Cliniques méditerranéennes
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I.S.B.N.2-86586-889-3
320 pages

p. 117 à 125
doi: en cours

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no 63 2001/1

2001 Cliniques méditerranéennes

Après divorce

Claude Miollan  [*]
L’exercice du droit de visite lorsqu’il est imposé par la justice révèle des enjeux psychologiques antérieurs au divorce et met en lumière un brouillage du lien de filiation. Dans le triangle œdipien les places sont bouleversées et « l’appel au père » ne vient pas forcément là où on l’attend.Mots-clés : divorce, droit de visite, enjeux psychologiques, retournement, filiation, généalogie, identité familiale, émergence du désir. The application of the right of search, when it is enforced by justice, reveals some pre-divorce psychological challenges, and highlights a confusion of the link of consanguinity in direct line. In the oedipian triangle, roles are mixed up and the call to the father does not necessarely appear where it is supposed to happen.Keywords : divorce, right of search, psychological challenges, consanguinity in direct line, genealogy, family identity, turn over.
Le droit de visite après divorce ne s’exerce pas toujours simplement et les recours en justice deviennent de plus en plus nombreux et de plus en plus complexes. Afin de faciliter ce droit de visite, la justice en est venue à favoriser la création d’institutions où parents et enfants doivent se rencontrer, aidés par la médiation d’intervenants extérieurs, tels que des assistantes sociales, des éducateurs ou des psychologues.
Nous rapporterons ici quelques-unes de ces situations recueillies pour la plupart dans l’une de ces institutions baptisée « Point Rencontre ».
Il s’agit bien sûr de situations « extrêmes », puisque la justice intervient de façon autoritaire afin que le droit de visite, qu’elle a autorisé dans un premier temps, et qui n’a pu s’exercer, se réalise véritablement. Ces situations ne sont donc pas représentatives des divorces en général. Mais par leur dimension paroxystique elles m’ont paru révélatrices de quelques enjeux relatifs à la filiation.
Ces situations ne sont pas non plus représentatives de l’ensemble de situations que traite l’équipe du Point Rencontre, elles sont choisies volontairement parmi celles qui posent question.
Une petite annonce tout d’abord pour introduire mon propos. Petite annonce relevée dans un grand hebdomadaire français : « Deux charmants bambins cherchent pour leur papa, après divorce, une jjf (jeune et jolie femme). »
 
Première situation
 
 
Madame Grant, la soixantaine resplendissante, arrive tout droit des usa. Elle accompagne son fils, médecin psychiatre dans le nord de la France, pour rencontrer l’enfant qu’il a eu avec une jeune femme.
L’histoire est la suivante : Le Dr Grant (le fils) a connu une jeune femme qui est tombée enceinte. Celle-ci jugeant de l’immaturité totale de son compagnon, a préféré le quitter sans lui demander ni de reconnaître l’enfant, ni de l’épouser.
La grand-mère paternelle, Mme Grant, qui vit aux usa, apprend l’existence de cet enfant alors âgé de 3 ans. Elle prend en mains la situation, fait faire des analyses génétiques. Les résultats étant positifs, elle obtient que son petit-fils porte le nom de son père. Ce sera un « Grant ». La mère de l’enfant ne s’oppose pas à tout cela, mais n’en attend rien. Les relations avec sa « belle mère » sont, au demeurant, tout à fait agréables, voire chaleureuses.
Le Point Rencontre est donc le dernier épisode de cette procédure voulue par Mme Grant. Son fils va donc rencontrer son ex-compagne et leur enfant. Mme Grant veut être présente lors de cette rencontre, elle en a prévu le déroulement, les enjeux et l’aboutissement. Pourtant les intervenants la tiendront poliment à l’écart, expliquant que cette rencontre a été ordonnée par le juge pour son fils et non pour elle. Son fils a maintenant 40 ans, il peut se débrouiller seul.
Après quelques mouvements d’humeur, elle accepte, mais attend devant l’institution.
Le Dr Grant est mis en présence de son ex-compagne et de son enfant. À aucun moment, il ne s’intéresse à son enfant, ne le regarde pas, ne lui parle pas. Devant son ex-compagne, il est emprunté, puis pleurnichard. Confusément, il exprime qu’il n’a pas compris leur séparation, qu’il voudrait vivre avec elle.
La jeune femme est calme, et regarde la scène comme si elle la connaissait déjà.
À la fin de la séance, Mme Grant (mère) viendra établir le calendrier des prochaines visites de son fils. Elle se montrera très agréable avec la mère de son petit-fils et lui offrira des cadeaux préparés à leur intention. Enfin, elle annonce son départ pour les usa le lendemain même.
Lors de la deuxième séance, M. le Dr Grant ignorera son fils comme la première fois et aura la même attitude envers son ex-compagne.
Il n’y aura jamais de troisième séance. M. le Dr Grant sans prévenir, ne s’est pas présenté.
Mme Grant avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour que son fils soit père.
 
