Cliniques méditerranéennes 2003/1
Cliniques méditerranéennes
2003/1 (no 67)
288 pages
Editeur
I.S.B.N. 2-7492-0154-3
DOI 10.3917/cm.067.0087
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Psychopathologie et histoire

Vous consultezHistorique de la notion de mémoire dans la clinique psychiatrique et dans ses modèles psychopathologiques

AuteurG. Lantéri-Laura[*] [*] G. Lantéri-Laura, chef de service honoraire à l’hôpital...
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du même auteur


Introduction


Nous allons proposer, pour introduire à ces journées dédiées à l’étude scientifique de la mémoire, une modeste rétrospection des principaux travaux qui l’ont concernée dans la pathologie mentale depuis deux siècles, en sachant d’ailleurs que d’autres démarches s’avéreraient tout aussi loisibles.

2 Sans la moindre prétention érudite, nous ferons débuter nos références et nos investigations à la fin du Siècle des Lumières car c’est à ce moment-là que, dans toute l’Europe de l’ouest, et par un prolongement de l’Aufklärung, se développe un mouvement philanthropique à l’égard des insensés, aussi bien dans les pays où les armées du Directoire et du Consulat ont imposé la liberté de façon bottée et autoritaire que dans l’Autriche de Joseph II et le Grand Duché de Toscane de Léopold II. C’est aussi le moment où les institutions hospitalières se trouvent laîcisées et médicalisées, soit en raison de la vente des biens du Clergé, comme en France, soit dans une évolution analogue, mais moins aiguë : les hôpitaux cessent de poursuivre une mission surtout charitable et de veiller d’abord au salut de leurs hôtes, pour privilégier l’exercice de la médecine, sous ses aspects de soins et de recherche.

3 C’est aussi le moment où l’on renonce au terme de folie, trop général et peu scientifique, pour adopter, à la suite de Ph. Pinel[1] [1] Traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale,...
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, celui d’aliénation mentale, qui sert à désigner tout ce qui, dans cette folie, peut relever effectivement de la médecine. Il s’agit d’une maladie, excluant donc la pertinence de la police et de la justice, mais d’une maladie unique – même si elle revêt les quatre formes que constituent la manie, la mélancolie l’idiotisme et la démence –, distincte de toutes les autres maladies, constituant la seule espèce de la pathologie mentale, à traiter exclusivement dans des lieux ne s’occupant pas d’autres types de patients, où l’on usera seulement de l’isolement et du traitement moral de la folie[2] [2] Cf. J. Garrabé, Philippe Pinel, Paris, Les Empécheurs...
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et où l’on s’appuiera sur ce qu’il reste de non aliéné chez le plus aliéné des aliénés.

4 Cette référence à Ph. Pinel ne doit d’ailleurs pas rester exclusive, car cette unicité de la pathologie mentale se retrouve à l’époque dans toute l’Europe occidentale : V. Chiarugi à Florence, J. Daquin à Chambéry[3] [3] Cf. G. Swain, Dialogue avec l’insensé, Paris, Gallimard,...
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, W. Tuke en Angleterre, J. Guislain[4] [4] Cf. R. Tevissen, La douleur morale, Paris, Les Éditions...
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à Gand et, en Allemagne, aussi bien les psychistes comme J. Chr. Heinroth, J.J. Langermann et K.W. Ideler, que les somatistes comme W. Griesinger. La référence majeure à l’unité de l’aliénation mentale va dominer la psychiatrie jusque vers le dernier tiers du xixe siècle, où elle cédera au paradigme des maladies mentales[5] [5] Cf. G. Lantéri-Laura, Essai sur les paradigmes de la psychiatrie...
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.

5 Deux précisions doivent compléter ces premières indications. D’une part, toute la clinique de l’aliénation mentale s’inspire de ce qu’est alors la psychologie des facultés, telle que l’empirisme anglais de J. Locke[6] [6] B. Rand, An Essay Concerning the Understanding…, Cambridge,...
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et le sensualisme français de Condillac[7] [7] J. Derrida (éd. ), Essai sur l’origine des connaissances...
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, philosophies décisives du xviiie siècle, vont la développer dans les débuts du xixe, avec les Idéologues qui, en France, poursuivront, avec Cabanis[8] [8] Rapports du physique et du moral de l’homme, Paris, Fortin,...
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et Destutt de Tracy, la pensée des Encyclopédistes et de Voltaire, et avec l’École écossaise qui, en Grande Bretagne, sous l’autorité de Th. Reid[9] [9] W. Hamilton, The Works of Thomas Reid, Edinburgh, Mac Lachlan...
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et de D. Stewart, proposera une représentation simple et dépourvue de toute métaphysique, de l’expérience humaine, qui exercera une influence aussi importante que méconnue. Cette psychologie fournira à la médecine mentale une connaissance de la normalité de l’homme, où il suffira d’altérer, en plus ou en moins, chacune des facultés retenues pour obtenir un modèle général de toute pathologie mentale possible. Cette pathologie se déduira ainsi, presque more geometrico, de la psychologie des facultés, et il faudra attendre les travaux de J.P. Falret[10] [10] Des maladies mentales et des asiles d’aliénés, Paris,...
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pour dénoncer le caractère artificiel et fallacieux d’une pareille démarche.

