Cliniques méditerranéennes
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I.S.B.N.2-7492-0154-3
288 pages

p. 11 à 13
doi: en cours

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no 67 2003/1

2003 Cliniques méditerranéennes

Préface « La mémoire entre psychanalyse et neurosciences »

Franca Madioni  [*]
Mémoire, oubli, des mots qui ouvrent un espace sémantique dont les confins sont incertains. Or, se souvenir évoque deux attitudes, celle d’une inscription passive, toujours à l’œuvre en chacun de nous et celle d’une restitution active qui se produit par le travail constant d’avoir à se rappeler.
La mémoire s’avère une interface critique entre la sphère du subjectif et la sphère du relationnel. Nos souvenirs appartiennent à notre intimité mais aussi à la relation et à la rencontre avec autrui.
Cependant, la mémoire est à considérer, aussi, comme une donnée quantitative, qui représente l’objet des neurosciences et des disciplines dont elles s’inspirent.
Il semble difficile de penser qu’un même mot puisse avoir le même sens conceptuel lorsque nous passons d’un modèle épistémologique à un autre. Il nous a paru intéressant de relever le défi de confronter entre eux quelques-uns des modèles qui rendent compte du phénomène mnésique.
La question de la mémoire soulève des controverses méthodologiques et peut se prêter à toutes sortes de malentendus. Malentendus nés d’un problème de frontière dont chaque discipline (littérature, anthropologie, psychologie et neurosciences) revendique la priorité.
D’où vient, alors, la mémoire ? De quoi sont faits nos souvenirs et nos oublis ? Y a-t-il une mémoire ou des mémoires ? La mémoire appartient-elle à notre corps et à ses sensations ? Par ces questions nous sommes amenés à une recherche des origines de la mémoire dans la vie du sujet, au cœur même de l’histoire individuelle.
Tenter de répondre à ces questions et à d’autres encore demeure une opération risquée. Pour cette raison, nous avons choisi une démarche multidisciplinaire présentant des recherches où ces questions sont chaque fois traitées spécifiquement par des méthodes et des concepts déterminés.
Ce faisant, nous proposons dans ce numéro des textes permettant à chacun de découvrir les différentes approches des recherches sur la mémoire. Nous avons envisagé, sans l’ambition d’être exhaustifs, un choix de thèmes significatifs suggérant une articulation entre neurologie clinique, neuropsychologie, neurosciences et psychanalyse.
Afin de délimiter le très vaste champ de cette thématique nous avons réuni, dans la dernière partie, des auteurs abordant la question de la mémoire du point de vue de la littérature, de l’anthropologie et de la philosophie. Jean Starobinski présente une lecture poétique du sentiment de la nostalgie et Pietro Clemente amène le lecteur à se poser la question passionnante de la mémoire comme témoignage de l’histoire individuelle et de l’histoire collective. Pour conclure cette section, Sergio Franzese nous invite à découvrir W. James, un auteur méconnu et pourtant majeur de la philosophie de la mémoire.
La méthodologie de ce travail a veillé à ce que chaque domaine puisse aborder différemment la question de la mémoire sans jamais risquer de confondre les niveaux d’intervention.
Dans la première partie du volume, nous proposons le point de vue des cliniciens en neurologie qui nous décrivent leur approche du patient affecté de la démence d’Alzheimer et évoquent le vécu des proches. Il est question dans ces travaux d’entendre et de saisir la plainte mnésique du patient et la douleur pour la perte de mémoire (Derouesné, Michon, Quaderi). Cette approche humaniste écarte la neurologie clinique de la recherche biologique pure et intègre la dimension du récit du patient dont il est question dans la clinique psychanalytique.
Ensuite, il nous a paru intéressant, au sein du même paradigme de la réalité neuronale, de favoriser une confrontation épistémologique, entre la neurologie clinique, la neuropsychologie cognitive et les recherches sur le vieillissement (van der Linden, Giannakopoulos). Cette partie du recueil se clôt avec un article à notre avis peu rigoureux dans l’approche générale mais qui a le mérite de donner une interprétation originale, bien qu’improbable à nos yeux, des connaissances de neurosciences (Chevance).
L’articulation entre cette première partie consacrée à la neurologie (et ses alentours) et l’approche psychanalytique qui suit nous semble assurée par le travail érudit d’histoire et de psychopathologie de Georges Lantéri-Laura sur les concepts de cerveau, de mémoire et de démence.
La deuxième partie porte sur l’approche psychanalytique en clinique et sa théorisation. La psychanalyse ouvre sur la perspective de la mémoire « enfouie », sur la mémoire de l’inconscient : « Tous les systèmes mnésiques sont inconscients », écrivait Freud dans une lettre à Fliess (6 décembre 1896). Dans cette perspective, il sera question des différents aspects de la clinique freudienne de la mémoire et du devenir de la trace mnésique comme du récit (Gori), de l’enfant et de sa mémoire partagée (Cramer), du corps et de sa mémoire narcissique (Del Volgo).
La psychanalyse s’intéresse au devenir de la trace mnésique une fois soumise au travail de l’inconscient. Ces thèmes se complètent par un questionnement sur la temporalité et l’historicité (Madioni, Roussillon). Mémoire et refoulement ramènent au thème de la mémoire empêchée du patient névrotique enfermé dans la répétition du symptôme.
Le manifeste épistémologique psychanalytique pourrait être illustré par cette phrase de René Roussillon : « On souffre de réminiscence, on guérit en se souvenant, tel pourrait être résumé le premier énoncé fondateur de la psychanalyse. »
 
NOTES
 
[*]Franca Madioni, psychiatre, psychothérapeute, docteur ès lettres, philosophie et sciences humaines, ancien chef de clinique aux Hôpitaux universitaires de Genève ; 35 rue de la Filature, 1227 Carouge, Suisse.
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