Champ psychosomatique
L’Esprit du temps

I.S.B.N.9782847951035
200 pages

p. 5 à 6
doi: en cours

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n° 46 2007/2

2007 Champ Psychosomatique

Argument

Simone Korff-Sausse Laurie Laufer
Dans son rapport au monde, le sujet se constitue par un double mouvement de projection de son monde interne vers le monde extérieur et d’introjection de l’univers qui l’entoure – matériel et humain – dans son espace interne. Pris dans le conflit de changer nos désirs ou changer l’ordre du monde, comme le dirait Descartes, nous n’avons aucune prise sur les éléments de la réalité ; en revanche, la psyché humaine a la capacité de modifier sa vision de ce monde. Et pour ce faire, elle manifeste des capacités parfois insolites qui font appel à tous les mécanismes de défense que Freud a découverts et décrits, lui qui voyait dans les différentes modalités de l’appréhension de la réalité les critères de différenciation entre les trois grandes structures de l’organisation psychique que sont la névrose, la psychose et la perversion. Parfois soumis à des traumatismes, effraction dans la vie psychique, le sujet, afin de maintenir du vivant à l’endroit d’une déflagration psychique, fabrique de l’illusion, est envahi d’hallucinations, “ psychose hallucinatoire de désir ” dont on sait la nécessité pour opérer un passage vers une élaboration subjectivante. Lors de pertes ou de disparitions traumatiques, la vie psychique refuse “ le verdict de la réalité ” et, selon ce que Meynert a développé, éprouve une “ perte de la vision mentale ”. Se vivent alors les différentes modalités de la perception subjective face à la perte et à la détresse.
Mais les perceptions soumises à ce traitement psychique hors logique et hors rationalité, et qui s’ouvrent aux domaines des visions, des illusions et des hallucinations, peuvent être les modalités – les conditions même – de la création. L’art et la pratique analytique nous offrent maints exemples où la réalité vacille, comme elle a vacillé pour Freud sur l’Acropole. Ce numéro vise à explorer ce qu’il advient des productions et des enjeux psychiques lorsque la réalité devient irreprésentable. Avant même de pouvoir accéder à sa symbolisation, la vision peut être l’épreuve de passage nécessaire à tout accès symbolique.
Les textes qui composent ce numéro conduisent le lecteur sur ces chemins, de manière extrêmement variée : la clinique de la psychose ou celle des enfants autistes, la création artistique, la littérature, les arts plastiques, la question de la vision, l’hallucination et l’hallucinatoire, le corps et le divin, le transfert, le spiritisme… Malgré leur diversité, et selon une intéressante multiplicité des points de vue, tous ces textes ont en commun d’explorer les zones qui échapperaient à ce que l’on appelle communément la représentation de l’appareil psychique, le domaine du non-verbal, l’ancrage corporel de la pensée, les modalités insolites du transfert et du contre-transfert. Il se dégage de l’ensemble une attention privilégiée portée à la potentialité créatrice de chacune de ces problématiques, ouvrant des perspectives sur l’articulation et l’enrichissement mutuel entre la clinique et les processus de création artistiques.
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