6 D’autre part, il nous faut bien convenir que Ph. Pinel s’est fort peu intéressé aux troubles de la mémoire, si ce n’est qu’il indique, en passant, une variété de démence, où il souligne l’importance de l’amnésie, écrivant : « Mouvements désordonnés et actes successifs d’extravagance, oubli complet de tout état antérieur, abolition de la faculté d’apercevoir les objets par des impressions faites sur les sens, oblitération du jugement, activité continuelle sans but et sans dessein, et nul sentiment intérieur de son existence[11] [11] Op. cit. , 180. ...
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. »

7 Esquirol apparaît un peu plus précis quand il rappellera la fréquence des troubles mnésiques dans cette variété d’aliénation mentale qu’il appelle démence[12] [12] É. Esquirol, Des maladies mentales considérées sous les...
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. Il écrit en effet : « Plusieurs de ceux qui sont en démence ont perdu la mémoire, même pour les choses qui touchent de plus près à leur existence. Mais c’est surtout le faculté de rappeler les impressions récemment reçues qui est essentiellement altérée ; ces malades n’ont que la mémoire des vieillards ; ils oublient dans l’instant ce qu’ils viennent de voir, d’entendre, de dire, de faire ; c’est la mémoire des choses présentes qui leur manque, ou plutôt la mémoire ne les trahit-elle point, parce que les sensations étant très faibles, les perceptions l’étant aussi, ne laissent point ou presque point de trace après elles[13] [13] Op. cit. , 44. ...
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. »

8 La pathologie de la mémoire ne se trouve ainsi étudiée avec précision que dans le dernier tiers du xixe siècle, quand le paradigme régnant n’est plus celui de l’aliénation mentale au singulier, mais bien celui des maladies mentales au pluriel[14] [14] Cf. G. Lantéri-Laura, op. cit. , 109-130. ...
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.

9 Nous allons donc envisager les altérations de la mémoire d’abord dans cette période, plus tard, avec le problème de leurs localisations cérébrales éventuelles, puis avec la question des amnésies psychogènes. Nous essayerons ensuite de mettre au point la question de l’unité ou de la pluralité de tels troubles et nous finirons en tentant de reconstruire une conception homogène de cette pathologie.

La mémoire comme faculté psychologique

10 Dans le dernier tiers du xixe siècle, la question de la mémoire comme faculté psychologique envisagée sous le rapport de la pathologie mentale se présente un peu autrement, en raison même de la modification du paradigme, car l’on est passé, d’une part, de l’aliénation mentale au singulier aux maladies mentales au pluriel, et, d’autre part, la psychologie de référence est devenue celle de l’associationnisme[15] [15] Cf. J. S. Mill, Système de logique inductive et déductive,...
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en Angleterre et de l’expérimentation dans les pays germaniques[16] [16] Cf. W. Wundt, Grundzüge der physiologische Psychologie,...
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. Nous devons, dès lors, préciser cette mutation de contexte et en fournir quelques illustrations cliniques.

11 Nous pourrons ainsi nous remettre en mémoire comment l’ensemble des connaissances en cause s’est alors considérablement modifié et comment ces changements ont pu induire une autre manière de considérer la mémoire.

