Cités
P.U.F.

I.S.B.N.9782130534563
192 pages

p. 43 à 59
doi: 10.3917/cite.015.0043

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n° 15 2003/3

2003 Cités

Pornographie et handicap

Alain Giami Directeur de recherche à l’INSERM, il dirige l’équipe « Sexualité, société, individu ». Il travaille sur les représentations et l’organisation sociale de la sexualité avec un abord psychosociologique et sociohistorique. Il a notamment publié : L’ange et la bête (Paris, Éditions du CTNERHI, 2001), Des infirmières face au sida (en collaboration avec Claude Veil) (Paris, INSERM, 1994), Les enjeux de la stérilisation (en collaboration avec Henri Leridon, Paris, INSERM, 2000). Il a contribué à l’enquête nationale sur les comportements sexuels en France : La sexualité aux temps du sida (N. Bajos, M. Bozon, A. Ferrand, A. Giami, A. Spira) (Paris, PUF, 1998).
Je pourrais commencer par me demander, à la manière de saint Bernard, ce que signifient tous ces singes lascifs, ces dragons qui se dévorent eux-mêmes, ces têtes pansues, ces ânes jouant de la lyre, ces prêtres baise-culs et ces jongleurs acrobates qui surgissent dans les marges des édifices, des sculptures et des manuscrits enluminés du Moyen Âge [1].
L’analyse critique de documents pornographiques, c’est-à-dire de documents représentant des ordres génitaux, des acteurs sexuels et des personnes impliquées dans des situations considérées comme sexuelles, et visant à susciter une excitation érotique pose de nombreux problèmes. Tout d’abord, la simple possession de documents représentant des mineurs constitue un délit réprimé par le Code pénal, ce qui complique la possibilité de leur analyse critique. On envisage mal de devoir demander l’autorisation d’un juge pour réaliser un travail de recherche. Par ailleurs, la présentation, dans un contexte professionnel, de documents pornographiques, y compris ceux dont la diffusion est autorisée, est, depuis peu, considérée comme une forme de harcèlement sexuel. Les documents analysés dans ce texte se situent, « en plus », aux marges et aux confins de la pornographie dans la mesure où ils représentent des infirmes, ce qui constitue un genre extrêmement minoritaire de pornographie [2], qui remet en question la notion même de pornographie puisque les organes génitaux et les actes « sexuellement explicites » n’y sont pas toujours représentés.
Le présent travail se situe à l’intersection entre des questionnements sur la sexualité des personnes handicapées, et sur le statut de la pornographie dans la subjectivité, la culture et la politique. Compte tenu du statut des « personnes handicapées » [3] dans la société contemporaine, et notamment de leur statut au regard de la sexualité, la représentation visuelle de personnes handicapées dans des documents considérés comme pornographiques apparaît a priori impensable. En effet, les personnes handicapées, qu’il s’agisse de personnes atteintes d’infirmités corporelles ou de troubles psychiques, occupent un statut marginal au regard de la possibilité d’avoir des relations sexuelles et sont souvent considérées comme « désexualisées » par leur entourage familial et par la société. La vulnérabilité sociale et psychique qui est attribuée aux personnes handicapées, et en particulier aux personnes handicapées mentales, considérées en droit comme incapables de donner un consentement pour des relations sexuelles, les exclut de facto des relations sexuelles avec des « valides » [4]. Les formes d’institutionnalisation imposées aux personnes handicapées constituent des obstacles supplémentaires à la possibilité de nouer des relations sociales et conséquemment des relations sexuelles, à l’intérieur et à l’extérieur des établissements qui les accueillent [5].
L’idée de cette recherche est apparue lorsque j’ai découvert, il y a quelques années, dans le magazine érotique norvégien Cupido (no 6, 1998) – auquel un ami m’avait malicieusement fait bénéficier d’un abonnement gratuit –, une photo représentant une femme, le visage dissimulé par un masque noir, revêtue de la parure des « dominatrices » (guêpière en cuir noir, gants en latex, bottes cuissardes à talons hauts) portant un fouet négligemment posé sur ses genoux. Cette femme est installée dans un fauteuil roulant. Il n’y a pas d’autre élément de décor permettant de situer le contexte de cette représentation. Il est impossible d’affirmer que la personne assise dans le fauteuil roulant est effectivement privée de l’usage moteur de ses jambes. Elle n’est, en tout cas, pas privée de leur « usage » érotique. Bien au contraire, cet usage érotique de ses jambes supposées déficitaires constitue le « clou » de l’image. Par ailleurs, le fauteuil roulant qui constitue le symbole emblématique du handicap dans la culture occidentale est aussi érotisé. Le contenu visuel de la revue constitue le seul élément de contexte extérieur à l’image elle-même. Les documents qui y sont présentés reflètent plusieurs « genres » pornographiques différents et témoignent d’une recherche esthétique marquée par une certaine diversité de types de documents n’excluant pas l’humour ou le « bizarre ».
Cette image contraste singulièrement avec les représentations couramment admises de la sexualité des personnes handicapées motrices, considérées comme ayant un déficit d’activité sexuelle, a fortiori lorsqu’il s’agit d’une femme. En effet, les interventions médico-sociales concernant ces personnes portent principalement sur le rétablissement de la fonction reproductive de la sexualité, et rarement sur leur fonction érotique [6]. La majorité de ces femmes sont loin d’être considérées en position de « domination » et elles font souvent l’objet d’une certaine compassion. On pense au personnage d’Édith, dans La Pitié dangereuse de Stefan Zweig, amoureuse d’un beau lieutenant des Uhlans qui se meurt progressivement d’un amour impossible qui la remet en cause au plus profond de son être. La représentation masculine est d’une tout autre nature. Dans les Lunes de fiel de Pascal Bruckner, le personnage de Didier est décrit comme un pervers sexuel qui terrifie son entourage comme pour se venger : « J’attendais un agresseur : ce fut un handicapé sur une chaise roulante qui apparut. Je ne l’avais jamais vu. La figure ravagée, les cheveux clairsemés, il me fixait avec des yeux hagards qui dans l’obscurité prenaient une dimension presque terrifiante. J’aurais bien voulu m’en aller, mais cette main aux serres de granit me bloquait dans un étau : on eût dit que le corps s’était vengé de son atrophie en développant sans mesure ses extrémités. L’infirme avait rapproché de moi son triste faciès blafard. Il se mit à glapir. » La représentation de l’homme en fauteuil roulant est ici associée à une certaine perversité comprenant une forte intention de nuire. On retrouve à propos des infirmes moteurs, le stéréotype de « l’Ange et la Bête » qui avait été repéré à propos des handicapés mentaux [7]. Cette opposition apparaît en outre organisée autour d’une conception de la différence des sexes : la femme comme Ange et l’homme comme Bête. L’image publiée dans Cupido me semblait donc porteuse d’un potentiel subversif, dans la mesure où elle allait à l’encontre des stéréotypes dominants.
La représentation visuelle de personnes mutilées, dans des documents pornographiques, pose donc plusieurs questions : tout d’abord, celle du potentiel érotique et esthétique de ces représentations qui apparaît en contradiction avec les représentations dominantes de la sexualité de ces personnes ; ensuite, celle du rapport à la « réalité », c’est-à-dire la condition et le statut social des personnes handicapées, que ces images sont censées représenter.
 
