Cités
P.U.F.

I.S.B.N.9782130534570
192 pages

p. 161 à 176
doi: 10.3917/cite.016.0161

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

n° 16 2003/4

2003 Cités

La critique de la démocratie dans les écrits personnalistes des années 1930 : Esprit et Ordre nouveau

Patrick Troude-Chastenet Professeur de science politique à la Faculté de droit de l’Université de Poitiers et directeur des Cahiers Jacques Ellul. Il consacre ses recherches à la vie politique française, à la communication, et à l’histoire des idées politiques. Il a notamment publié : Citizen Hersant, De Pétain à Mitterrand histoire d’un empereur de la presse (Paris, Le Seuil, 1998) ; Sur Jacques Ellul (Bordeaux, PUF, « L’Esprit du temps », 1994) ; Lire Ellul, Introduction à l’œuvre sociopolitique de Jacques Ellul (Bordeaux, PUB, 1992).
« Je tiens la soumission à l’économique pour une des causes déterminantes du désarroi contemporain. »
Daniel-Rops, Le Monde sans âme, Paris, Plon, 1932, p. 42.
« La démocratie du fait qu’elle n’a jamais été complètement réalisée, a toujours été et est encore une doctrine révolutionnaire en puissance. »
Robert Dahl, Après la Révolution, Paris, Calmann-Lévy, 1972, p. 15.
L’intérêt intrinsèque d’une idée ne réside certes pas dans son actualité. Il se trouve néanmoins, en la circonstance, qu’un certain nombre de thèmes en vogue dans les milieux personnalistes de l’entre-deux-guerres peuvent trouver une certaine résonance à l’heure des discours anti-mondialisation et à celle du débat sur la recomposition du paysage idéologique français [1].
La critique aujourd’hui de l’horreur économique, de la pensée unique libérale, de la finance internationale, de l’impuissance des gouvernants et de la corruption de la classe politique n’est pas sans évoquer celle visant, hier, l’individualisme libéral, le productivisme, le triomphe de l’argent-roi, la mainmise des trusts, l’immoralité des parlementaires et la décadence du régime. La dénonciation d’un capitalisme fondé sur l’exploitation de l’homme par l’homme, ou encore l’indignation suscitée par la persistance du chômage, s’expriment dans des termes à peu près identiques.
Ce que l’on désigne actuellement sous le nom de mondialisation emprunte bien des traits à ce que Robert Aron et Arnaud Dandieu appelaient, en 1931, « le cancer américain » [2] et Daniel-Rops, en 1932, la « soumission à l’économique ». Sur des sujets plus « secondaires » comme par exemple la presse et la publicité, la pertinence du discours atteste le fait que l’intelligence globale du phénomène a survécu à l’évolution particulière des techniques.
Quant à la question démocratique, il est parfaitement loisible de distinguer, dans notre corpus, critique et rejet de la démocratie, critique à l’intérieur du cadre démocratique ou rejet de ce cadre.
Quoi qu’il en soit, il n’est pas dans notre intention ici de défendre la thèse du caractère prophétique de la mouvance personnaliste des années 1930 [3]. Nous laisserons au lecteur le soin de juger par lui-même de l’actualité d’une pensée, conçue il y a soixante-dix ans dans un contexte de crise généralisée et multidimensionnelle.
Au sein de ces mouvements de jeunes [4] se désignant eux-mêmes comme « non conformistes », nous en retiendrons essentiellement deux que l’on a coutume d’opposer comme des frères ennemis : Esprit et Ordre nouveau [5].
Au préalable, il convient de s’interroger sur la signification du concept de « démocratie » dans ce que nous appellerons – par commodité de langage – la pensée personnaliste des années 1930. Ce préliminaire est d’autant plus nécessaire que le même mot désigne soit le « désordre établi » [6], soit l’ordre nouveau, soit le régime à abattre, soit la cité pluraliste à construire, soit la réalité présente à changer, soit le projet pour un avenir plus ou moins éloigné ” en bref, tout à la fois la maladie et son remède.
Sommé de choisir clairement son camp, en 1934, la réponse d’Emmanuel Mounier (1905-1950) à la lettre ouverte de Paul Archambault mérite d’être citée un peu longuement, tant elle est riche pour notre propos [7].
« Appelons régime totalitaire tout régime dans lequel une aristocratie (minoritaire ou majoritaire) d’argent, de classe ou de parti assume, en lui imposant ses volontés, les destins d’une masse amorphe – fût-elle consentante et enthousiaste, et eût-elle par là même l’illusion d’être réfléchie. Exemples à des degrés divers : les “démocraties” capitalistes et étatistes, les fascismes, le communisme stalinien. Appelons démocratie, avec tous les qualificatifs et superlatifs qu’il faudra pour ne pas le confondre avec ses minuscules contrefaçons, le régime qui repose sur la responsabilité et l’organisation fonctionnelle de toutes les personnes constituant la communauté sociale. Alors, oui, sans ambages, nous sommes du côté de la démocratie. » [8]
Première observation : les démocraties « capitalistes » comme la France sont donc à ranger, selon le directeur d’Esprit, dans la catégorie des régimes totalitaires. Seconde observation : si l’on s’en tient à sa définition de la démocratie authentique, les contrefaçons paraissent plus faciles à décrire que l’original, le produit de marque. En outre, Mounier confond sous le même vocable le modèle normatif (l’idéal démocratique) et sa traduction dans la réalité positive (les régimes politiques se réclamant de ces valeurs).
« Ajoutons que, déviée dès son origine par ses premiers idéologues, puis étranglée au berceau par le monde de l’argent, cette démocratie-là n’a jamais été réalisée dans les faits, qu’elle l’est à peine dans les esprits. »
Au lieu de considérer la démocratie comme une simple méthode empirique de résolution des conflits, dans ce texte Mounier, comme tous les idéalistes depuis Rousseau, la rend inaccessible en l’absolutisant [9]. Or, on peut très bien vouloir défendre un régime que l’on sait parfaitement imparfait – mais préférable à tous les autres, car conçu comme un processus, un mouvement toujours inachevé, une invention permanente – de même que l’on peut croire au « salut » tout en croyant fermement à la « Chute » [10].
Au-delà du constat commun à l’ensemble des mouvements non conformistes d’une « crise de la démocratie », les appréciations divergent sensiblement quant au contenu même de l’idéal démocratique et à ses diverses applications dans la conjoncture. La critique de la démocratie parlementaire menée par les personnalistes emprunte aussi bien à Marx et Proudhon qu’à Nietzsche, Sorel et Maurras.
