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S'inscrire Alertes e-mail - Cliniques méditerranéennes Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezMémoire et temporalité
AuteurFranca Madioni[*] [*] Franca Madioni, psychiatre, psychothérapeute, docteur ès...
suitedu même auteur
enfouie dans le silence, dans l’envers des choses, dans le fond
dans les profondeurs, dans la toile de fond, dans le jardin la nuit,
dans le bois, le lac
dans le reflet de l’eau dans l’envers du feuillage,
l’envers de sons dans l’ombre, l’obscurité illuminée
par la voix l’ombre où le souvenir ne pénètre pas
la non-mémoire est un lac noir et froid
la mémoire garde le silence souvenir de l’avenir
la promesse
Quelle promesse ?
Un souvenir à venir. »Italo Calvino, Luciano Berio,Un roi en écoute
La mémoire est, par essence, un miroir, le miroir du temps : temps du souvenir, temps de l’oubli, temps de la conscience, temps de l’expérience, temps de l’inconscient. Tout ce que nous appelons mémoire est un tissage du temps. Car comme le dit Calvino « la mémoire est un souvenir à venir », image que dessine l’aspect prospectif de l’acte de se rappeler, de l’acte d’oublier. « La non-mémoire est un lac noir et froid » car elle montre l’impossibilité d’accès au futur, d’accès au temps qui passe. Se remémorer permet d’esquisser la perspective temporelle de l’histoire subjective. Se souvenir d’une expérience personnelle donne le sentiment d’unité et de continuité de l’existence. La mémoire consent à l’expérience d’aujourd’hui de durer dans le temps, de persister, même dans l’oubli. De ce fait la notion de durée temporelle paraît inhérente à la nature même de la mémoire.
2 J’aimerais tout d’abord envisager le thème de la temporalité et de la mémoire sous l’angle de la posture du sujet dans l’acte de se souvenir[1] [1] Je suis très reconnaissante à Pietro Clemente d’avoir...
suite.
3 Se souvenir exprime la démarche de la « suspension » de l’activité au présent, la façon du sujet de détourner son attention de l’ici et du maintenant. L’acte de se souvenir se produit toujours lorsque du temps s’est écoulé : « C’est pourquoi tout souvenir suppose le temps[2] [2] Aristote, De la mémoire et de la réminiscence, Flammarion,...
suite. » Se souvenir signifie évoquer, mais évoquer veut dire faire revenir ce qui est passé grâce à la torsion du souvenant sur lui-même. L’acte de se souvenir surgit dans les plis de l’action au quotidien. Or, le passé « a un lieu », habite dans le présent. Le passé n’a pas son lieu, son inscription dans le passé même, mais dans l’actuel. Se souvenir figure l’Agireen, l’actualiser au sens de mettre au présent[3] [3] A. Green, Le temps éclaté, Éditions de Minuit, p. 99. ...
suite.
4 Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le passé n’est jamais un acte ou mieux, une expérience sensorielle au premier degré, mais une expérience de représentation mentale secondaire. Je reprends la question des figures temporelles afin de relier entre elles les notions d’acte, d’actuel et de présent (praesentatio). Du fait que le présent serait toujours le lieu où se trouve le passé, je ne peux me souvenir que maintenant, aujourd’hui, de ce qui fût.
5 La présence suppose toujours l’être dans son corps. La figure temporelle du présent (praesentatio) désigne alors l’ici de ce corps que j’ai, dans l’instant même. Le corps, lieu de l’expérience sensible, dans l’acte de la perception du monde, s’inscrit dans l’expérience temporelle. Il s’agit de ce phénomène de la mémoire involontaire décrit si bien par Proust : le corps restitue, comme un « temple du souvenir », la sensation passée en l’actualisant. La matérialité du souvenir crée au sein du présent des espaces du passé et, ainsi faisant, transforme une association mentale en hallucination perceptive. Je dirais, avec Augé, que le présent, pour se constituer, se caractérise par l’oubli, le suspens, c’est-à-dire la possibilité à chaque instant de retrouver le présent grâce à la coupure provisoire du passé et du futur[4] [4] M. Augé, Les formes de l’oubli, Payot, p. 77. ...
suite.
6 Cependant, les mécanismes qui régissent l’évocation d’un souvenir sont, depuis Aristote déjà, les associations : un souvenir en rappelant un autre, une image en produisant une autre dans un rapport « de ressemblance, de contrariété ou de contiguïté ». Ces mécanismes circulaires, poursuit Aristote, sont analogues aux images qui se créent dans le rêve.
7 Il me semble que la structure du souvenir se construit avec les mêmes mécanismes que les images dans les rêves et que le rapport à la perception renvoie la posture du souvenant à la posture du rêvant.
8 Par ailleurs, Laplanche et Pontalis insistent sur cette idée de la mémoire comme rêve, dans le paragraphe dédié à la trace mnésique, où ils soulignent que la construction topique de la mémoire freudienne se repère surtout dans l’œuvre de L’interprétation des rêves[5] [5] J. Laplanche et J. B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse,...
suite.