MÉTHODE
 
 
J’ai donc tenté d’analyser l’ « érotique du handicap », c’est-à-dire la source des phénomènes d’attirance – répulsion à contenu sexuel, dont sont l’objet des représentations visuelles et littéraires de personnes handicapées. J’ai utilisé pour cela des représentations visuelles et des récits puisés dans différentes sources. La principale de ces sources est la pornographie, c’est-à-dire selon le psychanalyste Robert Stoller : « Un produit fabriqué avec l’intention de produire une excitation érotique. La pornographie est pornographique quand elle excite. Toute la pornographie n’est donc pas pornographique pour tous. » [8] Cette définition est cependant incomplète, elle omet de mentionner les phénomènes de censure, c’est-à-dire les restrictions portant sur la diffusion, la distribution et l’usage de ces produits qui ne peuvent que renforcer l’attrait exercé par ces images [9].
Je suis parti du constat selon lequel il existait un « genre » particulier de pornographie : la pornographie mettant en scène des personnes handicapées et que ce « genre » consiste principalement en la représentation de femmes mutilées, amputées des membres inférieurs et/ou supérieurs. D’autres formes de « déficience » sont aussi représentées dans cette pornographie, mais à un degré moins important. Je n’ai pas inclus les représentations pornographiques de l’obésité, un genre qui fait florès sur certains sites Internet. Dans certains cas, ces femmes apparaissent comme réellement mutilées ou amputées, ce qui renvoie à un autre « genre » contemporain de la pornographie : la pornographie « amateur » dont l’argument esthétique, érotique et commercial réside en ce qu’elle représente des situations supposées réelles ou construites comme telles [10]. Dans d’autres cas, les situations représentées et les mutilations sont fictives (dessins, bandes dessinées, montages photographiques, images virtuelles) et visent à donner l’illusion qu’il s’agit de personnes présentant réellement ces caractéristiques. Mais il est cependant difficile de faire la part des choses.
Les images sont focalisées sur le point d’amputation, la cicatrice, de façon centrale. La très grande majorité des personnes mises en scène sont de sexe féminin [11]. Cette situation est probablement liée au fait que la majorité des consommateurs de pornographie sont des hommes. On peut aussi penser au statut de la féminité et du sexe féminin comme « mutilation » dans la culture occidentale [12]. L’amputation et sa marque deviennent alors des signes supplémentaires qui viendraient soit se surajouter à cette mutilation fondamentale, soit la gommer en y substituant une mutilation qui apparaît bien moindre que celle-ci [13].
Cette piste interprétative s’inscrit dans la perspective du statut du fétichisme dans la sexualité masculine : le fétiche visant à combler l’effroi produit par la vision du sexe féminin sur le petit garçon persuadé que le pénis est la caractéristique du genre humain [14]. L’interprétation de Gilbert Lascaux se situe dans la tradition freudienne du fétichisme avec le fétiche considéré comme le substitut du pénis manquant.
On peut aussi faire une autre lecture fondée sur un autre aspect du fétichisme tel qu’il a été défini par Alfred Binet et récemment synthétisé par André Béjin, comme tendance à l’abstraction (le fétiche comme un tout indépendant des personnes réelles) ; tendance à la généralisation (aimer un objet ou une dimension en général) ; tendance à l’exagération des particularités du fétiche ; et la nécessité du fétiche pour obtenir l’excitation sexuelle [15].
À la dimension du fétiche, comme dimension nécessaire à l’excitation (objet, image) Robert Stoller rajoute celle du scénario (script) : « L’excitation sexuelle dépend d’un scénario. [...] La dynamique (de l’excitation) se manifeste dans la subjectivité au travers des scripts, c’est-à-dire des histoires dotées d’une trame narrative qui utilise des personnages – généralement des gens – dont les motifs sont définis de manière spécifique. Si nous voulons découvrir la forme précise que prend l’excitation érotique de quelqu’un, nous devons commencer par les scripts (scénarios) par ce que la personne éprouve subjectivement. » [16].
