2005
Cités
Petit lexique (surtout) montréalais
[1]
Qui veut habiter un quartier à la mode, par exemple le Plateau*, et ne le peut pas émigre vers l’adjacent. C’est à côté et presque tout comme.
La population québécoise se répartit en Québécois de souche* pure laine*, en anglophones*, en autochtones* et en allophones : ces citoyens des communautés culturelles*, pour ne pas dire ces ethnies*, vivent presque tous à l’ouest du village gai*.
Malgré leurs racines ancestrales, ne sauraient être de souche*. On voit aussi, plus traditionnellement, Anglais.
Premiers arrivés, derniers servis. On voyait Indiens ; on voit désormais Amérindiens ou Premières nations.
Prestataire de l’aide sociale. Le bougon s’enrichirait sans jamais travailler, ce qui ne l’empêche pas de dépenser beaucoup d’énergie pour se faire vivre par le gouvernement. Le bougon sévirait particulièrement à l’est du village gai*. – Histoire. Mot ancien, au sens de râleur renfrogné, mais popularisé en ce nouveau sens par une émission de télévision de la Société Radio-Canada en janvier 2004.
Charlemagne (la p’tite fille de ou la diva de )
Céline Dion, chanteuse et mère de famille, née native du 450*.
Les autres : de peau, de langue, de religion.
Psychodrame qui secoue la politique municipale à Montréal, dans la vieille capitale (Québec*), dans le 450* et dans les régions*. Il y avait des villes autonomes ; on les fusionna, ce qui aurait dû entraîner un fort courant d’adhésion ; devenues simples arrondissements ou secteurs de mégavilles, elles furent rapidement menacées de défusion, au grand désespoir des profusionnistes ; quelqu’un proposa alors de parler de démembrement ; on en arriva finalement à une consultation sur la réorganisation municipale, la décentralisation et la déconcentration ; à la suite de référendums, quelques villes furent démembrées et d’autres restèrent fusionnées ; il est possible qu’un jour toutes soient reconstituées en agglomérations. Ce n’est pas sans créer un brin de confusion.
De peau, de langue, de religion : les autres.
Le Québécois, surtout s’il est pure laine*, est grégaire. La moindre question sociale est-elle soulevée qu’il convoque des audiences, un carrefour, un chantier, un comité, une commission, des états généraux, un forum, un groupe ( -conseil, de discussion, de travail), une rencontre ou un sommet. Son meuble favori est la table : d’aménagement, de concertation, de convergence, de prévention, de suivi, ronde. S’il veut s’amuser, rien de mieux qu’un festival, voire des festiveaux (orthographe recommandée). Dans les régions* ou le 450*, il célèbre la faune et la flore, l’eau et le feu, le pétrole et le sirop d’érable, la tomate comme le camion. Autour du Plateau*, il se croit plus raffiné et préfère le théâtre (des Amériques), le jazz (musique à la définition extensible, de Ray Charles à Luis Mariano), l’humour (dit Juste pour rire). Il ne trompe personne en déguisant son festival en biennale, en classique, en défi, en féria, en fête, en foire, en international, en rendez-vous ou en virée. Plus on y est de fous, plus on rit.
Quartier rose de Montréal, sans homme rose, cette version locale de l’anti-macho.
Sobriquet de l’ex-maire de Montréal, Pierre Bourque, ci-devant directeur du Jardin botanique et grand prêtre de la non-défusion*.
Euphémisme délicat pour individu jeté à la rue pour cause de misère. On voit aussi sans-abri. Préféré à la dure expression, franco-française de France, sans domicile fixe.
Un Montréalais qui dit : « À moi la montagne ! », ne compte pas quitter sa ville. Il prépare plutôt une visite au centre de celle-ci, sur le mont Royal (environ 230 m au-dessus du niveau de la mer). On a les massifs centraux qu’on peut. (La montagne est appréciée des communautés culturelles*, qui s’y rassemblent pour y savourer des mets ethniques* et pour y pratiquer le soccer, qu’elles appellent le football, ou vice versa.)
Plateau, plateau Mont-Royal
Quartier de Montréal en demande, car jugé branché, jeune, pluri-tout. Constitue le centre de l’univers connu, et au-delà. Se méfier du adjacent* Plateau, du nouveau Plateau, du Plateau Est ou du Grand Plateau : on est alors parfois à la limite du 450*.
National indigène de souche* non autochtone*.
Indicatif téléphonique de la grande région montréalaise, mais à l’extérieur de l’île de Montréal (celui de Montréal est le 514). Terme générique désignant la source de tous les maux affectant le plateau* Mont-Royal le week-end. Se prononce toujours quatre-cinq-zéro, jamais quatre cent cinquante.
La capitale nationale de la province : pour des raisons sans doute historiques, on l’a établie dans les régions*. On dit aussi Vieille capitale, comme s’il y en avait une jeune ailleurs (sur le Plateau* ?).
Tout ce qui se trouve à l’extérieur de l’île de Montréal, y compris le 450* (si l’on en croit les mauvaises langues). Antonyme : Plateau*.
A longtemps désigné ce que le bûcheron laissait derrière lui. Désigne maintenant le bûcheron lui-même, fût-il urbain.
Jeune entrepreneur urbain spécialisé dans le récurage inopiné des pare-brise (contre rétribution). Le squeegee est souvent un itinérant*.
1 / En matière de Code de la route, le permettre au feu rouge dans le 450* et dans les régions*, l’interdire à Montréal.
2 / En matière de politique, le permettre partout dans la province.
[1]
Adapté de Benoît Melançon, en collab. avec Pierre Popovic,
Dictionnaire québécois instantané, Montréal, Fides, 2004. Les astérisques à la suite des mots permettent les références croisées entre les définitions.