9 Néanmoins, dans le lien entre mémoire et rêve il me semble entrevoir le sujet à l’œuvre avec le désir. Dans le désir se révèle l’absence de l’objet, absence qui est constitutive de la figure temporelle de la protention. La temporalité du souvenir est liée à la projection en avant et à l’absence d’objet, ce qui fait penser que le souvenir participe des projections. La rétention d’une quelconque expérience sensorielle ne résume pas en soi toute l’expérience de notre mémoire, car l’acte de se souvenir se complète grâce à l’ouverture sur l’avenir.
10 Il me paraît évident que la rétention rapproche le souvenant des objets qu’il perçoit, mais en même temps le situe par rapport à tout ce qu’il n’a pas encore perçu. La notion de rétention semble rendre compte de l’objet reproduit comme image-souvenir plutôt que de l’objet soumis à l’expérience perceptive immédiate. La rétention représente, par ailleurs, la capacité de contenir, d’enregistrer, de perdre et de retrouver ce que le sujet a vécu dans l’expérience vivante de la perception.
11 Par conséquent, je peux dire que la rétention constitue l’une des figures temporelles essentielles de la construction mnésique. Le temps représente en effet à la fois la condition nécessaire pour le développement de l’expérience et la condition sous-jacente au processus mnésique. Cependant, si je reprends une belle image d’Aristote[6] [6] Aristote, La Physique, livre III. ...
suite au sujet du temps, qui est défini essentiellement par le mouvement, je pourrais alors oser la formule que la mémoire, en dépit du fait qu’elle a un caractère essentiel de rétention de l’expérience, n’est elle-même que mouvement. Effectivement, l’impression du contenu de l’expérience sensible se forme dans le mouvement même. Ce qui permet d’avancer l’idée que la construction mnésique puisse être une fonction dynamique considérant que les signifiants du souvenir et de l’oubli se font et se défont en situation. L’aspect dynamique renvoie au fait que le sujet assure une position à ses souvenirs en fonction de sa posture de souvenant.
12 Or, l’idée de l’empreinte, chez Aristote, lie chaque souvenir à l’expérience sensible, par opposition à la vision de Platon qui faisait du souvenir une réminiscence, une reconnaissance d’idées innées. L’opposition entre réminiscence et fixation de l’expérience me renvoie à la problématique freudienne du souvenir dans les Études sur l’hystérie dont il sera question plus loin et permet d’identifier la mémoire à la fois comme lieu d’évocation et comme lieu d’hallucination.
13 Il me semble intéressant de souligner cet aspect de la mémoire qui « reconnaît », dans la trace mnésique, l’expérience afin de le distinguer de l’aspect « créatif » de la mémoire. Considérant la mémoire comme acte de reproduction et de création elle me semble toujours soumise aux investissements libidinaux.
14 La mémoire qui reconnaît, qui décode la trace de l’expérience sensible justifie, à mon avis, la position temporelle du sujet tourné vers le passé dans l’acte de se souvenir ; la mémoire est alors du passé. Se souvenir renverrait toujours à la représentation mentale de l’objet perçu.
15 La mémoire, en tant qu’acte de création par rapport à la trace imprimée par l’expérience, semble décrire la position orientée vers le futur de celui qui se souvient. L’acte de se rappeler demeure un acte d’ouverture et de construction du futur. L’acte de se rappeler serait, alors, en même temps, construction et déconstruction temporelle.
16 Cependant, j’insisterai sur le fait que le fonctionnement psychique de la mémoire se caractérise toujours par une projection vers l’avenir. Se rappeler quelque chose, on le sait, veut dire se trouver dans l’expérience toute particulière de l’absence d’objet. L’expérience de l’absence coïncide avec ce qui n’est pas accessible à l’expérience sensorielle au moment donné. Ce qui implique que l’ici vidé de l’expérience laisse le sujet libre de se projeter en avant.
17 À ce sujet, j’aimerais me servir de cette belle analyse de Husserl qui est proposée par Ricœur[7] [7] P. Ricœur, La mémoire, l’histoire et l’oubli, Le Seuil,...
suite. « Les deux découvertes phénoménologiques dont nous sommes redevables à Husserl sont, d’une part la différence entre la rétention de la phase du flux temporel qui vient de s’écouler et qui adhère encore au présent, le ressouvenir[8] [8] Italiques de l’auteur. ...
suite de phases temporelles qui ont cessé d’adhérer au présent vivant et d’autre part la différence entre le caractère positionnel du souvenir et le caractère non positionnel de l’image ; visant à distinguer la réalité passée du souvenir de l’irréalité de l’imaginaire. »
18 La notion de ressouvenir renverrait donc à l’idée d’élaboration subjective, en profondeur, du souvenir primaire. Ce dernier étant encore un souvenir qui adhère à l’expérience perceptive dans le présent vivant. Je m’attarderai ensuite sur le concept de position du souvenir dans l’activité psychique, afin de cerner l’expérience subjective de la mémoire. Je m’intéresse également à développer cette idée du caractère positionnel du souvenir lié à la posture du souvenant.