Alexandre Marc (1904-2000), fondateur du mouvement Ordre nouveau [11], justifie ainsi la recherche d’une « troisième force » entre le capitalisme et le communisme par le constat de « la faillite libérale ». Il invoque le « désordre actuel stérile et inhumain », et le « dégoût instinctif que les illusions parlementaires et pseudo-démocratiques éveillent désormais dans tout âme bien née. » [12] Mais pour lever toute ambiguïté, il range également dans la catégorie des « conformismes » le fascisme et le national-socialisme, avant d’écarter à son tour le « socialisme de caserne ».
René Dupuis, dans le premier numéro de L’Ordre nouveau, reproche à la démocratie parlementaire d’avoir « brillamment confirmé en Allemagne son incapacité, sa pusillanimité, sa corruption » [13]. Tout en stigmatisant son « nationalisme raciste armé d’un étatisme économique », Alexandre Marc ira même jusqu’à rendre grâce au national-socialisme de s’être élevé contre la démocratie parlementaire, « survivance d’une époque à jamais révolue, d’une conception politique, abstraite, atomistique, irrémédiablement dépassée » [14].
Prolongeant le paradoxe, la rédaction de l’ON n’hésitera pas à qualifier Hitler de démocrate pour avoir, à grand renfort de meetings démagogiques et de plébiscites, « liquidé un régime d’oligarchie parlementaire pour le remplacer par une démocratie césarienne » [15]. Les démocraties bourgeoises sont également accusées de propager, sous le manteau libéral, la « centralisation césariste » et la tyrannie étatique [16]. La forme politique de l’État – le régime – importe moins que le degré de centralisme des structures économiques et politiques du pays considéré.
« L’État-nation, voilà l’ennemi », résume en 1936 Denis de Rougemont (1906-1985) qui renvoie dos à dos toutes les dictatures au profit du fédéralisme communaliste : « La seule vraie “démocratie”, dirions-nous volontiers, si le mot ne couvrait aujourd’hui les plus flagrantes trahisons de la chose. » [17]
L’usage des guillemets traduit bien l’embarras à l’égard d’un terme « à éviter comme la peste », selon Alexandre Marc [18], et d’ailleurs peu utilisé dans la revue.
« Le fédéralisme apparaît comme le seul moyen de salut qui reste aux démocraties actuelles, du moins à la “démocratie” véritable. Celle-ci ne peut se confondre ni avec le parlementarisme, ni avec l’un quelconque des régimes centralisés, qui diffèrent simplement par la manière dont s’effectue par le peuple la délégation de l’autorité à une assemblée, à un parti ou à un homme. » [19]
Comme l’observeront déjà en leur temps plusieurs contemporains, ce que l’on nomme « crise de la démocratie » concerne son expression libérale et parlementaire [20]. « Qu’a donc le parlementarisme, et qu’a donc la démocratie pour diminuer tout ce qu’ils touchent et pour châtrer tous les mouvements ? », feint de s’interroger Robert Aron [21]. La question qui divise alors les personnalistes consiste à savoir dans quelle mesure les tares du parlementarisme sont consubstantielles du modèle démocratique. Autrement dit, faut-il jeter le bébé démocratie avec l’eau (sale) du bain parlementaire ?
Il convient donc de distinguer – analytiquement du moins – la critique du parlementarisme stricto sensu de celle visant l’application du principe représentatif dans le cadre de la démocratie de masse. On observe alors un certain nombre de divergences entre Ordre nouveau et Esprit, mais également à l’intérieur de chacun de ces deux mouvements.
Pour le premier, il ne semble faire aucun doute que « le parlementarisme mène normalement à la dictature » [22]. Alors que pour le second, généralement, ce sont les carences ou les excès d’un régime parlementaire dévoyé qui ouvrent la voie aux dictateurs. Mais le message d’Esprit est parfois polyphonique.
Dans le numéro de décembre 1938 où Pierre-Henri Simon (1903-1972) s’inquiète des « équivoques de l’antiparlementarisme », le directeur de la revue y voit, lui, l’une des « forces morales de l’heure ».
Pour Mounier, en effet, il s’agit plus « d’une démocratie à inventer que d’une démocratie à défendre » [23]. Il souhaite même remplacer ce mot trop banal par « république » car le terme de « démocratie » évoque à ses yeux une « indissoluble liaison » avec un régime corrompu [24]. Son « Appel à un rassemblement pour une démocratie personnaliste » mérite d’être signalé car il relativise la portée de l’opposition entre la radicalité (l’aristocratisme et/ou l’antipolitisme anarchisant) de L’Ordre nouveau et la modération (le démocratisme) d’Esprit [25].
« (...) nous sommes pour la démocratie qui est à faire, nous sommes contre la démocratie qui se défait. (...) Le combat est ouvert (...) entre les conservateurs de la démocratie libérale, parlementaire et ploutocratique, et les créateurs d’une démocratie sincère et efficace. Entre la démocratie bourgeoise cosmopolite et la démocratie populaire nationale et universaliste. » [26]
La caricature de démocratie, observable en France, soulève un sentiment de dégoût qui débouchera sur du fascisme s’il n’est pas utilisé pour construire une « démocratie véritable ». L’antiparlementarisme originel de Mounier est à rapprocher, par sa virulence, de celui dominant à l’ON, où l’on n’hésite pas à récupérer l’argumentaire de Maurras, le vocabulaire de l’Action française ou plutôt celui des dissidents de la Jeune Droite, pour fustiger les mœurs de la République des Camarades [27]. Le slogan « Ni droite ni gauche » traduit non seulement le mépris pour toute forme de cuisine électorale mais le refus fondamental de s’inscrire dans le cadre parlementaire et partisan [28]. Le ton des collaborateurs d’Esprit est, dans l’ensemble, beaucoup plus modéré.
Tout en admettant que le comportement des élus puisse inspirer aux plus généreux des Français « un sentiment légitime de dégoût », P. H. Simon s’évertue à distinguer le principe de la représentation populaire des dérives du système parlementaire. L’antiparlementarisme est, selon lui, un « carrefour dangereux » conduisant au fascisme, alors qu’à quelques pages de distance Mounier, qui avait déjà en 1934 stigmatisé la « pourriture parlementaire » [29], semble vouloir le démentir catégoriquement :
« L’ANTI-PARLEMENTARISME, CE N’EST PAS MOINS DE LIBERTé, C’EST UNE LIBERTé EFFECTIVE ET GARANTIE ; CE N’EST PAS MOINS DE REPRéSENTATION, C’EST UNE REPRéSENTATION SINCèRE ET MULTIPLIéE. » [30]
Dans le même sens, Aldo Dami consacre une série de six articles à la question, où il affirme, en raison des tares du régime : « La France n’est pas une vraie démocratie » [31] et précise qu’il s’agit de combattre la démocratie parlementaire non « pour la détruire mais pour la dépasser » en ajoutant « à la démocratie politique la démocratie économique et sociale » [32].
