dont les adultes feraient bien de prendre de la graine. Dans ce monde où « l’opposition du permis/défendu cède peu à peu la place à celle du possible/impossible », l’enfant-roi ne fait en somme que répondre à sa façon au modèle proposé.
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