19 En effet si le fait de se souvenir présuppose une posture dans le temps, l’imaginaire, quant à lui, aurait un caractère de temporalité fixe. À la différence de l’image, le souvenir possède toujours un caractère positionnel étant donné les liens qu’il entretient avec la posture dans laquelle le souvenant se trouve face aux sentiments du flux temporel. J’insisterai alors sur le fait que les images, ne se liant pas à la posture du sujet, ne sont pas assujetties à la loi du temps.
20 Afin de mieux identifier le champ de la relation entre perception temporelle et perception d’objet, je citerai encore une fois quelques passages de Husserl.
21 « Quand nous distinguons, écrit-il, dans la saisie d’un objet temporel, conscience percevante et conscience se-souvenant (rétentionnelle), à l’opposition entre perception et souvenir primaire correspond dans l’objet l’opposition entre “présent maintenant” et “passé”. Les objets temporels, appartiennent à leur essence et […] ne peuvent se constituer qu’en des actes qui constituent précisément les différences du temps[9] [9] Husserl, Leçons pour une conscience intime du temps, p. ...
suite. » Il me semble que le rapport entre expérience sensible directe et remémoration établit étroitement le lien à l’expérience primordiale et originaire du flux temporel. Le souvenir se construit dans un continuum, « la conscience impressionnelle passe, en coulant continûment, en conscience rétentionnelle toujours nouvelle[10] [10] Ibid. p. 44. ...
suite ».
22 À nouveau, je le répète, si la nature du souvenir est essentiellement absence de l’objet, par analogie la protention se définit par ce qui n’existe pas encore. Cela implique que l’absence de l’objet, l’absence de l’expérience perceptive immédiate, figure l’avenir et transforme tout acte de se souvenir en acte de se projeter. Toutefois, l’aspect objectal de la mémoire n’épuise pas les questions du souvenir et de l’oubli, mais mène à pousser la recherche dans la direction du devenir de la trace dans l’intimité de notre mémoire.
23 Le sujet peut se souvenir au présent de son passé mais seulement si son regard est projeté en avant. Le souvenant est un sujet en torsion, tourné vers l’avenir et replié sur son passé.
24 Tourné vers le souvenir, vers le passé, le sujet regarde droit dans les yeux son futur.
Paul et ses oublis
25 Au début de chaque séance, Paul m’interpelle quant au fait qu’il ne se souvient jamais de ce qu’il a dit la séance précédente. Durant les deux premières années de sa psychothérapie, les séances ont été marquées par ce rituel de l’oubli. Oubli qui me frappe aussi, car malgré la tentative de tenir des notes, j’oublie ce dont il me parle.
26 Cette amnésie m’interroge parce qu’elle touche à toute tentative de mettre les souvenirs en ordre chronologique. Les associations apparaissent, bien entendu, très pauvres au long de cette période de la psychothérapie. L’événement fait irruption dans la mémoire du patient sans temporalité, sans pouvoir être mis en relation avec un autre événement.
27 Paul ne se souvient pas des dates de naissance de ses enfants, de l’année de son mariage, ni des dates de décès de ses parents. Quelle est la posture dans laquelle Paul se place pour retenir ou restituer ses souvenirs ?
28 Il décide presque comme un acte volontaire, comme dans une construction logique, de parler de lui « petit » jusqu’à vingt ans et « grand » après vingt ans. Seule cette distinction temporelle se montre lisible. Au début de la psychothérapie ces deux passages ont rythmé le devenir des événements, organisent temporellement le récit de Paul.
29 Il était d’abord petit, le petit de la fratrie, le « petit con » sans droit de parler à table face à son « grand frère » très intelligent. Grand et petit sont l’unité de mesure de tout : il a deux enfants, un grand et un petit ; il a trois grands frères, une grande sœur ; il avait un petit hamster. Il avait également deux chevaux et deux poneys.
30 Son enfance était avant tout un lieu : une immense maison dans la campagne suisse. Elle était avant tout un lieu social : « Nous étions les enfants de notables de la région. » L’évocation fréquente des lieux permettait de rentrer dans un monde tout d’abord sans temporalité. La cuisine était le lieu de la nounou qui lui avait transmis son amour pour les chevaux, la seule qui montait les escaliers, le soir, pour aller le voir dans sa chambre isolée des autres chambres. Le rosier dans le jardin, ainsi que le piano dans le salon, étaient les lieux de sa mère. Le cabinet médical au rez-de-chaussée était le lieu de son père.
31 La cage dans sa chambre était le lieu de son hamster, l’écurie le lieu de la rencontre avec son cheval. Ses souvenirs répondaient toujours à la question « où » ? Mais jamais à celle : quand ? Le souvenir se construisait grâce à des images à des lieux. Rarement apparaissaient des mots, des gestes qui dynamisaient la scène.