Le contexte du dernier tiers du xixe siècle

12 Dans la pathologie mentale, qui ne se nommera psychiatrie qu’un peu plus tard, quelques innovations doivent nous retenir un instant. Notons d’abord que son champ se trouve alors constitué par une multiplicité d’espèces morbides naturelles, les maladies mentales, autonomes les unes à l’égard des autres, irréductibles à toute unification, et aussi distinctes définitivement que la scarlatine et la rougeole. J.P. Falret en avait précisé le principe, dans l’Introduction que nous citions plus haut, où il explicitait clairement sa position, et V. Magnan[17] [17] Leçons cliniques sur les maladies mentales, Paris, L. Battaille,...
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en avait esquissé la taxinomie, quand il avait opposé ce qu’il dénommait les états mixtes et ce qu’il appelait les folies proprement dites, les premiers relevant de la pathologie mentale, mais correspondant à une atteinte connue du système nerveux central, et les secondes demeurant d’étiologies indéterminées. Dans ce nouveau contexte, les altérations de la mémoire vont correspondre à des syndromes bien définis.

13 C’est aussi le moment où le principe des localisations cérébrales se trouve rigoureusement établi, avec de multiples illustrations anatomo-cliniques[18] [18] Cf. H. Hécaen, et G. Lantéri-Laura, Évolution des connaissances...
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. Entre 1861 et 1874, P. Broca[19] [19] Cf. Mémoires d’anthropologie, V, Paris, Reinwald, 1888. ...
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, puis C. Wernicke[20] [20] Cf. Die aphasische Syndromencomplex, Breslau, M. Cohn et...
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, ont montré que les aphasies d’émission ou de réception correspondent, chez le droitier, à des atteintes du pied de la troisième circonvolution frontale ou des première et seconde circonvolutions temporales ; dans les vingt années ultérieures, l’on a montré clairement le rapport entre la motricité et la frontale ascendante, entre la sensibilité et la pariétale ascendante, entre l’audition et le gyrus de Heschl, entre la vision et la scissure calcarine, et ainsi de suite.

14 C’est enfin l’époque où J. Séglas[21] [21] Cf. Des troubles du langage chez les aliénés, Paris, Rueff,...
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isole spécifiquement les hallucinations verbales, comme une expérience xénopathique originale et tout à fait distincte des hallucinations auditives, en ce qu’elle relève de la pathologie du langage et non de celle de la sensibilité et de la sensorialité.

Quelques illustrations cliniques

15 L’étude des maladies mentales nous permet d’isoler d’abord deux syndromes caractérisés par une atteinte des fonctions mnésiques, à savoir la confusion mentale et le syndrome démentiel, puis de repérer quelques autres aspects, intéressants, mais un peu anecdotiques, que nous ne saurions cependant passer sous silence.

16 En 1895, Ph. Chaslin décrit la confusion mentale[22] [22] La confusion mentale primitive Paris, Asselin et Houzeau,...
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, dont il distingue trois variété : la forme primitive, où la confusion mentale ne renvoie qu’à elle-même ; la forme secondaire à une maladie cérébrale, comme certaines variétés d’ivresses pathologiques ou certaines variétés d’encéphalites ; et la forme qui peut s’observer dans l’évolutions de certaines maladies mentales préexistantes, comme la mélancolie stuporeuse ou la manie confuse, ou encore certains moments des délires chroniques. Dans tous les cas, l’on observe des troubles mnésiques assez globaux, à la fois antérogrades et rétrogrades, avec parfois une amnésie d’identité. Sauf en cas de complications liées à l’étiologie, et à l’encontre de ce qui s’observe dans les états démentiels, cette altération de la mémoire guérit, bien que le patient conserve très peu de souvenirs de la période où il était confus.

17 À peu près à la même époque, A. Alzheimer[23] [23] Neuer Arbeiten über Dementia senilis, Monatschrift für...
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mettait au point le syndrome démentiel, avec les troubles de la mémoire et de l’orientation dans le temps et dans l’espace, parfois les fausses reconnaissances et la fabulation, et le rattachait à une atrophie corticale, bilatérale et symétrique, touchant les aires d’association et respectant les aires des fonctions symboliques. Or, avant de devenir global, le déficit mnésique portait sur les souvenirs récents et impersonnels et respectait longtemps les souvenirs anciens et singuliers.

18 À partir de tels travaux, le terme de démence devait être réservé à ce type de déficit, sous-tendu par ce type de lésion, de telle manière que des locutions comme celles de démence précoce et de démence vésanique devenaient tout à fait obsolètes.

19 À côté de ces deux syndromes fondamentaux, l’on commençait à individualiser d’autres aspects pris par les troubles de la mémoire. Parmi les aspects déficitaires, l’on isolait des formes étiologiques, les unes liées à l’âge, comme les démences abiotrophiques et les démences artériopathiques, les autres indépendantes de l’âge, comme les démences post-traumatiques, infectieuses, toxiques ; et, parmi les démences abiotrophiques l’on individualisait la presbyophrénie, où prévalait la fabulation. L’on repérait aussi le syndrome de Korsakoff lié soit à l’alcool, soit au gaz carbonique, soit au traumatisme de la région centrencéphalique, et où prédominaient la fabulation à la demande et les fausses reconnaissances.