Toutefois, c’est au philosophe Jean Lacroix (1900-1986) que revient le mérite d’avoir voulu lever des ambiguïtés qui, aujourd’hui encore, brouillent l’image de ces mouvements de pensée [33].
On doit rendre justice au parlementarisme comme à un mort [34]. Ce système a joué dans l’histoire un rôle progressiste mais il n’est qu’une réalisation forcément transitoire de l’idéal démocratique. Et Lacroix de citer le mot de Cavour : « La plus mauvaise des Chambres est encore préférable à la meilleure des antichambres. » Pour sortir de la crise, il ne faut pas tourner le dos à la Révolution de 1789 mais la prolonger en réalisant ce que Proudhon nommait une « anarchie positive », non pas faire appel à un dictateur mais exiger « plus de démocratie ». Visant explicitement Ordre nouveau, il précise que « l’idée d’un personnalisme antidémocratique est contradictoire dans les termes ».
La démocratie se définit à ses yeux, dans sa figure négative, comme la lutte contre toute élite – fondée sur la naissance, l’argent ou l’intelligence – voulant s’attribuer l’autorité sur autrui, et, dans sa figure positive, comme la protection de la dignité de la personne par « le lent et patient effort, toujours à refaire, pour subordonner les forces au droit ».
Mais là où Lacroix rejoint aussi bien Mounier que l’ensemble des rédacteurs de l’ON, c’est sur la critique de la réduction de la démocratie au principe majoritaire. « En identifiant la démocratie avec le gouvernement majoritaire, on la confond avec la suprématie du nombre, donc de la force », proclame en 1936 le Manifeste au service du personnalisme [35].
Le Nombre ne veut pas forcément dire le Vrai ni le Juste, comme en témoignent les succès plébiscitaires de Mussolini et d’Hitler. Souveraineté populaire ne rime pas nécessairement avec démocratie pluraliste. Tandis que l’ON raille la démocratie électorale comme « la plus sinistre des comédies », Mounier rejoint Proudhon dans son hostilité à l’égard de la conception rousseauiste du Peuple et de la Volonté générale [36]. Citant l’auteur de Capacité de la classe ouvrière, il rappelle que, si les bourgeois ont fait les libertés, les masses ont fait Robespierre et Napoléon. « Toute démocratie massive est dans la perspective du fascisme, elle le prépare. » [37]
Le credo démocratique repose sur le dogme de l’infaillibilité populaire. Dans ces conditions, l’absolutisme des majorités peut se révéler plus « liberticide » que l’absolutisme monarchique. Sous prétexte de libérer les masses, les régimes contemporains asservissent l’individu. Si la démocratie repose uniquement sur la loi du plus grand nombre, elle se condamne à n’être qu’une tyrannie parmi d’autres.
« Nous ne croyons plus que la majorité soit cette divinité tutélaire qu’ont adoré nos pères. Nous savons que le nombre opprime plus communément aujourd’hui que les tyrans. » [38]
Les personnalistes se défient d’une démocratie purement politique construite sur la fiction d’un citoyen abstrait hérité de la Révolution française. Ils considèrent généralement que l’abolition des corporations et de tous les corps intermédiaires a laissé une « poussière d’individus » désarmés face à l’oppression statolâtrique [39]. Le centralisme étatique est, selon eux, l’envers de l’individualisme libéral. Sous couvert d’égalité en droits, on met le faible à la merci du fort en laissant libre cours aux puissances d’argent.
Le modèle démocratique est construit sur la fiction juridique d’un être allégorique, identique à tous les autres, neutre et interchangeable, sans histoire, sans racines, sans lieu, sans lien, sans attaches (spirituelle, professionnelle ou régionale...) – bref d’un homme sans qualités. Mounier dénonce cette « égalité par le vide » faisant du prolétaire la figure achevée du citoyen, tandis que Daniel-Rops (1901-1965) s’en prend à cette uniformisation par l’abstraction ayant transformé le démos moderne en caricature monstrueuse de l’ecclesia.
Ce refus d’une démocratie atomistique ou « inorganique », ignorante des communautés naturelles, s’exprime dans l’ON par la critique du jacobinisme niveleur : « Le Breton et le Provençal, mêlés dans l’anonymat faubourien, se fondent peu à peu dans le creuset d’où sort le plus vil métal. » [40]
De son côté, Mounier fustige un parlementarisme fondé sur des « groupes sans attaches dans le pays », éloigné des provinces [41]. La démocratie véritable n’est pas « le règne du nombre anonyme, voire la sanction de l’unanimité, mais le règne de la responsabilité vivante dans le droit vivant » [42]. Une fois encore, la démocratie est surtout définie en creux. Quant aux définitions positives, elles se signalent par leur imprécision : « Nous appelons “démocratie” tout régime qui met le souci de la personne humaine à la base de toutes les institutions publiques. » [43] Ou encore, cette formule tirée du Manifeste : « L’exigence d’une personnalisation indéfinie de l’humanité. » [44]
Quoi qu’il en soit, pour construire cette démocratie dite personnaliste ou rénovée [45], il faut commencer par éliminer le parlementarisme tel qu’il fonctionne (sur la base de la corruption, de l’incompétence et de la démagogie) et surtout combattre le « mensonge démocratique en régime capitaliste », qui consiste à accorder des libertés théoriques au citoyen abstrait dont on interdit l’usage à l’homme vivant (le ploutos exerçant le pouvoir en lieu et place du démos).
« Il n’y a plus de politique : il n’y a plus que des politiciens. (...) Derrière le rideau des discoureurs professionnels et des policiers qui les protègent, les Puissances occultes gouvernent : il n’y a plus d’autre pouvoir que celui de l’argent. » [46] Si l’ON stigmatise la dictature des « Congrégations économiques », Esprit concentre son tir sur le Comité des Forges. Mounier invoque Marx pour dénoncer l’emprise tentaculaire des sociétés anonymes et la pseudo-liberté offerte par l’économie libérale [47]. Le constat est formulé quasiment dans les mêmes termes : « Il n’y a plus de cité, plus d’État, plus de gouvernants. Les puissances d’argent ont envahi tout le système. » [48]
Dans ce monde anonyme, faisant des grands financiers les nouveaux héros des temps modernes, l’argent est devenu la mesure de toute chose, l’étalon universel des actions humaines.
De façon très symptomatique, dans le premier article du premier numéro d’Esprit, Mounier dépeint le culte de l’argent comme « le vieux rêve divin de la bête » [49]. Nouveau langage de ce « monde décharné », « munitionnaire aveugle d’une guerre permanente », l’usurpateur a tout dévoré sur son passage, de l’art à l’industrie, sans épargner l’amour. L’argent sépare, isole les hommes les uns des autres. De façon tout aussi révélatrice, le numéro spécial consacré à l’argent s’intitule : « L’argent, misère du pauvre, misère du riche. » [50] Dans le même sens, l’ON suggère des rapprochements insolites faisant du capitaliste autant un profiteur qu’une victime du régime : « Rivé aux inquiétudes et aux frénésies de sa profession, vécu par sa vie, oubliant de la vivre » et finalement « pas fondamentalement différent de l’ouvrier à la chaîne (...) comme lui échantillon standard de la production en grande série des hommes et des choses. » [51]
Symétrie sans doute choquante mais qui n’est pas sans rappeler les quelques textes de Marx mettant en parallèle l’aliénation des prolétaires et celles des capitalistes [52].