Deuxième situation : encore des histoires de chromosomes
 
 
Madame X et Monsieur Y sans être mariés ont eu un enfant, Adrien. Puis se sont séparés, sans que le père ne reconnaisse l’enfant. Madame X a toujours affirmé que M. Y était le père de l’enfant. Ce dont M. Y doute. Afin d’obtenir une pension alimentaire, Mme X entame une procédure en reconnaissance de paternité. Les analyses génétiques confirment bien que M. Y est le géniteur d’Adrien. Le tribunal peut donc statuer et imposer le versement d’une pension alimentaire à M. Y. Seulement, voilà, Mme X a changé d’avis. Elle proclame haut et fort, y compris en plein tribunal qu’Adrien n’est pas le fils de M. Y. D’ailleurs maintenant elle veut le faire adopter par un autre homme, et a entamé une procédure dans ce sens, elle a également changé le nom de son enfant sur les fiches d’inscription scolaire.
M. Y ne semble plus douter de sa paternité et réclame un droit de visite qui s’exercera au Point Rencontre.
 
Troisième situation : où on respecte la vérité génétique
 
 
Un couple est sur le point de divorcer. Madame a déjà des relations sexuelles avec son amant/futur mari. Elle tombe enceinte. La procédure de divorce est longue. La mère ne veut pas se mettre en tort en quittant prématurément le domicile conjugal. L’enfant naît. Cette mère est prise par la crainte que son enfant appelle « papa » celui qui est encore son mari mais pas le père de l’enfant. Elle s’arrange donc pour que l’enfant n’entende jamais parler et ainsi ne prononce jamais le mot « papa ». Pour palier ce manque de paroles, elle lui fait écouter beaucoup de musique. Elle maintiendra cette situation jusqu’au divorce.
L’enfant aura alors 8 mois. À partir de là elle parlera abondamment à son enfant, nommant son père géniteur et maintenant « Papa ».
 