20 Mais l’on commençait aussi à connaître les hypermnésies, dont l’un des aspects les plus typiques se trouvait constitué, à minima par les phénomènes de pensée forcée, et dont la forme achevée était réalisée par la crise uncinée propre au dreamy state identifié par J.H. Jackson[24] [24] Cf. Selected Writings of John Huglings Jackson, London,...
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.

21 Nous devons aussi rappeler, pour ne pas être trop lacunaire, la description d’une forme particulière d’aphasie, surtout marquée par l’oubli des mots les plus courants, posant la question des rapports entre les aphasie et les amnésies, et à qui est restée depuis longtemps le nom d’aphasie amnésique de Pitres[25] [25] Cf. A. Pitres, L’aphasie amnésique et ses variétés...
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.

L’arrière-plan théorique, psychologie et localisations

22 La réflexion de nos prédécesseurs s’est beaucoup exercée à partir des données de la sémiologie et de la clinique pour essayer de renouveler, d’une manière qu’ils qualifiaient eux-mêmes de scientifique, un problème qui était pendant bien longtemps resté la propriété légitime de la philosophie et des philosophes. Il s’agissait alors de fournir d’une part des connaissances d’ordre psychologique et d’autre part d’envisager la mémoire sous l’angle de la doctrine des localisations cérébrales.

23 La psychologie s’éloignait de la philosophie spéculative et devenait expérimentale, à l’image de ce qui s’était produit dans la physiologie, avec P. Magendie, puis Cl. Bernard. En Allemagne, il s’agissait surtout de la mesure des seuils absolus et des seuils relatifs des sensibilités et des sensorialités, et le pinacle de telles démarches se trouvait représenté par la loi de Weber et Fechner, d’autant plus scientifique qu’elle s’exprimait avec des logarithmes. En Angleterre, les travaux concernaient surtout le comportement des animaux de laboratoire, avec les questions de labyrinthes et d’apprentissage.

24 En France, où prédomina longtemps la référence philosophique et où les laboratoires demeurèrent très peu nombreux et très démunis, c’est la réflexion sur la pathologie mentale qui tint lieu d’expérimentation et en garantit la scientificité[26] [26] Cf. P. Fraisse et J. Segui, Les origines de la psychologie...
suite
. C’est ainsi que dans Les maladies de la mémoire[27] [27] Cf. Th. Ribot, Les maladies de la mémoire, Paris, F. Alcan,...
suite
, Th. Ribot, à partir d’une très bonne information sur les maladies cérébrales et leurs concomitants anatomiques, proposa une conception objective de cette faculté, dont l’aspect le plus scientifique consista dans l’énoncé de ce qu’on appelle toujours la loi de Ribot : les souvenirs récents et généraux sont atteints plus vite et plus globalement que les souvenirs anciens et personnels, qui résistent mieux. Plus tard, avec des moyens expérimentaux plus spécifiques, la psychologie de la mémoire se référa comme à une expérimentation plus rigoureuse, mais au prix d’un certain réductionnisme, aux multiples études sur les apprentissages.

25 D’une façon à peu près parallèle à de tels travaux, et d’une manière sensiblement contemporaine, se sont alors développées de nombreuses connaissances sur les localisations corticales d’un certain nombre de fonctions, à commencer par le langage. Assez vite, elles ont utilisé les effets des ablations, puis des stimulations électriques sous anesthésie locale, et l’anatomie pathologique et la neurochirurgie à ses débuts ont pu se trouver assez souvent confirmées par la neurophysiologie[28] [28] Cf. J. Gasser, Aux origines du cerveau moderne. Localisations,...
suite
.

26 La notion médicale d’amnésie organique, c’est-à-dire de troubles plus ou moins graves de la mémoire succédant à un traumatisme crânien, à une infection encéphalitique ou à une intoxication due au gaz carbonique ou à l’alcool, constitue une notion plus étiologique que proprement localisatrice. L’étude des états démentiels liés à l’age, et par là même, propice aux vérifications anatomiques, a permis alors de mettre en cause des parties précises du système nerveux central, à savoir les corps mamillaires et le cortex préfrontal, en excluant les champs fonctionnels de la motricité, de la sensibilité, des sensorialités et des fonctions symboliques[29] [29] Cf. J. Déjerine, Sémiologie des affections du système...
suite
.

