Cités
P.U.F.

I.S.B.N.9782130525554
192 pages

p. 115 à 116
doi: 10.3917/cite.012.0115

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n° 12 2002/4

2002 Cités

Introduction

Yves Charles Zarka
Directeur de recherche au CNRS, où il dirige le Centre d’histoire de la philosophie moderne et le Centre Thomas-Hobbes. Il enseigne également la philosophie politique moderne et contemporaine à l’Université de Paris I - Panthéon-Sorbonne. Il est notamment l’auteur de La décision métaphysique de Hobbes. Conditions de la politique (Vrin, 1987, 2e éd., 1999) ; Hobbes et la pensée politique moderne (PUF, 1995 ; 2e éd., 2001) ; Philosophie et politique à l’âge classique (PUF, 1998) ; La questione del fondamento nelle dottrine moderne del diritto naturale (Naples, Editoriale Scientifica, 2000) ; L’autre voie de la subjectivité (Beauchesne, 2000) ; Figures du pouvoir : Études de philosophie politique de Machiavel à Foucault (Paris, PUF, 2001 ; 3e éd., 2001) ; Quel avenir pour Israël ? (en collab. avec S. Ben-Ami et al., PUF, 2001, 2e éd. en poche « Pluriel », 2002). Hobbes the Amsterdam Debate (débat avec Q. Skinner), Olms, 2001. Il a, également, récemment publié : Raison et déraison d’État (PUF, 1994) ; Jean Bodin : nature, histoire, droit et politique (PUF, 1996) ; Aspects de la pensée médiévale dans la philosophie politique moderne (PUF, 1999) ; Comment écrire l’histoire de la philosophie ? (PUF, 2001) ; Machiavel, le Prince ou le nouvel art politique (PUF, 2001). Penser la souveraineté (2 vol.), Pise-Paris, Ets Vrin, 2002, Les fondements philosophiques de la tolérance (3 vol.), Paris, PUF, 2002.
Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Cet adage définit mieux que toute autre considération l’aveuglement de la majorité de la classe politique française, toutes options politiques confondues, de certains responsables d’associations importantes et d’une grande part des médias, pour ne rien dire de la plupart des intellectuels, en tout cas ceux, et ils sont nombreux, dont la capacité d’indignation contre la violence semble être structurellement sélective, à l’égard des actes antisémites en France. Nous avons vu ces derniers mois le retour d’un antisémitisme à grande échelle. Et pourtant certains ne voient rien, ou plus exactement ils voient autre chose. Menaces, insultes et agressions sur des Juifs ; inscriptions injurieuses dans la plus pure inspiration nazie et coups de feu contre les commerces appartenant à des Juifs, incendies volontaires de synagogues, d’écoles et d’autres institutions juives : Comment définir ces faits, sinon comme des actes d’antisémitisme brut ? Et pourtant certains s’évertuent à nous faire accroire qu’il s’agit d’autre chose, voire de pas grand-chose : un phénomène social plus général, une mauvaise éducation de la jeunesse des banlieues défavorisées qu’il faut comprendre, voire excuser, mais pour lequel le nom d’ « antisémitisme » serait totalement déplacé. On conteste d’abord le mot, alors que celui-ci, depuis près d’un siècle et demi, désigne prioritairement, voire exclusivement, l’hostilité à l’égard des Juifs. On conteste ensuite la chose : il ne s’agirait pas de haine des Juifs mais d’un phénomène social dû aux inégalités et aux injustices sociales qui amènent les jeunes Français d’origine maghrébine à s’identifier à la cause palestinienne et à la transporter sur le territoire national. On feint d’oublier que ce sont exclusivement des personnes, des lieux de culte ou des institutions juives qui font l’objet de violences ouvertes. S’il s’agissait d’un phénomène plus général d’identification déplacée, des personnes, des lieux de culte et des institutions catholiques, protestantes ou musulmanes seraient également atteintes. Pourquoi uniquement des Juifs ? Comment expliquer cette exclusivité (sans doute provisoire) s’il ne s’agit pas d’antisémitisme ? Pourquoi ce refus de donner à la chose son nom traditionnel ?
Contre cet aveuglement volontaire, un certain nombre de personnalités courageuses se sont élevées par des interventions publiques, des articles de presse ou des livres. C’est le cas en particulier de Pierre-André Taguieff dans son livre, La nouvelle judéophobie [1], et de Raphaël Draï, dans son ouvrage, Sous le signe de Sion : l’antisémitisme nouveau est arrivé [2]. Cités a voulu mettre leurs thèses en débat, d’une part en leur demandant de revenir sur leurs positions, d’autre part en soumettant ces positions aux commentaires de Lucien Jaume et de Michel Abitbol.
Avril 2002.
 
NOTES
 
[1] Paris, Mille et une nuits, 2002.
[2] Paris, Michalon, 2002. On peut également ajouter le livre de Guy Konopnicki, La faute des Juifs, Paris, Balland, 2002.
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[1]
Paris, Mille et une nuits, 2002. Suite de la note...
[2]
Paris, Michalon, 2002. On peut également ajouter le livre ...
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