Quatrième et dernière situation
 
 
Au sortir de l’adolescence, Mme Durant et M. Dupont sans être mariés ont un enfant : Georges. M. Dupont reconnaît l’enfant et disparaît sans donner aucune explication.
Une fois remise de cet abandon, Mme Durant fait la connaissance d’un autre homme et l’épouse. Georges a presque 2 ans. Cet homme élèvera l’enfant comme son fils, celui-ci l’appellera « papa ». Rien ne sera dit à Georges, et bien que continuant à porter officiellement le nom de son père géniteur, il est inscrit à l’école sous le nom du mari de sa mère. Georges donc ne sait rien de sa situation et sa vie s’écoule sans histoire.
Dans sa huitième année, un jour qu’il joue sur la plage, un peu à l’écart de ses « parents », un homme passe derrière lui et lui murmure : « Je suis ton père » et s’en va. Le manège se reproduisant deux ou trois fois, l’enfant finit par aller voir sa mère et lui raconte la scène. La famille ramasse précipitamment les affaires de plage et rentre à la maison sans rien dire à Georges. À partir de ce moment la mère est inquiète. Elle ne laisse plus son fils aller et venir tout seul, faire du vélo devant la maison comme il en avait l’habitude. Mais elle ne donne toujours aucune explication de son attitude.
Enfin, M. Dupont vient sonner à la porte de Mme Durant qui le reçoit très brièvement en présence de son mari, mais en l’absence de Georges. Elle exprime lors de cette rencontre, son refus total de renouer avec M. Dupont, et de lui laisser voir l’enfant. Elle prévient que toute nouvelle tentative sera vouée à l’échec.
M. Dupont entame alors une procédure qui aboutira deux ans après à l’obligation de rencontre entre le père et le fils au Point Rencontre. Mme Durant est alors obligée d’expliquer à son fils la situation.
Elle lui en dira le moins possible banalisant sa relation avec M. Dupont, réaffirmant que son mari actuel est le seul « papa » qui compte, et laissant dans le flou la question du patronyme de Georges.
À la première séance, M. Dupont est convoqué un peu avant son fils et son ex-compagne, de façon à ce qu’il puisse exprimer ses intentions. Visiblement, il n’a pas réfléchi à cette rencontre, à ce qu’il en attend, à ce qu’il pourrait dire à son fils ou à Mme Durant.
Lorsque Mme Durant, M. Durant et Georges arrivent, l’intervenant leur explique le déroulement de la séance. Il insiste auprès de Georges sur le fait que nul ne peut se soustraire à la décision du juge et que ses parents sont en quelque sorte obligés d’obéir, qu’ils ne sont pas tout-puissants. Georges se montre bougon, en colère, agressif. Les parents ne le calmeront pas.
Mme Durant, Georges et M. Dupont sont mis en présence. Georges se rue sur son père, le frappe à coup de pieds, l’injurie et crie qu’il n’est pas son père. Mme Durant laisse faire. On fait passer Georges dans une autre pièce. Mme Durant et M. Dupont restent en présence avec l’intervenant qui tente de les faire s’exprimer.
Mme Durant rappellera qu’elle avait transgressé l’interdit de ses parents pour sortir avec M. Dupont, que celui-ci n’a pas assumé d’être père et mari lorsqu’il le fallait, que « ce n’était pas un homme », que maintenant elle était heureuse avec son mari, et que M. Dupont doit lui « foutre la paix ». Et elle ajoute que « tout le monde a pu voir que Georges ne se reconnaissait pas ce père ».
Mme Durant et son fils s’en vont. On tente, avec M. Dupont de tirer les leçons de cette séance et de préparer la seconde. Il lui est suggéré d’apporter quelque chose qui pourrait faciliter leur échange avec Georges, un objet qui servirait de médiateur, comme un jouet, un livre, une photo.
À la deuxième séance, quinze jours plus tard, le père a apporté une photo de lui quand il avait 10 ans – l’âge de Georges actuellement. Interrogé sur ce qu’il compte faire avec la photo, il dira : « Elle (Mme Durant), m’a dit que j’étais pas un homme. Ma mère, elle m’a dit la même chose, et elle disait pareil de mon père. Mon père, elle l’avait jeté, on sait même pas ce qu’il est devenu. »
Lorsque Georges arrive, il est accompagné de M. Durant. La mère n’a pas voulu venir. M. Durant restera dans la salle d’attente, surveillant la porte de sortie. La rencontre entre le fils et le père se déroulera comme la fois précédente : coups, cris, injures. M. Dupont renoncera à montrer sa photo à son fils. Il lui dira seulement : « Tu t’appelles Georges Dupont. »
À la troisième séance, seul le père se présentera. Par un coup de téléphone, Mme Durant préviendra que Georges est malade et qu’il ne viendra plus. M. Dupont dira seulement : « Je voudrais qu’il porte mon nom », et parlant de Madame Durant, « elle est trop forte. »