27 Plus tard, les travaux anatomiques et l’expérimentation ont mis en cause les formations hippocampiques du grand lobe limbique de Broca et ont abouti à considérer que le substrat cérébral des fonctions mnésiques se trouve constitué par le circuit de Papez : les corps mamillaires sont reliés au noyau antérieur du thalamus par les faisceau de Vicq d’Azyr et à l’aire entorhinale par les piliers antérieurs et postérieurs du fornix, et le noyau antérieur du thalamus est relié à l’aire entorhinale par les formations du cortex cingulaire[30] [30] Cf. J. Delay et S. Brion, Le syndrome de Korsakoff, Paris,...
suite
. L’atteinte bilatérale de ce circuit entraîne une amnésie globale, dont on rend compte en envisageant l’encodage, la consolidation ou la récupération, car cette amnésie, pour globale qu’elle soit, connaît quelques variétés.

28 La neurochirurgie conduit à séparer les effets de la lobectomie temporale selon le côté de l’intervention. Quand l’exérèse porte sur l’hémisphère gauche, il en résulte un déficit de la mémoire verbale, et quand elle intéresse l’hémisphère droit, les troubles concernent la reconnaissance visuelle de dessins non figuratifs, l’apprentissage de tâches spatiales, la reconnaissance des visages et la mémorisation de courtes mélodies[31] [31] Cf. B. Milner, « Disorders of memory after brain lesions...
suite
. C’est pourquoi nous pouvions écrire : « En conclusion, il semble pouvoir être affirmé qu’à côté des syndromes amnésiques massifs, indépendants de la nature du matériel ainsi que de la modalité sensorielle, existent des troubles sélectifs de la mémoire en relation avec l’hémisphère lésé[32] [32] H. Hécaen et G. Lantéri-Laura, Les fonctions du cerveau,...
suite
. »

La question des amnésies psychogènes

29 Une relecture de J.M. Charcot, à la lumière du livre de J. Gasser que nous avons déjà cité, nous oblige maintenant à prendre en compte la question des troubles de la mémoire sans substrat anatomique connu et qui se trouvent dénommés tantôt amnésies fonctionnelles, tantôt amnésies psychogènes, selon qu’on met l’accent sur l’absence de données localisables bien établies, ou sur le fait qu’elles paraissent avoir un sens dans l’histoire du sujet. Nous devons donc faire maintenant un pas en arrière et revenir un instant sur une histoire plus que centenaire.

Un problème de J.M. Charcot

30 Vers la fin de sa vie, J.M. Charcot se heurta à une aporie qui le préoccupa beaucoup et qu’il n’eut pas le temps de résoudre convenablement[33] [33] Cf. M. Bonduelle, T. Gelfand et C. G. Goetz, Charcot, un...
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, en raison même d’une mort un peu prématurée et inattendue. C’est le problème que lui posèrent ces amnésies où l’on ne retrouve pas de lésion cérébrale et où il semble qu’elles puissent éventuellement prendre un sens pour le sujet[34] [34] J. M. Charcot, « Sur un cas d’amnésie rétro-antérograde...
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.

31 C’est le cas des troubles de la mémoire observés chez les hystériques, mais plus encore celui des personnalités multiples, où l’une des personnalités n’a aucun souvenir de l’autre ; et où l’hypnose, associée à la suggestion, réussit, au moins dans certains cas, à faire disparaître cette amnésie, ce qui n’arrive jamais dans l’éventualité d’une atteinte organique.

32 On doit donc bien reconnaître, à partir de telles observations, que tous les troubles de la mémoire ne correspondent pas à des lésions cérébrales et que la médecine ne peut rendre compte de leur ensemble sans recourir à des notion hybrides et peu rigoureuses, comme celle de trouble fonctionnel ou d’altération psychogène, et sans risquer d’introduire un dualisme assez médiocre, avec une dichotomie un peu indigente.

Amnésies et psychiatrie

33 Pareilles recherches conduisaient aussi, en écartant toute référence philosophique mal venue, à considérer que le domaine des troubles de la mémoire ne se réduisait pas aux déficits neurologiques ; mais il nous oblige aussi, dans le champ propre à la psychiatrie, de reconnaître qu’il ne concernait pas seulement le registre des névroses, et qu’on en retrouvait certains aspect dans l’ensemble de la pathologie psychotiques.