Cependant l’excitation qui résulte de la stimulation par une personne amputée n’est pas considérée comme « normale » dans la psychopathologie. Ce type d’attirance a été codifié sous la forme de deux entités cliniques dans le registre des paraphilies : l’acrotomophilie, lorsque l’attirance envers le partenaire repose sur le fait que celui-ci (celle-ci) doit nécessairement être amputé(e), et l’apotemnophilie lorsque le sujet est porté par l’obsession d’être amputé d’une partie de lui-même [17]. Ces concepts psychopathologiques renseignent sur le fait que les personnes handicapées font parfois l’objet d’une attirance sexuelle en fonction des caractéristiques mêmes qui leur confèrent leur statut et leur image sociale et définissent leur identité sur le mode de la métonymie ( « prendre la partie pour le tout » ). Mais, en même temps, lorsque cette attirance est focalisée de façon absolument nécessaire sur ces caractéristiques, elle est considérée comme pathologique. Cette pathologisation de l’attirance sexuelle à l’égard des mutilations et des personnes qui en sont atteintes, et l’identification à celles-ci au travers du désir, du fantasme ou du projet d’être amputé dévoile ainsi les limites qui sont placées implicitement aux relations avec ces personnes. Alors que le discours de la tolérance et du « politiquement correct » pose le principe d’une égalité de droit de ces situations dans le répertoire de la diversité des conditions humaines, les conditions psychologiques et psychodynamiques qui peuvent permettre l’établissement de telles relations, sur la base d’une attirance érotique, sont considérées comme une forme de maladie mentale, répertoriée dans le DSM-IV.
Les documents sélectionnés ont donc été lus et interprétés en prenant en compte les objets représentés (sexe des personnes, parties du corps exhibées et/ou cachées, mutilations, déformations corporelles), les situations dans lesquelles évoluent les personnages et les scénarios qui organisent la représentation. Le contexte dans lequel les documents sélectionnés ont été repérés a aussi été pris en compte notamment pour distinguer le contexte pornographique et non pornographique (en référence à l’intention sous-jacente à la production du document).
Les documents pornographiques sont donc considérés et traités comme des représentations permettant un accès (une voie royale) aux fantasmes et scénarios qui sous-tendent les représentations des personnes handicapées. Ils sont en outre utilisés comme des miroirs grossissants des relations et des représentations avec les personnes handicapées. L’abord de cette question par le biais d’une lecture de documents pornographiques mettant en scène des personnes handicapées devrait permettre d’éclairer sous un jour nouveau les motivations et les modalités des relations avec ces personnes.
 
LE MATÉRIEL ÉTUDIÉ
 
 
La pornographie qui met en scène des personnes handicapées fait l’objet d’une véritable industrie. Le site internet D-links, recense plus d’une centaine de sites dans lesquels sont présentées et commercialisées des images, spécialisé dans les images mettant en scène des infirmes. Ce site est explicitement géré par une ou des personnes se considérant comme des devotee, c’est-à-dire des personnes qui apprécient et sont attirées sexuellement par des personnes ayant des infirmités et principalement des amputations, mais aussi des personnes en fauteuil roulant, ou avec des plâtres ou des prothèses.
J’ai cependant procédé à une sélection de documents en provenance de différentes sources, au regard de l’intentionnalité et du contexte dans lequel ils ont été produits. D’une part, des documents publiés dans des contextes visant à produire ces excitations érotiques volontairement et intentionnellement. Ces documents apparaissent sur des sites spécialisés d’Internet, et j’ai retenu le site Romanian Amputee, un site érotique gratuit ayant des « liens » avec d’autres sites érotiques payants. J’ai retrouvé, par ailleurs, des documents publiés au cours des années 1950 dans le magazine américain Bizarre. D’autre part, des documents puisés dans des contextes dans lesquels des personnes amputées tentent de se présenter comme attirantes socialement, sexuellement et sur le plan relationnel. Ces documents sont produits apparemment par des personnes revendiquant leur appartenance à la « communauté des amputés » (site Ampulove, Royaume-Uni). Ils relèvent d’une intention différente de celle qui sous-tend la pornographie, en privilégiant la relation plutôt que l’excitation sexuelle. Mais Ampulove a aussi des « liens » avec des sites érotiques présentant des personnes mutilées. Enfin, ces documents ont été comparés à d’autres œuvres artistiques, et notamment l’une des plus importantes de l’histoire de l’art occidental : la Vénus de Milo.
J’ai tenté de faire surgir les significations de ces représentations à partir de la comparaison entre des documents différents. Les documents puisés dans ces différentes sources sont sous-tendus par un même principe selon lequel l’exhibition des parties du corps mutilé, déformé ou transformé constitue le principal foyer d’excitation érotique. La mutilation et la cicatrice se substituent, dans une majorité de cas, à l’exhibition des organes génitaux (féminins) et viennent constituer le principal foyer d’excitation. En d’autres termes, on assiste à une érotisation de la mutilation.
 