Sur la question de l’argent, l’argumentaire personnaliste s’inspire à l’évidence du christianisme des origines, réaffirmant la vocation spirituelle de l’homme, privilégiant le sens de l’être dans une civilisation obsédée par le sens de l’avoir.
Mais la condamnation morale et/ou religieuse de l’argent se double d’une critique politique de l’économie libérale. Simple signe d’échange à l’origine, l’argent est devenu à son tour un bien productif, une marchandise source de profit. « Constitué en tyrannie », selon le Manifeste, le capitalisme engendre par ses propres méthodes le tyrannicide qui, un jour, l’emportera. Mounier va jusqu’à affirmer que « l’histoire désignera sans doute l’anticapitalisme comme le lieu commun le plus fortuné des années 1930 » [53]. Principal agent d’oppression de la personne humaine depuis plus d’un siècle, le capitalisme consiste en « une subversion totale de l’ordre économique », dans le sens où il place le travail au service de l’argent et ne reconnaît pour seule fin que la loi impersonnelle du profit.
« Lutter contre le capitalisme signifie pour nous combattre toutes les formes de l’asservissement à l’économique », résument Marc et Dupuis [54] qui désignent ce régime comme le « Premier ennemi » de la liberté, devant le capitalisme d’État, le fascisme et le communisme stalinien [55]. En favorisant la naissance de trusts gigantesques, le capitalisme ne peut qu’engendrer des crises périodiques, facteurs de guerre au même titre que le nationalisme.
L’ON reproche surtout au capitalisme dit « libéral » d’avoir créé des moyens techniques formidables qui, au lieu de répandre l’abondance, ont aggravé le gaspillage, la misère et le chômage. Conçu à l’origine pour libérer l’homme de ses tâches serviles, le machinisme tend au contraire à fragmenter le travail et à plier l’humanité tout entière au rythme de la machine [56]. Séparant l’ouvrier de son ouvrage, développant le travail « parcellaire » ou indifférencié en faisant des besognes dépersonnalisées le lot exclusif de quelques-uns, la technique modifie la nature et la signification même du travail [57].
Les besoins de la production machiniste ont par ailleurs favorisé la concentration industrielle et urbaine nécessaire à la formation du prolétariat. Selon Dandieu et Marc, le prolétaire n’est pas seulement un travailleur obligé de vendre sa force de travail ; exploité économiquement, c’est un « homme mutilé » psychologiquement par l’automatisme, le grégarisme et le déracinement [58]. Authentiques esclaves des temps modernes, les prolétaires sont appelés à se consoler dans la religion du travail. « En vérité, prévient l’ON, la valeur morale conférée au travail n’a pour but essentiel que de faire travailler l’ouvrier davantage. » [59] Apologie du désir d’accumulation sous couvert d’une exaltation de l’effort humain [60].
La permanence de la condition prolétarienne est d’ailleurs la condition sine qua non du capitalisme moderne qui attend plus de l’augmentation de la production que de l’abaissement des salaires. Productiviste par nature, il s’appuie donc sur le crédit et la publicité pour perpétuer sa domination. Ce qui fait dire à Mounier que l’individu est soumis à la consommation, elle-même soumise aux impératifs d’une production placée à son tour au service du profit spéculatif. « Le “service” de Ford, c’est le service rendu par l’éleveur au bétail dont il s’enrichit. » L’ouvrier est ainsi doublement exploité, comme producteur salarié d’abord, comme consommateur ensuite.
Que l’on ne vienne pas alors invoquer la mystique libérale d’un capitalisme garantissant la sélection des meilleurs par le jeu d’une saine et libre concurrence. Si les personnalistes ne se réclament pas du catholicisme social de La Tour du Pin, ils n’en reprennent pas moins sa célèbre formule définissant le libéralisme comme « le renard libre dans le poulailler libre » [61]. En réplique à l’optimisme libéral, Esprit invoque l’expérience historique ayant toujours montré que la liberté sans discipline n’était que le droit accordé aux plus forts de déposséder les plus faibles.
Cette critique du libéralisme économique conduira un courant non négligeable de la mouvance personnaliste à préconiser certaines formes de planisme prévoyant notamment l’institution d’un minimum vital et d’un service civil. L’organisation fédérale préconisée par l’ON prévoyait en effet une économie mixte combinant secteur plané (besoins vitaux) et secteur libre (produits de « luxe »).
Comme son nom l’indique, la notion de « service social obligatoire » ou de « service civil » emprunte au modèle du service militaire, même si la finalité des deux institutions n’est pas comparable. L’objectif visé est l’abolition complète de la condition prolétarienne par une répartition solidaire du travail indifférencié (parcellaire), sur l’ensemble du corps social, et non plus sur une classe d’hommes « destinés exclusivement aux formes les plus serviles du travail » [62].
L’idée consiste à lever périodiquement un contingent d’individus pour accomplir les travaux pénibles (le « travail-besogne », par opposition au « travail créateur »). On la trouve esquissée par Alexandre Marc dès novembre 1932, et approfondie ultérieurement par Arnaud Dandieu et ses disciples [63]. « Le travail indifférencié, quantitatif, sera accompli par un service civil obligatoire qui, même ajouté ou intégré au service militaire, ne dépassera pas dix-huit mois. » [64]
Considéré comme un « moindre mal », « réduit au strict minimum », ce service civil vise à supprimer la condition prolétarienne en partageant de façon équitable selon les dons de chacun l’ensemble des corvées que la technique machiniste n’a pas encore permis d’éliminer [65]. « Vœu chimérique ? – À quoi nous répondons que l’esclavage aussi paraissait une nécessité, il y a huit cents ans encore (...). » [66]
Dans les premiers textes de l’ON, l’attribution d’un minimum vital semble être présentée comme une contrepartie d’une participation au service civil [67], avant de devenir un droit pleinement inconditionnel. Proposition des plus audacieuses à une époque où Jacques Rueff prétendait expliquer, par une « loi scientifique », le chômage par l’existence d’allocations [68] !
