Cités
P.U.F.

I.S.B.N.9782130545804
192 pages

p. 123 à 124
doi: 10.3917/cite.019.0123

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n° 19 2004/3

2004 Cités

Introduction

Emmanuel Picavet Maître de conférences en philosophie politique à l’Université de Paris I. Il consacre ses recherches à la théorie de la décision, à la théorie des normes et aux droits de l’homme. Il a notamment publié : Approches du concret. Une introduction à l’épistémologie (Paris, Ellipses, 1995) ; Choix rationnel et vie publique (Paris, PUF, 1996) ; Kelsen et Hart : la norme et la conduite (Paris, PUF, 2000) ; en collaboration avec Bertrand Saint-Sernin, Renaud Fillieule et Pierre Demeulenaere, il a dirigé un ouvrage collectif : Les modèles de l’action (Paris, PUF, 1998) ; John Rawls. Théorie de la justice, I (Paris, Ellipses, 2001).
Les sciences économiques ont un statut particulier au sein des savoirs sociaux, moraux et politiques. Par leurs objets traditionnels – les échanges, la production, la consommation, la monnaie –, elles entrent en contact avec les autres sciences sociales et avec les interrogations sur l’action collective et la politique. Mais tout se passe comme si leur méthodologie conduisait à un certain isolement, à cause de certaines hypothèses (la rareté, la concurrence, la confrontation d’une offre et d’une demande...), de certains choix théoriques typiques (la représentation optimisatrice des choix individuels, l’étude des formes de la vie sociale en termes d’équilibre, l’indifférence au contenu des préférences individuelles...), voire de certains choix de style scientifique (la mathématisation poussée, la préférence pour les solutions analytiques et les constructions déductives, la méfiance envers l’empirisme inductiviste, la circonspection dans le recours à l’expérimentation...). Les sciences économiques sont tout à la fois une partie des sciences sociales et le développement d’une certaine approche du social. Ces spécificités – et d’autres encore – donnent lieu à de nombreuses critiques, et l’on peut dire qu’aujourd’hui le discours des économistes se heurte souvent à l’incompréhension. Pour autant, la contribution des sciences économiques est absolument décisive pour éclairer certaines des questions morales, politiques et sociales les plus fondamentales de ce temps. Allons plus loin : l’oubli des dimensions économiques de l’action et de la vie sociale est la cause de formes importantes et nombreuses d’obscurantisme dans les prises de position éthiques et politiques. De plus, les outils des sciences économiques communiquent aujourd’hui avec ceux d’autres domaines. Par exemple, il n’est pas exagéré de dire que la théorie moderne des choix collectifs subsume des problèmes économiques et politiques fondamentaux. En invitant quelques spécialistes de l’économie ou de la philosophie de l’économie à réfléchir sur certaines des tendances actuelles des sciences économiques, nous avons voulu contribuer au débat sur le statut et la portée de cette discipline, d’une manière qui conduise à faire justice à ses liens avec d’autres champs de recherche.
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