34 Dans les pathologies névrotiques, nous avons déjà signalé les altérations de la mémoire dans le domaine assez vaste de l’hystérie. Pareils phénomènes se trouvent, nous semble-t-il, à l’origine même de la psychanalyse comme description, comme pathogénie et comme thérapeutique des névroses de transfert, au moment où S. Freud abandonne la pratique de l’hypnose et de la suggestion[35] [35] Le meilleur ensemble des textes en cause se retrouve, croyons-nous,...
suite
. Ils ne sont cependant pas exclusifs de l’hystérie, car on peut aussi en observer dans la névrose obsessionnelle, mais ils paraissent faire défaut dans les névroses actuelles, comme la névrose d’angoisse, la neurasthénie et l’hypochondrie.

35 L’on peut observer, dans les psychoses aiguës, des aspects d’hypermnésie dans la logorrhée maniaque, mais c’est bien dans les délires chroniques que le rapport mnésique au temps apparaît très troublé.

36 L’amnésie d’identité et le syndrome des Sosies, caractéristiques d’aspects atypiques de la schizophrénie, sont évidemment à prendre en compte de ce point de vue, mais encore davantage les modalités de la remémoration dans les délires chroniques : dès que le rapport entre le patient et le médecin acquiert une certaine qualité, il devient possible d’orienter la conversation vers un abord biographique, et deux styles s’y font jour.

37 Nous ne connaissons rien de plus caractéristique de la paranoïa que ces confidences du patient quand, grâce à une relation favorable avec le clinicien, il raconte, avec une réorganisation complète de ses souvenirs, comment il a d’abord compris que tout, peu à peu, le concernait, et ensuite quel sens, à la fois personnel et global, prenait définitivement cette expérience de la perte du fortuit, qu’on appelle quelques fois le délire de référence.

38 Et dans la schizophrénie paranoïde, le rapport à la temporalité personnelle s’exprime à travers les allées et venues, décousues, emberlificotées, mais partiellement récurrentes, d’évocations dispersées, qui, malgré tout, ne sont pas vraiment lacunaires[36] [36] À ce propos, cf. G. Lantéri-Laura et R. Tevissen, « Psychoses...
suite
.

Épilogue

39 Nous voyons ainsi que la notion de mémoire, véhiculée d’abord par le parler quotidien, puis transformée en faculté par une philosophie qui aboutit à une psychologie, psychologie qui s’imaginait devenir une science naturelle, prend une certaine place dans la pathologie mentale, à partir du moment où cette branche de la médecine essaie de caractériser spécifiquement des espèces morbides irréductibles les unes aux autres.

40 Elle s’y montre d’abord comme une fonction susceptible d’être sous tendue par quelque région corticale jouant à l’égard de la mémoire un rôle analogue à celui que tient la zone de Broca pour l’émission du langage.

41 Mais dès que la localisation se veut un peu précise, elle met en cause des formation sous corticales, avec les corps mamillaires et le noyau antérieur de thalamus, et des formations rhinencéphaliques avec le cortex cingulaire. Il faudra attendre la prévalence des circuits sur les aires, pour comprendre que le cerveau concerne la mémoire grâce à un système de fibres blanches unissant des amas de substance grise, système qu’on va appeler le circuit de Papez.

42 Or, depuis bien longtemps, id est depuis les dernières années de la vie de Charcot, on connaissait l’existence de divers troubles de la mémoire qui, non seulement correspondaient mal aux canons, alors naissants, de la neurologie, mais encore ne se laissait pas réduire à certains aspects de l’hystérie.

43 Il nous faut peut être nous résigner, au moins pendant quelque temps, à concevoir la pathologie de la mémoire comme un ensemble qui semble homogène, tant qu’on l’envisage du point de vue de la sémiologie, mais qui apparaît assez disparate dès qu’on y introduit un point de vue processuel et pathogénique.

Bibliographie

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Pitres, A. 1898. L’aphasie amnésique et ses variétés cliniques, Paris, F. Alcan.

Reid, Th. 1872. The works of Thomas Reid, W. Hamilton ed., Edinburgh, Mac Lachlan & Stewart, 7 th ed., 2 vol.

Ribot, Th. 1881. Les maladies de la mémoire, Paris, F. Alcan.

Séglas, J. 1892. Des troubles du langage chez les aliénés, Paris, Rueff.

Signoret, J.P. « Amnésies », dans J. Piaget ; P. Mounoud ; J.P. Bronckart (sous la direction de), Encyclopédie de la Pléiade. Psychologie op. cit., 1199-1234.