UN MYTHE DU XIXe SIèCLE : LA VéNUS DE MILO
 
 
La Vénus de Milo fut découverte en avril 1820 sur l’île de Mélos (Milo, en grec moderne) et rapidement acquise par l’ambassadeur de France auprès du gouvernement turc. Entrée peu après au Louvre, elle est presque immédiatement devenue un des marbres les plus célèbres parmi les œuvres antiques. Elle enthousiasma les écrivains et les artistes : Théophile Gautier gardait dans l’œil « l’éblouissement de la beauté suprême » et Rodin admirait son « ventre » large comme la mer ! La célèbre statue découverte près d’un théâtre antique sur l’île de Mélos, dans l’archipel des Cyclades, s’est vu proposer plusieurs identifications mythologiques, mais le motif de cette femme au buste dénudé, affirmant avec vigueur féminité et sensualité, convient particulièrement bien à la déesse de l’amour. La Vénus de Milo, ou plutôt l’Aphrodite, car tel est son nom grec, est constituée de deux blocs, selon la technique des pièces rapportées. Les jambes sont taillées dans un premier bloc complété d’un second des hanches à la tête. Le bras gauche devait être une pièce rapportée, quant au bras droit il était certainement solidaire du bloc supérieur. Mais la Vénus, au moment de sa découverte, était dépourvue de ses deux bras, ce qui n’a pas manqué de susciter de nombreuses suggestions de restitutions et d’interprétations.
On l’a parfois envisagée appuyée sur un pilier ou accoudée sur l’épaule d’Arès, dieu de la guerre, son amant. D’après la position de ses épaules, on peut malgré tout affirmer que son bras droit devait descendre jusqu’à la draperie, et que le gauche était maintenu en position haute. L’impossibilité de restituer avec certitude l’aspect originel de la statue et le respect grandissant au XIXe siècle pour les antiquités à l’état fragmentaire ont contribué à préserver l’état originel de la Vénus. Seule l’extrémité du nez, la lèvre inférieure et le gros orteil droit ont été ajoutés. (Vénus de Milo : Mélos, Grèce. Fin du IIe siècle avant J.-C., Marbre, H. 2,11, L. 0,44, Paris, Musée du Louvre, Extrait du catalogue de l’exposition : 2000 ans de création d’après l’Antique.)
La représentation d’un corps de femme mutilée des membres supérieurs est chantée par les plus grands poètes de l’époque comme « l’éblouissement de la beauté suprême ». Or il faut noter que cette œuvre, dans son état actuel, résulte d’une intervention humaine et d’une décision qui a consisté à réparer certaines parties du corps, et notamment du visage, et à laisser telle quelle l’amputation des membres supérieurs. La Vénus de Milo ne constitue pas un cas unique dans la muséographie contemporaine. Le Musée Guimet regorge de statues de divinités féminines asiatiques amputées des membres et exposées telles quelles. C’est probablement leur amputation qui est à la source de l’émotion esthétique qu’elles suscitent.
 
L’ABSENCE DES HANDICAPÉS DANS LA PORNOGRAPHIE GÉNÉRALISTE
 
 
Les personnes handicapées n’apparaissent pas dans les documents pornographiques généralistes courants (magazines, vidéos) diffusés en kiosque ou en sex-shop. Ce genre particulier de pornographie ne fait pourtant pas l’objet d’interdits visant à la restriction réglementaire de sa diffusion à l’instar de la pornographie mettant en scène des enfants (pédophilie) dont la possession même est interdite et réprimée par le Code pénal, ni de la zoophilie tolérée en sex-shop et dans les établissements dont l’accès est interdit aux mineurs. La pornographie représentant des femmes mutilées semble circuler uniquement dans des réseaux spécialisés et sur des sites d’Internet spécialisés dans ce genre. Absence d’intérêt de la part de la majorité des consommateurs ou tabou social ? Cela reste à expliquer.
Quelques exceptions cependant : au cours des années 1970, un nain de couleur noir participait à des films porno généralistes en ayant des relations sexuelles avec des femmes « valides ». Il apparaissait comme particulièrement « vicieux ».
 