32 Écouter Paul me donnait souvent l’impression, de voir un film muet ou d’être dans le scénario d’un film qui n’avait pas encore été tourné, car il manquait un déroulement, un temps du devenir. Ce sentiment contribuait à me faire sentir dans un espace « hors temps ».
33 Pour Paul les chaînes associatives se construisaient uniquement en parallèle : un souvenir de l’enfance est un souvenir de l’enfance, un événement du présent reste présent. Présent et passé semblaient au début du long travail thérapeutique ne jamais se rencontrer.
34 L’événement faisait irruption dans la mémorisation comme s’il avait été privé de causalité. En somme, pour Paul l’association n’était jamais en verticale, en profondeur, mais seulement sur le même plan, en horizontale. Cette dimension unique, de l’espace du souvenir et de toute association s’y référant, mettait Paul dans l’impossibilité de trouver une posture et donc d’ouvrir un horizon.
35 Dans une première phase de la psychothérapie, ce mode de fonctionnement de la mémoire de Paul me faisait penser à un vécu traumatique, à un vécu qui aurait provoqué une sidération affective et donc un clivage. Néanmoins la suite de la psychothérapie, après plus de deux ans, m’a permis de concevoir d’autres hypothèses quant au processus de mémorisation et d’oubli, me rapprochant plus de la clinique freudienne de l’hystérie.
36 Ce qui me frappe d’abord, de la part de Paul dans l’évocation des souvenirs, est la densité émotionnelle de chaque souvenir et de chaque oubli et me fait aussitôt écarter l’hypothèse d’un clivage d’origine traumatique. Les lieux de son enfance ainsi que les lieux de sa vie actuelle, bien que privés d’une perspective temporelle, surgissent à sa mémoire comme la madeleine proustienne. Paul utilise ses souvenirs comme autant de nouvelles expériences perceptives qui font coexister les souvenirs, les oublis et les événements dans une corporéité qui à la fois les actualise tous et les prive de temporalisation. J’ai l’impression donc que se forment des images-souvenirs comme dans la réminiscence hystérique, et Paul se sert de ses réminiscences pour une ritualisation obsessionnelle. Le contrôle obsessionnel me semble, à un moment donné, entrer dans la construction transférentielle. L’évolution devient possible grâce au maniement du transfert : « C’est dans le maniement du transfert, écrit Freud, que l’on trouve le principal moyen d’enrayer la compulsion de répétition et de la transformer en une raison de se souvenir[11] [11] S. Freud, Remémoration, répétition, perlaboration. Technique...
suite. »
37 Les souvenirs mais aussi les oublis sont, chez Paul, corporels, sensoriels, ils sont exclus d’une perlaboration psychique. Il ne m’apparaît pas du tout banal que la raison qui avait motivé la demande de psychothérapie ait été un « mal au dos » qui l’empêchait de monter à cheval.
38 Une autre hypothèse aurait pu se dégager, à savoir celle d’une lecture opératoire de la mémoire et de son corps, mais je l’ai écartée très rapidement, car pour reprendre une idée de Gori, il ne me semble pas que le patient puisse être ramené à un fonctionnement opératoire : « Le postulat d’une pensée opératoire […] procède d’une lecture opératoire contre-transférentielle aux effets du discours de ces patients sur l’écoute de l’analyste[12] [12] R. Gori, La preuve par la parole, puf, p. 166-167. ...
suite. »
39 Il s’agissait en l’occurrence d’agir dans le contre-transfert un sentiment d’ennui typique de l’analyste face à la ritualisation mentale qui fait irruption dans les séances. Mais cela m’aurait vite écartée de la possibilité de suivre les traces mnésiques comme traces d’une expérience œdipienne. La négation du devenir du souvenir et l’amnésie hystérique me ramenaient, peu à peu, aux deuils des figures parentales. Ces deuils qui empêchaient Paul de penser, car « la pensée a, parfois, pour espace la douleur[13] [13] P. Fédida, L’absence, Gallimard, p. 7. ...
suite ».
40 Vidée du temps, la pensée est vidée de la douleur de l’absent. L’absence du temps nie l’absence de l’objet. Il me semblait entrevoir dans le rituel de ces débuts de séance vidés de souvenirs une conduite contra-phobique à l’attachement transférentiel.
41 Par ailleurs, Paul ressentait le besoin de se demander si ses paroles s’inscrivaient quelque part dans ma mémoire, si mes oublis remplissaient les silences dans lesquels il était enveloppé lors de la séance. Il m’interpella un jour sur le fait que je ne prenne pas de notes en séance : je ne le fais pas pendant la séance, alors est-ce que je le fais ? Où se trouve « son dossier » ? Si je devais « disparaître » qui lirait ces notes ? Est-ce que je les rédige avec clarté ?