Swain, G. 1994. Dialogue avec l’insensé, Paris, Gallimard.

Swain, G. 1997. Le sujet de la folie, Paris, Calmann-Lévy, 2e éd.

Tevissen, R. 1996. (éd.) La douleur morale, Paris, Les Éditions du Temps.

Weiner, D.B. 1999. Comprendre et soigner. Philippe Pinel (1747-1826). La médecine de l’esprit, Paris, Fayard.

Wernicke, C. 1874. Die aphasische Syndromencomplex, Breslau, M. Cohn & Weigert.

Wundt, W. 1903. Grundzüge der physiologische Psychologie, Leipzig, 3 vol.

 

Notes

[ *] G. Lantéri-Laura, chef de service honoraire à l’hôpital Esquirol, ancien directeur d’études à l’école des hautes études en sciences sociales.Retour

[ 1] Traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale, Paris, J.A. Brosson, 2e éd., 1809, IX-XI, 128-139.Retour

[ 2] Cf. J. Garrabé, Philippe Pinel, Paris, Les Empécheurs de penser en rond, 1994, et D.B. Weiner, Comprendre et soigner. Philippe Pinel (1747-1826), La médecine de l’esprit, Paris, Fayard, 1999.Retour

[ 3] Cf. G. Swain, Dialogue avec l’insensé, Paris, Gallimard, 1994, 131-148, et Le sujet de la folie, Paris, Calmann-Lévy, 2e éd., 1997, 96-123.Retour

[ 4] Cf. R. Tevissen, La douleur morale, Paris, Les Éditions du Temps, 1996, 13-14.Retour

[ 5] Cf. G. Lantéri-Laura, Essai sur les paradigmes de la psychiatrie moderne, Paris, Les Éditions du Temps, 1998, 95-108.Retour

[ 6] B. Rand, An Essay Concerning the Understanding…, Cambridge, Massachusetts, 1931.Retour

[ 7] J. Derrida (éd.), Essai sur l’origine des connaissances humaines, Paris, Éditions Galilée, 1973.Retour

[ 8] Rapports du physique et du moral de l’homme, Paris, Fortin, Masson & Co., n. éd., 1843.Retour

[ 9] W. Hamilton, The Works of Thomas Reid, Edinburgh, Mac Lachlan & Stewart, 7th ed., 1872, 2 vol. & E. Griffin-Collard, La philosophie écossaise du sens commun, Thomas Reid et Dugald Stewart, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1980.Retour

[ 10] Des maladies mentales et des asiles d’aliénés, Paris, Sciences en situation, n. éd., 1994, 2 vol., I, IX-X, XXX-XXXI.Retour

[ 11] Op. cit., 180.Retour

[ 12] É. Esquirol, Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal, Paris, J.B. Baillère, 1838, 2 vol., II, 44-75.Retour

[ 13] Op. cit., 44.Retour

[ 14] Cf. G. Lantéri-Laura, op. cit., 109-130.Retour

[ 15] Cf. J.S. Mill, Système de logique inductive et déductive, trad. L. Peisse, Paris, Germer Baillère, 1866, 2 vol.Retour

[ 16] Cf. W. Wundt, Grundzüge der physiologische Psychologie, Leipzig, 1903, 3 vol.Retour

[ 17] Leçons cliniques sur les maladies mentales, Paris, L. Battaille, 2e éd., 1893.Retour

[ 18] Cf. H. Hécaen, et G. Lantéri-Laura, Évolution des connaissances et des doctrines sur les localisations cérébrales, Paris, Desclée de Brouwer, 1977, et Les fonctions du cerveau Paris, Masson, 2e éd., 1989, et J. Déjerine, Sémiologie des affections du système nerveux, Paris, Masson, n. éd., 1977, 2 vol.Retour

[ 19] Cf. Mémoires d’anthropologie, V, Paris, Reinwald, 1888.Retour

[ 20] Cf. Die aphasische Syndromencomplex, Breslau, M. Cohn et Weigert, 1874.Retour

[ 21] Cf. Des troubles du langage chez les aliénés, Paris, Rueff, 1892.Retour

[ 22] La confusion mentale primitive Paris, Asselin et Houzeau, 1895.Retour

[ 23] Neuer Arbeiten über Dementia senilis, Monatschrift für Psychiatrie und Neurologie 1898, 3, 101-115, et Ueber eigenartige Krankheitfälle der späteren Alters Z. ges. Neurologie und Psychiatrie 1910-1911, 4, 356-385.Retour

