2002
Cliniques méditerranéennes
Informations
Symposium sur la classification internationale et le diagnostic des maladies mentales
Claudio Banzatto
Le bureau de l’oms et la section de la wpa (World Psychological Association) en charge des questions de classification et d’évaluation des diagnostics dans les maladies mentales ont organisé un important symposium sur ce thème. Il a eu lieu les 12 et 13 juillet 2001 lors du congrès européen de la wpa à Londres. Dans ce très vaste programme, qui englobait à la fois un examen critique des systèmes actuels de classification et un débat sur les directions à prendre, les questions conceptuelles ont fait l’objet d’une attention particulière. Si l’on en juge par l’intérêt soulevé par ces questions, la décision d’y consacrer autant de temps s’avéra fort judicieuse.
Après les débats conflictuels générés dans les années quatre-vingt à propos du dsm-III (Diagnostic and Statistical Manual), la décennie suivante peut apparaître relativement calme en ce qui concerne les arguments avancés sur les concepts clés dans le diagnostic et la classification des maladies mentales. Mais l’histoire ne saurait en rester là. Un changement dans les tendances éditoriales expliquerait bien mieux ce qui vient d’arriver : les communications sur le thème ont en effet migré des journaux psychiatriques les plus influents vers les plus interdisciplinaires et sont apparus dans de nouvelles revues ainsi que dans des livres. À l’heure actuelle toutefois, la convergence inattendue (dans cette proportion) dont ont fait preuve les experts internationaux dans le symposium ci-dessus mentionné semble signaler un autre changement de direction à venir. Pour étayer cette interprétation, nous allons énumérer ci-dessous et commenter de façon très succincte les points principaux ayant émergé à cette occasion.
1. Les deux systèmes de classification en vigueur (le dsm de l’apa (American Psychological Association) et l’icd (International Classification of Diseases) de l’oms) ont décrété, pour un certain nombre de raisons, un moratoire sur les révisions : les dsm-V et icd-11 ne sont pas par conséquent attendus avant 2010. L’oms désire concentrer ses efforts sur une meilleure application de l’icd dans le monde entier, alors que l’apa est essentiellement concernée par la perte de crédibilité que des changements successifs de catégories peuvent produire sans base scientifique solide.
2. La fiabilité ne doit plus être considérée comme la pierre angulaire de la classification du diagnostic. Ce problème est maintenant envisagé comme un problème d’importance moindre, que nous avons appris à traiter en termes pratiques.
3. L’immense défi à l’heure actuelle est la validité à la fois de nos catégories de diagnostic et de nos systèmes de diagnostic. Nous devons repenser le diagnostic et la classification à une échelle plus grande, sans refuser de nous confronter aux problèmes psychiatriques importants.
4. Il semble que les classifications basées sur un ensemble de symptômes aient atteint leurs limites. La tentative de séparer soigneusement les maladies par une description clinique, dans l’espoir qu’elles seront en fin de compte validées par d’autres moyens, n’a pas jusqu’à présent abouti. Dans le contexte actuel, nous devons donc nous efforcer de construire une classification basée sur l’étiologie.
5. Il n’y a rien de tel qu’une classification athéorique ou apolitique. En fait, il est vivement recommandé que les valeurs adoptées soient explicitement admises.
6. La réification des catégories peut sembler un obstacle, à la fois pour l’enseignement de la psychiatrie (parce qu’elles sont facilement prises à tort comme parole d’évangile) et pour la recherche scientifique (parce qu’elles peuvent empêcher l’essai d’autres expressions).
7. Des schémas de diagnostic complets peuvent s’avérer le meilleur moyen de s’attaquer à la complexité clinique et d’éviter le réductionnisme. Ils offrent l’occasion d’associer une expression normalisée et personnalisée. En ce sens, le diagnostic serait susceptible d’être une image véritable de l’état de santé du patient.
8. L’utilité clinique de nos classifications internationales actuelles (icd et dsm-IV – même si la dernière devait être à l’origine une classification nationale) pour améliorer les soins sur différentes cultures n’a pas encore été établie. Malgré cela, la plupart des systèmes de classification locaux (le chinois, par exemple) s’avèrent de moins en moins distincts des systèmes internationaux.