42 Il semble que le travail de deuil doive amener Paul à une rébellion contre les images parentales afin de s’en séparer, sans oublier. Agir dans le souvenir, par l’absence de temporalité, permet à Paul d’agir l’absence des objets de son amour. L’absence de souvenir se traduit pour Paul dans l’angoisse de voir le temps passer au travers de ses enfants. Paul a eu besoin de temps pour regarder son passé, pour se mettre en torsion dans le temps et donc regarder en face son futur et ses projections.
43 Le travail de mémoire a bien été un travail d’identification objectale dans la durée du temps. « Le temps est rigide et pourtant le temps coule[14] [14] Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime...
suite. »
De la trace et de son destin
44 Je pourrais m’en tenir à l’idée que la construction du souvenir soit une temporisation de l’expérience et que le processus de temporisation soit la condition nécessaire à la conservation et à l’interprétation de la trace.
45 Toutefois, j’aimerais considérer certains aspects des figures temporelles sous l’angle plus spécifique de la théorie psychanalytique ; la figure temporelle première de la mémorisation est celle de la durée.
46 La durée est certainement, de mon point de vue, une fonction du Moi car elle est un processus de la conscience en quête du signifiant. « Le moi est une organisation, écrit Freud, il est fondé sur la libre circulation et la possibilité, pour toutes les parties qui le composent, d’une influence réciproque ; son énergie désexualisée révèle encore son origine dans l’aspiration à la liaison et à l’unification, et cette compulsion à la synthèse va en augmentant à mesure que le Moi se développe et devient plus fort[15] [15] S. Freud, Inhibition, symptôme et angoisse, puf, p. 14. ...
suite. » Je vois dans la vocation à la synthèse du Moi le déroulement du processus temporel dont il a été question jusqu’ici. Si le Moi lie, l’inconscient délie. Le premier fait durer et rend compte de cette façon du flux temporel de la conscience le deuxième rend compte de la succession et de la simultanéité des expériences sensorielles. En effet, l’inconscient opère une mise en succession des événements selon l’exigence libidinale et rend simultané ce qui n’est pas simultané dans l’expérience. D’où une vision freudienne tout à fait atemporelle de l’inconscient.
47 Grâce au mouvement de liaison, le moi accomplit le processus de perlaboration. « Perlaborer, c’est lier, écrit Freud, c’est représenter, c’est contextualiser, c’est différer, c’est concevoir, c’est changer de forme pour évoluer[16] [16] S. Freud, Remémoration, répétition, perlaboration, p. ...
suite. »
48 La question de la construction mnésique n’apparaît pas cependant entièrement synthétisée dans une fonction du Moi, ainsi qu’une psychologie des fonctions et une philosophie de la conscience ont voulu le voir, mais reste à mon avis une question plus complexe en rapport avec le refoulé et donc à l’inconscient. La dialectique temporelle du souvenir se joue d’une part avec le temps vécu du moi qui situe, tel que je l’ai expliqué précédemment, le souvenant en position de torsion entre passé et futur, et d’autre part dans la dimension atemporelle de l’inconscient qui fait du temps une capacité déliante.
49 Si je reviens au modèle freudien du fonctionnement psychique sur la base du rêve, je dirai que la construction du processus mnésique participe des mêmes mécanismes, tel que souligné dans l’introduction.
50 Le souvenir résulte souvent d’une condensation des traces et/ou d’expériences somatiques : « Compression ou condensation que nous avons rencontrée dans le travail du rêve[17] [17] S. Freud, Interprétation des rêves, puf, p. 506. ...
suite. » La condensation dans la genèse du souvenir modifie la temporalité qui appartenait à l’expérience pour retracer une temporalité interne au souvenir même. Dans l’exemple clinique de Paul, ce processus de condensation se révèle de façon évidente. Ainsi, le souvenir n’est que trace, comme un élément du rêve n’est qu’un point dans un réseau de signifiants.
51 « Si tout souvenir est un écran – écrit Pontalis – ce n’est pas parce que, comme un train, il peut toujours en cacher un autre mais bien parce qu’en lui viennent se déposer dans une forme, dans une représentation cadrée, cernée, à portée de vue, des traces, rien que des traces[18] [18] J. B. Pontalis, Ce temps qui ne passe pas, p. 25. ...
suite. » Le contenu manifeste dans le souvenir est un dépôt de matière brute du travail de remémoration. Il me semble alors nécessaire de considérer les souvenirs en tant que des souvenirs-écrans car chaque souvenir n’est que fragment. « Les souvenirs-écrans dont la présence est si générale. […] Ces derniers contiennent non seulement quelques éléments essentiels de la vie infantile, mais encore tout l’essentiel. […] Ils représentent les années oubliées de l’enfance aussi justement que le contenu manifeste des rêves en représente les pensées[19] [19] S. Freud, Remémoration, répétition, perlaboration, p. ...
suite. »
52 Pour ce qui est de la temporalité interne, le souvenir se sert d’une déstructuration de l’expérience temporelle propre à l’expérience, se consigne à l’a-temporel de l’inconscient avant de se temporaliser de nouveau dans le récit du contenu du souvenir.
