Cités
P.U.F.

I.S.B.N.9782130525547
192 pages

p. 63 à 65
doi: en cours

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n° 11 2002/3

2002 Cités

De la réminiscence à la matière

Entretien avec   Anita Erba Artiste, figure parmi les personnalités les plus en vue de la peinture israélienne. Elle dirige un atelier de peinture dans la ville de Nétanya (Israël). Elle a récemment fait une exposition à Paris (2001).Réalisé par   Cynthia Fleury Docteur en philosophie. Ses travaux dans le cadre du CNRS-CHPM portent sur les platoniciens de Perse et les platoniciens de la Renaissance. Elle a publié Métaphysique de l’imagination et Mallarmé et la parole de l’imâm aux Éditions d’écarts ainsi que « Pretium doloris ». L’accident comme souci de soi (Pauvert, 2002). Elle est également fondatrice et Secrétaire général du « prix Philosophie 2002 ».Et   Lynda Lotte Ingénieur d’études au CNRS (CHPM). Après un travail effectué sur le Processus d’individuation dans les Essais de Montaigne, elle poursuit actuellement une thèse de philosophie à l’EHESS de Paris sur « Santé et dérèglements » dans les Essais de Montaigne.
CYNTHIA FLEURY / LYNDA LOTTE. — Anita Erba, vous faites partie des nouveaux courants de la peinture en Israël. La spécificité de votre travail consiste en ce qu’il est au carrefour de l’Orient et de l’Occident. Comment définissez-vous votre travail artistique ? Quelle est son évolution interne et comment se traduit-elle par rapport aux supports choisis ?
ANITA ERBA. — Mon travail est bien, comme vous venez de le dire, à la croisée de l’Orient et de l’Occident. Il est possible d’y reconnaître plusieurs périodes. La première renvoie à ce que j’appellerai ma « période orientale », époque durant laquelle j’ai approfondi mes racines et origines. Ce moment se divise en deux parties : nous avons les tableaux d’avant mon voyage à Tunis et ceux d’après. Dans les premiers, j’ai essayé d’exprimer des émotions à partir des souvenirs qui me venaient des récits familiaux (cf. La cruche à l’eau ; Les cavaliers dans le désert ; Une mariée ; Une famille tunisienne...). C’est en convoquant mes émotions que j’ai trouvé l’inspiration (cf. ill. 18).
La seconde période est marquée par une recherche sur les supports plus que sur les sujets. En travaillant le bois, la pierre, l’huile, matériaux traditionnels, avec l’acrylique, j’ai voulu créer une vision de l’ancien, née de confrontations de matières peu conventionnelles (cf. ill. 17). C’est précisément l’art du contraste qui m’intéresse ici. Par ailleurs, j’aime aussi découvrir de nouveaux matériaux, en apparence sans noblesse, comme lorsque je vais glaner sur les chantiers de construction. C’est sans doute ce qui a pour moi le plus d’importance : découvrir une nouvelle matière. Le « processus alchimique » et la composition de la matière priment sur le choix du sujet (cf. ill. 19).
Dans cette seconde période, j’ai donc créé une nouvelle série de tableaux avec des dessins très réalistes, plus vifs, aux couleurs chaudes. Ce n’est plus le souvenir qui m’inspirait, mais l’aspect réaliste des choses, comme dans Retour aux racines, entre réalité et imaginaire. Plutôt que des souvenirs, ce sont des « moments » qui illustrent la joie et le quotidien des personnages (cf. ill. 20). Une de mes préoccupations essentielles consiste à convoquer l’improbable dialogue entre le présent et l’histoire. D’où certaines toiles sur les découvertes archéologiques locales notamment. Le présent, son histoire, mais aussi la terrible actualité (du conflit israélo-palestinien) à laquelle est consacrée toute une partie de mon travail de création. Certaines de mes toiles évoquent les attentats liés au conflit du Proche-Orient, le 11 septembre, mais aussi des thèmes comme la création d’Israël qui représentent l’immigration en Israël. Tout ce qui fait l’histoire d’Israël, la modeste comme la grande, est évidemment au cœur de ma création.
C. F. / L. L. — Quelles sont vos influences ? Comment positionnez-vous votre travail par rapport aux différents courants de l’histoire de l’art ?
A. E. — Principalement classiques, mes influences viennent surtout des impressionnistes, Van Gogh, Monet, Cézanne. La période que j’ai appelée « période orientale » est principalement sous l’influence de Delacroix, lorsqu’il séjournait en Algérie.
C. F. / L. L. — La question de la ville, de « votre » ville, a-t-elle un rôle particulier dans vos œuvres ?
A. E. — Mon travail est bien évidemment lié à « ma » ville et à mon environnement proche. Ces espaces sont à la fois la source de mon inspiration picturale et le lieu de mon engagement social. Née à Nétanya (qui est proche de Tel-Aviv) et membre des Artistes de cette ville, j’en suis également le porte-parole. Ce qui signifie que je représente non seulement un collectif d’artistes mais surtout que j’œuvre bénévolement dans les quartiers défavorisés. En effet, avec les jeunes, nous repeignons et décorons les abris. Pendant les vacances scolaires, j’organise des ateliers de peinture pour les enfants et leur enseigne l’histoire de l’art et les premiers éléments de l’art de peindre. J’ai créé un Centre des études artistiques pour donner la possibilité à tout amateur de peinture, dès le plus jeune âge, de prendre des cours de peinture.
C. F. / L. L. — Quelles ont été vos principales expositions ?
A. E. — La série Retour aux racines orientales a été présentée au Palais de la Culture, à Nétanya. Par la suite, j’ai reçu de multiples invitations, en Tunisie, en France, etc. J’ai, d’ailleurs, été la première artiste israélienne à être exposée à Tunis. Cette exposition, qui a duré six mois, a eu un impact très symbolique, étant donné l’absence de relations diplomatiques entre la Tunisie et Israël. J’ai également, sur le même sujet, présenté une série de tableaux au Congrès international qui a eu lieu à l’Université de Bar Ilan de Tel-Aviv ; cette série, par la suite, a fait l’objet d’expositions itinérantes à travers tout le pays. À Paris, j’ai été l’invitée de la Galerie Thorigny et du Musée d’art et d’histoire du judaïsme.
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