2001
Cliniques méditerranéennes
Argument
Françoise Hurstel
Benjamin Jacobi
« La filiation est la réponse sociale donnée à l’impératif de différenciation dont dépend tant la reproduction de l’espèce humaine que la reproduction subjective. »
Pierre Legendre
La filiation, en ses différentes facettes (anthropologique, juridique et psychologique), est ce qui règle pour chaque sujet son inscription dans la différence des générations et dans celle des sexes. Elle lui fournit une place généalogique et deux lignées, la paternelle et la maternelle. Au cœur de l’institution familiale, elle est la référence symbolique qui garantit la différenciation et l’altérité par le biais de l’interdit de l’inceste. Or cette institution est devenue problématique.
Que l’on songe aux cycles complexes de parenté qui, aujourd’hui, sont la norme : mariage, divorce, temps de monoparentalité, recomposition familiale. De nouvelles formes de filiation en surgissent, affectives ou d’adoption bousculant les limites de l’inceste et du rapport à l’autre (parent ? ami ?) dont les fonctions et les places deviennent indécises.
Que l’on songe aux procréations médicalement assistées… Si elles fragilisent principalement les filiations paternelles, elles entraînent dans leur sillage la croyance en une science qui réduirait l’engendrement à une réalité biologique.
Que l’on songe aux discussions autour du pacs et de l’homoparentalité : la famille restera-t-elle l’institution qui articule différence des sexes et des générations ?
Penser le malaise dans la filiation c’est reconsidérer les apports de Freud et Lacan dans la perspective d’une Histoire qui fait énigme et parfois impasse.
De la « parentalisation » des enfants lors des divorces à la prise en charge des parents âgés et malades par leurs enfants, du désarroi des fils de migrants chargés des papiers administratifs de leurs père et mère à la demande des femmes de faire un enfant sans homme, les cliniciens et les psychanalystes s’interrogent au titre de leurs pratiques et de leur citoyenneté sur le sens et les incidences subjectives de cette vague de changements qui problématise – jusqu’aux divans – la filiation !