LA PORNOGRAPHIE FÉTICHISTE
 
 
Historiquement, la représentation de femmes amputées des membres supérieurs ou inférieurs a pris place dans la pornographie clandestine underground relevant du genre « fétichiste », notamment dans la revue Bizarre conçue et diffusée artisanalement par John Willie entre 1946 et 1957 aux États-Unis et rééditée en fac-similé par Taschen en 1995. La pornographie « fétichiste » ne représente pas des organes génitaux ni des actes sexuels, mais des situations d’imposition de domination psychique et physique opérées à l’aide d’un attirail spécialisé : corsets, chaussures à talons très hauts, cordes, crochets, etc.
La revue Bizarre est construite sur le mode du témoignage. La majorité des documents qui y ont été publiés consistent en des « lettres de lecteurs » qui racontent une expérience qui est supposée être réelle. Ce type de document constitue un « genre » spécifique visant à donner un « trop de réalité » [18] à la fiction. Cela est renforcé par l’existence de cas réels d’amputation volontaire pour des motifs « non médicaux » fondés sur une motivation érotique [19]. Certains sites internet contemporains diffusent des témoignages de personnes ayant été amputées, ou désirant l’être pour des motifs similaires.
On trouve, dans ces volumes, des récits et des graphismes représentant des femmes amputées mais pas de photographies, contrairement aux autres thèmes développés dans la revue. L’amputation des membres supérieurs et inférieurs s’inscrit dans la logique de la contrainte corporelle et de la modification corporelle exercée sur une femme, sous la forme du bondage (imposition de liens contraignant) visant à empêcher et limiter les mouvements de la femme. On trouve ainsi des représentations visuelles de la femme momifiée ou portant des corsets très serrés ayant pour but de redessiner le corps (la « taille de guêpe »). L’amputation volontaire ou accidentelle apparaît comme la forme suprême, l’aboutissement du processus de la contrainte.
Le processus qui mène à l’amputation de la femme est initié par l’homme (le mari) et progressivement la femme en arrive à désirer la situation qui lui est proposée. Il s’agit généralement de l’amputation des deux bras, pouvant être occasionnée par un accident ou proposée volontairement à la femme. Par contre, dans les récits mettant en scène l’amputation de membres inférieurs, une seule des deux jambes est amputée. L’autre jambe reste sanglée dans des bas-nylon à couture et perchée sur une chaussure à talon haut. La déstabilisation et la conquête progressive d’un nouvel équilibre obtenu à l’aide des béquilles (qui jouent un rôle important sur le plan visuel) constitue le but du « jeu ». La conquête d’une nouvelle maîtrise du corps par la femme entravée ou modifiée constitue l’un des ressorts du plaisir éprouvé dans le masochisme physique [20]. Les organes génitaux ne sont jamais représentés.
Legless with legs (Sans jambes avec des jambes)
Dans le voisinage d’un couple de la banlieue, une jeune femme est amputée d’une jambe à la suite d’un accident. Le mari remarque cette femme qui se promène dans son jardin, vaquant à ses occupations (jardinage). Plus tard, le couple croise cette jeune femme en ville où elle porte une jupe serrée et à son unique pied une solide chaussure à talon aiguille, haute de 4 pouces. Le mari apparaît très excité par cette femme qui sait mieux tirer profit d’une jambe unique que la majorité des femmes qui ont (encore) leurs deux jambes. L’épouse de cet homme devient envieuse de l’attention que son mari porte à cette femme. Elle découvre par hasard une vieille paire de béquilles dans un placard et commence à les utiliser pour marcher sur une seule jambe en remontant une jambe au-dessus du genou et en l’attachant sur la cuisse. Progressivement, elle bande et attache sa jambe de façon de plus en plus serrée et découvre un certain plaisir à être incapable de marcher sans ses béquilles. Elle apprend à se tenir sur une jambe avec une chaussure à talon haut. Elle envisage que son mari la découvre amputée à la suite d’un accident. Elle s’arrange pour se faire surprendre par son mari avec son attirail. Celui-ci est profondément ému et lui demande de rester dans cette posture de façon permanente à la maison et en dehors lorsqu’ils sortent. Il l’équipe des chaussures à talons les plus hauts possibles et des plus beaux bas en nylon. Cette femme rapporte : « Quand je marche dans les rues de la ville avec mon bas nylon et ma chaussure à talon haut de 4 pouces, je perçois autant de regards admiratifs que porteurs de compassion et de pitié » (Bizarre, no 17, 1956, et Bizarre, no 19, 1956).
La lecture de ce document fait apparaître une importante mutation symbolique de l’amputation. Si celle-ci réside apparemment dans le fait d’avoir une partie du corps « en moins », l’érotisation qui en découle constitue indéniablement « un plus », un atout supplémentaire. La femme amputée, ou simulant l’amputation est dotée d’une caractéristique érotique supplémentaire que n’ont pas les autres femmes : « Le mari apparaît très excité par cette femme qui sait mieux tirer profit d’une jambe unique que la majorité des femmes qui ont (encore) leurs deux jambes. » Le processus de la mutilation consiste donc en l’administration d’une qualité érotique supplémentaire à l’objet désiré, en vue de le rendre encore plus désirable. Il s’inscrit ainsi à l’intérieur de scénarios de contrainte, celle qui est exercée par le « Maître » sur la femme et celle qui est exercée par la femme sur elle-même, afin de développer une maîtrise supérieure sur son propre corps entravé.
 