53 J’ai envisagé la question de la genèse du souvenir sous l’angle du modèle du rêve, où le souvenir suspend la para-excitation pour restituer une dimension atemporelle à l’expérience qui s’intègre ainsi à la vie psychique. Je tiens à souligner, tout particulièrement, le fait que pour que cet acte mnésique se produise, il faut que la perception corporelle (la para-excitation) soit mise hors-circuit. La suspension de la para-excitation fait que l’expérience perceptive se dé-temporalise dans un processus de dé-liaison psychique, selon l’image, déjà évoquée du point de vue philosophique, du souvenir et du ressouvenir.
54 J’insisterai sur la proposition que la mémoire serait en même temps édifiée sur la trace perceptive et d’autre part fondée sur l’hallucination. La première forme de processus mnésique lie le souvenir à l’expérience et donc à la temporalité des choses. L’expérience est évoquée grâce à la capacité de se représenter a posteriori l’expérience même. Elle se construirait dans une phase primaire d’impression du souvenir (de façon analogue aux processus primaires du rêve) et dans une phase secondaire de ressouvenir. Le souvenir matérialise et incorpore le perçu comme je l’ai suggéré à propos du contenu des souvenirs de Paul. Cette trace incorporée du souvenir est toujours soumise à l’économie du plaisir/déplaisir.
55 La mémoire se produisant comme une hallucination ignore la trace ou la transcrit de manière erronée en la déliant de l’expérience pour la lier au désir : « Désirer a dû être d’abord un investissement hallucinatoire du souvenir de la satisfaction[20] [20] S. Freud, Interprétation des rêves, p. 509. ...
suite. » Le souvenir se sert du désir pour la déconstruction temporelle de l’expérience et il se tient de cette façon à la loi du plaisir/déplaisir. La mémorisation d’une expérience sensorielle me semble un acte de dé-liaison, un acte de rupture dans le flux temporel. La dé-liaison a lieu entre l’expérience du devenir temporel et la perception corporelle.
56 J’opère, par facilité théorique, une distinction qui se trouve chez Freud à maintes reprises, entre deux mémoires ou entre deux possibles destins de la trace : une mémoire évocatrice toujours liée à l’expérience perceptive et une mémoire hallucinée qui « oublie » et réinvente l’expérience perceptive. Ces deux modes de se remémorer renvoient à la question du refoulé et à la dynamique du désir.
57 « Nous empruntons, écrit Freud, à la théorie de l’hystérie le principe suivant : cette élaboration psychique anormale d’une pensée normale ne peut avoir lieu que lorsque a été transféré, sur cette pensée normale, un désir inconscient d’origine infantile et qui se trouve refoulé[21] [21] Ibid. , p. 508. ...
suite. » En paraphrasant la suite du texte freudien, je pourrais dire que ce mécanisme ne fonde pas seulement la construction du rêve mais aussi la construction du souvenir.
58 Mémoire et refoulement ramènent à la mémoire empêchée qui caractérise souvent le patient névrotique, comme je l’ai évoqué à propos de l’exemple clinique. La mémorisation s’enferme dans la répétition du symptôme et perd la possibilité de projeter le sujet dans l’avenir. La posture du souvenant en torsion devient impossible car le sujet n’a pas de souplesse.
59 Afin d’insister sur l’aspect de l’organisation des processus mnésiques, j’aborderai le thème des deux modes d’amnésies étudiés par Freud. L’un, celui du patient hystérique chez qui l’amnésie est une protection de l’événement comme source de traumatisme. L’autre, celui du patient obsessionnel pour qui l’événement est annulé dans la mémoire ou en position d’isolement du fait que le Moi « surinvestit et érotise » son activité de pensée et se protège de la montée émotionnelle.
60 Dans l’hystérie, il y aurait trois sortes de stratification : tout d’abord un noyau de souvenirs « étonnement abondant de matériaux mnémoniques ». La temporalité qui régit ces mécanismes apparaît chronologique et rigoureuse. Les contenus de ces souvenirs sont « concentriquement disposés autour du noyau pathogène ». Les strates les plus extérieures comprennent les souvenirs qui sont les plus clairement conscients. Cette stratification est maintenue par des liens qui se prolongent jusqu’au noyau profond. L’événement, dans l’hystérie, a la portée d’un micro-traumatisme qui fait que l’émotion chaude (plaisir) peut être vécue seulement après-coup (abréaction). L’élaboration après-coup permet le décalage émotionnel, la décharge qui en résulte est retardée et produit aussi un décalage temporel.