Explicitement dans son programme, l’ON prévoyait « le remplacement de l’allocation au chômage, humiliante et démoralisante, par le “minimum vital” garanti à tous » [69]. Droit universel, accordé à chacun, du seul fait qu’il existe [70]. Cette mesure correspond d’abord à un souci de justice sociale : éliminer une misère rendue encore plus scandaleuse par la possibilité technique de satisfaire les besoins vitaux de tous. Elle correspond ensuite à la volonté de mettre fin à l’hypocrisie du contrat de travail en économie libérale et, plus généralement, à l’esclavage salarié en régime capitaliste.
Assuré d’un minimum de dignité matérielle, la personne pourra alors exprimer sa diversité, son génie créateur ou son goût du risque dans d’autres domaines que celui de la survie matérielle, la justice sociale pouvant donc se combiner à terme avec l’efficacité économique. Étendu au niveau européen, ce minimum vital devait en outre garantir la paix entre les nations [71].
Sans lui accorder la même importance, le Manifeste de Mounier mentionnera l’idée d’un minimum vital et d’ « un service public destiné à le satisfaire ». Mais, au-delà de leurs différends métaphysiques et idéologiques allant croissant jusqu’à la rupture de 1934, les deux branches du personnalisme continueront de partager le même désir de mettre l’économie au service de la personne, et non plus l’homme au service de l’économie.
Un refus de la tyrannie de l’économique dans l’ordre humain résumé par cette devise : « Spirituel d’abord, économique ensuite, politique à leur service. » [72]
 
NOTES
 
[1] Ouvert notamment par le livre de Daniel Lindenberg, Le rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires, Paris, Le Seuil / La République des idées, 2002.
[2] Robert Aron et Arnaud Dandieu, Le cancer américain, Paris, Éd. Rieder, 1931.
[3] On trouvera une illustration, plutôt convaincante, de cette démarche dans la préface rédigée par Marc Heim à l’occasion de la réédition anastatique de la revue L’Ordre nouveau par la Fondation Émile-Chanoux, Aoste, Edizioni Le Château, 1997, 5 vol., 2 680 pages.
[4] Concernant l’âge des leaders de ces mouvements, à en croire les intéressés eux-mêmes, en 1936 les rédacteurs de L’Ordre nouveau avaient entre 20 et 35 ans. Cf. L’Ordre nouveau, no 29, mars 1936, p. 48. En effet, Mounier est né en 1905, Jean Lacroix en 1900, Alexandre Marc et Jean Jardin en 1904 et Denis de Rougemont en 1906. Les « Gascons » du groupe de Bordeaux sont sensiblement plus jeunes puisque Bernard Charbonneau est né en 1910 et Jacques Ellul en 1912.
[5] Il eût été utile d’y adjoindre le « groupe personnaliste de Bordeaux », qui tenta d’incarner dans le sud-ouest de la France une sorte de synthèse vivante entre les positions concurrentes des frères ennemis de la capitale.
[6] La paternité de la formule attribuée à Mounier revient en réalité à Alexandre Marc, « Demain ? Jeunesse allemande », Esprit, no 5, février 1933, p. 726. On la retrouve ensuite dans le numéro spécial d’Esprit consacré à la « Rupture entre l’ordre chrétien et le désordre établi », Esprit, no 6, mars 1933.
[7] Paul Archambault, « Lettre ouverte à Emmanuel Mounier », L’Aube, 21 janvier 1934. Collaborateur de Francisque Gay, Archambault interrogeait Mounier au nom de la démocratie chrétienne. Emmanuel Mounier, « Lettre à P. Archambault », L’Aube, 27 février 1934.
[8] Article cité par Étienne Borne, « Personnalisme et démocratie », Le personnalisme d’Emmanuel Mounier, Paris, Le Seuil, 1985, p. 148-149. Dans un très beau texte au demeurant, le disciple fait la part trop belle au « démocratisme » du maître.
[9] Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social, liv. III, chap. IV : « À prendre le terme dans la rigueur de son acception, il n’a jamais existé de véritable démocratie, et il n’en existera jamais. »
[10] Jean-Louis Seurin, La démocratie pluraliste, Paris, Economica, 1981, p. 109.
[11] Le mouvement Ordre Nouveau, auquel a appartenu le philosophe Gabriel Marcel, fut fondé en 1930 par Aleksandre Markovitch Lipiansky, juif russe converti au catholicisme, n’a donc strictement aucun rapport avec le groupe d’extrême droite du même nom créé en 1969 par les héritiers d’Occident. Sous le patronyme d’Alexandre Marc, Lipiansky sera avec Arnaud Dandieu (1897-1933) l’un des principaux théoriciens du personnalisme fédéraliste. Cf. Christian Roy, Alexandre Marc et la jeune Europe (1904-1934) : l’Ordre Nouveau aux origines du personnalisme, Nice, Presses d’Europe, 1998. La revue sera fondée, quant à elle, en mai 1933 par Arnaud Dandieu, et à compter du no 5 (novembre 1933) L’Ordre Nouveau sera présenté comme « l’organe du comité directeur des groupes Ordre Nouveau ».
[12] Alexandre Marc, « Chronique de la troisième force. Vers un ordre nouveau », Esprit, no 2, novembre 1932, p. 330-334.
[13] L’Ordre nouveau, no 1, mai 1933, p. 17.
[14] Alexandre Marc, « Hitler ou la Révolution manquée », L’Ordre nouveau, no 2, juillet 1933, p. 29.
[15] « Défaites national-socialistes », L’Ordre nouveau, no 5, novembre 1933, p. 17. Dans le même sens, Mounier écrira que le fascisme constitue « la forme ardente de la démocratie » et s’avouera frappé du fait qu’il puisse se réclamer d’une « sorte d’achèvement de la démocratie dans l’unanimité d’adhésion » (Esprit, no 35-36, septembre 1935, p. 732).
[16] L’Ordre nouveau, no 3, juillet 1933, p. 6, et no 1, mai 1933, p. 7.
[17] Denis de Rougemont, « Plébiscite et démocratie », L’Ordre nouveau, no 30, avril 1936, p. 25. Rougemont entend bien démarquer l’antiparlementarisme d’ON d’un quelconque fascisme à la française et considère les cantons suisses pratiquant le Landsgemeinde (assemblée plénière des électeurs) comme le seul exemple de gouvernement du peuple par le peuple.
[18] Lettre d’Alexandre Marc à Claude Chevalley du 11 juillet 1935, citée par Edmond Lipiansky, « L’Ordre nouveau (1930-1938) », in E. Lipiansky et B. Rettenbach, Ordre et démocratie. Deux sociétés de pensée : de l’Ordre nouveau au Club Jean-Moulin, Paris, PUF, 1967, p. 33.
[19] « Précis Ordre nouveau », L’Ordre nouveau, no 22-23, juillet-août 1935, p. 61.
[20] Aldo Dami, « La crise de la démocratie et la réforme de l’État », Esprit, no 21, juin 1934, p. 370-404.
[21] Robert Aron, L’Ordre nouveau, no 4, octobre 1933, p. 17.