LA PORNOGRAPHIE MUTILÉE CONTEMPORAINE
 
 
C’est principalement sur Internet que se déploie cette pornographie. Je n’ai pas trouvé ce type de documents en sex-shop ou dans les librairies spécialisées. Il existe tout un réseau de sites commerciaux présentant des personnes amputées. Certains de ces sites visent à venir en aide à ces personnes en jouant sur la compassion envers ces personnes et en mettant en avant leurs « capacités » selon la nouvelle formulation de l’OMS. Parmi ces capacités figurent la « capacité érotique ». J’ai sélectionné le site Romanian Amputee, un site gratuit qui présente une large sélection de photographies de femmes porteuses d’un ensemble de « déficiences » qui sont organisées selon une classification rigoureuse :
femmes amputées nues et habillées : seule une faible minorité des photos montre le sexe des femmes qui est mis en parallèle avec la cicatrice de l’amputation ;
femmes ayant des malformations des membres inférieurs ou supérieurs ;
femmes portant des lunettes à verres très épais : toutes habillées ;
femmes présentées comme aveugles avec des yeux déformés ;
femmes portant un bandeau noir sur un œil (borgnes) ;
prothèses et béquilles ;
femmes en fauteuil roulant ou en dehors du fauteuil roulant (page d’accueil du site Romanian Amputee).
La majorité des photos exposées met en scène des femmes amputées. La référence à la Roumanie, pays de dictature, de grande pauvreté et de violence sociale à l’égard des plus vulnérables, mais aussi la contrée du comte Dracula, donne une impression de sadisme social. La lecture des documents exposés fait apparaître de grandes similitudes esthétiques et formelles avec les photos publiées sur le site généraliste VoyeurWeb.com qui diffuse des photos réalisées par des « amateurs ». Cependant, le site présente des photographies qui semblent représenter des femmes réellement amputées qui sont mélangées avec de nombreuses photos qui ont visiblement été grossièrement retouchées et retravaillées, ce qui, à l’heure des technologies numériques, relève d’une simplicité technique à la portée de n’importe quel amateur averti. Une photo de l’actrice française Laetitia Casta, amputée d’une jambe figure dans cette collection, ce qui est bien évidemment un faux grossier. Les photos retouchées représentent des femmes jeunes, jolies et sexy, selon le stéréotype des photos érotiques. Elles pourraient, sans aucun problème, poser dans la rubrique de « charme » de Play Boy. Par ailleurs, le contexte dans lequel ces femmes sont incluses est toujours un contexte imaginaire (place ensoleillée, bains à remous, grand lit circulaire). Enfin, les positions corporelles qui laissent apparaître les organes génitaux et les cicatrices relèvent d’une acrobatie précise [21]. Les photos qui semblent plus « réelles » mettent en scène des femmes plus ordinaires et sont incluses dans le contexte de leur vie quotidienne.
On trouve donc deux types de photos de femmes mutilées. Celles qui présentent ces femmes habillées, avec leurs organes génitaux et leur poitrine dissimulée par le vêtement, mais qui dévoilent les membres amputés, et celles qui les présentent nues, seules ou en train d’avoir des actes sexuels avec un homme « valide » ou avec une autre femme. L’exposition des femmes nues ou en train d’avoir des actes sexuels est similaire aux photos pornographiques classiques, à ceci près que, loin d’être dissimulées, la mutilation et la cicatrice de l’amputation sont mises en exergue et très visibles sur les photographies. La proximité entre les cicatrices des amputations des membres inférieurs et les organes génitaux souvent épilés, de façon à rendre encore plus visibles les lèvres et l’entrée du vagin, établit une forte correspondance entre le sexe féminin et la mutilation. Par contre, dans les photographies où les femmes mutilées n’exposent pas leurs organes génitaux, on peut supposer que la cicatrice et la mutilation remplacent et font fonction d’organes génitaux et constituent le contenu sexuel de la représentation.
Gilbert Lascaux a bien montré comment la féminité et le sexe de la femme constituent la « mutilation fondamentale » : « La féminité est vécue par l’homme et par la femme (au moins par moments) comme mutilation. En ce qui concerne l’art paléolithique, l’exploration statistique de Leroi-Gourhan établit deux séries de correspondances : homme-cheval-sagaie et femme-bison-blessure. Pour parler du sexe féminin, les métaphores de la scission, de la coupure sont fréquentes : l’abricot fendu, la boutonnière, la brèche, la balafre, la cave, la cheminée que l’homme ramone, la crevasse, la figue fendue, la fissure (Colette), la fente, le sésame toujours fendu. Dans ces conditions, l’inconscient verra dans le sexe féminin le début d’un démembrement plus complet de l’ensemble du corps aimé, l’abominable annonce de la castration qui peut arriver à tout mâle, le gouffre où le phallus de l’homme, où l’homme tout entier peut être englouti. » [22] Dans ces conditions, l’exposition d’une mutilation des membres ne peut apparaître que secondaire et venir se substituer ou renforcer en la soulignant cette « mutilation fondamentale » que constitue le sexe de la femme. L’absence d’exposition des organes génitaux féminins dans une grande majorité de ces documents, au profit de l’exposition des cicatrices résultant d’une amputation, semble indiquer une équivalence entre les deux formes de « mutilation ». La focalisation sur la cicatrice rend caduque la nécessité d’exposer les organes génitaux et constitue le foyer de l’excitation érotique. Par ailleurs, en l’absence d’éléments de contexte ou de « paratexte » pouvant indiquer l’origine de la mutilation, le spectateur de ces photos est renvoyé à lui-même pour imaginer le scénario de l’événement – violent – qui a été à l’origine de la mutilation, ce qui fait du spectateur le metteur en scène de ses propres fantasmes.
Il est ainsi intéressant de constater que des photos de femmes, habillées et n’exhibant pas leurs organes génitaux, mais exhibant leur mutilation et leurs cicatrices, sont incluses à part entière dans un paratexte qui s’affiche comme pornographique [23]. On assiste donc à un effet de suggestion et de renforcement érotique qui procède du rapprochement entre des photos pornographiques retouchées et exhibant le plus souvent des femmes nues avec des photos qui présentent des femmes habillées. Cette situation prouve que des mutilations corporelles et leurs marques constituent l’élément érotique de la représentation.
 