61 J’insisterais davantage sur le fait que l’expérience puisse être source de déplaisir et d’angoisse et il faut par conséquent prendre en compte l’angoisse qui se trouve à l’origine d’une construction affective après-coup dans le souvenir. Ce faisant, je m’appuierai une fois de plus sur l’analyse de Freud : « L’angoisse, écrit-il, n’est pas produite, lors du refoulement, comme une manifestation nouvelle, mais reproduit, sous forme d’état d’affect, une image mnésique préexistante. Les états d’affects sont incorporés à la vie psychique à titre de sédiments d’événements traumatiques très anciens, rappelés dans des situations analogues comme symboles mnésiques[22] [22] S. Freud, Inhibition, symptôme et angoisse, puf, p. 9. ...
suite. »
62 Dans les mécanismes mnésiques des obsessionnels, l’isolation du souvenir se produit par la suppression des liens associatifs afin de contenir l’invasion émotionnelle.
63 « C’est en particulier dans les multiples formes de la névrose obsessionnelle que “l’oubli” consiste surtout en une suppression des liens entre idées, une méconnaissance des conclusions à tirer et une isolation de certains souvenirs[23] [23] S. Freud, Remémoration, répétition, perlaboration, p. ...
suite. » Le souvenir perd une possibilité de signifier, car il se laisse couler dans un temps uniforme qui fait perdre au souvenant sa possibilité créative. La pensée auto-érotisée s’enferme et le souvenant n’est pas en torsion mais au contraire se tient droit et voit seulement la ligne de son horizon de pensée. Pour l’obsessionnel, la construction mnésique est ritualisée et agie. Ce qui entraîne qu’elle puisse évoquer un vécu traumatique par le perpétuel passage à l’acte.
64 Par ailleurs, il est notoire que dans la névrose traumatique, le souvenir devient un passage à l’acte répétitif. L’oubli est empêché (hypermnésie) à la faveur d’une remémoration/répétition de l’événement traumatique. Enfin, je reprends brièvement à ce propos cette analyse de Green : « l’Agieren est le résultat de la désymbolisation de l’acte, son ravalement […] comme s’il n’avait pas besoin d’autre sens que celui poussant à la réalisation immédiate, sans détour et sans avenir[24] [24] A. Green, Le temps éclaté, Les Éditions de Minuit, p. ...
suite. » Mais agir veut dire actualiser au sens de remettre tout au présent et donc suspendre le passé et le futur. Le sujet ainsi faisant semble se souvenir mais il est dans une pensée qui s’actualise.
65 Le passage à l’acte devient alors l’équivalent de l’oubli, agir devient la manière de compenser l’impossibilité de se souvenir. En même temps l’expérience perd la potentialité d’être une source d’imagination : « Le patient n’a aucun souvenir de ce qu’il a oublié et refoulé et ne fait que traduire en actes. Ce n’est pas sous forme de souvenir que le fait oublié réapparaît, mais sous forme d’action[25] [25] S. Freud, Remémoration, p. 108. ...
suite. »
Conclusion
66 Je voudrais conclure en rappelant, une dernière fois, ma proposition à la fois clinique et théorique selon laquelle dans la mémoire, il faut toujours voir à l’œuvre deux mécanismes, à savoir celui de la mémoire qui retient, inscrit, traduit la trace et, celui qui invente, crée, hallucine. Le premier ne se détache pas du contenu de l’expérience et permet à cette dernière de durer. Ainsi, la mémoire qui transcrit représente notre expérience de la continuité dans la durée. La deuxième forme de mémoire, agit sur l’expérience, transformant la perception en pur désir.
67 Toutefois, illusion et hallucination sont, dans cette perspective, les deux termes autour desquels s’articule le destin de la trace mnésique. L’oubli de l’expérience est la partie constitutive de l’espace qui permet l’hallucination mnésique. Je ferais aussi remonter à cette idée de mémoire hallucinatoire la question « des traces innées[26] [26] S. Freud, Inhibition, symptôme et angoisse, p. 21. ...
suite ». L’héritage des souvenirs trans-générationnels constitue un très bon exemple de la trace mnésique, qui a été privée de l’expérience directe du sujet. Cette trace innée constitue peut-être l’embryon des fonctions mnésiques de la première enfance.
68 Les dimensions de l’illusion et de l’hallucination dépendent, au sein du processus mnésique, du rapport particulier qu’elles entretiennent avec le flux temporel. Le processus mnésique actionne la capacité imaginaire et la capacité de rétention de l’expérience et, entre ces deux opérations, il faut situer le sujet pris dans le tissage du temps.
69 Aussi, l’expérience de la succession temporelle apparaît-elle toujours possible grâce à l’inconscient et aux mécanismes de défense qui la règlent.
70 Les deux mécanismes mnésiques d’évocation et d’hallucination sont à l’œuvre pendant le travail analytique. Comme l’écrit Freud : « À partir des réactions de répétition, qui apparaissent dans le transfert, des voies connues conduisent alors au réveil des souvenirs[27] [27] S. Freud, Remémoration, p. 114. ...
suite. »
71 Par l’acte de lier et de délier, la mémoire devient un lieu psychique toujours nouveau dans la perception du temps qui s’écoule. Cette construction d’un espace « scénique » permet au corps de se placer dans la posture du souvenant.