[22] « Du parlementarisme », art. non signé, L’Ordre nouveau, no 30, avril 1936, p. 1.
[23] Emmanuel Mounier, « Lendemains d’une trahison », Esprit, no 73, octobre 1938, p. 14.
[24] Michel Winock, Histoire politique de la revue Esprit, 1930-1950, Paris, Le Seuil, 1975, p. 80. Étienne Borne confirmera plus tard que Mounier partageait les préventions d’Alexandre Marc à l’égard de ce concept. « Il lui semblait que l’idée avait quelque chose de banal et qu’elle appelait l’image de la “ligne plate” dont il avait horreur, en chevalier ami de l’épopée qu’il a été tout au long de sa vie. Au surplus, la démocratie lui paraissait solidaire, dans ses institutions comme dans son esprit, d’un monde libéral et individualiste qu’il estimait condamnable et donc condamné par la Providence et par l’histoire, et qui se trouvait en fin de compte trop vulnérable à la critique marxiste des libertés formelles » (Forces nouvelles, 2 avril 1960, in Jean-Louis Loubet del Bayle, Les non-conformistes des années 1930, Paris, Le Seuil, 1969, p. 209).
[25] Il n’est pas interdit de penser que la différence de positionnement de ces deux mouvements en 1936 a largement contribué à la construction de cette image. Alors que la rédaction d’Esprit avait appelé à voter en faveur des candidats du Front populaire, L’Ordre nouveau avait fait campagne pour l’abstention. La couverture du no 30 d’avril 1936 annonçait clairement la consigne : « Ne votez pas. » On pouvait notamment lire à la page 7 cette formule : « Il est défendu de voter comme il est défendu de cracher par terre. »
[26] Emmanuel Mounier, « Appel à un rassemblement pour une démocratie personnaliste », Esprit, no 75, décembre 1938, p. 424-432.
[27] Le livre de Robert de Jouvenel est d’ailleurs cité par Dominique Ardouint et Xavier de Lignac, « Ne votez pas », L’Ordre nouveau, no 30, avril 1936, p. 5. Jean Jardin y laisse transpirer sa haine des mœurs parlementaires : « La vérité est que tous vivent de cette démocratie, qu’ils la pelotent ou qu’ils la battent. Qu’elle se livre au client ou qu’elle brandisse pour lui le martinet, la prostituée reçoit toujours son petit cadeau » (p. 3).
[28] Robert Aron et Arnaud Dandieu, La révolution nécessaire, Paris, Grasset, 1933, p. XII : « Nous ne sommes ni droite, ni gauche, mais, s’il faut absolument nous situer en termes parlementaires, nous répétons que nous sommes à mi-chemin entre l’extrême droite et l’extrême gauche, par-derrière le président, tournant le dos à l’assemblée. » Cf. également Robert Aron, « Questions posées », La Nouvelle Revue française, décembre 1932, et L’Ordre nouveau, no 4, octobre 1933.
[29] Au lendemain du 6 février 1934 : « Fallait-il donc se faire tuer, avec les justes colères, pour les intérêts économiques, pour la révolution aristocratique et nationaliste, ou, avec les gardes républicains, pour la pourriture parlementaire ? » (in Emmanuel Mounier, « La révolution contre les mythes », Esprit, no 18, mars 1934, p. 911).
[30] Les majuscules figurent dans l’original : Esprit, no 75, décembre 1938, p. 429.
[31] Aldo Dami, « Les maux. Critique du régime français », Esprit, no 26, novembre 1934, p. 212.
[32] Aldo Dami, « La crise de la démocratie et la réforme de l’État », Esprit, no 21, juin 1934, p. 385. Il faut attendre le no 27 de décembre 1934 pour qu’une note de bas de page signale que l’auteur n’exprime pas « la position officielle et définitive de la revue ».
[33] Outre Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France, Paris, Le Seuil, 1983 ; John Hellman, Emmanuel Mounier and the Catholic Left. 1930-1950, Toronto, University of Toronto Press, 1981 ; on signalera Jean Jacob, Le retour de « L’Ordre nouveau ». Les métamorphoses d’un fédéralisme européen, Genève, Droz, 2000, 315 p.
[34] Jean Lacroix, « La souveraineté du droit et la démocratie », Esprit, no 30, mars 1935, p. 883. Formule à comparer avec Michel Glady (pseudonyme d’Alexandre Marc), « Pensées simples sur le parlementarisme », L’Ordre nouveau, no 30, avril 1936, p. 14 : « Inutile de nous acharner sur le cadavre du parlementarisme : laissons les morts enterrer leurs morts. »
[35] Emmanuel Mounier, Manifeste au service du personnalisme, Paris, Montaigne, 1936, reproduit dans Écrits sur le personnalisme, Paris, Le Seuil, « Points », 2000, p. 181.
[36] Pierre Joseph Proudhon, Correspondance, IV, cité par Mounier : « Ce que nous entendons par “Peuple” est toujours et nécessairement la partie la moins avancée des Sociétés, partant la plus ignorante, la plus lâche, la plus ingrate. »
[37] Emmanuel Mounier, Communisme, anarchie et personnalisme, Paris, Le Seuil, 1966, p. 135 ; « Anarchie et personnalisme », Esprit, no 55, avril 1937.
[38] Emmanuel Mounier, « Dialogue sur l’État fasciste », Esprit, no 35-36, septembre 1935, p. 732.
[39] Voir, en ce sens, Aldo Dami, Alexandre Marc, René Dupuis, Rougemont, Mounier et Daniel-Rops.
[40] Daniel-Rops, « L’État contre l’homme », L’Ordre nouveau, no 1, mai 1933, p. 9.
[41] Emmanuel Mounier, Manifeste au service du personnalisme, op. cit., p. 180.
[42] Emmanuel Mounier, « Dialogue sur l’État fasciste », Esprit, no 35-36, septembre 1935, p. 733.
[43] Emmanuel Mounier, « Appel à un rassemblement pour une démocratie personnaliste », Esprit, no 75, décembre 1938, p. 427.
[44] Emmanuel Mounier, Manifeste au service du personnalisme, op. cit., p. 183.
[45] Un combat « devrait être mené de front avec leur redressement intérieur par des démocraties rajeunies, revalorisées, se débarrassant à la fois de la ploutocratie et de la démagogie, enfin organiquement populaires » (Emmanuel Mounier, « L’Europe contre les hégémonies », Esprit, no 74, novembre 1938, p. 163).
[46] L’Ordre nouveau, no 9, mars 1934, p. 3.
[47] Emmanuel Mounier, Manifeste au service du personnalisme, op. cit., p. 36. Selon André Ulmann, la congrégation économique se constitue « par l’entente de la haute finance et des magnats des industries clefs ».