LA PRÉSENTATION DE SOI DES PERSONNES MUTILÉES
 
 
Le site web Ampulove se présente comme « une organisation belge pour les amputés et leurs amis ». Il s’agit d’un site qui représente les intérêts et la propagande des personnes amputées et qui est censé être géré par des membres de cette « communauté ». On trouve dans ce site toute une série d’informations scientifiques, sociales et médicales sur les personnes amputées et les services auxquels elles peuvent avoir accès. Le site constitue aussi le lieu de l’advocacy en faveur de ces personnes, c’est-à-dire de leur promotion sociale. Les photographies exposées dans une rubrique de « contacts » ainsi que les textes des « petites annonces » de rencontre mettent l’accent sur les infirmités et les mutilations dont ces personnes sont porteuses, comme leur caractéristique principale. Des femmes et aussi des hommes apparaissent dans ces documents. Ces documents apparaissent bien renvoyer à des situations réelles. Les mutilations qui sont exposées sont beaucoup moins « parfaites » que celles qui apparaissent sur le site Romanian Amputee. Elles n’ont visiblement pas été réalisées pour mieux dévoiler les organes génitaux. Par ailleurs, ces personnes sont placées dans le contexte de leur vie quotidienne ordinaire. Elles n’exposent jamais leurs organes génitaux, et seuls leurs membres amputés sont exhibés de façon centrale. L’intention explicite qui sous-tend la production de ces documents semble être de rendre ces personnes socialement attirantes, en mettant cependant l’accent sur l’une de leurs caractéristiques. Le procédé est cependant le même que celui qui préside à la production des documents pornographiques : focalisation de la photographie sur les membres mutilés et les cicatrices. Cependant un certain nombre d’éléments laissent à penser que l’intention pornographique est aussi présente dans ces documents : tout d’abord, les personnes sont présentées dans les positions acrobatiques qui dévoilent bien leurs mutilations. Par ailleurs, le site fait explicitement appel à des modèles appartenant à la « communauté » et propose des contrats d’engagement très précis quant aux droits des modèles pour la diffusion de leurs images. La « réalité » des situations et des personnes exposées constitue ainsi l’argument rhétorique majeur du message pornographique. C’est bien la mutilation en elle-même qui rend les personnes attirantes, et ce, d’autant plus que ces personnes apparaissent comme réellement mutilées. L’imperfection de leurs mutilations tranche avec la perfection esthétique des mutilations exhibées dans Romanian Amputee.
 
CONCLUSION
 
 
L’analyse de ces documents, peu diffusés en dehors d’un milieu très spécialisé, nous apprend que la représentation de certains types d’infirmités, et notamment celles qui résultent d’amputations et de mutilations, est susceptible d’être porteuse d’un potentiel esthétique et érotique, c’est-à-dire de susciter de l’excitation sexuelle. Dans certains cas, c’est le processus de production de ces infirmités, volontaire ou accidentel, qui constitue ce potentiel érotique. Dans d’autres cas, c’est bien l’exhibition de la mutilation qui remplit cette fonction.
L’érotisation de la mutilation a sa source dans l’histoire de l’art et de la muséographie occidentale qui a développé tout un discours sur la beauté de ces représentations. La production et la diffusion de documents visuels mettant en scène des femmes mutilées s’inscrit ainsi dans cette tradition esthétique, en même temps que dans la tradition de la pornographie. Il s’agit cependant d’un genre de pornographie minoritaire, diffusé dans des réseaux spécialisés à l’écart de la distribution généraliste de la pornographie. Ce type de pornographie qui s’inscrit historiquement dans la perspective de la pornographie fétichiste a cependant évolué et suivi son propre destin. Elle apparaît désormais dépouillée de l’attirail fétichiste traditionnel et l’exhibition des mutilations et des cicatrices se suffit à elle-même pour inclure ces documents dans des contextes pornographiques. L’exhibition de la mutilation fait donc office d’ « attirail » et vient ainsi constituer un « plus » à l’exhibition du corps féminin. Ce faisant, la « pornographie handicapée » s’inscrit aussi dans l’ambiguïté sémantique du terme de « handicap », liée à son origine culturelle [24] et qui désigne la mutilation, sa production et son traitement, ses causes et ses conséquences, et « quelque chose en plus » en même temps que « quelque chose en moins ». Cette pornographie fonctionne ainsi comme un miroir grossissant qui dévoile les significations cachées du handicap et met l’accent sur l’ambiguïté de la compassion.
Ce genre de pornographie renseigne aussi sur les procédés de la pornographie généraliste. Il met en évidence que la représentation des organes génitaux et des actes sexuels n’est pas nécessaire à la production intentionnelle de l’excitation chez le consommateur. Il met aussi en évidence l’importance des procédés de simulation, voire de falsification dans la fabrication de ces images [25].
 