72 Se remémorer, de la même façon qu’oublier, permet au sujet, en quelque sorte, de temporiser son existence. Temporiser signifie toujours mettre dans une perspective temporelle, prendre du temps, voler du temps à la mort.
73 Temps fragmenté, temps éclaté, temps qui ne passe jamais : il y a là autant de figures temporelles qui font exister les souvenirs et les oublis.
Bibliographie
Bibliographie
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Aristote. 1989. De l’âme, Paris, Gallimard, coll. « Tel. ».
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Fédida, P. 1978. L’absence, Paris, Gallimard.
Freud, S. 1967. L’interprétation des rêves, Paris, puf.
Freud, S. 1989. « Remémoration, répétition, perlaboration », dans Technique psychanalytique, Paris, puf.
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Freud, S. 1996. Études sur l’hystérie, Paris, puf.
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Ricœur, P. 2000. La mémoire, l’histoire et l’oubli, Paris, Le Seuil.
Notes
[ *] Franca Madioni, psychiatre, psychothérapeute, docteur ès lettres, philosophie et sciences humaines, ancien chef de clinique aux Hôpitaux universitaires de Genève ; 35 rue de la Filature, 1227 Carouge, Suisse.
[ 1] Je suis très reconnaissante à Pietro Clemente d’avoir mis à ma disposition son texte dont je m’inspire dans ce passage : « La postura del ricordante », dans L’ospite ingrato, Annuario del Centro Studi Franco Fortini, 1999.
[ 2] Aristote, De la mémoire et de la réminiscence, Flammarion, p. 106.
[ 3] A. Green, Le temps éclaté, Éditions de Minuit, p. 99.
[ 4] M. Augé, Les formes de l’oubli, Payot, p. 77.
[ 5] J. Laplanche et J.B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, puf, p. 489-491.
[ 6] Aristote, La Physique, livre III.
[ 7] P. Ricœur, La mémoire, l’histoire et l’oubli, Le Seuil, p. 134.
[ 8] Italiques de l’auteur.
[ 9] Husserl, Leçons pour une conscience intime du temps, p. 55.
[ 10] Ibid. p. 44.
[ 11] S. Freud, Remémoration, répétition, perlaboration. Technique psychanalytique, Paris, puf, p. 113.
[ 12] R. Gori, La preuve par la parole, puf, p. 166-167.
[ 13] P. Fédida, L’absence, Gallimard, p. 7.
[ 14] Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps, p. 84, une vision chez Husserl, tout à fait berçonienne du flux temporel.
[ 15] S. Freud, Inhibition, symptôme et angoisse, puf, p. 14.
[ 16] S. Freud, Remémoration, répétition, perlaboration, p. 94.
[ 17] S. Freud, Interprétation des rêves, puf, p. 506.
[ 18] J.B. Pontalis, Ce temps qui ne passe pas, p. 25.
[ 19] S. Freud, Remémoration, répétition, perlaboration, p. 107.
[ 20] S. Freud, Interprétation des rêves, p. 509.
[ 21] Ibid., p. 508.
[ 22] S. Freud, Inhibition, symptôme et angoisse, puf, p. 9.
[ 23] S. Freud, Remémoration, répétition, perlaboration, p. 107.
[ 24] A. Green, Le temps éclaté, Les Éditions de Minuit, p. 97.
[ 25] S. Freud, Remémoration, p. 108.
[ 26] S. Freud, Inhibition, symptôme et angoisse, p. 21.
[ 27] S. Freud, Remémoration, p. 114.
Résumé
L’auteur s’intéresse à la posture du souvenant dans son rapport au temps. La mémoire est envisagée à la fois comme un phénomène d’évocation de l’expérience et comme une création intérieure issue du processus de liaison et dé-liaison de l’inconscient. La brève histoire de Paul illustre la question de la posture du souvenant et de la clinique du souvenir et de l’oubli. Ces considérations mènent l’auteur à rappeler les principales formes d’amnésie en clinique psychanalytique et les reconsidérer sous l’angle de la temporalité consciente et inconsciente.
Mots clés
mémoire, souvenir, oubli, temps, posture, souvenant, évocation, hallucinationThe author analyses the link between the process of memory and psychological temporality. Memory is considered either as an evocation and a hallucinatory phenomenon. The clinical aspects in psychanalysis describe the time of Ego as well as the time of unconsciousness. Such aspects are illustrated by the clinical case of Paul.Key words
memory, remembrance, forgetfulness, time, posture, I remember, evocation, hallucination
PLAN DE L'ARTICLE
POUR CITER CET ARTICLE
Franca Madioni « Historicité et mémoire subjective. La troisième trace », Cliniques méditerranéennes 1/2003 (no 67), p. 145-159.
URL : www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2003-1-page-145.htm.
DOI : 10.3917/cm.067.0145.