[48] Emmanuel Mounier, « Confession pour nous autres chrétiens », Esprit, no 6, mars 1933, p. 883.
[49] Emmanuel Mounier, « Refaire la Renaissance », Esprit, no 1, octobre 1932, p. 29.
[50] Esprit, 2e année, no 1, octobre 1933, p. 1.
[51] Daniel-Rops, « Libéralisme et liberté », L’Ordre nouveau, no 21, juin 1935, p. 3.
[52] Marx-Engels, La Sainte Famille, 1844-1845, p. 37 : « La classe possédante et la classe prolétaire représentent la même aliénation de l’homme. La première se complaît dans cette aliénation (...) et acquiert en elle l’illusion d’une existence humaine ; la seconde, au contraire, se sent anéantie dans cette aliénation (...). » Karl Marx, Un chapitre inédit du « Capital », Paris, UGE, « 10/18 », 1971, p. 142-143 : « Le capitaliste apparaît dans le même rapport de servitude vis-à-vis du capital que l’ouvrier, bien qu’au pôle opposé. »
[53] Emmanuel Mounier, Manifeste au service du personnalisme, op. cit., p. 134.
[54] Alexandre Marc et René Dupuis, « Le fédéralisme révolutionnaire », Esprit, no 2, novembre 1932, p. 320.
[55] L’Ordre nouveau, « Pour la liberté », no 34, octobre 1936, p. 5.
[56] L’Ordre nouveau, « Comment se posent les problèmes techniques », no 7, janvier 1934, p. 3.
[57] Alexandre Marc, « La machine contre le prolétaire », Esprit, no 10, juillet 1933, p. 591. « Il ne s’agit donc pas d’injurier, mais de surmonter la technique en développant toutes les possibilités qu’elle contient. (...) la machine, après avoir déterminé la formation du prolétariat, peut permettre de le résorber. » Comme Arnaud Dandieu, Alexandre Marc ne désespère pas de retourner la technique contre elle-même, faisant du machinisme aliénant un instrument de libération. Le Ellul des années 1930 partageait lui aussi cette espérance.
[58] Alexandre Marc, « Esclavage pas mort... », L’Ordre nouveau, no 25, novembre 1935.
[59] Louis et Albert Ollivier, L’Ordre nouveau, « La valeur morale du travail », no 20, mai 1935, p. 9.
[60] Arnaud Dandieu, « Le travail contre l’homme », Esprit, no 10, juillet 1933, p. 577.
[61] Le nom de La Tour du Pin est cité une seule fois dans les quarante numéros de L’Ordre nouveau. Néanmoins, Esprit a proposé une lecture démocratique de son œuvre : Pierre Andreu, « Le vrai visage de La Tour du Pin », Esprit, no 21, juin 1934, p. 405-415.
[62] Robert Aron et Arnaud Dandieu, La révolution nécessaire, Paris, Grasset, 1933, p. 251.
[63] Dès l’origine, Dandieu prit garde de se démarquer des expériences menées par le FAd allemand ou le Trudowak bulgare qui, au lieu d’abolir la condition prolétarienne, ne faisaient qu’étendre l’armée des prolétaires, dans une pure logique étatiste et au nom d’une morale productiviste ; ibid., p. 252-253.
[64] L’Ordre nouveau, no 9, mars 1934, p. 18. Dandieu prévoyait une durée de dix à quatorze mois, selon l’état de la technique.
[65] Alexandre Marc et René Dupuis, « Le fédéralisme révolutionnaire », Esprit, no 2, novembre 1932, p. 324. Cf. également Alexandre Marc, « Le prolétariat », Esprit, no 4, janvier 1933, p. 569 : « La distribution planée sera assurée par un service social obligatoire. Par la participation de chacun aux nécessités communes l’ordre nouveau supprimera les dernières traces de prolétarisation. »
[66] Daniel-Rops, « Le travail et l’esprit », L’Ordre nouveau, no 7, janvier 1934, p. 11.
[67] Alexandre Marc, « La terre libérée », L’Ordre nouveau, no 6, décembre 1933, p. 29 : « Un niveau de vie convenable peut et doit être assuré à chacun, en contrepartie d’une participation aux nécessités communes, sous forme de service civil. » Cf. également Robert Aron, « Solidarité européenne », L’Ordre nouveau, no 15, novembre 1934, p. 4.
[68] On trouve un écho des débats suscités par la thèse de Rueff dans André Ulmann, « La vocation de l’économie », Esprit, no 2, novembre 1932, p. 239-240.
[69] Alexandre Marc, « Conditions de tout plan », L’Ordre nouveau, no 22-23, juillet-août 1935, p. 34.
[70] L’Ordre nouveau, no 34, octobre 1936, p. 15.
[71] Le principe d’une allocation universelle est aujourd’hui défendu par le Basic Income European Network de Philippe Van Parijs, Qu’est-ce qu’une société juste ?, Paris, Le Seuil, 1991.
[72] Adoptée manifestement en réplique au « Politique d’abord » de l’Action française, cette devise de l’ON de mars 1931 contient l’essence même de la doctrine personnaliste, même si, dans des variantes ultérieures, le politique s’y trouvera placé en seconde position. Il est à noter par ailleurs que le spirituel catholique de Mounier tranchait avec le spirituel nietzschéen de l’ON se voulant non pas chrétien mais « humain et rien qu’humain » et définissant la personne comme « l’individu engagé dans le conflit créateur ». Cf. Daniel-Rops et Denis de Rougemont, « Spirituel d’abord », L’Ordre nouveau, no 3, juillet 1933, p. 14-15.
© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Ouvert notamment par le livre de Daniel Lindenberg, Le rap...
[suite] Suite de la note...
[2]
Robert Aron et Arnaud Dandieu, Le cancer américain, Paris,...
[suite] Suite de la note...
[3]
On trouvera une illustration, plutôt convaincante, de cett...
[suite] Suite de la note...
[4]
Concernant l’âge des leaders de ces mouvements, à en croir...
[suite] Suite de la note...
[5]
Il eût été utile d’y adjoindre le « groupe personnaliste d...
[suite] Suite de la note...
[6]
La paternité de la formule attribuée à Mounier revient en ...
[suite] Suite de la note...
[7]
Paul Archambault, « Lettre ouverte à Emmanuel Mounier », L...
[suite] Suite de la note...
[8]
Article cité par Étienne Borne, « Personnalisme et démocra...
[suite] Suite de la note...
[9]
Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social, liv. III, chap. ...
[suite] Suite de la note...
[10]
Jean-Louis Seurin, La démocratie pluraliste, Paris, Econom...
[suite] Suite de la note...
[11]
Le mouvement Ordre Nouveau, auquel a appartenu le philosop...
[suite] Suite de la note...
[12]
Alexandre Marc, « Chronique de la troisième force. Vers un...
[suite] Suite de la note...