[ 24] Cf. Selected Writings of John Huglings Jackson, London, Hodder & Stoughton, 1931, 2 vol., et W. Penfield ; Th. Rasmussen, The Cerebral Cortex of Man. A Clinical Study of Localisation of Function, New York, The Macmillan Company, 1952.Retour

[ 25] Cf. A. Pitres, L’aphasie amnésique et ses variétés cliniques, Paris, F. Alcan, 1881.Retour

[ 26] Cf. P. Fraisse et J. Segui, Les origines de la psychologie scientifique : centième anniversaire de L’Année psychologique (1894-1994), Paris, puf, 1994 ; J. Piaget ; P. Mounoud, et J.P. Bronckart, Encyclopédie de la Pléiade. Psychologie, Paris, Gallimard, 1986.Retour

[ 27] Cf. Th. Ribot, Les maladies de la mémoire, Paris, F. Alcan, 1881.Retour

[ 28] Cf. J. Gasser, Aux origines du cerveau moderne. Localisations, langage et mémoire dans l’œuvre de Charcot, Paris, Fayard, 1995.Retour

[ 29] Cf. J. Déjerine, Sémiologie des affections du système neerveux, Paris, Masson, n. éd., 1977, 2 vol., I, 50-67 ; H. Hécaen et L.A. Martin, Human neuro-psychology, New York, J. Wiley et Sons, 1978, 331-353 ; J.L. Signoret, « Amnésies » dans J. Piaget, P. Mounoud, J.P. Bronckart, Psychologie. Encyclopédie de la Pléiade, op. cit., 1199-1234 ; H. Hécaen et G. Lantéri-Laura, Les fonctions du cerveau, Paris, Masson, 2e éd., 1989, 111-115.Retour

[ 30] Cf. J. Delay et S. Brion, Le syndrome de Korsakoff, Paris, Masson, 1969.Retour

[ 31] Cf. B. Milner, « Disorders of memory after brain lesions », Neuropsychologia 1968, 6, 175-178.Retour

[ 32] H. Hécaen et G. Lantéri-Laura, Les fonctions du cerveau, op. cit., 114-115.Retour

[ 33] Cf. M. Bonduelle, T. Gelfand et C.G. Goetz, Charcot, un grand médecin dans son siècle, Paris, Éditions Michalon, 1996, 319-341, et J. Gasser, Aux origines du cerveau moderne. Localisations, langage et mémoire dans l’œuvre de Charcot, op. cit., 271-288.Retour

[ 34] J.M. Charcot, « Sur un cas d’amnésie rétro-antérograde probablement d’origine hystérique », Revue de médecine 1892, XII, 81-96.Retour

[ 35] Le meilleur ensemble des textes en cause se retrouve, croyons-nous, dans S. Freud, Œuvres complètes. Psychanalyse, III, 1894-1899, dans A. Bourguignon, P. Cotet et J. Laplanche (sous la direction de), Paris, puf, 1989.Retour

[ 36] À ce propos, cf. G. Lantéri-Laura et R. Tevissen, « Psychoses délirantes chroniques en dehors de la schizophrénie », Encyclopédie médico-chirurgicale. Psychiatrie 1997, 37 299 D 10, et G. Lantéri-Laura et M. Gros, Essai sur la discordance dans la psychiatrie contemporaine, Paris, epel, 1992.Retour

Résumé

L’auteur expose comment dans la psychiatrie et la psychopathologie des xixe et xxe siècles les questions relatives à la mémoire se sont posées et ont évolué. Il étudie ainsi la confusion mentale, les démences, les amnésies psychogènes et les questions qu’elles posent à propos des localisations cérébrales.

Mots clés

amnésie, amnésie psychogènes, confusion mentale, démences, hippocampe, lobe préfrontal



The author explains how questions relating to memory in psychiatry and psychopathology in the 19th and 20th centuries were posed and how things have changed. He thus studies mental confusion, dementia, psychogenic amnesiae and the questions they pose in terms of cerebral localisation.

Key words

amnesia, psychogenic amnesia, mental confusion, dementiae, hippocampus, prefrontal lobe

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Georges Lantéri-Laura « Historique de la notion de mémoire dans la clinique psychiatrique et dans ses modèles psychopathologiques », Cliniques méditerranéennes 1/2003 (no 67), p. 87-99.
URL :
www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2003-1-page-87.htm.
DOI : 10.3917/cm.067.0087.