Quels liens entre ces situations et le thème de la filiation ?
« Pour bien se développer, l’enfant devrait être à la périphérie du groupe de ses parents et non en constituer le centre ».
(F. Dolto)
Le divorce (ou la séparation) surtout lorsqu’il « se passe mal » met l’enfant dans une situation paradoxale. Les parents se déchirent pour obtenir la garde ou le droit de visite et du coup, par la vertu même de ces bagarres, l’enfant est promu porteur de l’identité familiale. Il la fonde, il la recrée là où il se trouve.
En cherchant à s’approprier l’enfant, les parents tentent tout autant de le protéger, que de détruire le symbole familial dont il est le support.
Il ne faudrait pas chercher bien loin pour trouver dans cette dialectique les traces d’un surinvestissement sur l’image de L’enfant-roi, porteur de fantasmes parentaux, chargé de compenser toutes les frustrations, de cicatriser tous les rêves d’enfance. Pourtant, il me semble qu’on peut y lire une problématique plus actuelle chez ces parents en plein échec adaptatif.
Ceux qui réorganisent leur vie n’ont en général pas de difficultés graves et durables en ce qui concerne le droit de visite, ceux qui sont accueillis au Point Rencontre n’ont, pour la plupart, pas réussi à rééquilibrer leurs investissements.
Les nouvelles relations de couple sont fragiles, peu durables, certains n’arrivent plus à travailler, beaucoup ne peuvent plus vivre seuls et retournent s’installer chez leurs parents.
Le surinvestissement dont les enfants sont l’objet est le signe d’une demande de la part des parents, demande d’être pris en charge comme des enfants, demande de prise en charge de leurs investissements comme l’annonce matrimoniale le laissait entrevoir.
La deuxième remarque portera sur l’immaturité de l’enfant.
« Pour le salut des adolescents, pour le salut de leur immaturité, ne favorisez pas leur accession à une fausse maturité en leur transmettant une responsabilité qui ne leur incombe pas encore, même s’ils luttent pour l’obtenir ».
(Winnicott)
Les enfants du divorce mûrissent plus vite que les autres, cela a été noté par de nombreux auteurs. Maturité accompagnée d’un sérieux quelque peu triste et inquiet.
Porteur de l’identité familiale, en position centrale dans la représentation familiale, leur manière d’être au monde s’apparente à celle de petits adultes. Ce à quoi l’enfant est confronté par cette place centrale dans laquelle il est mis et par cette demande de gérer les investissements de ses parents, s’apparente à un déni de la réalité. Déni de sa réalité d’enfant, de son immaturité et de sa dépendance vitale par rapport à ses parents. Ce déni vient conforter, renforcer cette inversion des positions déjà notée dans la demande de prise en charge des parents.
La troisième remarque portera sur la généalogie. Au même titre que l’enfant est porteur de l’identité familiale, il fonde la généalogie, il la justifie. L’enfant de parents divorcés est confronté, lors des déchirements procéduriers, à la demande des adultes, de venir confirmer leur généalogie, de s’en faire le porteur.
Au passage, rappelons qu’une part du drame de la stérilité tient au fait qu’elle sort l’adulte qui la subit du lien qui unit les générations.
Benjamin Jacobi nous a rappelé, lors d’un colloque, comment l’enfant était sommé de faire ses parents père et mère.
Les faire père et mère, c’est ajouter la dimension généalogique à leur identité d’homme et de femme, de mari et d’épouse.
Ainsi l’enfant est appelé à donner de la valeur à ce que les parents ont reçu de leurs propres parents, de tout ceux qui l’ont précédé.
S’il donne cette valeur à l’héritage familial, il rassure le parent, le narcissise, l’apaise.
S’il dénie cette valeur, c’est la place du parent dans sa généalogie qui est contestée. Celui-ci s’éprouve comme mis hors jeux de l’enchaînement des générations.
Cette problématique s’atteste par les visites que les parents organisent chez les grands-parents chaque fois que le juge permet la sortie du Point Rencontre. Se noue ou se renoue ainsi un lien généalogique réellement ou imaginairement rompu l’espace d’un moment. L’enfant en quelque sorte, est chargé de remettre de l’ordre dans l’ordre généalogique.
Si on se le dispute, si on se l’arrache entre deux familles, c’est bien qu’il représente qu’une seule lignée ne peut pas être « toute ».