[13]
L’Ordre nouveau, no 1, mai 1933, p. 17. Suite de la note...
[14]
Alexandre Marc, « Hitler ou la Révolution manquée », L’Ord...
[suite] Suite de la note...
[15]
« Défaites national-socialistes », L’Ordre nouveau, no 5, ...
[suite] Suite de la note...
[16]
L’Ordre nouveau, no 3, juillet 1933, p. 6, et no 1, mai 19...
[suite] Suite de la note...
[17]
Denis de Rougemont, « Plébiscite et démocratie », L’Ordre ...
[suite] Suite de la note...
[18]
Lettre d’Alexandre Marc à Claude Chevalley du 11 juillet 1...
[suite] Suite de la note...
[19]
« Précis Ordre nouveau », L’Ordre nouveau, no 22-23, juill...
[suite] Suite de la note...
[20]
Aldo Dami, « La crise de la démocratie et la réforme de l’...
[suite] Suite de la note...
[21]
Robert Aron, L’Ordre nouveau, no 4, octobre 1933, p. 17. Suite de la note...
[22]
« Du parlementarisme », art. non signé, L’Ordre nouveau, n...
[suite] Suite de la note...
[23]
Emmanuel Mounier, « Lendemains d’une trahison », Esprit, n...
[suite] Suite de la note...
[24]
Michel Winock, Histoire politique de la revue Esprit, 1930...
[suite] Suite de la note...
[25]
Il n’est pas interdit de penser que la différence de posit...
[suite] Suite de la note...
[26]
Emmanuel Mounier, « Appel à un rassemblement pour une démo...
[suite] Suite de la note...
[27]
Le livre de Robert de Jouvenel est d’ailleurs cité par Dom...
[suite] Suite de la note...
[28]
Robert Aron et Arnaud Dandieu, La révolution nécessaire, P...
[suite] Suite de la note...
[29]
Au lendemain du 6 février 1934 : « Fallait-il donc se fair...
[suite] Suite de la note...
[30]
Les majuscules figurent dans l’original : Esprit, no 75, d...
[suite] Suite de la note...
[31]
Aldo Dami, « Les maux. Critique du régime français », Espr...
[suite] Suite de la note...
[32]
Aldo Dami, « La crise de la démocratie et la réforme de l’...
[suite] Suite de la note...
[33]
Outre Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche. L’idéologie fas...
[suite] Suite de la note...
[34]
Jean Lacroix, « La souveraineté du droit et la démocratie ...
[suite] Suite de la note...
[35]
Emmanuel Mounier, Manifeste au service du personnalisme, P...
[suite] Suite de la note...
[36]
Pierre Joseph Proudhon, Correspondance, IV, cité par Mouni...
[suite] Suite de la note...
[37]
Emmanuel Mounier, Communisme, anarchie et personnalisme, P...
[suite] Suite de la note...
[38]
Emmanuel Mounier, « Dialogue sur l’État fasciste », Esprit...
[suite] Suite de la note...
[39]
Voir, en ce sens, Aldo Dami, Alexandre Marc, René Dupuis, ...
[suite] Suite de la note...
[40]
Daniel-Rops, « L’État contre l’homme », L’Ordre nouveau, n...
[suite] Suite de la note...
[41]
Emmanuel Mounier, Manifeste au service du personnalisme, o...
[suite] Suite de la note...
[42]
Emmanuel Mounier, « Dialogue sur l’État fasciste », Esprit...
[suite] Suite de la note...
[43]
Emmanuel Mounier, « Appel à un rassemblement pour une démo...
[suite] Suite de la note...
[44]
Emmanuel Mounier, Manifeste au service du personnalisme, o...
[suite] Suite de la note...
[45]
Un combat « devrait être mené de front avec leur redressem...
[suite] Suite de la note...
[46]
L’Ordre nouveau, no 9, mars 1934, p. 3. Suite de la note...
[47]
Emmanuel Mounier, Manifeste au service du personnalisme, o...
[suite] Suite de la note...
[48]
Emmanuel Mounier, « Confession pour nous autres chrétiens ...
[suite] Suite de la note...
[49]
Emmanuel Mounier, « Refaire la Renaissance », Esprit, no 1...
[suite] Suite de la note...
[50]
Esprit, 2e année, no 1, octobre 1933, p. 1. Suite de la note...
[51]
Daniel-Rops, « Libéralisme et liberté », L’Ordre nouveau, ...
[suite] Suite de la note...
[52]
Marx-Engels, La Sainte Famille, 1844-1845, p. 37 : « La cl...
[suite] Suite de la note...
[53]
Emmanuel Mounier, Manifeste au service du personnalisme, o...
[suite] Suite de la note...
[54]
Alexandre Marc et René Dupuis, « Le fédéralisme révolution...
[suite] Suite de la note...
[55]
L’Ordre nouveau, « Pour la liberté », no 34, octobre 1936,...
[suite] Suite de la note...
[56]
L’Ordre nouveau, « Comment se posent les problèmes techniq...
[suite] Suite de la note...
[57]
Alexandre Marc, « La machine contre le prolétaire », Espri...
[suite] Suite de la note...
[58]
Alexandre Marc, « Esclavage pas mort... », L’Ordre nouveau...
[suite] Suite de la note...
[59]
Louis et Albert Ollivier, L’Ordre nouveau, « La valeur mor...
[suite] Suite de la note...
[60]
Arnaud Dandieu, « Le travail contre l’homme », Esprit, no ...
[suite] Suite de la note...
[61]
Le nom de La Tour du Pin est cité une seule fois dans les ...
[suite] Suite de la note...
[62]
Robert Aron et Arnaud Dandieu, La révolution nécessaire, P...
[suite] Suite de la note...
[63]
Dès l’origine, Dandieu prit garde de se démarquer des expé...
[suite] Suite de la note...
[64]
L’Ordre nouveau, no 9, mars 1934, p. 18. Dandieu prévoyait...
[suite] Suite de la note...
[65]
Alexandre Marc et René Dupuis, « Le fédéralisme révolution...
[suite] Suite de la note...
[66]
Daniel-Rops, « Le travail et l’esprit », L’Ordre nouveau, ...
[suite] Suite de la note...
[67]
Alexandre Marc, « La terre libérée », L’Ordre nouveau, no ...
[suite] Suite de la note...
[68]
On trouve un écho des débats suscités par la thèse de Ruef...
[suite] Suite de la note...
[69]
Alexandre Marc, « Conditions de tout plan », L’Ordre nouve...
[suite] Suite de la note...
[70]
L’Ordre nouveau, no 34, octobre 1936, p. 15. Suite de la note...
[71]
Le principe d’une allocation universelle est aujourd’hui d...
[suite] Suite de la note...
[72]
Adoptée manifestement en réplique au « Politique d’abord »...
[suite] Suite de la note...