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P.U.F.

I.S.B.N.2130518915
240 pages

p. 197 à 198
doi: en cours

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V. Grands articles : Hermann Heller (1891-1933)

n°6 2001/2

2001 Cités V. Grands articles : Hermann Heller (1891-1933)

Présentation du texte d’Hermann Heller : « Démocratie politique et homogénéité sociale »

Dominique Séglard
L’article dont on trouvera ci-dessous la traduction est d’abord paru en 1928, à Berlin, dans le recueil Probleme der Demokratie, première série, fascicule V : Politische Wissenschaft : Schriftenreihe der deutschen Hochschule für Politik, Walter Rothschild, p. 35-47 et a été repris in Hermann Heller : Gesammelte Schriften, II, éd. Christoph Müller, Tübingen, Mohr, 1992, p. 421-433. La Hochschule für Politik, de tendance libérale, avait en effet organisé une série de conférences sur les « Problèmes de la démocratie ». Schmitt avait ouvert cette série avec sa conférence « La notion de politique », et Heller fit le deuxième exposé, une semaine plus tard, qui contient la première critique du critère du politique de Schmitt.
Dans l’article ci-dessous, qui concentre des arguments amplement développés dans Die Souveränität (1927), il souligne que l’homogénéité sociale est une condition sine qua non de la démocratie politique, et que l’une des principales raisons de la crise de la république de Weimar est précisément cette absence d’homogénéité sociale qui, comprise de manière négative, n’est rien d’autre que la lutte des classes. Toutefois, « en soi, la lutte des classes, qui s’est développée sur une base économique, ne fait pas forcément voler la démocratie en éclats ». Se souvenant sans doute de Max Weber, il pose que la pluralité est constitutive de la démocratie ; simplement le conflit doit pouvoir être canalisé de telle sorte que les parties du peuple puissent continuer de se reconnaître dans les représentants de l’État compris comme médiation permettant de donner forme à l’unité politique. Mais si la lutte des classes dans les formes démocratiques ne permet pas cela, alors l’homogénéité sociale devient hétérogénéité, l’unité est rompue, et « la guerre civile, la dictature, la domination étrangère deviennent possibles ».
Obéissant à une certaine dialectique, l’homogénéité sociale est à la fois le présupposé et le résultat de l’activité politique des instances de représentation, qui la produisent et la reproduisent sans cesse. C’est d’ailleurs dans cet « écart » que vient s’introduire la représentation. En d’autres termes, à la différence de l’unité substantielle au sens de Schmitt, l’État empêche de manière continue (et non en situation d’exception) la destruction de l’homogénéité sociale, c’est-à-dire que l’ « insociable sociabilité » des hommes ne pouvant jamais être totalement surmontée, l’intégration est un processus dynamique jamais totalement achevé qui nécessite, par conséquent, la médiation d’organes représentatifs et de gouvernement. Reprochant au marxisme de confondre société sans classe et société sans hiérarchie en soutenant que la démocratie réelle n’est réalisée que lorsque l’État est supprimé, il pose au contraire que la démocratie est une forme d’État, c’est-à-dire une forme de domination.
Il conviendrait également de montrer comment, s’opposant frontalement à la fois à Kelsen (principalement sur le plan juridique) et à Schmitt (surtout sur le plan politique), Heller soutient que l’obéissance au droit est constitutive de l’ordre juridique dans son effectivité. Le droit doit garantir l’obéissance en se manifestant non pas comme ordre mais comme norme, c’est-à-dire comme une prescription qui prétend à la légitimité. Cela le conduit à mettre en lumière une tension entre droit positif et principes de légitimité qui n’est pas sans annoncer certains développements de Habermas.
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