NOTES
 
[1] M. Camille, Images dans les marges. Aux limites de l’art médiéval, Paris, Gallimard, 1997. Ce texte est dédié à la mémoire de Michael Camille, décédé le 29 avril 2002 à l’âge de 44 ans.
[2] L’analyse du catalogue des vidéos pornographiques de la Bibliothèque nationale de France ne mentionne pas ce type de documents. Voir D. Ellezam, « Les vidéos pornographiques du département de l’Audiovisuel de la Bibliothèque nationale de France », Revue de la Bibliothèque nationale de France, janvier 2001, no 7, p. 76-78.
[3] A. Giami, J.-L. Korpès, C. Lavigne, R. scelles, « La pluralité des représentations du handicap », p. 7-28, in : S. Aymé, J.C. Henrard, A. Colvez, J.F. Ravaud (eds). Handicap et vieillissement : politiques publiques et pratiques sociales. Paris, INSERM, 1996.
[4] M. Iacub, Le crime était presque sexuel et autres essais de casuistique juridique, Paris, Épel, 2002.
[5] A. Giami, « Les organisations institutionnelles de la sexualité », Handicap, revue de sciences humaines et sociales, 1999, no 83, p. 3-29.
[6] P. de Colomby, Handicap moteur et sexualité : une bibliographie annotée, Paris, Éd. du CTNERHI, 2002.
[7] A. Giami, C. Humbert, D. Laval, L’Ange et la Bête. Représentations de la sexualité des handicapés mentaux, Paris, Éd. du CTNERHI, 2e éd, 2001.
[8] R. Stoller, L’imagination érotique telle qu’on l’observe, Paris, PUF, 1989. p. 3.
[9] C. Bier, Censure moi. Histoire du classement X en France, Paris, L’Esprit frappeur, 2000.
[10] D. Ellezam, op. cit.
[11] Je n’ai pas effectué de recension de la pornographie destinée à des hommes homosexuels et je ne suis donc pas en mesure d’affirmer que l’érotisation de la mutilation ne concerne que les femmes.
[12] G. Lascaux, Le monstre dans l’art occidental, Paris, Klincksieck, 1973.
[13] Pour d’autres analyses sur ce thème, voir S. Gilman, Difference and Pathology. Stereotypes of Sexuality, Race and Madness, Ithaca, Cornell University Press, 1985.
[14] S. Freud, « Les théories sexuelles infantiles » (1908), in La vie sexuelle, tr. fr., Paris, PUF, 1969.
[15] A. Béjin, « Du fétichisme sexuel », préface à Alfred Binet, Le fétichisme dans l’amour, Paris, Payot, 2001.
[16] R. Stoller, « Dynamique des troubles érotiques », in A. Fine, A. Le Guen, A. Oppenheim (éd.), Les troubles de la sexualité, Paris, PUF, « Monographies de la Revue française de psychanalyse », p. 119-137.
[17] W. Everaerd, A case of Apotemnophilia : A handicap as sexuel preference, American Journal of Psychotherapy, vol. XXXVII, no 2, April 1983, p. 285-293 ; J. Money et K. Simcoe, « Acrotomophilia, sex and disability : New concepts and case report », Sexuality and Disability, vol. 7, no 12, Spring-Summer 1986, p. 43-50.
[18] A. Le Brun, Du trop de réalité, Paris, Stock, 2000.
[19] C. Elliott, « A new way to be mad », The Atlantic Monthly, Online Edition, December 2000. Cet article introduit une distinction entre les devotees, qui sont attirés sexuellement par les personnes amputées et qui entreraient dans le registre de la paraphilie, et les wannabees, qui souhaitent une amputation d’une partie de leur corps et qui entreraient dans la catégorie des troubles de l’identité de genre, à l’instar des personnes qui souhaitent changer de sexe.
[20] R. Stoller, « XSM », Nouvelle Revue de psychanalyse, no 43, p. 223-247.
[21] P. Baudry, La pornographie et ses images, Paris, Armand Colin, 1997.
[22] G. Lascaux, op. cit., p. 381.
[23] Le site Romanian Amputee obéit aux lois sur la diffusion de la pornographie sur Internet et demande aux mineurs de quitter le site et aux majeurs de ne pas exposer le contenu du site à des mineurs.
[24] H.-J. Stiker, Corps infirmes et sociétés, Paris, Aubier, 1982.
[25] Une première version de cette étude a été publiée dans : A. Blanc et H.-J. Stiker (eds). Le handicap en images. Les représentations de la déficience dans les œuvres d’art. Ramonville, Sainte-Agne, éd. Evès, 2003.
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