Il y a derrière la volonté de s’approprier l’enfant, le fantasme d’une lignée totalitaire, absolue qui répondrait à tous les besoins, qui comblerait sans laisser aucune faille. En son sein, l’enfant serait mis à l’abri de tous les dangers, de tous les manques, de tous les désirs. Hors d’elle, point de salut. L’autre lignée représente le désordre, le mal, le manque, la souffrance, en un mot : la castration.
« Tu n’as pas besoin de ta mère, de sa famille, je te donne tout. Avec eux tu n’auras que des ennuis. » Plus encore cette mise à l’écart de l’autre lignée est le support d’un fantasme d’engendrement hors sexualité.
Œdipe rentrant à Thèbes, vient sans le savoir reprendre une place dans sa généalogie et met en évidence, de façon dramatique la fonction de la sexualité dans cette transmission de liens.
  • porteur de l’identité familiale ;
  • gestionnaire des investissements parentaux ;
  • supporteur de la généalogie ;
  • révélateur de la sexualité et de la castration.
Voilà l’enfant chargé de tâches dont il se passerait bien et qui lui sont le plus souvent insupportables au sens littéral du terme.
À ces tâches, j’en ajouterai pourtant une autre que le rappel de la tragédie d’Œdipe annonce subrepticement, et que j’énoncerai provisoirement sous forme de question posée par le père visiteur à son enfant : « Quelle est l’origine de l’émergence du désir ? »
Laïos (père d’Œdipe), banni de Thèbes, trouve refuge chez le roi Pelops. Là il séduit son fils, Chrysippos, et lorsque son retour à Thèbes devient possible, il enlève l’adolescent qui de honte se donne la mort.
Chrysippos est pour Laïos un objet d’amour homosexuel, mais c’est également un objet caractérisé par un écart de génération.
Notons encore que Laïos se marie tardivement avec une jeune fille, Jocaste, dont il aurait pu être le père. Si la relation sexuelle est bien cette fois hétérosexuelle, l’écart de génération subsiste.
Dans le divorce, le père détourne son amour de la mère. La revendication du droit de visite marque qu’il se tourne maintenant vers l’enfant. Il demande à l’enfant d’être le destinataire de son amour.
On comprendra mieux les fréquentes accusations réelles ou fantasmatiques de relations pédophiles ou incestueuses dont les pères sont l’objet de la part des mères si on précise que l’enfant doit être le destinataire passif de cet amour paternel.
Pour le parent visiteur l’enfant doit recevoir son amour. Il est impensable qu’il le conteste ou qu’il le récuse. Le « Je suis ton père » n’appelle aucune réponse.
On comprendra mieux également que cet enfant devenu objet de fascination et de désir réveille ou entraîne chez le père une autre dynamique fantasmatique. Encore une fois nous assistons à un renversement des places et des fonctions.
Cette fois ce ne sont plus l’identité familiale, les investissements parentaux, la généalogie ou la sexualité et la castration qui sont en question. Plus exactement, ce sont toutes ces notions rassemblées en un fantasme qui vont subir la permutation dont je parle.
Ce renversement a pour effet de placer l’enfant en position centrale dans le fantasme de scène primitive du père.
Concrètement, aux accusations de pédophilie le père répondra par des accusations d’infantilisation censées dénoncer la réalisation du désir de la mère. Rien de très étonnant à tout cela, si on se souvient de ce passage de Conrad Stein [1] : « Le fantasme de la scène primitive est comme l’empreinte sur laquelle viendra se structurer l’Œdipe. Le fantasme précipité dans l’inconscient, par le refoulement originaire, peut être nommé par le Nom du père, car il n’est rien d’autre que le fantasme du désir de la mère. »
L’inachèvement ou les perturbations de la structure œdipienne des parents fréquentant le Point Rencontre ne doit pas nous empêcher de souligner que cette organisation du fantasme de la scène primitive chez le père, où c’est lui qui est exclu et impuissant face à la relation mère-enfant, et où son désir est tourné vers l’enfant, répond à la question de l’origine du désir. Celui-ci ne s’inscrit plus dans la différence des sexes, mais dans la différence des générations.
D’être détenteur d’un élément de réponse possible à cette question de l’origine du désir, voilà qui ne facilitera pas les relations avec son père. Mais qui a dit que le divorce facilitait les relations enfants-parents ?
 
NOTES
 
[*]Claude Miollan, 15 bd Sicard Quartier Sainte-Anne, 13008 Marseille ; université Sophia Antipolis, Nice.
[1]Conrad Stein, « Langage et inconscient », L’Inconscient, VI, coll. « De Bonneval », Desclée de Brouwer, 1966.
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[1]
Conrad Stein, « Langage et inconscient », L’Inconscient, VI...
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